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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 14:23

 

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         Non seulement je n’avais jamais lu ce roman mais c’est une première pour cette romancière aussi !

         A Longbourn, dans un comté au nord de Londres. Les Bennett comptent cinq filles, et hélas ! aucun garçon n’a vu le jour, ce qui signifie aussi que le domaine va revenir à un cousin, Mr Collins, les filles ne pouvant en hériter. L’urgence est de marier ces cinq filles, c’est le plus grand souhait de Mrs Bennett, une femme assez grossière et trop bavarde. L’aînée, Jane, se voit assez rapidement promise au beau Mr Bingley, mais les prémisses de leur union sont remises en question quand Bingley disparaît à Londres sans intention de revenir. Son meilleur ami, Mr Darcy, semble attiré par Elizabeth mais le beau jeune homme se distingue par son orgueil et son apparence froide et vaniteuse ; personne ne l’apprécie vraiment. Des rumeurs sur son passé provoquent même, chez Elizabeth, une profonde antipathie. Lydia, la plus jeune des sœurs, à 15 ans seulement, fuit avec un homme… c’est le scandale, toute la famille risque honte et déshonneur. Charlotte, une amie des sœurs, accepte d’épouser Mr Collins, un homme lourdaud et plutôt imbécile, au plus grand étonnement de la famille (c’est tout de même Elizabeth que Mr Collins voulait d’abord épouser !) Un dénouement des plus heureux va clore cet imbroglio de sentiments et aplanir toutes les tensions.

         Lacune comblée. Qu’en dire maintenant ? L’écriture m’a éblouie, le style est aussi raffiné qu’élégant et cette plongée dans l’Angleterre de la fin du XVIIIème siècle est à la fois fascinante et effrayante. Les bonnes manières côtoient l’hypocrisie et, il faut bien l’admettre, toutes les femmes paraissent être de grandes cruches dans ce roman. Jane Austen parvient à appuyer sur le ridicule de la condition de la femme dans un monde patriarcal où la richesse constitue la valeur ultime. Lorsque Lydia disparaît avec son amoureux, on souffle quand même à la mère qu’il vaudrait mieux pour elle que sa fille soit morte plutôt que de subir un tel affront. Elizabeth pourrait être celle qui surpasse les autres par son intelligence et son « abominable esprit d’indépendance » mais elle commet aussi des erreurs de jugement et lorsque Darcy lui demande quand elle est réellement tombée amoureuse de lui, elle lui répond que c’est surtout quand elle a découvert sa belle demeure et ses vastes jardins… Certains passages sont vraiment drôles : une jeune femme en admiration totale devant un homme écrivant une lettre (son écriture, son vocabulaire, whouah, tout la met en extase !), le personnage de Lady Catherine que vénère tellement Mr Collins et qui sème la tyrannie dans son entourage, cet usage qui veut qu’on ne s’adresse pas à un inconnu sans avoir été, au préalable, présenté par un intermédiaire. Cette satire pointe du doigt les travers d’une société étriquée faite de faux-semblants et c’est assez incroyable de se dire que cette féministe avant l’heure a fait publier ce roman en 1813. Je suis évidemment enchantée d’avoir enfin découvert ce classique !

 

Les cinq sœurs vues par … leur père : « elles n’ont pas grand-chose pour les recommander les unes ni les autres, elles sont sottes et ignorantes comme toutes les jeunes filles. Lizzy, pourtant, a un peu plus d’esprit que ses sœurs. »

« le bonheur en ménage est pure affaire de hasard »

« Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d’eux à notre tour ? »

       J'ai enchaîné avec le film de Joe Wright avec la belle Keira Knightley. Si l'esthétique est irréprochable, les acteurs plutôt bons, j'ai trouvé ça d'un mièvre ! Tant mieux si des jeunes filles en fleurs parviennent à lire Jane Austen grâce au roman mais je pense quand même que l'adaptation ne lui rend pas honneur en le transformant en une bluette qui frise le ridicule. Je n'ai pas trouvé Darcy très crédible (ni très beau mais ça n'est que mon opinion...) et je ne suis pas sûre que la dimension satirique de l'oeuvre soit palpable. 

Pride and Prejudice (2005) | Orgueil et préjugés film, Film romantique, Film  d'amour

Orgueil et préjugés | Joe Wright, 2005 | Cinepsy - Cinéma et psychanalyse

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 10:22

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         Déçue par Animal, je n’étais pas sûre de vouloir lire encore Collette. C’était sans compter l’insistance de deux copains qui m’ont convaincu de découvrir ce roman apocalyptique.

         Corentin n’a pas eu d’enfance heureuse. Né d’une mère qui ne l’aimait pas et voulait se débarrasser de lui, il a trouvé refuge chez une arrière-grand-mère, Augustine, qui a su, petit à petit, le procurer le confort et l’attention dont a besoin un enfant. Si Corentin aime son aïeule et ces forêts où elle vit, le travail de la terre et la nature qui les entoure, il cède à la tentation de la grande ville, y fait des études, fait la fête avec des amis. Une nuit, alors que ses copains et lui se retrouvent dans des catacombes pour se saouler, « la chose » survient. Un immense souffle a balayé toute vie sur Terre, brûlant humains, animaux et végétaux. Il ne reste rien que des carcasses et des squelettes et les rares hommes qui avaient eu la chance (ou la malchance) de se trouver dans une cave ou un sous-sol au moment de la catastrophe. Corentin n’a qu’une idée en tête : retrouver Augustine. Il va voyager seul dans un paysage lunaire où la couleur n’existe plus (la couverture est mensongère - il n'y a plus de ciel bleu), où tout n’est que cendres et désolation ; l’eau est empoisonnée, la pluie est acide et les températures chutent. Le cycle des saisons n’existe plus. C’est accompagné d’un chien aveugle que Corentin parviendra à retrouver Augustine, fonder une famille et vivre des années dans cet enfer.

          Commençons par les aspects positifs : la narration, parfaitement menée, captive d’emblée le lecteur. Le roman se lit vite, dans une urgence de survie. L’engagement de l’autrice est évident, voyez à quel désastre le réchauffement climatique peut aboutir. Les relations entre les personnages m’ont paru très justes et c’est peut-être le plus triste à remarquer : l’amour n’a plus vraiment de place dans un monde apocalyptique. Pourtant, des enfants naîtront et, ne connaissant rien d’autre que le gris et la stérilité, ils parviendront à jouer et à rire, « heureux parce qu’ignorants ». Le dénouement, surprenant, m’a vraiment plu. Pour le côté négatif, eh bien, j’ai eu du mal à lire du noir, du sombre, du sordide de la première à la dernière page. Les étincelles d’espoir et de joie fugaces et vaines ne m’ont pas suffi, la lecture m’a déprimée. Mais elle restera mémorable, sans aucun doute, à la manière de La Route de McCarthy.

Le chef d'oeuvre de Collette reste pour moi Les larmes noires sur la terre.

« La seule couleur était celle du sang. Corentin s’en aperçut en s’écorchant la main à un morceau de bois, un soir qu’il faisait du feu. Cela roula sur sa paume. Cela coula sur ses doigts. Dans son esprit chaviré, cela prit des teintes d’automne flamboyantes, des lueurs de rubis, des incandescences d’un vermillon inouï. Cela refléta le soleil disparu. Il fut émerveillé. »

Les enfants : « Ils inventaient sans rien connaître d’avant, ils partaient de quelque chose de neuf, de ce que leurs esprits vierges pouvaient agréger, supposer, imaginer. C’était à la fois ridicule et superbe. »

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 18:25

Mon chien stupide - John Fante - Babelio

J’avais hâte de découvrir enfin de roman de ce cher Monsieur Fante !

          Le narrateur, Henry Molise, est un écrivain (tiens donc) qui vit en Californie avec sa femme Harriet, ses trois fils et sa fille. L’intrigue prend forme avec l’apparition surprise d’un gros chien : un akita dort paisiblement à côté de la vaste demeure, sous la pluie. Alors qu’il ne semble pas vouloir décamper, sa « carotte » turgescente se dresse vers le petit ami de Tina, la fille d’Henry. Ce chien homosexuel obsédé, balourd, va être le centre de l’attention des membres de la famille, déclenchant hostilités ou amour profond. Henry va finalement décider de le garder, l’appelant Stupide, parce qu’il symbolise tout ce qu’il n’a jamais été : force, virilité et impertinence.  Le plan initial d’Henry et Harriet est de doucement se débarrasser de leurs enfants sacrément encombrants. L’un après l’autre, ils prennent en effet la poudre d’escampette mais les parents, une fois seuls, seront-ils plus heureux pour autant ?

        Je me suis beaucoup amusée en lisant ce court roman ! John gratte le thème de l’amour parents-enfants pour en extraire un récit où la progéniture n’est pas composée d’êtres magnifiques devant lesquels on bave d’admiration. Le parent lui-même est plutôt égoïste, lâche et mesquin. Cette liberté de ton jouissive se retrouve dans les réflexions sur le couple : Harriet se complaît dans un chantage malsain quand Henry prend ses propres décisions. Cette lecture est un remède efficace pour lutter contre la morosité ambiante !

Du même auteur, j'avais adoré Demande à la poussière, un peu moins Pleins de vie.

« Stupide était la victoire, les livres que je n’avais pas écrits, les endroits que je n’avais pas vus, la Maserati que je n’avais jamais eue, les femmes qui me faisaient envie. (…) Stupide incarnait le triomphe sur d’anciens fabricants de pantalons qui avaient mis en pièces mes scénarios jusqu’au jour où le sang avait coulé. Il incarnait mon rêve d’une progéniture d’esprits subtils dans des universités célèbres, d’érudits doués pour apprécier toutes les joies de l’existence. »

Les quatre enfants ont été conviés à manger mais ils ont disparu sur la plage : « Nous avons allumé les bougies pour le repas funèbre, le cercueil des lasagnes posé entre nous. Manifestant une parfaite sobriété d’émotion, nous n’avons pas pleuré le deuil qui nous accablait. Nous avions besoin l’un de l’autre en cette heure d’épreuve, et sommes restés courageusement cois. Harriet avait quelque chose d’héroïque, une sorte d’élégance tragique quand, à longues goulées, elle a bu le vin frais et n’a pas eu honte de sourire. »

Encore un enfant qui s’en va : « Il m’a vraiment dit ça. Merci pour tout. Merci pour l’avoir engendré sans lui en demander la permission. Merci pour l’avoir fait entrer de force dans un monde de guerre, de haine et de fanatisme. Merci pour l’avoir accompagné à la porte d’écoles qui enseignaient la tricherie, le mensonge, les préjugés et les cruautés en tous genres. Merci pour l’avoir assommé d’un Dieu auquel il n’avait jamais cru, de la seule et unique Église – que toute les autres soient damnées. Merci de lui avoir inculqué la passion des voitures qui provoquerait peut-être un jour sa mort. »

          J’ai regardé le film d’Yvan Attal qui a placé en France les personnages (Charlotte Gainsbourg joue Harriet et leur fils un des quatre enfants), l’intrigue et les lieux. Bon, ce n’est pas le plus grave. S’il a essayé d’être fidèle au roman, j’ai trouvé le film moins caustique, moins captivant et même presque ennuyeux. Il y a du banal là où on aurait voulu du peps. Le chien est très bon, quant à lui…

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5 janvier 2021 2 05 /01 /janvier /2021 10:20

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Une fois n’est pas coutume, c’est l’(excellente) émission Popopop sur France Inter qui m’a donné envie de lire ce roman.

Benjamin Grossman a réussi. Producteur de séries à succès, il fait partie de la haute sphère des privilégiés de BeCurrent, cette plateforme mondialement connue. Un soir, alors qu’il revient d’une visite chez sa mère à Belleville, visite aussi froide que brève, il fait une pause dans un restaurant chinois avant de se rendre compte qu’il n’a plus son portable. Il poursuit celui qu’il pense être le voleur, le violente et s’enfuit. Ce petit événement constituera la clé du roman et le déclencheur des nombreux bouleversements pour chacun de ses personnages. Il y a le jeune retrouvé mort, Camille l’ado qui filme Sam, une femme flic, qui donne un coup de pied au cadavre pensant qu’il ne s’agit que d’un ivrogne, le Chinois qui a besoin d’argent, celui qui prêche la paix tout en soulevant des émeutes, … tous sont liés.

Quel roman ! Tenant à la fois de la série télé (Djavadi est aussi scénariste), de la fresque sociale et du polar, il nous emmène courir, haleter, crier dans ce quartier parisien avec une force époustouflante. La ville est un personnage à part entière et se dresse, à la fois fière et titubante, à côté des autres protagonistes qui ne contrôlent plus grand-chose. Ce Zola du XXIème siècle captivant et « électrique » (c’est Antoine de Caunes qui le dit, à juste titre) m’a beaucoup plu au point d’en faire un coup de cœur. Le titre, parfaitement choisi, renvoie à ce lieu où tout se joue, ce huis clos infernal qui n’a d’autre issue que la mort. Les personnages fourmillent, s’affolent et tourbillonnent en un cercle infernal et vertigineux. Racisme, réseaux sociaux, violences policières comptent parmi les thèmes évoqués. J’apprécie ces autrices contemporaines (j’ai pensé à Karine Tuil) qui apportent une vision juste et lucide sur la vie d’aujourd’hui, prenant des risques, évitant les clichés, appuyant sur nos travers avec brio. Excellente découverte.

Sam venue de Strasbourg, étouffée par une famille turque omniprésente s’est réjouie de rejoindre Paris : « elle n’avait jamais rêvé de la tour Eiffel ou du Quartier latin, mais, de Liberté, d’Anonymat, de Mouvement. Ne plus être que soi, sans passé, ni attache, ni entraves, son propre maître et son propre sauveur. Se fondre dans le flot des vies arrachés à d’autres destins, venues là des quatre coins du monde ; des femmes et des hommes préoccupés du matin au soir par la nécessité d’être à la hauteur de quelque chose, quelque chose qui avait à voir avec la verticalité, mais ne relevait ni de l’ambition ni de la réussite, tout en les comprenant. »

« Quand les Blancs pouvaient exploiter des gens comme moi, les faire trimer sans les payer, ils n’avaient pas besoin de manifester leur racisme. Ce n’est que quand ils ont compris que nous ne voulions plus être des esclaves, que nous étions capables de faire des études, d’obtenir des diplômes, d’avoir le même travail qu’eux, et même de les dépasser, que tout a commencé. »

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29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 17:16

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Dans les environs de Metz. Le narrateur, veuf depuis peu, agent SNCF, est père de deux garçons. Frédéric alias Fus, un génie du ballon rond a toujours fait sa fierté. Pas vraiment doué pour les études, il est cependant un gamin très bien. Gillou, le cadet, s’entend bien avec lui et les trois hommes parviennent petit à petit à combler le vide laissé par la mort de la mère. Mais un jour, le père découvre que Fus traîne avec des gars du FN. Lui qui a toujours été à gauche, même très à gauche, ne comprend pas. Lorsqu’il apprend que son aîné va jusqu’à coller des tracts fachos, le lien est rompu, les deux ne se parlent plus. Ils vivent ensemble, s’évertuent à trouver un logement à Paris pour Gillou qui va poursuivre ses études, ils se côtoient sans vraiment s’estimer. Ils se tôlèrent, s’évitent et gardent leurs distances. Quand la tragédie survient, le père ne sait plus où se situer entre ses valeurs fondamentales et l’amour pour son fils.

Quel bonheur de tomber sur ce livre ! Voilà un court roman prenant, parfaitement ficelé, intelligent, et subtil. En tant que parent, on ne peut qu’être fortement chamboulé par cette réflexion sur un père qui ne reconnaît plus son fils. Les thèmes de la responsabilité, de l’amour paternel et fraternel, du soutien face au pire et même de l’embrigadement des jeunes dans les mouvements extrémistes sont traités de manière juste et sensible. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Nicolas Mathieu car le lieu – cette Lorraine oubliée - ainsi que la dimension réaliste rapprochent les deux écrivains aussi bien que cette écriture simple mais tellement efficace. Et le ton monte, et l’écriture gagne en puissance, et le beau titre inspiré de Supervielle s’explique si joliment à la fin. Pour un premier roman : chapeau !

C’est un coup de cœur !

Parce que j’habite juste à côté : « Août, c’est le meilleur mois dans noter coin. La saison des mirabelles. La lumière vers les cinq heures de l’après-midi est la plus belle qu’on peut voir de toute l’année. Dorée, puissante, sucrée et pourtant pleine de fraîcheur. Déjà pénétrée de l’automne, traversée de zestes de vert de bleu. Cette lumière, c’est nous. Elle est belle, mais elle ne s’attarde pas, elle annonce déjà la suite. Elle contient en elle le moins bien, les jours qui vont rapidement refroidir. Il y a rarement des étés indiens en Lorraine. »

« Est-ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive ? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. Je ne pensais pas mériter tout ça, mais peut-être que c’était une vue de l’esprit, peut-être que je méritais bel et bien tout ce qui m’arrivait et que je n’avais pas fait ce qu’il fallait. »

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26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 19:31

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       D’un côté, Blanche de Rigny, une jeune femme atypique : petite nana énergique affublée d’un exosquelette, elle élève seule sa fille Juliette ou plutôt avec l’aide de sa meilleure amie, Hildegarde qui, elle, est une géante. Cet étrange trio va s’attacher à enquêter sur les ancêtres de Blanche, des ancêtres très riches…

       D’un autre côté, nous nous retrouvons en 1870 dans cette famille de Rigny « où il est interdit d’être pauvre », si riche donc, qu’elle peut se permettre de ne pas envoyer le grand fiston maladroit à la guerre mais un remplaçant qu’elle aura payé. Mais Auguste souffre de savoir que quelqu’un est allé au casse-pipe à sa place.

       C’est à se demander si je ne souffre d’un trouble de l’attention (les élèves déteindraient-ils sur leur prof ?) Ce roman m’est, comme La langue et le couteau, tombé des mains ! Je n’ai pas accroché à l’histoire, n’y ai pas cru, j’ai eu un mal fou à m’ancrer dans ce récit.  Pourtant, j’ai trouvé que la partie historique rejoignait parfois les qualités d’un Pierre Lemaitre, la comparaison est flatteuse n’est-ce pas ; que la partie contemporaine avec ses loufoqueries pouvait faire penser à la fantaisie d’un Pierre Raufast. Mais ça n’a pas pris du tout… il se passait plein de trucs qui ne m’ont pas paru crédibles et je me suis ennuyée. Je vais personnellement me méfier de cette autrice car, si j’avais bien apprécié La Daronne, je n’en avais pas fait un coup de cœur comme certains.

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 18:02

Livre: Martin Eden, Jack London, 10-18, Littérature étrangère ,  9782264024848 - Librairie Dialogues

         Martin Eden, un marin de 21 ans, est introduit dans une famille bourgeoise après avoir secouru un des leurs. Craignant maladresses et balourdises, il est impressionné non seulement par les richesses et l’opulence qui l’entourent mais également par l’intelligence et le niveau d’étude de ses hôtes. Ruth Morse, une jeune femme de 24 ans, le fascine par son élégance, par « toute la science emmagasinée dans cette jolie tête » et par « la pâle beauté de son visage ». Il tombe éperdument amoureux d’elle et, pour elle, mais aussi pour toucher du doigt cette caste bourgeoise qui lui semble si parfaite, il va se mettre à … se brosser les dents, porter un col empesé, fréquenter assidûment les bibliothèques et « s’éduquer en tout ». Lire, étudier, découvrir la littérature, la politique, la philosophie, les sciences, devient une vraie passion et son intelligence et sa mémoire lui permettront de faire des progrès à une vitesse phénoménale. Il va améliorer ses idées, son discours mais aussi son maintien. Pourtant, il lui faut gagner de l’argent et c’est dans une blanchisserie, trimant de l’aube jusqu’à 23h qu’il va gagner quelques sous et, par la même occasion, découvrir les affres d’un métier épuisant et abêtissant. Ses efforts seront récompensés : Ruth est charmée par les progrès de celui qui a été au départ son élève, et séduite par la musculature du beau jeune homme. Martin Eden s’obstine à vouloir être écrivain, malheureusement, on lui renvoie tous ses manuscrits, il s’appauvrit sans cesse et les parents de Ruth voient cette union d’un mauvais œil. Le couple résistera-t-il aux vents contraires ? Martin réussira-t-il à se faire un nom ?

         Imaginez ces dessins animés merveilleux où les personnages plongent au sens propre dans la page d’un grand livre ouvert. J’ai eu cette impression : m’immerger totalement et avec délice dans l’univers de Martin Eden, entrer dans cette histoire avec un plaisir gourmand. Le récit ne se contente pas du romanesque, il aborde la lutte des classes, il met l’écriture sur un beau piédestal, il dépeint l’ascension sociale et intellectuelle d’un homme téméraire et sûr de lui qui ne doit sa réussite qu’à la certitude de ce qu’il vaut réellement. Il sera difficile d’oublier cette petite chambre avec ce vélo suspendu au mur, ces notes d’écrivain accrochées comme du linge sur une ficelle tendue à travers la pièce. Et puis cette fin… oh cette fin si surprenante, si « à contre-courant » de tout ce à quoi on pourrait s’attendre.  Comme je suis heureuse d’avoir pu, enfin, lire ce beau roman ! Il fait partie de ces livres qui vous soulèvent.

« Son talent était résolument créateur et, avant de commencer une histoire ou un poème, l’œuvre vivait déjà tout entière dans son cerveau, avec sa conclusion et le moyen d’arriver à cette conclusion de la façon la plus intéressante. D’autre part, il s’émerveillait d’une trouvaille spontanée qui se révélait à l’épreuve de la plus sévère analyse. Et, bien qu’il disséquât la beauté pour en découvrir les principes ésotériques, il restait toujours convaincu que l’essence même de cette beauté était impénétrable. »

Les écrivains « ont fait des choses si merveilleuses, si inouïes, qu’à leur flamme les portes d’airain ont fondu. Ils sont arrivés par miracle, à mille contre un. Ils sont arrivés, parce qu’ils étaient pareils aux « géants balafrés » de Carlyle, que rien ne peut abattre. Et voilà ce qu’il faut que j’accomplisse : l’impossible. »

« Parti à tire-d ’ailes vers une étoile, il avait naufragé dans un marais pestilentiel. »

« elle avait le cœur bien placé »

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12 décembre 2020 6 12 /12 /décembre /2020 10:46

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        L’auteur s’est inspiré d’un « fait divers » (dans le cas d’un meurtre, cette catégorisation frise le scandale) : à Lyon, en 2009, un type est entré dans un supermarché, s’est dirigé vers le rayon des alcools, s’est ouvert une canette de bière qu’il a bue, sur place, sans réfléchir, parce qu’il avait soif. Quatre vigiles ont accouru, l’ont emmené sans que le « coupable » se rebelle et l’ont battu à mort. Laurent Mauvignier, à travers un long monologue d’une soixantaine de pages, donne vie à ce mort, lui prête des pensées et s’adresse à son frère vivant, celui qui lui ressemblait tellement physiquement.

        Le texte, qui n’est constitué que d’une seule phrase, se lit d’une traite, le souffle court et la poitrine oppressée. Au-delà de l’incompréhension et du sentiment de révolte face à une mort stupide et absurde, l’auteur donne de la dignité à celui qui ne pensait pas mourir aussi vite. Le « un homme ne doit pas mourir pour si peu » du procureur résonne longtemps et laisse à penser qu’un caddie plein autoriserait peut-être davantage un passage à tabac ? Le narrateur dont on ignore l’identité est celui qui apaise, essaye de comprendre l’incompréhensible, celui qui réconforte, qui console de l’affreux, celui qui en parle, tout simplement. L’écriture de Mauvignier, si belle et si puissante, est une forme de résistance face à la bêtise et à cette violence du quotidien. À lire.

Il me semble que le texte a été mis en scène plus d'une fois... 

Autour du mondeTout mon amour

« il ne savait pas qu’il mourait, dans les films ils savent toujours qu’ils meurent, mais en vrai ce n’est pas aussi beau, on n’est pas si beau, on ne meurt pas, on ne fait rien, la vie se fait minuscule et finit par se faire la malle comme un parasite abandonne une carcasse qui ne lui convient plus, c’est tout, alors pas le temps pour les belles phrases ni pour les idées profondes et généreuses »

« il se rappelle de ce qu’il ne verra plus parce que les vigiles l’ont débarrassé de voir et d’entendre et d’espérer aussi, l’espoir qui l’aura tenu jusqu’à l’instant ultime, j’en suis sûr, ça ne peut pas être autrement, quand c’était au bord de la fin, touchant déjà la fin, y glissant, je crois, quand la vie s’en allait alors qu’il pensait encore ils vont arrêter de frapper, je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici »

 

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 18:13

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        Chen est un cuisinier chinois de talent, il a tout appris de son père né sur un billot. Otozô est un commandant japonais qui engage Chen en lui laissant le « choix » : c’est l’émerveiller en cuisine ou mourir… Enfin, Kilsun est une Coréenne violée par son frère et qui est complice de Chen. Les personnages évoluent dans un contexte particulier, celui de la Mandchourie en 1945. Espionnage, faux-semblants, violences sanguinolentes, complots et empoisonnements obligent les personnages à multiplier les stratégies de survie, les ruses et les manipulations.

        Nager à contre-courant, participer à une discussion alors qu’on n’en comprend pas un mot, prendre un défilé à contresens… voilà un peu ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. J’y suis arrivée au bout parce qu’heureusement, la 2ème moitié m’a un peu plus intéressée, mais j’ai durement lutté… Le thème de la cuisine aurait dû me plaire mais entre les ailerons de requin, les cerveaux de singe et les vessies de poisson, mon appétit n’a pas vraiment été aiguisé. En fait, j’ai eu l’impression d’entrer dans un univers complètement autre, qui ne m’a pas plu et que je ne comprenais pas, d’observer évoluer des personnages dénués de sentiments, des marionnettes que le contexte historique et spatial rendait creux et fortement antipathiques. Veuillez excuser ce billet complètement mesquin et lisez plutôt celui de A_girl_from_earth bien plus constructif et plus tentant !

Une petite citation pour vous prouver que j’ai fait des efforts : « en matière de viande de chien, j’étais le meilleur. Je faisais cuire à feu doux de petites tranches de viande enveloppées dans des feuilles de menthe et je les servais avec de la pâte de soja pimentée ; le parfum de la menthe sur le bout de la langue était à tomber par terre et le jus de viande qui se répandait dans la bouche était d’une perfection sans égale. C’était un mets divin, digne d’un immortel taoïste. »

(il y a une telle incompatibilité entre ce roman et moi que la couverture ne veut pas apparaître, je crois...)

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 11:09

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Eh oui, encore un classique que je n’avais pas lu… et qui me faisait peur, qu’est-ce que j’avais tort !

            C’est l’effervescence dans l’étude d’avoué de Derville : un vieil homme mal fagoté dont tout le monde se moque désire s’entretenir seul à seul avec l’avocat. Il lui révèle être le colonel Chabert déclaré mort neuf ans auparavant sur le champ de la bataille d’Eylau où il a été enseveli dans la fosse aux cadavres. Réussissant à s’en extirper, recueilli par une brave femme, il a été traité de fou, a été emprisonné et a mis un temps incroyable à revenir à Paris, ruiné, pour réclamer sa femme, son grade et sa fortune. Mais la femme de Chabert s’est mariée au comte Ferraud dont elle a deux enfants, elle ne veut plus rien savoir de son premier époux qui ne ferait que briser sa notoriété et son équilibre actuels. Avec ruse et charme, elle tente de convaincre Chabert jusqu’à ce que celui-ci comprenne qu’elle n’est que duperie.

Romanesque à souhait, ce court roman fait connaître un homme naïf et honnête, malmené par le destin sous la Restauration. Chabert fait penser au Père Goriot, trahi par une femme qu’il aime, bousculé par une vie et une époque qu’il ne comprend pas. On ne peut que ressentir compassion et tendresse pour ce brave homme. Et puis l’écriture de Balzac ! J’ai repris goût à la saveur si particulière de ses descriptions, j’ai aimé leur consacrer du temps. Mon édition préfacée par Pierre Barbéris donne parfois de petites notes savoureuses comme voici : « Les deux enfants restèrent debout et silencieux, examinant leur mère et l’étranger avec une curiosité qu’il est impossible d’exprimer par des paroles. » // note : « à tel point que Balzac oublie de les faire partir, alors qu’il est invraisemblable qu’ils assistent à la scène dramatique qui suit. »

Un colonel qui inspire pitié : « Le vieillard se découvrit promptement et se leva pour saluer le jeune homme ; le cuir qui garnissait l’intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y resta collée sans qu’il s’en aperçût, et laissa voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui prenait à l’occiput et venait mourir à l’œil droit, en formant partout une grosse couture saillante. »

J’ai enchaîné avec l’adaptation cinématographique d’Yves Angelo de 1994 (je voyais le film plus récent !) et j’ai été moyennement convaincue. Passée l’horrible scène inaugurale de la fosse commune, le film en rajoute, brode autour de l’histoire qui finit par perdre de sa saveur initiale à cause de longueurs soporifiques. Gérard Depardieu n’a pas le pathétique du Chabert de Balzac mais Fabrice Lucchini est brillant de sobriété (ce qui lui arrive rarement). Le film offre une belle image de la Restauration et j’ai trouvé la fin tout de même très réussie.

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