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10 août 2021 2 10 /08 /août /2021 22:04

Le Ghetto intérieur - Santiago H. Amigorena - Babelio

        Vicente vit depuis plus de douze ans en Argentine. Polonais, il a voulu vivre ailleurs, a rencontré l’amour de sa vie, Rosita, avec qui il a eu trois enfants. Gérant d’un petit commerce de meubles, il aime retrouver régulièrement ses amis Ariel et Sammy avec qui il évoque l’actualité de plus en plus houleuse en ces années 1940-41. La mère de Vicente est restée en Pologne, il sait qu’elle est recluse dans un ghetto juif, quelques lettres lui parviennent - toujours avec un grand retard – et il ne peut que deviner une situation qui ne va pas en s’arrangeant. Alors il se mure dans le silence, avec sa femme, avec ses enfants, avec ses amis. Il ne veut pas savoir ce qui se passe en Europe, il perd peu à peu le contact avec ceux qui l’entourent alors que Rosita aimerait retrouver celui qu’elle a tant aimé à leur rencontre.

        Ce petit roman est une belle illustration de ce qu’était la guerre… à douze mille kilomètres de l’épicentre. Et aussi un formidable cri de révolte par rapport à cette identité juive pas nécessairement assumée, pas nécessairement comprise ni revendiquée, par rapport à cette impuissance douloureuse qui s’exprime, chez le narrateur par le silence. Le titre de Vercors, Le Silence de la mer, dans un autre contexte, fait écho à ces non-dits révélateurs, à cette parole hurlée en silence, à cette incapacité de mettre des mots sur l’horreur. Vicente croit que s’il cesse de parler, il cessera aussi de penser mais il se trompe et son choix est remis en question à la fin du livre. Ce roman-claque expose les dommages collatéraux de cette Shoah immonde tout en racontant une famille au bord de l’implosion. J’adore ce titre polysémique et je reste persuadée qu’il faut se souvenir de cette période abjecte qui a fait tant de mal de près ou de loin.

« Être juif, pour lui, n’avait jamais été si important. Et pourtant, être juif, soudain, était devenu la seule chose qui importait. « Mais pourquoi je suis juif ? Pourquoi, aujourd’hui, je ne suis que ça ? Pourquoi je ne peux pas être juif et continuer d’être tout ce que j’étais auparavant ? »

« Se taire. Oui, se taire. Ne plus savoir ce que parler veut dire. Ce que dire veut dire. Ce qu’un mot désigne, ce qu’un nom nomme. Oublier que les mots, parfois, forment des phrases. »

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29 juillet 2021 4 29 /07 /juillet /2021 13:21

 

Betty – FRANCK'S BOOKS

Lecture attendue, reportée, un peu redoutée et finalement appréciée.

Betty est une petite Cherokee née dans les années 60 aux Etats-Unis. Entourée de frères et sœurs (ils sont six au départ), elle évolue dans une misère certaine mais aimée d’un père extraordinaire. En effet, Landon Carpenter l’initie aux bonheurs de la nature, lui apprend à communiquer avec la terre et avec les plantes avec respect, lui montre comment soigner les maux naturellement. Il incarne la bienveillance et la stabilité alors que tout, autour de Betty, se disloque et va disparaître au fil des années.

J’ai passé environ deux cents pages à me demander pourquoi ce livre connaissait un tel succès, il a été agréable à lire certes mais sans qu’il m’impressionne. Ensuite, petit à petit, il gagne en vigueur, en force mais aussi en nuances et en délicatesse. L’évolution de cette petite Betty dans un monde brutal et sordide se fait à coups d’expériences malheureuses, de découvertes du mal, de tragédies et de rencontres généralement nuisibles. Pour le caractère violent du roman, on m’avait prévenue. Au-delà de certains passages qui révèlent une barbarie particulièrement prononcée, existe une tension omniprésente, sournoise et sous-jacente tout au long du livre. La dimension tragique est d’abord associée à l’achat de cette maison soi-disant maudite quelque part dans la campagne de l’Ohio. Elle grandit dans une atmosphère faite de préjugés, de racisme et de discrimination et trouve son apothéose, malsaine et fétide dans l’inceste qui reste au cœur du roman. La figure de ce père si lumineux et incroyable m’a conquise.  Et la flamboyance de la fin est assez extraordinaire, il est vrai qu’on ressort de cette lecture complètement chamboulé, peut-être même un peu ensorcelé, mais, pour le malaise que j’ai pu ressentir de manière permanente, je n’en fais pas un coup de cœur.

"Quel que soit l’endroit où tu es, quel que l’endroit où tu vas, tu seras toujours au sud du paradis."

"Le plus bel arbre de Noël, c’est celui qu’on laisse dans sa terre pour qu’il puisse y grandir et vivre sa vie."

"tous les paradis ne sont pas encore perdus."

"Tandis que je grandissais, j'avais l'impression d'avoir des morceaux de papier collés sur la peau. Sur ces morceaux de papier étaient écrits tous les noms auxquels j'ai eu droit. Polly la Peau-Rouge, Tomahawk Kid, Pocahontas, sang-mêlé, la squaw. J'ai commencé à me définir, et à définir mon existence, en fonction de ce qu'on me disait que j'étais, c'est-à-dire rien. A cause de cela, la route de ma vie s'est rétrécie en un sentier obscur, et ce sentier lui-même a été inondé, se transformant en un marécage om il m'a fallu patauger."

"Devenir femme, c'est affronter le couteau, Betty. [...] Mais la femme que l'on devient alors doit décider si elle va laisser la lame s'enfoncer assez profondément pour la mettre en pièces, ou bien si elle va trouver la force de s'élancer, les bras écartés, et oser prendre son envol dans un monde qui semble se briser comme du verre autour d'elle. Puisses-tu avoir cette force."

Et je participe, avec ces 720 pages, encore une fois, au beau Challenge du Pavé de l'été de surmesbrizees !

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26 juillet 2021 1 26 /07 /juillet /2021 13:16

Cinq Semaines en ballon, Jules Verne | Livre de Poche

Après la belle surprise du Château des Carpathes, je continue ma découverte vernienne.

Un dénommé Samuel Fergusson, docteur et grand explorateur, a bénéficié d’une très importante « indemnité d’encouragement » pour un projet que même son meilleur ami, Dick Kennedy, considère comme insensé. Il s’agit de traverser l’Afrique d’ouest en est en ballon. C’est accompagné de Joe, le fidèle serviteur et cuisinier, Dick le chasseur (il part contre son gré mais ne se plaint pas longtemps) que le décollage est lancé depuis Zanzibar. Entre conditions météorologiques compliquées, chasse à l’antilope, pénuries d’eau, assaut de singes, disparition de Joe, mirages et accueil des indigènes très variable (tantôt on leur tire dessus, tantôt on les prend pour des fils de la Lune !), le voyage n’est pas de tout repos. Evidemment, les trois aventuriers arriveront vivants et triomphants au Sénégal cinq semaines plus tard.

J’ai malheureusement trouvé ici ce que je redoutais de l’univers de Verne : des explications scientifiques qui me passent par-dessus la tête et un certain ennui. Rajoutons à cela des considérations racistes : les Nègres sont des sauvages, cannibales ou complètement stupides (oui, c’est l’époque qui veut ça mais j’ai quand même du mal à lire ça !... voir la terrible citation plus bas) J’ai éprouvé des difficultés à lire certains passages mais d’autres, grâce à quelques péripéties savoureuses, m’ont à nouveau remotivée.

« Les obstacles, répondit sérieusement Fergusson, sont inventés pour être vaincus ; quant aux dangers, qui peut se flatter de les fuir ? Tout est danger dans la vie ; il peut être très dangereux de s’asseoir devant sa table ou de mettre son chapeau sur sa tête ; il faut d’ailleurs considérer ce qui doit arriver comme arrivé déjà, et ne voir que le présent dans l’avenir, car l’avenir n’est qu’un présent un peu plus éloigné. »
 

«   -      Nous t’avions cru assiégé par des indigènes.

     -      Ce n’étaient que des singes, heureusement ! répondit le docteur.

     -      De loin, la différence n’est pas grande, mon cher Samuel. »
 

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19 juillet 2021 1 19 /07 /juillet /2021 14:14

L'Homme aux murmures: Amazon.fr: North, Alex: Livres

Tom, un écrivain veuf depuis peu, vient d’emménager dans une maison avec son fils Jake. Le garçon a un comportement étrange, il a une amie imaginaire et entend parfois des voix ou plutôt des « murmures ». En parallèle, un garçon de six ans disparaît. Le mode opératoire ressemble fortement à celui d’un tueur d’enfants, Carter, qui croupit en prison depuis des années. Pete, le policier en charge de l’enquête redoute ce serial killer plus que tout. Le criminel ne parle que par énigmes mais semble savoir ce qui s’est passé à l’extérieur de sa geôle. Le lecteur sait qu’un danger plane sur la tête de Jake…

J’ai reçu ce roman grâce à la Kube à qui j’avais demandé un polar intelligent dans la lignée de ceux d’Henning Mankell. Le roman d’Alex North n’est pas comparable aux qualités de mon cher et regretté romancier suédois préféré mais force est d’admettre que j’ai été happée par cette histoire sordide et effrayante assez rapidement. Il démarre doucement puis gagne en vigueur et dévoile des surprises au fil des pages. Il est toujours inquiétant de se dire qu’on ne connaît pas les gens qui nous entourent et c’est le cas d’un papa avec son fils. J’ai passé un bon moment sans faire pour autant de ce polar un indispensable.

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 14:29

Un si petit monde - Jean-Philippe Blondel - Babelio

En 1989, Philippe un peu surpris, vient d’apprendre qu’il a eu le concours et sera prof d’anglais. Sa mère, elle, est une institutrice presque à la retraite. Le père, André, préfère passer une partie de sa semaine à Paris, loin des siens. Il y a aussi Geneviève qui a eu un enfant après 40 ans et dont elle ignore l’identité du père puisqu’elle avait couché avec Gérard, le père de Baptiste, le grand copain de Philippe. Janick, la veuve de Gérard et Michèle, la mère de Philippe, décident de vivre ensemble puisqu’elles peuvent ses passer des hommes. Oui, c’est compliqué et il faut suivre.

Je ne savais pas, au départ, qu’il s’agissait de la suite de La Grande escapade que je n’ai pas lu. Et ça fait effectivement un peu feuilleton télé qu’on ne comprend pas forcément si on a loupé un épisode. Même si c’est assez drôle et simple et qu’il y a quelque chose de réconfortant à se glisser dans un roman de Blondel, j’ai été un peu déçue parce que je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher aux personnages. Ça reste sympatoche comme Les Petits mouchoirs … des copains, des disputes, des amours, des tromperies, un peu d’espoir dans un dénouement virevoltant, la vie quoi.

(Ce serait bien pratique d'apposer sur la couverture "second tome" ou "suite de...")

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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 09:10

Animo Trouver la force d'entreprendre quelque chose de difficile - broché -  Elliot Nakache, Hervé Dupied - Achat Livre | fnac

J’ai chapardé ce livre à une gentille collègue…

Deux copains, la trentaine, qui se sont rencontrés dans un bar de Hong-Kong décident de parcourir l’Amérique du Sud depuis Mexico jusqu’à Ushuaïa. Sans grande expérience, avec souvent que leurs pieds pour moyen de transport, ils vont marcher plus de 7000 kms en un an, rencontrer les autochtones, se faire peur, gravir des montagnes et des volcans, suer et grelotter, souffrir et déconner. Attentifs à l’environnement qui les entoure, ils constatent que les déchets sont partout et que l’éducation à l’écologie ne se fait pas dans tous les pays. Entre les mines d’argent et d’or, l’huile de palme, la construction de barrages, de canaux, l’épandage de pesticides, la nature est toujours la première victime.

Je suis friande de ce genre de récit de voyage ! Celui-ci se trouve dans un beau livre où des photos accompagnent les textes. Les deux compagnons prennent la parole à tour de rôle.  Evidemment, comme souvent, l’objectif n’est pas la belle prose ni la qualité littéraire mais l’esprit d’aventure compense cela allègrement ! J’ai aimé les découvrir humbles et pas complètement inconscients (ils ont actionné leur balise de détresse quand ils se sont rendu compte que leur guide, en jungle, n’était pas fiable, et qu’Elliot s’était blessé au poignet), ils prennent aussi, très épisodiquement l’avion (entre Lima et La Paz par exemple) et la voiture quand on leur propose. Ils savent aussi s’arrêter le temps d’une nuit dans un hôtel climatisé avec télé. Leur rythme de marche est impressionnant puisqu’il avoisine les 40 kms/jour. Comme souvent dans ce genre d’aventure, c’est l’accueil des habitants qui surprend : les plus démunis offrent un toit et de quoi se nourrir à deux Occidentaux. Ils ont souvent été tentés de rester quelques jours mais n’ont pas dévié de leur objectif. On comprend qu’ils grandissent en avançant et surpassent leurs limites, se stimulant et se motivant l’un l’autre. Je suis toujours admirative de ce genre d’exploit et pas mal envieuse parce que j’aimerais m’y coller aussi (bon, sans doute pas une année entière). Ces aventuriers engrangent des souvenirs uniques qui transforment leur vie.

J’ai – entre autres – aimé les salars, ces déserts de sel que les touristes viennent admirer dans de gros 4x4 : « J’estime que la beauté de cet environnement ne s’apprécie qu’après y avoir souffert, après y avoir vécu tout simplement : le craquement de la croûte de sel qui casse les genoux, la réverbération qui défonce les lèvres, le vent de face qui rend fou d’une rage quasi incontrôlable et finalement, quand le soleil se couche, un froid polaire qui me donne une chair de poule quasi constante. Et pourtant ce matin, je souris, heureux comme un gamin avec une chair de poule qui elle n’est pas due au froid mais à ma joie. »

« Je comprends à l’instant même que notre plus grand apprentissage est d’accepter ce qui est, et ainsi d’avancer sans regarder le passé, mais en continuant à repousser constamment ce dont nous sommes capables dans le futur. »

Merci Carole ! 

 

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 20:33

Livre: De pierre et d'os, Bérengère Cournut, Magnard, Classiques Et  Contemporains, 9782210770638 - Leslibraires.fr

         Uqsuralik est une jeune femme inuite qui, à cause d’une faille de la banquise, se retrouve sans parents ni famille. Elle erre longtemps avant d’être adoptée par une autre mère, Sauniq, qui lui sera d’un grand secours jusqu’à sa mort. Nous la suivons toute sa vie, dans son parcours de mère, d’épouse, de chasseresse et même de chamane. Les récits sont entrecoupés de chants, des poèmes des différents protagonistes.

          Pour le moins dépaysant, ce court roman nous emmène dans une autre contrée, sous un autre climat, avec des mœurs et des habitudes ô combien différentes de chez nous. J’ai eu parfois du mal à me faire à toutes ces différences, c’est bête à dire mais tout est tellement à mille lieues de ce que l’on connaît. Les croyances, les superstitions et les tabous sont nombreux. Et puis, finalement, on apprend beaucoup de cette rudesse. J’ai apprécié cette adoption de la narratrice qui se fait dans l’évidence et la simplicité. Aussitôt adoptée, aussitôt acceptée et admise jusqu’à la fin. Il existe aussi une belle confusion entre mère et fille : la mère devient une fille. Cette notion de la « famille » autre que la nôtre m’a plu. Il est bon de découvrir un autre son parfois… Il y a aussi ces duels de chants où sont révélés les plus grands secrets. Ce roman, reçu au collège, peut être étudié dès la 5ème apparemment ; je suis sceptique : certaines scènes sont cruelles et cette histoire finalement assez complexe convient mieux à de grands adolescents qu’à des enfants, me semble-t-il. Lire quelques extraits peut cependant être riche et instructif. Pour conclure, je dirais que certains passages m’ont plu mais, dans l’ensemble, j’ai été relativement hermétique à l’intrigue et il m’a manqué une fluidité générale à ce roman … où la femme mâche les coutures des moufles de leur homme pour qu’elles restent souples …

« Sauniq m’a proposé de m’adopter. J’ai maintenant une mère qui est également la fille de ma fille, et dont je suis ainsi la grand-mère : nous sommes un cycle de vie à nous trois, et les autres se trouvent naturellement reliés à nous par leurs liens à Sauniq. Comme il n’y a pas d’homme dans notre maisonnée, je me suis remise à chasser. »

Je vous souhaite à toutes et à tous un bel été et de jolies vacances ! 

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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 20:33

Article 353 du code pénal, Tanguy Viel : longue confession sur la cupidité  des hommes - Baz'art : Des films, des livres...

Lors d’une sortie en bateau, non loin de la côté brestoise, Martial Kermeur fout Antoine Lazenec à l’eau. Et rentre chez lui. Et se fait arrêter. S’en suit un long monologue chez le juge où l’homme tente d’expliquer les raisons de ce meurtre parfaitement voulu et réfléchi. Le juge ne correspond pas au stéréotype du métier, il est jeune, humain, tente de sonder l’âme de Kermeur à la manière d’un psychologue. Et Kermeur raconte, tout, depuis le début. Il vivait gracieusement dans une dépendance parce qu’il s’occupait de l’intendance d’un « château », plutôt une vaste demeure dont personne ne voulait. Jusqu’à l’arrivée du flambeur Antoine Lazenec qui en a mis plein la vue à tout le village. Son projet est de tout racheter, tout démolir pour y construire un vaste complexe hôtelier, une station balnéaire. Tout le monde finit par croire à ce pari fou. Kermeur investit toute sa prime de licenciement et espère obtenir ce bel appartement avec vue pour lui et son fils Erwan. Vous le devinez, c’était de la poudre de perlimpinpin et il n’y a jamais eu ni complexe hôtelier, ni appartement.

Derrière ce titre rédhibitoire se cache un roman fascinant qui se lit avec délectation. C’était une première découverte de l’auteur et elle m’a convaincue ! L’écriture allie à la fois la grande simplicité du langage oral de Kermeur et une fine analyse psychologique du déroulement de l’affaire - ou comment un type en arrive à en tuer un autre sans scrupules. Le récit est si bien tourné qu’on se prend d’affection pour le narrateur et meurtrier. La fin est délicieuse. Un si grand plaisir de lecture que j’en fais un coup de cœur !

 

Martial Kermeur veut raconter son histoire « qu’elle soit comme une rivière sauvage qui sort quelquefois de son lit, parce que je n’ai pas comme vous l’attirail du savoir ni des lois, et parce qu’en la racontant à ma manière, je ne sais pas, ça me fait quelque chose de doux au cœur, comme si je flottais ou quelque chose comme ça, peut-être comme si rien n’était jamais arrivé ou même, ou surtout, comme si là, tant que je parle, tant que je n’ai pas fini de parler, alors oui, voilà, ici même devant vous il ne peut rien m’arriver, comme si pour la première fois je suspendais la cascade de catastrophes qui a l’air de m’être tombée dessus, sans relâche, comme des dominos que j’aurais installés moi-même patiemment pendant des années, et qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare. »

« quelquefois, quand il me regardait, le juge, on aurait plutôt dit qu’il avait une machette dans les yeux et qu’avec il frayait son chemin à l’intérieur de moi, comme s’il visait un point central que je ne connaissais pas moi-même, quelque chose qu’il aurait peut-être simplement appelé « les faits » et parce qu’il pensait qu’à l’intérieur d’eux, « les faits », il y avait la vérité. »

« on ne peut pas toujours attendre des siècles je ne sais quelle justice naturelle qui ne tombera peut-être jamais. »

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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 17:25

Livre: L'escalier de Jack, Jean Cagnard, Gaïa, Gaia littérature,  9782847202618 - Leslibraires.fr

       Bouquin qui dormait dans ma PAL depuis des années (et je ne sais évidemment plus comment il y est atterri !)

       Le narrateur cumule les petits boulots. Dans sa Normandie natale, il doit se débrouiller pour survivre entre des parents étranges, peu aimants et rustres, une sœur qui le déteste et un contexte général plutôt misérable. Il ne se laisse pas abattre, se fait remarquer partout où il passe. Entre la cueillette des fraises, la manutention, l’usine, les surveillances, les déménagements, l’agro-alimentaire, la charpenterie, la tuyauterie, il découvre la littérature notamment Kerouac, Buzzati, Steinbeck et Hemingway.

       C’est un roman assez surprenant qui, d’apparence fouillis-fouillis, est plutôt bien organisé puisqu’il passe en revue les différents boulots du narrateur (plus d’une trentaine !). Chaque chapitre débute par un haïku de Jack Kerouac et l’auteur utilise le « vous » pour s’exprimer. La verve est assez impressionnante, le romancier manie très bien l’humour et l’ironie dans un texte qu’on pourrait qualifier de picaresque. Un road-trip professionnel irrévérencieux dans lequel le personnage haut en couleur s’en sort toujours bien malgré quelques péripéties loufoques. Certaines images sont marquantes : un cercueil qu’il faut déménager mais dont le narrateur se lie d’amitié avec l’occupant, une simulation de mort qui dure une semaine pour échapper à l’armée, la « vente » d’un père. Une lecture divertissante et amusante même si ce « vous » m’a perturbée jusqu’au bout.

« Oh, vous le sentez ! Les enfants que vous n’avez pas sont déjà fiers de leur père, fiers des couilles pétries de justice de leur père dans lesquelles ils baignent pour moitié. Certains qu’ils seront bien nourris, bien habillés et correctement vêtus, de la dignité jusque-là, il est clair que les petits salopiots sont plus empressés que d’autres à voir le jour. Où est donc la mère de vos enfants futurs salariés ? Où se tient cette déesse ? »

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 07:52

La petite fille qui aimait trop les allumettes - Babelio

Encore un roman sorti de ma PAL et dont j’ignore la date d’entrée… peut-être avant de ne pas aller au Québec à cause de la pandémie ?

Deux adolescents découvrent un jour leur père pendu. Ils s’émeuvent un peu soit, mais l’éducation qu’ils ont reçue, dans cette ferme isolée, rend leur comportement étrange. Père était toujours seul à s’occuper d’eux, il les appelait « Fils » sans les nommer, les frappait à longueur de journée, les coupait du monde, s’adonnait à des activités masochistes. Les enfants sont persuadés que Père les avait pétris pour les faire naître. Le narrateur aimait se plonger dans la lecture de dictionnaires mis à sa disposition et astiquer l’argenterie mais là, il doit bien admettre qu’il doit prendre ses responsabilités et aller au village où il n’a jamais mis les pieds pour réclamer un cercueil. Son frère de jumeau est un incapable qui passe son temps à se tripoter. C’est donc avec un cheval dont la panse traîne au sol qu’il arrive dans un monde inconnu de lui ; il n’y sera pas bien reçu.

Je ne veux pas trop en dire parce que ce roman est assez extra-ordinaire. Au bout d’une cinquantaine de pages, une surprise surgit, puis une autre. Entre sidération et sourire, le lecteur ne sait trop où se situer. Il est d’emblée fortement bousculé par cette écriture âpre, des néologismes, des trouvailles langagières et des considérations parfois bestiales. Puis il avance prudemment dans un univers qui n’a rien à envier aux contes noirs. Certains passages m’ont fait penser à Céline, c’est dire. Je ne vais pas vous mentir, j’ai aimé me faire malmener et surprendre par cette lecture ô combien originale. Il est question d’éducation marginale, de sorcière, de « secrétarien » qui a un livre à écrire, de fracas, de demeure à défendre et peut-être même de résilience.

« J’ai omis de le mentionner, mais je suis le plus intelligent des deux.  Mes raisonnements frappent comme des coups de gourdin. Si c’était mon frère qui rédigeait ces lignes, la pauvreté de la pensée sauterait à la figure, personne ne comprendrait plus rien. »

Où enterrer le Père : « Misère et boule de gomme. »

« Je suis demandai si je pouvais échanger mes sous contre une boîte à mort, mais j’eusse aussi bien fait d’interroger le tas de cailloux blancs couleur de cadavre de père au fond du ruisseau desséché. »

« J’avais définitivement compris que nos rêves ne descendent sur terre que le temps de nous faire un pied de nez, en nous laissant une saveur sur la langue, quelque chose comme de la confiture de caillots. »

 

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