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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 17:25

Aller aux fraises - Éric Plamondon - Babelio

Dans ce recueil de trois nouvelles, l’écrivain québécois explore la fin de l’adolescence et ce passage délicat à l’âge adulte.

« Aller aux fraises » : un ado et ses potes, avant de démarrer les études supérieures, font encore quelques conneries, le narrateur abîme notamment la voiture de son père. Ce dernier, plutôt que d’entrer dans une colère noire, lui réplique qu’il est sans doute aller aux fraises.

Dans « Cendres », trois copains de toujours réunis par leurs deux passions : la bière et le billard. Mais l’un d’eux meurt prématurément et les deux autres, un soir de neige, tentent d’aller respecter la promesse de disperser les cendres au cimetière de Sainte-Irénée. Mais ils sont ivres, mêmes plus qu’ivres !

Dans la dernière nouvelle, « Thetford Mines », on retrouve le narrateur du premier texte quelques années plus tôt alors que sa mère et son nouveau « chum » se sont installés dans cette région réputée pour ses mines d’amiante. Il les rejoint tous les week-ends en train avant d’avoir sa propre voiture et de faire, un soir de neige, une découverte enchanteresse qui lui confirme qu’il a bien 18 ans et que tout est possible…

 

C’est vraiment très court, même pas 100 pages au total mais c’est le seul reproche que j’aurais à faire à ce livre que j’ai dévoré et adoré. C’est la première fois que je découvre l’écriture d’Éric Plamondon et mon adhésion fut immédiate et totale. Entre langage familier, expressions bien de chez lui et poésie, c’est un vrai plaisir de lecture ! Même si le sujet n’est pas tout frais, ce passage à l’âge adulte, quand on a l’impression d’être invincible, est joliment traité. Entre humour et émotion, ces quelques photographies (et leur arrière-plan enneigé !)  de ce moment-clé vont certainement marquer durablement le lecteur. Ou quand même croquer le réel avec justesse et finesse. Hâte de lire autre chose de l’auteur, quel titre en priorité ?

« C’était la fin de quelque chose. Je me dirigeais tout droit vers les responsabilités, les histoires d’amour compliquée, les haines partagées, les collègues insignifiants, le mariage, le divorce, avoir un enfant, voir ses parents vieillir, changer d’idée, douter, chercher des réponses, sombrer, se relever, tenter, recommencer et, souvent, me souvenir de la fois où mon père m’avait dit : « On dirait que t’es allé aux fraises. »

Après l’émotion, place à l’humour :

« - Niaise pas là-d’sus, Finger. Veux-tu une autre gorgée de vin.

   -Envoye donc, j’commence à être tanné de rôter juste d’la bière. »

 

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23 avril 2021 5 23 /04 /avril /2021 18:43

Fantaisie allemande, Philippe Claudel | Stock

       Comme son nom l’indique, ce recueil de nouvelles évoque de près ou de loin des personnages d’origine allemande ou un contexte germanique.

       Cinq nouvelles ou contes cruels, pourrait-on dire aussi. « Ein Mann » est une sorte de road trip apocalyptique d’un homme seul qui fuit et se cache dans une forêt froide de novembre. « Sex und Linden » narre les souvenirs d’un vieillard et sa première expérience sexuelle. Dans « Irma Grese », une jeune fille simplette mais cruelle est embauchée dans une maison de retraite pour s’occuper quotidiennement d’un vieil homme impotent qu’elle va laisser mourir de faim. « Gnadentod » nous livre les différentes versions du mystère d’un peintre devenu fou en 1940.  Et je n’ai pas envie de résumer « Die Kleine » parce que c’est comme ça.

       Je n’ai pas aimé toutes les nouvelles avec la même intensité mais les ai toutes appréciées pour leurs qualités évidentes. Les deux premières m’ont totalement séduites, ce sont deux petits bijoux différents l’un de l’autre mais remarquablement écrits. Le fil directeur de l’Allemagne est un peu artificiel, il ne faudrait surtout pas y voir une chronique du pays ou une photographie d’un instant, l’auteur lui-même dit ne pas avoir écrit les textes à la même période. La magnifique couverture est signée Lucille Clerc et je ne me suis pas lassée de l’admirer. Un joli moment de lecture au final même si l’enthousiasme des premières pages s’essouffle un peu au fil de la lecture.

« On ne meurt pas d’un coup à mon âge. On est comme une maison dont on ferme les volets, qu’on vide peu à peu de ses meubles, dans laquelle on coupe le gaz, puis l’eau, et pour finir la lumière, avant de verrouiller une dernière fois la porte et de jeter la clé. Cette pensée m’amuse. »

« Les lumières laissent choir sur les visages des musiciens un pollen doré. »

« Nous sommes la matière de la nuit. »

Merci Michaël !

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 18:02

Résultat de recherche d'images pour "Le livre de sable de Jorge Luis Borges"

 

Ce recueil de treize nouvelles emporte le lecteur dans un ailleurs spatial, dans un ailleurs temporel mais également dans un ailleurs littéraire. Un narrateur qui rencontre son double, un disque magique qui disparaît une fois le propriétaire tué, un Congrès mystérieux qui tente de rassembler les entités du monde entier, un homme qui s’isole et se fait oublier pendant deux mois dans un but bien précis, la première fois d’un adolescent dans une maison close, une plongée dans un avenir très lointain… Si les nouvelles n’ont rien à voir les unes avec les autres, la plupart sont fantastiques, le personnage qui parle à la première personne est généralement masculin et le thème du livre, de la bibliothèque revient souvent.

Heureusement que les nouvelles sont assez courtes car elles requièrent une concentration maximale et une attention aiguë. Malgré cela, deux ou trois me sont restées aussi fermées qu’une lourde porte blindée et cadenassée. Deux paraissent inachevées au point qu’on cherche la dernière page qui n’existe pas. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir lu ce livre, certains textes, je l’espère en tous cas, resteront gravés dans mes souvenirs, notamment « Le Congrès », « Avelino Arredondo » et l’incroyable dernière nouvelle, « Le livre de sable », ce livre maléfique dont on tourne les pages indéfiniment sans qu’on puisse le refermer, qui comporte à chaque fois une autre illustration, un autre texte, une autre numérotation de page. Un livre infini qui rend fou.  Les liens avec mon autre lecture argentine du mois, L’enfant poisson de Puenzo, sont évidents puisque dans les deux cas, on a à faire à ce réalisme magique si cher à la littérature sud-américaine ; et je suis contente d’avoir découvert - pour la première fois - l’univers tourmenté et surnaturel du grand écrivain argentin.

Dans la nouvelle « L’autre », le narrateur rencontre son alter ego, l’un est jeune, l’autre est vieux : « je compris que nous ne pouvions pas nous comprendre. Nous étions trop différents et trop semblables. Nous ne pouvions nous leurrer, ce qui rend difficile le dialogue. Chacun des deux était la copie caricaturale de l’autre. La situation était trop anormale pour durer beaucoup plus longtemps. Conseiller ou discuter était inutile, car son inévitable destin était d’être celui que je suis. »

« Utopie d’un homme qui est fatigué » nous emmène dans un futur où on ne crée plus de nouveaux livres : « D’ailleurs ce qui importe ce n’est pas de lire mais de relire. L’imprimerie, maintenant abolie, a été l’un des pires fléaux de l’humanité, car elle a tendu à multiplier jusqu’au vertige des textes inutiles. »

Une seconde participation au challenge ensoleillé de Goran et Ingannmic !

             

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5 septembre 2020 6 05 /09 /septembre /2020 18:00

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          C’est dans le cadre de mon boulot au collège que j’ai découvert qu’avant la pièce Rhinocéros, une nouvelle portant le même titre avait été écrite.

« Rhinocéros » commence ainsi : « Nous discutions tranquillement de choses et d’autres, à la terrasse du café, mon ami Jean et moi, lorsque nous aperçûmes, sur le trottoir d’en face, énorme, puissant, soufflant bruyamment, fonçant droit devant lui, frôlant les étalages, un rhinocéros. » La suite, vous la connaissez sans doute : après l’étonnement initial, tous les habitants de la ville finissent par se métamorphoser en rhinocéros, seul le narrateur résiste … mais jusqu’à quand ?

La 2ème nouvelle, « Oriflamme » surprend également dès son incipit : un couple « héberge » un mort depuis 10 ans. C’est un homme de passage qui a eu une liaison avec Madeleine que le narrateur a tué. Le cadavre est intact mais il grandit chaque jour un peu et, au bout de dix ans, il faudrait s’en débarrasser. Mais le mort va manquer au couple, ses yeux « tels deux phares, d’une lumière froide, blanche » éclairaient toute la pièce. La fin de la nouvelle est de toute beauté puisque la barbe du mort se déploie en parachute et emporte le narrateur avec lui.

La 3ème nouvelle, « La photo du colonel » se veut plus policière. Dans une ville parfaite où ne vivent que des gens aisés sous un parfait soleil, un mystérieux tueur en série sévit. On connaît son mode de fonctionnement mais il n’est jamais inquiété. Le narrateur le côtoie naïvement, sans se méfier.

         Il ne faut pas parler d’absurde mais d’« insolite » chez Ionesco. Merci à lui de nous sortir du commun, du réaliste et de l’ordinaire. Ces trois nouvelles sont une réussite et traduisent le pessimisme de l’auteur vis-à-vis de la condition humaine (et il n’a pas tort). Les hommes sont petits et soumis à une fatalité qui les dépasse, contre laquelle ils n’ont pas la force de vaincre. Amis de l’optimisme, bonsoir !

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 11:33

Amazon.fr - Une vie à coucher dehors - Tesson, Sylvain - Livres  

        Une route qu’on goudronne, des porcs qu’on engraisse, des terrains qu’on démine, un journal de bord d’un ermite sur le point de rejoindre la civilisation, deux gardiens de phare – un Russe et un Breton – qui fêtent Noël ensemble, des femmes qui se révoltent contre leur statut d’esclave, des naufragés qui sont heureux grâce à un conteur menteur, un fantôme qui profère des insultes, …. Je ne vais pas vous résumer dans le détail les 15 nouvelles de ce recueil mais sachez qu’il nous trimballe à travers les âges mais aussi, surtout, nous fait voyager sur le globe terrestre avec une légère préférence des îles grecques et de la Russie.

        Ce recueil a obtenu le Prix Goncourt de la nouvelle en 2009 et il le mérite amplement ! Chaque histoire est insolite et passionnante ! Qu’elle soit longue ou courte, elle nous emmène ailleurs. Rondement construite, on y trouve toujours un peu d’humour ou un peu de cynisme, une bonne dose de tragique, mais aussi, je pense, les valeurs chères à l’auteur : l’écologie, un pessimisme face à l’humain, une méfiance vis-à-vis de l’islam. La plupart des nouvelles comportent une chute magistralement menée. Oui, j’ai adoré et j’en fais un coup de cœur ! 

A lire également le formidable Dans les forêts de Sibérie ou un autre très très bon recueil de nouvelles, S'abandonner à vivre.

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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 09:47

La Rêveuse d'Ostende - broché - Eric-Emmanuel Schmitt - Achat ...

       Après avoir abandonné un recueil de nouvelles d’un écrivain, Etgar Keret (Crise d’asthme), dont j’avais pourtant adoré 7 années de bonheur, j’ai sorti de ma PAL ce livre beaucoup plus « tout public ».

Cinq nouvelles dont la première est longue et la dernière très courte.

  • « La rêveuse d’Ostende » : une vieille femme raconte son histoire d’amour clandestine avec un noble, une passion idéale … tellement parfaite que son interlocuteur finit par mettre en doute la véracité de ses dires.
  • « Crime parfait » : une femme assassine son mari, le jetant du haut d’une falaise. Ça fait peu de temps qu’elle le soupçonnait d’être fourbe et sournois dans l’amour absolu qu’il lui exprimait. Plus le temps passe, plus elle se rend compte qu’il était réellement sincère dans ses sentiments et que c’était peut-être elle la plus hypocrite des deux.
  • « La guérison » : Une infirmière qui se trouve grosse et laide plaît à un patient devenu aveugle, il la séduit et finit par la convaincre qu’elle possède réellement des charmes.
  • « Les mauvaises lectures » : Un vieil érudit déteste la lecture des romans. En vacances avec sa cousine, il finit par succomber à un polar qui le marque au point de transformer sa vie.
  • « La femme au bouquet » : le narrateur s’aperçoit qu’une femme attend tous les jours avec un bouquet à la gare de Zurich… depuis des années. Qui attend-elle ? Pourquoi ?

        Autant les trois premières nouvelles m’ont beaucoup plu, j’ai trouvé ça frais et léger, distrayant et amusant, autant les deux dernières m’ont lassée par le manque de crédibilité, le côté un peu moralisateur de l’auteur. N’empêche que le fil directeur – le pouvoir de l’imagination ou comment les pensées d’une personne peuvent modifier la réalité – est intéressant. J’avoue aimer le E.E. Scmitt novelliste, même si le personnage public peut m’agacer, même si je n’ai pas aimé tous ses romans, j’aime ses nouvelles. J’arrive même parfois à m’en souvenir longtemps. (Concerto à la mémoire d’un ange ; Les deux messieurs de Bruxelles).

       Au soleil, sur mon transat, ce fut un moment de lecture très agréable !

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 09:48

Maîtres du jeu - Karine Giebel - Babelio

Abandonnant un pavé trop hermétique (Jérôme saura duquel je parle…), je me suis rabattue sur un petit livre de ma bibliothèque, il contient deux nouvelles policières d’une autrice dont je n’avais vraiment aimé que Les Morsures de l’ombre.

Dans la première nouvelle, une actrice célèbre, Morgane, vient toucher un héritage qui la surprend : un admirateur --désormais décédé- qu’elle ne connaît pas, lui a légué une maison. La famille du mort s’indigne mais respecte son choix. Morgane va voir cette maison perdue dans l‘Ardèche avec son mari violent et arrogant. Ça tourne mal là-bas, très mal… les deux ont été manipulés par un tueur mort, le comble… Mais les apparences sont trompeuses et peut-être que Morgane connaissait déjà ce tueur.

Dans la 2ème nouvelle, un fou dangereux s’est échappé de son asile. Rusé, il a réussi à prendre place dans un voyage scolaire, aux côtés d’une charmante enseignante qui est vite séduite par ses yeux bleus. Le danger menace à chaque instant les enfants et leurs accompagnateurs.

J’ai trouvé ces deux nouvelles vraiment efficaces. Même brefs, ces textes savent faire monter la tension en un rien de temps, brossant une description tout à fait réaliste d’une situation angoissante. La deuxième nouvelle est de facture un peu plus classique : le tueur en série qui se déplace incognito au milieu d’innocentes brebis mais la première nouvelle m’a vraiment bluffée, elle comporte plusieurs chutes, ce qui est assez impressionnant pour une nouvelle. L’écriture de Giebel reste l’écriture de Giebel, elle n’est ni très littéraire ni spectaculaire mais ce n’est pas ce que je recherchais. Cette lecture, faite au soleil, a été un excellent moment !

Ma quatrième de couverture me dit qu'on trouve les deux récits dans leur version numérique… je n'ai pas longtemps cherché mais : avis aux amateurs!

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8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 18:08

Résultat de recherche d'images pour "italo calvino marcovaldo ou les saisons blog"

           Dans ce recueil de nouvelles toutes liées les unes aux autres par ce personnage, Marcovaldo, nous suivons un homme italien très pauvre, un manœuvre, père de six enfants, citadin bien malgré lui. Les saisons défilent et Marcovaldo tente de vivre ou plutôt de survivre dans cet environnement urbain très clos, souvent hostile et presque oppressant. Il vit d’un boulot mal payé, de petits expédients, de procédés assez louches, d’expériences maladroites et de quêtes un peu vaines. Capable de suivre un chat pendant des heures, il s’extasie aussi devant quelques champignons surgis de nulle part, un troupeau de vaches exceptionnellement passée en ville, la gamelle d’un autre ou encore un brouillard à couper au couteau.

         Je suis en admiration devant le travail d’Italo Calvino depuis des années et, plus j’en lis, plus cet engouement se confirme. Le ton burlesque est ici clairement assumé, notre Marcovaldo en digne descendant de Charlot, brave les intempéries de la vie avec un flegme attachant. Ces courts récits d’une troublante beauté attirent l’attention sur les petits riens de la vie en ville : un néon publicitaire, des échantillons dans une boîte aux lettres, un pigeon, un banc public, un mois d’août déserté par les citadins… Entre la délicatesse d’un Francis Ponge et l’humanité d’Alice Ferney dans Grâce et dénuement, l’auteur nous amène très vite à nous attacher à ce picaro si drôle et si touchant. On pourrait consacrer plusieurs pages à chacune des nouvelles où la satire de la ville et son existence « post-industrielle » absurde rendent idyllique l’image de la campagne. Le paradis est perdu et on ne le retrouvera jamais, et il faut vivre avec cette idée. COUP DE CŒUR !

« C'était en un temps où les aliments les plus simples recelaient des menaces insidieuses et relevaient de la fraude. Il n'était pas de jour où le journal ne révélait des choses épouvantables à propos du panier de la ménagère : le fromage était fait de matière plastique ; le beurre, avec des bougies ; dans les fruits et légumes, le taux d'arsenic des insecticides était plus élevé que celui des vitamines ; les poulets étaient engraissés avec certaines pilules synthétiques qui pouvaient transformer en poulet ceux qui en mangeaient une cuisse. Le poisson frais avait été pêché l'année précédente en Islande, et on lui maquillait les yeux pour qu'il parût de la veille. Une souris, dont on ne savait pas si elle était vivante ou morte, avait été découverte dans un bidon de lait. Des bouteilles d'huile ne coulait point le suc doré des olives, mais de la graisse de vieux mulets opportunément filtrée. »

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17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 10:57

   

         Fannie et Freddie par Malte

             On dirait que je fais tout pour retarder la lecture du Garçon et que je lis d’autres titres de l’auteur pour me faire languir. Ce n’est pas faux !

            Ce recueil comporte deux longues nouvelles, la première a donné son titre au livre. Fannie envisage de kidnapper un homme d’affaire dans un parking couvert, à New York. Elle l’attire au sujet d’une roue de secours à sortir du coffre et voilà qu’elle l’immobilise avec un poing électrique et le balance dans le coffre. Mission accomplie. Mais pourquoi Fannie a-t-elle enlevé ce Freddie ? Pour l’amour, l’argent, la vengeance ? Sachez qu’il est question de gros sous, d’escroquerie et de parents ruinés. Le beau jeune homme est également un symbole des gagnants dans une société qui compte tant de perdants…

« Elle se tait. Par deux fois le jeune homme ouvre et ferme la bouche mais aucun son n’en sort. Alors le silence retombe dans la pièce comme un rideau de neige, une averse à la fois dense et légère, régulière, monotone, inexorable, et ils restent là tous les deux comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de la regarder tomber. A la fin tout en sera recouvert. Tout sera d’un blanc immaculé. »

              « Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas » nous emmène à La Seyne-sur-Mer, la ville natale de l’auteur qui nous raconte la déchéance des chantiers navals après avoir connu  la gloire. Un flic, Ingmar, a choisi le métier pour retrouver le tueur de son meilleur ami d’enfance. Souffrant de migraines, plus seul que jamais, il revient, des années plus tard, sur cet événement tragique inexpliqué.

« J’ai du mal à comprendre ce qui a forgé notre amitié. Pourquoi nous sommes devenus si proches. Inséparables. Etait-ce ce qu’on appelle l’attirance des contraires ? Nous ne venions pas du même milieu, nous n’avions pas les mêmes goûts, et nos caractères étaient à l’opposé sur bien des points. »

              Les deux textes frôlent le genre du thriller, la vérité se dévoile délicatement et sans en l’avoir l’air pour surgir, nue, insolente et douloureuse. On sent également l’auteur engagé, Marcus Malte vient prendre la défense du petit pauvre, de l’opprimé, de celui qui n’a pas d’armes pour se défendre. Deux très jolies nouvelles, agréables à lire et mystérieuses. Je distingue de plus en plus de ressemblances entre Marcus Malte et Pascal Garnier, quand le premier dénonce tout en douceur, le second tape du pied avec plus de sarcasmes mais les deux se veulent le miroir d’un monde actuel souffreteux.

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 19:11

          Je vous avais dit qu’avec Zoyâ Pirzâd, je ne me contenterai pas de C’est moi qui éteins les lumières que j’ai beaucoup aimé. Voici un recueil de 18 nouvelles qui correspond aussi à son premier ouvrage paru.

         En Iran, dans un univers en quasi huis clos, il est question de cuisine, de couture, de vaisselle, de fleurs, d’enfants, tout cela dans un contexte familial où la mère, généralement, regarde par la fenêtre et attend le retour de son mari. Ce monde douceâtre et plutôt soporifique car extrêmement routinier se modifie petit à petit, d’une nouvelle à l’autre, pour y voir surgir, par petites touches, des ombres, des impressions fugaces qui dérangent, qui tendent à briser le fragile et précaire équilibre initial. Ainsi, une femme se réjouit de n’avoir jamais eu d’enfants, une autre ôte rageusement ses bas trop collants, une troisième se voit répudiée et incite ses filles à la rébellion, une dernière fait preuve de caractère en balançant repas, nappe et tout le toutim par la fenêtre, une armée de voitures bruyantes et grinçantes envahissent les rues de la ville.

            C’est une ambiance faite de nostalgie et de souvenirs qui constitue le point fort de ce recueil de nouvelles. J’ai préféré le roman C’est moi qui éteins les lumières mais ces textes courts ne sont pas dénués de charme et, même s’ils ont pour cadre resserré une maison bourgeoise en Iran, ils revêtent une dimension universelle. J’ai apprécié de retrouver à nouveau le procédé du monologue intérieur et l'extrême sobriété du style de l'écrivain femme. Certaines nouvelles nous sortent un peu dans la rue et une de mes préférées, « Le Banc d’en face » décrit, de manière assez drôle, un type qui aime observer les gens et leur prêter une vie, des humeurs, une histoire qu’il croit détecter sur leur visage et leur comportement. Ainsi, parce que l’homme assis sur un banc en face de lui semble triste, il s’imagine qu’il a perdu son emploi, ce qui l’amène à réfléchir lui-même sur l’instabilité de son propre métier. Un courrier étrange était parvenu récemment au directeur général… ou comment imaginer le pire :

« Pourvu qu’il ne s’agît pas de lui ! Et pourquoi lui ? Il n’y avait pas plus consciencieux dans tout le bureau. Jamais il n’était en retard, jamais absent. Pas une fois il n’avait sollicité de congé pour raison médicale. Alors pourquoi lui ? Il songea aux réactions de ses collègues. Ils lui témoigneraient certainement de la compassion. Mais à quoi cela lui servirait-il ? Il se souvint qu’il avait sollicité quelques semaines auparavant un prêt immobilier. Il avait toutes les chances de l’obtenir. Mais maintenant… ? Il imagina le directeur financier déchirant sa demande. Désormais, il ne pourrait plus acheter à crédit chez l’épicier avec la même confiance ni la même assurance des débuts de mois. Il se représenta l’épicier riant de toutes ses dents noires. Il songea à la timide demoiselle qui avait été embauchée au bureau quelques mois plus tôt. Cette fille lui plaisait. Il avait décidé de lui parler. Si elle était d’accord, il parlerait aussi à sa mère. Comme elle serait heureuse ! Mais à présent… ? Désormais, la jeune fille ne répondrait même plus à ses salutations. »

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