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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 21:18

 

          Je me demande vraiment où j’ai pu chopé cette idée de lecture (j’ai plusieurs LAL dont une fourre-tout sur mon portable et je m’en inspire pour emprunter à la bibliothèque municipale, plus ou moins à la va-vite). Je m’attendais simplement à lire un bon polar…

           Carl Streator, journaliste, enquête sur la mort subite du nourrisson, survenue dans cinq foyers, où il décèle vite un point commun : chaque bébé est décédé après avoir entendu la même comptine d’origine africaine, la fameuse « berceuse » qui se révèle être, pour celui qui l’écoute, un aller simple vers le trépas. Carl détient ce texte maléfique, il est bien tenté d’en faire un usage outrageux mais il n’est pas le seul à cacher ce secret : Helen Boyle, une agente immobilière spécialisée dans les maisons hantées (ça rapporte un max !) ainsi qu’Oyster un vegan extrémiste accompagné de sa copine délurée, Mona. Les quatre hurluberlus vont, à travers un road trip déjanté et psychédélique, partir à la recherche de tous les tomes comportant cette berceuse tueuse.

            Je n’avais jamais rien lu de Chuck Palahniuk, je savais qu’il était l’auteur de Fight Club. Son style est vraiment particulier, il se promène insolemment entre les frontières du fantastique et du polar, tout ça sur un mode cynique et grinçant qui fait parfois sourire (de ces sourires démoniaques …) Sans avoir totalement détesté, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans cet univers sinistre et farfelu flirtant sans cesse avec l’absurde. Je crois que le point de départ, ce sortilège via la lecture d’un texte, m’a d’emblée désarçonnée parce qu’il nous a été balancé à la figure sans que cela puisse être crédible. Pourtant, malgré mon mécontentement quasi permanent et mes nombreux grommellements, il n’est pas exclu que je prenne un autre bouquin de cet auteur allumé, hanté par Big Brother !  L’écriture excelle dans la simplicité et s’épanouit dans une verve satirique indéniable... mais il faut s'accrocher, ça roule à toute blinde !

 

« Le livre appelle ça une chanson d’élimination. Dans certaines cultures antiques, on la chantait aux enfants pendant les famines ou les sécheresses, chaque fois que la tribu avait épuisé les ressources de ses terres. Ça se chante aux guerriers estropiés à la bataille et aux gens frappés par la maladie, tous ceux qu’on espère voir mourir bientôt. Pour mettre un terme à leurs souffrances. C’est une berceuse. »

« Imaginez une peste que l’on peut attraper par les oreilles. »

« Quelqu’un marche sur le pied de Helen, elle le retire et me fait comme ça : « Je trouve que le nombre de personnes que je tue importe peu, ce n’est jamais assez. » Je lui réponds : ne parlons pas boutique. »

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19 octobre 2017 4 19 /10 /octobre /2017 23:40

 

 

              J’avais découvert l’auteur avec les fascinants Falsificateurs. Voici son dernier roman.

                Walker a tout réussi : chef d’une entreprise de transports qui n’a fait que grandir et prospérer, il est un homme d’affaires à la fois coriace et généreux. Dans son ménage, c’est sa femme Sarah qui élève leurs trois enfants mais il n’est pas absent, il emmène l’un au cours de sport, aide l’autre à faire ses devoirs, partage avec l’aîné sa passion du cinéma. Bref, il est sur tous les fronts. A quarante ans passés, cette situation ne le satisfait plus. Il aimerait avoir du temps rien que pour lui, mais, à cause de son incapacité à déléguer, il ne connaît plus ni moments futiles, ni instants légers faits de loisirs et de choix personnels. L’achat d’une résidence secondaire au bord de la mer orchestré par son épouse sera peut-être la goutte d’eau : il ne veut pas se sédentariser pour les vacances, il a besoin d’espace, de « plus de temps pour lui, sans avoir de comptes à rendre. » Face à cette angoisse d’un « avenir tout tracé », l’idée de fuir émerge doucement dans son esprit et il s’y réfugie à chaque fois qu’il est à bout. Il achète un sac à dos et ça le calme, il se procure des manuels bourrés de conseils pour disparaître et ça lui fait du bien. Il va plus loin et s’achète un téléphone prépayé, un kit de survie, un ordi portable sécurisé…  Jusqu’au moment où il décide de mettre ces rêves d’escapade en action. Il va crasher son petit avion dans les montagnes et sauter en parachute. Son plan a fonctionné, vu l’état de la carcasse du turboprop, le pilote est rapidement déclaré mort même si son cadavre demeure introuvable. Quant à Walker, il s’est blessé dans la chute, il a froid, il a faim mais il a réussi son pari, il est libre ! Evidemment, il doit se cacher quelque temps, ne pas être reconnu, de pas tenter d’avoir des nouvelles de sa famille, changer régulièrement de ville, d’apparence, oublier ses anciennes habitudes…

              Si vous comptez lire le roman, arrêtez-vous ici ; je trouve que la quatrième de couverture en dit déjà un peu trop. Un détective nommé Shepherd s’empare de l’affaire et explique à la veuve qu’il doit être sûr que Walker est mort pour faire jouer les assurances. C’est un détective brillant qui reconnaît Walker sur les caméras de surveillance d’un supermarché. Une traque infernale commence mais  nous avons affaire à deux hommes très intelligents et extrêmement rusés et ce duel les mènera loin sous l’œil de l’épouse qui sait que son homme n’est pas mort.

             Avec ce thème romanesque par excellence et l’écriture fluide de Bello, cette lecture m’a procuré beaucoup beaucoup de plaisir ! J’ai dévoré le roman en deux jours et je regrette de ne pas avoir su prolonger ce régal ! Je trouve ce genre d’histoire extrêmement excitante et j’ai, je le répète, adoré lire cette fiction. Pourtant, des défauts, on peut en trouver en pagaille et j’avoue avoir été surprise de trouver un ton finalement si léger par rapport au roman Les Falsificateurs qui semblaient si bien documenté, tellement étoffé. Sans rien connaître de Bello, on pourrait même imaginer que L’homme qui s’envola est une œuvre de jeunesse, une sorte de brouillon maladroit de la série qui suivrait. Le roman est truffé d’incohérences et d’invraisemblances : Walker adore ses enfants mais il est prêt à les quitter pour toujours sans plus jamais avoir un seul contact avec eux. Les personnages sont souvent caricaturaux, la fin peu crédible. Et d’ailleurs, être richissime, adulte et intelligent et choisir une vie de quasi mendiant toujours traqué, est-ce crédible ? Et puis, est-ce si difficile de vivre dans l’anonymat le plus complet sans se faire repérer par un détective ? Là aussi, je doute. Quand Walker commet une erreur, c’est l’erreur la plus grossière, la plus visible, la plus flagrante. J’ose espérer que tous ces éléments faisaient partie des choix de l’auteur, d’offrir à un lectorat plus large, une lecture divertissante et attrayante. J’ai été bon public mais je m’en vais lire Les Eclaireurs, la suite des Falsificateurs pour me remplir un peu plus la panse…

« Bonne journée, très bonne journée même. Je crois n’avoir commis aucune erreur. Quitté ma tanière à 3 heures du matin. Elle ne me manquera pas. Les dernières nuits étaient glaciales, je n’aurais pas pu tenir beaucoup plus longtemps. Je suis arrivé à Las Vegas à l’aube. Attendu l’ouverture du Safeway où j’ai rempli mon caddie en un temps record, sans lever la tête. »

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13 octobre 2017 5 13 /10 /octobre /2017 14:10

 

 

           Maben, une jeune femme maigre de n’avoir pas assez mangé, marche le long d’une route de Louisiane. Sa petite fille de cinq ans l’accompagne, elles sillonnent les routes sous un soleil de plomb depuis des heures et des heures pour trouver de quoi manger et un peu de répit. Un vieux gars gentil les dépose à un relais routier et leur donne quelques sous. Maben s’octroie le grand luxe de prendre une chambre minable pour que sa fille Annalee puisse se reposer. Il ne reste que quelques dollars. La nuit, Maben observe deux prostituées par la fenêtre de sa chambre, elle se dit qu’elle pourrait, elle aussi, gagner de l’argent facilement. Elle sort et rejoint un camion dont le chauffeur n’attend que ça mais elle est interceptée par un flic véreux et pervers qui décide de profiter d’elle à l’abri des regards. En parallèle, Russell sort de prison après y avoir croupi onze ans. En arrivant dans sa ville, il se fait casser la figure par deux frères pour qui le châtiment carcéral n’a pas suffi. Russell rejoint son père qui l’attend depuis si longtemps, il fait passer le temps et il se débrouille maladroitement avec cette nouvelle liberté sur les bras. Le hasard -ou le destin- va rapprocher Maben et Russell.

         Ce roman, c’est l’histoire de deux âmes errantes qui se rencontrent, deux vies brisées que le destin a réunies. Un relent tragique parcourt ces pages mais sans jamais s’appesantir, sans tomber dans un pathétique qui pourrait agacer. L’écriture est à l’image du scénario : simple et efficace, point trop n’en faut pour toucher le lecteur et l’emmener dans cet univers poussiéreux, incandescent et sans merci. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture, sur la quatrième de couverture, on la rapproche d’un Faulkner, d’un McCarthy, moi j’ai pensé au film Bagdad Café ou à l’univers de Jim Harrison ou encore à l'ambiance des Souris et des hommes de Steinbeck. C’est sombre sans être pessimiste, c’est empli de vide sans être creux, et puis on s’attache vite à ces deux personnages à la fois complexes et bouleversants. J’aurais pu en faire un coup de cœur si la fin ne comportait pas quelques petites gaucheries dont on se serait passé. Mais Michael Farris Smith est sans aucun doute un grand auteur à suivre (ce n’est que son deuxième roman) !

 

« Elle s’était rendu compte avec le temps que les mauvais coups, une fois que c’était parti, s’amoncelaient et proliféraient comme une espèce de plante grimpante sauvage et vénéneuse, un lierre qui courait tout le long des kilomètres et des années, depuis les visages brumeux qu’elle avait connus jusqu’aux frontières qu’elle avait franchies et à tout ce qu’avaient pu instiller en elle les inconnus croisés en chemin. Un lierre qui s’étendait et se ramifiait sans cesse, s’entortillait autour de ses chevilles et autour de ses cuisses et autour de sa poitrine et autour de sa gorge et de ses poignets et qui se faufilait entre ses jambes, et en regardant la fillette endormie avec son front brulé par le soleil et ses petits bras chétifs elle comprit que cette enfant n’était autre que sa propre main crasseuse qui tentait désespérément de s’extirper de cette masse grouillante de chiendent pour se raccrocher à quelque chose de bien. »

« Et les mots avaient donné un surcroît de réalité à quelque chose qui n’existait pas auparavant. »

 

Je remercie les Matchs de la Rentrée littéraire pour l'envoi de ce roman (j'ai choisi au hasard et je m'en félicite!)

 

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 17:12

 

          Si je vous dis que ce livre est encore un « cadeau » de la box que j’ai reçue, vous allez penser que j’ai été très gâtée, et vous aurez raison : 6 mois x 3 livres, ce n’est pas négligeable !

          En Iran, dans les années 60, nous sommes invités dans la maison d’une famille plutôt aisée, à Abadan. Clarisse est la mère, celle qui cuisine, celle qui pomponne sa demeure et son jardin, celle qui s’occupe des jumelles espiègles et de l’aîné ado lunatique, celle qui fait en sorte que son ingénieur de mari ait une petite vie douillette et confortable, celle qui écoute les plaintes de sa petite sœur Alice qui n’est pas encore mariée et celle qui subit les remontrances de sa mère un peu envahissante. Le jour où de nouveaux voisins emménagent à côté, un imperceptible changement va se produire chez Clarisse et va ébranler son statut de maîtresse de maison parfaite. Certes, la petite des voisins, Emilie, est une vraie peste ; certes, sa grand-mère naine est une détestable bonne femme mais le père, Emile, dégage un charme raffiné, partage les goûts littéraires de Clarisse et s’approche doucettement de cette chère voisine qu’il semble si bien comprendre…

           Encore une fois, j’ai lu un roman « d’ailleurs » vers lequel je ne serais sans doute pas allée spontanément et je ne le regrette absolument pas. Dans ce quartier arménien du Sud de l’Iran, on suit au plus près une famille  qui, finalement, pourrait vivre en France. Entre chaleur torride et invasion de sauterelles, entre confection de feuilles de vignes farcies et collation au sirop de griottes, la voix de Clarisse nous parvient par le biais d’un monologue intérieur quasi omniprésent, qui n’est pas sans rappeler une certaine Mrs Dalloway. Point de scandale ni de rebondissement spectaculaire, le roman puise sa force dans la subtilité et la psychologie de l’héroïne à une époque et dans un pays où on se demande ce que les femmes feraient du droit de vote. Je ne suis pas loin d’avoir adoré ce roman issu d’un univers si paradoxal et tellement intéressant.

Ce roman est paru en 2001 en Iran et a obtenu quatre récompenses dont celle du meilleur livre de l’année.

 

« Je m’assis sur le perron pour admirer les massifs de fleurs de part et d’autre de l’allée. De chaque côté, c’était une profusion d’œillets, verveines, mufliers, delphiniums et pétunias qu’Agha Morteza avait plantés. Je regardai l’ombre que projetait le saule sur la balancelle en fer. »

L’invasion de sauterelles : « La pelouse, les arbres, la haie de buis, l’allée, tout était recouvert de poussière. Tout avait pris la couleur terre des sauterelles. Il me fallut un moment pour réaliser que ce n’était pas simplement la couleur mais les sauterelles elles-mêmes. Elles avaient tout envahi. J’en avais le tournis. »

Lorsque Clarisse essaie de défendre la cause des femmes : « Je lui servis du « nous les femmes, vous les hommes » pendant plusieurs minutes. Garnik m’écouta en silence. Le problème, c’est que mes paroles ne sonnaient pas très juste à mes propres oreilles. J’avais omis quelque chose. J’étais sûre que d’une certaine façon, j’avais raison. Mais en même temps, je ne savais pas comment l’exprimer pour que cela ne ressemble pas aux jérémiades d’une bonne femme qui s’est disputée avec son mari. »

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 13:11

 

 

             Jules a 35 ans. Il n’a toujours pas son permis de conduire, il tente de séduire la monitrice plus âgée pour l’obtenir et ça marche plutôt bien. Gilles, un copain de Jules se morfond dans une inextinguible dépression. Cathy, elle, se demande bien ce que les hommes peuvent lui trouver, avec son trop gros cul… Des retours en arrière et des bouleversements chronologiques à n’en plus finir, des mélimélos de personnages tous plus mal dans leur peau que leurs potes de beuverie…. Résultat : un fouillis incroyable de réflexions parfois loufoques, des récits souvent très creux, des dialogues qui manquent eux aussi de relief et une obsession de l’auteur pour les lieux publics fumeurs (et la loi est tombée en février 2007, hélas pour lui !)

             Hum… j’aurais dû m’arrêter avant la fin ! Je n’ai pas vraiment adhéré à ces histoires de gars paumés et filles plaquées qui se veut ultra-moderne-solitude. En plus, ça m’a fait penser au livre de Pascal Garnier lu quelques jours auparavant et la comparaison fait mal parce que Garnier est bien meilleur. N’empêche : certains passages sont drôles et je crois que je ne suis pas tombée sur le meilleur de l’auteur. Yoshi avait bien apprécié L’ancien régime, allez donc lire son billet !

« Elle a désigné un table fumeur qui ne le serait plus dans trente-et-un mois. »

A cause de son derrière volumineux, Cathy ne parvient pas à faire confiance à un homme : « Il lui disait je t’aime. Ne la tapait pas. Ne fulminait pas contre sa passion du Nutella-beurre. Ne profitait pas de ses douches pour débusquer dans son portable Sagem des textos d’amants clandestins. Trouvait plaisant qu’elle ronfle quand elle s’endormait ivre. Ne lui offrait jamais de fleurs. Elle commençait à craindre une attaque terroriste punitive, ou que la Seine se déverse en tsunami jusqu’ici, métro Colonel-Fabien, ligne 2, ou une grippe aviaire véhiculée par les échappements de voiture. »

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 10:23

 

 

 

               Schoch est un ancien employé de banque qui s’est retrouvé dans la rue suite à un chagrin d’amour. Vadrouillant à Zurich à son rythme de SDF, de gare en grotte et de trottoir en foyer, c’est un taiseux qui a tendance à abuser de bières. Un jour, il découvre dans sa grotte qui lui sert de refuge un petit éléphant rose luminescent. Cette créature est un véritable éléphant nain ! Non, Schoch ne délire pas : cette créature issue d’une manipulation génétique est à la fois brillante dans la nuit et minuscule pour un pachyderme, de la taille d’un chat. L’intrigue commence réellement parce que ce petit éléphant semble malade : Schoch se rend chez la vétérinaire des gens de la rue, Valérie, qui accepte de garder ce secret insensé et cache à la fois Schoch et la créature dans la maison vide de ses parents. En parallèle, les retours en arrière nous permettent de comprendre pourquoi la petite éléphante que Schoch va surnommer Sabou, se retrouve seul dans une grotte, comment il a été créé, quels ont été les enjeux de cette formidable trouvaille génétique qui, évidemment, est synonyme de médiatisation, succès et argent. Les nouveaux « parents » de Sabou ainsi que le cornac qui s’est occupé de sa mère ne souhaitent pourtant y voir qu’un don du ciel…

           Si le postulat de départ a de quoi surprendre et faire sourire, il est si bien amené qu’on y croit très vite et que ce petit éléphant rose brillant revêt rapidement une dimension sacrée, convoitée, adulée. Quant au style de Martin Suter, c’est un croisement entre Pierre Raufast, un roman de SF, un thriller au scénario bien ficelé et un conte des Mille et une nuits. Notre Schoch marginal m’a également fait penser à Harold et Maude de Colin Higgins et même à John Irving ! Bref, un mélange surprenant qui fait mouche et le résultat est un joli prétexte au rêve et à la réflexion, qui va nous faire aimer les animaux… et peut-être même les humains !

Quant à la luminescence des animaux, elle existe déjà et porte le nom de glowing animals (voir cet article… personnellement, ça me fait froid dans le dos !)

Jérôme fait du roman un de ses préférés de la rentrée littéraire!

Deuxième apparition de l’éléphant rose qui brille ! « Il était de nouveau là, rose luminescent, avec de petites oreilles déployées – le fantôme de la nuit passée ! Schoch retint son souffle et ne bougea plus. Le mini-éléphant restait lui aussi immobile. Tellement immobile que Schoch finit par pousser un soupir. C’était donc bien un jouet. Il pénétra dans la grotte, en rampant, et tendit la main pour l’attraper. Mais avant qu’il ne le touche, l’objet se déplaça. Il baissa la tête puis la releva d’un coup en lançant sa trompe en l’air. »

Les conclusions du vétérinaire au sujet de Sabou : « Elle n’a aucun point de comparaison. Mais elle se sent sûrement comme un éléphant. Fière comme un éléphant. Aussi terrifiante qu’un éléphant. Et digne comme un éléphant. »

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 19:29

 

          Sliv Dartunghuver est un jeune Islandais brillant et célibataire embauché dans un cabinet d’études environnementales. Bien payé, il commence à accomplir son travail avec efficacité et talent. Il décèle de petites erreurs dans le rapport final lors d’une mission et en informe son responsable, Gunnar Eriksson, qui promet de les rectifier. Dans une des dernières moutures, les erreurs apparaissent encore puis encore, jusqu’à ce que Sliv explose en se demandant si on ne se moque pas de lui. Gunnar lui révèle alors qu’il a passé le test avec brio : il est désormais recruté dans le CFR, le Consortium de Falsification du Réel. Quid est ? Les agents du CFR « échafaudent des scénarios parfaitement plausibles, auxquels ils donnent ensuite corps en altérant des sources existantes, voire en en créant de nouvelles. Autrement dit, ils modifient la réalité. » Evidemment, l’histoire inventée doit avoir un objectif et doit être validée par le Plan. Le premier scénario de Sliv, par exemple, raconte qu’une tribu africaine fictive a découvert un gisement de diamants, ce qui permettra d’éloigner les diamantaires du Kalahari et de protéger indirectement les Bochimans. Il s’agit non seulement de créer une histoire mais également de falsifier, de tricher, d’inventer les sources, les références et les personnes qui pourraient justifier et authentifier le scénario. Sliv prend vite goût au jeu, il s’éclate quelque temps en Argentine avant de commettre une bourde qui lui fait craindre d’avoir condamné un homme. Entre interrogations (mais qui dirige le CFR ?) et craintes (on tuerait au CFR ?), Sliv erre de pays en pays jusqu’à ce que son talent l’envoie à l’Académie, là où on donne aux vingt meilleurs le meilleur des enseignements.

           L’histoire est tout simplement passionnante ! On s’attache rapidement à Sliv, on se plaît à croire qu’on a son talent (hum…), on voyage aux quatre coins du monde, on s’agace de cette Lena Thorsen collaboratrice et concurrente si parfaite, on croit – à certains moments- qu’on détient un pouvoir non négligeable pour le reste de l’humanité mais, attention, de temps en temps, on se demande quand même pourquoi on invente toutes ces histoires et qui est à la tête du CFR… Mis à part un ou deux passages un peu complexes, j’ai trouvé cette lecture jubilatoire. Les 500 pages se tournent comme un rien et on aimerait lire la suite, Les Eclaireurs, le plus rapidement possible. Lecture originale (pour ma part), qui flirte avec le genre de la science-fiction et apporte d’intéressantes réflexions sur la réalité, la vérité et la fiction.

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 12:59

 

   

       Chouchou d’Yv, cet auteur m’a aussi été conseillé par une amie.

       Marc Lecas, soixante ans, père d’une fille recluse en hôpital psychiatrique, compagnon de Chloé, découvre de nouveaux pans de l’existence d’une manière insolite : il scrute à l’aide d’une loupe le tapis de son salon, il admire le flux de la circulation automobile depuis le pont d’une autoroute, il adopte le chat le plus obèse et le plus apathique qu’il trouve,  il donne un coup de pied à sa vie en kidnappant sa fille Anne pour l’emmener au Touquet. Très rapidement, les choses dégénèrent : Anne tue sur son passage les êtres qu’elle croise comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, père et fille cachent leurs traces pour voyager en camping-car et rejoindre la ville d’Agen sans objectif précis.

       Cynique, drôle, impertinent, picaresque, ce road-movie totalement insolite se distingue largement des autres romans. Certains passages mêlent le burlesque et le tragique : Marc s’est piqué au clou d’une statuette africaine qui semble lui avoir jeté un mauvais sort. Le doigt enfle, le lance, le fait souffrir au point de perdre la sensibilité des jambes… avec une folle de fille, vous imaginez la solution qui va être choisie ! Si Marc incarne parfaitement le rôle de l’anti-héros, on peut cependant se retrouver dans ce personnage qui perd pied dans son quotidien à travers cette satire brillamment brossée par un auteur qui a tout fait pour que je continue à le lire… très bonne pioche !

« Il avait passé une bonne heure accoudé à la rambarde du pont qui surplombait l’autoroute et, si la pluie ne s’était mise à tomber dru, il y serait sans doute encore. Bien des fois, alors qu’il circulait au volant de sa voiture, il avait remarqué ces individus, généralement solitaire, penchés au-dessus des grands axes routiers comme des busards mélancoliques. Cette occupation dérisoire l’avait toujours intrigué, parfois inquiété. De ces gens-là, tout était envisageable, un suicide ou un lancer de vélo, car la plupart en avaient un posé à côté d’eux. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien voir de là-haut ? Il s’était promis un jour de tente l’expérience et, aujourd’hui, il ne le regrettait pas. Ce n’était peut-être pas aussi paisible, à cause du rugissement des moteurs et des vapeurs d’essence, que de suivre au bord d’une rivière feuilles et brindilles portées par le courant, mais certainement plus grisant. La tête se vidait rapidement de toute pensée et on accédait alors à une sorte de stupeur méditative que le flux des véhicules accroissait jusqu’au vertige. »

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 12:07

         

 

         Lorsque Michel a 16 ans, son frère plus âgé travaille déjà à la mine de Liévin. Joseph est son modèle absolu, il l’admire et lui voue un amour fraternel intense. La catastrophe du 27 décembre 1974, une terrible explosion due à un coup de grisou, tue 42 mineurs de la fosse 3 dite Saint-Amé. Joseph ne succombera à ses blessures que quelques jours plus tard. En 2014, Michel enterre l’amour de sa vie, Cécile, mais n’a pas enterré ce passé qui l’obsède chaque jour. Il s’est construit un mausolée où il suspend la tenue de travail de Joseph à la manière dont il le faisait à la mine, il a gardé précieusement sa barrette, sa taillette, un morceau de charbon… et des souvenirs de ses derniers instants de liberté avec lui. Michel a décidé de se venger. De se venger de la mine qui lui a ravi son frère mais aussi son père pendu, sa mère dépressive, qui lui a ravi sa jeunesse et son insouciance. Il s’invente donc une nouvelle identité et retrouve le village de son enfance où tout le monde l’a oublié. Mais lui, Michel, n’a pas oublié celui qu’il considère comme un des responsables, Dravelle, celui pour qui le rendement passait avant la sécurité. Pour sauver l’honneur de son frère et venger tous les mineurs, Michel est prêt à aller très loin…

 

        Les huit romans de Sorj Chalandon, je les ai tous lus, je les ai tous aimés, j’en ai adorés certains (La Légende de nos pères, Le petit Bonzi, Profession du père, Une promesse, Le quatrième mur) mais ce roman-là sort du lot car il est complexe et remarquable : mêlant admirablement la fiction et la réalité, il gagne en intensité lors du procès, épisode particulièrement réussi et finalement surprend son lecteur jusqu’à la dernière page. Entre culpabilité et déni, entre vrais coupables et faux innocents, Chalandon prouve brillamment qu’il sait rendre hommage à un événement historique mais également sonder l’âme humaine, si complexe et passionnante. Le style est, comme à l’accoutumée, sobre et efficace, rendant aux mots leurs plus belles couleurs… Bravo Monsieur Chalandon!

 

 

Le père prévient Joseph : « Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. Même si tu ne meurs pas. Même si tu survis à la poussière, aux galeries mal étayées, à la berline qui déraille, à la violence du marteau-piqueur, à la passerelle glacée quand tu reviens au jour. Même si tu prends ta retraite sur tes deux jambes, tu ramèneras cette saloperie de charbon avec toi. Tu auras laisse du cœur au fond. Tu seras silicosé, Joseph. Tes poumons seront bons à jeter dans la cuisinière pour allumer le feu. Tu seras empoisonné. Tu seras à moitié sourd, à moitié mort. »

 

Après la catastrophe : « Au bas de la fiche de salaire, en plus des trois jours dérobés, la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes qu l’ouvrier mort avait endommagés. »

 

Michel, avant de passer à l’acte : « J’ai bu. Une bouteille de vin, seul sous la lumière morne. La photo de Jojo devant moi. Jojo qui frère encore. Qui a retrouvé un père mort de dignité et une mère morte de peine. Qui tous me demandent réparation, à moi. Le dernier, l’épargné, le survivant. »

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 11:32

 

 

         Une énième lecture reçue dans une box…

         Aksel Vinding a quinze ans. Il vit à Oslo, il a une sœur aînée Cathrine avec qui il ne s’entend pas vraiment et deux parents excentriques qui se disputent à longueur de journée… jusqu’à un bel après-midi ensoleillé où le conflit conjugal tourne au drame : la mère pour fuir le père, se noie dans le courant violent d’une rivière. Aksel va se réfugier dans la passion qui l’unissait à sa mère qu’il aimait tant : le piano. Il finit par laisser tomber ses études et participer au concours du « Jeune Maestro » où il va retrouver la riche Rebecca, la mystérieuse Anja, la provocante Margrethe Irene et d’autres musiciens adolescents talentueux. Les finalistes font former cette « Société des Jeunes Pianistes » qui donne le titre au roman. Il s’agit maintenant de faire ses débuts, de donner son premier concert et, entre premières amours et désirs inavouables, le trac est à son comble.

          Dans cette fin des années 60 où les jeunes écoutaient plutôt les Beatles et les Rolling Stones, nos pianistes font figure d’extraterrestres. Liés par une même passion dévorante, chronophage et même parfois –souvent- malsaine, ils souhaitent restés soudés même si ça n’est pas toujours possible. Le protagoniste, Aksel, tombe amoureux d’Anja, cette jolie fille menue qui garde une vie secrète et cachée, étouffée par une présence paternelle autoritaire mais dotée d’un talent musical prodigieux. Cette ferveur sans limites prend peut-être la place de celle qu’Aksel réservait à sa mère. Toujours est-il que musique, sexualité, amour, mort sont intimement entremêlés dans ce roman initiatique que je conseillerais même à de grands ados ou de jeunes adultes. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans l’univers de la musique classique, subtilement accompagnée de la peinture d’Edvard Munch, d’un épervier porteur de mauvaises nouvelles et d’une ambiance sombre et quasi fantomatique. Car le roman n’est pas gai, il est teinté d’un tel pessimisme que je vais laisser passer un petit moment avant de lire la suite, puisqu’il s’agit d’une trilogie ! A noter aussi : l’auteur sait de quoi il parle puisqu’il est avant tout pianiste et compositeur.

Ce roman a obtenu le Prix des Lecteurs du Livre de poche en 2008.

 

« Deux personnes gentilles et désespérées, qui pensaient trouver l’amour dans le mariage mais n’arrivent pas à vivre sous le même toit. Sans oublier deux enfants anxieux, incapables de gaieté même quand ils sont gais. La voici, la famille Vinding. »

« Nous avons seize ans. La musique pense pour nous. Elle parle pour nous. Nous sommes finalistes. Nous nous amusons – encore. »

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