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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 16:08

La dixième muse - Alexandra Koszelyk - Aux Forges De Vulcain - Grand format  - Paroles ST MANDE

        Florent se promène au cimetière du Père-Lachaise, il tombe par hasard sur la tombe d’Apollinaire, grimpe au sommet d’un arbre, plus rapide qu’un singe. Ces instants seront pour lui comme un électrochoc qui va modifier sa manière de voir les choses. Subitement passionné par la poésie mais aussi par la biographie d’Apollinaire, Florent mêle sa vie à celle du poète, part sur ses traces spirituelles et, entre rêves et hallucinations, s’éloigne de sa vie quotidienne, pour faire une rencontre extraordinaire, celle de Gaïa, la déesse de la Terre.

         Deuxième roman de l’autrice et d’un tout autre registre que le premier ; onirique et poétique, il nous emmène loin, aux confins de la création du monde, dans un espace qui lierait l’homme, la nature … et Apollinaire. Parce que j’ai d’abord lu ce livre comme un sublime hommage au poète, c’est un vrai régal d’y trouver des références à foison, par-ci par-là, d’apprendre à mieux connaître sa vie, son entourage et les neuf femmes qu’il a tant aimées. J’ai moins aimé le versant ésotérique même si je me suis retrouvée dans cette valorisation de l’arbre, dans cette nécessité de préserver la nature, de l’écouter davantage. En somme, une belle lecture, originale et au croisement de plusieurs genres.

Moi aussi, j’aime les cimetières : « J’aimais la tranquillité de ce cimetière, ces arbres hauts, dont les cimes formaient une arche protectrice au-dessus des sépultures. Loin des bruits constants de la ville, le temps s’amoindrissait et les défunts chuchotaient leurs histoires joyeuses. La mort efface les tourments, les peines et les souffrances. Les hommes ne retiennent des disparus que le bon, l’excellent ou la fantaisie ; tandis qu’au-delà de ces murs les vivants ne sont que petitesse, aigreur et vindicte. »

« Était-ce cela, les absents ? Des gens qui nous lèguent un peu d’eux-mêmes avant de partir, dans l’espoir que leur absence nous effraiera moins ? »

Merci à Tiphanie 😉

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 20:13

Un paquebot dans les arbres (Babel) | Actes Sud

Dans les années 50, les Blanc sont une famille heureuse. Propriétaires d’un café où on danse le samedi soir, ils sont appréciés dans leur petit village du Val-D’Oise. Paulot, le père, joue de l’harmonica et sait mettre l’ambiance. Des trois enfants, Mathilde est celle qui vénère son père espérant tant lui soutirer des marques d’affection. Mais Paulot est atteint de tuberculose, la famille déménage en face et ne peut plus tenir ce bar. De rechutes en tracas financiers, les parents vont se retrouver dans un sanatorium et les enfants éparpillés, Mathilde et Jacques, le petit frère, dans deux familles d’accueil différentes, Annie vivant déjà sa vie de jeune femme enceinte. Le sanatorium est ce « paquebot dans les arbres », ce microcosme où les parents se retrouvent seuls, malades mais toujours amoureux. Et Mathilde peine à joindre les deux bouts, à tenter de récupérer la garde de Jacques, à continuer vaillamment à rendre des visites au sanatorium, à devenir femme, toute seule.

C’est un très beau livre, assurément. Avec, en son cœur, la famille. Une famille éclatée mais soudée essentiellement par ce couple de parents unis au point de souffrir de la même maladie, au point peut-être de faire passer leur amour avant celui éprouvé pour leurs enfants. Mathilde règne aussi, au-dessus de la maladie, au-dessus de la pauvreté, toujours digne et valeureuse, elle prend la figure d’une Mère-Courage adolescente. L’incipit qui nous montre une Mathilde vieillissante qui revient dans le sanatorium des décennies plus tard - l’endroit est alors à l’abandon - ne pouvait déjà que me plaire, adepte d’urbex que je suis. Je ne fais pas de cette lecture un coup de cœur comme Géraldine chez qui j’ai chipé l’idée de lecture ; la description de la maladie me renvoie à de très mauvais souvenirs, mais l’intrigue est bien menée, les personnages sont attachants (Mathilde est admirable !), le contexte historique des années 50 et 60 intéressant. Et l’écriture, soignée et sans pathos, est très belle. La romancière s’est inspirée d’une histoire vraie et le sanatorium d'Aincourt n'est pas le seul à être laissé à l'abandon.

Paulot ne veut pas danser avec Mathilde, son « p’tit gars » (elle est née après la mort d’un frère) : « Maintenant ils la regardent, la famine poussée seule, sans seins, sans fesses, sans jupe. Celle qui est arrivée quand Paul avait déjà une fille, qui pour lui plaire a pris la place du mort. Elle sourit toujours, par-dessus l’apocalypse. Ils sont gênés, détournent les yeux, se resservent à boire. Ce n’est pas leur faute si Paulot n’est pas foutu de l’aimer comme il faut. »

Ce beau moment où l’hésitation surgit doucement, vivre peut-être un peu pour soi-même… : « Mathilde est un funambule en tension, oscillant entre la nécessité d’être Mathilde Blanc, puissante, enchanteresse, fidèle ; et le désir aigu d’être une autre, fragile, légère, avec des rêves à soi. »

Deuxième lecture  après Kinderzimmer.       

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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 10:33

La libraire de Penelope Fitzgerald - Editions Table Ronde

Florence Green est une veuve d’une quarantaine d’années vivant depuis peu dans un village en bord de mer dans le Suffolk. Elle forme le projet de racheter The Old House, une grande masure, pour en faire une librairie. Les habitants qu’elle côtoie de près ou de loin ont du mal à comprendre ce projet, certains s’évertuent même à lui mettre des bâtons dans les roues. Qu’à cela ne tienne, Florence n’en fait qu’à sa tête, nettoie, répare et réaménage The Old House en librairie. Même si un esprit frappeur vient perturber ses plans, notre héroïne s’acharne. Entre demandes de livres étranges, bibliothèque de prêt et assistants qui ne l’aident pas comme il le faudrait, Florence avance, vaille que vaille.

Forcément, savoir qu’une femme se bat pour ouvrir une librairie, les prémices du roman étaient plus que tentants. S’ajoute à cela l’esprit frondeur de Florence, un brin excentrique et caustique pour compléter ce tableau de l’Angleterre de la fin des années 50. On pourrait reprocher à l’ensemble de ne pas être très passionnant, ne pas vraiment comprendre cette intervention du surnaturel, mais on se placerait dans le clan des réfractaires à la librairie, un peu stupides et bornés. Donc on ne dit rien, trop contents d’avoir découvert une autrice qui ait su raconter les vices des provinciaux et les difficultés pour la culture à se faire une place. Certains passages sont assez drôles. Cela m’a aussi fait penser à la remarque d’un vieux campagnard entendue la semaine dernière qui disait d’un couple installé dans son village depuis une bonne dizaine d’années que c’étaient encore des « étrangers »… Sans commentaire.

Une nouvelle lecture que je dois, tout comme celle La crevette et l’anémone, à un coffret Angleterre de Kube (et toujours cette éblouissante collection Petit Quai Voltaire !) Un florilège de livres peu connus et plutôt intéressants.

"On dit que vous êtes sur le point d'ouvrir une librairie. Ça prouve que vous êtes prête à tenter des choses invraisemblables."

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 15:25

Résultat de recherche d'images pour "Latitude zéro de Mike Horn livre"

Mike a voulu relever un défi encore jamais réalisé : faire le tour du monde en longeant l’équateur. En solitaire. En traversant trois océans. Parti le 2 juin 1999, il traverse d’abord l’océan atlantique depuis Libreville, au Gabon, à bord d’un trimaran. Faut-il préciser qu’il n’est qu’un piètre marin et que le trimaran est loin d’être l’embarcation la plus indiquée pour ce genre de traversée ? Mais ce bateau « se plie » et peut entrer dans un container, il en aura besoin. Ensuite, Mike Horn traverse l’Amazonie d’est en ouest. La jungle, les marécages, les singes, les moustiques, les serpents sont devenus son quotidien. En Colombie, il a à faire à des narcotrafiquants mais gravit aussi, en passant, alors qu’il n’est pas totalement sur son trajet, le mont Cayambe, en Equateur (5790 m). De là, il retrouve son trimaran et va traverser l’océan Pacifique en 79 jours. Après les dangers de l’Indonésie, la traversée de l’océan Indien lui vaudra sa plus grosse tempête, un cyclone qui le laisse presque sans rien. Mais finalement, c’est parcourir l’Afrique d’est en ouest qui s’avérera le plus dangereux, le Congo est en guerre, Mike et ses acolytes devront rivaliser de ruses et de magouilles pour continuer l’aventure. Entre vols, agressions, séjour en prison et abus de pouvoir, la jungle paraissait plus douce… Finalement, Mike Horn rejoint Libreville 17 mois après son départ.

Cette aventure, cet exploit, ce défi presque pas humain force le respect et l’admiration. Mike Horn pagaie, pédale, navigue, marche, nage, escalade. Il ne s’apitoie jamais sur son sort mais veut réussir son projet. La multitude de dangers et de difficultés rencontrés a quelque chose d’étourdissant voire d’irréel pour celui qui lit le bouquin sur son canapé. Mais j’ai aimé suivre ce périple, chercher parfois les lieux cités, voyager quand on nous l’interdit. La force mentale de cet aventurier doit être exceptionnelle, il dit connaître rarement le sentiment de peur, il arrive à s’endormir partout, par grand froid ou sous une pluie battante, il sait rester mouillé des jours entiers, parvient à apprivoiser tous les moyens de transport mais sait aussi vaincre la fatigue, se passer de manger et de dormir. La malaria le ralentit mais ne l’arrête pas. Il est aussi à l’aise par -28 qu’à 40 degrés. Ses qualités physiques s’accompagnent de talents oratoires, il arrive souvent à convaincre des policiers de le laisser passer ou à persuader des voyous qu’il ne leur donnera jamais d’argent. Mais son culot et sa détermination ont été grandement aidés par une logistique gérée essentiellement par son frère et sa femme. Il a passé 17 mois à faire le tour du monde, si on peut applaudir l’exploit, on peut aussi se demander où commence l’égoïsme, à laisser sa famille, sa femme et ses deux jeunes filles si longtemps. Bon, là n’est sans doute pas le sujet.

Eh oui, même si ce n’est pas de la grande littérature, parfois j’aime lire des récits de voyage. Je ferai pareil… dans une autre vie !

« Livré à moi-même sur l’immensité de l’océan, je suis désormais la seule personne au monde à qui je peux demander de l’aide. »

« je n’ai pas envisagé une seconde la possibilité d’un échec, encore moins d’une issue fatale. Je pars pour réussir et je réussirai. Avoir un mental cent pour cent positif, c’est le secret. La clé de toutes les victoires. »

Il doit passer par un marécage avec des « herbes-lames, coupantes comme des rasoirs » : « Debout sur le bord, je consacre dix minutes à un exercice de pensée positive. But de l’opération : arriver, par la concentration, à me rendre mentalement invulnérable. Mon corps va souffrir. Il faut que mon esprit devienne capable de prendre le relais et de me faire franchir l’obstacle à lui seul, le cas échéant. »

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 10:03

Ces orages-là – Sandrine Collette – EmOtionS – Blog littéraire

Après la lecture de Et toujours les forêts qui m’avait un peu déprimée par sa noirceur, je pensais faire une pause avec l’autrice mais la tentation de son dernier roman a été la plus forte. J’ai bien fait !

Clémence a fui. Après trois ans de calvaire, elle a enfin réussi à quitter Thomas, cet homme qui l’humiliait. Elle n’est pas une femme battue, elle est une femme terrorisée et sa fuite s’est faite clandestine et sauvage. Elle a réussi à trouver une petite maison très laide avec un jardin agréable et une place de boulangère dans une autre boulangerie. Maigre à faire peur, constamment sur le qui-vive, elle espère que Thomas jamais ne la retrouvera. Avec le soutien discret de Flo, un collègue, et l’appui constant de son voisin, Gabriel, touché par le malheur lui aussi, Clémence parviendra à remonter la pente et à reprendre des forces. Mais deux menaces planent toujours, celle d’un Thomas qui retrouve Clémence mais aussi celle d’une jeune femme qui va rejoindre son ancien tyran.

Si le sujet a été maintes fois traité, il faut admettre que Sandrine Collette, par une écriture sublime et très juste, parvient à ajouter sa patte. Le récit est haletant, l’alternance des phrases courtes et longues lui donne un rythme effréné. L’autrice puise, creuse et fouille les tréfonds de l’âme blessée ; elle analyse sans juger ces relations toxiques dont personne n’est à l’abri. Je vais estampiller le roman « Coup de cœur » parce que j’ai adoré cette lecture, vraiment adoré. La fin est ce qu’elle est, je ne suis pas d’accord avec une petite remarque de Gabriel, ceux qui ont lu le livre voient sans doute de quoi je parle. J’aime quand Collette nous emmène sur la pente ascendante alors que Et toujours les forêts nous plongeait dans les ténèbres sans vraiment nous en sortir jamais. Ces Orages-là sera ma deuxième lecture préférée de Collette après Les larmes noires sur la terre.

Clémence renaît en s’occupant de son jardin : « Au début, son dos tirait et c’était tout ; à présent, son regard s’ajuste, mesure les changements, approuve, son corps se met peu à peu au rythme des plantes. Il y a quelque chose de végétal en elle, lent et souple, quelque chose de plus bas et plus ancien que l’humanité qu’elle représente, elle descend dans les racines des arbres, elle s’ancre, celui lui fait du bleu dans les veines, du bleu comme le ciel, muet, paisible. »

Gabriel et Clémence : « Ils se tiennent l’un l’autre, se dit-elle, tels des équilibristes au point de rupture. Si l’un tombe, il emporte avec lui – c’est comme le premier domino que l’on bascule au début de la file et qui entraîne les suivants, tous les suivants, sans exception. »

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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 12:28

Tout, tout de suite, Morgan Sportes | Livre de Poche

 

        Début 2006, un vendeur juif, Elie, est enlevé et séquestré. Il avait été séduit par une jeune femme l’attirant dans un piège tendu principalement par Yacef et ses acolytes. Morgan Sportès a créé une fiction autour d’une histoire vraie, celle du « gang des barbares ». La prise d’otage n’aurait dû durer que quelques jours mais les parents d’Elie ne sont pas riches et ne peuvent payer. Le temps passe, la police déconseille d’apporter le moindre sou au ravisseur et les geôliers prennent difficilement leur mal en patience. On l’apprend d’emblée, Elie ne survivra pas.

        Un peu sceptique au départ, j’ai mis du temps à comprendre où l’auteur voulait m’emmener. C’est pourtant clair, il s’agit de dérouler les (nombreux) fils d’un meurtre sordide, de tenter de comprendre la psychologie d’un « barbare », de suivre une enquête tortueuse mais surtout de capter cet instant où une dizaine de personnes s’est alliée au tueur sans parfois vraiment comprendre l’enjeu de l’affaire. L’argent trône au milieu de toutes ces bassesses humaines, attraper quelques billets pour draguer un type, quelques autres pour faire le guet, d’autres encore pour se taire. Souvent, il ne s’agit que d’une promesse de salaire qui ne viendra jamais. Ce fait divers, c’est aussi la photographie d’une banlieue qui déconne. J’avais complètement oublié cette histoire (et pour cause, je pouponnais en 2006 !) mais elle a fait grand bruit à l’époque et a connu des retentissements dans le cinéma (3 films) et dans la musique (2 chansons). La lecture était donc loin d’être inintéressante mais le style de l’auteur m’a dérangée. Il use et abuse des parenthèses explicatives, aime rajouter des détails inutiles et les nombreux dialogues cité-pure-souche rendent l’ensemble un peu lourd lourd (sauf si on aime les « balaise, wesh, keums… ») mais je ne regrette pas cette lecture déstabilisante et marquante.

« A partir d’un certain tour de poitrine, les hommes perdent leur bon sens. » C’est la réflexion que je me suis faite : le gang a utilisé plusieurs fois cette technique d’appâter les hommes avec une fille canon… des hommes qui se sont rarement dit, tiens, c’est bizarre qu’elle s’intéresse à moi… et des hommes tous maqués, par ailleurs.
« En France, me dira un responsable de la brigade criminelle, c’est une règle, on ne paie pas de rançon […] Que deviendrait le pays si les cailleras de banlieue s’amusaient, régulièrement, à kidnapper chacun « son Juif », pour améliorer leurs revenus issus surtout, jusqu’à présent, de la drogue ? »

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 20:31

Eustache et Hilda t.1 ; la crevette et l'anémone - Leslie Poles Hartley -  Table Ronde - Grand format - Paroles ST MANDE

tome 1 : La crevette et l’anémone

Eustache est un garçon de neuf ans qui passe le plus clair de ses loisirs avec son aînée de 12 ans, Hilda. Leur mère est morte et Hilda assure ce rôle et le prend très à cœur. Des jeux de plage aux réflexions enfantines, frère et sœur sont préoccupés par la vieille et malade Fothergill ; défigurée et laide, elle fait peur. Pourtant, un jour, Hilda convainc son petit frère d’aller boire le thé chez elle. S’en suivra une belle et insolite amitié entre Eustache et cette dame à la fin de sa vie.

D’un charme suranné, le roman nous plonge dans une enfance faite d’insouciances mais aussi de peurs et de fantasmes. Dans ce récit initiatique, c’est surtout le point de vue d’Eustache qui nous est donné à voir, ses inquiétudes, ses divagations, ses projections dans l’avenir et ses rêves. Je n’ai pas tout aimé, certains monologues intérieurs m’ont un peu ennuyée mais je dois admettre que l’innocence de ce petit jeune homme m’a séduite. Hilda n’est pas en reste. Pas encore adulte, elle se montre mature, très attachée à son frère à tel point qu’elle se brime et en oublie sa propre vie. Des réflexions sur les liens fraternels jalonnent le roman mais également sur cette amitié fortuite qui lie une vieille femme que tout le monde fuit et un garçon qui grandit beaucoup à ses côtés. Et les plages anglaises du début du  XXème siècle décrites par cette plume subtile et délicate, quel joli voyage ! Ce roman est le premier tome d’une trilogie. Il me semble qu’on trouve encore le 2ème tome en français mais je n’ai pas réussi à mettre la main sur le 3ème.

Je dois cette lecture à la Kube, cette box de livres que m’a offerte mon chéri à Noël. Je connaissais la maison d’édition de la Table Ronde mais cette collection Petit Quai Voltaire permet d’avoir entre les mains un objet de pure beauté, au papier raffiné et aux dessins très appréciables. En somme, une belle lecture dans tous les sens du terme !

Eustache et Hilda : « Sans elle, il était plus démuni encore que le lierre sans son mur. Elle était la clef de voûte qui soutenait son existence. »

Après une visite à Mlle Fothergill : « Cet après-midi-là marqua plus d’un changement dans l’attitude d’Eustache à l’égard de la vie. La laideur physique cessa de le repousser, et réciproquement la beauté perdit un peu de son attrait. »

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6 mars 2021 6 06 /03 /mars /2021 17:30

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Un homme revient dans son village des Pouilles. Luciano Mascalzone a passé quinze ans en prison mais il revient pour conquérir la femme qu’il aime. Sauf que celle à qui il croyait faire l’amour n’est pas la bonne personne… De cette union va naître Rocco, un petit délinquant orphelin devenu riche qui sera à l’origine de la grande lignée des Scorta, ces hommes et femmes partis de rien, décidés à lutter pour survivre et, malgré les aléas de la vie, à atteindre le bonheur. Entre deux chapitres narratifs, Carmela, la fille de Rocco, prête sa voix à l’histoire, et on l’imagine bien, conteuse à la peau fripée, aux paroles emplies de sagesse.

Quel beau roman ! J’ai tout de suite été émerveillée par cet incipit digne d’un western à l’italienne, ce cavalier qui surgit dans un village où les habitants sont terrés chez eux à cause du soleil de plomb, sa vie mise à prix s’il se fait surprendre… c’est sublime. Cette saga familiale nous emmène, à travers plusieurs décennies dans un microcosme italien souvent caniculaire, parfois meurtrier, toujours rayonnant d’une force communicatrice. Il y a quelque chose, chez Gaudé, qui s’approche délicieusement de la perfection. Tout semble millimétré et les éléments s’imbriquent les uns aux autres en une harmonie admirable. Un roman à classer parmi les Indispensables. Un roman à relire. Un prix Goncourt 2004 bien mérité.

Mis à part Ouragan, j’ai finalement aimé toutes mes lectures de ce romancier.

Ô bel incipit : « La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif du Gargano avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. »

Une phrase, parfois, se suffit à elle-même : « Les heures passèrent ainsi, dans une fournaise qui abolissait les couleurs. »

« Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis, moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as plus le temps de voir ta femme et tes enfants, quant tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. »

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 10:57

https://actualitte.com/uploads/images/Serge-Joncour-Nature-humaine-c768268e-1ad2-42fd-88c8-2f462e85cb93.jpg

            En juillet 1976, après la dernière récolte de safran… Alexandre vit dans une ferme isolée dans une vallée du Lot, avec ses parents et ses trois sœurs. Alors que les filles projettent très tôt de rejoindre la ville, Alexandre a décidé de reprendre la ferme des parents. L’engouement pour Mammouth et la société de consommation ont démarré et on installe des lignes téléphoniques même dans les endroits les plus reculés. Les années passent, les filles s’émancipent en rejoignant les grandes villes, Alexandre reste à la ferme mais rencontre la jolie Constanze, une Allemande qui s’émerveille de

Tellement conquise par la lecture de Chien-loup, je me réjouissais d’entrer encore une fois dans l’univers de Joncour. La lecture a été très agréable, cette plongée en arrière, pour un lecteur qui a vécu ces années 80 puis 90 a été empreinte de douceur et de nostalgie même si on ne peut que cerner les méfaits et les erreurs de cette période (Joncour ne fait pas une ode au passé non plus). Tchernobyl, l’Erika, la vache folle, le mur de Berlin, tout y passe. Cette chronique d’une longue période allant de la canicule de 1976 à la tempête de décembre 1999, vue depuis le monde paysan, rend les protagonistes attachants et l’endroit lui-même, personnage à part entière, est doté d’un charme fou. Je n’ai pas ressenti le même emballement que pour Chien-loup mais j’ai quitté endroit et personnages à regret. L’écriture m’a encore une fois séduite, j’ai aimé retrouver mon « fond de rusticité enfouie » et Serge Joncour est un excellent conteur ; la nature lui va si bien !

(Petite question : Serge Joncour serait-il fâché avec les virgules ?)

« Le progrès, c’est comme une machine, ça nous broie. »

« En pénétrant dans la vieille bicoque, Alexandre se fit immédiatement rattraper par l’odeur, un mélange de paille et de tabac froid, une odeur de terre exaltée par la fraîcheur du sol. Dans le fond cette odeur il l’aimait bien, c’était le parfum d’un antre intemporel, une odeur qui existait depuis des siècles et dont on se débarrassait aujourd’hui en mettant du carrelage partout, on carrelait même les chèvreries, et les ateliers devenaient des laboratoires à fromage. »

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25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 09:33

La belle amour humaine - Lyonel Trouillot - Babelio

Une jeune femme occidentale, Anaïse, vient en Haïti, retrouver les traces d’un père disparu. C’est Thomas qui la conduit vers Anse-à-Fôleur, un village côtier aux mœurs particulières. Dans un long monologue qui interpelle souvent Anaïse (et, à travers elle, le lecteur) sans la laisser répondre, il évoque le mystérieux incendie qui a ravagé deux maisons jumelles qui ont brûlé « sans bruit, sans compte, sans attirer un seul regard, à ras le sol, dans une parfaite égalité de catastrophe, et ne constituaient plus que deux petits tas de cendres jumelles dont le volume diminuait au fil des heures, le vent prenant sur lui de les disperser dans la mer. » Il y a vingt ans de cela, deux morts étaient à déplorer : celle d’un colonel et celle du grand-père d’Anaïse. Dans une seconde partie, Anaïse prendra à son tour la parole pour céder sa place à un narrateur externe dans un dernier court chapitre.

S’il y a bien une chose qui surprend dès les premières pages, c’est l’écriture ! Belle et envoûtante, elle nous emporte tout de suite en Haïti avec une force incroyable ; c’est bien simple : les deux tiers du livre seraient à recopier. Avec une poésie d’une beauté captivante, l’auteur, amoureux de son île, nous en offre une vision qui écrase toutes nos croyances de misérables Européens ignares. Il explore aussi les méandres de cette rencontre si complexe entre l’autochtone et l’autre, celui venu des ces grandes villes et de ces contrées modernes. Je n’ai qu’un reproche à faire, c’est de privilégier la forme au détriment de l’intrigue. La fin m’a un peu perdue, l’absence de paragraphes n’aidant pas, mais je crois tout de même que j’ai découvert un écrivain qui va devenir précieux et important à mes yeux.

Dernière escale dans ce voyage latino-américain ! Je remercie encore Goran et Inganmic, sans qui je n’aurais pas lu tous ces récits. Le voyage fut beau !

« Le génie des gens bien consiste à passer leur vie à mener une longue guerre contre l’inévitable. Ils meurent lentement, se préservent, se momifient de leur vivant comme une mesure préparatoire pour perdurer dans l’au-delà (…) Dans le lieu-dit d’Anse-à-Fôleur, quand la mort menace un adulte, on lui fait des blagues et on lui chante des chansons gaies, et il rit sans forcer. Et, homme ou femme, on lui offre la possibilité de faire l’amour avec une personne qu’il désirait depuis longtemps.»

« je n’ai touché jusqu’ici que le ciel que je voyais de ma fenêtre. Les seuls humains que je connais sont ceux avec lesquels j’ai grandi. Je cherche d’autres ciels. Pour augmenter ma part de paysages humains. »

« au bout de son voyage elle aura rencontré la superbe, criminelle, naïve, contagieuse et si simple obsession d’un devoir de merveille. »

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