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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 20:32

 

Résultat de recherche d'images pour "chandler le grand sommeil folio"

 

          Certains vont êtres fiers de moi, j’ai réussi à abandonner une lecture. Bon, j’aurais préféré que ce ne soit pas un Raymond Chandler…

           Le charmant détective de 33 ans, Philip Marlowe, est amené à enquêter dans une famille très huppée au sujet de la disparition d’un prétendant de l’une des jeunes filles. Dans cette famille, le père est en chaise roulante, pas loin d’agoniser et ses deux filles orphelines de mère, font tout et n’importe quoi de leur corps et des sous du père.

          Cela fait des années que je veux lire Raymond Chandler considéré comme le maître du roman noir ! Le début m’a plu, l’insolence de ce jeune détective qui ne se laisse pas conter fleurette facilement par une paire de fines jambes sexy, sa hardiesse, son ton moqueur. Je me suis lassée très vite. Cet univers où le trafic de livres pornographiques passe pour scandaleux, où l’expression favorite d’un des personnages est « Va te faire dorer », ce monde-là a pris un petit coup de vieux d’après moi… J’aurais voulu apprécier mais l’abondance des personnages, certaines incohérences m’ont trop fait soupirer pour que je poursuive ma lecture. J’ai encore des progrès à faire puisque c’est seulement à la page 160 que j’ai stoppé définitivement ma lecture.

        Un petit extrait qui prouve bien que je ne suis pas fâchée contre ce livre (rien à voir avec la colère que j’ai ressenti après avoir lu –en entier hélas ! Le Grand jeu). Peut-être même que je m’y replongerai un jour de pluie (c’est traduit par Boris Vian bon sang !)

« Elle se leva lentement et s’approcha en ondulant dans sa robe noire collante de tissu mat. Elle avait de longues cuisses, et elle marchait avec un certain petit air que j'avais rarement remarqué chez les libraires. Elle était blond cendré, les yeux gris, les cils faits, et ses cheveux en vagues arrondies découvraient des oreilles où brillaient de gros boutons de jais. Ses ongles étaient argentés. Malgré son attirail, elle devait être beaucoup mieux sur le dos. Elle s'approcha de moi en déployant un sex appeal capable d'obliger un homme d'affaires à restituer son déjeuner, et, secouant sa tête, remit en place une boucle de cheveux doux et brillants ... pas très dérangée d'ailleurs. Elle eut un sourire hésitant qu'on n'aurait pas eu de mal à rendre aimable »

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 21:06

 

Résultat de recherche d'images pour "Kinderzimmer de Valentine Goby babel"

 

           Janvier 1944. Mila a été arrêtée et déportée au camp de concentration de Ravensbrück sous les lumières vives des projecteurs avec des aboiements et des hurlements en fond sonore. C’est un camp de femmes, un camp où on meurt de faim, de froid, de découragement, de fatigue. Mila n’a que vingt ans et elle est enceinte. Elle cache sa grossesse ce qui n’est pas très difficile puisqu’elle n’arrête plus de maigrir. Alors qu’elle voit mourir sa cousine Lisette qui l’avait accompagnée jusque là, elle accouche d’un bébé dans les conditions les plus atroces. Et découvre, par la même occasion, que son bébé n’est pas le seul du camp. Les maladies, nombreuses et variées déciment les êtres squelettiques et fantomatiques que sont devenues ces femmes mais aussi les bébés qui se transforment en petits vieillards au bout de quelques semaines. Entre la vie et la mort, c’est un pari futile avec elle-même qui maintiendra Mila en vie, mais ce sont aussi ses camarades de douleur qui l’aideront, surtout Teresa qui accepte d’emblée le rôle de sœur, de mère, d’amie, de protectrice. Elles dormiront lovées l’une contre l’autre toutes les nuits. Le temps se perd, les consciences s’épuisent, les cadavres se multiplient tout autour de Mila. Elle se bat, les femmes s’entraident, de petits actes de résistance les rendent plus fortes. Un jour, une lueur d’espoir prend force dans une ferme non loin de là. Et bientôt la fin d’un cauchemar qui, pourtant, marquera pour toujours Mila redevenue Suzanne Langlois, celle qui a encore le droit de vivre…

         Ce texte si magnifique et si bouleversant se lit d’un seul souffle car il y a urgence : urgence de savoir Mila vivante et combative, urgence de la maintenir en vie, urgence de croire encore en la vie. L’écriture, dépouillée mais belle, est au service de cette course à la survie. Certaines images me resteront longtemps en mémoire : ce bébé qui naît et qu’on nettoie, tant bien que mal, avec un reste de café, une femme qui se précipite sur les barbelés électriques, le bébé qu’on se passe de sein en sein dans l’espoir de le nourrir rien que d’une goutte… Je crois qu’il n’existe pas un témoignage « de trop » quand il s’agit de déportation. Chaque histoire vaut la peine d’être racontée. Celle-ci est peut-être encore plus poignante que les autres car elle touche à la naissance, au regain qu’on essaye d’étouffer. Valentine Goby réussit à rendre compte des atrocités des camps avec une justesse et une authenticité frappantes.

         Noukette a pensé qu’il était grandement temps pour moi de lire ce roman. Elle a bien raison, il est indispensable. Merci à toi, chère Noukette !

« Ne pas mourir avant la mort, se ternir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück. »

« Je t’ai dit, il n’y a pas de frontière entre le camp et le dehors. Tous les jours, tu fais ton choix : tu continues ou tu arrêtes. Tu vis, tu meurs. »

« La vie est une croyance. »

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 20:27

 

 

livre nature writing Gallmeister

 

 

 

            Nell et Eva, respectivement âgées de dix-sept et dix-huit ans, vivent seules, recluses dans leur maison isolée dans la forêt. Leurs parents sont morts, leur pays – les Etats-Unis - est malmené par des maux si nombreux : guerres, épidémies, violences en tous genres, que l’électricité et le pétrole viennent à manquer. Les nombreuses réserves de la maison assurent pour un moment un confort minimal dans l’attente de retrouver une vie normale. Nell potasse ses encyclopédies, c’est Harvard qu’elle lorgne ; Eva danse toute la journée avec l’ambition d’en faire son métier. Mais les ennuis s’accumulent : mauvaises rencontres, disputes, météo infernale, souffrances,… La réponse, comme on peut le penser, l’espérer au début du roman, ne viendra pas de l’homme.

 

           Boulimique de lectures, j’aime souvent arriver à la fin d’un bouquin, tout simplement pour le plaisir d’en commencer un autre. Pour celui-ci, et cela va rester désormais mon critère de qualité, j’ai aimé rester à la dernière page, visualiser ces deux sœurs, m’imprégner de leur force, de leurs enseignements, savourer encore un peu l’écriture à la fois délicieuse et efficace de cette romancière. J’aurais voulu y rester encore un peu dans cette forêt ressourçante, rassurante et apaisante. Il émane de ce livre une force aussi bien dans l’intrigue, dans les personnages que dans l’écriture. C’est une histoire qui touche à notre intime, à notre moi le plus profond nettoyé de tous les parasites de la société, de la famille, de l’éducation. La dernière fois que j’ai ressenti une telle émotion de lecture qui m’a autant ouvert le ventre, c’est quand je lisais le passage où Robinson se vautrait dans sa souille dans Vendredi ou les limbes du Pacifique.

          Un roman qui agrippe et qu’on agrippe, qui serre la gorge et remue les tripes ! Quelle puissance et quelle justesse !

Bon sang, quel indéniable coup de cœur !

 

« La question que je pose sans fin à mon reflet, c’est : Qui es-tu ? Mais cela ne viendrait jamais à l’esprit d’Eva de se demander qui elle est. Elle se connaît jusque dans les moindres os de son corps, les moindres cellules, et sa beauté n’est pas un ornement ; c’est l’élément dans lequel elle vit.

Malgré son habileté avec le feu, Eva me fait toujours penser à l’eau. Elle est gracieuse et vive comme le ruisseau de l’autre côté de notre clairière. Comme lui, elle semble satisfaite de vivre une partie de sa vie sous terre, certaine – même maintenant – d’aller quelque part.

Quand elle danse, ça se voit. Elle est sûre d’elle, si débordante de vie qu’elle anime quiconque la regarde. Quand elle ne danse pas, elle est silencieuse, calme, un peu rêveuse, comme si danser c’était vivre pour elle. »

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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 10:41

Résultat de recherche d'images pour "Le marchand de passés de José Eduardo Agualusa métailié"

 

              Félix Ventura est un albinos qui a un métier hors du commun : derrière les apparences d’une modeste librairie, il vend un passé à ses clients : des ancêtres, une vraie histoire, des antécédents passionnants, une généalogie à faire pâlir les plus grands princes. Un étranger sans nom vient un jour lui demander de tout construire : son passé mais aussi son identité et sa vie toute entière. Même s’il n’est pas un faussaire, Félix va accepter le pari contre une grosse somme d’argent. Oui mais, l’étranger en question se complaît trop vite et trop bien dans sa nouvelle identité puisqu’il se rend dans sa ville « natale », cherche à rencontrer sa « mère »… bref, entre fiction et réalité, les frontières deviennent de plus en plus floues. La chronologie est constamment bouleversée et les personnages, complètement atypiques, s’apparentent à ceux de la farce, à la fois grotesques et sublimes, toujours surprenants.

             Pas loin d’être potentiellement reléguable dans les « OLNI », ce roman mêle les genres : fantastique, polar, science-fiction, poésie. Rajoutez à cela une jeune fille merveilleuse qui « collectionne la lumière », un narrateur surprenant et un pays dépaysant, une petite dose d’humour, vous obtiendrez un récit aux saveurs originales. Je n’ai pas tout aimé – sans doute parce que je n’ai pas saisi toutes les références politiques - mais j’ai adoré aller voir ailleurs, ça c’est sûr !

 

            Je peux désormais me targuer d’avoir lu un écrivain angolais… et encore une fois… sans faire exprès, j’ai lu un roman qui s’approche du roman d’anticipation, c’est drôle comme le hasard fait bien les choses parfois !

 

« Finalement monsieur, que faites-vous les jours ouvrés ? La réplique de Fausto Bendito, tous mes jours sont désœuvrés, chez monsieur, je les promène, déclenche encore aujourd’hui des applaudissements et des éclats de rire. »

« la misère a beaucoup de succès dans les pays riches. »

« le bonheur est presque toujours une irresponsabilité »

« J’affabule tellement, toute la journée, et avec un tel enthousiasme, que parfois j’arrive au soir perdu dans le labyrinthe de mes propres inventions. »

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 16:50

 

Résultat de recherche d'images pour "iain levison ils savent tout de vous"

 

 

           Lorsque j’étais en train de lire Un petit boulot, je savais que je ne lâcherais pas cet auteur de si tôt.

           Snowe est un flic qui, du jour au lendemain, découvre qu’il sait lire dans les pensées d’autrui. Perplexe, légitimement décontenancé, il se sert de ce don au boulot, réglant les affaires en deux temps trois mouvements puisque les mensonges des prévenus n’existent plus pour lui. Un peu plus loin dans ce pays américain corrompu, Denny jouit également du même pouvoir surnaturel sauf qu’il croupit en prison et qu’il est destiné à mourir quelques semaines plus tard pour avoir tué un flic. Et pourtant, une nana du FBI, insolente, séductrice et courageuse, vient le recruter pour qu’il lise dans les pensées d’un chef d’état africain. Elle est une des seules personnes que Denny n’arrive pas à « lire », ses pensées lui sont inconnues à cause d’une opération du cerveau. L’affaire gardée secrète tourne au drame, Denny parvient à s’enfuir, blesse un flic, … et c’est Snowe qui va être embauché à va-vite pour retrouver Denny. Oui mais les deux télépathes, forcément, se comprennent parfaitement, s’interrogent sur leur don survenu si étrangement et vont finir par fuir, complices, à la recherche de la vérité.

            A travers une satire de la société américaine, Iain Levison se moque surtout des flics, des services de renseignement et de leurs méthodes plus que douteuses. Dans un amusant road-movie qui mêle manipulations, espionnage et inefficaces surveillances, les hommes sont considérés comme des pantins qu’on prend, qu’on utilise, qu’on jette. C’est vraiment drôle et agréable à lire. Voilà vraiment un auteur à suivre ! Cerise sur le gâteau, pour moi qui me suis fixée un challenge SF, je crois bien que le bouquin peut entrer dans le genre de l’anticipation avec ces histoires de télépathie !

 

Denny, un peu plus avancé que Snowe en matière de télépathie, lit aussi dans les pensées des animaux : « Les animaux c’est sympa, continua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beaucoup. Angela, c’est une fille bien mais merde, elle n’arrête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vaisselle qu’lle avait laissée dans l’évier. Je te jure. »

« Quelques dizaines d’années avant qu’il entre dans la police de Kearns, un policier avait été tué alors qu’il enquêtait sur un cambriolage, et on utilisait souvent l’expression pour rappeler à tous de porter leur gilet pare-balles. « Enfilez ça pour qu’on ne donne pas votre nom à un pont. »

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 15:12

 

 

Résultat de recherche d'images pour "replay grimwood"

 

 

            A la recherche de bons romans de science-fiction et sur les excellents conseils de A_girl_from_earth et de Krol (merci !!!), je me suis rapidement attelée à cette lecture. Réussite totale !

            En octobre 1988, Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque à 43 ans. Entre un boulot qui ne l’enthousiasmait pas, un mariage en déroute et l’impossibilité d’avoir des enfants, sa vie n’était pas très réjouissante. Oui mais Jeff se réveille dans sa chambre d’étudiant… à l’âge de 18 ans ! Déboussolé, il comprend qu’il a fait un bond dans le temps, que tout est à refaire. Oui mais il connaît désormais l’avenir. Il se fait sa petite fortune très rapidement, il prend un autre chemin que lors de sa 1ère vie, il se fait remballer par celle qui était sa femme et finalement, se retrouve à 43 ans, père d’une fillette, marié et riche… et il meurt. Encore une fois, il se retrouve dans sa peau de jeunot. Cette fois, beaucoup plus malheureux que lors de sa première « résurrection » puisqu’il a perdu un enfant, une vie qu’il aimait et que tout est à reconstruire.

             Jeff va vivre plusieurs vies, faire des choix très différents, va tenter de changer le monde, s’adonner à une vie de débauche, s’isoler, voyager, et  rencontrer une jeune femme à qui il est arrivé la même chose !

             Quelle histoire mais quelle histoire ! L’intrigue, au départ, fait rêver : revivre une partie de sa vie avec la possibilité de changer ce que bon nous semble, tout en ayant la connaissance et l’expérience de notre « première vie » ! Oui mais on se rend très vite compte qu’on risque de perdre ceux qu’on a aimés une première fois. Et se retrouver, tous les 25 ans avec l’apparence d’un minet presque encore mineur freine considérablement. Jeff utilisera une de ses « replay » pour réellement sauver le monde, éviter les catastrophes, protéger des gens, rendre publiques ses connaissances sur l’avenir mais les conséquences se révéleront plus désastreuses encore. Ce roman, en plus d’être passionnant, permet vraiment au lecteur de réfléchir sur ses propres choix de vie, sur – aussi bizarre que ça puisse paraître – le caractère unique de l’existence et les avantages de la mort. J’ai totalement adoré ce roman que je n’ai pas lâché et que j’ai lu en deux jours. Aucun temps mort, aucun raté, une ouverture vers d’autres mondes, une écriture certes simple mais très efficace. Un vrai régal qui nous permet – qui l’eût cru - de revoir à la baisse nos désirs d’immortalité !

 

« Jeff regarda autour de lui l’appartement décoré avec goût, d’un standing tellement supérieur aux logements que Linda et lui avaient jamais espéré occuper. Il ne lui avait fallu que six mois pour acquérir tout ceci, presque sans le moindre effort. A présent, il pouvait passer le reste de sa vie à augmenter son confort et sa richesse, sans aucune limite, grâce à ce qu’il savait ; mais ces succès lui resteraient en travers de la gorge s’il n’intervenait pas en fonction des autres événements qu’il connaissait. Il devait agir. A tout prix.»

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:36

 

 

Résultat de recherche d'images pour "six fourmis blanches collette denoel"

 

          Dans Un vent de cendres, j’avais déjà trouvé l’ambiance singulière et la tension omniprésente. C’était sans compter ce roman-ci, glacial et glaçant.

          Lou et son compagnon Elias, citadins et plutôt casaniers, ont gagné un séjour insolite : un trekking dans les montagnes albanaises. Dans un groupe de six touristes, ils vont gravir des monts, marcher dans la neige, camper dans ces tentes qui s’ouvrent en un clin d’œil, porter leurs repas sur le dos, bref, vivre à la dure l’espace de trois jours. Leur guide, Vigan, inspire confiance car il connaît la montagne par cœur. Oui, mais la météo peut révéler de sacrées surprises et une tempête de neige qui provoque des avalanches va retarder puis paralyser le groupe. Angoisses, blessures, froid intense, faim, fatigue et … spectre de la mort vont tétaniser Lou et ses compagnons de route.

           En parallèle, on découvre le métier ancestral de sacrificateur. En effet, Mathias, pour conjurer le mauvais sort, est payé pour jeter une chèvre (choisie consciencieusement grâce aux osselets) du haut de la montagne. Cette croyance, chez les Albanais, a la vie dure, et Carche, le magnat du coin, assure que son petit-fils a le même don que Mathias. Oui mais Mathias aime être seul, et quand le petit-fils en question s’avère être un dangereux dément, l’un des deux doit disparaître…

         Entre course-poursuite par -15 et survie dans un univers des plus hostiles, les humains sont comparables à de minuscules fourmis, tout aussi frêles et vulnérables. Que de blanc, que de froid ! Le suspens constitue le maître-mot de ce roman, il fonctionne à plein régime ; l’écriture est efficace et le contexte effarant. Voilà un excellent page-turner à déconseiller aux amateurs de montagne qui risquent den plus vouloir jamais y retourner !

« Six fourmis blanches avancent dans la neige et la glace, leurs silhouettes détachées comme celles des nomades sur les dunes du désert. Dieu, ce que j’aimerais cuire sous un soleil de plomb ; au lieu de quoi nous nous débattons toujours dans un brouillard poisseux en tremblant de fatigue. J’ai l’impression que cela fait des jours, des semaines que je marche. Des semaines que je franchis des cols entre Marc devant et Elias derrière moi , sans rien manger et sans rien boire, m’approchant du ciel, des cieux, de l’espace où ma conscience se perd. »

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 10:24

 

Résultat de recherche d'images pour "L’homme sentimental de Javier Marías folio"

 

 

 

            Le narrateur est un chanteur lyrique qui se souvient, quatre ans auparavant, avoir eu pour voisins, dans le train, deux hommes mutiques et une femme endormie. Il va les retrouver, par hasard, dans Madrid. Le couple formé par Manur et Natalia est accompagné de Dato qui se qualifie lui-même d’ « accompagnateur » puisqu’il est censé occuper, distraire, tenir compagnie à Natalia pendant que son mari vaque à ses très sérieuses activités professionnelles. Très vite, Dato et Natalia vont sortir et déjeuner et dîner avec le solitaire ténor qui passe ses semaines à voyager d’une métropole à une autre. Se fréquenter jusqu’au prévisible : Natalia et Le chanteur -surnommé Le Lion de Naples- vont tomber amoureux. Le mari si discret va intervenir d’une bien étrange manière…

             Rien qu’en lisant une seule phrase, on peut reconnaître le style méandreux de l’auteur. Ses phrases sont très longues, ses digressions nombreuses, Javier Marías se préoccupe davantage de psychologie que d’actions. Il fait également la part belle aux suppositions et aux hypothèses que peut émettre un personnage, proposant ainsi de nombreuses variantes narratives où l’humour vient côtoyer le registre dramatique. L’ambiance est, comme pour mes lectures précédentes, à la fois ouatée et proche du tragique. L’étrange se propage dans l’histoire et le doute semble être le fil directeur de ses romans. Javier Marias creuse les âmes, apporte quelque chose de neuf, laissant le lecteur troublé, à chaque fois. Même si j’ai préféré Un cœur si blanc, je continuerai à lire cet écrivain si surprenant.

 

Dato : « Je suis un accompagnateur, rien d’autre qu’un accompagnateur, et tous les deux, Natalia et Manur savent que c’est pour ça qu’on me paie, pour cela exclusivement et ils en usent. Je le sais bien moi aussi. Vous voyez, vous vous plaignez de votre solitude, moi en revanche je me plains du trop de compagnie. Vous vous plaignez de l’excessive dispersion et diversité de votre vie, moi, je me plains de l’excessive concentration et monotonie de la mienne. »

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 14:19

 

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           Un bébé est retrouvé mort. Sa sœur, une petite fille, agonise à ses côtés, près de la commode bleue. L’incipit commence très fort et nous emporte dans le long déroulement explicatif de cette tragédie.

            Paul et Myriam forment un jeune couple heureux. Les deux premiers enfants sont arrivés très vite, la maman a voulu rester à la maison pour s’en occuper, jusqu’au moment où elle a craqué : elle a besoin d’une vie à elle, d’occupations et de conversations adultes, de retrouver le droit qu’elle chérissait tant lors de ses études. A la recherche d’une nounou, le couple tombe sur la perle rare : Louise est tout simplement parfaite ! Non seulement elle fait preuve d’une patience redoutable face aux deux petits, elle sait chanter et raconter des histoires comme personne, mais en plus, elle rend le petit appart parisien plus agréable en rangeant, en réaménageant, en cuisinant de petits plats excellents. Très vite, Myriam et Paul ne peuvent plus se passer de cette baby-sitter hors pair. Elle viendra passer quelques nuits chez eux pour les dépanner et ira même jusqu’à les accompagner en vacances pour les soulager.

            La personnalité de Louise nous est dévoilée subrepticement et progressivement. Cette jeune femme aux allures d’ange, «cette nounou irréelle, qui a jailli d’un livre pour enfants » ne vit que pour la famille, par la famille. Sa vie privée, elle l’a balayée, déçue par ses parents, son mari, sa propre fille ; en revanche, elle s’attache à rendre l’éducation des enfants qu’elle garde irréprochable. Pourtant, elle accepte mal qu’on jette la nourriture, elle ne comprend pas que Myriam ne fasse pas un troisième enfant qui ne serait rien qu’à elle…

           J’ai adoré cette lecture, addictive, facile et fascinante. Ce thriller psychologique est impeccable dans le traitement des personnages, dans son intrigue simple mais déroutante, même dans sa réflexion sur la société et la connaissance de l’humain. Le style sec et sans fioritures sied à cet être aride et mystérieux qu’est Louise. Malgré tout, j’ai lu un excellent thriller psychologique qui, me semble, ressemble à d’autres dans le même genre qui, eux, n’ont pas obtenu le prix Goncourt (Les Apparences de Gillian Flynn, Esprit d’hiver de Laura Kasischke, L'Amour et les forêts d'Éric Reinhardt ou encore Un vent de cendres de Sandrine Collette)…

 

 

 

La dure réalité (pour toutes les mères !) : « Elle a toujours refusé l’idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l’a plongé au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d’être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit de l’autre. »

« Les préparatifs pour l’anniversaire de Mila ont pris des proportions qui dépassent Myriam. Depuis deux semaines, Louise ne parle que de ça. Le soir, quand Myriam rentre épuisée du travail, Louise lui montre les guirlandes qu’elle a confectionnées elle-même. Elle lui décrit avec une voix hystérique cette robe en taffetas qu’elle a trouvée dans une boutique et qui, elle en est certaine, rendra Mila folle de joie. Plusieurs fois, Myriam a dû se retenir de la rabrouer. Elle est fatiguée de ces préoccupations ridicules. Mila est si petite ! Elle ne voit pas l’intérêt de se mettre dans des états pareils. Mais Louise la fixe, de ses petits yeux écarquillés. Elle prend à témoin Mila qui exulte de bonheur. C’est tout ce qui compte, le plaisir de cette princesse, la féerie de l’anniversaire à venir. Myriam ravale ses sarcasmes. Elle se sent un peu prise en faute et finit par promettre qu’elle fera de son mieux pour assister à l’anniversaire. »

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 14:26

 

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             Il était temps que je découvre enfin cette série !

             Lila et Elena -dite Lenù- sont amies depuis la plus jeune enfance. Elles se sont découvertes en silence, dans le jeu et le défi de la jeunesse des années 50. Puis, elles se sont mises à parler, à se raconter leurs vies, leurs rêves d’avenir. Elles ont grandi entourées, chacune, d’une famille oppressante mais pas très aimante, dans un quartier pauvre de Naples. Alors que Lenù paraît timide, réservée et sage, Lila s’avère être une « gamine terrible et fulgurante », impétueuse et imprévisible, colérique et « méchante ». Douée pour tout, dotée d’une mémoire phénoménale, Lila est la première et la seule de la classe qui sache lire à 6 ans. Lenù décide de la prendre pour modèle et de l’imiter. Pourtant, Lila va choisir de rester dans la cordonnerie familiale, d’aider son père et son frère puis de seconder sa mère dans les tâches familiales. Elena, elle, continue son petit bout de chemin à l’école. Très scolaire, elle finira par se révéler brillante et au-dessus des autres, ce qui l’amènera à poursuivre ses études contre l’avis de ses parents. Lila se range, se fiance et se marie…

              Ce livre, c’est d’abord un récit d’enfance et ses topoï : premiers amours, premières règles, les seins qui poussent et les premières vacances loin des parents. Mais c’est encore plus la photographie d’un microcosme napolitain en pleine mutation : la télé fait son apparition, on goudronne les routes, on crée des quartiers en abattant des arbres, les jeunes découvrent le rock, les boutiques s’agrandissent.

              Il m’a fallu quelques dizaines de pages pour me fondre dans l’ambiance de Naples des années 50. J’ai eu peur de m’ennuyer des histoires de gosses. Et puis finalement, je me suis engouffrée dans cet univers désuet et authentique avec un plaisir redoublé par l’idée de savoir qu’une suite existe. La relation entre les deux jeunes filles est si particulière, faite d’admiration et de jalousie, d’esprit de compétition et de confidences, et tellement juste qu’elle ne peut que nous rappeler nos propres souvenirs d’amitié de jeunesse. D’emblée, on comprend qui domine, qui jette sur son monde un regard acéré et impérieux ; mais Elena ne se laissera pas démonter et, inspirée par cette soif d’apprendre puis par ce besoin de lui prouver ses talents, dépassera intellectuellement celle qui fut son modèle. Entre la belle jeune fille qui fait taire sa fougue en se mariant si jeune (à 16 ans !) et l’adolescente timide mais studieuse, complexée mais séduisante qui s’active dans ses études, un combat tacite débute et un suspens grandit pour le lecteur. Vivement la suite !

« Je décidai que je devais copier cette petite fille et ne jamais la perdre de vue, même si cela l’gaait et si elle me repoussait. »

« elle sentait des entités inconnues qui brisaient le profil du monde et en dévoilaient l’effrayante nature. »

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