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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 15:34

Enfant de salaud, de Sorj Chalandon | Éditions Grasset

          « Tu es un enfant de salaud ». En prononçant ces mots, le grand-père de Sorj Chalandon creuse un abyme dans le cœur de son petit-fils. En effet, l’aïeul a vu son fils « habillé en Allemand, place Bellecour » pendant la Seconde Guerre mondiale. Sorj va mettre du temps à accepter l’information avant de vouloir chercher à la confirmer. C’est lorsqu’il couvre le procès de Klaus Barbie en 1987 qu’il va mener l’enquête. Son père qui s’est toujours revendiqué résistant, qui a multiplié les versions de son héroïsme pendant la guerre aurait été un infâme collabo. En réalité, le père a de multiples visages, il a connu cinq armées différentes et cinq désertions. Il continue à nier même lorsque le fils a les papiers officiels sous les yeux. Et il adopte un comportement étrange face à Klaus Barbie et à son procès. Le récit mêle l’avancée du procès à la progression de l’enquête du fils.

Après avoir très déçue par la lecture d’Une joie féroce, j’ai retrouvé le style de Chalandon que j’aime : sa sobriété, sa retenue, son efficacité au service d’un pas de l’Histoire. Ça, c’était pour les cinquante premières pages. La différence ici est qu’il met beaucoup de sa personne dans le livre et je crois que, pour cela et de manière paradoxale, je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire, il m’a semblé qu’il avait écrit ses lignes dans une visée thérapeutique et je m’y suis peu sentie concernée. J’irai même plus loin, je me suis ennuyée lorsqu’il monologuait en ressuscitant le passé de son père sur le style « Le 28 octobre, tu te présentes (…) de là, tu as rejoint une caserne FFI (…) tu as affirmé aux enquêteurs… » Les pages de la fin que j’ai trouvée théâtralisée me sont tombées des bras. Oui, c’est dur de dire ça pour un écrivain qu’on a toujours adoré, ça m’attriste, et je ne me l’explique pas quand je lis d’autres avis complètement élogieux.

« je me suis demandé combien de faussaires vivaient en lui. Combien de tricheurs lui griffaient le ventre. »

« J’ai besoin de savoir qui tu es pour savoir d’où je viens. Je veux que tu me parles, tu m’entends, je l’exige ! Je n’ai plus l’âge de croire mais j’ai l’âge d’entendre et d’accepter. Cette vérité, tu me la dois. »

« Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre, t’inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant caque matin un autre scénario. »

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 13:24

Une vie française de Jean-Paul Dubois - Poche - Livre - Decitre

J’ai déjà beaucoup lu de cet auteur qui figure parmi mes préférés et il me manquait ce roman qui est peut-être son plus connu.

Paul Blick est un Toulousain né d’un père garagiste et d’une mère correctrice. Bouleversé très jeune par la mort de son grand frère, Paul va mener une vie d’adolescent sage et plutôt timide malgré un ami satyriasis. C’est à 15 ans, sous l’ère De Gaulle, lors d’un stage en Angleterre, qu’il découvre lui-même les joies du sexe. Il pratique beaucoup ! et puis un jour, il rencontre la femme de sa vie, Anna, mais il lui faut d’abord lutter contre un adversaire aussi beau que con. Une fois le couple formé, ce sont des problèmes de conviction politique que doit affronter notre personnage alors que Giscard vient d’être élu. Anna et Paul ont des enfants et c’est lui qui s’en occupe, avec délectation. S’ensuit une inopinée carrière de photographe qui rend Paul très riche. Mais la vie lui réserve encore beaucoup de périodes d’ennui et de grands malheurs…

Quelle magnifique lecture ! Le roman est riche et complet dans le sens où il nous fait rire, nous émeut, nous instruit, nous manipule, nous surprend, nous fait voyager. Il nous parle d’« une » vie française bien particulière mais aussi de nos vies à tous puisqu’on retrouve de petits morceaux de nous disséminés dans chaque chapitre. Ces chapitres prennent d’ailleurs le nom des dirigeants du pays : De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac. Dubois a vraiment le chic de passer du cocasse au tragique en deux temps trois mouvements, avec une écriture qui claque et qui fait mouche à chaque page. Âmes écolo, ne passez pas votre chemin, Paul nous a fait deux livres sur les arbres, « Arbres de France » puis « Arbres du monde » qui, comme l’indiquent les titres, portent sur les plus beaux spécimens que Paul a pris le temps d’admirer, de sonder, de photographier. Un pur délice !

Qu’est-ce que j’ai aimé ce livre !

Je ne lui en veux même pas : « Tous les enseignants que j’ai croisés dans ma vie – instituteurs, professeurs, assistants, titulaires de chaire, remplaçants de pacotille -, tous étaient des rosses, des carnes, des baltringues lâches et démagogiques, imbus d’eux-mêmes, serrant la bride aux faibles, flattant la croupe des forts, et conservant jusqu’à la fin ce goût maniaque de la classification, de l’élimination, de l’humiliation. »

Les premiers temps passés avec Anna : « L’air de la vie sifflait doucement à vos oreilles et une brise aux odeurs de foin coupé vous caressait le visage. Les heures et les jours s’engrenaient sans la moindre secousse, et la nuit, lorsque vous ouvriez les yeux, vous éprouviez ce précieux sentiment d’avoir trouvé votre place sur cette terre. »

« L’argent avait l’odeur agressive et prémerdeuse des déodorants pour toilettes. »

A la découverte des arbres … : « Commença alors la période la plus mystérieuse et la plus magique de ma vie. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à en parler, à décrire cette succession quasi ininterrompue d’éblouissements qui, d’escale en escale, d’arbre en arbre, ont changé ma vision et ma perception du monde. Voyageur dépourvu de bagages, nomade à l’esprit dépouillé, déchargé de toute responsabilité, de la moindre implication, botaniste d’opérette, l’esprit léger, aérien, je mesurais l’infinie beauté de la nature végétale. » 

-COUP DE CŒUR-

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 09:38

Livre: Ne t'arrête pas de courir, Mathieu Palain, L'Iconoclaste,  9782378802394 - Leslibraires.fr

Le narrateur-auteur, Mathieu Palain, journaliste, décide de rencontrer celui qui a son âge et qui a grandi, comme lui, en banlieue : Toumany Coulibaly. L’homme est à la fois champion et voyou. Repéré pour ses talents de course à pied, il deviendra vite un champion du 400m… tout en continuant son vice préféré : le vol. Dès l’âge de 6 ans, il se met à chaparder tout ce qui se trouve autour de lui, de la console de jeux du copain à la boutique SFR du coin. Plus tard, alors qu’il vient de rafler la victoire au championnat de France, il braque des pharmacies, en Ile-de-France, les unes après les autres. Et c’est en prison, au parloir, que le journaliste Mathieu Palain le rencontre tous les mercredis et qu’il écoute son interlocuteur avec attention, retranscrivant ensuite ses paroles. La dernière partie du roman est plus personnelle, le journaliste se demande pourquoi il a choisi ce « sujet » et lorsque deux psys finissent par lui dire « Protégez-vous », il s’interroge davantage sur son attrait de la thématique carcérale.

Qu’est-ce qui charme tant dans ce roman ? Ce n’est pas l’écriture qui n’a rien d’extraordinaire, ce n’est peut-être pas non plus le personnage principal qui hésite entre le rôle de héros et de looser… c’est peut-être la sincérité et l’authenticité de l’auteur, la relation forte entre les deux hommes dont on partage un petit bout. Et puis, on aimerait tellement qu’un petit délinquant banlieusard s’en sorte et arrête ses conneries. Le roman prend une autre dimension dans la dernière partie, plus psychologique, plus fouillée. C’est à ce moment-là que l’auteur fait des parallèles vraiment intéressants entre sa propre vie et celle du prisonnier. Des réflexions sur la vie carcérale jalonnent également le livre accompagnant celles sur la réinsertion, apparemment impossible lorsque le prisonnier a été enfermé plusieurs décennies. Le sujet est passionnant, le journaliste se rend attachant par ses tâtonnements et ses questionnements et c’est aussi ce qui prouve, selon moi, qu’il le maîtrise à fond. Un portrait tout en nuances, sans manichéisme d’un « vainqueur le jour, voleur la nuit. »

Où vol et course à pied se rejoignent – et c’est un conseil que Toumany donne à son petit frère ! : « Le secret dans le vol, c’est le cardio. Il te faut un gros cœur pour courir vite et tenir longtemps. Fais confiance à tes jambes et tu te feras jamais prendre. »

Toumany participe au programme Sycomore qui a pour visée de confronter détenus et victimes : « L’idée, c’est que des personnes de chair et d’os viennent raconter à des auteurs ce que ça fait de se trouver de l’autre côté du canon. Le traumatisme débarque dans votre vie. Les relations sociales qui s’effritent. Le sommeil qui disparaît. A la fin des six semaines, on espère que ces échanges auront provoqué une prise de conscience chez les détenus, des regrets sincères, quelque chose d’un peu zacchéen : « Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

« Plus on en parlait, et plus je sentais Toumany parvenu au seuil de toxicité de la prison. Il lui était encore possible d’envisager l’avenir mais il ne fallait plus traîner, sous peine de devenir un insortable, un de ces mecs pour qui la taule est comme un tatouage sous leur peau. »

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:36

Six pieds sur terre | Lisez!

C’est l’histoire de deux êtres brisés par une enfance et une adolescence malheureuses. Camille a dû vivre avec une mère célibataire volage et méchante, des deux, c’est elle qui s’est toujours montrée la plus sérieuse. Jérémy, lui, porte un fardeau peut-être encore plus lourd puisqu’adolescent il a perdu sa mère dans un accident de voiture, avant d’apprendre quelques mois plus tard, qu’elle s’était en réalité suicidée. Camille et Jérémy se retrouvent un peu par hasard, à vivre ensemble et à « essayer de s’aimer, de respirer, de vivre. Essayer de se lier et de porter ensemble le poids des chagrins » même si Jérémy le mutique ne parvient qu’à ériger des barrières autour de lui. Réussiront-ils à vivre ensemble voire à fonder une famille ?

C’est un roman triste, percutant mais somptueusement écrit qui m’a envoûtée de bout en bout. Antoine Dole s’extrait pour la première fois de la littérature jeunesse pour nous livrer une œuvre âpre qui remue nos tripes (parfois un peu trop). Fin psychologue, il ausculte les méandres d’une âme blessée. Il faut avouer qu’on attend un sursaut de vie pour Jérémy (qui arrivera – ou pas – je ne vous dirai rien mais cette accélération finale du rythme m’a beaucoup plu). Je ne suis pas passée loin du « coup de cœur », j’y ai renoncé parce que le personnage central s’enlise tout de même un peu trop dans sa noirceur. J’ai pensé à Olivier Adam tout le long de ma lecture -lui aussi aime sombrer pour mieux jaillir. Un livre marquant.

« Vivre est une inquiétude qui ne s’apaise pas. Une démangeaison. Alors on gratte, et on gratte encore. A la recherche d’une sensation plus forte que les autres. D’une raison qui justifie qu’on s’inflige ça. On ne trouve rien. Le plus infime morceau de soi à ciel ouvert, on ne trouve rien. Vivre, c’est courir après l’espoir d’être vivant, accepter en soi une faim que rien ne peut éteindre. S’essouffler à croire, vouloir, à demeurer dans le mouvement. »

« On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. C’est ça la vérité. La seule chose à comprendre. Pour le deviner il faut s’être tenu à la frontière de soi. Cet endroit des limites solides, celles auxquelles on se heurte un jour, malgré toute la bonne volonté, tout le courage. On découvre l’évidence : cette vie n’est facile pour personne et elle ne nous doit rien. »

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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 10:27

Livre: L'Eternel Fiancé, Agnès Desarthe, Éditions de L'Olivier, Littérature  Française, 9782823615821 - Leslibraires.fr

         La narratrice, à 4 ans, entend sa première déclaration d’amour : « Je t’aime parce que tu as les yeux ronds ». Mais même si elle se trouve dans une « salle des mariages », la narratrice s’intéresse surtout au concert de musique classique auquel elle assiste. Etienne, elle s’en occupera et le convoitera plus tard … Et elle le recroisera souvent, à l’adolescence d’abord, lorsque celui-ci aura complètement oublié la fillette de 4 ans et qu’il tombera éperdument amoureux d’une Antonia. A l’âge adulte, lui avec un bébé dans les bras – sans Antonia. Plus tard encore et cet « éternel fiancé » comptera pour elle.

       Malgré un point de départ que je n’ai pas trouvé crédible du tout, cette fille à qui on conte fleurette à 4 ans, qui s’en fiche mais regrettera et sera toujours attachée à son petit prétendant, malgré un manque de fluidité dans l’ensemble du roman, j’ai apprécié cette lecture très agréable. Certains passages sont de pure beauté et d’une justesse remarquable. Il y a quelque chose de touchant et de très sensible dans l’écriture et dans la vision du monde de cette romancière que je découvre pour la première fois. C’est dommage que l’ensemble soit décousu et en même temps, ce désordre fait le charme du livre… vous l’aurez compris, j’ai du mal à émettre un avis tranché mais je trouve quand même que le roman vaut la peine d’être découvert.

Le livre a fait partie de la deuxième sélection du Prix Goncourt 2021.

Une famille peu ordinaire : « Nous étions le monde et mon regard demeurait comme myope au reste de l’univers. »

Deux belles réflexions sur l’adolescence :

« Adolescents, nous étions des brutes fragiles. Cœurs de cristal et mains maladroites en forme d’enclume. D’un geste nous faisions voler en mille échardes transparentes nos rêves communs, les secrets partagés, les heures au téléphone, les promesses. »

« J’ignorais alors que les adultes, à force d’être trahis et abandonnés par les adolescents, se préservent du chagrin que cela risquerait de leur causer en anticipant leur fuite. Ils se laissent rejeter sans protester, sans opposer de résistance, quitte à ce que ce fair-play qui les protège brise le cœur des jeunes gens. »

L’amour d’Etienne pour la narratrice – à 4 ans : « Un amour né dans une ardeur que l’érosion des années étaient chez les adultes. On se méprend quand on juge mineures les passions de jeunesse, ces incendies précoces. Certains cœurs sortent calcinés de l’enfance. Personne n’en porte le deuil. On sourit face aux cendres. »

 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 16:56

Milwaukee Blues - Louis-Philippe Dalembert - SensCritique

Emmett est mort. Emmett a été tué. Emmett, un Afro-Américain d’un quartier pauvre de Milwaukee, a été assassiné par un flic blanc. Emmett a été victime d’une bavure policière alors qu’il était loin d’être un criminel. C’est le vendeur pakistanais qui a composé le Nine-one-nine et qui le regrette chaque jour. Emmett a présenté un faux billet, il a été arrêté, n’a pas bronché et le flic blanc l’a écrasé de tout son poids jusqu’à ce qu’il étouffe puis meure. Le caissier va passer la parole à l’institutrice d’Emmett qui passera le flambeau à sa meilleure amie, Authie. Nous entendrons aussi les voix du pote d’enfance, du coach, de la fiancée, de l’ex. La dernière partie du roman narre les préparatifs de la marche en hommage à Emmett, le jour des funérailles qui a vu les rues de la ville noires de monde et le discours plein de force et d'énergie de la révérende.

L’auteur s’est évidemment inspiré de la mort de George Floyd heureusement très médiatisée pour évoquer non seulement cette abjecte discrimination mais aussi traiter de la vie de ce quartier de Milwaukee, Franklin Heights, très pauvre et presque uniquement habité par des Noirs. La force du roman réside en sa polyphonie, toutes ces voix qui s’élèvent pour raconter qui Emmett a été forment une immense étoile scintillante. Les morceaux du puzzle de sa vie et de son identité s’imbriquent les uns aux autres, se complètent et finissent par constituer un bel hommage au personnage central. J’ai beaucoup aimé la diversité des tons, des approches et des points de vue qui donnent de la profondeur au personnage en privilégiant sa part d’humanité au détriment de sa couleur. D’intéressantes réflexions jalonnent le roman comme la difficulté de survie pour un couple mixte, les défaillances des pères qui bien souvent, s’en vont, le carcan du quartier dont trop peu s’échappent, la part de responsabilité de l’homme blanc et son engagement. Le pessimisme laisse une petite place à l’espoir qui jaillit parfois, par petites étincelles, et explose dans un beau feu d’artifice final avec le magnifique prêche de la révérende, Ma Robinson. Une très belle lecture en somme !

Le livre a fait partie de la deuxième sélection du Prix Goncourt 2021.

Stokely, le copain d’enfance d’Emmett a été, un temps, guetteur puis dealer : « Un marmot, ça attire moins l’attention, vous comprenez ? Saut si, bien sûr, il est noir et le flic blanc. C’est comme ça ici. Aux yeux des keufs, avant d’être un môme, t’es noir. Ils peuvent te buter s’ils te voient jouer avec un pistolet factice. Après, ils n’auront qu’à dire au juge qu’ils s’étaient sentis menacés. »

Une petite merveille que ce poème de Langston Hughes, le poème préféré des filles du coach :

LA MERE À SON FILS

Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose :
La vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.
Il y a eu des clous,
Des échardes,
Et des planches défoncées,
Et des endroits sans moquettes,
A nu.
Mais quand même,
Je grimpais toujours,
Je passais les paliers,
Je prenais les tournants,
Et quelquefois j’allais dans le noir
Quand y avait pas de lumière.
Alors mon garçon faut pas retourner en arrière.
Faut pas t’asseoir sur les marches
Parce que tu trouves que c’est un peu dur.
Et ne va pas tomber maintenant…
Parce que, mon fils, moi je vais toujours,
Je grimpe toujours,
Et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.

Ma Robinson, aux Noirs qui dénigrent le soutien des Blancs : « Si tu as soif et que quelqu’un te donne un demi-verre d’eau, tu ne dis pas : « Quel pingre ! Le verre n’est pas plein. » Tu bois, tu reprends un peu d’énergie pour avancer, pour continuer à te battre afin d’obtenir plus. »

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24 septembre 2021 5 24 /09 /septembre /2021 13:51

Seule en sa demeure de Cécile Coulon - Grand Format - Livre - Decitre

Je trempe enfin un bout d’orteil dans cette rentrée littéraire et encore, je n’ai aucun mérite, c’est Tiphanie qui m’a prêté ce livre (merci à elle !)

Un mariage arrangé au XIXème siècle. Les parents d’Aimée sont contents d’avoir trouvé un mari pour leur fille chérie, le cousin et complice d’enfance, Claude, voit d’un mauvais œil le départ d’Aimée. La jeune femme, à peine dix-huit ans, s’en va seule, rejoindre son époux - très pieux - dans une vaste maison dirigée par Henria, la gouvernante aussi discrète qu’efficace. Elle peine à s’habituer aux lieux, à cette ferme du Jura, à une certaine opulence et surtout aux attentions de Candre, un riche propriétaire terrien qui a perdu sa mère lorsqu’il était enfant puis sa première femme, Aleth, après quelques mois de mariage. Le respect, l’écoute et même l’amour sont des qualités dont fait preuve le mari. Aimée a joué de la flûte étant jeune ? Candre fait venir à elle la meilleure des professeurs qui fait le déplacement depuis Genève. Ce tableau idyllique s’effrite et se craquelle de toute part quand Aimée cherche à connaître la vérité sur les circonstances de la mort d’Aleth ; la présence du fils d’Henria, Angelin, un garçon aussi beau que muet, l’intrigue également.

Je suis très vite entrée dans cet univers d’un autre temps et j’ai beaucoup aimé accompagner cette jeune femme à la fois naïve et courageuse. Cécile Coulon parvient toujours à planter le décor en quelques phrases, à faire d’un endroit un personnage à part entière ; la poésie et la force de son langage ne laissent pas le lecteur indifférent. Comme souvent, le roman flirte avec le conte (on peut y voir une réécriture de « Barbe-Bleue ») mais l’autrice préfère le qualifier de « polar poétique ». J’ai également pensé aux Hauts de Hurlevent avec cette jeune fille envoyée seule dans un univers inconnu. J’ai aimé le personnage de Candre, cet être irréprochable en apparence, qui devient une « diablerie déguisé en dévotion. » Je crois que je ne suis pas la seule à penser qu’on aurait pu rajouter quelques centaines de pages à ce roman et s’enfoncer davantage dans cette brume qui moussait, non loin de la forêt d’Or… ... Un grand bonheur de lecture !

Ma dernière lecture de l'autrice : Une bête au paradis.

« En cette saison, les arbres se rapprochaient des hommes : leurs doigts attrapaient les vestes, grattaient les cheveux, froissaient les pantalons, les feuilles rousses dessinaient sous le ciel un deuxième toit pourpre, les ouvriers marchaient sous une mer de sang suspendue aux branches, l’air circulait à peine, prisonnier entre les troncs larges comme des cercueils. La terre suffoquait, écrasée par ces géants, et les hommes, moins agiles que les bêtes, plus violents que les cieux, se contorsionnaient, ils brûlaient de désir et de mélancolie dans des maisons fragiles qu’ils croyaient solides, ils s’enfonçaient dans des femmes à la peau malade, qui voyaient, elles, la forêt d’en haut, lui parlant dans la nuit, comme on parle à Dieu ou à une meilleure amie. »

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17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 09:10

Entre deux mondes - Olivier Norek - Y'a d'la Joie!

En Syrie, Adam, un agent double, doit fuir mais, dans un premier temps, pour ne pas se faire remarquer, il envoie sa femme Nora et sa petite fille Maya rejoindre l’Europe avant lui. Le pari est risqué mais grâce à certains contacts, elles parviennent à sortir du pays avant de rejoindre la Lybie via l’Israël. De là part un Zodiac de quinze mètres empli de réfugiés, tous serrés les uns contre les autres. Et la petite Maya tousse, elle risque de faire repérer le bateau durant cette sortie nocturne, elle risque aussi de contaminer les autres… Quelques centaines de kilomètres plus loin, le lieutenant Bastien Miller prend ses nouvelles fonctions au commissariat de Calais. Il découvre la Jungle, cet immense bidonville où sont entassés les réfugiés qui espèrent passer en Angleterre. Le manque de personnel et les réflexions malveillantes de certains collègues agacent Bastien mais c’est un homme juste et bon, l’avenir le prouvera. Adam parvient finalement à atteindre la Jungle seul, à la recherche de sa femme et de sa fille, introuvables… Les deux hommes vont se rencontrer, un petit garçon persécuté qu’Adam aura sauvé viendra compléter le trio.

Mais quelle claque formidable que ce roman ! Je ne sais pas pourquoi il est classé parmi les polars parce que - et je respecte cette catégorie - c’est bien plus qu’un polar, c’est un roman poignant, sensible, humain, glaçant de vérité. Il porte bien son titre, deux univers diamétralement opposés se rencontrent et c’est le choc. Olivier Norek ne prend pas position, il nous emmène discuter avec les flics qui sont rompus à cette « chasse » aux migrants et également auprès des Calaisiens pour qui la vie a changé, bouleversant l’économie, fermant les boutiques et stoppant la venue des touristes. Quant aux réfugiés et à leur formidable espoir de s’en sortir, ils ne sont pas non plus dépeints de façon manichéenne, il y a les salauds, ceux qui se méfient et quelques anges. J’avais ressenti le même genre d’émotions à la lecture des Échoués de Pascal Manoukian ou d’Eldorado de Gaudé, ou encore en regardant La Pirogue de Moussa Touré. Des passages indispensables pour relativiser nos petits problèmes du quotidien.

Un coup de cœur !

Le tragique voyage de Nora et Maya : « Alors qu’il restait encore de nombreux passagers à imbriquer dans la masse déjà compacte de migrants, une vague frappa plein flanc et jeta en pluie dense plusieurs centaines de litres d’eau salée au-dessus d’eux. Ils voyaient encore la plage qu’ils étaient déjà transis de froid. Dans près de cinq cents kilomètres, ils auraient rejoint le port de Pozzalo, en Italie. Cela pouvait prendre une nuit. Comme trois. »

Ça n’arrange personne que les flics interpellent les migrants quand il n’y pas meurtre. Donc la police se contente de les éloigner de l’autoroute pour qu’ils ne montent pas dans les camions : « On tire tellement de grenades lacrymo qu’elles arrivent toutes les semaines par palettes. Il y en a plus à Calais qu’à la réserve nationale du RAID. D’après le commissaire, on en a claqué pour près de deux millions d’euros en une année. Et pour zéro interpellation. »

J'avais lu Surtensions du même auteur, excellent polar.

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14 septembre 2021 2 14 /09 /septembre /2021 15:08

Une histoire des loups - Poche - Emily Fridlund - Achat Livre ou ebook |  fnac

            Madeline, surnommée la Soviet ou la Cinglée, à 14 ans, vit avec ses parents hippies dans une maison misérable complètement perdue à 10 kms à pied de son école. Nous sommes dans le Minnesota, il y fait souvent froid, les bois sont sombres, les lacs gelés. Dans cet univers hostile, Madeline voit se construire, en face de chez elle, une belle villa vite remplie par une famille. Elle lie connaissance avec la jeune mère citadine dépassée par cette situation isolée et le petit garçon, Paul, de quatre ans. Le père étant souvent absent, la mère embauche Madeline en tant que baby-sitter. Même si le comportement de l’ado est plutôt étrange, la mère lui fait confiance. Côté bizarrerie, le couple n’est pas en reste, le père est sévère, la mère a parfois une attitude d’ado et les deux sont englués dans une sorte de secte qui préfère croire qu’on peut tout gérer grâce à ses émotions…

Tout est étrange dans ce roman, la tragédie qu’on sent venir de loin et qui apparaît soudainement, les fils de cette même tragédie qui se déroulent de manière sinueuse, les personnages peu attachants. Il en résulte un rythme lent et une tension qui retombe trop souvent. Rajoutons que le titre est mensonger car de loups, il n’y en aura point. J’ai mis un temps fou à lire ce roman, ma lecture a manqué de fluidité. Cependant, il faut admettre que de nombreux passages très nature writing sont passionnants à lire, que l’écriture est belle et qu’il y a peut-être du David Vann là-dedans, à balancer de la violence sans donner d’éclaircissement très rationnel.

« comprendre que la mort est simplement une croyance erronée que toute chose puisse avoir une fin. Aucun de nous ne va disparaître, pas dans la réalité. Tout ce qui change, c’est notre façon de percevoir les choses. »

 

Les premières sorties de Madeline et de Paul : « Il n’était pas aussi ennuyeux que je le pensais. Il disait « attention » aux écureuils, s’énervait contre les détritus, lavait les boulets de canon jusqu’à ce qu’ils se dissolvent dans un canoë échoué repli d’eau. Je lui appris à plier des brindilles pour baliser le chemin du retour, à marcher sur la partie des rochers recouverte de lichen, moins glissante. Pour briser le silence, pour nous donner quelque chose à faire, je me mis à nommer tout ce que l’on croisait. Épigée rampante. Mésange à tête noire. »

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10 septembre 2021 5 10 /09 /septembre /2021 19:58

L'absolue perfection du crime - Tanguy Viel - Librairie Mollat Bordeaux

Après le formidable Article 353 du code pénal, je ne pouvais que vouloir poursuivre avec cet auteur.

Une côte bretonne, il y a quelques années. Le narrateur, plus ou moins contraint par Marin, un copain qui a fait trois ans de prison, se prépare à participer au braquage d’un casino. Avec Andrei, Luciano et Jeanne, ils ont tout prévu, de l’entrée tonitruante déguisés en richards à la sortie du magot par montgolfière téléguidée. Le casse est prévu pour le 31 décembre. Evidemment, on sait d’emblée que ça sent le roussi et que cette « famille » de petits mafieux risque gros malgré une préparation minutieuse. Le narrateur n’y croit pas vraiment d’ailleurs, obéit surtout à ce Marin qu’il craint et on le retrouve sept ans plus tard à sa sortie de prison. Comment le braquage s’est-il déroulé ? Le roman y répond sans tout dévoiler tout de suite et garde une part pour « l’après », assez savoureux également.

Après une entrée en matière un peu laborieuse, le roman prend de l’ampleur, gagne en force et en suspense. Cette mafia bretonne titubante est attachante, on a envie qu’ils réussissent leur coup même si « l’Oncle » à la tête de ce petit groupe meurt rapidement à un âge très avancé. C’est parfois drôle, parfois teinté d’ironie, les personnages essaient tout en sachant que c’est perdu d’avance. J’avais lu Comment voler une banque de Donald Westlake il y a presque dix ans, les deux romans se ressemblent avec leur lot de désillusions, d’anti-héros et de projets chimériques. On peut aussi songer à un Ian Levison, avec une verve satirique moins omniprésente. Ou penser au cinéma américain, évidemment. Même si je suis loin de l’engouement de l’Article 353 du code pénal, j’ai beaucoup aimé cette lecture, bien divertissante, et je continuerai ma découverte de ce romancier.

Le narrateur s’adresse silencieusement à Marin : « Et on a continué à t’obéir, à s’agacer bien sûr, à surveiller tes nerfs bien sûr, mais obéir aux lois terrées d’une vie commune. Je me suis demandé souvent, Marin, ce qui fait que toujours on s’encorde à ce qu’on déteste. Mais je ne te détestais pas, Marin, on ne te détestait pas, parce qu’on était de la même famille. Et cela, cette famille, même mort il faudra l’honorer. »

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