Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 16:08

La dixième muse - Alexandra Koszelyk - Aux Forges De Vulcain - Grand format  - Paroles ST MANDE

        Florent se promène au cimetière du Père-Lachaise, il tombe par hasard sur la tombe d’Apollinaire, grimpe au sommet d’un arbre, plus rapide qu’un singe. Ces instants seront pour lui comme un électrochoc qui va modifier sa manière de voir les choses. Subitement passionné par la poésie mais aussi par la biographie d’Apollinaire, Florent mêle sa vie à celle du poète, part sur ses traces spirituelles et, entre rêves et hallucinations, s’éloigne de sa vie quotidienne, pour faire une rencontre extraordinaire, celle de Gaïa, la déesse de la Terre.

         Deuxième roman de l’autrice et d’un tout autre registre que le premier ; onirique et poétique, il nous emmène loin, aux confins de la création du monde, dans un espace qui lierait l’homme, la nature … et Apollinaire. Parce que j’ai d’abord lu ce livre comme un sublime hommage au poète, c’est un vrai régal d’y trouver des références à foison, par-ci par-là, d’apprendre à mieux connaître sa vie, son entourage et les neuf femmes qu’il a tant aimées. J’ai moins aimé le versant ésotérique même si je me suis retrouvée dans cette valorisation de l’arbre, dans cette nécessité de préserver la nature, de l’écouter davantage. En somme, une belle lecture, originale et au croisement de plusieurs genres.

Moi aussi, j’aime les cimetières : « J’aimais la tranquillité de ce cimetière, ces arbres hauts, dont les cimes formaient une arche protectrice au-dessus des sépultures. Loin des bruits constants de la ville, le temps s’amoindrissait et les défunts chuchotaient leurs histoires joyeuses. La mort efface les tourments, les peines et les souffrances. Les hommes ne retiennent des disparus que le bon, l’excellent ou la fantaisie ; tandis qu’au-delà de ces murs les vivants ne sont que petitesse, aigreur et vindicte. »

« Était-ce cela, les absents ? Des gens qui nous lèguent un peu d’eux-mêmes avant de partir, dans l’espoir que leur absence nous effraiera moins ? »

Merci à Tiphanie 😉

Partager cet article
Repost0
9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 20:13

Un paquebot dans les arbres (Babel) | Actes Sud

Dans les années 50, les Blanc sont une famille heureuse. Propriétaires d’un café où on danse le samedi soir, ils sont appréciés dans leur petit village du Val-D’Oise. Paulot, le père, joue de l’harmonica et sait mettre l’ambiance. Des trois enfants, Mathilde est celle qui vénère son père espérant tant lui soutirer des marques d’affection. Mais Paulot est atteint de tuberculose, la famille déménage en face et ne peut plus tenir ce bar. De rechutes en tracas financiers, les parents vont se retrouver dans un sanatorium et les enfants éparpillés, Mathilde et Jacques, le petit frère, dans deux familles d’accueil différentes, Annie vivant déjà sa vie de jeune femme enceinte. Le sanatorium est ce « paquebot dans les arbres », ce microcosme où les parents se retrouvent seuls, malades mais toujours amoureux. Et Mathilde peine à joindre les deux bouts, à tenter de récupérer la garde de Jacques, à continuer vaillamment à rendre des visites au sanatorium, à devenir femme, toute seule.

C’est un très beau livre, assurément. Avec, en son cœur, la famille. Une famille éclatée mais soudée essentiellement par ce couple de parents unis au point de souffrir de la même maladie, au point peut-être de faire passer leur amour avant celui éprouvé pour leurs enfants. Mathilde règne aussi, au-dessus de la maladie, au-dessus de la pauvreté, toujours digne et valeureuse, elle prend la figure d’une Mère-Courage adolescente. L’incipit qui nous montre une Mathilde vieillissante qui revient dans le sanatorium des décennies plus tard - l’endroit est alors à l’abandon - ne pouvait déjà que me plaire, adepte d’urbex que je suis. Je ne fais pas de cette lecture un coup de cœur comme Géraldine chez qui j’ai chipé l’idée de lecture ; la description de la maladie me renvoie à de très mauvais souvenirs, mais l’intrigue est bien menée, les personnages sont attachants (Mathilde est admirable !), le contexte historique des années 50 et 60 intéressant. Et l’écriture, soignée et sans pathos, est très belle. La romancière s’est inspirée d’une histoire vraie et le sanatorium d'Aincourt n'est pas le seul à être laissé à l'abandon.

Paulot ne veut pas danser avec Mathilde, son « p’tit gars » (elle est née après la mort d’un frère) : « Maintenant ils la regardent, la famine poussée seule, sans seins, sans fesses, sans jupe. Celle qui est arrivée quand Paul avait déjà une fille, qui pour lui plaire a pris la place du mort. Elle sourit toujours, par-dessus l’apocalypse. Ils sont gênés, détournent les yeux, se resservent à boire. Ce n’est pas leur faute si Paulot n’est pas foutu de l’aimer comme il faut. »

Ce beau moment où l’hésitation surgit doucement, vivre peut-être un peu pour soi-même… : « Mathilde est un funambule en tension, oscillant entre la nécessité d’être Mathilde Blanc, puissante, enchanteresse, fidèle ; et le désir aigu d’être une autre, fragile, légère, avec des rêves à soi. »

Deuxième lecture  après Kinderzimmer.       

Partager cet article
Repost0
6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 12:32

Thérapie de groupe tome 2 - BDfugue.com

 

-  Ce qui se conçoit bien.

Et je continue cette extra-ordinaire série d’un de mes dessinateurs chouchous.

         Jean-Eudes de Cageot-Goujon alias Manu Larcenet, après avoir longtemps cherché l’« étoile qui danse » en lui parce qu’il avait perdu inspiration et génie, se retrouve dans une clinique psychiatrique, « Les petits oiseaux joyeux ». Là, il apprécie la quantité de drogues qu’on lui administre, il participe contre son gré à un atelier de dessin où il se met, encore une fois, à essayer de trouver l’inspiration. « Albatrosman, l’indolent compagnon de voyage mutant », une de ses premières trouvailles, est un savant mélange entre un super héros et le célèbre poème de Baudelaire. Bien sûr, ça ne le satisfait pas. Entre un voisin (fou) très doué, le syndrome de Stendhal et les neuf étapes du deuil artistique, l'homme va finir par gagner en sérénité, mais cela va-t-il durer ?

         Manu Larcenet explore tous les recoins de la dépression de l’artiste, ce qui est drôle, c’est qu’il aime les extrêmes, soit il s’auto-congratule (« Manu Larcenet, demi-dieu, … conceptuellement époustouflant ») soit il se voit comme un être déchu et maudit (« Les ventes ne décollent pas et restent exilées au sol […] son chaos intérieur a pris le dessus ». La diversité graphique est tout aussi incroyable que dans le premier tome : dessins en noir et blanc, formes géométriques, pastiche du dessin médiéval, coupures de journaux, dessins alambiqués à la Jérôme Bosch, multiples références à d’autres peintres (Munch, Miro, Picasso, …) l’auteur m’a directement comblée en démarrant son opus avec cette référence à « L’Albatros ».

         Je suis fan fan fan, que voulez-vous. Les détracteurs de Manu Larcenet pourront toujours avancer l’argument d’un nombrilisme omniprésent, moi il me fait vraiment rire. J’ai lu cette BD plus tôt que prévu parce que tous les sites de l’Education nationale saturaient (merci l’anticipation – écœurement) et elle m’a détendue. Engouement total.

Manu Larcenet se rend compte qu’il souffre du poids de ses prédécesseurs, mais, eux morts, il pense qu’il peut encore les surpasser : « Mais bien sûr, un western !! Monet, Klimt, Michel-Ange… aucun n’a jamais songé à faire un western !! Ha ha ! Les amateurs !! Pourtant, en bédé, c’est bien connu… quand on n’a plus rien à dire, il suffit de faire un western ! pour les garçons, hin ! pour les filles, il faut faire des biographies de féministes mortes. »

Partager cet article
Repost0
3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 10:33

La libraire de Penelope Fitzgerald - Editions Table Ronde

Florence Green est une veuve d’une quarantaine d’années vivant depuis peu dans un village en bord de mer dans le Suffolk. Elle forme le projet de racheter The Old House, une grande masure, pour en faire une librairie. Les habitants qu’elle côtoie de près ou de loin ont du mal à comprendre ce projet, certains s’évertuent même à lui mettre des bâtons dans les roues. Qu’à cela ne tienne, Florence n’en fait qu’à sa tête, nettoie, répare et réaménage The Old House en librairie. Même si un esprit frappeur vient perturber ses plans, notre héroïne s’acharne. Entre demandes de livres étranges, bibliothèque de prêt et assistants qui ne l’aident pas comme il le faudrait, Florence avance, vaille que vaille.

Forcément, savoir qu’une femme se bat pour ouvrir une librairie, les prémices du roman étaient plus que tentants. S’ajoute à cela l’esprit frondeur de Florence, un brin excentrique et caustique pour compléter ce tableau de l’Angleterre de la fin des années 50. On pourrait reprocher à l’ensemble de ne pas être très passionnant, ne pas vraiment comprendre cette intervention du surnaturel, mais on se placerait dans le clan des réfractaires à la librairie, un peu stupides et bornés. Donc on ne dit rien, trop contents d’avoir découvert une autrice qui ait su raconter les vices des provinciaux et les difficultés pour la culture à se faire une place. Certains passages sont assez drôles. Cela m’a aussi fait penser à la remarque d’un vieux campagnard entendue la semaine dernière qui disait d’un couple installé dans son village depuis une bonne dizaine d’années que c’étaient encore des « étrangers »… Sans commentaire.

Une nouvelle lecture que je dois, tout comme celle La crevette et l’anémone, à un coffret Angleterre de Kube (et toujours cette éblouissante collection Petit Quai Voltaire !) Un florilège de livres peu connus et plutôt intéressants.

"On dit que vous êtes sur le point d'ouvrir une librairie. Ça prouve que vous êtes prête à tenter des choses invraisemblables."

Partager cet article
Repost0
30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 19:52

Alma : Le vent se lève - Timothée de Fombelle - Babelio

Alma est une jeune fille vive de 13 ans. Elle vit avec ses parents et ses deux frères, coupée du reste de l’Afrique, dans une enclave protégée par une rivière à sec, qu’on ne peut rejoindre qu’une fois par an, lors de la montée des eaux. Lorsque le « zèbre sans rayures » qu’Alma a secrètement apprivoisé disparaît en même temps que son petit frère Lam, Alma part à sa recherche. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que son père Mosi est parti le chercher aussi et que leur peuple, les Okos, est très recherché par les Blancs.

Joseph Mars a 13 ans lui aussi. Embarqué clandestinement sur le bateau La Douce Amélie, il se montre d’une insolence folle face au capitaine Gardel qui, pourtant, le gardera en vie. Pourquoi ? Joseph cache non seulement une carte au trésor dont il donne des informations au capitaine au compte-gouttes mais il tait aussi un secret. La Douce Amélie partie de La Rochelle se dirige vers les côtes ghanéennes pour quitter l’Afrique avec, à son bord, le plus de « captifs » possible.

Amélie, qui a donné son prénom au fameux bateau, est la fille de Bassac, l’armateur qui gère, de loin, la traite des Noirs. Son bras droit, Saint-Ange, a une attitude ambiguë à la fois envers son patron qu’il aimerait contraindre à faire certains choix et vis-à-vis d’Amélie qu’il semble aimer. Mais Amélie n’aime pas ce qui est joli et attendrissant et sa gouvernante ou plutôt son « gouvernail » veille à son intégrité et sa sécurité… jusqu’à quel point ?

Les trois adolescents vont vivre chacun des bouleversements qui vont affermir encore un peu plus leur caractère déjà bien aguerri.

On sait très bien que tout ce que crée Timothée de Fombelle se transforme en or ou, au moins, en lecture passionnante. C’est bien le cas pour ce récit captivant. Toutes les qualités sont réunies : dépaysement, sensations fortes, portraits bien dessinés, différentes destinées, Histoire… et pour clore le tout, François Place a illustré l’ouvrage avec son habituelle élégance. Dans ce premier tome du triptyque, on plante le décor, les personnages sont campés et on apprend à les connaître. L’horreur de l’esclavagisme se devine déjà – il faut mettre dans le bateau toujours plus de captifs qui ne savent pas où ils vont, quitte à les affamer et à les entasser.  On s’attacherait bien à son canapé pour lire, des heures durant, ce roman, sans s’interrompre, tellement c’est bien écrit, fluide et passionnant. Comme je le remarque souvent, les romans jeunesse de l’auteur ne sont pas forcément faits pour les jeunes (ma fille n’a pas eu envie de le lire en tous cas) mais les adolescents et les jeunes adultes auraient tout à y gagner à lire cette page d’Histoire si savamment romancée. Le suspens est entier à la fin du livre, vivement la suite, elle est prévue pour cette année.

« Chez les Okos, le mot « alma » signifie « libre ». Mais ce genre de liberté n’existe dans aucune autre langue. C’est un mot rare, une liberté imprenable, une liberté qui remplit l’être pour toujours. »

« A l’heure qu’il est, ils n’ont déjà plus de noms.»

« Tout ce malheur pour un peu de café, de confiture et de chocolat à l’heure du goûter… Pour cette folie du sucre qui a envahi les salons de l’Europe. »

Partager cet article
Repost0
27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 15:25

Résultat de recherche d'images pour "Latitude zéro de Mike Horn livre"

Mike a voulu relever un défi encore jamais réalisé : faire le tour du monde en longeant l’équateur. En solitaire. En traversant trois océans. Parti le 2 juin 1999, il traverse d’abord l’océan atlantique depuis Libreville, au Gabon, à bord d’un trimaran. Faut-il préciser qu’il n’est qu’un piètre marin et que le trimaran est loin d’être l’embarcation la plus indiquée pour ce genre de traversée ? Mais ce bateau « se plie » et peut entrer dans un container, il en aura besoin. Ensuite, Mike Horn traverse l’Amazonie d’est en ouest. La jungle, les marécages, les singes, les moustiques, les serpents sont devenus son quotidien. En Colombie, il a à faire à des narcotrafiquants mais gravit aussi, en passant, alors qu’il n’est pas totalement sur son trajet, le mont Cayambe, en Equateur (5790 m). De là, il retrouve son trimaran et va traverser l’océan Pacifique en 79 jours. Après les dangers de l’Indonésie, la traversée de l’océan Indien lui vaudra sa plus grosse tempête, un cyclone qui le laisse presque sans rien. Mais finalement, c’est parcourir l’Afrique d’est en ouest qui s’avérera le plus dangereux, le Congo est en guerre, Mike et ses acolytes devront rivaliser de ruses et de magouilles pour continuer l’aventure. Entre vols, agressions, séjour en prison et abus de pouvoir, la jungle paraissait plus douce… Finalement, Mike Horn rejoint Libreville 17 mois après son départ.

Cette aventure, cet exploit, ce défi presque pas humain force le respect et l’admiration. Mike Horn pagaie, pédale, navigue, marche, nage, escalade. Il ne s’apitoie jamais sur son sort mais veut réussir son projet. La multitude de dangers et de difficultés rencontrés a quelque chose d’étourdissant voire d’irréel pour celui qui lit le bouquin sur son canapé. Mais j’ai aimé suivre ce périple, chercher parfois les lieux cités, voyager quand on nous l’interdit. La force mentale de cet aventurier doit être exceptionnelle, il dit connaître rarement le sentiment de peur, il arrive à s’endormir partout, par grand froid ou sous une pluie battante, il sait rester mouillé des jours entiers, parvient à apprivoiser tous les moyens de transport mais sait aussi vaincre la fatigue, se passer de manger et de dormir. La malaria le ralentit mais ne l’arrête pas. Il est aussi à l’aise par -28 qu’à 40 degrés. Ses qualités physiques s’accompagnent de talents oratoires, il arrive souvent à convaincre des policiers de le laisser passer ou à persuader des voyous qu’il ne leur donnera jamais d’argent. Mais son culot et sa détermination ont été grandement aidés par une logistique gérée essentiellement par son frère et sa femme. Il a passé 17 mois à faire le tour du monde, si on peut applaudir l’exploit, on peut aussi se demander où commence l’égoïsme, à laisser sa famille, sa femme et ses deux jeunes filles si longtemps. Bon, là n’est sans doute pas le sujet.

Eh oui, même si ce n’est pas de la grande littérature, parfois j’aime lire des récits de voyage. Je ferai pareil… dans une autre vie !

« Livré à moi-même sur l’immensité de l’océan, je suis désormais la seule personne au monde à qui je peux demander de l’aide. »

« je n’ai pas envisagé une seconde la possibilité d’un échec, encore moins d’une issue fatale. Je pars pour réussir et je réussirai. Avoir un mental cent pour cent positif, c’est le secret. La clé de toutes les victoires. »

Il doit passer par un marécage avec des « herbes-lames, coupantes comme des rasoirs » : « Debout sur le bord, je consacre dix minutes à un exercice de pensée positive. But de l’opération : arriver, par la concentration, à me rendre mentalement invulnérable. Mon corps va souffrir. Il faut que mon esprit devienne capable de prendre le relais et de me faire franchir l’obstacle à lui seul, le cas échéant. »

Partager cet article
Repost0
24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 17:33

Thérapie de groupe - BD, informations, cotes

     1. L’étoile qui danse.

Qu’il me tardait de retrouver Manu Larcenet ! quelles retrouvailles !

Après une longue période de gloire internationale et de succès inégalable, Manu Larcenet se retrouve comme deux ronds de flan, sans idées, sans inspiration, sans coup de génie, un artiste fini, quoi. Il dépérit forcément… jusqu’à ce qu’on lui souffle cette phrase de Nietzsche :"Il faut avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse". Son cerveau se met à carburer, il pense aux hommes préhistoriques, n'étaient-ils pas lassés de ne dessiner que des "mammouths laineux" sur les murs de leur grotte? Et les hommes de la Renaissance et leur muse... belle accompagnatrice ou boulet à porter? Manu est à la recherche de l'idée du siècle mais il doute, se cherche, hésite, paresse beaucoup, mange encore plus, culpabilise, interroge sa famille qui ne lui est d'aucun secours...

Empli d’ironie, d’auto-dérision, de 24ème degré, cet album fait sourire à chaque page… mais si encore il n’y avait que cela ! Les dessins sont de toute beauté, originaux et surprenants, ils mêlent différents styles et genres : faux articles de journaux, dessins à la Fabcaro, croquis de tableaux célèbres. Les nuances de couleurs, la finesse du trait font de chaque planche un spectacle qu’on lit puis qu’on admire. Ou qu’on admire puis lit. Rajoutons encore que Larcenet nous balaye avec virtuosité différentes époques, nous parle de Léonard de Vinci, se brouille avec Cézanne, imite Snoopy ; des passés artistiques qu’il revisite à sa sauce dans la joie ou dans la bonne humeur. M’enfin, il ne faudrait pas dire ça, parce que Larcenet, les joyeux drilles, il ne les aime pas trop et craint qu’ils envahissent la planète sous peu. Vous l’aurez deviné, c’est pour moi un COUP DE CŒUR ! J’ai retrouvé le Larcenet que j’aime tant, celui du Retour à la terre, merci à lui ! Et la suite existe déjà, elle est pas belle la vie ?

« un esprit vain dans un corps gras. »

A propos des muses : « Si c’est Dieu qui se tape tout le boulot et qu’il faut juste illustrer, j’ose poser la question : où est l’exploit ? De toute façon, aujourd’hui, la question ne se pose plus… Comme Dieu est en fuite, il faut se débrouiller tout seul. C’est vachement dur

Thérapie de groupe T1, bd chez Dargaud de Larcenet

Partager cet article
Repost0
20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 10:03

Ces orages-là – Sandrine Collette – EmOtionS – Blog littéraire

Après la lecture de Et toujours les forêts qui m’avait un peu déprimée par sa noirceur, je pensais faire une pause avec l’autrice mais la tentation de son dernier roman a été la plus forte. J’ai bien fait !

Clémence a fui. Après trois ans de calvaire, elle a enfin réussi à quitter Thomas, cet homme qui l’humiliait. Elle n’est pas une femme battue, elle est une femme terrorisée et sa fuite s’est faite clandestine et sauvage. Elle a réussi à trouver une petite maison très laide avec un jardin agréable et une place de boulangère dans une autre boulangerie. Maigre à faire peur, constamment sur le qui-vive, elle espère que Thomas jamais ne la retrouvera. Avec le soutien discret de Flo, un collègue, et l’appui constant de son voisin, Gabriel, touché par le malheur lui aussi, Clémence parviendra à remonter la pente et à reprendre des forces. Mais deux menaces planent toujours, celle d’un Thomas qui retrouve Clémence mais aussi celle d’une jeune femme qui va rejoindre son ancien tyran.

Si le sujet a été maintes fois traité, il faut admettre que Sandrine Collette, par une écriture sublime et très juste, parvient à ajouter sa patte. Le récit est haletant, l’alternance des phrases courtes et longues lui donne un rythme effréné. L’autrice puise, creuse et fouille les tréfonds de l’âme blessée ; elle analyse sans juger ces relations toxiques dont personne n’est à l’abri. Je vais estampiller le roman « Coup de cœur » parce que j’ai adoré cette lecture, vraiment adoré. La fin est ce qu’elle est, je ne suis pas d’accord avec une petite remarque de Gabriel, ceux qui ont lu le livre voient sans doute de quoi je parle. J’aime quand Collette nous emmène sur la pente ascendante alors que Et toujours les forêts nous plongeait dans les ténèbres sans vraiment nous en sortir jamais. Ces Orages-là sera ma deuxième lecture préférée de Collette après Les larmes noires sur la terre.

Clémence renaît en s’occupant de son jardin : « Au début, son dos tirait et c’était tout ; à présent, son regard s’ajuste, mesure les changements, approuve, son corps se met peu à peu au rythme des plantes. Il y a quelque chose de végétal en elle, lent et souple, quelque chose de plus bas et plus ancien que l’humanité qu’elle représente, elle descend dans les racines des arbres, elle s’ancre, celui lui fait du bleu dans les veines, du bleu comme le ciel, muet, paisible. »

Gabriel et Clémence : « Ils se tiennent l’un l’autre, se dit-elle, tels des équilibristes au point de rupture. Si l’un tombe, il emporte avec lui – c’est comme le premier domino que l’on bascule au début de la file et qui entraîne les suivants, tous les suivants, sans exception. »

Partager cet article
Repost0
16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 12:28

Tout, tout de suite, Morgan Sportes | Livre de Poche

 

        Début 2006, un vendeur juif, Elie, est enlevé et séquestré. Il avait été séduit par une jeune femme l’attirant dans un piège tendu principalement par Yacef et ses acolytes. Morgan Sportès a créé une fiction autour d’une histoire vraie, celle du « gang des barbares ». La prise d’otage n’aurait dû durer que quelques jours mais les parents d’Elie ne sont pas riches et ne peuvent payer. Le temps passe, la police déconseille d’apporter le moindre sou au ravisseur et les geôliers prennent difficilement leur mal en patience. On l’apprend d’emblée, Elie ne survivra pas.

        Un peu sceptique au départ, j’ai mis du temps à comprendre où l’auteur voulait m’emmener. C’est pourtant clair, il s’agit de dérouler les (nombreux) fils d’un meurtre sordide, de tenter de comprendre la psychologie d’un « barbare », de suivre une enquête tortueuse mais surtout de capter cet instant où une dizaine de personnes s’est alliée au tueur sans parfois vraiment comprendre l’enjeu de l’affaire. L’argent trône au milieu de toutes ces bassesses humaines, attraper quelques billets pour draguer un type, quelques autres pour faire le guet, d’autres encore pour se taire. Souvent, il ne s’agit que d’une promesse de salaire qui ne viendra jamais. Ce fait divers, c’est aussi la photographie d’une banlieue qui déconne. J’avais complètement oublié cette histoire (et pour cause, je pouponnais en 2006 !) mais elle a fait grand bruit à l’époque et a connu des retentissements dans le cinéma (3 films) et dans la musique (2 chansons). La lecture était donc loin d’être inintéressante mais le style de l’auteur m’a dérangée. Il use et abuse des parenthèses explicatives, aime rajouter des détails inutiles et les nombreux dialogues cité-pure-souche rendent l’ensemble un peu lourd lourd (sauf si on aime les « balaise, wesh, keums… ») mais je ne regrette pas cette lecture déstabilisante et marquante.

« A partir d’un certain tour de poitrine, les hommes perdent leur bon sens. » C’est la réflexion que je me suis faite : le gang a utilisé plusieurs fois cette technique d’appâter les hommes avec une fille canon… des hommes qui se sont rarement dit, tiens, c’est bizarre qu’elle s’intéresse à moi… et des hommes tous maqués, par ailleurs.
« En France, me dira un responsable de la brigade criminelle, c’est une règle, on ne paie pas de rançon […] Que deviendrait le pays si les cailleras de banlieue s’amusaient, régulièrement, à kidnapper chacun « son Juif », pour améliorer leurs revenus issus surtout, jusqu’à présent, de la drogue ? »

Partager cet article
Repost0
13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 18:11

Résultat de recherche d'images pour "La Nuit est mon Royaume de Claire Fauvel bedetheque"

A Créteil, Alice débarque dans un collège où porter une barrette rose dans les cheveux et une veste violette provoque du remous, voire de la bagarre. Nawel, une jeune Beur populaire et charismatique, après s’être elle aussi moquée d’Alice, la prend sous son aile. Et Alice lui fait découvrir Paul McCartney et les Beatles… Pour Nawel, c’est une révélation, elle se met à faire de la musique et les deux jeunes filles que tout oppose deviennent meilleures amies. Nawel se met au synthé, Alice à la guitare. Elles grandissent dans un univers pauvre mais se quittent pas, choisissant le même BTS dans l’audiovisuel. Elles ont trouvé leur musique, leur style et si Nawel compose, c’est aussi elle qui s’émancipe le plus vite. Tatouée, rejetant ses parents musulmans, elle consacre sa vie à la musique, allant jusqu’à se nourrir le moins possible pour économiser ses derniers sous. La rencontre avec le Suédois Isak Olsen lors d’un festival, va bouleverser Nawel dans tous les sens du terme : elle va s’éloigner d’Alice qui garde plus les pieds sur terre, elle va tomber amoureuse du jeune blond et de sa musique hypnotique et elle va parfaire ses compositions plus que jamais. Mais Isak n’a peut-être pas les intentions les plus honnêtes du monde et Nawel va encore devoir apprendre pour mûrir et grandir.

J’ai offert cette BD à ma fille et elle l’a appréciée tout comme moi. Avec ses 150 pages, ce récit initiatique, sans se montrer ni manichéen, ni trop caricatural, illustre bien la combattivité d’une musicienne prête à tout pour vivre de sa passion. Les méandres de son parcours, les obstacles et les mauvaises rencontres m’ont paru assez justes. Ma fille a trouvé cette lecture originale et pleine de rebondissements. Je l’ai lue d’une traite avec plaisir et j’ai aimé les dessins de l’autrice (celle-là même qui a illustré La Guerre de Catherine)… une BD positive et musicale !

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. » (la citation est de Victor Hugo).

le joli billet de Soukee

Résultat de recherche d'images pour "La Nuit est mon Royaume de Claire Fauvel deux sevres"

Partager cet article
Repost0