On ne plaisante pas avec Henning Mankell, c’est mon auteur de polars préféré, l’indétrônable, l’unique, superpuissant dans mon cœur. J’ai presque lu tous ses policiers mettant en scène Wallander, il m’en restait deux sur douze. Celui-ci est très particulier puisqu’il renvoie à la période qui précède les autres romans de la série Kurt Wallander et se compose de cinq nouvelles classées par ordre chronologique.
- Dans « Le coup de couteau », Wallander n’est encore qu’un simple flic de 21 ans dont la tâche consiste à faire de monotones rondes à Malmö. C’est la mort d’un voisin qui lui apprend à enquêter car il a du mal à croire à la thèse du suicide. Il vient de démarrer une liaison avec Mona, celle qui deviendra sa femme et qui lui reproche déjà de ne pas être assez présent.
- « La faille » nous projette six ans plus tard, Wallander, lors d’une vérification de routine, se retrouve ligoté dans une supérette. Il est marié et a une petite fille de 5 ans, Linda.
- Dans « Un homme sur la plage », un type entre dans un taxi et meurt brutalement quelques minutes plus tard. On le voyait souvent marcher sur une plage. Wallander est désormais un commissaire bien installé à Ystad.
- « La mort du photographe » : comme son nom l’indique, le photographe de quartier, celui que tout le monde avait connu pour immortaliser communions ou mariages, est assassiné dans sa boutique. L’homme cachait bien des secrets…
- Dans « La pyramide », Wallander est confronté à deux tragédies : celle d’un crash d’un avion répertorié nulle part, tuant les deux hommes à son bord, et celle de l’explosion d’une mercerie tuant les deux vieilles femmes propriétaires du magasin où chaque habitant d’Ystad était venu au moins une fois. Il se trouve que les deux affaires sont liées. Wallander a 40 ans, il est désormais séparé de Mona, il a une liaison qui ne le satisfait pas et son père lui cause tant de soucis qu’il doit le chercher au Caire.
Dans toutes ces nouvelles, Wallander risque sa peau mais révèle aussi sa méthode peu orthodoxe qui est celle de souvent faire cavalier seul. C’était passionnant pour moi de voir l’évolution du personnage et aussi l’immuabilité de sa personnalité, il est le même à 21 ans qu’à la retraite. Les nouvelles se lisent très bien, elles sont suffisamment longues (le livre fait 514 pages) pour qu’on s’imprègne de chaque enquête. Je cherche à vous expliquer pourquoi j’aime tant cette série et je peine à trouver des arguments. Je crois que j’apprécie que les enquêtes prennent du temps, j’aime comprendre toute la sensibilité de Wallander, ses failles et ses défauts. J’aime même quand il va remplacer sa voiture brinquebalante ou qu’il râle parce qu’il se nourrit décidément trop mal. Je me suis complètement attachée à lui. J’ai tout de même deux consolations : j’ai encore à lire un polar sur les 12 de la série, Meurtriers sans visage ; l’autre : il reste tant d’œuvres de Mankell à découvrir ! Ses pièces de théâtre notamment m’intriguent…
Une réflexion récurrente, celle de la société suédoise en déclin : « Que se passait-il ? Une faille souterraine avait brusquement fait surface dans la société suédoise. Les séismographes radicaux, les plus sensibles, l’enregistraient. Mais d’où venait-elle ? L’évolution perpétuelle du crime n’avait rien de surprenant en soi. »
« Il n’y a plus de frontières. Ni pour les avions, ni pour les criminels. Autrefois, Ystad était à la périphérie du monde. Ce qui arrivait à Stockholm n’arrivait pas ici. Et même Malmö : ce qui arrivait à Malmö n’arrivait pas dans une petite ville telle que Ystad. Ce temps-là est révolu. »