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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 12:21

 

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              En mai 1897, c’est l’effervescence à Paris : le Bazar de la Charité est une vente publique tenue par les femmes mondaines et il est extrêmement bien vu d’y participer. Violaine de Raezal tient absolument à y être : veuve attristée au passé compromettant, elle doit s’y faire une place. Pour Constance d’Estingel, c’est tout autre chose. Elevée chez les Dominicaines, elle vient de rompre brutalement et incompréhensiblement ses fiançailles avec Laszlo de Nérac journaliste en devenir qui l’aime et qu’elle aime pourtant… Les parents de Constance, pour faire bonne figure, poussent la jeune fille à tenir un stand au Bazar de la Charité. Constance et Violaine vont se retrouver  guidées et couvées par Sophie d’Alençon qui va les prendre sous son aile. La duchesse d’Alençon s’entête à aider les plus pauvres, à être au plus près des miséreux, des malades et des indigents et, dans une époque placée sous le signe de l’hypocrisie et du qu’en-dira-t-on, elle est un modèle de vertu et de sincérité.

                 Le 4 mai, en milieu d’après-midi, alors que les hommes – époux, frères, pères, s’apprêtaient à rendre visite à leurs femmes, sous leurs yeux horrifiés, flambe le toit du Bazar de la Charité, abritant plus de deux mille personnes ! C’est la panique générale, des corps enflammés courent dans tous les sens, d’autres s’effondrent, tous hurlent à la mort… De cette tragédie, Constance et Violaine en sortiront, blessées, brûlées, défigurées  mais vivantes. La duchesse d’Alençon, quant à elle, disparaît mystérieusement par la voie la plus obstruée par les flammes…

                Constance rescapée et déclarée folle et Violaine plus seule que jamais vont finir par se retrouver, se liant avec d’autres femmes - les moins fausses de la société. Laszlo de Nérac se bat en duel contre le beau-fils de Violaine pour sauver son honneur bafoué : on l’accuse d’avoir piétiné des femmes lors de l’incendie. Un enlèvement clandestin va achever de porter suspens et tension au dernier degré.

              Roman foisonnant, dense et passionnant, il faut bien l’admettre ! Gaëlle Nohant s’inspire d’un fait réel, l’incendie du Bazar de la Charité qui a fait plus de 120 victimes, et crée deux personnages féminins assez extraordinaires, Violaine et Constance, et nous permet ainsi d’entrer de plain-pied dans une époque où les apparences et les réputations bâtissent et détruisent des vies. J’ai beaucoup aimé cette lecture, addictive et intense en émotions. Le style, fluide et agréable, se teinte d’un lyrisme parfois exacerbé. Ça c’est pour trouver un minuscule bémol, car il est clair que je vais suivre cet auteur de près, dorénavant.

 

L’incendie  - âmes sensibles s’abstenir : « Elles jaillirent comme accouchées par les flammes, deux formes titubantes et dansantes, flambant dans leurs vêtements, hurlant le plus vieux hurlement de la terre, torturées jusque dans leur âme. Le feu les étreignit encore pour quelques pas de valse forcée, riant de leur calvaire, avant de les rejeter sur l’herbe, tous leurs cris consumés, leurs faces noirâtres crispées dans un dernier rictus qui n’en finissait pas, bras repliés le long de leurs corps rongés jusqu’à la cendre. »

Les dangers de la lecture…  : « Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s’en rendre compte, on avait un pied dansant à l’extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. »

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:59

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              Le roman commence sur les chapeaux de roue : Ann Hidden est une pianiste compositrice. Un jour de janvier, elle surprend Thomas, son compagnon en train d’embrasser une autre femme. Il ne lui en faut pas plus pour clore un pan entier de sa vie : elle quitte son homme, vend la maison qui lui appartenait, se débarrasse de tous ses effets personnels ainsi que ceux de Thomas, démissionne, change de ville, de coiffure, d’habitudes vestimentaires. Elle a pour complice un copain d’enfance, Georges, qui se dévoue pour elle et sera le seul à garder le secret de cette fuite. Fuite en avant qui la mène à Naples où elle tombe amoureuse d’une maison, la villa Amalia. Cette nouvelle vie s’accompagne de belles rencontres, Léo un médecin, Juliette, une femme sœur et amante et surtout, la petite Magdalena, fille de Léo, deux ans, coup de foudre pour Ann.

              C’est surprenant de savoir qu’un homme a écrit ce roman. Ecriture de l’urgence, style épuré ; je me suis sentie aimantée par ce texte magnifique. Etrangement, certains passages (les plus tragiques et d’autres qui mériteraient des pages et des pages) sont brefs et comme compressés pour laisser beaucoup plus de place aux relations humaines, à la contemplation de la nature (« voir Naples et mourir » prend tout son sens dans ce livre !) Le personnage féminin, complexe et passionnant m’a rappelé Catherine dans le film de Truffaut, Jules et Jim, dans sa marginalité et son désir entier de liberté, d’absolu.

              La musique, déjà omniprésente dans Tous les matins du monde, joue encore une fois un rôle essentiel. Elle permet de tisser des liens entre les êtres, de remplacer la parole, de se souvenir et de quitter. Ce n’est pas un joli livre, c’est un livre qui est beau, puissant, marquant. Un film, réalisé par Benoît Jacquot s’est inspiré de cette intrigue (sans en garder tous les personnages si j’ai bien compris.) Je n’éprouve aucune envie de le voir, bien trop emmaillotée dans les belles images distillées par ce roman.

 

             C’est Mior qui m’a tentée, elle a lu le livre deux fois d’affilée, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer ! Merci !

 

« Abritée dans la roche, la villa dominait entièrement la mer. A partir de la terrasse la vue était infinie. Au premier plan, à fauche, Capri, la pointe de Sorrente. Puis c’était l’eau à perte de vue. Dès qu’elle regardait elle ne pouvait plus bouger. Ce n’était pas un paysage mais quelqu’un. Non pas un homme, ni un dieu bien sûr, mais un être. Un regard singulier. Quelqu’un. Un visage précis et indicible. »

 

Une chaleur à faire fondre les corps… comme je l’aime : « On avait l’impression de vivre quatre mille ans plus tôt. La chaleur extrême était une déesse. Tout se taisait devant elle. Tout s’écartait soudain. Les hommes avaient peur de se trouver sur son passage. On ne sortait plus que la nuit tombée. Il n’ya avait pas un souffle d’air. »

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:44

 

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        Paul Katrakilis a hérité d’ancêtres des plus étranges, réputés pour mettre fin à leurs jours : une mère qui a choisi de mourir étouffer par les gaz du pot d’échappement de la Triumph familiale, un oncle qui a jeté sa moto contre un mur, un grand-père qui’ s’est tiré une balle dans la tête. Pour fuir ce climat nuisible mais aussi l’indifférence de son père médecin, Paul s’est réfugié dans un sport qu’il adore, la pelote basque. L’aubaine pour lui, est d’avoir été recruté par un club de Miami et de vivre là-bas dans la quiétude et la douceur … jusqu’au jour où il apprend la mort de son père. Evidemment, il n’a pas manqué de se suicider, lui aussi ! Et d’une manière plus qu’originale : se jetant du 8ème étage d’un immeuble toulousain, il a pris le temps, auparavant de scotcher sa mâchoire et ses lunettes au visage. Plus agacé qu’ému, Paul est bien obligé de se rendre à Toulouse, dans la maison familiale, pour rendre un dernier hommage à celui qu’il appelle « le gisant aux adhésifs ». Ce déplacement a mis en péril son poste de joueur de chistera mais aussi le fragile bonheur simple qu’il s’était trouvé aux Etats-Unis. Après une brève histoire d’amour avec une femme bien plus âgée et un licenciement malheureux,  notre trentenaire se voit contraint, pour pouvoir survivre, d’assurer la succession de son père, de reprendre son cabinet de médecine générale. Il le fait bien malgré lui, il n’a jamais aimé soigner des gens… jusqu’au jour où il découvre deux mystérieux carnets noirs qui vont l’aider à comprendre non seulement une partie de la personnalité de feu son père mais peut-être aussi le fil tragique qui lie ses aïeuls depuis si longtemps.

          J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume acérée de Jean-Paul Dubois que j’avais déjà pu apprécier avec Les Accommodements raisonnables et Vous plaisantez, M. Tanner. Alors que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue avec des personnages loufoques dignes d’un John Irving, le roman plonge, petit à petit dans une mélancolie noire et révèle, avec une justesse assez désespérante, une des facettes de l’humanité. C’est confirmé, j’adore l’écriture de Dubois, ses tics (le personnage principal s’appelle toujours Paul, on nous balade souvent entre Toulouse et les Etats-Unis, …), son œil à la fois amusé, cruel et lucide sur une vie qui n’a, souvent, pas grand sens…

« Les Katrakilis et les Gallieni étaient des artistes. Ils savaient mourir à n’en plus finir. Crever à la manière de ces mauvais acteurs sollicitant les rappels. Mettre en scène leurs miasmes pour embosser les mémoires, les maintenir dans l’axe du malheur, les amarrer à la peine. »

Comme disait l’un de mes professeurs pour casser les reins de quelques internes pressés d’en découdre : « Nous ne sommes là que pour assurer une zone de moindre inconfort entre les griffes du forceps et celles de la broyeuse. »

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 17:45

 

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                 C’est ce billet-là de Luocine qui m’a convaincue de lire ce roman.

                 Deux frères, Phil et George, vivent et travaillent ensemble dans les plaines sauvages du Montana au milieu des années vingt. Ils s’entendent bien, dorment dans la même chambre depuis toujours, et, à l’aube de la quarantaine, on pourrait croire que plus rien ne les séparera. Et leurs personnalités antinomiques ne constituent pas un obstacle à cette harmonie : George, surnommé « Gras-double », se laisse volontiers dominer par son grand frère plus curieux, plus vif, plus tyrannique aussi.

               Quand George tombe amoureux et épouse la veuve Rose, c’est un tremblement de terre dans le ranch familial. Il l’emmène à la maison mais Phil, jaloux et mauvais, lui rend la vie si dure, par ses regards et ses remarques sournoises, que Rose commence à boire. Le fils de Rose, Peter, vit encore dans le souvenir de son père pendu mais son intelligence et sa discrétion lui seront précieuses pour se venger à son tour.

               Ce western littéraire nous plonge d’emblée dans un univers âpre, masculin, fait de non-dits et de sous-entendus, gouverné par la méchanceté de Phil. C’est exactement le genre de lecture qui me plaît, habituellement, et pourtant, je suis restée à côté tout le long. J’ai bien une explication : le contexte de ma lecture qui a duré une dizaine de jours. Il me faut de longues plages de lecture pour m’imprégner d’un livre et ne pas perdre le fil. J’ai découvert dans l’excellente postface d’Annie Proulx que je n’avais même pas réellement saisi la personnalité de Phil (oui, je me mets à nu devant vous…). Un roman qu’il me faudra un jour relire, donc, pour comprendre l’engouement de Luocine !

 

« Phil eut un instant envie de se lever et de féliciter George de ne pas l’avoir déçu, d’être bien comme il l’avait espéré, comme il l’avait cru, comme il avait su qu’il était. Mais évidemment il ne l’avait pas fait, parce qu’il n’y avait jamais eu de sentiment exprimé entre eux par des mots et il n’y en aurait jamais. Leur relation n’était pas fondée sur la parole. »

 

Je vais la garder celle-là : « J’ai tellement faim que mon gros intestin est en train de bouffer le petit » (dit Phil…)

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:18

 

 

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           Un groupe de jeunes hippies américains se vouent corps et âme à leur gourou, leur maître, leur réincarnation de Jésus : Charles Manson. Dans une ambiance libertaire et anarchiste, l’alcool, le sexe et la consommation de drogues dures constituent le quotidien pour les membres de la « Famille ». Squattant un ranch où les maladies vénériennes s’attrapent comme le rhume, les hippies s’adonnent au creepy crawls : ces cambriolages pour rire. Mais depuis quelque temps, les mauvaises blagues et les gros larcins ont cédé la place à la violence et au crime. Charlie demande à quatre membres, Sadie, Katie, Tex et Linda, d’aller « s’occuper des cochons » qui vivent dans la maison de Roman Polanski. Nous sommes en 1969 et c’est d’abord Terry Melcher, un producteur américain qui occupait cette vaste villa luxueuse, Charles Manson lui en veut de ne pas avoir donné suite à ses talents de musicien. En bons petits soldats obéissants, Tex, Katie et Sadie pénètrent au 10050 Cielo Drive alors que Linda se contente de faire le guet à l’extérieur. C’est le carnage : la maison est saccagée, les quatre occupants sont torturés avant d’être froidement exécutés. Parmi les victimes, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois.

 

           Chronologiquement condensé, ce récit fait froid dans le dos par l’indifférence dont font preuve les protagonistes et qui n’est pas sans rappeler les attentats actuels. Cette même brutalité se retrouve dans la manière de raconter les faits. Simon Liberati ne juge pas, ne donne pas son avis, ne défend ni ne condamne ses personnages. On obtient quelque chose d’assez trash, bien documenté, à la fois édifiant et écœurant. Des détails comme cette inscription de « Pig » faite avec le sang des victimes sur les portes de la villa, la torture à la fourchette (je vous laisse imaginer…) ou l’idolâtrie de Charles Manson pour Hitler… font de ce roman une histoire à la fois captivante et abominable, je suis contente de l’avoir lu sans avoir aucune envie de le relire !

​C'est ma première lecture de la rentrée littéraire... fruit d'un joli cadeau... merci !

 

« La loi de la Famille voulait qu’un nouvel arrivant abandonne tout ce qu’il possédait à la communauté. Juste histoire de montrer qu’on n’était pas là seulement pour prendre son pied et taper de la came. »

« La peur de Sharon Tate était si grande qu’elle était entièrement anesthésiée. Elle ne sentait plus sa peau transpirer contre le velours du canapé, elle ne sentait plus ses pieds, il lui semblait qu’elle flottait dans le vide suspendue à une bulle invisible. Le monde était devenu illisible. Elle reconnaissait bien des fragments de la réalité mais ils ne formaient plus un tout cohérent.»

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 19:27

 

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            Ce bouquin faisait partie de mes lacunes de lectures. Pire, je l’avais commencé il y a 4,5 ans et j’en ai abandonné la lecture au bout d’une trentaine de pages. Pour ne rien arranger, j’ai découvert Harper Lee en livre audio avec Va et poste une sentinelle que je n’ai pas aimé … Tout ça partait donc du mauvais pied, et pourtant…

             Au début des années 30, dans une petite ville (fictive) d’Alabama, Atticus Finch, un avocat veuf, élève seul ses deux enfants, Jem l’aîné et Scout la cadette (la narratrice), avec l’aide de la gouvernante et cuisinière noire, Calpurnia. Par de petits faits parfois anodins : les relations avec le voisinage, les premiers jours d’école de Scout, les amours et les conflits enfantins, l’émerveillement devant la neige –si rare en Alabama-, l’immersion dans la lecture, ce roman initiatique dépeint parfaitement la vie d’une jeune fille blanche mais aussi le quotidien d’une petite ville du Sud des Etats-Unis, pendant la Grande Dépression. Cette première partie a été agréable, douce, amusante parfois, édifiante aussi avec cette éducation à la Atticus franchement moderne, ouverte et généreuse. J’ai trouvé que le roman gagnait réellement en force et en qualité dans la deuxième partie. Atticus se voit défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune Blanche. Il n’en est rien mais nous sommes à une époque où les Noirs sont déjà coupables de vivre… Le père de la prétendue victime, même s’il obtiendra gain de cause va se venger d’Atticus pour avoir semé le doute dans les esprits des gens et s’attaquera à Jem et à Scout.

           Quel roman ! Le personnage d’Atticus incarne pour moi une sorte de perfection, déjà dans la manière dont il élève ses enfants mais aussi en tant qu’homme, il est doux, compréhensif, ouvert, indulgent, tenace. Il défend la cause des Noirs avec justesse et raison, il fuit violences et agressivité et sera le premier surpris de l’acte de vengeance que commettra Bob Ewell. C’est justement ce statut d’homme modèle qu’on perd complètement dans Va et poste une sentinelle qui est le livre du désenchantement (à se demander si c’est bien le même auteur qui a écrit les deux !). On sort de To Kill a Mocking Bird porté par un élan d’espoir, un besoin de lutter dans le calme et la paix pour rendre le monde plus juste. Et rien que pour ça, ce livre mérite vraiment d’être culte !

 

Quelques conseils d’Atticus :

« tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue… »

 « Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais ça peut arriver. »

 

L’explication du titre : « c’est un péché de tuer un oiseau moqueur […] Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. »

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 07:20

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          En ce qui concerne les livres, je peux me révéler très faible… j’ai craqué pour une box mensuelle (pour laquelle je ne ferai pas de pub). Pour les quelques rares qui ne connaîtraient pas, j’ai donné quelques préférences de lectures et, chaque moi, je reçois un livre surprise qui correspond à mes critères. Avec celui-là, c’est tombé juste et bien.

           Nous sommes à Paris, en 1924. C’est l’été, le narrateur, Jake, et ses amis américains comme lui, projettent de partir ensemble en Espagne. Entre Robert Cohn, l’éternel casse-pieds que tout le monde aimerait voir quitter le groupe de potes, Mike l’insolent, Bill le fantasque et la jolie Brett qui rend tous les hommes fous d’elle, le narrateur passe du bon temps à flâner, à boire et à manger dans les bistrots ou les meilleurs restaurants de la capitale. Cap vers Pampelune où cette petite troupe va d’abord aller pêcher puis assister aux fameuses fiestas espagnoles. Farniente, beuveries et corridas sont au programme. Brett après avoir eu une liaison avec tous les hommes du groupe, s’éprend de Romero, le beau torero de 15 ans de moins qu’elle. Cette aventure va tourner court et conduira la belle et le narrateur à Madrid.

               Cette lecture a été assez étrange parce que les personnages ne font finalement pas grand-chose à part se saouler ; leurs dialogues sont souvent creux, répétitifs,  on aurait même tendance à s’ennuyer … et puis, il reste une atmosphère qu’on sent bien digne d’un grand romancier. Cet entre-deux-guerres se force à la joie et au bonheur. Il s’agit de faire la fête pour oublier, les personnages semblent si désinvoltes qu’on comprend vite qu’ils cachent un mal-être plus profond. Rire pour ne pas pleurer. Un carpe diem parfois bien triste pour cette « génération perdue »…

             Ce roman paru en 1926 est le premier succès d’Hemingway et on y trouve déjà des ingrédients chers à l’auteur : Paris dont les descriptions des années 20 sont délicieuses, l’Espagne (qu’il me tarde de voir un jour Pampelune !) et les corridas (qui me fascinent depuis … ou tu porteras mon deuil). Une lecture surprenante -sans être passionnante- qui donne un juste aperçu des Années Folles.

Une nuit, à Paris, dans un taxi : « Nous étions assis loin de l’autre, et les cahots nous rapprochaient tandis que nous descendions la vieille rue. Brett avait enlevé son chapeau. Elle renversait la tête. Dans la lumière des boutiques ouvertes, je pouvais voir son visage, puis l’obscurité revint, mais, quand nous débouchâmes dans l’avenue des Gobelins, je pus voir de nouveau son visage. La rue était défoncée et des hommes travaillaient aux rails du tramway, à la lueur des lampes à acétylène. Le visage de Brett était blanc, et la ligne svelte de son cou brilla dans la lueur vive de l’acétylène. La rue redevint noire et je l’embrassai. »

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 21:50

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        Par où commencer avec ce roman dense, mêlant les genres, tenant le lecteur en haleine au long de ses 700 pages ?!

        Le journaliste d’investigation Scott McGrath a déjà enquêté par le passé sur le mystérieux Cordova, réalisateur de films d’horreur, personnage aussi hypnotique que dangereux, terriblement secret, extrêmement fantasque et atypique. Lorsque McGrath apprend que la fille de Cordova, la magnifique Ashley, s’est suicidée du haut d’un entrepôt désaffecté, à New York, il décide de reprendre l’enquête qu’on lui avait soustraite quelques années auparavant. Rapidement, deux acolytes vont se joindre à lui : Hopper, un dealer sympatoche qui a l’art de disparaître pour réapparaitre tout aussi inopinément et la mignonne Nora, une quasi SDF qui rêve de devenir actrice. A eux trois, ils vont peu à peu tenter de cerner la personnalité d’Ashley, pianiste virtuose et belle révoltée mais aussi de percer les secrets du Peak, l’immense demeure des Cordova, devenue lieu de tournages de la plupart des films. Entre site internet réservé aux fans cordovistes et rencontres des acteurs qui ont joué pour Cordova, les trois détectives seront contraints de se poser les bonnes questions et iront jusqu’à mettre leur vie en péril…

          Roman déroutant et captivant, cette quête initiatique est un croisement entre l’univers d’Harry Potter en plus noir, celui du Projet Blair Witch et de La Quatrième Dimension. J’ai surtout trouvé qu'il proposait une belle définition du fantastique selon Todorov, cette hésitation permanente entre le réel et le surnaturel. Bref, le lecteur est manipulé, il court, il ne sait plus où il est ni qui il est, il halète, il ne dort plus tellement il a envie de connaître la suite. Les imperfections sont rares dans ce brillant pavé, la flopée de mots en italiques m’a un peu agacée, tendant à prendre le lecteur pour une grosse nouille qui ne comprend pas quels sont les mots les plus importants. J’ai adoré baigner dans cette atmosphère newyorkaise glauque et énigmatique. Marisha Pessl a forcé le trait en accompagnant sa prose de coupures de journaux, de photos, de pages internet, de rapports de police et de notes griffonnées à la main. Pour finir, je trouve la couverture assez représentative du contenu du livre : hypnotique et ensorcelant.  Le roman ne demande qu’à être adapté au cinéma, attendons.

 

« L’argent fait ça aux gens. Il les emmène au pressing pour les amidonner et les repasser, cruellement, de sorte que tout ce qui dépasse, toute la poussière, la faim et les rires innocents, est nettoyé. Rares sont ceux qui survivent aux grandes fortunes. »

« Il n’y avait nulle part où aller – rien qu’un autre panneau en bois, à soixante centimètres. Une autre boîte, apparemment. Je passai ma tête à travers l’ouverture. Il y avait un peu plus de lumière et d’espace, mais le précédent cercueil en occupait la majeure partie, puisqu’il trônait en son centre. Là non plus je ne pouvais pas m’asseoir ; le plafond n’était plus haut que de quelques centimètres. Je me hissai sur le ventre le long de la bordure extérieure et, une fois sorti du trou, je sus que j’avais raison : je me retrouvais dans une autre boîte hexagonale. »

Lu dans le cadre du Challenge Pavé de l'été 2016 chez Brize !

pavé2016moyen

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:16

 

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             Il me tardait de découvrir ce grand romancier américain !

             Le shérif Walt Longmire, veuf, s’apprête à marier à sa fille unique, Cady. Il a encore quelques points à régler pour que l’union se passe, dans les meilleures conditions possibles, selon les rites amérindiens, dans une réserve amérindienne. Il est pourtant témoin d’une chute mortelle d’une jeune femme tombée du haut d’une falaise. La thèse du suicide est très vite écartée, la jeune femme a chuté avec, dans ses bras, son petit bébé. La mère meurt, le bébé est sauf, et voilà le shérif embarqué bien malgré lui dans l’enquête. C’est surtout Lolo Long, cette Indienne incroyablement belle, chef de la police tribale, à l’attitude guerrière et virulente qui lui demande de l’aide.

            Quel voyage ! Nous accompagnons les Amérindiens du XXIè siècle, de bars en bars, de virées dans un pick-up brinquebalant en séances chamaniques où Longmire goûte, pour la première fois, au peyote –ce cactus aux vertus hallucinogènes (très mignon par ailleurs, voir plus bas.) Ce shérif qui est le personnage central d’une série de polars, est imperturbable à souhait, drôle et courageux. La chef Lolo Long n’est pas en reste et détone et par sa beauté et par son cran. J’ai beaucoup aimé cette lecture, l’intrigue est passionnante, les rebondissements savoureux, et quand on sait que l’auteur vit à côté des réserves Crow et Cheyenne dans un parfait respect de l’autre, on a juste envie de dire « Chapeau ! » et de lire un autre de ses bouquins !

 

« Au pied de la corniche coulait Tie Creek, mais on était en été et l’eau ne nous arrivait qu’à la cheville. Nous franchîmes la petite rivière en marchant sur des pierres rondes – le chien traversa à grands renforts d’éclaboussures – et nous poursuivîmes entre les arbres jusqu’à la colline suivante. La vue sur la partie basse des falaises était plus dégagée, car elle réfléchissait la vive lumière du soleil dont les rayons descendaient tout droit comme sur une image biblique ; les parois rocheuses au-dessus étaient très impressionnantes, et je devais admettre que cet endroit était vraiment d’une beauté rare. »

 

 

Un gamin maigrichon, au bord d’une route, ne porte qu’une seule chaussure.

 « - T’as perdu une chaussure ?

Il tourna ma tête en entendant ma voix, et me regarda.

   - Non. (Son sourire était immense, béat.) J’en ai trouvé une. »

 

Je remercie les éditions Gallmeister !

 

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 11:08

 

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            J’avais lu cette autobiographie il y a presque vingt ans, je n’en ai pas gardé un grand souvenir, je comprends pourquoi.

             Sartre nous raconte les 10-12 premières années de sa vie. En deux chapitres : « Lire » évoque ses premiers émois de lectures et « Écrire »  son approche de l’écriture. Je connaissais pas mal d’extraits de ce livre et je dois dire que ce sont les extraits que je connaissais que j’ai trouvé les meilleurs ! Sartre a tout de même une personnalité très particulière. Orphelin de père, affublé d’une mère qu’il considère comme une grande sœur, « soumise à tous », c’est surtout son grand-père qui va avoir une influence sur le petit garçon. Je dis « petit garçon » mais Sartre n’a rien d’un enfant. Avant de savoir lire, il fait semblant, quand il commence à écrire, ses ambitions sont déjà très hautes. Et l’enfant a d’ailleurs une très haute opinion de lui-même, petit déjà, il réclame la gloire et les honneurs et ne peut comprendre qu’on sourit lorsqu’il lit ses textes.

              Je me suis profondément ennuyée en lisant ce livre -pourtant- court. Le style m’a paru ronflant, arrogant, égocentrique mais le contenu m’a aussi agacée. Lorsqu’il ne résume pas un de ses romans en devenir, il porte sur les autres un regard hautain, il se prédit un avenir de héros ou de génie méconnu, tout en se livrant à des plagiats sans rougir aucunement. Après avoir lu les excellents Mémoires d’une jeune fille rangée de Beauvoir, ma déception est grande. Bien sûr que l’écriture est belle mais j’avoue n’avoir eu aucune indulgence face à cet être complètement détaché de la réalité et de la vraie vie. La fameuse citation « J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple. » prend une saveur toute différente.

 

« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité! Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long et m'eût écrasé. Par chance, il est mort en bas âge; au milieu des Énées qui portent sur le dos leurs Anchises, je passe d'une rive à l'autre, seul et détestant ces géniteurs invisibles à cheval sur leurs fils pour toute la vie; j'ai laissé derrière moi un jeune mort qui n'eut pas le temps d'être mon père et qui pourrait être, aujourd'hui, mon fils. Fut-ce un mal ou un bien? Je ne sais; mais je souscris volontiers au verdict d'un éminent psychanalyste: je n'ai pas de Sur-moi. »

Etre orphelin de père… : « Moi j’étais ravi : la triste condition imposait le respect, fondait mon importance ; je comptais mon deuil au nombre de mes vertus. »

« si je veux étonner, c’est par mes vertus. »

« Le génie n'est qu'un prêt : il faut le mériter par de grandes souffrances, par des épreuves modestement, fermement traversées. »

« On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d'écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. »

 

Afficher l'image d'origine            Caricature de Sartre écrivant son Flaubert  Dessin de J. Redon publié dans le Figaro littéraire le 7 mai 1971. Archives Gallimard. D.R.

 

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