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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 16:20

Ainsi gèlent les bulles de savon - broché - Marie Vareille - Achat Livre |  fnac

Claire a foutu le camp. Folle de joie à l’idée d’être enceinte et après une grossesse épanouie, elle a pris la poudre d’escampette et s’est retrouvée en Indonésie, abandonnant mari et bébé. Elle nous raconte petit à petit comment elle en est arrivée là. Océane, elle, est une étudiante en médecine qui voue une passion pour l’écriture et peut-être encore plus pour son prof de littérature ; mais son père, tyrannique, décide pour elle. Claire travaille pour une écrivaine très connue, Eva, qu’elle ne voit pourtant jamais écrire, à se demander si c’est bien elle l’autrice de ses romans. Du brouillon de son dernier roman, elle ne veut révéler que le prénom de son héroïne : Océane, une fille amoureuse de son prof (mais tiens donc…)

Lire, dans la même semaine, Le Père Goriot et ce roman, c’est un peu comme faire côtoyer un ceviche de daurade au lait de tigre coco et une tartiflette, j’aime les deux mais j’ai une sacrée préférence… Vous l’aurez compris, on navigue entre la positive attitude, le combat féministe et le feel good. Il y a pire dans ce registre-là, j’ai lu le livre avec un certain plaisir pas tellement coupable puisqu’il se dévore très vite. Au-delà des clichés et des phrases toutes faites, il y a quelques idées intéressantes comme cette jeune femme qui part au bout du monde après avoir accouché et secoue ainsi bien des tabous, la confusion entre les personnages qui résulte à un ne-vous-fiez-pas-aux-apparences et des conseils aux futures jeunes mamans sans doute pas négligeables. Quand je lis certaines critiques, par exemple "Du rire, des larmes, de la résilience mais surtout l'impatience de lire la prochaine pépite qui me rendra aussi heureuse que la précédente. Un régal ! " (www.20minutes.fr), certains mots comme « rire », « larmes » ou « pépite » ne me semblent pas tellement appropriés. Certaines phrases me font dresser les cheveux sur la tête : « un gigantesque tourbillon doré naquit en elle. Une pluie de mini-marshmallows sur un chocolat chaud. Elle était invincible, en haut d’un nuage, flottant dans un océan de lumière. » (Puissions-nous donc ressentir ça !!!) M’enfin, il faut de tout pour faire un monde. Je récapitule, un roman sympatoche de plage qui casse pas trois pattes à un canard.

« J’ai accouché de la culpabilité en même temps que j'ai accouché de toi. Je la traînais avec moi comme une valise sans roulettes, un boulet dont le poids m'enfonçait encore plus profond dans les sables mouvants où je me débattais. Parfois, allongée sur le canapé, je rêvais d'être un homme, d'être libre. Elle était tellement simple, la vie de ton père, tellement peu de choses avaient changé dans son quotidien. »

 

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19 mai 2022 4 19 /05 /mai /2022 14:44

Le Père Goriot de Honoré de Balzac - Editions Flammarion

          Cela fait bien longtemps que je veux reprendre ce roman, c’était ma 3ème relecture je crois bien.

Début du XIXè siècle. La pension Vauquer tenue par la bonne femme du même nom grouille de monde : il y a 18 hôtes au dîner et 7 locataires. Parmi les occupants des appartements, Eugène Rastignac, étudiant en droit, va se plier en quatre pour emprunter l’ascenseur social. C’est le père Goriot qui va l’y aider. Le vieil homme a deux filles qui le rejettent alors qu’il s’est saigné toute sa vie pour leur procurer confort et fortune. Rastignac va jouer sur la jalousie opposant les deux filles et sur leur désir de pouvoir pour se rapprocher de Delphine de Nucingen. Il deviendra son amant mais les deux sœurs vont connaître des problèmes d’argent et d’honneur, le peu d’argent du père Goriot va être sucé jusqu’à la moelle. N’oublions pas Vautrin, cet homme aux deux visages qui souhaite mettre Rastignac en confiance. Le roman se termine mal, vous le savez bien, sauf pour Rastignac qui lance son fameux « A nous deux maintenant ! » dans le quartier de la place Vendôme et qui a reçu une belle leçon de vie qui nous permet de classer ce roman de récit d’apprentissage

J’ai une passion pour les vies d’immeubles (j’aimerais relire La Vie mode d’emploi de Perec aussi), quand se côtoient des êtres aussi divers que surprenants, que juste derrière la cloison se joue une vie insoupçonnée. Avec la pension Vauquer, je suis doublement satisfaite puisque les personnages se croisent dans les escaliers mais se rencontrent aussi aux dîners, échangeant impressions, amitiés ou désaccords. Ce n’était pas ainsi dans mes souvenirs : j’ai eu l’impression de lire un portrait de personnages statufiés au début du roman, immobiles, attendant d’être croqués par le romancier. Ils ont ensuite pris vie pour ne plus s’arrêter de remuer, s’agiter, rire, pleurer, mourir et vivre. Et j’ai trouvé le roman relativement facile à lire. Si je ne sais plus trop quoi rajouter qui n’a pas déjà été maintes fois dit, je vous partage ma découverte vocabulaire : un « regrattier » est un vendeur de restes (par extension : un avare), la mère Vauquer accuse la concurrence de servir des « plats achetés chez les regrattiers ». Que ceux qui se montrent circonspects se rassurent, il faut tout de même avoir lu Le Père Goriot une fois sans sa vie.

 

« Le bonheur est la poésie des femmes, comme la toilette en est le fard. »

Le gentil Vautrin est en réalité l’escroc Collin : « En un moment Collin devint un poème infernal où se peignirent tous les sentiments humains, moins un seul, celui du repentir. Son regard était celui de l'archange déchu qui veut toujours la guerre. Rastignac baissa les yeux en acceptant ce cousinage criminel comme une expiation de ses mauvaises pensées. »

Du Père Goriot :

« Il avait donné, pendant vingt ans, ses entrailles, son amour ; il avait donné sa fortune en un jour. Le citron bien pressé, ses filles ont laissé le zeste au coin des rues. »

« Que suis-je ? un méchant cadavre dont l’âme est partout où sont mes filles. »

« Il faut mourir pour savoir ce que c'est que des enfants. Ah ! mon ami, ne vous mariez pas, n'ayez pas d'enfants ! Vous leur donnez la vie, ils vous donnent la mort. vous les faites entrer dans le monde, ils vous en chassent. Non, elles ne viendront pas ! Je sais cela depuis dix ans. Je me le disais quelquefois, mais je n'osais pas y croire. »

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4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 14:39

Le Lac de nulle part - Pete Fromm - Éditions Gallmeister

Al et Trig sont jumeaux. Si leur cher père a transmis sa passion des mathématiques dans le choix des prénoms de ses enfants (je vous laisse trouver…), il les a délaissés un long moment au début de leur adolescence. Mais Al (la sœur qui multiplie les conquêtes) et Trig (le frère bien plus réservé et, à l’heure actuelle, complètement fauché) sont aujourd’hui convoqués par le père pour une randonnée géante qui leur faire traverser les lacs canadiens à canoé. Les jeunes ont désormais 27 ans et le père vieillissant semble être plus tête en l’air que par le passé. Entre boutades et complicité, portages, pêche et feux de camp, le trio passe de bons moments même si le père a oublié l’essentiel du matériel. Nous sommes en novembre et la neige ne va pas tarder à tomber, les endroits fréquentés sont de plus en plus éloignés de la civilisation… Pourquoi diable, le père a-t-il choisi cette saison hostile ? Sans tout vous révéler, le trio deviendra duo.

Quel plaisir de retrouver ce romancier ! A la fois road trip canadien et nature writing, ce livre est aussi un roman à suspens sur fond de psychologie familiale (j’ai parfois songé à David Vann). Il se lit avec délectation (allez comprendre, je déteste le froid mais j’aime lire des récits qui se passent dans des endroits aussi hostiles) et les 445 pages se tournent aisément. J’ai aimé la relation entre ce frère et cette sœur, toujours soucieux de bien-être de l’autre, tout en se taquinant avec des expressions qui viennent de leur enfance. Le bémol que j’émettrais, c’est le côté prévisible et « déjà-lu » de cette histoire mais, comme j’ai pris beaucoup de plaisir de lecture, ça ne compte pas vraiment ! Ce huis clos canadien à ciel ouvert est à lire.

« Quelque part sur le deuxième lac, Al finit par lancer sa ligne mais nous passons la plus grande partie de la journée à pagayer. Les nuages moutonneux sont aussi nets dans l'eau que dans le ciel et un vieux dicton tourne sans arrêt dans ma tête, « Ciel pommelé et femmes fardées ne sont pas de longue durée". Nous abordons le deuxième portage, qui n’en est pas vraiment un, à peine une menée de cerf. Soit Papa a décidé de se la jouer Indien, soit il a perdu la boule. D’un geste vif, Al écarte le canoë de papa - jamais ils n'auraient dû payer ensemble, c'est de loin la pire idée du séjour - et remonte à grand pas le ruisseau aussi mince qu'un filet, un chaos de saules, de boue et de rochers, la coque sur la tête, cognant la proue contre les arbres. »

La vie en chantier  - Indian Creek

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27 avril 2022 3 27 /04 /avril /2022 11:16

Les Refuges, Jérôme Loubry | Livre de Poche

Sandrine est une jeune journaliste qui part sur une petite île normande pour vider la maison d’une grand-mère qu’elle n’a jamais connue. Les rares habitants de l’île sont plus étranges les uns que les autres mais de Sandrine elle-même, nous n’avons que des bribes de son passé qu’on sait douloureux. L’île vit au rythme de souvenirs tragiques puisque des enfants sont morts noyés peu après la Première Guerre mondiale. Ce qui surprend Sandrine, c’est que les occupants de l’île louent la vieille dame qu’était sa grand-mère alors que Sandrine la croyait folle depuis des années. L’inspecteur Bastien intervient quand on retrouve cette même Sandrine, sur une plage normande, à répéter une histoire qui semble n’avoir ni queue ni tête. Est-elle folle ? Ment-elle ?

Quel polar passionnant ! Sans être original de prime abord, le roman dévoile des secrets et des tours de passe-passe qui surprennent le lecteur. J’ai vraiment aimé le contexte spatial, cette île comparable au cadre des Hauts de Hurlevent, mais aussi cette ferme isolée de tout où se déroule l’intrigue principale. Le polar tire surtout sa force de la dimension psychologique assez remarquable : les « refuges » sont ces endroits dans notre cerveau où on s’enfuit en cas de problème, un lieu différent, souvent meilleur qui permet de supporter le pire. Je n’en dis pas plus. Rajoutons que certaines scènes sont assez violentes et que l’adaptation cinématographique du roman pourrait être intéressante.

« Voyez-vous, reprit-il avec une voix douce, cette île est spéciale. Elle est notre refuge, notre gage de sécurité. Comme tout refuge, si trop de monde s’y cache, elle devient caduque et inutile. C’est un équilibre précaire, je l’admets, mais c’est ainsi. Et nous devons le protéger. »

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 09:56

Les morues - Titiou Lecoq - Babelio

Les Morues, ce sont trois filles : Ema, Gabrielle et Alice. C’est surtout Ema qu’on va suivre, une journaliste people, très libérée sexuellement parlant. Elle a perdu sa meilleure amie, Charlotte, avec qui elle s’était pourtant brouillée quelques années auparavant. Charlotte faisait partie d’un groupe de potes plus large et on retrouve tout ce microcosme à son enterrement. Ema se demande si son amie s’est réellement suicidée comme l’affirme la brève enquête qui a suivi la découverte de son corps. Entre son amant qu’elle ne veut pas voir devenir son petit ami, son copain Fred toujours maladroit et en déveine quand il s’agit de trouver une fille qui lui convient, Ema va tenter d’en savoir plus sur une organisation mystérieuse que Charlotte avait infiltrée et qui vise à mettre en péril l’avenir de la culture en France.

Ce n’est pas du tout le genre de livre que j’ai l’habitude de lire puisqu’il navigue entre chick lit et feel good mais j’avais envie de découvrir cette autrice depuis longtemps. Si ce n’est la longueur du roman, j’ai assez aimé suivre ces jeunes adultes plutôt décomplexés aux prises avec l’alcool, le sexe et le pouvoir. Je n’en lirai pas deux comme ça d’affilée mais le côté léger, parfois drôle, m’a bien divertie. On a qualifié ce livre d’OVNI pour son mélange des genres et c’est vrai qu’il y a une bonne partie consacrée à la politique et au libéralisme (qui tombe à pic n’est-ce pas…), que le polar se confond avec un ouvrage plus social zoomant sur la jeunesse féministe actuelle (enfin celle de 2011 plutôt). C’est finalement ce mélange des genres, des registres et des tons qui m’a plu, quelque chose de décalé sans être complètement stupide – les nombreuses références littéraires sont appréciables. Il y a un petit quelque chose des Chroniques de San Francisco de Maupin… Rajoutons à cela qu’une sympathique playlist à chaque fin de chapitre permet de monter le (très bon) son et de remuer son popotin. C’est pas mal.

Pour en savoir plus sur la mort de son amie, Ema accepte un dîner avec un type pédant et prétentieux : « Elle nota qu’il avait sensiblement changé de ton. Il la prenait presque de haut ce grand con. Sûr de lui, de son charme, ou plus exactement du charme de son compte en banque. Il transpirait le sperme moisi et desséché. Inutilisé et inutilisable. Le fait que ce soit elle qui l’appelle devait signifier pour son ego surdimensionné qu’elle était en position de demande. Donc de faiblesse. »

Ema tente de devenir « normale » avec une vie de couple ordinaire – elle prépare un gigot d’agneau : « A ses yeux, le gigot d’agneau représentait le stade ultime de la normalité. Je gigote donc je suis. »

 

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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 18:28

Les abeilles grises – Andréï Kourkov – Éditions Liana Levi – – Blog Page &  Plume

         Dans la zone grise, un no man’s land entre la Russie et l’Ukraine, un petit village est déserté par ses habitants… pas tout à fait puisque deux hommes sont restés. Sergueïtch, le personnage principal et, dans la rue d’à côté, non loin de l’église bombardée, Pachka, qui, depuis l’enfance, est son ennemi juré. Pourtant les deux hommes sont bien obligés de communiquer et de s’entraider dans cet univers hostile troublé par les bruits des détonations et des explosions, quelques kilomètres plus loin. Sergueïtch, apiculteur à ses heures perdues, cherche un endroit tranquille pour ses abeilles, il décide donc de se réfugier en Crimée avec ses ruches. Le voyage, semé d’embûches, le conduira d’abord chez une jeune vendeuse sympathique, Galia, qui fera de lui son amant pendant quelques jours, puis chez un vieil ami apiculteur tatar. En Crimée, il ne voit pas son ami, enlevé pour d’obscures raisons mais sa famille l’aide à installer ses ruches et lui procure à manger. Après une pause dans les prairies ensoleillées et paisibles, Sergueïtch devra affronter la méfiance des autorités et les conflits entre les différentes ethnies et religions. Il poursuivra son bonhomme de chemin tel, au choix, un type un peu naïf ou un anti-héros flegmatique.

         On comprend aisément que ce roman, publié en France début février, connaisse aujourd’hui un grand succès. Mais, si c’est encore « l’avant-guerre » qui est décrit, on saisit immédiatement que la vie en Ukraine n’était pas un long fleuve tranquille avant le déclenchement des hostilités. Le roman m’a beaucoup appris, ignare que j’étais, notamment sur les Tatars, ces musulmans d’origine turque, victimes des discriminations de plus en plus violentes depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Planent également sur ce road trip étrange, la propagande russe, les non-dits, la méfiance omniprésente, les incohérences qui rendent parfois le roman cocasse par ses absurdités. Certains passages m’ont paru un brin longuets mais le style de Kourkov sublime le tout, rendant ce petit village perdu et déserté plus proche de nous. Le roman, poétique, prend des allures de fable. J’ai écouté l’auteur parler de son roman et de la situation de son pays début février alors qu’il ne croyait pas une guerre possible, c’était émouvant sachant qu’aujourd’hui, il a dû fuir Kiev avec sa famille et qu’il accueille régulièrement des réfugiés.

Si ce n’est pas déjà fait, lisez Le Pingouin du même auteur.

« Quand on vit longtemps dans un endroit, on a toujours plus de famille en terre qu’en bonne santé à côté de soi. »

Une vendeuse : « Poutine ne me ment pas. »

Un thème cher à l’auteur, le silence : « Le silence ici était comme une énorme bouteille en verre épais. En approchant l’oreille du goulot, on pouvait néanmoins le décomposer en menus bruits à peine perceptibles, non sans mal, certes, et à condition d’être attentif, mais c’était possible. »

« Cinq jours passèrent, tous identiques, tels des corbeaux. Pareille comparaison ne serait pas venue à l’esprit de Sergueïtch si au cours de ces journées tranquilles et monotones, le seul bruit à emplir de temps à autre les alentours n’eût été le croassement de ces oiseaux. »

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6 avril 2022 3 06 /04 /avril /2022 09:26

Monument national - Julia Deck - Babelio

Je découvre pour la première fois cette autrice qui a son style bien à elle, c’est indéniable.

Le « monument national », c’est Serge Langlois, un acteur français très célèbre, vieillissant, vivant avec son épouse beaucoup plus jeune que lui, Ambre, sa fille Joséphine adoptée en Asie, son chauffeur, sa gouvernante, d’autres domestiques. Tout ce beau monde habite un château « bâti sur le modèle du Petit Trianon » en lisière de la forêt de Rambouillet, et, il faut bien le dire, l’argent coule à flot. Mais un certain virus, en 2020, vient briser ce fragile équilibre fait de pacotille, de poudre de perlimpinpin et d’illusions. Des personnes extérieures ont pu faire leur entrée au château, Abdul, ancien acteur devenu coach sportif en deux trois mouvements, c’est le cas de le dire, et cette mystérieuse Cendrine qui s’improvise nurse et qui, seul le lecteur le sait, a changé d’identité après avoir elle-même orchestré sa disparition. Des événements dramatiques vont chambouler le quotidien de ces braves gens riches dans un huis clos où même Monsieur le Président et son épouse Brigitte vont faire une brève incursion. D’emblée, le lecteur sait que tout se terminera mal et que ce pauvre château, jadis majestueux et triomphant, se retrouvera délaissé et décrépit, à l’instar de ses occupants.

Vous l’aurez compris, Monument national est un roman à clef où l’on peut facilement reconnaître dans les personnages principaux des personnes vivantes ou mortes : Johnny Hallyday, Belmondo ou encore Alain Delon. C’est aussi une satire sociale, épinglant cette caste particulière des célébrités pour qui l’argent et le m’as-tu-vu sont des principes de vie. Se rajoute à cela un esprit Cluedo bien prononcé puisqu’il s’agit de trouver le coupable d’un meurtre parmi les résidents du château. La narratrice est Joséphine, la fillette adoptée, bien plus mûre et intelligente que tous les adultes qui l’entourent. Le tout est servi par une écriture fouillée, élégante, incisive et efficace. Alors pourquoi diable n’ai-je pas aimé ce roman ? Sans doute parce que les vicissitudes des gens très riches et inintéressants ne m’ont amusée qu’un très court moment et m’ont donc vite lassée. Mais ce roman vaudevillesque reste divertissant et plaira sans doute à un grand nombre de lecteurs.

Cendrine vient d’être embauchée : « Sauf en cas de pluies torrentielles, il nous était interdit de lire : nous étions bien trop jeunes pour nous abîmer les yeux sur des pages imprimées. Cendrine admira le lustre immense, les pampilles ruisselant de lumière sur le dallage crème. Puis elle s'arrêta sous le buste de Serge.

- La classe, estima-t-elle en levant le bras vers la mâchoire de bronze.

Ambre sourit. C'était normal d'être épatée la première fois qu'on entrait dans un château. Elle-même avait grandi dans des villas beaucoup plus modestes, à Saint Tropez, à la Martinique. Elle convoquait souvent des souvenirs de jeunesse pour se rappeler le sort des moins fortunés. »

 

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24 mars 2022 4 24 /03 /mars /2022 22:07

La décision - Karine Tuil - Gallimard - Grand format - Librairie Gallimard  PARIS

          La juge d’instruction anti-terroriste, Alma Revel, est plongée dans une affaire délicate : elle doit déterminer la culpabilité ou non d’Abdeljalil Kacem, un jeune homme qui a vécu quelque temps en Syrie avec son épouse, Sonia. Peu de preuves (le couple dit être parti pour faire de l'aide humanitaire), beaucoup de soupçons (des vidéos de décapitation ont été retrouvées dans l'ordinateur personnel du jeune homme) et le dilemme : enfermer un jeune innocent que la prison risque de détruire complètement ou laisser en liberté un terroriste à venir qui peut faire un carnage. Alma peine à concilier sa vie professionnelle à hauts risques (elle est menacée de mort très souvent, elle est agressée dans les toilettes du tribunal) et sa vie personnelle entre ses trois enfants qu’elle veut protéger, son mari écrivain dont elle se sépare, son amant avocat qui souffle le chaud et le froid, et qui, surtout, est l’avocat de Kacem. « La décision » est alors d’une importance cruciale…

Le talent de Karine Tuil fait mouche à chaque fois. L’alternance des chapitres, certains consacrés à l’interview de Kacem, d’autres à la vie privée d’Alma, d’autres encore aux audiences, crée une dynamique et un rythme prenants. L’univers est âpre, violent et sans concession – à mille lieues de notre quotidien. Un roman bouillonnant et poignant qui a le mérite, comme toujours chez Karine Tuil, de rendre accessible un thème brûlant. J’ai un peu moins aimé la fin que j’ai trouvée prévisible et un brin caricaturale suivie de quelques phrases assez banales qui ont fait retomber la tension comme un soufflet, me semble-t-il. Il n’empêche que l’autrice a bien réussi à nous faire partager la pression vécue et subie au quotidien par une juge anti-terroriste. … Oui, j’avais préféré Les choses humaines et peut-être même L’insouciance (décidément, la romancière adore les articles définis !)

« Les femmes que je reçois dans mon bureau ont le sentiment de vivre le racisme au quotidien, qu'on les renvoie sans cesse à leur condition initiale. Ils sont parfois solides intellectuellement mais ont des failles identitaires profondes. Ils ne savent pas qui ils sont vraiment, quelle est leur place. Ils vont sur internet chercher des réponses à leur mal-être, ils y rencontrent des idéologues dangereux qui leur retournent le cerveau en utilisant des techniques de propagande primaires mais efficaces : une jeune recrue est imprégnée d'une vision diabolique de son environnement qui ne viserait qu'à humilier l'islam et les musulmans. »

« On vit avec la peur de laisser en liberté ou de relâcher quelqu'un qui va commettre un attentat alors on enferme »

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 11:54

Surface- Olivier Norek - LIBRAIRES DU SUD

Le capitaine Noémie Chastain, une jeune femme belle, amoureuse et compétente, a été défigurée lors d’une intervention ; la moitié de son visage fait désormais peur à tous, à commencer par elle-même. Elle a perdu son mec, elle a perdu en partie ses responsabilités professionnelles puisqu’on l’a mise à l’écart du 36 de Paris pour l’Aveyron. Là, avec six bleds à sa charge, elle doit surtout évaluer la nécessité ou non de fermer ou maintenir le commissariat. C’est donc à reculons qu’elle se rend en province, résignée à s’y ennuyer. Elle tisse cependant des liens avec Romain et sa famille, elle apprécie petit à petit l’air de la campagne, et surtout, elle tombe sur un cadavre qui va être le début d’une enquête qui va tenir Chastain au premier plan.

 

Ce roman est un très bon polar mais après avoir lu Entre deux mondes (qui n’est pas un polar mais un petit bijou que je ne peux que vous conseiller), on peut se sentir un peu déçu de ne pas éprouver la même fulgurance d’émotions, ces mêmes bouleversements intenses ressentis avec les personnages de Calais. Mais oui, c’est un très bon polar rehaussé par un personnage atypique, la flic défigurée qui reste une superwoman, rehaussé par un contexte original, ce village englouti qu’on sort des eaux, par un rythme haletant, comme souvent chez Norek. L’écriture de l’auteur est, par sa simplicité et son efficacité, d’une justesse assez incroyable qui convient parfaitement au genre policier. Ni trop ni trop peu. Une lecture qui m’a beaucoup plu.

Noémie, défigurée, de retour au 36, après son arrêt de travail : « Meurtres violents, scènes de crime sanglantes, sans oublier les autopsies de cadavres de tous âges et en tous états : de par leur quotidien, les flics sont difficilement impressionnables. Pourtant, chez tous ceux qui la croisent en lui souhaitant d'un mot chaleureux un bon retour, elle nota le même léger tressaillement. Une fraction de fraction de seconde, mais suffisante pour que Noémie, à l'affût de chaque réaction, le décèle. Un presque rien qui, traduit en mots, aurait donné : « On m'avait prévenu, mais tout de même… »

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 16:59

La plus secrète mémoire des hommes - Mohamed Mbougar Sarr - Philippe Rey -  ebook (ePub) - Place des Libraires

Diégane Faye est un jeune écrivain sénégalais exilé à Paris. Il entend parler d’un livre hors du commun, Le Labyrinthe de l’inhumain qu’une maîtresse, Siga surnommée l’Araignée-mère, lui offre enfin. Ce livre est sans doute doté de pouvoirs mystérieux puisque chacun de ses lecteurs en sort changé, avec la ferme volonté d’en savoir plus sur son auteur considéré comme le « Rimbaud nègre », qui a disparu de la circulation avant la 2e Guerre mondiale. L’écrivain, Elimane, est tour à tour accusé de plagiat et considéré comme un génie. Des allers-retours entre la France, le Sénégal ou encore l’Argentine vont donner lieu à des considérations sur l’écriture mais aussi sur la colonisation et les difficultés de l’exil à être ni tout à fait Français ni vraiment Africain, et enfin sur l’amour.

Je vais être franche, je n’ai pas tout aimé dans ce livre, la fin de la lecture a même été très laborieuse. Je l’ai lu à un moment où j’étais débordée et je crois qu’il réclame calme et attention. J’ai parfois souri aux mises en abyme qui me parlaient complètement comme « Avec le temps et les relectures tu la comprendras. Elimane est un écrivain qu’on ne comprend qu’en le relisant. » Maintenant, à la question de savoir si le roman mérite le Goncourt, je répondrais oui. Il est brillant, protéiforme, envoûtant, drôle parfois (Jésus se décloue et descend de sa croix pour se taper la discute avec le narrateur pendant que ses deux potes copulent bruyamment dans la chambre d’à côté), intelligent, subtil et très riche. Mais je pense qu’il est beaucoup moins « tout public » que les prix attribués les années précédentes, par ses réflexions sur l’écriture et la lecture, par sa construction complexe, par ses références culturelles, littéraires et même politiques. Une danse assez folle très colorée, désarticulée et sensuelle, voilà à quoi me fait penser ce livre. Je crois que je l’ai tour à tour adoré puis détesté. N’importe quel lecteur admettra qu’en changeant constamment de narrateur et d’époque, l’auteur se fiche un peu de nous. Pourtant, c’est le ton grave employé quasi en continu - même pour les scènes de sexe (très fréquentes) – que j’ai le moins apprécié. Une sorte de solennité élitiste m’a tenue éloignée. Quand je pense que certaines personnes se contentent d’avoir pour seule lecture annuelle le Goncourt… voilà de quoi rebuter. Dommage.

« Les grandes œuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué : enrichi, mais enrichi par soustraction. »

« Un grand livre n’a pas de sujet et ne parle de rien, il cherche seulement à dire ou découvrir quelque chose, mais ce seulement est déjà tout, et ce quelque chose aussi est déjà tout. »

« Je me suis dit qu’un monde où on pouvait encore débattre ainsi d’un livre jusque tard n’était pas si perdu, même si j’avais bien conscience de ce que des personnes discutant de littérature toute une soirée avaient de profondément comique, vain, ridicule, peut-être même irresponsable. »

« Je me fiche de la réalité. Elle est toujours trop pauvre devant la vérité. »

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