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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 18:00

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          C’est dans le cadre de mon boulot au collège que j’ai découvert qu’avant la pièce Rhinocéros, une nouvelle portant le même titre avait été écrite.

« Rhinocéros » commence ainsi : « Nous discutions tranquillement de choses et d’autres, à la terrasse du café, mon ami Jean et moi, lorsque nous aperçûmes, sur le trottoir d’en face, énorme, puissant, soufflant bruyamment, fonçant droit devant lui, frôlant les étalages, un rhinocéros. » La suite, vous la connaissez sans doute : après l’étonnement initial, tous les habitants de la ville finissent par se métamorphoser en rhinocéros, seul le narrateur résiste … mais jusqu’à quand ?

La 2ème nouvelle, « Oriflamme » surprend également dès son incipit : un couple « héberge » un mort depuis 10 ans. C’est un homme de passage qui a eu une liaison avec Madeleine que le narrateur a tué. Le cadavre est intact mais il grandit chaque jour un peu et, au bout de dix ans, il faudrait s’en débarrasser. Mais le mort va manquer au couple, ses yeux « tels deux phares, d’une lumière froide, blanche » éclairaient toute la pièce. La fin de la nouvelle est de toute beauté puisque la barbe du mort se déploie en parachute et emporte le narrateur avec lui.

La 3ème nouvelle, « La photo du colonel » se veut plus policière. Dans une ville parfaite où ne vivent que des gens aisés sous un parfait soleil, un mystérieux tueur en série sévit. On connaît son mode de fonctionnement mais il n’est jamais inquiété. Le narrateur le côtoie naïvement, sans se méfier.

         Il ne faut pas parler d’absurde mais d’« insolite » chez Ionesco. Merci à lui de nous sortir du commun, du réaliste et de l’ordinaire. Ces trois nouvelles sont une réussite et traduisent le pessimisme de l’auteur vis-à-vis de la condition humaine (et il n’a pas tort). Les hommes sont petits et soumis à une fatalité qui les dépasse, contre laquelle ils n’ont pas la force de vaincre. Amis de l’optimisme, bonsoir !

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 11:33

Amazon.fr - Une vie à coucher dehors - Tesson, Sylvain - Livres  

        Une route qu’on goudronne, des porcs qu’on engraisse, des terrains qu’on démine, un journal de bord d’un ermite sur le point de rejoindre la civilisation, deux gardiens de phare – un Russe et un Breton – qui fêtent Noël ensemble, des femmes qui se révoltent contre leur statut d’esclave, des naufragés qui sont heureux grâce à un conteur menteur, un fantôme qui profère des insultes, …. Je ne vais pas vous résumer dans le détail les 15 nouvelles de ce recueil mais sachez qu’il nous trimballe à travers les âges mais aussi, surtout, nous fait voyager sur le globe terrestre avec une légère préférence des îles grecques et de la Russie.

        Ce recueil a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2009 et il le mérite amplement ! Chaque histoire est insolite et passionnante ! Qu’elle soit longue ou courte, elle nous emmène ailleurs. Rondement construite, on y trouve toujours un peu d’humour ou un peu de cynisme, une bonne dose de tragique, mais aussi, je pense, les valeurs chères à l’auteur : l’écologie, un pessimisme face à l’humain, une méfiance vis-à-vis de l’islam. La plupart des nouvelles comportent une chute magistralement menée. Oui, j’ai adoré et j’en fais un coup de cœur ! 

A lire également le formidable Dans les forêts de Sibérie ou un autre très très bon recueil de nouvelles, S'abandonner à vivre.

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 09:47

La Rêveuse d'Ostende - broché - Eric-Emmanuel Schmitt - Achat ...

       Après avoir abandonné un recueil de nouvelles d’un écrivain, Etgar Keret (Crise d’asthme), dont j’avais pourtant adoré 7 années de bonheur, j’ai sorti de ma PAL ce livre beaucoup plus « tout public ».

Cinq nouvelles dont la première est longue et la dernière très courte.

  • « La rêveuse d’Ostende » : une vieille femme raconte son histoire d’amour clandestine avec un noble, une passion idéale … tellement parfaite que son interlocuteur finit par mettre en doute la véracité de ses dires.
  • « Crime parfait » : une femme assassine son mari, le jetant du haut d’une falaise. Ça fait peu de temps qu’elle le soupçonnait d’être fourbe et sournois dans l’amour absolu qu’il lui exprimait. Plus le temps passe, plus elle se rend compte qu’il était réellement sincère dans ses sentiments et que c’était peut-être elle la plus hypocrite des deux.
  • « La guérison » : Une infirmière qui se trouve grosse et laide plaît à un patient devenu aveugle, il la séduit et finit par la convaincre qu’elle possède réellement des charmes.
  • « Les mauvaises lectures » : Un vieil érudit déteste la lecture des romans. En vacances avec sa cousine, il finit par succomber à un polar qui le marque au point de transformer sa vie.
  • « La femme au bouquet » : le narrateur s’aperçoit qu’une femme attend tous les jours avec un bouquet à la gare de Zurich… depuis des années. Qui attend-elle ? Pourquoi ?

        Autant les trois premières nouvelles m’ont beaucoup plu, j’ai trouvé ça frais et léger, distrayant et amusant, autant les deux dernières m’ont lassée par le manque de crédibilité, le côté un peu moralisateur de l’auteur. N’empêche que le fil directeur – le pouvoir de l’imagination ou comment les pensées d’une personne peuvent modifier la réalité – est intéressant. J’avoue aimer le E.E. Scmitt novelliste, même si le personnage public peut m’agacer, même si je n’ai pas aimé tous ses romans, j’aime ses nouvelles. J’arrive même parfois à m’en souvenir longtemps. (Concerto à la mémoire d’un ange ; Les deux messieurs de Bruxelles).

       Au soleil, sur mon transat, ce fut un moment de lecture très agréable !

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 09:48

Maîtres du jeu - Karine Giebel - Babelio

Abandonnant un pavé trop hermétique (Jérôme saura duquel je parle…), je me suis rabattue sur un petit livre de ma bibliothèque, il contient deux nouvelles policières d’une autrice dont je n’avais vraiment aimé que Les Morsures de l’ombre.

Dans la première nouvelle, une actrice célèbre, Morgane, vient toucher un héritage qui la surprend : un admirateur --désormais décédé- qu’elle ne connaît pas, lui a légué une maison. La famille du mort s’indigne mais respecte son choix. Morgane va voir cette maison perdue dans l‘Ardèche avec son mari violent et arrogant. Ça tourne mal là-bas, très mal… les deux ont été manipulés par un tueur mort, le comble… Mais les apparences sont trompeuses et peut-être que Morgane connaissait déjà ce tueur.

Dans la 2ème nouvelle, un fou dangereux s’est échappé de son asile. Rusé, il a réussi à prendre place dans un voyage scolaire, aux côtés d’une charmante enseignante qui est vite séduite par ses yeux bleus. Le danger menace à chaque instant les enfants et leurs accompagnateurs.

J’ai trouvé ces deux nouvelles vraiment efficaces. Même brefs, ces textes savent faire monter la tension en un rien de temps, brossant une description tout à fait réaliste d’une situation angoissante. La deuxième nouvelle est de facture un peu plus classique : le tueur en série qui se déplace incognito au milieu d’innocentes brebis mais la première nouvelle m’a vraiment bluffée, elle comporte plusieurs chutes, ce qui est assez impressionnant pour une nouvelle. L’écriture de Giebel reste l’écriture de Giebel, elle n’est ni très littéraire ni spectaculaire mais ce n’est pas ce que je recherchais. Cette lecture, faite au soleil, a été un excellent moment !

Ma quatrième de couverture me dit qu'on trouve les deux récits dans leur version numérique… je n'ai pas longtemps cherché mais : avis aux amateurs!

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 18:08

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           Dans ce recueil de nouvelles toutes liées les unes aux autres par ce personnage, Marcovaldo, nous suivons un homme italien très pauvre, un manœuvre, père de six enfants, citadin bien malgré lui. Les saisons défilent et Marcovaldo tente de vivre ou plutôt de survivre dans cet environnement urbain très clos, souvent hostile et presque oppressant. Il vit d’un boulot mal payé, de petits expédients, de procédés assez louches, d’expériences maladroites et de quêtes un peu vaines. Capable de suivre un chat pendant des heures, il s’extasie aussi devant quelques champignons surgis de nulle part, un troupeau de vaches exceptionnellement passée en ville, la gamelle d’un autre ou encore un brouillard à couper au couteau.

         Je suis en admiration devant le travail d’Italo Calvino depuis des années et, plus j’en lis, plus cet engouement se confirme. Le ton burlesque est ici clairement assumé, notre Marcovaldo en digne descendant de Charlot, brave les intempéries de la vie avec un flegme attachant. Ces courts récits d’une troublante beauté attirent l’attention sur les petits riens de la vie en ville : un néon publicitaire, des échantillons dans une boîte aux lettres, un pigeon, un banc public, un mois d’août déserté par les citadins… Entre la délicatesse d’un Francis Ponge et l’humanité d’Alice Ferney dans Grâce et dénuement, l’auteur nous amène très vite à nous attacher à ce picaro si drôle et si touchant. On pourrait consacrer plusieurs pages à chacune des nouvelles où la satire de la ville et son existence « post-industrielle » absurde rendent idyllique l’image de la campagne. Le paradis est perdu et on ne le retrouvera jamais, et il faut vivre avec cette idée. COUP DE CŒUR !

« C'était en un temps où les aliments les plus simples recelaient des menaces insidieuses et relevaient de la fraude. Il n'était pas de jour où le journal ne révélait des choses épouvantables à propos du panier de la ménagère : le fromage était fait de matière plastique ; le beurre, avec des bougies ; dans les fruits et légumes, le taux d'arsenic des insecticides était plus élevé que celui des vitamines ; les poulets étaient engraissés avec certaines pilules synthétiques qui pouvaient transformer en poulet ceux qui en mangeaient une cuisse. Le poisson frais avait été pêché l'année précédente en Islande, et on lui maquillait les yeux pour qu'il parût de la veille. Une souris, dont on ne savait pas si elle était vivante ou morte, avait été découverte dans un bidon de lait. Des bouteilles d'huile ne coulait point le suc doré des olives, mais de la graisse de vieux mulets opportunément filtrée. »

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 10:57

   

         Fannie et Freddie par Malte

             On dirait que je fais tout pour retarder la lecture du Garçon et que je lis d’autres titres de l’auteur pour me faire languir. Ce n’est pas faux !

            Ce recueil comporte deux longues nouvelles, la première a donné son titre au livre. Fannie envisage de kidnapper un homme d’affaire dans un parking couvert, à New York. Elle l’attire au sujet d’une roue de secours à sortir du coffre et voilà qu’elle l’immobilise avec un poing électrique et le balance dans le coffre. Mission accomplie. Mais pourquoi Fannie a-t-elle enlevé ce Freddie ? Pour l’amour, l’argent, la vengeance ? Sachez qu’il est question de gros sous, d’escroquerie et de parents ruinés. Le beau jeune homme est également un symbole des gagnants dans une société qui compte tant de perdants…

« Elle se tait. Par deux fois le jeune homme ouvre et ferme la bouche mais aucun son n’en sort. Alors le silence retombe dans la pièce comme un rideau de neige, une averse à la fois dense et légère, régulière, monotone, inexorable, et ils restent là tous les deux comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de la regarder tomber. A la fin tout en sera recouvert. Tout sera d’un blanc immaculé. »

              « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas » nous emmène à La Seyne-sur-Mer, la ville natale de l’auteur qui nous raconte la déchéance des chantiers navals après avoir connu  la gloire. Un flic, Ingmar, a choisi le métier pour retrouver le tueur de son meilleur ami d’enfance. Souffrant de migraines, plus seul que jamais, il revient, des années plus tard, sur cet événement tragique inexpliqué.

« J’ai du mal à comprendre ce qui a forgé notre amitié. Pourquoi nous sommes devenus si proches. Inséparables. Etait-ce ce qu’on appelle l’attirance des contraires ? Nous ne venions pas du même milieu, nous n’avions pas les mêmes goûts, et nos caractères étaient à l’opposé sur bien des points. »

              Les deux textes frôlent le genre du thriller, la vérité se dévoile délicatement et sans en l’avoir l’air pour surgir, nue, insolente et douloureuse. On sent également l’auteur engagé, Marcus Malte vient prendre la défense du petit pauvre, de l’opprimé, de celui qui n’a pas d’armes pour se défendre. Deux très jolies nouvelles, agréables à lire et mystérieuses. Je distingue de plus en plus de ressemblances entre Marcus Malte et Pascal Garnier, quand le premier dénonce tout en douceur, le second tape du pied avec plus de sarcasmes mais les deux se veulent le miroir d’un monde actuel souffreteux.

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 19:11

          Je vous avais dit qu’avec Zoyâ Pirzâd, je ne me contenterai pas de C’est moi qui éteins les lumières que j’ai beaucoup aimé. Voici un recueil de 18 nouvelles qui correspond aussi à son premier ouvrage paru.

         En Iran, dans un univers en quasi huis clos, il est question de cuisine, de couture, de vaisselle, de fleurs, d’enfants, tout cela dans un contexte familial où la mère, généralement, regarde par la fenêtre et attend le retour de son mari. Ce monde douceâtre et plutôt soporifique car extrêmement routinier se modifie petit à petit, d’une nouvelle à l’autre, pour y voir surgir, par petites touches, des ombres, des impressions fugaces qui dérangent, qui tendent à briser le fragile et précaire équilibre initial. Ainsi, une femme se réjouit de n’avoir jamais eu d’enfants, une autre ôte rageusement ses bas trop collants, une troisième se voit répudiée et incite ses filles à la rébellion, une dernière fait preuve de caractère en balançant repas, nappe et tout le toutim par la fenêtre, une armée de voitures bruyantes et grinçantes envahissent les rues de la ville.

            C’est une ambiance faite de nostalgie et de souvenirs qui constitue le point fort de ce recueil de nouvelles. J’ai préféré le roman C’est moi qui éteins les lumières mais ces textes courts ne sont pas dénués de charme et, même s’ils ont pour cadre resserré une maison bourgeoise en Iran, ils revêtent une dimension universelle. J’ai apprécié de retrouver à nouveau le procédé du monologue intérieur et l'extrême sobriété du style de l'écrivain femme. Certaines nouvelles nous sortent un peu dans la rue et une de mes préférées, « Le Banc d’en face » décrit, de manière assez drôle, un type qui aime observer les gens et leur prêter une vie, des humeurs, une histoire qu’il croit détecter sur leur visage et leur comportement. Ainsi, parce que l’homme assis sur un banc en face de lui semble triste, il s’imagine qu’il a perdu son emploi, ce qui l’amène à réfléchir lui-même sur l’instabilité de son propre métier. Un courrier étrange était parvenu récemment au directeur général… ou comment imaginer le pire :

« Pourvu qu’il ne s’agît pas de lui ! Et pourquoi lui ? Il n’y avait pas plus consciencieux dans tout le bureau. Jamais il n’était en retard, jamais absent. Pas une fois il n’avait sollicité de congé pour raison médicale. Alors pourquoi lui ? Il songea aux réactions de ses collègues. Ils lui témoigneraient certainement de la compassion. Mais à quoi cela lui servirait-il ? Il se souvint qu’il avait sollicité quelques semaines auparavant un prêt immobilier. Il avait toutes les chances de l’obtenir. Mais maintenant… ? Il imagina le directeur financier déchirant sa demande. Désormais, il ne pourrait plus acheter à crédit chez l’épicier avec la même confiance ni la même assurance des débuts de mois. Il se représenta l’épicier riant de toutes ses dents noires. Il songea à la timide demoiselle qui avait été embauchée au bureau quelques mois plus tôt. Cette fille lui plaisait. Il avait décidé de lui parler. Si elle était d’accord, il parlerait aussi à sa mère. Comme elle serait heureuse ! Mais à présent… ? Désormais, la jeune fille ne répondrait même plus à ses salutations. »

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 12:10

 

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             Il me tardait de découvrir cet auteur et de vérifier ses qualités tant vantées par certains.

            Dans un recueil de trois nouvelles, Marcus Malte évoque l’enfance et l’adolescence :

            Dans « Le Fils de l’étoile », le narrateur revient sur ses souvenirs : enfant, Mestrel, se retrouve envoyé par ses parents en colonie de vacances. Il déteste ça car il y est raillé et humilié à la fois par les autres enfants mais aussi par les moniteurs… jusqu’au jour où il est fait la connaissance de François. François lui assurera protection et amitié. Lorsque Bénardier qui s’était vertement moqué de Mestrel, mourra empoisonné par des champignons, le garçon ne se méfiera pas. Lorsque, l’été suivant, la mono qui se foutait de Mestrel disparaît avant de se retrouver au fond d’un puits, Mestrel s’interroge.

            Dans « Des noms de fleurs », quatre amis qui se sont donné des surnoms de fleurs, luttent à leur manière pour l’écologie et la sauvegarde de la planète. Ils décident, simplement, d’offrir leur vie à leur combat. Nous assistons à leurs dernières minutes de vie.

Dans la dernière nouvelle intitulée « Le père à Francis », c’est par la voix d’un gamin de banlieue marseillaise qu’on découvre la vie d’un homme extraordinaire qui s’est battu pour que des gamins se retrouvent autour du foot. Ou comment décrire les aspects les plus positifs d’un sport fédérateur et salvateur…

             A travers ces trois textes, c’est le pouvoir de la jeunesse qui est mis en lumière : une jeunesse dont il faut se méfier, une jeunesse bien plus forte et reconnaissante qu’il n’y paraît, une jeunesse courageuse. Au service de ce thème commun une langue magnifique, élégante, puissante. Elle traduit parfaitement la rencontre entre des forces antinomiques : la vie et la mort, le sublime et le grotesque, le trivial et le rare. Comme je suis contente d’avoir découvert cet auteur !

 

Première nouvelle : François est l’ange gardien de Mestrel : « Ce qui, pour moi, aurait dû être un véritable calvaire, fut un véritable bonheur. J’étais grisé. La tête m’en tournait. François courait à mes côtés et on pouvait voir sur nos deux visages la même expression d’ivresse radieuse ; Ni le vent ni la pluie qui nous cinglaient ne pouvaient rien contre ça. Notre joie grondait plus fort que le tonnerre. »

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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 11:34

 

 

 

             Qui m’avait conseillé cet auteur ? Impossible à dire, toujours est-il que je suis tombée sur ce petit livre pas inintéressant.

              Dans la profonde campagne québécoise, Clara naît mais sa mère meurt aussitôt. Voilà qu’Aurélien, le père, paysan rustre et solitaire, cache sa fille, l’emmène partout dans la forêt, dans la campagne, mais ne la laisse pas côtoyer l’espèce humaine. Jusqu’au jour où l’institutrice du village qu’on appelle « Mademoiselle » se met en tête d’instruire cette petite fille de dix ans qui ne sait ni lire ni écrire. L’élève sera si douée que Mademoiselle va s’attacher à elle comme à sa propre enfant et, sur son lit de mort, tout lui léguer. On retrouve Clara quelques années plus tard en train d’épier un lieutenant venu de Londres et traumatisé par l’enfer de la guerre. Ces deux êtres différents issus de deux mondes clairement distincts vont s’apprivoiser l’un l’autre.

           Ce très court récit (que je classe parmi mes lectures de nouvelles) s’apparente à une fable. Anne Hébert utilise un langage simple, parfois poétique et musical, pour mettre en lumière une enfant puis une femme qui pourrait être une cousine de « l’enfant sauvage »… Ou quand la civilisation n’a pas abîmé l’homme… J’ai beaucoup aimé cette lecture et ça m’a donné envie d’en connaître plus sur cet illustre auteur.

 

« Clara grandissait dans le silence du père et les voix de la campagne. Bien avant toute parole humaine, la petite fille sut gazouiller, caqueter, ronronner, roucouler, meugler, aboyer et glapir. Son imitation du grand duc, une fois la brunante tombée, était si juste que le sang des souris des champs se glaçait dans leurs veines de souris. »

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:39

 

 

                 Ça fait trop longtemps que je me promets de lire cet écrivain extravagant, authentique et alcoolique.

                 Ce recueil d’une vingtaine de nouvelles n’est pas fait pour les prudes : tout n’est qu’alcool, sexe, blasphème, humiliation, paresse et vulgarité. Charles Bukowski se met souvent en scène lui-même et sans aucun scrupule (oh non, aucun !), il n’hésite pas à se montrer sous son plus mauvais jour, démontrant par a+b qu’il n’a aucun talent d’écrivain et qu’il préfère se rouler dans la luxure et l’oisiveté. Les titres des nouvelles sont évocateurs : « La machine à baiser », « La chatte blanche » ou encore « J’ai descendu un type à Reno ».

              Je vous avoue tout : j’ai mis des semaines à lire ces nouvelles. J’ai démarré sur les chapeaux de roues, avec beaucoup d’enthousiasme et une folle envie de me dévergonder avec ce fameux Bukowski et puis, je me suis peu à peu lassée de son univers criard et vulgaire.  J’ai aimé certaines nouvelles, j’ai saisi sans difficulté l’aspect novateur et révolutionnaire, l’esprit libre du ton, du style qui s'apparente à une lame tranchante et acérée mais je crois que ce n’est pas ma tasse de thé.

                 La nouvelle que j’ai la plus appréciée parce qu’elle est très drôle : « Le petit ramoneur » : le narrateur se vante d’avoir séduit la très belle secrétaire de sa boîte. Pourtant, les collègues l’avaient prévenu : c’est une sorcière ! Henry la met dans son lit et un mois plus tard, l’épouse. Oui, mais Sarah se plaint d’avoir un mari trop gros, elle le met au régime. Il perd du poids, obéissant à sa femme, perd beaucoup de poids, de plus en plus de poids mais aussi quelques centimètres. Eh oui, c’est un fait : il rapetisse ! Sarah avoue qu’elle tente de « résoudre le problème de la Surpopulation », son bonhomme va tout simplement finir par disparaître ! Avant ça, un petit plaisir, elle glisse son mari de vingt centimètres entre ses jambes, le fait aller et venir, vous imaginer le tableau. Henry réussit à s’en sortir après avoir tuée sa géante, et il re-grandit.

 

« La poésie en dit long et c’est vite fait ; la prose ne va pas loin et prend du temps. »

 

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