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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 17:22

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           Ce roman participe à l’opération « Vidons ma PAL pour mieux la remplir à nouveau », il y est depuis des années et des années.

Mark Sway est un garçon de 11 ans débrouillard et espiègle. Ce jour-là, il va montrer à son jeune frère plus timoré, Ricky, comment on fume, dans un petit bois, non loin du mobile-home familial. Les garçons tombent sur un type dans une voiture qui essaye de se suicider. Mark se glisse discrètement pour retirer le tuyau qui mène du pot d’échappement à la fenêtre du conducteur. Mais il se fait repérer. Le désespéré s’appelle Jerome Clifford et est/était l’avocat d’un truand de la Mafia, Barry Muldanno. Avant de mettre fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête, l’avocat va révéler un terrible secret à Mark. Entre un petit frère traumatisé, une mère affolée, des policiers qui tentent de savoir si l’avocat a fait des révélations avant de se donner la mort, Mark comprend vite que son secret est brûlant et met sa propre vie en danger. Il se dégote une super avocate, Reggie Love, qui va tout faire pour éviter le pire. Fugues, mensonges, tribunal, prison, cinquième amendement, … Mark ne va plus connaître un seul instant de repos.

          J’ai beau cherché dans mes souvenirs, je n’ai jamais lu cet auteur archi connu. Même si c’est très américain avec FBI, police menaçante, Mafia et tout le tintouin, ça se lit vraiment bien et l’intrigue est captivante. Dans ce roman à suspense, John Grisham a réussi à placer un enfant au centre de l’histoire et à l’ériger en véritable héros. Impertinent, courageux, rusé, cultivé (regarder des films de gangsters et des polars à la télé a du bon, semble-t-il), droit dans ses baskets usées, le jeune Mark mène son petit monde en bateau et a rarement la réaction qu’on attendrait d’un petit gars de 11 ans. Une belle découverte qui s’accompagne d’une envie de revenir vers cet écrivain.

Mark, en plus de ses nombreuses qualités, sait faire preuve d’humour : « Euh… maintenant que je suis une célébrité, j’imagine que Hollywood va frapper à ma porte. Je sais bien, en ce moment, nous n’avons pas de porte, mais ça va s’arranger, hein, Reggie ? Je suis sûr qu’ils vont vouloir faire un grand film sur l’enfant qui en savait trop long. Ça m’ennuie de dire ça, pour des raisons que vous devez comprendre, mais, si ces gangsters se débarrassent de moi, le film aura un succès fou, et maman et Ricky pourront se la couler douce. Vous me suivez ? »

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25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 18:34

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       Janina Doucheyko vit seule sur un plateau aux hivers hostiles, en Pologne, tout près de la frontière tchèque. D’un certain âge, férue d’astrologie, appréciant et respectant beaucoup les animaux, cette ancienne ingénieure des ponts et chaussées regarde souvent d’un œil critique l’espèce humaine qui l’entoure. Et il faut dire qu’entre policiers malhonnêtes et paysans rustres et sauvages, elle est servie. Seul Dyzio trouve grâce à ses yeux, il vient la rejoindre de temps en temps pour qu’ils traduisent ensemble des poèmes de Blake. Un homme est retrouvé mort, puis un autre, puis un troisième. Leur point commun – chasser la bête sauvage avec une cruauté sans nom – n’échappe pas à notre héroïne qui multiplie les lettres adressées à la police et ne manque pas de distribuer les éléments de sa théorie qui consiste à penser que l’animal se venge sur l’homme…

       Malgré la chape de plomb de l’étiquette « Prix Nobel », malgré le titre plus que sinistre, j’ai d’emblée trouvé le style de l’autrice gracieux, léger, un brin espiègle, très authentique. On y est, dans cette contrée polonaise où les hommes sont plus sauvages que les animaux, on s’attache à Janina qui déteste son nom, qui veille sur les maisons du voisinage désertées l’hiver et qui passe parfois pour une folle. On se prend même à son jeu, cette passion pour les animaux (les antispécistes y trouveront le bonheur d’ailleurs !) Pourquoi n’en fais-je pas un coup de cœur ? Certains passages notamment ceux dédiés à l’astrologie ne m’ont pas intéressée suffisamment et mon enthousiasme de début de roman s’est un peu essoufflé vers la fin de ma lecture.

       Je remercie à la fois Luocine et Keisha pour m’avoir incitée à lire cette autrice qui serait sûrement encore longtemps restée inconnue chez nous sans ce prix Nobel de Littérature.

 

L’autrice distille de petites touches d’humour par-ci par-là :

Les hommes sont souvent peu loquaces : « J’ai ma théorie sur le sujet. L’âge venant, beaucoup d’hommes souffrent d’une sorte de déficit, que j’appelle « autisme testostéronien ». Il se manifeste par une atrophie progressive de l’intelligence dite sociale et de la capacité à communiquer, et cela handicape également l’expression de la pensée. Atteint de ce mal, l’homme devient taciturne et semble plongé dans sa rêverie. Il éprouve un attrait particulier pour toutes sortes d’appareils et de mécanismes. »

J’adore cette citation : « D’une certaine façon, les gens comme elle, ceux qui manient la plume, j’entends, peuvent être dangereux. On les suspecte tout de suite de mentir, de ne pas être eux-mêmes, de n’être qu’un œil qui ne cesse d’observer, transformant en phrases tout ce qu’il voit ; tant et si bien qu’un écrivain dépouille la réalité de ce qu’elle contient de plus important : l’indicible. »

« Il y a un vieux remède contre les cauchemars qui hantent les nuits, c’est de les raconter à haute voix au-dessus de la cuvette des W.-C., puis de tirer la chasse. »

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 15:35

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       Pour rappel (pas forcément indispensable à la survie de l’espèce humaine), j’ai longtemps eu un a priori négatif au sujet de cet auteur, peu enthousiasmée par Ouragan. J’ai (heureusement) changé d’avis et me trouvai comblée par les lectures de Salina ou d’Eldorado.

       Le Roi Tsongor a mis des décennies à vaincre, gagner des terres et obtenir le statut de très haut dignitaire respecté de tous. Aujourd’hui, il marie sa fille Samilia à Kouame. Mais un homme venu d’ailleurs, Sangor Kerim débarque à quelques heures de la cérémonie en arguant que Samilia avait jadis fait le serment de devenir sa femme. Tsongor ne sait pas choisir entre les deux hommes et c’est, accompagné de son ancien ennemi devenu ami et confident – Katabolonga – qu’il se donne la mort. Il pense ainsi éviter un conflit entre Kouame et Sangor Kerim. Mais l’inverse se produit et une guerre violente va opposer les deux clans. L’âme de Tsongor va accueillir les nouveaux morts et errer jusqu’à ce que son cadet, Souba, ait honoré sa promesse, faire bâtir à son père sept tombeaux à travers le pays.

       N’étant ni fan des épopées ni férue de violences, c’était un peu mal barré pour moi. Pourtant, la force du récit doublée de l’écriture magistrale de l’auteur ne peuvent que séduire le lecteur, voire l’envoûter complètement. De nombreuses images - très fortes – martèlent l’histoire contée et la rendent inoubliable : le cimetière de tortues, le mort qui se couvre les oreilles pour ne pas entendre le rire de son père, les Amazones à dos de zébu, les sept tombeaux érigés par le fils pour le père, le fidèle porteur de tabouret, la sublime tirade de Samilia … Le récit prenant et bouleversant dénonce superbement les méfaits de la guerre et de l’esprit de vengeance.

« Le visage d’éternité de Tsongor, peu à peu, se construisait, dans la sueur et l’effacement de Souba, tout entier à sa tâche. Les tombeaux naissaient et il lui semblait, à chaque fois qu’il en achevait un, à chaque fois qu’il scellait la porte de ces demeures silencieuses et quittait les lieux, il lui semblait entendre comme un soupir lointain sur son épaule. Il savait ce que cela signifiait. Tsongor était là. A ses côtés. Dans ses nuits de rêves et ses journées de labeur. Tsongor était là. Et ce soupir que Souba entendait à chaque tombeau achevé lui disait toujours la même chose. Qu’il s’était acquitté de sa tâche et que Tsongor le remerciait. »

     Résultat d’images pour La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé    Résultat d’images pour La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé    Résultat d’images pour La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 14:53

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       La narratrice et unique personnage a accepté l’invitation d’un couple d’amis : passer quelques jours dans un chalet autrichien. Alors que Louise et Hugo tardent à rentrer de la ville voisine, la quarantenaire rejoint la gorge, un peu plus bas, et se cogne à un mur. Une immense paroi invisible va la séparer du reste du monde. Lynx, le chien des propriétaires la tient compagnie dans ce chalet qui jouxte une forêt, et deux jours plus tard, elle trouve une vache qu’elle appelle Bella. Avec un chat surgi de nulle part, ce sera là ses seules compagnies. Il s’agit de survivre, de se trouver à manger, de couper du bois pour avoir chaud et de traire la vache. La monotonie des journées est entrecoupée d’événements qui ponctuent cet apprentissage de la solitude : la cueillette des framboises, un terrible orage, la mise bas d’un veau, la mort d’un animal, l’arrivée d’un autre.

       Dès les premières pages, les similitudes avec le sublime Dans la forêt de Jean Hegland sautent aux yeux et il m’a fallu un certain temps pour éloigner la comparaison. Par ailleurs, deux sentiments contradictoires ont vu le jour : une certaine monotonie due à la banalité des faits évoqués (qu’est-ce qu’on mange, quel temps fait-il, quel animal a bobo…) contraste avec une vraie fascination puisqu’on a envie de savoir si l’héroïne va un jour revoir un humain, si elle va tenir le coup et ne pas tomber dans une dépression qu’on comprendrait aisément. Le style est simple et il m’a manqué un petit quelque chose pour être séduite. Que cette mère de famille pense si peu à ses enfants et à sa vie passée m’a aussi dérangée. C’est peut-être voulu mais plus on avance dans l’histoire, moins les sentiments sont fouillés – demeure une grande frustration surtout pour les dernières pages où il se passe enfin quelque chose…mais… ! A noter que le roman, écrit en 1963, a traduit la peur ambiante de voir arriver la fin du monde dans le contexte de la guerre froide. Malgré tout, c’était une robinsonnade intéressante à lire, qui marque à coup sûr et je remercie la jolie Claudia pour ce cadeau !

« Souvent, j’essaie de me traiter comme un robot : fais ceci et va là-bas et n’oublie pas de faire cela. Mais je n’y parviens qu’un court instant. Je suis un mauvais robot. Je reste un être humain qui pense et qui sent et je ne pourrai pas perdre l’habitude de le faire. C’est pourquoi je suis assise ici et écrits tout ce qui s’est passé sans me soucier de savoir si les souris mangeront ou non ces pages. Ce qui importe c’est d’écrire et puisqu’il n’y a plus de conversation possible, je dois m’efforcer de continuer ce monologue sans fin. Ce sera le seul récit que je laisserai ; en effet, quand il sera achevé, il n’y aura plus dans la maison un seul bout de papier sur lequel écrire. »

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11 septembre 2020 5 11 /09 /septembre /2020 10:01

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       Pierre vit dans sa voiture sur les aires d’autoroute. Ingrid, qui fut sa femme, se saoule à longueur de journée, seule dans sa maison. Pourquoi ? leur fille a disparu quelques mois auparavant. Et l’histoire se répète : Marie Mercier, 12 ans, se fait kidnapper sur l’aire des Lilas, non loin de ses parents qui se disputent. La course contre la montre démarre mais les indices sont inexistants, les témoins absents et les possibilités pour le ravisseur de réussir si nombreuses. La fliquesse enquête comme elle peut dans un monde glauque et puant entre une prostituée qui s’y connaît bien en aires d’autoroutes, des chauffeurs de camion crado et un directeur de vicelard. Pierre ne lâchera jamais l’affaire non plus, trop obsédé par l’idée de retrouver le kidnappeur de sa fille et de se venger.

       Une belle découverte faite grâce à Alex, merci ! Un polar brut de décoffrage, sans concession ni fioritures. Le style est sec, les phrases courtes, parfois averbales. Les flèches sont précises, cruelles et efficaces. Le thème de l’enlèvement de l’enfant est difficile et la tragédie est transcrite avec une justesse assez bluffante. Passée la première impression de sordide mêlé au vulgaire, il faut bien reconnaître que certains passages sont de toute beauté, dégageant une poésie âpre et abrasive. Comme j’aime, de temps en temps, ce genre de roman : cru, dérangeant, fascinant. Âmes sensibles s’abstenir (c’est d’ailleurs le genre de livre qu’il ne faut pas laisser traîner non plus !)

Je lis cet auteur suisse pour la première fois et j’y retournerai !

« Le monde commence son troisième jour sans la petite Marie Mercier. Julie arrache la page du calendrier, la froisse, la jette par la vitre, et c’est comme arracher, froisser et retirer une couche d’espoir de la retrouver. Même morte. »

« La vie n’est pas linéaire. La vie est une juxtaposition de droites qui se plient. On se claque sur soi-même et on finit par être quelqu’un d’autre, par ne plus se reconnaître, ou alors on se reconnaît à travers un buvard, quand l’eau pompe et révèle ce qu’il y a en dessous. »

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2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 09:51

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       Mathilde, une Alsacienne, s’envole avec son amoureux Amine, un Marocain qui a combattu du côté des Français pendant la Seconde guerre, pour Meknès. Nous sommes en 1947. Après avoir séjourné quelque temps dans sa belle-famille, Mathilde découvre la campagne marocaine, terrain où va mûrir le projet d’Amine : faire féconder sa terre, mettre en valeur la ferme léguée par son père. Mathilde est sur tous les fronts : rapidement mère de famille, elle doit gérer ses deux enfants Aïcha et Selim, elle doit être aussi bonne fermière que maîtresse de maison, elle tente de soigner les voisins et s’entête à conserver ses traditions françaises.

       J’ai beaucoup aimé cette histoire qui fait un pont entre deux cultures : l’Alsace qui – par ses coutumes et ses traditions - est vraiment bien décrite (je suis Alsacienne) et le Maroc qui, dans les années 50 appartient aussi à ces deux cultures entre les colons qui ont envahi le pays et les indigènes qui revendiquent leur indépendance. Comme on peut s’y attendre, c’est un roman fort et dénué de jugement. Sans manichéisme aucun, Leïla Slimani pose ses personnages et les laisse agir, Amine est doux et travailleur, ferme avec sa femme et ses enfants mais compréhensif … jusqu’à un certain point. Mathilde accepte avec une belle résignation le choix qu’elle a fait et parvient à se couler dans le moule de la parfaite Marocaine. Ces deux-là s’aiment fort sans se le dire ni se le montrer vraiment. Aïcha semble être la petite rebelle qui, on peut l’espérer, sera l’héroïne de la suite de la trilogie. Il en résulte, de ces dix années à Meknès, une violence permanente due aux nombreux antagonismes qu’il est si difficile de réconcilier : France/ Maroc, femmes/hommes, émancipation/traditions…   L’autrice s’est inspirée de la vie de ses grands-parents maternels. L’écriture est belle et voluptueuse, la magie du voyage opère sans effort. J’ai hâte de lire le 2ème tome !

       Leïla Slimani avait déjà évoqué le thème de la femme au Maroc dans Parole d'honneur.

Mathilde rentre une seule fois en France, à la mort de son père. Une fois là-bas, elle hésite à revenir au Maghreb mais elle reviendra : « Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte. Forte de ne pas être libre. Et lui revint en mémoire ce vers d’Andromaque appris à l’école, elle la pathétique menteuse, l’actrice du théâtre imaginaire : « Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne. »

Les soldats marocains envoyés en France pour se battre : « Il fallait se battre, vaincre et puis rentrer. Aucun bruit ne devait être fait. Aucune question ne devait être posée. »

Aïcha découvre la mer pour la première fois : « … le bruit étourdissant de la mer. C’est cela d’abord qui lui plut. C’est cela qu’elle trouva beau. Ce bruit, comme celui d’un souffle dans un journal que l’on roule en forme de longue-vue et que l’on colle contre l’oreille d’un autre. Ce bruit, comme la respiration de quelqu’un qui dort, heureux et plein de rêves. Ce ressac, cette fureur tendre à laquelle se mêlaient, un peu assourdis, les rires des enfants qui jouaient, les recommandations des femmes – « Ne t’approche pas trop, tu pourrais te noyer ! » -, la complainte des vendeurs de pépites et de beignets qui se brûlaient les pieds dans le sable. »

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 13:01

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       Il y a peu, j’ai fait une razzia sur quelques romans de Jean-Paul Dubois qui ne m’a jamais déçue. Vous risquez donc d’en entendre parler encore dans les mois à venir…

       Paul Peremülter, écrivain, vient de divorcer. Sa femme l’a quitté et il se rend compte que ce n’est pas une si mauvaise chose. Il en profite pour faire une pause : il arrête d’écrire, quitte Toulouse, se rend aux Etats-Unis où il multiplie les petits boulots et finit par s’arrêter au Québec. Il repense à son père mort noyé dans un lac lors d’une sortie pêche. Deux fois par mois, il laissait derrière loin la France pour s’adonner à son sport favori. Paul se recueille près du lac, retrouve un ancien ami de son père et découvre, par la même occasion, un secret longtemps gardé. De ce secret, Paul se sentira malaimé et encore moins sûr de l’amour que pouvait lui porter son père. Il veut relever un défi réputé insurmontable : traverser seul une forêt dense et inextricable, les Bois sales.

       Quelle merveille que ce petit roman : démarrant fort doucement, le rythme s’amplifie, se renforce ; la tension monte, les émotions occupent toute la place. Entre nature writing et récit initiatique, la place du père (comme souvent dans les romans de Dubois) se fait imposante et se lie avec cette belle nature canadienne. J’ai été bouleversée plus d’une fois, le livre m’a vraiment parlé, je me suis identifiée à ce personnage orphelin de père et à sa quête d’amour. Cerise sur le gâteau, de belles réflexions sur la littérature vs la vie réelle jalonnent le roman : Paul fait une pile des livres qu’il a écrit, « vingt-quatre centimètres de haut pour trois kilos quatre cent quatre-vingt-dix grammes de papier. » Eh oui, l’humour côtoie l’émotion comme souvent chez cet écrivain de talent. Excellente pioche !

« qu’ai-je donc en moi qui m’a toujours empêché de vivre en paix ? C’est, il me semble, une question que nous portons tous en nous, qui tantôt nous vrille la cervelle, tantôt se tortille dans la vase de nos ventres, une question dont jamais nos os ne s’accommodent et que, pour rien au monde, nous ne voudrions nous poser. Et, avec le temps, elle finit par remonter de notre gorge, peser sur notre langue, au point, le jour, de nous ôter la parole et, la nuit, de nous faire crisser des dents. »

« Faire un livre est une chose très simple. Il suffit de ne pas vivre. De s’arrêter, d’attendre que les morts sortent de terre, les sentiments de l’oubli, et les vers de la vase. Il suffit de décomposer les images du bonheur pour entendre, derrière le bruit des bouches qui s’embrassent, résonner le murmure des indicibles questions que chacun porte en soi. »

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 10:59

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       Si j’ai entrepris cette (longue) lecture (620 pages) c’est pour trois raisons : la renommée Keisha ne pense que du bien de cette autrice, Le Secret du mari que j’ai lu m’a paru suffisamment léger pour que je fasse de ce roman une lecture de vacances et enfin, j’ai adoré adoré la série Big Little Lies adapté du roman Petits secrets, grands mensonges de la même autrice.

       Un dimanche ensoleillé à Sydney. Vid le bon vivant n’a qu’une envie : inviter ses voisins pour un grand barbecue lors duquel il pourra en mettre plein la vue à tout le monde. Tiffany, sa femme si pulpeuse, se rangera vite à ses côtés. Les voisins plutôt coincés, Erika et Oliver, sont accompagnés de leurs amis Clémentine et Sam, et leurs deux fillettes. L’ambiance est franchement détendue, Tiffany se met à se confier sur son passé de strip-teaseuse, le ton est grivois, ce qui plaît moins à Erika et Oliver. Soudain le drame.

       La narration est faite de telle sorte qu’on ne nous dévoile que très progressivement les composantes de ce fameux barbecue. On comprend dès les premières pages que, huit semaines plus tard, tout a changé : Clémentine et Oliver sont au bord de la rupture, Erika a de plus en plus à gérer sa mère qui garde tout (le syndrome de Diogène pour ceux qui connaissent, … entre pots de yaourt vides et vieux sapin de Noël de 1980, il faut tout conserver et la maison peut vite déborder au sens propre du terme), le voisin Harry insupportable et acariâtre au possible ne donne plus signe de vie du tout, la fille de Vid et Tiffany, Dakota, se mure dans un silence inquiétant. On mettra des centaines de pages à comprendre ce qu’il s’est passé ce fameux dimanche. Cette tension fait plaisir mais elle dure vraiment trop longtemps. J’aurais aimé lire la même histoire avec deux cents pages en moins. Je ne conseille donc ce livre qu’à ceux qui cherchent une lecture facile et légère, nullement effrayés par les 620 pages.

Erika n’a pas eu une enfance facile : « On peut sauter tellement plus haut quand on est sûr de pouvoir retomber en sécurité. »

 

2ème pavé de l’été :

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 11:31

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       Sur mon blog, j'ai loué maintes fois le talent de Jean Echenoz dont les romans m’ont tous plu. Je me serais passée d’une exception…

       Gérard Fulmard a le profil du parfait looser : viré de son boulot de steward, il vit seul dans la rue Erlanger (celle-là même qui a vu Mike Brant se suicider). Plutôt enveloppé, il pense avoir une idée de reconversion : « Cabinet Fulmard Assistance, Renseignements & Recherches, Litiges & Recouvrements, Promptitude & Discrétion », voilà l’annonce qu’il rédige pour un journal gratuit. Quelques rares clients se pointent mais ça se termine toujours mal. Fulmard est finalement recruté par son psychiatre pour une mission bien particulière. Il est question d’un parti politique chancelant et d’une fausse prise d’otage. Mais aussi d’un vieux dirigeant sur le déclin amoureux de sa bru…

       L’auteur refuse l’appellation de « parodie de polar » pour son roman et préfère qu’on le qualifie de « roman noir ». Pourtant, il s’agit bien d’une sorte de pâle copie de l’univers de J.M. Erre qui entrerait en collision avec l’humour d’un Schwartzmann mais comment dire… c’est un peu raté, selon moi. Le problème, c’est que je suis restée à côté de l’histoire de la première à la dernière page. J’avais l’impression que tout était cousu de fil blanc, depuis l’atterrissage de boulons géants sur un supermarché (il paraît que ça arrive…) jusqu’aux liaisons sentimentales diverses et variées, en passant par la naïveté de l’anti-héros. C’est prévisible, inintéressant, voire agaçant … pas complétement puisque je suis tout de même allée au bout 236 pages mais j’aurais préféré de pas les lire. Déception donc.

Surtout lisez autre chose de cet excellent écrivain : Courir, 14, Envoyée spéciale, Des éclairs, …

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13 août 2020 4 13 /08 /août /2020 09:47

 

N'essuie jamais de larmes sans gants - Jonas Gardell - Babelio

        En Suède. Rasmus a 18 ans, il vient d’avoir son bac et quitte son village perdu pour rejoindre Stockholm. Nous sommes en 1982 et il cherche surtout, dans la capitale, à assumer son homosexualité. Benjamin, lui, est Témoin de Jéhovah. Il est un parfait modèle pour sa communauté et consacre tout son temps libre à faire du porte-à-porte pour prêcher la bonne parole. Sa vie va basculer le jour où il va sonner chez Paul, un gay extraverti qui lui demande s’il est au courant qu’il est pédé. Benjamin ne parvient plus à refouler ce qu’il cachait depuis toujours. Rejeté par ses parents, il rejoint la bande de Paul, rencontre Rasmus et c’est l’amour fou. Mais le « cancer des gays » commence à faire parler de lui, certains hommes voient leur corps recouvert de lésions étranges, les puritains pensent que cette « peste gay » n’est qu’un châtiment de dieu. On ignore tout et on continue à vivre vite et fort jusqu’à ce que la mort s’invite et gagne la partie.

        Coup de cœur évident ! Ce roman dégage une force et un sentiment d’urgence tels que je le classerais dans les Indispensables. Il vous change un lecteur. Parfois très âpre et violent, il sait aussi tantôt donner de belles leçons de vie, tantôt se faire documentaire fouillé et pointu. La narration est d’une telle virtuosité que malgré les 844 pages, la lassitude ne s’installe jamais, l’auteur prend soin de tous ses personnages, il leur laisse une place sur le podium à tour de rôle. J’insiste, c’est vraiment un livre qu’il FAUT avoir lu, non seulement pour mieux appréhender l’émergence du sida et ses premières victimes (l’ignorance et les erreurs qui entourent les premiers mois sont comparables à celles de la covid 19) mais aussi pour mieux comprendre l’homosexualité et le combat des gays au début des années 80. Les personnages sont des héros, des martyrs, des êtres d’une beauté unique qui assument leurs différences du mieux qu’ils peuvent ; en Suède, l’homosexualité était encore classée parmi les maladies mentales en 1978 ! Quelques années plus tard, un virologue suédois propose très sérieusement de tatouer les personnes contaminées par le sida.

Quand l’amour et la mort n’ont jamais été si proches…

« Le deuil qui vous marque de son sceau devient une partie intégrante de votre personne. Et puisque le deuil est une marée, il n’est donc pas rare qu’il remonte et vous submerge avec une force époustouflante, alors que vous aviez le sentiment que tant de temps s’est écoulé, que les années ont succédé aux années. Mais puisque le deuil est une marée, il n’est pas rare non plus qu’il se retire, vous découvrez à ce moment-là que vous avez les pieds au sec et que vous devriez peut-être vous étirer les jambes et aller faire une promenade. »

premier pavé de l'été : 

 

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