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21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 09:59

Chien 51 | Actes Sud

J’ai eu l’immense chance de rencontrer cet écrivain que j’adore lors des « Bibliothèques Idéales » à Strasbourg. Une petite conversation et une jolie dédicace plus tard, je me précipite pour lire son nouveau roman.

La Grèce a disparu. Le pays tel qu’on le connaît, a fait faillite et a été vendu à une ogresse d’entreprise, Goldtex, et a été renommé Magnapole. Cette ville immense a été divisée en trois zones, la deuxième incluant le plus grand nombre, des citoyens moyens désormais appelés « cilariés » ; la première zone réservée aux riches et à l’élite et la zone 3 malpropre, abandonnée, peuplée par les plus pauvres. Un meurtre a été commis, quoi de plus banal dans ce monde du futur où la violence n’est pas rare. Le plus insolite, c’est que l’homme trouvé mort dans la zone 3 venait de la zone 2 et, lorsqu’on sait que les habitants des trois zones ne se mélangent pas et que des check-points les séparent, cette découverte macabre intrigue. Ce sont deux flics qui vont enquêter : Zem Sparak de la zone 3 qui a connu la Grèce d’antan et Salia, jeune femme pleine de tempérament plus à l’aise dans ce monde qu’elle a toujours connu comme tel.

Je n’aime pas la Science-Fiction, je suis donc partie avec un a priori pas forcément positif. Mais avoir entendu l’auteur parler si bien de son roman m’a encouragée. Et j’ai eu bien raison puisque, passées les dix premières pages, je suis entrée dans ce monde futuriste assez effrayant avec délice et passion. L’enquête policière y est pour beaucoup mais les réflexions sur les avancées technologiques, la nostalgie du pays perdu, les zones d’ombre entre les vrais et les faux traîtres sont également intéressantes. Et puis il y a la plume Gaudé, on retrouve la puissance de ses mots, la force de ses images, l’entrelacement des genres, les sublimes monologues incantatoires surtout. Je n’ai pas tout aimé dans cette vie sous dôme climatique avec ses drones scanneurs et ses frigos qui commandent tout seuls à manger… mais je me servirais peut-être de l’Okios, cette drogue chimique qui permet de faire surgir les images mentales et souvenirs de son choix.

(Laurent Gaudé est tout à fait charmant, souriant et avenant… il m’a confié qu’il n’exclut pas la possibilité de s’atteler à un second tome.)

Salia face à Sparak : « Elle est face à lui comme face à un animal venu des temps anciens. Il est risible, inadapté, mais il a traversé les époques dont elle ignore tout et ce qu'elle sent et qui l’agace - comme une énigme qu'elle n'arriverait pas à élucider -, c'est qu'il sait. Pas d'une façon consciente. Non. Il sait comme le dinosaure sait, parce qu'il porte en lui le temps et vient dans un monde qui regarde le nôtre avec indifférence. Une porte s’est ouverte à cause de lui.  Il y a dans sa fatigue la seule vérité qu'elle ait jamais croisée et elle a envie de savoir ce qu'elle va lui révéler au monde. »

Un Grec rejoint Delphes avant sa destruction et assume ce choix suicidaire (un passage magnifique du roman !) : « Chacun a le droit de finir où il veut. Peut-être restera-t-il quelque chose pour me saluer ? Le vent, au moins, me reconnaîtra. Il ne faut pas oublier Delphes. Ils pensent pouvoir acheter ce qu'ils veulent, tout détruire, tout salir. Mais il faut bien qu'un d'entre nous aille là-bas. Sinon, qui va prévenir Delphes de ce qui arrive au monde ? C’est un honneur de veiller sur la beauté immobile, un honneur de se laisser traverser par le temps. Rien ne nous appartient. »

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18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 18:57

La Leçon du mal | Lisez!

Je démarre la rentrée littéraire (avec du retard oui, quelle idée de la faire coïncider chaque année avec la rentrée des classes…) avec un roman japonais. Il faut savoir que je boude souvent les romans japonais mais celui-ci m’intriguait.

Tout se passe dans et autour d’un lycée à Machida, dans la banlieue de Tokyo. On suit les péripéties du prof d’anglais, Hasumi, charismatique, séduisant et soucieux du bien-être de ses élèves. Il a du fil à retordre entre Miya qui se fait harceler par son prof de sport qui la menace de révéler qu’elle est une voleuse, l’autre prof d’EPS qui n’hésite pas à taper sur les élèves ou encore Tadenuma, le caïd. En apparence, Hasumi est le prof idéal, ouvert et bienveillant mais sa vraie personnalité va se dévoiler au fil des pages. Tordu, manipulateur, incapable de faire preuve d’empathie, insensible et même psychopathe…

Si le roman se lit bien, d’emblée, je m’suis dit, ils sont bizarres ces Japonais quand même. Leurs éthique et morale me semblent bien éloignées des nôtres. Il y a toujours cette forme de naïveté abrupte (que je trouve aussi chez Taniguchi) qui permet de poser les lèvres d’un prof sur celles d’une élève avec un peu de surprise, soit, mais sans la dimension scandaleuse de chez nous. La familiarité entre profs et lycéens est également surprenante. Tout ça, c’est au début du livre, au bout d’un moment, on comprend que Hasumi est un psychopathe en puissance, de ceux que rien n’arrête et ses désirs de meurtre vont prendre une tournure assez spectaculaire. Oui j’ai pris des notes pour m’en sortir entre tous les noms des personnages. Non je ne crois pas que je sois faite pour adhérer pleinement à la culture et la mentalité nippones. La couverture du livre nous parle d’« œuvre culte », je ne sais trop quoi penser de ces meurtres de masse et de cette violence omniprésente, un peu dégoûtée sans doute même si je n’ai généralement rien contre les romans noirs. Sur les 533 pages, il y en a eu cent de trop d’après moi. On fera mieux la prochaine fois. Un roman dérangeant pour les anti-fleur bleue qui cherchent de l’explosif et du sanglant.

« L’école n’était pas sanctuaire dédié à la protection des enfants, mais une arène où seule régnait la loi du plus fort. Afin de survivre, il fallait soit avoir de la chance, soit faire preuve de beaucoup d'intuition, soit pouvoir déployer la violence physique nécessaire pour se défendre. »

 Jeune, Hasumi, sans le diplôme spécifique à l’enseignement, a la possibilité d’être remplaçant : « Il avait douté d'avoir fait le bon choix… jusqu’à sa première de cours. Sa capacité à inspirer de la sympathie et à contrôler ses semblables lui conférait un pouvoir quasiment indécent sur sa classe. Deux éléments étaient nécessaires pour gagner la confiance ses élèves : susciter leur intérêt et avoir du style. En douze minutes, il les avait conquis. »

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15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 16:11

Tropique de la violence - Nathacha Appanah - Gallimard - Grand format -  Librairie Le Square GRENOBLE

Si ce livre n’a rien à voir avec la récente rentrée littéraire, son sujet n’en demeure pas moins tristement d’actualité.

Marie, d’abord. Une vie d’infirmière simple et plutôt tristounette en France. Quand elle rencontre Cham, originaire de Mayotte, elle tombe amoureuse de lui et le suit là-bas, sans vraiment savoir que si c’est une île française, elle n’a pas grand-chose en commun avec la métropole. Marie souffre de plus en plus de ne pas tomber enceinte à tel point qu’elle en devient méchante et colérique. Cham la quitte. Un jour, à l’hôpital, une réfugiée fille-mère donne son bébé à Marie, parce qu’il a les yeux vairons, et un œil vert porte malheur, la jeune femme n’en veut pas. Marie devient maman de ce petit Moïse qu’elle garde précieusement avec elle comme un joyau jusqu’à ce qu’il arrive à cette période si critique de l’adolescence où il pose de questions sur ses origines, s’éloigne et rejette Marie. Il rejoint les délinquants de ce quartier si justement surnommé « Gaza » et s’enlise dans la violence ambiante…

Dans ce roman choral, la parole est donnée à tous les personnages, à Moïse ni Blanc ni Noir, à Bruce, une brute à l’état pur, à Marie, cette sainte mère qui ne survivra pas dans cet enfer, au flic, au gardien de prison, au pompier… mais celle qui crie sa douleur d’être abandonnée, c’est Mayotte, cette île oubliée qui voit les migrants arriver tous les jours. Une tension et un malaise omniprésents rendent les rues dangereuses, l’Eldorado tant convoité par les étrangers devient un cloaque où la violence devient effectivement le quotidien de tous. La maternité de Mayotte est la plus grande de France, et de loin. Entend-t-on parler de cette île ? Non. Heureusement que la littérature nous ouvre ces portes sur le monde. Nathacha Appanah a séjourné à Mayotte où elle y a trouvé « une île aux enfants » (interview donnée au Point), des enfants non scolarisés et livrés à eux-mêmes dans un pays extrêmement pauvre où règnent violence, drogue et chômage. Le roman est magnifique, chaque personnage a son histoire, son langage, son parcours qu’on parvient à comprendre même pour ce monstre qu’est Bruce. Le résultat est émouvant de justesse, l’île elle-même, sous un noir soleil, devient un personnage tragique qu’on ne sait comment sauver. A lire absolument.

C’est Olivier qui parle, le flic : « Il m’est arrivé d’espérer quand il y a eu le petit Syrien échoué sur une plage turque. Je me suis dit que quelqu'un, quelque part, se souviendrait de cette ville française et dirait qu’ici aussi les enfants meurent sur les plages.  Je ne suis qu’un flic, moi, et j'en ai vu des petits corps baignés d’écume et j'en ai pris comme ça, dans les mains, tout doucement. Parfois, quand j’apprends qu’un kwassa kwassa s’est échoué dans le lagon, je sens un poids dans mes mains, comme si les petits corps ne m’avaient jamais quitté. »

Moïse : «  Il n'y a qu'un gosse des rues pour savoir ce que c'est que la joie de trouver une vieille brosse à dent par terre, de la laver à la ravine et de passer un vieux savon dessus, un vieux savon tellement dur tellement strié de marques noires que c'est comme un caillou mais on le frotte quand même et après on va dans un coin parce qu'on ne veut pas que quelqu'un d'autre nous vole cette brosse et on se lave les dents avec, on tourne et retourne la brosse dans notre bouche comme si c'était un bonbon au miel et, la joie de cela, il n'y a qu'un gosse qui vit dans la rue pour savoir. »

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 15:13

Livre: Le Siffleur de nuit, Greg Woodland, Belfond, Domaine Étranger -  Belfond noir, 9782714494566 - Leslibraires.fr

Loin de Sidney, dans les années 60, une ville, Moorabool, en plein bush australien, végète dans une torpeur où les nouveaux venus s’ennuient. Parmi eux, la famille Humphries : un père toujours absent, deux garçons turbulents et une mère d’autant plus anxieuse qu’elle reçoit des coups de fil nocturnes inquiétants d’un « siffleur », un homme qui la menace régulièrement sans que personne n’y prête vraiment attention. Hal, l’aîné des garçons est témoin de massacres d’animaux : un chien puis un chat sont retrouvés assommés et étranglés avec, à chaque fois, une seule griffe en moins. Le flic Mick Goodenough est lui aussi nouveau dans le secteur, en période probatoire, il a été banni du commissariat de Sidney suite à une sombre histoire où il aurait failli. Il est le seul à croire Hal et à s’inquiéter des coups de fil reçus par sa mère. Rajoutons à cela une étrange caravane abandonnée depuis un triple meurtre trois ans plus tôt, la discrimination toujours tenace envers les aborigènes, des collègues flics incompétents, un père infidèle et une mère qui ne l’est pas moins… Mick va avoir du pain sur la planche dans une ambiance hostile où on essaie de lui cacher des informations essentielles.

Du meurtre d’animaux à celui des humains, il n’y a qu’un pas. L’atmosphère caniculaire d’un Noël australien amplifie les tensions de ce roman et pourtant, tout se fait doucement, le romancier prend son temps et la lectrice que je suis a beaucoup apprécié cette langueur, ce décor qu’on prend le temps de planter, cette ambiance qui s’installe au fur et à mesure qui n’est pas sans rappeler un Dennis Lehane ou un Henning Mankell. Hal, le garçon de dix ans, occupe une place prédominante dans l’histoire, il a un côté frondeur façon Tom Sawyer pas désagréable du tout. Il n’y a pas à dire, pour un premier roman, cet écrivain australien fait fort et se place à côté des plus grands. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette lecture que je recommande fortement !

« Même toutes fenêtres ouvertes, la maison était étouffante. Le moindre courant d'air ne semblait que redistribuer l'air chaud parmi les pièces. Depuis cinq jours, ils n’avaient pas eu d'autres nouvelles de leur père, censé passer la nuit à Broken Hill ce soir-là, dans un grand hôtel. Il n'avait aucune raison valable de ne pas téléphoner à Maman, mais, le connaissant, il en trouverait une. Elle avait à l'évidence décidé de ne pas attendre à côté du téléphone, à rêver ou à espérer : elle suivit Hal et Evan dans la parcelle inoccupée d'à côté. »

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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 17:12

Écoute la pluie tomber - broché - Olivia Ruiz - Achat Livre ou ebook | fnac

Marseillette, les années 50. Trois sœurs venues d’Espagne vivent dans un café tenu par l’aînée, Rita. La narratrice, Carmen, prend la poudre d’escampette le jour où elle a le coup de foudre pour le bel Antonio. Problème : le beau mec est toréador et la famille de Carmen contre cette boucherie. La jeune femme n’écoute que son cœur et s’enfuit avec son amant et ses copains pour vivre et travailler avec lui non loin de Madrid. Elle cuisine mais fait aussi passer des colis et des messages dont elle ignore le contenu. Un jour, brutalement, elle se fait arrêter et mettre en prison. Elle y restera croupir une peine injuste mais n’y fera pas que de mauvaises rencontres. Le retour au café va être plein de surprises.

Pour ce roman, je n’ai lu et entendu que des avis élogieux, sauf les chroniqueurs du « Masque et la Plume » sur France Inter qui ont démonté ce livre. Ce n’est pas mérité. On plonge dans cette histoire furieusement espagnole avec délectation et, à juste titre, puisqu’il y à la fois amour et action, rudesse et poésie. Le texte est bien écrit, peut-être parfois légèrement grandiloquent mais cela sied au contexte post-franquiste. J’ai aimé l’ambiance de ce bistrot, la relation entre les trois sœurs, les histoires d’amour. Des bémols tout de même : le début et la fin. Le début parce que tous ces prénoms sont lancés à la va-vite sans qu’on s’y retrouve vraiment (ça m’a toujours agacée de revenir en arrière), certains personnages auraient mérité d’être approfondis. La fin parce qu’elle m’a semblé vite expédiée ou peut-être est-ce parce que j’ai dévoré le roman trop vite. Entre Ecoute la pluie tomber et La commode aux tiroirs de couleur, je ne saurais lequel choisir.

Un passage à tabac en prison finit par un séjour à l’infirmerie : « Cette bienveillance que l'on ne croise jamais ici m'apaise. La morphine m'embrasse. Je nage dans un verre de lait tiède où fond une bille de chocolat. Une bouchée de la brioche vient d’y plonger. Elle chemine jusqu'à ma bouche. Un ballet de sirènes m’aide à la saisir, leurs coiffes sont des couronnes de fleurs d’oranger. Leur senteur enivrante me fait flotter à la surface crémeuse du liquide. C'est réconfortant. Au point de m'endormir. »

 

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 08:30

Detail

Sachant que Dans la forêt est une sorte de coup de cœur absolu, il m’était difficile de lire un autre roman de cette autrice, je me suis donc préparée à être déçue.

D’un côté, Cerise. Elle n’a pas eu vraiment de bol dans la vie, et, après une relation foireuse avec un type qui la laisse tomber, elle se retrouve enceinte. Elle décide d’assumer cette maternité, trouve beaucoup de bonheur dans sa vie très pauvre mais heureuse avec sa fille Mélody. Toutes deux prennent du plaisir à petit-déjeuner ensemble le samedi et à passer des heures à faire du coloriage. Mais la petite fille deviendra grande, Cerise tombera sur un autre père irresponsable et c’est bientôt pour trois qu’elle va devoir joindre les deux bouts.
D’un autre côté, Anna. Photographe de talent, elle tombe enceinte quand elle est encore étudiante. Il est absolument hors de question qu’elle garde l’enfant. Elle avorte. Six ans plus tard, artiste reconnue et mariée à l’amour de sa vie, elle accouche de Lucy, une petite fille merveilleuse qui la comble jusqu’à l’arrivée d’un deuxième enfant pour qui la venue au monde sera bien moins idyllique. On s’en doute dès le début, les deux femmes vont finir par se rencontrer.

Ai-je été déçue ? Oui, tout de même. Thématique et même écriture n’ont rien à voir avec Dans la forêt, surtout, la même force ne jaillit pas aussi intensément. Ai-je aimé ce roman ? Je l’ai vite lu malgré ses 556 pages, je me suis identifiée à ces deux mères, j’ai avalé goulûment les pages mais je suis loin du coup de cœur. Très étrangement, ce sujet de la maternité m’a un peu agacée, peut-être parce que la romancière a voulu en montrer les différentes facettes de manière un peu trop clinique : quand on ne veut pas d’enfants, quand on en désire un très fort, quand on le vénère, quand on le rejette, quand on se rend compte qu’il a changé depuis ses quatre ans… Alors oui, en tant que maman, on va forcément se retrouver dans les différentes phases de cette relation mère-enfant. La violence de l’amour éprouvé pour ses enfants, toutes ses ambiguïtés et ses complexités sont bien décrites. On pourra se sentir rassurée peut-être de lire noir sur blanc ce qu’on vit au quotidien mais je crois que je n’ai pas appris grand-chose, ce livre ne m’a pas fait frissonner, m’a à peine émue. Certains passages sont excessifs, d’autres caricaturaux. Mais le tout se lit bien et vite, et force est d’admettre que cette lecture est assez addictive. Pour une lecture de vacances, ça passe bien, si vous avez envie d’approfondir ce sujet de la maternité (les hommes sont quasi absents), faites votre choix.

Je remercie la Supermaman qui m’a prêté ce livre et l'a plus aimé que moi.

L’accouchement : « Mais elle se redressa et poussa - pas parce qu'elle croyait que pousser ferait une différence, mais simplement elle ne voyait pas quoi faire d'autre, simplement il était impossible de ne pas le faire, pousser était l'unique certitude de la vie. Siècle après siècle, elle poussa. Poussa de toutes les cellules et de toutes les fibres de son corps, poussa comme si elle poussait la montagne vers Mahomet, comme si elle était Sisyphe poussant le rocher vers le haut de la colline. »

« On est toutes tellement seules, dans notre rôle de mère. On peut parler école, échanger les petites choses craquantes qu'ils disent. On peut se plaindre qu’ils nous en font voir. Mais on ne peut pas parler de l'amour terrifiant qu'on leur porte, ni avouer qu'on s'effraie nous-mêmes, en essayant de s'occuper d'eux sans perdre la boule. On ne peut pas parler de tout ce qu'ils nous apprennent, de tout ce qu'ils nous coûtent, de tout ce qu'on leur doit. »

Deuxième pavé de l’été pour le challenge de Brize !

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 18:27

La Route du retour - Jim Harrison - Babelio

La suite de Dalva m’attendait depuis quelques années déjà.

                La première partie est dédiée à Northridge, le grand-père de Dalva, celui qui a tout vu et tout vécu et qui arrive à la fin de sa vie, sur cette « » où les souvenirs prennent plus de place que le présent. Il se remémore son meilleur ami, Smith, ses enfants et petits-enfants mais aussi ce et ceux qui ont marqué son existence : une chasse à taureau sauvage, ses chiens, sa petite-fille Dalva qui s’apprête à accoucher et à faire adopter son enfant, Saule son premier amour jamais retrouvé, la mort de son fils. C’est Nelse, le fils de Dalva, celui-là même qu’elle n’a pas élevé, qui prend en charge la deuxième partie du roman. Accaparé par un amour obsessionnel, il va aussi retrouver sa véritable grand-mère, Naomi, qui prendra la parole à son tour. Une question subsiste : retrouvera-t-il sa vraie mère ? Enfin, c’est Dalva qui clôt le roman de la même manière qu’elle ferme la porte de sa vie, doucement, avec une grande tendresse.

Ah, ça n’a pas été une lecture facile, loin de là ! J’ai fait l’erreur d’emporter le roman en vacances et c’est tout sauf une lecture de plage. Digressions, retours en arrière, changements d’époque et de narrateur malmènent le lecteur. Ajoutons à cela une ambiance crépusculaire, deux narrateurs évoquent la fin de leur vie associée à une époque qui se termine, une page qui se tourne. Ce n’est pas gai mais c’est du Jim Harrison, souvent subtil, grave, profond. Certains passages éblouissants, très forts, secouent et marquent. La nature est évidemment un personnage à part entière, ses oiseaux, ses chevaux ; c’est le plus beau visage de l’Amérique, son meilleur profil. Mêlant différents tons et registres mais aussi un grand nombre de thématiques, le roman fait une belle révérence aux Indiens, il aime mêler la vie et la nature à l’art, le tout avec une sensibilité stupéfiante. La fin du roman doit être un des dénouements les plus beaux et les plus bouleversants de la littérature…  Je suis fière de l’avoir lu !

Je participe ainsi au Challenge Pavé de l’été de Brize (586 pages)

« Subsiste cette pensée mélancolique qu’on peut très bien étudier la poésie et en écrire de l'aube au crépuscule sans jamais pondre le moindre quatrain digne de ce que Keats a peut-être griffonné un jour au dos d'une enveloppe sur Hampstead Heath avant de s’en débarrasser en jugeant ces vers trop médiocres pour être conservés. Les yeux fixés sur l'averse qui brouillait les contours de la pâture, j'ai frissonné, saisi du désir fou de manger et de boire la terre, d’avaler le ciel et sa pluie, après quoi j'ai dormi et rêvé d’Adelle, de Neena, de ma mère et de Rachel, debout sous la pluie dans la pâture, un large sourire aux lèvres et me regardant derrière la fenêtre du cabinet de travail. »

« Dieu grimace sans doute et détourne la tête pour vomir, quand il n'est pas occupé ailleurs. »

 A la fin de sa vie, Dalva fait des listes de ce qu’elle a « le plus aimé sur cette terre » : « Rien de vraiment farfelu, de l'ordinaire pur et simple. Tout le monde ne peut pas être exceptionnel, même si on nous apprend au contraire. J’avais vraiment la possibilité d'accomplir ce que j'ai déjà accompli. »

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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 10:28

Livre: L'été froid, Gianrico Carofiglio, Folio, Folio Policier,  9782072948008 - Leslibraires.fr

Comme souvent, j’ai choisi ma lecture en fonction de l’endroit où j’allais en vacances. Carofliglio est un romancier né à Bari, dans les Pouilles où j’ai bourlingué les deux dernières semaines.

A Bari et dans les alentours, en cet été 1992, la mafia règne en maître. Lorsque le fils du parrain le plus puissant, Grimaldi, est kidnappé puis retrouvé mort, c’est immédiatement le rival de Grimaldi, Lopez, qui est soupçonné. Fenoglio, un carabinier secondé par Pellechia, un homme qui n’a pas toujours été honnête, mène l’enquête… Lopez se rend, révélant tous les crimes où il a trempé, prouvant ainsi qu’il n’y est pour rien dans l’enlèvement du fils de Grimaldi. Il sera question d’enlèvement éclair, ces kidnappings qui touchent un homme qui vient de gagner illégalement de grosses sommes d’argent et qui, pour rester discret, paie rapidement la rançon sans alerter les flics. Fenoglio qui vient d’être quitté par sa femme, plonge dans une histoire sombre et sordide sous un ciel nuageux (il pleut en juillet – très exceptionnellement !) d’où le titre oxymorique du roman.

J’ignorais qu’une mafia sévissait dans les Pouilles ! L’intrigue est bien menée, les personnages intéressants, la situation géographique stimulante surtout pour moi qui ai sillonné les rues de Bari, Palese ou Santo Spirito… Il y a un je-ne-sais-quoi d’original, une écriture fluide et intelligente, une justesse dans le ton. Les discussions entre les deux flics que tout oppose sont intéressantes aussi. Carofiglio sait de quoi il parle puisqu’il a été juge du pôle anti-mafia à Bari.  Une belle pioche !

J’ai découvert en Italie que Carofiglio connaissait un grand succès, se classant parmi les auteurs les plus lus en 2022, notamment avec son dernier roman, Rancore, pas encore traduit en français.

« Lopez demanda la permission de fumer lui aussi. Il était civilisé, se dit Fenoglio. C'était un meurtrier civilisé. Il avait même l'air sympathique. Un mot absurde -sympathique- pour qualifier un homme qui avait passé sa vie à voler, faire du trafic, extorquer de l'argent et tuer sans pitié. Ce n’était la première fois que Fenoglio se faisait ce genre de réflexion. Il y avait des criminels stupides, brutaux, méchants et odieux. Ils étaient comme doivent être les criminels pour correspondre à une vision simple et rassurante du monde. Vous êtes différent de nous. Vous êtes les méchants, nous sommes les gentils. Tout est clair et déchiffrable. »

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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 20:24

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise - Poche - Sijie Dai - Achat Livre ou  ebook | fnac

Luo et son ami le narrateur sont deux jeunes envoyés en « rééducation » dans la campagne chinoise des années 70. En effet, ils sont punis pour avoir des parents bourgeois et cultivés, ils doivent se frotter aux durs travaux de la campagne, oublier les livres désormais interdits et surtout se taire. Tout ne se passe pas comme prévu puisque le narrateur enchante les villageois en jouant du violon et Luo brille par ses talents de conteur. L’apogée de l’histoire se trouve au moment de la découverte d’une valise pleine de romans français, du Balzac, du Dumas, du Flaubert… Il s’agira de ne pas éveiller les soupçons en volant ces œuvres devenues sacrées pour nos deux lecteurs. Lorsqu’il rencontre la Petite Tailleuse chinoise, fille d’un tailleur renommé, Luo tombe amoureux d’elle, le narrateur est fasciné aussi et la jeune fille se laisse séduire, à son tour, par les histoires des romanciers du XIXè siècle.

Non, je n’avais jamais lu ce roman devenu culte… Même si je lui ai trouvé plein de qualités, je suis restée sagement assise à côté des personnages et de l’intrigue, ne parvenant ni à m’attacher à eux ni même à m’intéresser véritablement à cette histoire. J’ai sans doute un cœur de pierre ou ce livre est arrivé entre mes mains à un mauvais moment, qui sait. Bien sûr que le contraste entre la littérature française et ces Chinois que Mao a voulu éduquer à sa manière est saisissant, que le pouvoir de la lecture domine le roman et que le livre s’apparente finalement à un beau conte mais je suis restée en dehors, que voulez-vous…

Le narrateur décide de recopier des passages d’Ursule Mirouët de Balzac… sur la peau de mouton de sa veste : « Ecrire au stylo sur la peau d'un vieux mouton des montagnes n'était pas facile : elle était mate, rugueuse et, pour copier le plus de texte possible dessus, il fallait adopter une écriture minimaliste, ce qui exigeait une concentration hors normes. Lorsque je finis de barbouiller de texte sur toute la surface de la peau, jusqu’aux manches, j'avais si mal aux doigts qu'on aurait dit qu'ils étaient cassés. »

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15 juillet 2022 5 15 /07 /juillet /2022 09:06

La vie qu'on m'a choisie – Ellen Marie Wiseman | des livres, des livres !

En 1931, dans l’état de New York, Lilly, neuf ans, vit dans la chambre d’un manoir. Le problème c’est qu’elle n’a jamais connu que cette pièce du grenier, ses parents l’y enferment depuis sa naissance parce qu’elle est un monstre, une abomination. Elle regarde tous les jours avec envie les chevaux de la grande propriété du manoir par sa minuscule lucarne, jusqu’au moment où un cirque s’installe. Ô surprise, sa mère vient la chercher, lui ordonne de s’habiller, elle l’emmène voir le cirque. Pour Lilly qui n’est jamais sortie, c’est louche, d’autant qu’elle n’a jamais pu faire confiance à sa mère. Effectivement, sa mère la vend tout bonnement à un responsable du cirque. Lilly deviendra une de ces bêtes de foire et ce n’est qu’à ce moment-là que, confrontée à un miroir, elle découvre ce qui fait d’elle un être à part, loin pourtant d’être un monstre. Adoptée par la plupart des artistes, elle va jouer à la voyante, communiquant avec les morts et surtout accompagnée de supercheries, d’artifices et de tours de passe-passe destinés à berner le client. Heureusement que le soigneur des éléphants, Cole, devient son ami et qu’elle peut passer tous les jours du temps avec ces pachydermes qui semblent avoir pour elle une affection toute particulière. Reverra-t-elle ses parents ? Qui est Julia, cette jeune femme qui, en 1956, a hérité du manoir de ses parents décédés, cet endroit effrayant qu’elle a fui dès que possible ?

Je ne vais pas dire que je n’ai pas aimé ce roman - la lecture est assez addictive – mais il raconte une histoire, voilà, c’est tout. Il m’a manqué quelque chose comme une profondeur dans le traitement des personnages, un style plus soigné. Il y a également des longueurs inutiles et un peu creuses qui s’apparentent à du remplissage… et puis cette manière récurrente d’appeler « péquenauds » le public du cirque, c’est agaçant à la fin ! Bref, ce livre trouvera son public (il est noté 4.37/5 sur Babelio !). Je termine par dire que j’ai aimé l’univers du cirque et l’évocation des éléphants m’a vraiment fait rêver, comme l’héroïne.  Allez, je valide en lecture de plage.

Le cirque se déplace en train : « A l'intérieur d'un autre wagon ouvert, un nain chantait et jouait d'une guitare miniature pendant que Hester la Femme Singe riait en regardant Magnus l’Homme le Plus Laid du Monde tenter d'apprendre à son chien affaire le mort. Stubs l’Homme le Plus Petit du Monde était assis sur les genoux de Belinda la Femme à Deux Corps et Une Tête, un livre entre les mains. Lilly sourit, secoua la tête et continua à avancer. »

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