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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 13:50

   C'est avec un sapin coloré réalisé par mon regretté papa que je vous souhaite de passer de belles fêtes de Noël, profitez des vôtres, faites plaisir et surtout, faites-vous plaisir  !

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 14:37

Animal - broché - Cyril Dion, Nelly Pons - Achat Livre ou ebook | fnac

-Chaque génération a son combat, voici le nôtre-

      Dans un tour du monde express, l’auteur s’est accompagné de deux adolescents, Bella et Vipulan, pour aller regarder le travail de ceux qui œuvrent pour protéger notre planète, pour les interroger et en apprendre davantage sur les constats effarants mais aussi et surtout sur les démarches accomplies, les projets entamés.

      Au rayon des constats : au cours des cinquante dernières années, on a perdu 20% de la faune et de la flore. Parmi les mammifères, 96% sont des hommes ou des animaux domestiques. 25% des denrées alimentaires en Europe partent à la poubelle. De bonnes nouvelles, il y en a peu mais il y en a quand même : certains pays comme la Nouvelle-Zélande ou la Finlande ont décidé de sortir de la croissance, le Costa Rica a vu sa couverture forestière augmenter de 30% en quarante ans et de petits changements apportent de l’espoir : là où on choisit une agriculture bio, les hirondelles reviennent mais aussi les abeilles et les vers de terre et même le gibier.

      Il n’est pas évident de résumer un tel livre tant il est dense et intéressant, sans trame narrative, évidemment. Je n’ai pas tout apprécié parce que, parfois, je n’apprenais pas grand-chose que je ne savais déjà, les redondances étaient assez nombreuses et le tout aurait pu être synthétisé, mais la tonalité générale m’a bien sûr complètement conquise. Tout est sa place dans notre monde, j’ai bien aimé cette idée : chaque espèce animale a une importance énorme pour les autres, de la fourmi au superprédateur - en éliminer une, c’est nuire aux autres. Les loups régulent la population des cerfs, par exemple, qui grignotaient trop les petits sapins. Il s’agit de ne plus construire, de ne plus détruire mais de rétablir ce qui a été, de réparer le mal qui a été fait, de « permettre à plus de gens de produire leur propre nourriture, ainsi que celle de leurs voisins », de rendre les paysages plus hétérogènes, c’est-à-dire diversifier au maximum les espèces de plantes, d’arbres, les cultures. Certains exemples sont touchants, comme Paulino et sa famille, des Costaricains, qui ont planté 37000 arbres d’espèces locales en dix ans. Tout ça pour dire que nous, Occidentaux nombrilistes, ne faisons pas grand-chose bien souvent, à part se plaindre.

      Ce livre est un puits d’information, une énième piqûre de rappel indispensable. On aimerait que des décisions soient prises politiquement parlant mais ce ne sera pas fait, c’est donc à nous de changer, vraiment changer nos habitudes.

« Ce monde ne peut pas changer simplement parce que nous voulons qu’il change. Il changera quand nous serons le changement nous-mêmes. Chacun doit commencer son voyage, c’est aussi simple que ça. »

« Avoir moins, c’est avoir plus. »

Le réensauvagement : « il y a possibilité de laisser les choses revenir »

Les fourmis : « Sans elles, il n’y aurait pas de prairie. Et sans prairie, pas d’animaux. Les fourmis font partie de ces écosystèmes depuis des centaines de millions d’années, elles en sont l’une des espèces clés. »

 

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 10:56

Les Brumes de Sapa by Lolita Séchan

 

La fille de… nous raconte son histoire d’amitié avec une petite Vietnamienne.

A vingt-deux ans, Lolita se cherche et elle pense pouvoir se trouver en partant un mois au Vietnam. Là-bas : désillusion ; alors qu’elle attend « pourvu qu’il m’arrive quelque chose », rien n’arrive et elle n’aime ni le pays ni cette grande ville de Saigon. Les derniers jours de son voyage, elle s’en va vers le nord, Hanoï d’abord puis Sapa, une petite ville isolée entourée de cultures en terrasse. Elle y rencontre par hasard Lo Thi Gom, une fillette de douze ans qui fait partie d’une minorité ethnique, les Hmong, et qui parle parfaitement anglais rien qu’en écoutant les touristes dans les rues. Elle lui parle de sa ville, de sa date d’anniversaire qu’elle ne connaît pas avec précision, de l’école qui est pour l’instant plutôt interdite pour son ethnie, des mariages des jeunes filles de son âge. Elles se promènent ensemble dans les rues, au marché, dans les bars. Lolita rentre chez elle, ou plutôt poursuit ses études au Canada mais Lo Thi Gom l’obsède, elle sent qu’elle a besoin de retourner la voir. C’est ce qu’elle fera, pas une fois, mais chaque année. Le Vietnam deviendra son refuge, Lo Thi Gom sa bouée de sauvetage, son repère.

            C’est un beau roman graphique qui touche par sa sincérité. Lolita nous raconte sa vie d’être perdu, ses hypocondries, ses relations avec ses parents, ses peurs constantes et surtout cette rencontre aussi improbable que lumineuse. Tout n’est pas rose, elle emmène Lo Thi Gom prendre l’avion pour la première fois de sa vie pour Saigon et sent sa cadette attirée par les nouvelles technologies et les influences américaines. Elle ne sait si elle est/doit être une amie, une grande sœur, une mère… ou toujours une étrangère pour la fillette qui grandit et s’émancipe à sa façon. En effet, elle rejette longtemps le mariage, s’installe seule dans une minuscule maison brinquebalante (« mais je ne la partage avec personne »), devient guide touristique. Lolita, revenue en France, s’effraye de la demande en mariage de Renan. Les deux filles devenues femmes vont se trouver des points communs et surtout les mêmes interrogations sur la vie. Une belle surprise que cet album, pas parfait (les hachurages m'ont un peu agacée au bout d'un moment et j'aurais aimé voir les couleurs du Vietnam) mais une belle surprise.

Lo Thi Gom a un petit copain mais refuse de se marier : « Mais si je me marie je devrai tout arrêter. Je ne serai plus guide pour touriste. Je serai femme et après je serai mère. Mais moi je veux juste être moi. »

Lolita, de son père : « Il est là, c’est tout. Comme un chat devant une fenêtre qui ne chasserait jamais les oiseaux. Immobile. »

Lo Thi Gom a rêvé de poulet entier, ensuite d’école, puis de prendre l’avion : « Maintenant j’aimerais découvrir le monde, venir te voir à Paris… Mais je sais que plus rêves grossissent, moins j’ai de chance d’être heureuse. »

Un extrait que je trouve si simple et si beau : « Nous vivons tous dans une cage. Celle de notre histoire, de notre pays, de notre famille. Parfois nous nous échappons pour 3 minutes d’envol. Et ces 3 minutes de fausse liberté sont plus précieuses que tout. Ces instants volés entre l’enfance et l’âge adulte. Entre ici et ailleurs… A peine quelques battements d’ailes dans un ciel anonyme ou dans les brumes de Sapa. »

Les Brumes de Sapa, bd chez Delcourt de Séchan

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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 16:48

Apprendre à se noyer de Jeremy Robert Johnson - Grand Format - Livre -  Decitre

       A l’orée d’une jungle, quelque part en Amérique du Sud, un père emmène son fils apprendre à pêcher, à tirer à l’arc et à apprivoiser ce fleuve si violent. L’escapade tourne à la tragédie, le fils n’a pas écouté les conseils du père, a bu l’eau empoisonnée du fleuve, et les membres du corps engourdis, a été aspiré par les tourbillons de l’eau avant de se faire happer par un poisson géant. Le père, fou de douleur, se jure de ne plus rentrer auprès de sa femme pour lui éviter l’annonce de la disparition de leur fils. Il s’enfonce dans la jungle, prêt à vivre les pires souffrances. Blessé, il va rencontrer la Cuja, une sorcière guérisseuse qui le pousse à accomplir plusieurs épreuves pour retrouver son fils.

       Les premières pages sont d’une violence inouïe qui donne un haut-le-cœur au lecteur. Pourtant, on est immédiatement liés à ce drame, l’auteur nous associe à la tension dramatique et rend la lecture complètement addictive. L’écriture est à l’image de la magie envoûtante de la Cuja, tantôt poétique, tantôt incantatrice, elle engloutit le lecteur dans un univers à part. Entre fantastique et onirisme, le récit initiatique revêt la peau du conte noir en se parant d’atours poétiques. Un texte particulier qui m’a beaucoup plu même si les 150 pages m’ont suffi, un uppercut qui vaut le détour mais qui n’est pas de tout repos.

C’est le premier roman de cet auteur américain.

« Soleil au travers du feuillage – lumière qui traverse par intermittence ses paupières encroûtées de sel. Un doux moment de conscience sans pensées, né dans un monde privé de mémoire. Puis… Le garçon. Et l’homme roula sur le côté et son estomac se vida. Il aurait souhaité que son esprit chevauche la vague de l’expulsion. »

« Une douleur irradia sa poitrine et il sut qu’elle ne le quitterait plus jamais. Il redouta qu’elle ne le coupât en deux. Il espéra qu’elle le couperait en deux. »

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13 décembre 2021 1 13 /12 /décembre /2021 09:24

critique de "Meurtriers sans visage", dernier livre de Henning Mankell -  onlalu

Ce roman est le premier de la série Wallander si on exclut La Faille souterraine, un recueil de nouvelles… et le dernier pour moi de la série que je n’ai pas lue dans l’ordre.

Deux paysans de Scanie ont été sauvagement assassinés. La femme, agonisante, n’a que le temps de répéter « Etranger » avant de mourir. A une époque où le racisme monte en puissance, certains extrémistes demandent la vengeance, un Noir est ainsi tué uniquement pour sa couleur de peau. Notre inspecteur Kurt Wallander essaye de résoudre cette enquête qui l’horrifie mais entre ses problèmes avec Mona, sa femme qui l’a quitté, les absences de sa fille Linda, son manque de tact avec les femmes en général, son penchant pour le whisky, il va souvent se trouver mal en point. En ce mois de janvier venteux, froid et déprimant, l’enquête va piétiner mais trouver sa résolution quelques mois plus tard.

Allez, je vais être honnête, ce n’est pas le meilleur des polars de Mankell (qui reste mon romancier policier préféré), l’enquête s’est embourbée longtemps au début du roman, elle est devenue passionnante lorsque Wallander s’est mis à escalader des échafaudages pour surprendre un des coupables pour finir par être spectaculaire. Même si cet homme ne montre pas de lui une image très reluisante (sans être un looser, il ne fait souvent pas ce qu’il faut pour améliorer sa vie, on nous dit même qu’il a oublié de se laver les dents !), fauché, en léger surpoids, hésitant et même parfois violent ; je crois qu’on s’attache à lui justement parce qu’il n’est pas parfait mais reste un excellent enquêteur fan d’opéra qui se fie à son instinct et dont on suit méticuleusement les longues réflexions tortueuses. S’ajoute à l’intrigue policière une thématique que l’on retrouve dans d’autres des romans de Mankell : un monde en mutation devenu plus dangereux et, par là même, incompréhensible.

 Mais ça y est, c’en est fini pour moi de cette série policière incroyable qui me donne une furieuse envie de découvrir Malmö et Ystad. Il n’y a pas un titre que je n’ai pas aimé mais si je devais en citer quelques-uns : Avant le gel, La Muraille invisible, Le Guerrier solitaire… et surtout Les Chiens de Riga qui était ma première découverte de l’auteur. Je me console en me disant qu’il me reste encore beaucoup de romans de Mankell à lire !

« Wallander n’eut que le temps de se jeter sous une porte cochère. Il se cogna le front et sentit sa bosse s’ouvrir, au-dessus de son œil. Le sang coulait le long de son visage. Il s’essuya avec son gant, compte jusqu’à dix et reprit sa filature. »

« En tant que policier, il vivait toujours dans un autre monde, plus ancien. Comment apprendre à vivre dans le nouveau ? Que faire de cet immense sentiment d’insécurité qu’on éprouve envers tous les grands changements, surtout si, par-dessus le marché, ils interviennent beaucoup trop rapidement ? »

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10 décembre 2021 5 10 /12 /décembre /2021 18:47

Sursum corda - broché - Veronika Boutinova - Achat Livre | fnac

Comme j’aime qu’on m’offre des livres que je n’aurais jamais eu l’occasion de m’acheter moi-même ! Ici, c’est la petite maison d’édition Le Ver à soie.

Charlotte est Française, Zuka est né à Knin, ville-cible des conflits serbo-croates pendant la guerre de Yougoslavie des années 90. Il fait pousser et vend du cannabis pour subvenir aux besoins de sa famille, son père étant au front. Il a treize ans quand il voit son père se prendre trois balles et cette guerre atroce a déclenché chez lui un antinationalisme convaincu. Expulsé de son propre pays, Zuka rencontre Charlotte et cet amour a quelque chose de très pur et très sincère malgré la distance qui va les séparer et leur fort tempérament à tous les deux. Zuka ne veut quitter ses parents fatigués et blessés dans tous les sens du terme, il ne revoit qu’épisodiquement la belle Charlotte à Lille ou ailleurs mais revient toujours à Belgrade.

C’est un petit récit émouvant sur une histoire d’amour à distance mais aussi sur les atrocités et les déchirements causés par une guerre où on tuait au couteau, à la hache ou au marteau. Ou comment l’horreur côtoie le sublime… Par bribes, chacun des personnages va s’exprimer, parler d’amour, de résistance et de distance, ces « enfants nés de frontières » sont aussi des être courageux et vaillants.

« Pour moi, la seule occupation à avoir à cette époque était d’être heureux, parce que le lendemain tu pouvais être mort. »

« Qu’est-ce que j’ai dit pour qu’ils transforment mon adolescence en une cascade de cadavres ? »

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7 décembre 2021 2 07 /12 /décembre /2021 10:48

Amore, bd chez Delcourt de Zidrou, Merveille

               Après Seul dans le noir et Apprendre à se noyer, ces titres d'une incomparable bouffonnerie, il fallait bien un peu d'Amore...

            Un peu moins d’une dizaine d’histoires pour nous parler d’amour. L’amour passionnel, l’amour infidèle, l’amour exclusivement physique, l’amour qui dure toute la vie, l’amour d’un jour, la séduction, la jalousie, la tentation, le désir, l’absence d’amour. Ce thème universel s’épanouit ici en Italie, sur une petite place ensoleillée ou sur une terrasse avec vue sur mer. Un couple fait l’amour pendant la messe du dimanche, une cliente flirte avec son gondolier à Venise, un homme trompé va chercher en vain la femme qui pourrait être sa maîtresse, un fils observe ses parents s’aimer « spectateur unique d’un amour unique ».

                C’est à la fois simple, beau, léger et puissant. Comme souvent chez Zidrou, les mots font mouche et le dessin de Merveille qui accompagne sa poésie respire l’authenticité. Un joli bijou, à relire souvent pour mettre un peu de couleur et beaucoup de lumière dans la vie. J’ai tout aimé mais ma préférence va à cette nouvelle illustrée intitulée « Grazie mille » où un vieil homme remercie l’amour de sa vie, l’amour qui l’a porté toute son existence et l’a fait apprécier les prodiges de la nature et du quotidien. Un petit extrait :

 « Pour ma vie, sur sa vie posée, grazie ! Pour mes jambes qui courent vers elle, pour mes bras qui volent vers elle, pour mon rire et son rire, enlacés… grazie ! Pour ma poitrine qu’elle caresse… pour mon souffle qu’elle dompte, mon ventre qu’elle apprivoise… pour mon désir qu’elle dresse, grazie ! Pour ma fille, dans mes bras, éclose… pour mon enfant, un instant durant, devenu géant, pour la main de ma fille, dans ma main blottie… pour la force de mes reins, pour la douceur de ma voix… grazie ! »

Amore, bd chez Delcourt de Zidrou, Merveille

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 16:50

S'adapter - Clara Dupont-Monod - Babelio

Le hasard fait bien les choses, j’ai lu ce roman au moment où il a reçu le Prix Goncourt des Lycéens, et la récompense est méritée.

Une famille ordinaire quelque part dans les Cévennes. Un troisième enfant naît mais la mère se rend compte qu’il est aveugle, quelques semaines plus tard, qu’il ne tient pas sa tête et ne réagit à aucun stimulus. Le verdict tombe : il va rester handicapé, ne saura ni marcher ni parler ni même se tenir assis. Il faudra lui donner des purées, lui changer les couches, le porter ; et son espérance de vie sera très courte.  L’aîné se sent rapidement investi d’une mission, c’est lui qui s’occupe de cet « être évanoui avec les yeux ouverts », veille à ce qu’il ait chaud, qu’il porte son pyjama violet préféré, il lui parle, lui décrit la nature, lui caresse la joue. La cadette se braque, rejetant ce petit frère si différent qui lui interdit d’inviter des copines à la maison, qui lui a pris son grand frère. Elle s’oppose sans cesse, refuse ; seule sa grand-mère lui offre une normalité où elle va s’engouffrer sans rien plus voir d’autre. Mais la mort du petit frère constitue pour elle un réveil, elle aura à cœur de mettre ses élans de rébellion de côté et d’apaiser l’ambiance familiale, en veillant au grain au bonheur des autres. Enfin, il y a « le dernier » car, à la mort de l’enfant handicapé, les parents ont eu un quatrième enfant qui a su très tôt qu’il venait après un être à part qu’il a considéré comme un « invisible compagnon. »

C’est un roman de pure beauté dans tous les sens du terme. L’écriture est sublime, un brin suranné, elle enivre le lecteur de mots choisis avec élégance et justesse. Le contenu, quant à lui, est tout aussi précieux : le garçon handicapé devient le centre de cette famille dont les membres tournent autour de cet astre lumineux qui reste présent et influent même après sa mort. Les narratrices sont les pierres, de « vieilles gardiennes », et ce choix rend le texte encore plus fort car, comme chez Cécile Coulon, le lieu revêt une importance capitale. Montagne, rivière, crapauds, pipistrelles, gloméris, sapins, … sont les témoins muets de l’existence de cette famille si remarquable. J’ai vraiment été très touchée par ce récit qui est tout sauf larmoyant mais solaire, vivant et plein d’amour, et qui prouve que chacun « s’adapte » à sa manière à l’arrivée d’un être différent -  c’est aussi une vision étrangement rassurante de la mort.

COUP DE CŒUR ! Il vous reste deux choses à faire : lire ce beau livre si ce n’est pas déjà fait et me proposer d’autres titres de cette autrice que je suivrai désormais de près !

« Enchâssées dans le mur, nous surplombons leurs vies. Depuis des millénaires, nous sommes les témoins. Les enfants sont toujours les oubliés d’une histoire. On les rentre comme des petites brebis, on les écarte plus qu’on ne les protège. Or les enfants sont les seuls à prendre les pierres pour des jouets. Ils nous nomment, nous bariolent, nous couvrent de dessins et d’écritures, ils nous peignent, nous collent des yeux, une bouche, des cheveux d’herbe, nous empilent en maison, nous lancent pour faire un ricochet, nous alignent en limites de goal ou en rails de train. »

L’aîné : « Il aimait par-dessus tout l’impassible bonté, la primaire candeur de l’enfant. Le pardon était dans sa nature puisqu’il n’émettait aucun jugement. Son âme ignorait, de façon absolue, la cruauté. Son bonheur se réduisait à des choses simples, la propreté, la satiété, le moelleux de son pyjama violet ou une caresse. L’aîné comprenait qu’il tenait là l’expérience de la pureté. »

Le dernier : « Voilà, c’était aussi simple qu’un panorama, aussi limpide : il était là tandis que l’enfant n’était plus là. Il le pensait sans dramaturgie i tristesse, c’était le constat d’un compagnonnage, je suis ici tandis que toi, tu es ailleurs, et ceci valait pour lien. »

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1 décembre 2021 3 01 /12 /décembre /2021 10:43

Seul dans le noir | Actes Sud

      August Brill est un vieil homme impotent. Ancien critique littéraire, il est souvent cloué dans son lit, en proie à l’insomnie et il pense, il rêve, il s’invente des histoires. Tenez, par exemple, il y a cet homme, Owen Brick, qui se réveille dans une grande bulle fermée, et, lorsqu’on le sort de là, il se rend compte que l’Amérique est en pleine guerre civile, que l’attentat du 11 septembre n’a pas eu lieu, que sa mission – en tant que caporal, fonction qu’il se découvre ! - est de tuer l’ennemi public n°1… qui n’est autre qu’August Brill lui-même ! Quand August Brill ne cogite pas, il s’inquiète pour sa fille et sa petite-fille, deux femmes qui se sont retrouvées sans leur compagnon. Et le monde réel s’imbrique dans le monde fictif à moins que ce soit l’inverse.

      On sait qu’avec Paul Auster, on va sortir des sentiers battus, et c’est le cas ici. C’est un adepte des récits enchâssés, l’histoire qui nous raconte qu’un type raconte une histoire. L’uchronie proposée dans l’univers parallèle est assez effrayante. Sans doute faut-il aussi voir dans ce roman une critique des Etats-Unis, Bush en prend pour son grade et la guerre en Irak est clairement dénoncée. J’ai beaucoup aimé cette lecture où le personnage principal s’échappe de sa réalité pour en créer une autre, je me suis attachée aux personnages secondaires et la fin m’a beaucoup plu aussi, prenant une tournure plus intimiste et touchante.

J’ai pioché cette idée de lecture chez Rachel, je la remercie !

De l'auteur, j'avais adoré Brooklyn follies.

L’incipit : « Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. »

« Il existe plusieurs réalités. Il n’y a pas qu’un seul monde. Il y en a plusieurs, et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d’entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d’un autre monde. Chaque monde est la création d’un esprit. »

 

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28 novembre 2021 7 28 /11 /novembre /2021 10:48

Blacksad t.6 ; alors, tout tombe première partie - Juan Díaz Canales, Juanjo  Guarnido - Dargaud - Grand format - Librairie Gallimard PARIS

Alors, tout tombe.

            Comme j’ai été heureuse de voir qu’un nouvel opus de mon chat préféré (non, mon roux qui ronronne sur le canapé passe devant, tout de même) était sorti !

L’histoire démarre par une représentation théâtrale, une troupe joue du Shakespeare devant un public conquis. Blacksad, notre détective, en fait partie et assiste, aussi médusé que les autres spectateurs, à l’arrivée de la police qui veut stopper le spectacle et à la confrontation entre la directrice de troupe, Iris, et le lieutenant. Pendant ce temps-là, notre petit journaliste Weekly tombe déjà amoureux d’une jolie Rachel, apprentie journaliste. Le soir même, Blacksad sauve Kenneth Clarke, le président du syndicat des travailleurs du métro, des griffes de dangereux malfrats. Ce même Kenneth lui apprend que Solomon, un magnat de la construction, ne jure que par les autoroutes et freine la construction du futur métro. Blacksad se met à enquêter en travaillant au plus près des taupes, dans les entrailles de la ville. Weekly, quant à lui, pense avoir trouvé le bon filon, en s’inventant reporter particulier pour Solomon.

Après huit ans d’absence, le duo d’auteurs revient nous régaler avec ces animaux personnifiés dans un univers sombre et mafieux. Il n’y pas à dire, c’est une série culte. Je continue à m’extasier sur les dessins de Blacksad lui-même, toujours élégant et malicieux, mais aussi de tous ces personnages anthropomorphiques, tellement réussis ! Comme par le passé, je trouve toujours que le scénario est un cran en-dessous du graphisme mais c’est sans doute parce que je suis tellement subjuguée par les belles planches que j’en oublie l’histoire. Dommage que ce soit un diptyque, il va falloir attendre de lire la suite, et dieu sait que la dernière planche nous réserve une sacrée surprise.

Le talentueux Guarnido s’est distingué, il y a peu, avec Les Indes fourbes.

Blacksad tome 6 – Alors, tout tombe (première partie) – Juan Díaz Canalès – Juanjo  Guarnido – polar – roman noir – batisseur new york – urbanisation –  syndicat – théâtre – shakespeare – p.2 – Branchés Culture

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