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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 23:18

 

L’amie prodigieuse tome 3.

           Le hasard a fait que j’ai attendu moins de temps que ce que j’avais prévu entre la lecture du et du 3è tome.

           Elena vient de sortir son premier livre - écrit presque d’une traite, facilement – et qui connaît une belle célébrité et une critique favorable. Fiancée à l’intellectuel Pietro, elle revient dans le quartier napolitain de son enfance et y retrouve, entre autres, Lila. Cette dernière élève son fils Gennaro avec l’aide du dévoué Enzo, tout en accomplissant un boulot d’ouvrière dans l’usine du copain de Nino qui, non seulement, exploite ses employés mais se montre aussi des plus entreprenants avec la toujours séduisante Lila. Si les jeunes femmes sont à un tournant de leur vie, l’histoire de l’Italie, à la fin des années 60 et au début des années 70, se retrouve également chamboulée par des soulèvements, des meurtres ayant pour objectif de dénoncer les conditions de travail des ouvriers mais aussi de prôner le féminisme, de libérer la femme. Apparaît alors la pilule, et avec elle, quelques débauches assumées par de jeunes femmes qui se veulent libres, dont ni Lenù, ni Lila ne font partie.

           C’est donc une Elena pimpante et victorieuse qui revient dans le quartier de son enfance, et on l’appelle à l’aide parce que Lila semble avoir perdu la tête. Lila va se confier, peut-être une dernière fois, et montrer de petites faiblesses qu’on ne lui soupçonnait pas. Ensuite, Elena va fuit et se marier, trouvant peu de réconfort dans sa nouvelle vie bien rangée, s’éloignant très rapidement de celui qu’elle pensait aimer. Lila va, au contraire, s’installer dans le quartier de son enfance, s’allier avec les Solara, cette famille malhonnête et corruptrice, et se former aux machines IBM, ancêtres de nos ordinateurs.

           Si j’ai bien aimé les histoires d’enfants du premier tome, je me suis ensuite prise de passion pour les amitiés et les amours de Lila et Lenù dans le 2è et j’ai totalement adoré ce 3è opus, beaucoup plus dense, plus riche que les précédents : sans répit, l’auteur nous emmène dans la petite et la grande Histoire, il nous propose deux parcours de vie : celui d’Elena, fille plus réservée qui, malgré ses études et la publication de son livre, se retrouve vite cantonnée au statut de mère de famille ; et celui de Lila, fantasque et toujours imprévisible, souvent au bon endroit au bon moment, capable de saisir la moindre opportunité même si elle doit, pour cela, mettre ses principes de côté, éloigner son fils. Chaque page est une surprise, douce ou violente. Ça foisonne de rencontres, de ruptures, de retrouvailles, de mensonges, de féminisme. Ce monde anti-manichéen passionnant décrit de manière si subtile les relations humaines si complexes que je brûle d’impatience de lire le dernier volet de cette saga inoubliable.

 

Lila à propos d’Elena et elle : « On a fait un pacte, quand nous étions petites : la méchante, c’est moi. »

Quand Elena fait le portrait de Lila : « Hurler et se déchaîner contre les autres, faire payer à tout le monde sa propre incapacité à trouver un équilibre. »

Elena de Lila : « même lorsque je vivais dans d’autres villes et que nous ne nous voyions presque jamais, même lorsqu’elle ne me donnait pas de nouvelles selon son habitude, et que je m’efforçais de ne pas lui en demander, son ombre me stimulait, me déprimait, me gonflait d’orgueil ou m’abattait, sans jamais me permettre de trouver l’apaisement. »

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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 12:42

         

         L’auteur-narrateur entreprend de raconter une partie de son enfance passée dans un petit village de la région du Henan, du centre-est de la Chine. Découpé en courts chapitres s’apparentant à des nouvelles, l’écrivain consacre une grande part à son père. Petit garçon qui devait parcourir plus de quatre kilomètres tous les matins pour se rendre à l’école, il s’était fabriqué un fourneau de briques pour faire cuire sa soupe et son riz. Il rêve d’un vélo. Issu d’une famille de paysans pauvres, l’adolescent n’a qu’une idée fixe (ce « désir égoïste d’un cœur étroit » ) : quitter cet univers précaire au plus vite. Il ferme les yeux sur sa sœur malade et son père souffrant et s’échappe de cette province reculée accablée par la famine pour rejoindre l’armée. Il devient écrivain à la même période.

          Adulte, vieillissant, Yan Lianke se souvient de son ingratitude et de son hypocrisie. Il revient tous les ans, en fin d’année, voir sa mère encore vivante et réalise qu’il a abandonné son père mourant, qu’il n’a pas été un fils digne et attentionné. Sa mère lui assène même l’ordre de ne plus revenir.

         Cette courte autobiographie a plusieurs fonctions : celle de rendre hommage à sa famille, celle de faire revivre cette petite province isolée mais surtout celle de faire le point avec soi-même, de se fustiger, de reconnaître tous ses torts, de demander pardon indirectement. Ce récit est empreint d’une humilité admirable, d’une sincérité qui nous montre un homme blessé par ses erreurs de jeunesse qu’il n’a pas oubliées : il veut régler ses dettes. Ce sentiment de culpabilité omniprésent est lié à une éducation pieuse et traditionnelle mais les sentiments qui sont exprimés ont réellement une portée universelle qui métamorphose ce livre –plutôt inclassable – en un vrai bijou. J’ai adoré ce style simple et sobre, le réalisme des descriptions et cette plongée fascinante dans la campagne chinoise des années 60-70. Une très belle découverte que je dois, encore une fois, à ma box – que j’apprécie de plus en plus !

 

« Aujourd’hui enfin, je me suis assis pour écrire. Je me suis assis pour écrire et je peux, à travers la vie et la mort de mon père, comprendre le monde, regarder en face ce qu’il y a de bon et de mauvais en moi, regarder en face la vie et la mort, la décadence et la prospérité de toutes choses, l’eau tarie du fleuve, les feuilles mortes, regarder en face, à travers ma propre vie, la disparition et la renaissance, la renaissance et la disparition de tout ce qui vit. »

« Le destin est une chose autour de laquelle on élabore des histoires pour rien. Celui qui a faim et qui ne peut se nourrir devient affamé ; voilà qui n’a rien à voir avec le destin, il s’agit simplement de la vie humaine. Lorsque l’hiver arrive, avec la neige, celui qui n’a ni feu ni vêtement meurt de froid. Là non plus, il ne s’agit pas de destin, mais du simple terme que la mort met au karma d’un être. Si, alors que tu souhaites te rendre à l’est, sans savoir pourquoi tu arrives à l’ouest, que tu tombes dans un trou, ou un puits, et te casses une jambe, deviens infirme et dès lors ne pourras jamais te marier et fonder une famille, là, peut-être s’agit-il du destin. »

Yan Lianke termine son livre en faisant l’apologie de la prière : « Je sais parfaitement que la prière est impuissante, mais je prie quand même : mes prières peuvent apporter chaleur et apaisement, tout comme celles de mes tantes m’ont apporté du réconfort. Si un homme ne peut même plus prier, alors il ne possède vraiment plus rien au monde. Heureusement, il existe des êtres qui prient pour moi, et moi-même je prie pour les autres. Et c’est une grande richesse, cela donne un sens à l’existence. Ma reconnaissance va au destin et à la prière. »

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 16:25

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Dans une coque de noix de Ian McEwan"

 

 

            Le narrateur, un fœtus coincé dans le ventre de sa mère sur le point d’accoucher, entend tout ce qui l’entoure. Grâce aux conversations, aux émissions de radio entendues, il a développé une intelligence adulte et une conscience hors norme. Son problème actuel, en plus de l’étroitesse inconfortable de son habitat, c’est le complot qu’il a surpris entre sa mère Trudy et son amant, Claude. Trudy est encore mariée au père du bébé à venir, John, mais elle le déteste et, avec la complicité active de Claude, a décidé de supprimer John. Le fœtus aimerait sauver son père, il n’aimerait pas naître dans une cellule de prison mais tout ce qu’il parvient à faire, c’est assister au déroulement tragique du projet d’assassinat. Contre toute attente, John se présente avec sa maîtresse dans la maison où Trudy l’a déjà chassé. Ce petit détail n’entrave en rien le dessein machiavélique des amants terribles…

          Sombre et pessimiste, ce roman tire sa force de son narrateur pour le moins original : un bébé in utero possédant déjà une conscience extralucide. A la fois aveugle et clairvoyant, cloîtré et d’une ouverture d’esprit qu’on peut lui envier, cet être-pas-encore-né est instinctivement et irrationnellement fou d’amour pour sa mère, déteste son beau-père/oncle et tente de protéger -bien vainement évidemment- son père… Dans une atmosphère qui tend à la claustrophobie, une tragédie policière se joue : Trudy et Claude vont-ils réussir à tuer John ? si oui, seront-ils démasqués ? Le fœtus ingurgite d’insolentes quantités d’alcool tout en élaborant tout un tas d’hypothèses sur ce qui se trame réellement. Il en profite pour décrire un monde où il ne fait pas beau vivre mais où il va atterrir bientôt malgré lui. Les coups de butoir du sexe de Claude rythment le monologue du fœtus trop mature.

           Sans remettre en question le majestueux talent d’écriture de McEwan ni son ton acerbe souvent délicieusement drôle, je ne peux pas vraiment dire que j’ai aimé cette lecture qui nous donne une vision apocalyptique de la grossesse mais aussi une bien sombre image de l’humanité. J’ai eu l’impression d’assister à un brillant exercice de style ou à une démonstration de force surfaite. A l’instar du fœtus, je me suis sentie à l’étroit tout en connaissant la fin, sans surprise.

        De McEwan, j'ai largement préféré Sur la plage de Chesil, Opération Sweet Tooth ou encore L'intérêt de l'enfant.

 

John et Trudy font très fréquemment l’amour, sans se soucier le moins du monde de l’énorme ventre de Trudy, et de son occupant : « Je ferme les yeux, serre les gencives, me recroqueville contre la paroi utérine. Ces turbulences arracheraient les ailes d’un Boeing. Ma mère aiguillonne son amant, le cravache avec ses cris aigus de fête foraine. Le mur de la mort ! Chaque fois, à chaque coup de piston, je redoute que Claude ne passe au travers, transperce mon crâne souple et contamine mes pensées de sa semence, sa liqueur fertile en banalités. Le cerveau atteint, je penserais et parlerais alors comme lui. Je serais le fils de Claude. »

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 21:15

 

           Alors que j’aimerais - dans un avenir plus ou moins lointain- me frotter à l’Ulysse de James Joyce réputé très exigeant, j’ai déniché, sur une de mes étagères, ce recueil de nouvelles qui porte bien son nom.

           Quinze textes qui sont surtout des portraits, de courts récits sans véritable intrigue, se déroulant dans ce « sale cher Dublin ». Les thèmes sont variés, les personnages souvent rustres, laids, légèrement patibulaires. Deux sœurs qui veillent la dépouille de leur père ; un amoureux désireux de plaire à sa belle mais qui se rend compte de sa vanité ; une jeune femme s’apprêtant à fuir le pays avec son amant, de quitter la vie médiocre de fille d’homme brutal mais qui change brutalement d’avis ; un employé fainéant et alcoolique, un solitaire qui regrette ses choix de vie, un type dégoûté de sa vie routinière et jaloux de son ami partir faire carrière à Londres ; une soirée mondaine qui vire à la crise de nostalgie… La dernière nouvelle, la plus longue, est celle qui m’a le mieux plu. Entre la profondeur et la perspicacité d’un Zweig et le réalisme d’un Zola, l’écriture fait mouche. Elle nous livre des pages de vie, de petits moments pris sur le vif et, en aucun cas, une carte postale idyllique de Dublin qui, passée la dernière page, intrigue plus que jamais !

            Quand on a compris qu’il n’y aura ni suspens ni chute ni revirement de situation, on commence à prendre plaisir à cette lecture et à ces portraits authentiques et si peu complaisants. J’ai mis du temps à lire ces quinze nouvelles, pour Ulysse, c’est pas gagné … même si j’aime boire un petit coup de stout de temps en temps et goûterais bien au plum-cake!

Quand un jeune homme tombe amoureux d’une jeune femme : « La lumière qui faisait face à notre porte éclairait la courbe blanche de son cou, enflammait ses cheveux, illuminait la main sur la grille, et tombait sur un côté de sa robe, éclairant l’ourlet blanc d’un jupon, juste visible, car elle s’appuyait négligemment. »

Vision peu glorieuse de Dublin : « Le petit Chandler pressa le pas. Pour la première fois de sa vie, il se sentit supérieur aux gens qu’il côtoyait. Pour la première fois, sn âme s’insurgeait contre la froide inélégance de Capel Street. Sans aucun doute, s’il l’on voulait réussir, il fallait partir. Dublin, rien à faire. »

« Son visage sur lequel se lisait la somme des années qu’il avait vécues, était de la coloration brune des rues de Dublin. »

 

            

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 19:27

 

Le Guide et la Danseuse

 

           Voilà bien un roman que je n’aurais sans doute jamais lu s’il n’avait pas été glissé dans ma boîte aux lettres !

            Nous sommes en Inde, dans les années 50. Raju vient de sortir de prison, il trouve refuge dans un vieux temple, au bord d’une rivière. Un paysan nommé Velan, passe par là et se méprend : Raju a l’air d’un saint qu’on consulte et qui a réponse à tous les problèmes. De bouche à oreille, grâce à quelques sentences bien placées, Raju se fait un nom bien malgré lui. Il aime voir défiler les gens prendre conseil auprès de lui et même le prier, le vénérer comme un émissaire de Dieu. Il faut dire que les offrandes ne sont pas désagréables non plus, Raju vit ainsi bien confortablement. En parallèle, on découvre sa vie d’avant, sa jeunesse marquée par une rencontre amoureuse impossible. En effet, Rosie est une danseuse mariée à un riche archéologue qui la délaisse complètement au profit de ses recherches. Raju, commerçant devenu guide, saisit l’occasion pour faire de Rosie son amante. Il parviendra même à vivre avec elle et la hissera sur les plus grandes scènes du pays, l’incitant à pratiquer sa danse, art que son mari considérait comme de la prostitution… L’histoire d’amour finira si mal que Raju se retrouvera en prison… avant de se retrouver gourou de tout un village. Ses mensonges lui retombent dessus puisqu’un frère de Velan comprend que Raju, en période de sécheresse et de famine, va jeûner, jusque la pluie revienne…

            Au début de cette lecture, j’étais un peu sceptique, j’ai eu peur de m’ennuyer mais je me suis vite aperçue que je m’étais trompée : ce récit aussi doux qu’édifiant tient le lecteur en haleine, nous emmène dans un pays où les croyances ont la vie dure. Et tout ça emballé proprement, sur un ton subtilement drôle et sarcastique. Raju est un personnage complexe, désireux de faire le bien, il peut aussi se monter égoïste, sournois, mauvaise langue et surtout paresseux. On s’identifie à lui, il nous agace, il nous émeut, il nous fait rire… Lorsque les villageois se relaient pour ne pas le laisser seul lors de sa période de jeûne alors qu’il rêve de grignoter un morceau en cachette, c’est assez jouissif. Et puis, cette satire finalement moderne avec cet homme devenu gourou en deux temps trois mouvements et ces villageois perclus de naïveté bienheureuse, on peut faire des liens avec des histoires plus récentes. Une bien belle découverte en somme !

 

    « Sa vie ne lui appartenait plus, les disciples étaient devenus si nombreux qu’ils débordaient dans les couloirs extérieurs et refluaient jusqu’au bord de la rivière. »

« Ce n’était pas dans sa nature de s’exprimer clairement et avec sincérité. »

« Il mesura à ce moment l’énormité de sa propre création. De sa pauvre petite personne il avait fait un géant, et de cette dalle de pierre un trône. »

 

Citation sur la prison qui s’oppose tellement parfaitement à ce que j’ai pu lire dans Surtensions ! « Aucun endroit n’est plus agréable : à condition d’observer le règlement, vous vous y attirez lus de considération que de l’autre côté du mur. J’étais nourri, j’avais la compagnie des autres prisonniers et des gardiens, je me déplaçais en toute liberté à l’intérieur d’un vaste périmètre. Eh bien ! c’est un avantage non négligeable quand on y réfléchit, beaucoup de gens n’ont ont pas autant. »

 

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 18:22
Résultat de recherche d'images pour "Indian Creek de Pete Fromm"
 

            Encore une lecture que je dois à ma Box. Encore une jolie surprise.

            L’auteur-narrateur est un étudiant américain désœuvré qui suit des études de biologie un peu à contrecœur et découvre par hasard les romans de grands aventuriers, ces baroudeurs solitaires qui affrontent les ours. C’est donc un peu rapidement et sans réfléchir qu’il accepte une mission proposée par l’organisme de réglementation de la chasse et de la pêche : surveiller, sept mois durant, l’éclosion des œufs de saumon dans une rivière de l’Idaho. Pete vivra dans une grande tente, à 60 kms de la route la plus proche et à 90 kms de la civilisation. Il regrette d’avoir accepté avant même d’être parti ! Ses copains lui font la fête, les filles sont admiratives, les adieux sont longs et voilà Pete qui se retrouve en pleine montagne, accompagné d’une jeune chienne, Boone.

            Si les débuts de notre aventurier sont empreints de maladresse et de naïveté, si les conversations, les rires et les beuveries lui manquent, si la déprime guette régulièrement à l’entrée de sa tente humide et froide, il se fait, petit à petit, une raison, et marche, explore, découvre les environs, apprend à couper du bois et conduire un camion (avant que les neiges rendent cela impossible), à chasser même. Le rude hiver le coupe complètement de toute présence humaine, et même pour téléphoner, Pete doit parcourir de nombreux miles en raquette. Pourtant, il s’en sort bien, peut se vanter d’avoir obtenu quelques victoires et surtout d’avoir survécu dans des situations extrêmement hostiles. Entre froid, lynx, grouses, chasse, motoneiges, mouflons, éclipse, solitude, rivière gelée, le dépaysement est total, le voyage glacial.

            L’auteur fait preuve d’autodérision, surtout au début du livre mais il faut bien admettre qu’il se débrouille très bien et que la solitude et les grands espaces qui lui pesaient tant les premières semaines vont lui manquer à la fin de son aventure. Cette histoire vraie est joliment racontée, on assiste à l’évolution d’un personnage humain et sensible qui se retrouve métamorphosé après sept mois de vie « à part ». J’ai beaucoup aimé ce récit initiatique même si j’ai trouvé les passages de chasse (et de sang, et de dépeçage, et d’orgie de viande… ) redondants et un peu nauséabonds (bon courage aux végétariens et aux antispécistes !) Bref, si vous aimez le genre du nature writing, l’authenticité d’une expérience insolite et les récits autobiographiques qui ne seraient pas creux, c’est parfait !

 

« Le froid persistait. Il faisait toujours dans les moins vingt ou moins trente la nuit, et le jour on ne dépassait jamais les moins dix. Chaque nuit se répétait le même dilemme : valait-il mieux garder la tête à l’air libre, au risque de geler ou bien la conserver au chaud sous les couvertures, quitte à imposer à mes narines les odeurs d’un homme qui ne se baigne qu’un fois par mois ? Je dormais avec un bonnet sur la tête. Quand arrivait le matin, ma respiration glacée avait ourlé les couvertures, et des lisérés de givre se lovaient autour de mon cou comme des serpents. »

« Quand le beau temps arriva, une multitude de petits papillons bleu ciel fit son apparition : ils voletaient autour de mes jambes lorsque je marchais. Boone, elle, ne se lassait pas de les chasser. Je me mis à préparer mes repas dehors plutôt que de rester enfermé dans la tente enfumée et surchauffée. J’attendais allongé dans l’herbe que le repas soit prêt, observant les fourmis et les mouches vertes irisées, lourdes et rondes, qui se déplaçaient sur le sol humide. De minuscules fleurs sauvages surgissaient de partout en petites taches jaunes et bleues. Je fus étonné de ne m’être pas vraiment aperçu que tout cela avait disparu durant l’hiver. »

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 15:46

 

Résultat de recherche d'images pour "Surtensions d’Olivier Norek"

 

          Vu à La Grande Librairie et encensé par François Busnel (remarquez, c’est son job), j’avais bien envie de voir par moi-même ce que valait cet écrivain qui est aussi lieutenant à la police judiciaire de Sainte-Saint-Denis.

           Face à une petite bande de malfrats corses dirigée par Alex, une nana plus que courageuse, le capitaine Coste va, tant bien que mal, éviter la casse et sauver l’honneur de la police, plus précisément celui du SDPJ du 93…

           Suite à un braquage de bijouterie, le petit frère d’Alexandra, Nunzio, parce qu’il se promenait avec une montre de la valeur d’une voiture, se fait arrêter et emprisonner. Dans les cellules de Marveil, c’est l’enfer entre son codétenu qui le viole régulièrement et les autres qui le tabassent et le persécutent. Pou Alex, l’évidence s’impose : il faut faire sortir le petit frère. Un avocat qui a le bras long et de mauvaises intentions va suggérer aux voyous de voler le scellé compromettant (la montre), preuve irréfutable de la culpabilité de Nunzio. Et puis, de voler par la même occasion, quatre autres scellés qui vont faire les petites affaires de l’avocat. Alex fonce tête baissée, accompagnée de son amoureux Dorian, de Rhinocéros qui porte bien son nom et de Franck, l’intendant de la bande. En face, c’est l’équipe du capitaine Coste qui tente de comprendre, une bande de copains soudés et dynamiques, complètement accaparés par leur boulot. Des bavures, des dommages collatéraux, des coups bas et des bravades, il y en aura. Le point de vue passe d’un voyou à un flic, avec une telle impartialité que le lecteur est amené à être tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre, faisant fi de tout manichéisme.

          Et le point fort, très fort, de ce roman, c’est son réalisme à toute épreuve. A la manière d’un film tourné caméra à l’épaule, l’auteur nous embarque dans une histoire au rythme trépidant et infernal. Les rebondissements imprévisibles se succèdent, l’ennui n’est pas le bievenu au cours des cinq cent pages que compte ce roman et le style va dans le même sens : se débarrassant de toutes fioritures, il va à l’essentiel. Le passage narrant le séjour en prison de Nunzio est effrayant et fascinant à la fois. La plongée dans la vie au sein même de l’équipe de Coste est édifiante et saisissante. L’intrigue est très bien ficelée et digne des plus grandes séries policières tout en apportant un éclairage intéressant sur le système judiciaire actuel. Une lecture à conseiller aux amateurs de sensations fortes et d’actions, cela va sans dire.

         Un bémol : le titre que je trouve bien trop généralisant ; et un regret : ne pas avoir lu les deux premiers tomes avant celui-ci. Il peut très bien se comprendre indépendamment des deux précédents mais on sent bien que, pour que ce soit parfait, mieux vaut les lire dans l’ordre.

« Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime. »

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 10:41

 

 

Résultat de recherche d'images pour "ferrante le nouveau nom"

 

L’amie prodigieuse tome 2.

          Après avoir apprécié le premier tome, il me tardait de lire la suite de cette saga couvrant plusieurs décennies.

         Nous avions quitté Lenù le jour du mariage de Lila lorsque cette dernière découvre, effarée, que son mari Stefano s’est acoquiné avec les Solara pour une énième affaire de chaussures… C’est le point de départ d’une période faite de déceptions, de regrets et de désamour. Elena est toujours amoureuse du mystérieux et réfléchi Nino Sarratore tandis que Lila comprend qu’elle s’est trompée en se mariant avec Stefano. Comme pour confirmer cette erreur, elle ne parvient pas à tomber enceinte et les rumeurs circulent dans le quartier napolitain de leur enfance. Pour être au meilleur de sa forme mais surtout parce qu’elle l’a désiré, Lila convainc son mari de l’envoyer en vacances à Ischia, petite île paisible, avec Elena. Là-bas, Nino sera au cœur des discussions, des rencontres, des amours mais pas comme on pourrait s’y attendre… Alors que Lila tente de supporter l’échec de son mariage dans les bras d’un amant, Lenù réussit brillamment ses études qu’elle poursuit à Pise, ville où elle rencontrera d’abord Franco, un jeune homme riche qui lui offre habits, livres et surtout estime de soi, puis Pietro, destiné à devenir, peut-être, son futur époux.

          La dépendance de Lenù vis-à-vis de Lila est frappante, elle agit en fonction de son amie, elle réagit en se demandant comment Lila aurait parlé, aurait fait, aurait pensé. Malgré les mauvais choix de Lila et sa vie ratée, elle reste un modèle pour la discrète mais très intelligente Elena. Cette domination inconsciente et silencieuse traverse tout le roman. Lila est comme une ombre qui plane constamment sur le parcours, les choix et le destin de son amie. Lila est celle qui ose et s’oppose, celle qui innove et crée la vie. Lenù ne semble que suivre un chemin tout tracé qui, grâce à un travail régulier et intelligent certes, la mènera de toute façon vers la réussite et vers une vie rangée et pépère. L’épisode de Pise (quelques années dans sa vie mais à peine une bonne dizaine de pages dans le roman) est peut-être le seul où Elena vole de ses propres ailes, s’affirme en tant qu’étudiante libre et indépendante et se détache de cette aura souvent malfaisante de Lila. Pourtant, Lenù ne se confie que très rarement à Lila, il lui arrive de la détester mais elle ne cesse de la défendre, de la suivre ne serait-ce qu’en pensée, comme une « espèce de petit chien terne mais fidèle qui lui servait d’escorte. » Cette relation m’a paru douloureuse et je crois que tout lecteur voit avec bonheur et soulagement une Elena s’ouvrir et réussir loin de Lila.

          J’ai encore une fois pris plaisir à cette lecture, malgré quelques longueurs, l’amitié malmenée et parfois tronquée de cette deux adolescentes devenues de jeunes adultes est décrite avec justesse et nuances. Les rebondissements dignes des Feux de l’amour rendent l’intrigue palpitante même si on a l’impression que c’est Lila, par ses frasques, son obstination et ses impétuosités, qui fait tout le boulot. Le style fluide et romanesque de l’auteur donne du souffle à ces histoires et ces anecdotes. Le mystère qui entoure son identité rajoute une certaine vigueur à la mise en abyme présente à la fin du roman. C’est plein de vie, c’est coloré, ça redore l’image de la femme (les hommes n’ont-ils pas une place bien moindre dans le roman ?) Après la dernière page, non, les deux derniers mots, oui, oui, j’ai envie de lire la suite !

 

« Était-il possible que les parents ne meurent jamais et que chaque enfant les couve en soi, de manière inéluctable ? Ma mère avec sa démarche boiteuse surgirait-elle donc vraiment un jour en moi, avec la fatalité d’un destin ? »

« Voilà en gros ce qui m’arriva à Pise, de la fin 1963 à la fin 1965. C’est si facile de parler de moi sans Lila ! Le temps s’apaise et les faits marquants glissent au fil des années, comme des valises sur le tapis roulant d’un aéroport : je les prends, je les mets sur la page, et c’est fini. »

« elle réagissait en m’expliquant qu’en réalité je n’avais rien gagné, que dans ce monde il n’y avait d’ailleurs rien à gagner, que sa vie était aussi débordante d’aventures surprenantes que la mienne, et que le temps ne faisait que passer, sans aucun sens : il était simplement agréable de se voir de temps en temps pour entendre la musique folle du cerveau de l’une faire écho à la musique folle du cerveau de l’auteur. »

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 16:20

             J’ai reçu ce petit livre (à la très belle couverture !) dans ma box mensuelle. On me l’avait présenté comme un livre de SF.

            Un couple de scientifiques, Pr Kirino et Pr Wei, a créé une machine qui permet de revivre un événement passé, sous certaines conditions : « une seule et unique fois par période visitée pour une seule et unique personne ». Le « voyageur » dans le passé observe les faits sans pouvoir intervenir, un peu à la manière d’un fantôme invisible. Un zoom tout particulier est fait sur un événement contesté et méconnu (je n’en avais jamais entendu parler, pour ma part) : l’Unité 731. Cette unité militaire japonaise, active en 1932 et en 1933, effectuait des expérimentations et autres tests médicaux sur des Chinois (mais aussi des Coréens et des Russes) dans des conditions barbares et inhumaines. Une sorte d’Auschwitz chinois. Certains Japonais ont minimisé voire nié les tortures subies par les cobayes, d’autres n’ont pas compris quel était le véritable problème. La machine révolutionnaire de Kirino et Wei a donc pour objectif d’aller témoigner, vérifier et certifier la véracité des événements de l’Unité 731. Mais lorsque sont envoyés des membres de la famille des victimes, la fiabilité des témoignages devient plus que douteuse…

             J’ai été déstabilisée par ce livre atypique qui est une fiction prenant des airs de documentaire : interviews, témoignages, dépositions, retranscriptions de discours, tout est fait pour qu’on croie véritablement cette histoire de voyage dans le temps. Des réflexions judicieuses sur les responsabilités des bourreaux, le contexte particulier et « anormal », le désir de vérité ou encore la place de l’historien ont jalonné ce livre déroutant. Ce qui est sûr, c’est que je n’oublierai pas de si tôt les ventres des femmes enceintes qu’on ouvre sans anesthésie et les bras nus des marcheurs qu’on envoie se geler par -20… Un procédé original, malin et édifiant pour évoquer un événement historique.... et secouer le lecteur.  A lire.

« vous pouviez regarder l’histoire en train de se dérouler, comme une pièce de théâtre. »

« Au cours de cette période anormale, il a effectué des choix anormaux. Certains en prendraient peut-être prétexte pour affirmer qu’on ne peut pas le juger. Or, comment peut-être juger qui que ce soit, sinon dans les circonstances les plus anormales ? »

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 11:36

 

           Je voulais une lecture légère et pas compliquée dans une période intense de représentations théâtrales, j’ai trouvé ce que je cherchais !

           Le roman débute sur trois histoires en parallèle : Tess, mariée à Will depuis des années, maman d’un petit garçon, apprend que son mari est tombé amoureux de celle qui est à la fois sa meilleure amie, sa collègue et sa cousine (et leurs mères sont jumelles). Devant Will et Felicity qui avouent honteusement leur amour, Tess fuit, avec son fils, chez sa mère. Là-bas, elle retrouvera un ex-petit ami.

             Rachel, elle, désormais grand-mère, vient d’apprendre que son fils et sa bru immigrent aux Etats-Unis en emmenant, bien sûr, son petit-fils adoré. Cette séparation à venir ne fait que raviver la douleur de la perte de sa fille, Janie.

            Et enfin, conforme au titre du roman, Cecilia mère de trois filles et heureuse épouse de John-Paul, découvre une lettre, au grenier, portant la mention « A n’ouvrir qu’après ma mort » et signée par son mari. Lorsqu’on découvre une telle lettre, que faire ? Résister à sa curiosité ? L’ouvrir coûte que coûte ?

           Ce roman réserve bien des surprises, des rebondissements et des révélations où, finalement, les trois histoires vont se trouver intimement liées. Malgré quelques longueurs et répétitions, les 500 pages se lisent en un rien de temps – c’est le genre de livre où sauter une ligne ne pose aucun problème de compréhension générale, si vous voyez ce que je veux dire… Pour moi, ce roman a rempli sa mission qui était celle de me détendre et de me vider la tête. Retiendrai-je quelque chose ? Pas sûr mais, à l’instant T de lecture, certains passages nous permettent de réfléchir sur le pardon, l’amour conjugal, l’amour pour son enfant ou encore cette idée de secret…

« Cecilia pensait savoir ce qu’était la colère – ne lui arrivait-il pas de s’emporter ? -, mais à ce moment précis, elle comprit qu’en réalité, elle n’en avait jamais fait l’expérience. C’était un sentiment insensé, formidable, absolu, d’une ardeur incomparable. Un sentiment qui lui donnait l’impression de pouvoir voler. Voler à travers la pièce comme un démon et lacérer le visage de John-Paul de ses serres. »

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