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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 10:51

 

 

            Ce roman, c’était mon livre culte de la fin de mon adolescence, ma référence, mon classique préféré. Cela fait des années que je voulais le relire, j’ai profité de l’été pour le faire enfin.

            Bernard, sur le point de passer son bac, découvre qu’il n’est pas le fils de celui qui se faisait passer pour son père. Il fuit la maison familiale et trouve refuge chez son ami, Olivier, qui, suite à cet instant de bravoure, l’admire encore plus qu’auparavant. L’oncle Edouard entre en scène, entiché de son neveu Olivier, il égare une valise qui contient son journal que nous lisons en même temps que Bernard. L’adolescent en quête de sous et d’aventures, devient le secrétaire d’Edouard. Olivier, pour ne pas être en reste, se rapproche du comte de Passavant, écrivain à la mode, hautain et influençable. Des personnages secondaires se croisent, s’aiment et se disputent pour mieux offrir un tableau de la jeunesse des années 20. C’est aussi une intéressante réflexion sur l’écriture, sur l’amitié et l’homosexualité (pourtant évoquée de manière très implicite !). La mise en abyme, les interventions du narrateur omniscient, la multiplicité des personnages et leur évolution font évidemment de ce roman un Grand Roman !

            J’ai retrouvé un peu de cette fougue adolescente faite d’insolences, d’espoirs, de fraudes, d’envolées lyriques qui m’avaient tant plu il y a (déjà !!!) une vingtaine d’années mais je dois bien admettre que je n’ai pas éprouvé la même passion qu’au temps où j’avais l’âge de Bernard et Olivier. Je suis tout de même satisfaite de ma lecture qui m’a fait revenir quelques années en arrière tout en sachant que je n’y reviendrai pas.

 

« Les préjugés sont les pilotis de la civilisation. »

« Tout ce qui n’est créé que par la seule intelligence est faux. »

Le personnage de Pauline, mère d’Olivier m’a touchée plus qu’il y a vingt ans : « Vous rendez-vous compte de ce que devient ma vie ? J’ai restreint mon bonheur ; d’année en année, j’ai dû en rabattre ; une à une, j’ai raccourci mes espérances. J’ai cédé ; j’ai toléré ; j’ai feint de ne pas comprendre, de ne pas voir… Mais enfin, on se raccroche à quelque chose ; et quand encore ce peu vous échappe !… Le soir, il vient travailler près de moi, sous la lampe ; quand parfois il lève la tête de dessus son livre, ce n’est pas de l’affection que je rencontre dans son regard ; c’est du défi. J’ai si peu mérité cela… Il me semble parfois brusquement que tout mon amour pour lui tourne en haine ; et je voudrais n’avoir jamais eu d’enfants. »

… ou encore : « Mais, mon ami, vous savez bien qu’il n’y a rien de tel pour s’éterniser, que les situations fausses. C’est affaire à vous, romanciers, de chercher à les résoudre. Dans la vie, rien ne se résout ; tout continue. On demeure dans l’incertitude ; et on restera jusqu’à la fin sans savoir à quoi s’en tenir ; en attendant, la vie continue, tout comme si de rien n’était. Et de cela aussi on prend son parti ; comme de tout le reste… comme de tout. »

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 08:29

 

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          Dans un petit village tchèque, non loin de la frontière autrichienne, en 1947, Magdalena tombe enceinte à même pas 20 ans. Elle a succombé aux charmes de Josef, le fils du patron, qui l’a aussitôt ignorée. C’est la mère de Magdalena, Marie, qui va l’aider à l’accoucher, seule. Elle a l’habitude. Elle a l’habitude aussi des bâtardes puisque sa fille en est une. Après Magdalena, c’est sa fille Libuse qui connaît le même sort puisqu’elle couche avec un soldat russe qui meurt quelques heures plus tard. Enfin, c’est Eva, la moderne, l’érudite qui, lorsqu’elle remplira ses papiers d’identité, devra laisse blanche et vide la ligne réservée au nom du père.

           Récit résolument féminin et féministe, ces quelques pages cognent, heurtent et ont marqué la lectrice et (surtout) la femme que je suis. Dans des conditions difficiles, à une époque plutôt rude, le comble pour ces femmes est d’élever seules un enfant – une fille qui plus est -  et, même si elles sont parfois avares en tendresse, elles sont fières de leur statut si particulier. Elles ne pleurent pas car les larmes, « on les avale, on les économise pour les grandes occasions. […] comme la beauté, par exemple. On peut pleurer lorsqu’on rencontre la beauté.»Elles portent leur prénom et pour nom, le prénom de leur mère, de leur grand-mère à une époque où c’était une honte d’être fille-mère. Le récit gagne en force au fil des générations, un lien très fort est tissé entre toutes ces femmes qui trouvent force et caractère dans ce qui pourrait être considéré comme une faiblesse inavouable. Chacune des femmes est une brodeuse émérite, chacune se débrouille et subvient à ses besoins malgré les assauts des hommes, malgré l’hostilité ambiante, malgré le manque de chance.  L’arrière-plan historique est à la fois intéressant (toute l’histoire de la Tchécoslovaquie est contenue dans le livre !) et finalement accessoire parce que ça aurait bien pu se passer chez nous il n’y a pas si longtemps que ça.

            J’ai adoré ce roman que j’ai lu trop vite, que j’aimerais relire pour m’imprégner de cette force omniprésente et contagieuse. Les hommes sont soit boiteux, soit morts, soit absents et effacés dans un univers où la définition de la femme sort des sentiers battus. Magnifique et vivifiant !

 

« Je me rappelle qu’en chemin vers la ferme le lever du soleil nous a rattrapées. La lumière blanchâtre arrachait à la nuit les contours du village, des maisons, des arbres et des champs. L’air, empli de la petite rosée, allait vite se charger de chaleur. »

« Je hais ma mère autant que je l’aime. »

« Il faut le préciser, on est des bâtardes de mère en fille, comme certains sont boulangers ou rois. »

« La poésie c’est souffrir avec élégance, ce qui rend notre propre souffrance non seulement supportable mais belle. »

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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 10:21

 

           Roman choisi au hasard dans ma bibliothèque, au rayon des « polars psychologiques ».

            Anne sort d’un divorce difficile. Insomniaque, elle se relève souvent à 3 ou 4 h du matin. La lumière allumée dérange son voisin, Mark, et pour cause, le type tue régulièrement des personnes avec qui il a des comptes à régler, une vengeance à assouvir. D’une part, Mark tente de se rapprocher de sa voisine pour savoir pourquoi elle veille si tard, tenterait-elle de l’espionner ? D’autre part, Anne aimerait se rapprocher de Mark parce qu’il est terriblement beau, séduisant et adorable. Le tueur cache bien son jeu et la jeune femme, naïve et un peu cruche, n’y voit que du feu.

           Je me suis rendue compte que j’avais déjà lu cet auteur avec Fête fatale qui m’avait paru un peu meilleur quand même. Les ingrédients sont les mêmes : un type parfait qui s’avère être … un parfait monstre. C’est gros, empli d’incohérences et de blancs, les portraits des personnages sont grossièrement esquissés et, la prochaine fois que je choisirai un livre au hasard, j’éviterai le nom de cet auteur. Donc, lecture de plage : ok, on peut même abuser du mojito avant de le lire…

           J’ai quand même relevé deux passages qui m’ont franchement fait rire (je ne crois pas que c’était l’objectif de l’opération !) :

  •           Anne, lors d’un premier rendez-vous avec son beau voisin, lui propose du cacao à l’eau et des crackers tartinés de margarine. Bon appétit !
  •           Le complice et ami de Mark, Emil, est un type obèse. Une alléchante description dévoile les talents du romancier : « A t’entendre, ça a l’air simple, dit Emil en repliant ses nombreux mentons comme le toit d’une décapotable pour faire naître un sourire d‘obèse. »

Dire que des millions de lecteurs se précipitent sur ce genre de livre…

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 19:28

 

          Au XVIIIème siècle, Effia et Esi sont deux sœurs ghanéennes qui ne se sont jamais connues. Leur mère, Maama, a dû abandonner la première après un incendie. Sa 2ème fille est née quelque temps plus tard. Chacune des filles va suivre son chemin, bâtir une famille, la plupart du temps dans la souffrance inévitablement liée à la condition d’esclave.

          Un même collier à pierre noire, des années de lutte pour défendre sa culture et son identité, un héritage noir lourd à porter, des Blancs tyrans et des Noirs victimes, un pont entre le Ghana et les Etats-Unis, une bataille âpre entre Fantis et Ashantis qui facilite la traite des Noirs, des champs de coton, le jazz, le gospel, la drogue, … et une histoire qui parcourt huit générations, plus de deux siècles.

        Roman d’une puissance inégalable, ce récit se découpe en chapitres qui pourraient presque se lire indépendamment, comme des nouvelles. Chacun des textes se suffit à lui-même, brosse des portraits authentiques et vifs de Ghanéens et de leurs descendants, et dégage une vigueur narrative magistrale. J’ai pris beaucoup de temps à lire ce roman parce que je tenais à faire les liens entre les personnages, à suivre attentivement cette longue et laborieuse marche vers la liberté et l’égalité. La romancière est d’origine ghanéenne et, venue en Amérique à l’âge de deux ans, c’est à la suite d’un voyage sur ses terres natales qu’elle a décidé d’écrire ce livre. Elle n’a que 27 ans !

        Les images fortes et marquantes valent peut-être mieux qu’un médiocre résumé :

Esi est enfermée avec des centaines d’autres femmes destinées à l’esclavage dans les cachots du Fort de Cape Coast, des êtres entassés les uns sur les autres au milieu d’une couche d’excréments.

Ohene Nyarko procure du travail à tous les villageois qui déposent d’étranges fèves violettes sur des feuilles de bananier : le cacao.

Akua, la Femme Folle avant d’être surnommée Femme Maudite, tue ses enfants dans l’incendie dont elle rêvait toutes les nuits ; jamais elle n’a trouvé le sommeil, jamais plus elle ne le trouvera.

Jo et Anna prénomment leurs enfants par des lettres de l’alphabet, et H est un homme vigoureux qui perdra son énergie dans des mines de charbon du nord-est des Etats-Unis.

Joecy, un Noir, est emprisonné pendant neuf ans pour ne pas avoir changé de trottoir quand une femme blanche est passée près de lui.

 

Face au christianisme : « Yaw se demandait pourquoi ils ne prêchaient pas d’éviter de faire le mal plutôt que de pardonner. Mais plus il gagnait en âge, mieux il comprenait. Le pardon était un acte qui intervenait après les faits, un avenir pour la mauvaise action à venir. Et si vous poussez les gens  à porter le regard vers l’avenir, ils ne voient peut-être pas le tort qui leur est fait dans le présent. »

« un négro libre, ça n’existe pas. »

« il savait dans sa chair, même s’il ne l’avait pas encore totalement enregistré dans son esprit, qu’en Amérique, le pire qui pouvait arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. »

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23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 21:19

 

 

           En toute honnêteté, jamais je n’aurais lu ce livre si on ne me l’avait pas prêté. Et pourtant, la surprise fut bonne !

           « L’homme qui ment », c’est le père de Marc Lavoine, Lucien. Celui qu’il a passé sa vie à adorer et à détester. Il l’a aimé pour son charisme, sa grande gueule, son humour, son courage, sa classe naturelle. Il l’a détesté pour ses adultères à répétition, son alcoolisme morbide, son langage cru. Marc Lavoine est le 2ème enfant de la fratrie ; sa mère, Michou, attendant une fille après Francis, l’aîné, est si déçue qu’elle ne regardera même pas le bébé les premiers jours. Francis et Marc sont fans de leur père. Travailleur aux PTT (comme mon papa à moi !), cégétiste, communiste, bel homme, le papa s’occupe bien de ses garçons, les élève dans une certaine droiture tout en les ouvrant au monde et à l’aventure. Au bout de quelques années, Lucien va voir ailleurs. Il ne le fait pas qu’une seule fois, il ne le fait discrètement puisqu’il en parle à ses fils et que ces derniers le surprennent en pleine action plus d’une fois. Il arrive à gérer trois maîtresses en même temps. Toute sa vie, il sera attiré par la femme du voisin. Lorsque Marc, un soir, annonce à ses parents « je veux être acteur », la réponse « d’accord », simple et encourageante, permettra au garçon de gagner Paris dès le plus jeune âge. Ses parents vont divorcer, sa mère va se morfondre dans une solitude empreinte de nostalgie, son père va multiplier les maîtresses et les épouses jusqu’au jour de sa mort, survenue lors d’une chute.

          Je ne m’y attendais pas du tout mais j’ai beaucoup aimé ce texte qu’on sent authentique et loyal narrant la vie d’un homme à la fois grand et petit, sublime et misérable. Les sentiments ambigus et l’héritage si contrasté ont sans aucun doute poussé l’auteur à écrire ces pages. En lisant les quelques rares lignes de Marc Lavoine évoquant ses débuts de vie d’artiste, on se rend compte qu’il a toujours écrit et cela, avec humilité et sincérité. Ce n’est pas un livre sur lui mais un livre d’amour dédié à son père, à ses qualités et à ses défauts. Une petite chronique d’une enfance malgré tout heureuse, des années 60 et 70, quelque part, dans un gros bourg d’Essonne…

 

« Je n’avais pas les yeux assez grands pour te regarder, papa. Et puis tu me parlais des filles, ça me gênait et ça m’épatait. Tu parlais de fesses joyeusement, tu défendais ton point de vue, citant chansons ou poèmes. Gauguin était invité dans la conversation, « les filles, je les aime bien grasses et vicieuses. »

« Tu es tellement en moi, je suis tellement de toi que, même s’il faut du temps, la somme de nous finit par se répandre, c’est le chaîne du sang. »

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 21:52

 

 

           Bon sang, quelle lecture !

           Hazel et Fyveer sont frères. Ce sont des lapins qui vivent dans la même garenne du Hampshire avec des dizaines d’autres congénères. Leur vie routinière est faite de farfal (aller brouter au grand air), de vilou (ces animaux ennemis qu’il faut à tout prix éviter), de kataklop (les voitures, tracteurs et autres engins à moteur) jusqu’au jour où ils aperçoivent une immense pancarte (qu’ils ne peuvent évidemment pas déchiffrer : le pré est devenu terrain à bâtir) : Fyveer pressent le pire, il sait qu’il faut partir, et vite. Hazel, n’écoutant que la confiance qu’il porte à son frère, rassemble le plus de lapins pour fuir au plus vite. Certains sont récalcitrants mais une petite poignée suit les deux frères. L’évasion commence et lorsqu’on n’est qu’un petit lapin vulnérable, c’est compliqué : de traverser une rivière, de creuser une niche pour la nuit, de fuir les prédateurs. Après moult dangers et obstacles, la petite troupe dont Hazel a naturellement pris la tête, rencontre une garenne parfaite : immense, elle abrite des lapins qui se nourrissent facilement et quand ils veulent, dans un pré où le danger n’existe pas. Il ne faut pas se fier aux apparences et ces êtres parfaits sont condamnés à un bien funeste destin. Guidé par Fyveer qui joue parfaitement les Cassandre, les lapins poursuivent leur chemin, bâtissent leur propre domaine jusqu’au jour où il leur faudra partir à la conquête de hases pour agrandir leur famille…

            Ce roman au style fluide est surprenant à plus d’un titre : on oublie vite que les personnages principaux sont des lapins (539 pages avec uniquement des rongeurs, il faut le faire quand même !), on entre dans leur univers sans problème ; cette épopée est une odyssée extraordinaire mais aussi une fable qui se veut évidemment métaphore du monde des humains ; la plongée dans cet univers animal est aussi un appel à notre conscience environnemental et écologique. Richard Adams réussit l’exploit d’attribuer des caractéristiques humaines à ces rongeurs sans en faire trop. Les lapins se reproduisent sans connaître l’amour, on suit leur conversation mais ils sont complètement en dehors des schémas de communication humains. Pragmatiques, plus francs, plus fidèles, ils s’assemblent pour combattre l’agresseur. Richard Adams a créé un microcosme bien particulier : les lapins ont leurs lois, leur langage, leurs légendes, leurs peurs, leur dieu. De nombreuses réécritures se mêlent et s’entrecroisent : réécriture du conte, de l’Eneide, de certains passages bibliques, d’un roman initiatique, d’un traité de politique, bref ça foisonne ! Une flopée de références m’a également accompagnée durant la lecture : Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome (pour l’ambiance bucolique peut-être ?), La Ferme des animaux, Alice au pays des merveilles, L’Odyssée, Le Vent dans les saules (dont une citation, d’ailleurs, est placée en exergue d’un chapitre)

           En attendant que vous vous décidiez à lire ce roman étonnant et insolite, je m’en vais farfaler !

 

« Les bêtes, a-t-il dit, ne se comportent pas comme les hommes. S’il faut se battre, elles se battent ; s’il faut tuer, elles tuent. Elles ne passent pas leur temps à inventer des moyens d’empoisonner l’existence des autres créatures ou de leur faire du mal. Elles sont pétries de bestialité et de dignité. »

 

            Et je finirai avec cette très belle remarque de Dostoïevski qui ouvre le chapitre 21 : « Aimez les animaux : Dieu leur a donné les rudiments de la pensée et une joie innocente. Ne la troublez donc pas, ne les tourmentez pas, ne les privez pas de leur joie, ne vous oppose pas la volonté divine

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 16:29

              Gladwyn, la quarantaine, est un homme d’affaires occupé mais heureux en amour : marié depuis plus de quinze ans avec Blithe, il vit une existence paisible, confortable et rassurante. Lorsqu’il rencontre Lara, une jeune artiste tombée à vélo et qu’il lui a fallu secourir, c’est le coup de foudre. Il amène la jeune femme à l’hôpital et s’assure que tout va bien. Pendant quelques semaines, cette rencontre va hanter ses pensées jusqu’au jour où il reçoit une carte où elle le remercie. Il décide de la revoir, elle succombe à son charme et ce qui devait arriver arriva : ils sont amants… sans que Gladwyn n’ait évoqué l’existence d’une femme et d’un fils. Les prétextes de la surcharge de travail et l’éloignement permettent à Gladwyn de mentir à la fois à Lara mais aussi à Blithe qui n’y voit que du feu. Les amoureux partagent occasionnellement un petit appartement à Londres et, même si la culpabilité donne parfois des sueurs froides à Gladwyn, il arrive à concilier ses deux vies jusqu’au jour où il apprend que Lara est enceinte…

            Histoire assez classique d’un homme qui trompe sa femme, l’intrigue est pourtant assez judicieusement menée pour qu’on ait sans cesse envie de connaître la suite. Les questions pratiques, l’évolution des sentiments et la duplicité de Gladwyn permettent de créer un certain suspens pas désagréable. On s’attache à lui au début de son histoire d’amour mais sa lâcheté et son manque de loyauté finissent par agacer. J’ai pris du plaisir avec cette lecture divertissante (après James Joyce, j’en avais besoin), mais j’ai trouvé la fin cousue de fil blanc et certains personnages peu crédibles car trop stéréotypés : l’épouse modèle qui prépare tous les soirs de bons petits plats, le gros méchant paysan de voisin qui vient embêter la vulnérable Lara… Beaucoup ont vanté cet auteur, je ne suis pas absolument certaine de vouloir retourner la lire un jour même si le roman fait partie de ceux qu’on peut emporter dans un train, sur une plage, dans une salle d’attente sans craindre de ne pas pouvoir se concentrer…

 

Une des nombreuses fois où Gladwyn craint de se faire pincer : « Alors qu’il montait lentement l’escalier, Gladwyn se plaisait à constater que les choses étaient revenues à la normale. Pas de dégâts. La mauvaise conscience avait vaincu les assauts de la tentation : il avait eu de la chance. Bien décidé à ne plus jamais jouer avec le feu, il choisit un vieux pull que Blithe lui avait offert des années plus tôt, puis redescendit. Il avait faim. »

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 19:01

 

Encore une belle découverte Gallmeister !

           Stoney Calhoun est un pêcheur émérite. Il travaille dans une petite boutique d’articles de pêche qui propose aussi à ses clients de leur servir de guide pour mieux appâter truites et bars, tenue par sa maîtresse, la formidable Kate « à la beauté spectaculaire ». Mais Calhoun n’est pas un homme ordinaire : il a perdu la mémoire suite à un accident de montagne, est resté des mois allongé dans une chambre d’hôpital avant de rejoindre, à l’instinct, le Maine, et de tomber amoureux de Kate, cette femme mariée à un homme grabataire.

           Calhoun accueille Green, un client aux allures de riche, cherchant un guide pour pêcher la truite. Calhoun n’ayant aucune envie de crapahuter avec ce type snob qui ne lui revient pas, refile le job à Lyle, l’autre employé du magasin. Sauf que son copain ne reviendra jamais de cette virée. Des recherches sont menées pour remettre la main sur ce Green resté introuvable. C’est alors que des réminiscences du passé surgissent dans l’esprit de Calhoun : plutôt que de vrais souvenirs, des sentiments, des impressions, des compétences voient le jour : Calhoun se montre très doué lorsqu’il esquisse le portrait de Green destiné à la police, il fait preuve d’une extrême précision dans son récit, il s’avère être un athlète doué d’une force et d’une impatience incomparables. Et finalement, c’est lui tout seul, avec son fidèle chien Ralph, qui va résoudre cette énigme.

          Ce roman, premier tome d’une trilogie, se lit avec plaisir non seulement pour son enquête policière, mais aussi et surtout, pour cette atmosphère américaine qui empeste le poisson. Voilà un livre qui fait apprécier les appâts, les lançons, les mouches, les soies, tout ce vocabulaire propre à la pêche ! Le personnage de Calhoun est délicieusement croqué aussi, il faut bien l’admettre, cette aura de mystère qui entoure son passé laisse présager le meilleur dans les tomes à venir. Seule petite ombre au tableau : l’histoire d’amour entre Kate et Calhoun qui, malgré l’apparente modernité de l’attitude de la femme, renvoie un peu trop aux fantasmes masculins (ses cheveux noirs de jais descendent jusqu’aux fesses et c’est elle qui désigne la chambre quand elle veut assouvir ses besoins…) En tous cas, nul doute : je lirai la suite !

 

« Lorsqu’elle lui demanda ce qu’il se rappelait, il essaya de lui décrire les crevasses dans son esprit, ces curieux moments de clarté qui lui venaient parfois, les êtres qui entraient et sortaient furtivement de sa tête, des gens connus et oubliés qui surgissaient brusquement dans ses pensées. »

 

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 22:07

 

               

                Nous sommes en Angleterre, en mars 1924. Ce n’est pas un dimanche ordinaire puisqu’il s’agit du « dimanche des mères », ce jour unique dans l’année où les maîtres donnent congé à leurs domestiques pour qu’ils aillent rendre visite à leur mère. Pour Jane Fairchild, la domestique orpheline, ce jour est particulier pour d’autres raisons : elle reverra une dernière fois son amant, Paul Sheringham. La bonne entretient, depuis plusieurs années, une liaison évidemment clandestine avec ce jeune homme de bonne famille destiné à se marier quinze jours plus tard. Il s’agit donc de leur dernier rendez-vous sensuel. Pour marquer l’occasion, Paul fait entrer Jane par la grande porte, dans la fastueuse maison familiale temporairement désertée par ses occupants. Après des adieux quasi muets, Jane va errer, nue, dans cette vaste demeure, attirée par la bibliothèque. Elle va prendre son temps pour quitter les lieux, à la manière dont Paul, pourtant en retard, a pris son temps pour rejoindre sa fiancée.

                    Ce roman est à part pour bien des raisons. Il se dégage immédiatement une atmosphère étrange et oisive, les deux amants sont longuement décrits nus à se regarder, à s’explorer une dernière fois, dans une chambre luxueuse dans un moment qui paraît figé et qui va résonner longtemps pour Jane. Ce tableau à la fois grave et frivole permet des va-et-vient dans la chronologie en nous projetant même dans l’avenir de Jane, lorsqu’elle sera nonagénaire. J’ai absolument et entièrement adoré les deux premiers tiers de ce roman : l’ambiance surannée d’un univers engoncé dans ses principes côtoie l’interdiction, le secret, la liberté incarnée par cette jeune femme fière d’être orpheline et sans attaches, « d’être née indigente », passionnée de lecture. J’aurais pu m’arrêter là, à cette relation illégitime teintée de résignation ironique, à ces silences torrides, à ces deux êtres que tout oppose réunis par la chair. L’auteur a fait le choix de nous projeter dans le futur de Jane, émettant l’idée que cette journée a bouleversé ses desseins en les rendant exceptionnels puisqu’elle sera écrivain, et je trouve que ça brise un peu ce moment suspendu si plein de charme. L’écriture est belle, aussi sensuelle que les beaux amants, aussi serpentine que les pensées cachées des protagonistes. En bref, j’ai adoré ce court roman et, même si j’apprécie beaucoup Downton Abbey, je trouve un peu réducteur de comparer ce texte magnifique à la série.

 

 

Lorsque Jane s’en va, nue, parcourant couloirs, hall et chambres : « Elle n’avait rien de particulier à faire, sauf dans la chambre du premier où ce qu’elle avait à faire était déjà fait. Et pourtant, d’une manière générale, sa tâche incontestable semblait consister à imprégner de sa présence, intruse et dévêtue, cette maison, qui était sienne sans l’être. Elle s’exécuta donc. Glissant de pièce en pièce. Elle regarda, mémorisa, mais, en secret, laissant aussi une part d’elle-même. Se dire que, si choquante que fût sa visite – elle était à poil ! -, personne ne saurait ni ne devinerait jamais qu’elle avait été ici semblait lui donner des ailes. Comme si sa nudité lui conférait non seulement l’invisibilité, mais aussi l’impunité. »

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 23:18

 

L’amie prodigieuse tome 3.

           Le hasard a fait que j’ai attendu moins de temps que ce que j’avais prévu entre la lecture du et du 3è tome.

           Elena vient de sortir son premier livre - écrit presque d’une traite, facilement – et qui connaît une belle célébrité et une critique favorable. Fiancée à l’intellectuel Pietro, elle revient dans le quartier napolitain de son enfance et y retrouve, entre autres, Lila. Cette dernière élève son fils Gennaro avec l’aide du dévoué Enzo, tout en accomplissant un boulot d’ouvrière dans l’usine du copain de Nino qui, non seulement, exploite ses employés mais se montre aussi des plus entreprenants avec la toujours séduisante Lila. Si les jeunes femmes sont à un tournant de leur vie, l’histoire de l’Italie, à la fin des années 60 et au début des années 70, se retrouve également chamboulée par des soulèvements, des meurtres ayant pour objectif de dénoncer les conditions de travail des ouvriers mais aussi de prôner le féminisme, de libérer la femme. Apparaît alors la pilule, et avec elle, quelques débauches assumées par de jeunes femmes qui se veulent libres, dont ni Lenù, ni Lila ne font partie.

           C’est donc une Elena pimpante et victorieuse qui revient dans le quartier de son enfance, et on l’appelle à l’aide parce que Lila semble avoir perdu la tête. Lila va se confier, peut-être une dernière fois, et montrer de petites faiblesses qu’on ne lui soupçonnait pas. Ensuite, Elena va fuit et se marier, trouvant peu de réconfort dans sa nouvelle vie bien rangée, s’éloignant très rapidement de celui qu’elle pensait aimer. Lila va, au contraire, s’installer dans le quartier de son enfance, s’allier avec les Solara, cette famille malhonnête et corruptrice, et se former aux machines IBM, ancêtres de nos ordinateurs.

           Si j’ai bien aimé les histoires d’enfants du premier tome, je me suis ensuite prise de passion pour les amitiés et les amours de Lila et Lenù dans le 2è et j’ai totalement adoré ce 3è opus, beaucoup plus dense, plus riche que les précédents : sans répit, l’auteur nous emmène dans la petite et la grande Histoire, il nous propose deux parcours de vie : celui d’Elena, fille plus réservée qui, malgré ses études et la publication de son livre, se retrouve vite cantonnée au statut de mère de famille ; et celui de Lila, fantasque et toujours imprévisible, souvent au bon endroit au bon moment, capable de saisir la moindre opportunité même si elle doit, pour cela, mettre ses principes de côté, éloigner son fils. Chaque page est une surprise, douce ou violente. Ça foisonne de rencontres, de ruptures, de retrouvailles, de mensonges, de féminisme. Ce monde anti-manichéen passionnant décrit de manière si subtile les relations humaines si complexes que je brûle d’impatience de lire le dernier volet de cette saga inoubliable.

 

Lila à propos d’Elena et elle : « On a fait un pacte, quand nous étions petites : la méchante, c’est moi. »

Quand Elena fait le portrait de Lila : « Hurler et se déchaîner contre les autres, faire payer à tout le monde sa propre incapacité à trouver un équilibre. »

Elena de Lila : « même lorsque je vivais dans d’autres villes et que nous ne nous voyions presque jamais, même lorsqu’elle ne me donnait pas de nouvelles selon son habitude, et que je m’efforçais de ne pas lui en demander, son ombre me stimulait, me déprimait, me gonflait d’orgueil ou m’abattait, sans jamais me permettre de trouver l’apaisement. »

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