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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 15:26

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           Dans un petit village argentin, Ponce un avocat, sa femme Marta et sa sœur Victoria attendent le bus qui doit ramener Victoria en ville. Mais le bus ne s’arrête pas, c’est bien étrange. Le lendemain, même heure et même scénario : le bus passe à toute bringue devant les gens ahuris sans marquer son habituel arrêt. Les esprits commencent à s’échauffer. Le manège dure quatre jours et les villageois ne trouvent plus ça drôle du tout.

            Nous sommes en Argentine et c’est un pouvoir invisible et menaçant qui interfère sur le quotidien de ces petites gens. Il ne faut pas trop en dire ni trop en savoir et attendre, tout simplement attendre. Ponce va se ridiculiser en faisant de grands gestes au chauffeur de bus, et un policier, à trop vouloir comprendre les causes et les raisons de ce blocage, va s’en mordre les doigts.

            Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le décalage, le contraste entre les personnages plutôt gauches et grotesques qui pourraient tout droit sortir d’un tableau de Fernando Botero ou encore d’un salon bourgeois de Feydeau et la gravité, la tension montante de cette aventure. L’histoire de la rencontre entre Ponce et Marta est également délicieusement racontée ; en bref, c’est un mariage on ne peut plus raté et Ponce s’efforce de se tenir le plus éloigné possible de celle qu’il a été contraint d’épouser.

Un livre assez original et marquant. J’ai eu la musique du film Bagdad Café dans la tête tout le long, on y retrouve peut-être la même poésie venue d’ailleurs…

 

« On entend un cri. Des enfants jouent dans la rue. Celle qui crie est mère. Dans l’obscurité, l’autobus accélère. Fenêtres fermées et lumières éteintes. Ponce agite les mains avec insistance, enlève son chapeau et le secoue au-dessus de sa tête. »

« Le silence c’est la santé » dit un flic…

Merci à Hélène pour cette jolie idée de lecture !

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 14:58

 

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            Ce genre de lectures n’est pas du tout, du tout dans mes habitudes ! C’est suite à une belle visite ensoleillée du château de Versailles et de ses jardins que j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur le roi Soleil.

           Je ne vais pas résumer la vie de Louis XIV mais lister ce qui m’a surprise, interpellée, amusée :

  • Il a eu une enfance à la dure, connaissant dénuement et abandon.
  • Son instruction a été assez sommaire (il le regrettera souvent) car un roi doit être « un être auquel les autres apportent leurs lumières, mais qui n’est pas censé en posséder lui-même. »
  • Contrairement à une certaine rumeur, il était grand (1m84, c’est immense pour l’époque). Et très, très beau.
  • Il n’a jamais dit « L’Etat, c’est moi ».
  • Son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, a permis à la France, entre autres, de découvrir le cacao et le maïs.
  • Il était chauve à 19 ans !
  • Racine a souvent couché dans la chambre du roi et lui lisait ses pièces.
  • Le roi Soleil est extrêmement doué en musique et en danse. Il jouait de la guitare.
  • Charles Perrault a été une sorte de ministre de la culture du roi. Il est également  chargé de son « image » et de sa propagande. Publicitaire avant l’heure, il s’efforce de couvrir monuments, médailles, tapisseries et livres de l’image du roi.

             Ma vision de ce roi a changé : Louis XIV était véritablement un grand roi, taillé pour ce rôle, aimant ce qu’il faisait. C’était un homme à l’écoute, qui souhaitait voir son peuple heureux. Il aurait malheureusement régné trop longtemps, commettant des bourdes à la fin (la révocation de l’Edit de Nantes, le Code noir, les galères, les guerres trop nombreuses, …) mais ça n’était pas un dirigeant égoïste, sourd, obtus, nombriliste. Le nombre d’anecdotes et d’historiettes liées à la grande Histoire est tout à fait impressionnant. Impressionnant aussi, le nombre de ses contemporains qui vont rester célèbres : La Fontaine, Boileau, Racine, Bossuet, Molière, Lully, Le Nôtre, Vauban, Saint-Simon…)

           Ce livre est tout simplement passionnant ! Attention, on le commence sans pouvoir le poser ni le quitter. Ne vous fiez pas au nom ronflant de l’auteur ;), il transforme le récit de la vie du roi en un texte très accessible, simple et captivant. Peut-être est-ce parce que j’en connaissais déjà quelques personnages, peut-être est-ce parce que je me suis promenée dans les couloirs du château quelques jours avant ma lecture, toujours est-il que j’ai dévoré ce livre en deux temps, trois mouvements. Je ne suis pas prête d’oublier ce nom d’auteur qui a écrit une flopée de biographies, et j’y reviendrai.

 

- « Huit millions de Français dorment à l’ombre d’une fortification de Vauban. »

- « Non seulement il s’est fait de grandes choses sous son règne, mais c’est lui qui les faisait. » (Voltaire)

- Louis XIV a fini par être détesté de presque tous. A sa mort, des épitaphes satiriques ont circulé :

« Ci-gît au milieu de l’église
Celui qui nous mit en chemise.        
Et s’il eût plus longtemps vécu
Il nous eût fait montrer le cul.
 »

- Versailles selon Sacha Guitry :

 « On nous dit que nos rois dépensaient sans compter,
Qu’ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.
Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,
Ne nous mettaient-ils pas notre argent de côté ?
»

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 22:22

 

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            Cela faisait un petit moment que j’avais envie de découvrir cet auteur. N’oublions pas qu’elle a écrit son premier roman à 17 ans et celui-ci à 22…

             Thomas Hogan est né dans une famille ordinaire, obéissant en tous cas à un schéma assez classique : une mère, Mary, aimante et tendre, un père, William, souvent absent et distant, des parents qui s’éloignent l’un de l’autre. Lorsque Thomas est petit, son père est en rogne car son fils est chétif et muet. C’est l’apparition d’un serpent qui donne la parole à Thomas. Silencieux et solitaire, la vie de Thomas va se briser par la mort accidentelle de son père. Et pourtant, Thomas essaye de se couler dans le moule, d’avoir un semblant de vie sociale, d’avoir des amis. Il faut dire que les choses vont de mieux en mieux, des années plus tard, sa mère retrouve l’amour avec le docteur du village, Thomas le permet, dans une ambiance pacifique, presque heureuse. Et puis, un drame va faire basculer cet équilibre déjà fragile…

            Ce court roman, je n’en ai fait qu’une bouchée ! En situant l’histoire dans un temps indéterminé (les années 60 ?), dans un cadre imprécis (les Etats-Unis sans doute…), Cécile Coulon frappe juste et la rend quasi mythique. Sa force réside dans sa simplicité. Ce roman se lit avec une fluidité déconcertante et donne l’impression que l’écrivain l’a écrit d’une seule traite, d’un seul souffle. Elle nous raconte une histoire, voilà. Une histoire qui connaît ses grands malheurs et ses petits bonheurs, une histoire toute en nuances autour d’un enfant maudit,  sans clichés ni préjugés. J’ai adoré ce petit livre, adoré la concision et l’efficacité de la narration. Et j’ai bien envie d’en lire plus de Cécile Coulon…

 

Après la mort de William, le père : « Ils parlaient peu. Thomas ne demandait rien, il restait près d’elle, semblable à un lièvre qui protège son terrier. Parfois, au moment des premières pluies, Mary faisait un détour par la vallée pour admirer les prés mouillés ; de gros nuages gris, qui ressemblaient à ces gigantesques colonnes de fer abandonnées dans les champs, moussaient au-dessus des herbes ; des rongeurs fendaient l’air et couraient se cacher dans l’ombre des bois. »

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 17:08

 

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             Dans une petite banlieue tranquille de Boston, Jason Jones rentre chez lui, après une nuitée de travail au journal du Boston Daily. Sa fille Ree de quatre ans est seule, sa femme Sandra a disparu ! La dynamique et solitaire D.D., commandant, mène l’enquête. Il faut dire que le mari a une attitude bien étrange, il met des heures et des heures à prévenir la police et ses réactions sont dénuées de sentiments. Petit à petit, on apprend à connaître une famille vraiment spéciale. Jason n’est pas le véritable père de Ree mais s’en occupe avec tendresse et attention, Sandra, à 23 ans,  a déjà un passé sulfureux. Finalement, ces deux-là s’entendent pour le strict minimum mais ne font que cohabiter. Rajoutons à cela un voisin plutôt détraqué soupçonné de pédophilie, un étudiant qui a aidé Sandra à épier l’ordinateur de Jason, des mensonges, des mensonges, et encore des mensonges, et nous obtenons le tableau de ce polar qui nous manipule du début à la fin.

           L’écrivain a fait son boulot, on tourne les pages sans réfléchir, la tension monte doucement, la lecture est fluide et facile, les personnages sont originaux et cohérents. Pourtant, je sens que je deviens de plus en plus critique face à ces lectures dites « de plage ». C’était long malgré la rapidité de lecture et j’ai regretté la petite place de la policière qui pourtant avait l’air d’avoir un beau potentiel –on aurait pu faire le bouquin sans les flics, finalement, Sandra prend souvent la parole pour nous expliquer son passé. M’enfin, une lecture qui a réussi à me satisfaire parce qu’elle a permis d’extraire un pavé de ma PAL ! Et une idée de lecture de plage, pour ceux que ça intéresse!

 

L’incipit : « Je me suis toujours demandé ce que ressentaient les gens pendant les toutes dernières heures de leur existence. Savent-ils qu’un drame est sur le point de se produire ? Pressentent-ils la tragédie imminente, étreignent-ils leurs proches ? Ou bien est-ce que ce sont juste des choses qui arrivent ? »

   

 

Une belle et juste définition de ce qu’est un enfant : « un fardeau insensé qui était aussi son principal but dans la vie. »

« Le monde obéissait à des règles et c’étaient ces règles qui en faisaient un lieu sûr. »

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 09:37

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             De Jean Echenoz, j’avais plutôt gardé un mauvais ancien souvenir de Je m’en vais, lu à sa sortie (donc il y a longtemps, en 1999). Mon appréhension s’est muée en intérêt avec Courir que j’avais beaucoup aimé mais avec ce roman surprenant et foisonnant, cet écrivain remonte en flèche dans mon estime, pour atteindre des sommets !

             Constance se fait enlever en douceur, au coin discret d’une rue parisienne, par trois hommes dont un qui l’attire beaucoup. Sans la maltraiter, les ravisseurs l’emmènent dans la Creuse, lui fournissant nourriture et lecture. Pourquoi ce rapt ? Le lecteur ne le comprendra pas tout de suite mais d’emblée, le ton est donné, celui du décalage, de la surprise et de l’humour. Prenons par exemple Lou Tausk. C’est le mari de Constance. Il a créé un tube interplanétaire interprété par Constance elle-même (entre autres) et, quand il reçoit une demande de rançon pour pouvoir récupérer son épouse, nullement affolé, il s’en va demander conseil à son demi-frère, Hubert. Au passage, il séduit sa très belle assistante, Nadine, avec qui il va couler quelques jours heureux (voir extraits ci-dessous). Personne ne s’inquiète réellement de la disparition de Constance, en fait. Et la jeune femme découvre la vie creusoise avec plaisir, finit par s’attacher à ses ravisseurs qui eux aussi, pris d’affection pour elle, vont la cacher dans un cockpit d’éolienne pour contrer les exigences de leur commanditaire.

              Sans vouloir en dire trop, je peux tout de même rajouter qu’à Constance est destinée une mission top secrète d’espionne en Corée du Nord, pays qu’on va découvrir (un peu à la manière de Guy Delisle dans Pyongyang). On s’imagine (enfin moi en tous cas) qu’Echenoz nous raconte des cracs quand il nous parle des mœurs et des dirigeants de ce pays si étrange, ben non, vérifications faites, tout est vrai et servi à volonté pour nous régaler encore et encore. Le style ? Un « on » récurrent qui permet au lecteur de prendre part à l’action, des interventions de l’auteur tout aussi plaisantes et quelques zeugmes, chers à mon cœur. Un roman d’espionnage qui n’en est pas vraiment un, du loufoque savamment dosé, des personnages pittoresques, bref : un gros bonheur de lecture que ce bouquin !!

 

L’histoire d’amour entre Nadine et Tausk  - au début : « C’est allé très vite avec elle, on ne se quitte guère, on se parle beaucoup, la plupart du temps au lit où l’on conçoit le projet classique de filer au bout du monde pour y couler, en paix des jours heureux. Où donc filer au juste, eh bien nous verrons bien. »

… et quelques chapitres plus tard : « Ces derniers jours, du côté de Lou Tausk et de Nadine Alcover, rien n’est advenu de très neuf sauf que l’idée de partir au bout du monde s’est un peu estompée. C’est qu’à la réflexion, le monde avec ses guerres actives et larvées, ses raideurs ethniques, politiques, religieuses, tribales, raciales, claniques, ses fractures nucléaires, sa mise en coupe réglée, son terrorisme et son tourisme et ses mêmes magasins partout, eh bien ce monde on en reparlerait plus tard, on est très bien ensemble et on n’est pas plus mal chez soi, et allons donc baiser. »

 

« Il s’y remettra vite à fumer ainsi que de ses désillusions »

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 22:13

 

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            Je vous dirais bien que c’est pour préparer l’agrég’ de lettres que j’ai lu ce roman (au programme en littérature comparée) mais non, point de mensonges, c’est une agrégée qui me l’a prêté.

            C’est sur trois générations que nous suivons les hommes de la famille von Trotta. Il y a le grand-père d’abord, celui qui fait figure de déclencheur d’intrigue. Presque par hasard, il va s’interposer entre l’empereur François-Joseph et une balle qui lui était destiné, en 1859, sur le champ de bataille de Solferino. C’est en prenant cette balle qu’il va se voir anoblir. Lui-même a du mal à comprendre et à accepter cet honneur et sa notoriété. Son fils, lui, renoncera à une carrière militaire et sera préfet. Son petit-fils, Charles-Joseph, voue à son aïeul une vénération qui l’empêche de vivre, il se sent toujours dans l’ombre du grand homme, le « héros de Solferino ». Le portrait, suspendu dans le salon familial, l’envoûtera jusqu’à l’obséder. Sous-lieutenant, sa carrière dépérira pour disparaître complètement puisqu’il quittera l’armée quelques heures avant le début de la Première Guerre mondiale.

           De la Bohême à la frontière russe en passant par Vienne, ce roman est l’histoire d’un déclin. Celui de l’empire austro-hongrois. Et Joseph Roth ponctue son texte de métaphores, de remarques récurrentes concernant la fin de cette époque. L’air de « La Marche de Radetzky » de Strauss résonne à nos oreilles pendant toute la lecture. L’écrivain a parfaitement su retranscrire cette chute de la monarchie en nous emmenant dans une grande parenthèse, dans un univers figé qu’on sent révolu, côtoyant des personnages surannés voire sclérosés. Et on retient son souffle en connaissant l’issue, cet assassinat de François-Ferdinand d’Autriche qui va déclencher la Première Guerre mondiale.

            Il serait faux de dire que j’ai tout aimé, l’omniprésence de l’univers militaire m’a parfois gênée, mais l’atmosphère de cette fin d’époque est tellement bien rendue, avec une telle subtilité et une grande sensibilité, qu’on s’attache à ces personnages devenus des anti-héros (les considérations de l’empereur seul, vieillissant, sont incomparables), qu’on partage leur solitude et leur mélancolie, qu’on apprécie vivre les dernières minutes de ce monde oublié à leurs côtés. Et on pense à Zweig ou à Thomas Mann et sa Montagne magique. Une belle expérience de lecture en somme !

 

« On était le petit-fils du héros de Solferino, son unique petit-fils. On sentait constamment peser sur son dos le sombre et énigmatique regard du grand-père ! On était le petit-fils du héros de Solferino. »

« La maladie n’était qu’une tentative de la nature pour habituer l’homme à mourir. »

« Et maintenant, il s’en revenait, seul, de chez son fils, qui restait, de la frontière où l’on voyait déjà le monde sombrer aussi nettement que l’on voit un orage se former aux confins d’une ville dont les rues s’allongent encore, heureuses, sans se douter de rien, sous le ciel bleu. »

« L’empereur était un vieil homme. C’était le plus vieil empereur du monde. Autour de lui, la mort traçait des cercles, des cercles, elle fauchait, fauchait. Déjà le champ était entièrement vide et, seul, l’Empereur s’y dressait encore, telle une tige oubliée, attendant. »

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:38

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            J’ai retardé la lecture de ce roman à la mode. Un pressentiment, peut-être.

            Deux voix se côtoient : celle du petit garçon, le fils de Louise et Georges, un couple d’extravagants, et celle du père, Georges. Louise est atteinte de « folie douce » ; lorsqu’elle rencontre Georges, elle rencontre aussi celui qui va non seulement comprendre ses excentricités mais entrer dans son univers marginal. Le narrateur enfant voit ses parents danser et faire la fête à longueur de temps dans un grand appartement où il y a du monde tout le temps. La télé est une punition et le fils unique est souvent sommé de raconter à sa mère sa journée imaginaire, non pas celle de l’école (qu’il manque d’ailleurs régulièrement) bien trop soporifique, mais une journée très amusante et loufoque qu’il aurait pu vivre… Tout se passe à merveille dans une enfance bercée par le tube de Nina Simone « Mr Bojangles ». Georges attribue à Louise un prénom différent chaque jour, la dame boit des cocktails du matin au soir, les envols et les cris d’un oiseau de Numidie ponctuent cette vie non-conformiste. Mais un jour, Louise met le feu à leur appartement. Les impôts n’étaient pas payés depuis des années, le courrier s’accumulait jusqu’à former un immense tas et Louise ne supportait plus cet amas de papiers. C’est à ce moment-là que Georges a réellement compris que Louise était à la fois hystérique, schizophrène et bipolaire ; c’est en tous cas le diagnostic qui a été posé à l’hôpital psychiatrique où Louise est internée. Là-bas, elle règne en prêtresse sur les autres patients. Mais elle ne peut y rester, mari et fils organisent un kidnapping digne d’un film américain pour la sortir de là.

           Evidemment que j’ai aimé cette lecture qui a l’avantage d’être bipolaire, elle aussi : le lecteur peut s’éclater comme un fou dans la première partie avant de fondre en larmes dans la 2ème. C’est d’ailleurs cette seconde partie que j’ai préférée, plus juste, plus sensible. Le début du livre m’a même légèrement agacée, une vie folle, ça n’est pas difficile à imaginer et ça sent le réchauffé (Boris Vian, J.M. Erre, Malzieu, ou encore Beckett seront d’accord avec moi). Cette mince frontière entre lucidité et folie, entre normalité et maladie est subtilement évoquée et pourtant, je n’ai pas totalement adhéré à cette histoire qui m’a plu, je le répète, sans que j’en ressente aucune extase particulière. J’en attendais trop, ça n’est pas impossible. Je serais néanmoins bien curieuse de lire ce que ce joli Monsieur Bourdeaut pourrait écrire par la suite…

« D’elle, mon père disait qu’elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi. »

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d’ignorer la réalité d’une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu’elle le faisait exprès, car c’était chez elle si naturel. »

« Je ne regrettais rien, je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d’honneur aux conventions, aux horloges, aux saisons, ces langues tirées aux qu’en-dira-t-on. »

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:38

 

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            Une fois n’est pas coutume, c’est par hasard que je me suis tournée vers ce très court roman. Il n’y a pas de vrai hasard puisque je connais tout de même une peu l’auteur pour avoir apprécié quelques-unes de ses nouvelles, quelques-uns de ses romans.

             Houria a 65 ans, elle vit seule à Paris mais ne peut plus se le permettre. Aussi, décide-t-elle d’aller déménager à Béziers, cette ville qui l’a vue grandir. Elle trouve facilement un appartement bien moins cher que le précédent et deux fois plus grand. Souhaitant vivre une existence tranquille, elle va vite être confrontée à une ville chamboulée. Elle ne reconnaît plus la cité de son enfance qui est désormais détériorée, salie, désertée, envahie par dealers, drogués et racistes.

             Nous sommes en mars 2014, à quelques heures des élections municipales, et Robert Ménard brigue le poste de maire de la ville. Le climat est tendu, des bandes de voyous bloquent régulièrement des rues, les petits commerces ferment les uns après les autres, les partis politiques s’affrontent dans une ambiance sournoise et malsaine.

Le roman, de prime abord léger, se révèle être un récit profondément engagé. Didier Daeninckx, c’est bien connu, a les deux pieds sur terre, il n’hésite pas à parler de la réalité, aussi crue soit-elle. Et c’est parfois indispensable. Bien que j’aie du mal avec les textes vraiment courts (celui-ci ne fait que 57 pages), j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Il faut que certains grattent un peu pour mettre à jour la crasse que cache le vernis…

« Plus loin, des parpaings obturaient la façade d’une bijouterie. Même ambiance aux alentours de la mairie avec son lot de pizzerias et de boulangeries en déshérence. La vieille poste qui faisait face à l’hôtel de ville avait disparu, remplacée par une place minérale et l’arrêt Gabriel-Péri, un abribus déstructuré en tôles de couleur rouille, criblé, comme à la mitraillette, de trous qui formaient les noms de toutes les stations placées sur la ligne. Plus j’approchais des halles, et plus mon regard accrochait les traces du désastre. Pas un passage qui ne recèle deux ou trois boutiques moribondes, alors que me revenaient les images d’hier quand une foule avide se pressait sur les trottoirs et que le moindre espace donnant sur la chaussée regorgeait de marchandises. »

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 18:35

         

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           Roman tout à fait atypique, entre récit et autofiction, d’un auteur que je n’avais jamais lu jusque là.

          Claire est en hôpital psychiatrique où elle livre ses souvenirs, ses pensées, ses désirs à son psy, Marc. Claire a joué avec le feu et s’est brûlé les ailes. Pour plus ou moins se venger d’un ex qui l’avait lâchement plaquée, elle entre en contact avec Chris, un de ses copains colocataires, sur Facebook. Mais pas sous sa véritable identité. Elle change de nom, montre un visage qui n’est pas le sien et communique avec Chris de plus en plus régulièrement. Si souvent que les deux ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Chris ignore que Claire a 48 ans, il est tombé fou amoureux d’une photo qui est celle de sa nièce, Katia. Le résultat sera digne d’une tragédie grecque. Mais le récit ne s’arrête pas là. L’ambivalent Dr Marc B. va prendre la défense de Claire dans un long discours qu’il adresse à ses confrères, leur lisant la fiction écrite par Claire de ce qu’aurait pu être l’histoire d’amour vécue in real life par Claire et Chris. A la façon des poupées russes, dans la dernière partie c’est l’écrivain Camille Laurens qui prend la parole et raconte ce qui s’apparente à sa réalité.

           J’ai dévoré ce roman en quelques petites heures, je me suis facilement engouffrée dans cet univers fait de manipulations, de fausses confidences, de mensonges et de libertinage. Extrêmement féminin (observez la couverture, tout est féminin, le nom de l’auteur, le titre…), le récit s’apparente à un long discours quasi logorrhéique qui peut déplaire, je m’en rends compte. On se fait avoir, on ne sait plus qui est qui, et c’est délicieux. Des réflexions sur l’écriture côtoient les envolées passionnées et passionnelles des personnages, ce qui ne gâche rien à l’affaire. J’ai beaucoup aimé l’humour, le cynisme voire la cruauté de l’auteur vis-à-vis de ses personnages mais aussi vis-à-vis des hommes en général… Camille Laurens se s’épargne pas elle-même ! Malgré mon engouement (et je vais voir ce qu’elle a pu écrire avant, cette Camille Laurens), l’écriture très orale m’a parfois dérangée, le pronom « on » est omniprésent. Et la tension savoureusement ressentie dans les deux tiers du livre est un peu retombée dans la dernière partie où j’ai été agacée par l’extrême soumission de la femme par rapport à l’homme. L’association n’est peut-être pas des plus heureuses mais je n’ai pu m’empêcher de penser aux romans de Glattauer sur le thème des amours virtuelles. Et puis, comment ne pas évoquer D'après une histoire vraie de De Vigan ! A lire, en tous cas, rien que pour découvrir autre chose et s’amuser avec cette frontière si mince entre fiction et réalité.

 

 

« Se faire un roman, c’est se bâtir un asile. »

« l’âge est une notion strictement administrative. »

« on n’apprend pas vite à s’apercevoir de soi, parfois jamais. »

Internet : « Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la Toile. Tantôt on est l’araignée, tantôt e moucheron. Mais on existe l’un pour l’autre, l’un par l’autre, on est reliés par la religion commune. A défaut de communier, ça communique. »

J’ai beaucoup ri : Jean-Pierre Mocky se serait vanté de sa grande forme, à son âge encore, il bande toujours : « Vous imaginez une octogénaire dire ça en direct, dire qu’elle mouille en matant un petit jeune. »

 

 

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 13:02

 

 

             Keisha a tellement insisté avec Rosa Montero qu’elle a réussi à m’intriguer. Je peux vous dire que j’ai bien fait de suivre son conseil !

 

                Zarza est une jeune femme de trente-six qui trimballe avec elle un passé lourd un âne mort. Vivant seule, travaillant dans une maison d’édition spécialisée dans l’Histoire, elle reçoit un coup de fil, un matin, et une voix qu’elle reconnaît lui murmure : « Je t’ai retrouvée ». Sans qu’on sache de qui il s’agit, elle fuit cette menace, quitte son appartement en quatrième vitesse et part en cavale. Elle va se procurer un pistolet, elle va retrouver d’anciennes connaissances embourbées, comme elle, dans la mélasse de « la Blanche » (vous comprendrez aisément de quoi il s’agit) mais surtout se souvenir de ce passé terrifiant qui remonte à la surface comme un cadavre qui a croupi trop longtemps dans une eau fétide…

               Il est difficile de résumer ce roman sans trop en dire. Sombre et prenant, il se distingue surtout par sa construction originale qui manipule le lecteur. Rosa Montero nous dévoile très progressivement des pans de la vie de Zarza et, plus elle en dit, plus on comprend que la femme a connu l’enfer et que tout son être en est saccagé… saccagé pour toujours ? Telle est la grande question du roman. Oscillant entre fantastique, science-fiction et réalisme cru, ce texte étrange est un thriller original truffé de références aussi éclectiques que surprenantes : Chrétien de Troyes, Truman Capote, la sorcellerie… Zarza m’a même fait penser à la Nikita de Luc Besson, c’est pour vous dire… Pas complètement convaincue par ce roman, j’ai pourtant très envie de poursuivre mon chemin dans l’univers de cet auteur. Keisha ne manquera pas de m’indiquer quels livres découvrir en priorité ;) !

 

Le magnifique postulat hyper optimiste du début du roman : « L’enfance est l’endroit où tu passes le reste de ta vie, pensa Zarza ; les enfants battus battront leurs enfants, les fils d’ivrognes deviendront alcooliques, les descendants des suicidés se tueront, ceux qui ont des parents fous le seront à leur tour. »

Et on arrive à ce revirement : « Elle vit la capacité des individus à se surpasser, la solidarité animale, la splendeur de la chair. Où les êtres humains trouvent-ils la force de résister à la souffrance absurde, au mal sans raison ? De leur obstination à devenir plus grands qu’ils ne le sont. Cet espoir, cette puissance, malgré le néant qui nous étreint. La vie et une étincelle dans les ténèbres. »

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