
Au début de l’année 2020, Tesson part avec un copain traverser les Ardennes, à la manière de Rimbaud en 1870. C’est l’occasion pour lui d’évoquer ce poète à part. « Monstrueux prématuré de la poésie », sismographe d’une vibration extérieure, « noyau d’uranium » qui ne demande qu’à rayonner, Arthur Rimbaud est le poète qui a à la fois tout écrit avant 17 ans et si peu finalement. Sylvain Tesson a voulu rendre hommage aux contrastes saisissants de ce « singe savant » qui symbolise aussi l’esprit de révolte. Il critique souvent les exégètes qui ont tout dit et son contraire, se moque des catholiques qui se sont arrachés l’icône et des surréalistes qui n’ont pu s’empêcher de faire de même. L’inventeur qui a réussi à exprimer l’inexprimable n’aurait jamais cru qu’on allait tant parler de lui.
Réunir Tesson et Rimbaud a de quoi séduire. En de petits parallèles espiègles, l’auteur s’est rapproché du poète le temps d’une escapade dans les Ardennes. Même si c’est un peu fouillis parce que les pensées jaillissent d’un cerveau en ébullition, la verve de Tesson se marie très bien avec la pétillance de Rimbaud. Je prends plaisir à lire tout ce que Sylvain Tesson écrit, je me suis donc régalée et aussi amusée quand il dit par exemple « Nous ne comprenons pas exactement ce que cela veut dire. » Les citations sont nombreuses et cette mini-biographie tout de même expéditive nous aide à mieux comprendre cet enfant génial qui a subitement décidé de prendre la poudre d’escampette et de stopper net l’écriture de poèmes. Et j’ai beaucoup aimé la fin du livre où Tesson se compare au poète de Charleroi, lui aussi wanderer pour toujours ; tous deux étant atteints de cette même dromomanie.
« Personne n’a jamais prévenu Arthur de prendre garde à Rimbaud. »
« On n’arrête pas le progrès, c’est-à-dire la descente vers le pire. »
« Pourquoi certains hommes cinglent-ils sans cesse aux mers lointaines ? Pour ne pas risquer de se faire rattraper par eux-mêmes. L’avantage dans le mouvement perpétuel est de ne pas croiser son reflet dans une glace, ni sa conscience par une nuit d’insomnie ! »










