Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 19:09

 

 

 

             C’est sur les conseils empressés de Lou (merci à toi, Lou !) que j’ai emprunté ce gros roman qui est le journal intime de Mary Mackenzie, une Ecossaise de vingt ans qui quitte son pays pour rejoindre son futur mari, Richard, en Chine.

             Le journal de Mary commence le 9 janvier 1903 sur le bateau qui l’emmènera, un mois plus tard, en Chine. Chaperonnée par une vieille dame insupportable, Mary, bien que naïve, se montre déjà rebelle par certains détails. La mort de sa « nounou » va l’affecter mais pas autant qu’elle l’aurait cru et cette grande enfant va surtout faire preuve d’une curiosité et d’une soif de connaissance incroyables. Un mois plus tard, elle pose un pied sur la terre chinoise où elle doit épouser son mari, Richard. De célibataire, elle va passer au statut de femme mariée puis à celui de jeune maman. Très sensiblement, doucettement, elle va réaliser que les nombreuses absences de son mari ne l’incommodent pas, et que, réciproquement, les quelques rares visites nocturnes dans son lit semblent peser à Richard. Un événement majeur va faire basculer la vie de Mary. Se promenant seule sur les collines de l’Ouest de la Chine, elle rencontre un officier japonais qu’elle connaissait déjà, le comte Kentaro Kurihama. Un amour discret et pudique va lier les deux jeunes gens pendant quelques après-midis. Et ce qui devait arriver arriva, Mary tombe enceinte. Techniquement, Richard ne peut être le père de l’enfant, il répudie sa femme en lui enlevant leur fille, Jane. Protégée et surveillée indirectement par le comte Kurihama, Mary se rend au Japon où elle va passer la plus grande partie de sa vie. Elle va commencer par élever Tomo, son fils, avant de se le faire enlever par Kentaro, son ancien amant. Après des périodes de rage et de désespoir, Mary relève la tête, consciente qu’elle ne reverra jamais ses enfants, elle devient vendeuse dans le prêt-à-porter, elle grimpe les échelons dans un pays qui ne sera jamais le sien mais qu’elle finira par aimer.


            Quelle œuvre dense et riche ! Si l’évolution de Mary, à la manière d’un Bildungsroman,  nous est donnée à voir à travers son journal mais aussi à travers les quelques lettres envoyées à sa mère, la découverte d’une Chine et d’un Japon du siècle précédent est également très intéressante. C’est un roman féministe (et c’est un homme qui l’a écrit !) qui nous présente une femme ballottée au gré des tremblements de terre japonais, de cette mentalité nippone qui reconstruit sans cesse, qui se tait souvent, des rejets des siens (sa mère, mise au courant de l’adultère, ne lui écrira plus jamais), de la solitude. Et pourtant, Mary va de l’avant, elle renonce à retourner en Europe, elle se crée sa propre définition de la liberté ! L’écriture est fluide et légère, elle a quelque chose d’aérien et de japonais, de subtilement mélancolique. J’ai été surprise aussi de découvrir quelque chose que je ne connaissais pas, une sorte de langueur et de lenteur qui me sont assez inhabituelles. A lire si on a le temps, si on est avide de délicatesse et de subtilité, si on a envie de voyager au pays du Soleil-Levant…

 

 

La découverte des sushis et la remarque cette fois peu visionnaire de l’auteur : « Les voyageurs occidentaux ne vont sûrement pas défaillir d’enthousiasme devant des bouchées de riz froid enveloppées dans des algues, aussi exquise en soit la présentation dans des bols en laque, et la garniture d’autres produits marins censés comestibles. » (Tokyo, 25 décembre 1907 )

Un tsunami : « J’étais assise sur une dune de sable en train de contempler l’eau quand cet horizon s’est soulevé. La ligne jusqu’alors parfaitement tracée où se rencontraient la mer grise et un ciel d’un gris plus clair était à présent dentelée, comme les dents de la lame d’une scie très fine, la pointe de quelques-unes de ces dents toute mouchetée de blanc. »

L’expansion de l’industrie japonaise : « Quand je suis entrée chez Matsuzakara, nous importions presque tout notre tissu d’Europe, et quand j’en suis partie, tout venait de fabriques locales, jusqu’à des imitations de tartans écossais ! C’est la vitesse à laquelle se fait ce changement qui est presque effrayante. »

 

Repost 0
5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 20:31

 

 

             Malo, 23  ans, et sa sœur Camille de 21 ans, participent, le temps d’un mois de septembre, aux vendanges champenoises. Malo a un curieux pressentiment : le patron et maître des lieux, Octave, épie étrangement sa sœur. Une aura de mystère plane au-dessus de la vaste maison de pierres. Et pour cause : Camille ressemble trait pour trait à Laure, la fiancée d’Andreas, le copain d’Octave. Tous les trois ont été victimes d’un accident de voiture, dix ans auparavant. Laure est morte décapitée et les deux autres ne sont plus que des épaves. Andreas se terre au 1er étage de la maison sans jamais en sortir, Octave boîte et une cicatrice le défigure.

            L’ambiance singulière s’amplifie quand Malo disparaît. Un jeune garçon instable et impulsif qui flirte avec les jeunes filles et qui ne se présente pas un matin de vendange, ça n’inquiète personne. Sauf Camille. Elle sent bien qu’il est arrivé quelque malheur à son frère. Impuissante, elle va continuer son labeur, les jours vont défiler, Octave, ce Quasimodo parfois attirant, va se rapprocher d’elle de plus en plus.

           Une tension omniprésente plane sur ce roman et la chaleur moite, la cueillette du raisin, les jeunes qui rient et s’amusent sont autant d’éléments qui accroissent, par un contraste saisissant, le noir de ce tableau. L’intrigue est drôlement bien fichue et la fin surprend le lecteur comme elle surprend Camille. Un très bon thriller psychologique, angoissant et morbide !

 

« Octave secoue la tête, essaie de faire tomber les pensées mauvaises. Elles se décrochent par paquets, au début comme des grappes serrées de petites personnes au-dessus d’un précipice, qui se cramponneraient aux branches tandis qu’il les agite pour les faire lâcher prise. Et puis comme des insectes lui remontant le long des tempes. Quand elles deviennent une simple poignée de poussière dont il se débarrasse d’un geste de la main, il exhale un profond soupir. »

Repost 0
26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 10:33

 

 

             Eh non, je n’avais pas lu ce roman à sa sortie en l’an 2000 … déjà ! Traduit en trente-six langues, il a quand même été édité à plus de trois millions d’exemplaires !

             Nous sommes à Delft, dans une province néerlandaise, au XVIIème siècle. Griet a 16 ans, ses parents pauvres sont contraints de la placer dans une famille aisée pour qu’elle occupe la fonction de servante. Elle sera chez les Vermeer : le père est peintre, la mère, Catharina, est constamment enceinte et la famille compte déjà six enfants. La grand-mère, Maria Thins, veille sur la maisonnée en faisant preuve d’autorité et de sagesse. Griet s’applique à son travail : faire le linge, le ménage, les courses. Mais sa tâche favorite, c’est nettoyer l’atelier du peintre, elle a été embauchée pour cela, elle ne doit rien déplacer mais tout dépoussiérer et elle le fait parfaitement bien. Elle apprécie ce moment car elle aime voir évoluer le travail de l’artiste, elle aime observer les couleurs.

            Entre le peintre et la servante, il existe une sorte de connivence, de compréhension muette. Par touches discrètes, Griet va émettre un avis et même un conseil sur l’un ou l’autre tableau. En retour, Vermeer va lui demander d’acheter du matériel de peinture, de mélanger et de préparer les couleurs. C’est en cachette et en sus de son travail quotidien que Griet rend ces services. Partagée entre ses parents vivant dans la misère, son prétendant fils de boucher qui l’attend à sa majorité, la rudesse, la méfiance et les protocoles de la famille Vermeer et la passion du peintre pour son art, Griet va finir par poser pour lui, idée complètement folle à une époque où les subordonnées ne découvraient même pas leurs oreilles ! Et c’est d’oreilles qu’il va s’agir d’ailleurs puisque c’est pour le tableau de La Jeune fille à la perle que Griet va porter les boucles d’oreille subtilisées à Catharina à son insu !

           Ce roman mérite son succès, il réunit toutes les qualités possibles : captivant avec une intrigue bien ficelée qui frôle la perfection de la première à la dernière page, dépaysant par son contexte spatio-temporel incroyablement réaliste, instructif car il nous emmène dans la vie et l’œuvre d’un grand peintre. Une douceur permanente créée par cette écriture subtile, poétique et raffinée m’a enchantée et envoûtée un peu à la manière des tableaux de Vermeer. Il y a cette ambiguité entre le peintre et la servante qui repose sur des non-dits, une attirance réciproque qui n’a rien de sexuel, une sorte de complicité silencieuse qui exclut les autres de ce monde à part fait de lumière et de couleurs.  J’ai adoré cette lecture !

 

« Les couleurs elles-mêmes compensaient mes difficultés à cacher ce que je faisais. J’aimais broyer les ingrédients qu’il rapportait de chez l’apothicaire, des os, de la céruse, du massicot, admirant l’éclat et la pureté des couleurs que j’obtenais ainsi. J’appris que plus les matériaux étaient finement broyés, plus la couleur était intense. A partir de grains rugueux et ternes, la garance devenait une belle poudre rouge vif puis, mélangée à de l’huile de lin, elle se transformait en une peinture étincelante. Prépare ces couleurs tenait de la magie. »

Repost 0
17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 17:21

 

 

 

          Rachel prend le train tous les jours pour se rendre à Londres. Matin et soir. Quand le train ralentit, elle se plaît à observer une charmante petite maison et ses occupants : un couple qui lui semble être le couple idéal. Au fil des trajets, elle finit par s’attacher à ces deux-là, à cette maison au bord des rails. Jusqu’au jour où, dans les journaux, elle découvre le visage de la jeune femme en question, Megan, qui aurait disparu. Rachel, dont on découvre petit à petit la vraie personnalité -alcoolique, séparée de Tom qu’elle chérit encore, sans emploi- fouine, met le nez là où elle n’a rien à y faire, contacte Scott, le mari de Megan. Il se trouve que la petite maison de Megan et Scott n’est qu’à quelques mètres de l’ancienne demeure de Rachel, là où elle a vécu heureuse avec Tom, là où vit toujours Tom mais également sa nouvelle compagne, Anna, et leur bébé.

         Trois parcours féminins jalonnent le roman : celui de Rachel qui ne sait trop si elle est victime ou bourreau car souvent amnésique à cause de son alcoolisme, celui de Megan, cette femme mystérieuse qui cache un lourd passé fait de secrets et celui d’Anna, celle qui a été la maîtresse puis la femme de Tom. L’intrigue nous conduit à soupçonner successivement tous les personnages.

        J’ai bien aimé cette lecture. Fluide, addictive, elle a été rapide malgré les presque 400 pages. Sympathique mais sans surprise, ce polar ne mérite sans doute pas tout l’engouement qu’il a suscité, je ne l’ai pas trouvé particulièrement original. Dans ma hiérarchisation toute personnelle, je le mettrais à égalité avec Avant d’aller dormir de S.J. Watson et un cran en-dessous Les Apparences de Gillian Flynn. Quant à comparer ce thriller avec ceux de Mankell, il ne faut pas abuser… mais bon… détente assurée !

 

 

Repost 0
14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:44

 

 

            Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce livre, certains ont remarqué à quel point il était pourtant difficile d’en parler…

           Trois destins, trois familles, trois pays différents, trois cultures différentes. Chanchal est un tout jeune homme qui a fui sa patrie mutilée par des cyclones à répétition,  le Bangladesh, et qui essaye de survivre en vendant des roses à Paris. Assan a vu sa famille mourir en Somalie et a quitté son pays avec sa grande et belle fille, Iman l’excisée. Virgil est, lui, originaire de Moldavie où il  a laissé sa femme et ses trois fils. Les personnages principaux ont pour point commun d’être des réfugiés, des êtres qui ont connu les souffrances les plus grandes et tentent de reconstruire un semblant de vie en France, des exilés, des « échoués ». Nous sommes en 1992 et Assan, Virgil et Chanchal sont des pionniers. C’est parce que des immigrés de force comme eux racontent à leurs familles restées au pays que tout va bien, que des vagues entières de réfugiés vont suivre, emplis d’un espoir qui sera déçu, toujours et forcément.

            Des images très fortes parcourent ce texte puissant et inoubliable. L’excision d’Iman au milieu des prières et des cris, son « sexe transpercé de dix épines d’acacia pour maintenir l’ensemble serré ». La planque de Virgil qui s’enterre tous les soirs dans une forêt de la banlieue parisienne. Le passage à tabac de Chanchal par une bande fachos qui finissent par le jeter dans un trou et lui pissent dessus. Les caches dans les camions pour passer d’un pays à l’autre, des heures dans le noir jusqu’à mourir étouffé. Une famille française qui revêt une aura quasi magique dans le roman, parce qu’elle aide les réfugiés, les écoute, les accueille.

          C’est un livre qui réveille, qui secoue, qui déchire, qui marque. C’est un livre qui m’a suivie plus qu’aucun autre, qui m’a changée, même. Empli de pessimisme, il pointe du doigt la réalité de l’immigration, réalité ô combien tabou ! Dire qu’il nous permet de relativiser nos pauvres soucis du quotidien est maigre et dérisoire. Je souhaite que tous ceux qui braillent encore que les réfugiés nous prennent notre travail et notre argent, lisent ce livre. Pour ma part, je ressors de cette lecture avec de forts sentiments de colère et de culpabilité.

 

« ce qu’il y a de pire chez vous est encore mieux que ce qu’il y a de meilleur chez nous. » (un Moldave à un Français).

 L’espoir de vivre en France : « Iman s’inquiéta. « Et si tout le monde venait ? demanda-t-elle, tu es sûr qu’il y aurait assez pour tous nous nourrir ? »

Virgil la rassura. « Même si tous les poissons avaient soif en même temps, ça ne viderait pas l’océan ! »

 

« Depuis des mois, ces hommes n’étaient plus jamais sûrs de rien. Heure après heure, frontière après frontière, cache après cache, passeur après passeur, ils remettaient leur vie en jeu. On les trimballait comme de la viande morte ; ils n’étaient plus rien ni personne. »

 

Les clandestins, quand ils ont l’immense privilège, travaillent au noir pour trois fois rien. La police ferme les yeux s’il n’y a pas de bazar « excepté les fois où le commissariat avait besoin d’un coup de peinture ».

 

Comment savoir quels sont vraiment les pays les plus pauvres : « C’est simple, répondit Assan, ils observent ceux qui prennent le risque de mourir pour venir travailler chez eux comme des esclaves ! »

 

 

« C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches », Victor Hugo, L’homme qui rit.

Repost 0
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 20:46

 

 

 

             Ce livre est un récit de voyage. Un voyage un peu particulier puisque Milan, un Allemand de 27 ans et Muammer, un Alsacien d’origine turque, ont décidé de suivre les traces de Jules Verne en faisant le tour du monde en 80 jours mais sans débourser un centime !

            Le départ s’est fait au pied de la tour Eiffel. Les deux hommes sont arrivés à Strasbourg en stop avant de rejoindre l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie puis Istanbul. Si la Turquie a d’abord été le pays des désillusions puisqu’on leur a volé une partie de leur équipement (caméra, objectifs, batteries), il a aussi occasionné quelques émerveillements : un réveil à la mosquée Kocatepe à Ankara, un voyage en montgolfière au-dessus du parc national de Göreme. Une des craintes de Muammer et de Milan, c’était l’Iran et pourtant, la traversée du pays a brisé quelques stéréotypes européens, notamment concernant le statut de la femme. Une rencontre, celle d’un derviche soufiste a marqué les deux hommes.

              Au Pakistan, le trajet s’est fait sous escorte militaire et l’arrivée en Inde a donc été perçue comme une libération, prolongée, pour Muammer, par une plongée rituelle dans le Gange. Des villes dont le nom fait rêver ont suivi : Bangkok, Kuala Lumpur, Singapour… les aventuriers ont ensuite rejoint San Francisco grâce à un billet d’avion offert. La longue traversée des Etats-Unis s’est faite en train via Denver, Chicago, Washington, avant de parvenir à New York, périple couronné par une visite insolite de l’ONU. Un vol offert leur a permis de se rendre à Marrakech et, c’est en passant par l’Espagne que les deux hommes ont rejoint la France avec un retour triomphal à la Tout Eiffel (et un dîner avec Antoine de Maximy – concepteur et réalisateur de l’émission « J’irai dormir chez vous »). La mission a été largement accomplie : pas un sou n’a été dépensé de leur poche, 47 000 kms et 19 pays ont été parcourus !

          Ce livre n’est, bien sûr, pas à évaluer d'un point de vue littéraire, j’ai d’ailleurs même eu peur au début qu’un côté redondant me lasse (ils font du stop, personne ne s’arrête, découragement, puis victoire, ils tombent sur une bonne âme, etc.) mais petit à petit, c’est la magie du voyage et du dépaysement qui l’a emporté. Ces deux hommes sont tombés, la plupart du temps, sur des gens extraordinaires qui n’ont pas hésité longtemps à leur offrir un repas, une pièce de leur maison, une douche, des cadeaux en tout genre, des billets de train ou d’avion. Ils le relèvent eux-mêmes à la fin du livre, ils sont blancs, ils étaient bien organisés, ils ont le contact facile mais sincèrement, je ne crois pas que je ferais confiance à un inconnu de cette manière. Leur démarche a justement été de prouver que le bien et la générosité régnaient sur toute la planète parmi les pauvres et parmi les riches. Ils ont su démontrer aussi que certains clichés pouvaient être réduits en miettes. Ils ont, certes, dû essuyer de nombreux refus, ont entendu des injures et des insultes, ont connu la faim et la fatigue mais de manière si épisodique que je suis ressortie admirative de cette lecture qui donne surtout une seule envie : voyager et rencontrer l’autre…

            A souligner : le livre a été écrit par Gaëlle Noémie Jan, une jeune femme rencontrée dans le train, aux Etats-Unis. Muammer et Milan font partie de l’association Optimistic traveler dont le site est ici.

           Ce genre de lecture, de temps en temps, me convient finalement parfaitement !

 

 

« l’égalité est la plus belle des valeurs » (parole d’un Kurde)

Repost 0
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 14:48

 

 

 

          Après avoir vu l’auteur à La Grande Librairie, je me suis dit que je n’avais jamais lu un traître mot d’un seul de ses bouquins. Mon choix s’est porté sur Truismes qui avait fait son petit grabuge à l’époque (mais en 1996, j’étais si jeune !)

         La narratrice est une jeune femme un peu paumée et sans le sou qui vit à Paris. Elle s’éprend d’Honoré et se retrouve employée dans une parfumerie… un lieu de travail un peu particulier puisqu’il s’apparente à une maison close. La narratrice voit son corps changer. Plus rose, plus rond, plus ferme. Ses formes plaisent terriblement à ses clients qu’elle régale autant qu’elle le peut tout en gardant son petit ami. Oui, mais son corps va encore davantage se métamorphoser, elle va grossir sans rien manger, ses poils vont pousser, sa peau rose va tendance à rougir… et, une tache bleue sous un sein… va se transformer en téton ! Et oui, il s’agit bien d’une métamorphose en cochon ! Un marabout africain va tenter de l’aider mais c’est avec Yvan qu’elle va fuir et se sentir le mieux du monde. En effet, son amant se mue en loup les soirs de pleine lune, il y a de quoi trouver l’âme sœur.

         Des références littéraires diverses me sont venues à l’esprit : Rhinocéros de Ionesco bien sûr, la Darling (pour le côté dégoûtant!) de Teulé, une réécriture des contes traditionnels mais aussi un petit quelque chose de Boris Vian dans le domaine de l’absurde … J’ai trouvé le début du roman excellent, la métamorphose est lente et insidieuse, elle surprend à peine un personnage féminin très naïf et qui, victime, pourrait représenter la figure de l’« anti-héroïne ». Bien sûr, ce n’est pas à lire au sens littéral, il y a derrière les grognements de la truie, derrière ses ébats dans la souille, derrière son camouflage dans la nature, la satire d’une société en transformation. Les marginaux sont traqués et doivent errer pour se cacher, les forces de l’ordre et les médias sont partout.  L’utilisation de la première personne rend le récit dérangeant, et vers la fin du texte, même oppressant. Ça m’a pourtant plu de lire cette allégorie fantastique qui s’interroge également sur l’image de la femme dans notre société. C’est souvent drôle, notamment ce passage où la femme-truie qui ne sait plus utiliser ses « mains » tombe sur des livres qu’elle commence à lire, et soudainement, elle se redresse et retrouve ses apparences d’humaine.

 

L’incipit est très fort : « Je sais à quel point cette histoire pourra semer de trouble et d'angoisse, à quel point elle perturbera de gens. Je me doute que l’éditeur qui acceptera de prendre en charge ce manuscrit s’exposera à d’infinis ennuis La prison ne lui sera sans doute pas épargnée, et je tiens à lui demander tout de suite pardon pour le dérangement. Mais il faut que j’écrive ce livre sans pus tarder, parce que si on me retrouve dans l’état où je suis maintenant, personne ne voudra ni m’écouter ni me croire. Or tenir un stylo me donne de terribles crampes. Je manque aussi de lumière, je suis obligée de m’arrêter quand la nuit tombe, et j’écris très, très lentement. Je ne vous parle pas de la difficulté pour trouver ce cahier, ni de la boue, qui salit tout, qui dilue l’encre à peine sèche. »

 

« J’avais constamment faim, j’aurais mangé n’importe quoi. J’aurais mangé des épluchures, des fruits blets, des glands, des vers de terre. La seule chose qui vraiment continuait à ne pas passer, c’était le jambon, et aussi le pâté, et le saucisson et le salami, tout ce qui est pourtant pratique dans les sandwichs. Même les sandwichs au poulet ne me donnaient pas le même plaisir qu’avant. Je mangeais des sandwichs à la patate crue. »

Repost 0
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 12:55

 

 

         Je continue ma découverte de ce dessinateur-scénariste après la lecture du Local. Cette fois-ci, nous rencontrons son père.

         Le père de l’auteur qui est appelé « S. » tout au long de l’album (=Sergio) a vécu la Deuxième Guerre mondiale. Il raconte à son fils ses souvenirs, des anecdotes tantôt drôles tantôt terrifiantes. Pêcheur, il avait l’habitude de cacher dans le fond d’un seau de gros poissons qu’il recouvrait d’un second seau. Lors de bombardements aériens, la fiancée de S. qui n’est autre que la mère du narrateur a failli mourir mais a été sauvée par des Allemands, de gentils Allemands que le narrateur aidera à déserter quelque temps plus tard. Le présent se mélange au passé, et on comprend, à la fin de la BD que le père ne lui a peut-être pas toujours raconté la stricte vérité. Mais qu’importe, c’est ce lien fort entre les deux hommes qui domine, l’admiration du fils pour son père devenu aveugle à la fin de sa vie.

        Même si l’histoire est émouvante, la fin tout particulièrement, je crois que, chez Gipi, l’intrigue est secondaire. Bon sang, quand il peint un ciel, rien qu’un ciel bleu (l’alerte aérienne n’est pas forcément suivie de bombardements), le dessin se suffit à lui-même ! J’ai donc été bien plus séduite par cet album à la fois poignant et superbement beau ! J’ai hâte d’en lire d’autres maintenant !

« 16/20 »

 

Repost 0
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:49

 

 

           Nikonor Pierre de la Charlanne est un très vieil ermite perfide et asocial. Il a une haute estime de lui-même. Il nous fait l’honneur suprême de nous raconter sa vie, ses odieuses pensées et l’étendue sans fin de ses connaissances. Accablé d’une sœur jumelle aussi idiote que lui est intelligent, notre Nikonor a très tôt inventé à la fois des techniques de défense et des solutions d’attaque pour contrer la bêtise de cette Anastasie. Il a hérité de son père une passion pour les champignons, mais attention, il ne les mange pas, il les étudie, les cueille, les observe et ce sont les champignons vénéneux qui l’intéressent le plus. Il va utiliser toute la science de ce poison naturel pour en faire son métier si vous voyez ce que je veux dire… N’oublions pas aussi que la littérature a accompagné l’homme toute sa vie. Avant l’âge adulte, il avait dévoré tout Zola, tout Flaubert, tout Châteaubriand et j’en passe. Quelques dizaines (centaines ?) de cadavres plus tard, on retrouve Nikonor dans son château de Corrèze à essayer d’esquiver les tentatives de meurtre d’Anastasie sur sa propre personne. Ce roman aurait pu avoir pour sous-titre « Mémoires d’un vieux fou méchant ».

          Je n’avais lu jusqu’à maintenant que des avis positifs voire enthousiastes, ma déception est donc proportionnelle à cet engouement. Oui c’est vrai, je me suis parfois amusée avec ce cruel Dexter érudit aux allures hautement désuètes, l’humour british parfois teinté de noir se fond parfaitement bien dans cette Corrèze forestière qui fleure le champignon. L’écriture comme son personnage est assez raffinée érudite. Mais outrecuidante aussi ! Que de références mycologiques ! Que de références littéraires ! J’ai cru mourir étouffée (ou empoisonnée ?!) victime d’un trop-plein de références, de définitions, de digressions, avant la dernière page. Fin d’ailleurs qui m’a laissée sur ma faim. Généralement adepte de l'ironie et d'une certaine impertinence, je n'ai pas du tout accroché à ce roman. Tant pis.

 

« J’aurais eu, je crois, beaucoup à apporter aux humanités en général. »

Nikonor imagine la pauvre vie de sa pauvre sœur sans lui : « Il fait peu de doute que mon infatigable inventivité, mon imagination scientifique d’inspiration vernienne mon ingéniosité naturelle, durent lui sembler irremplaçables. Bref, je lui avais retiré, sans m’ne rendre pleinement compte, l’astre qui avait illuminé toute son enfance et, d’une certaine manière, j’arrive à comprendre ce qu’elle a dû ressentir. »

Repost 0
21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 19:34

 

 

          Fiona est juge à la chambre des affaires familiales. Elle a 59 ans et son mari est sur le point de la quitter, non par amour pour une autre mais parce qu’il veut, une dernière fois, s’amuser et connaître l’extase. Le métier de Fiona est de savoir exactement quel est « l’intérêt de l’enfant » et d’abonder en ce sens, coûte que coûte. Il ne s’agit souvent que de banales histoires de divorce, parfois il faut savoir quel enfant sauver chez des siamois, mais ce qui préoccupe Fiona dans ce roman, c’est l’histoire d’Adam. Adam est à quelques semaines de ses 18 ans. Il est atteint d’une leucémie qui nécessite une transfusion sanguine. Oui mais Adam est Témoin de Jéhovah et sa religion s’oppose fermement à cet acte. Non seulement les parents d’Adam prennent le risque de le laisser mourir plutôt que désobéir aux principes de leur secte mais Adam lui-même s’entête dans son opposition : il ne veut pas avoir le sang d’un autre. Fiona se rend dans sa chambre d’hôpital pour le constater elle-même : beau, intelligent, il est absolument sûr de lui tout en ayant conscience des affres qui l’attendent. Et pourtant, … ne lisez pas plus loin si vous souhaitez découvrir le roman – et pourtant, Fiona va se prononcer en faveur de la transfusion sanguine. Dès lors, une étrange relation va s’établir entre Fiona et l’adolescent.

          C’est le McEwan que j’aime que j’ai retrouvé ici. Celui qui nous emmène on ne sait où, celui qui met à mal les préjugés, celui qui n’est pas là où on l’attend. Le personnage de Fiona est très intéressant (le roman tout entier est d’ailleurs passionnant !) car ambigu, incertain, changeant. N’avoir pas eu d’enfant, elle le regrette parfois ; voir son mari partir la rend triste mais quand il revient, ça ne l’apaise pas vraiment ; prendre des décisions cruciales pour des enfants souvent en souffrance, elle y arrive facilement mais ça la hante parfois. Eclatant de justesse et de réalisme, ce roman montre à quel point le monde n’est pas manichéen. J’ai également adoré le personnage d’Adam, un ado qui apprend à vivre, entier, pur et impulsif.

         C’est mon 5ème roman de l’auteur et je suis d’accord avec la critique du Guardian apposée en 4ème de couverture, c’est « son meilleur roman depuis Sur la plage de Chesil. » La simplicité est au service de la puissance et de l'émotion. Un beau moment.

 

« Dans la profession, on louait la juge Fiona Maye, même en son absence, pour la concision de sa prose mi-ironique mi-compatissante, et pour l’économie de moyens avec laquelle elle exposait un différend. »

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages