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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 17:49

 

 

            C’est après avoir découvert l’auteur avec Légendes d’automne que j’avais envie de réitéré l’expérience.

             Dalva, à 45 ans, retourne vivre au ranch familial, dans le Nebraska. Cet emménagement n’est pas anodin car c’est là qu’elle a vécu son enfance et son adolescence marquées par quelques drames et tragédies : c’est son père qui décède en Corée puis celui qu’elle appelle son « deuxième père », son grand-père en réalité, qui disparaît. Elle tombe éperdument amoureuse, à 16 ans, d’un Indien, Duane, qui, après l’avoir ignorée pendant des mois, la met enceinte. Née dans une famille aisée, Dalva n’a qu’une solution : donner ce bébé qu’elle met au monde. Duane fuit. Trente ans plus tard, elle se demande toujours ce qu’est devenu ce fils qu’elle n’a jamais pu serrer dans ses bras. Amoureusement parlant, elle multiplie les aventures sans lendemain, se contentant d’expériences sexuelles avec des loosers. Michaël fait partie de l’un d’eux, il est son amant occasionnel, elle passe ses frasques alcooliques, sa gourmandise et ses infidélités, elle le laisse fureter dans les documents familiaux afin de creuser l’Histoire, et en échange, il promet de retrouver son fils. Ce qui est surprenant, c’est que Dalva soit la narratrice pour les deux tiers du livre. Harrison, vieux bonhomme à l’air rustre et à l’œil crevé se met formidablement bien dans la peau et dans la tête d’une femme. Dans le second chapitre, c’est Michaël qui est le narrateur et dévoile ainsi une autre vision de cet endroit où les coyotes rôdent et les Indiens laissent une trace indélébile…

           J’ai beaucoup apprécié l’ambiance country &cow-boy, les grands espaces, les baignades des chevaux dans la rivière, les cuites au whisky, cet amour maternel indéfectible (et comment peut-il en être autrement ?), l’humour toujours présent, cette immersion dans une nature rude et dépaysante … et pourtant… et pourtant, cette lecture a été laborieuse et longue pour moi. Serait-ce le style harrisonien, la longue attente (Dalva va-t-elle retrouver son fils ?), … j’ai trouvé certains passages dénués d’intérêt, je me suis parfois ennuyée, mais j’ai, malgré tous ces bémols qui me sont sans doute tout personnels, j’ai donc envie de lire la suite, La route du retour qui est d’ailleurs dans ma PAL. Ce ne sera pas pour tout de suite.

 

« La plus petite des femelles airedales m’attendait à l’endroit où le chemin longeait une mare couverte de fléoles des prés. Elle attendait là tous les matins en espérant pouvoir m’accompagner. Grand-papa aimait que je l’emmène avec moi, car elle excellait à débusquer les serpents ; elle repérait un crotale avant même que le serpent ne fût sur ses gardes ; quand on lui en donnait la permission, elle le tuait ; et lorsqu’elle avait faim, elle le mangeait. »

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 09:38

 

 

              Ce petit livre, repéré sur plusieurs blogs, est en réalité un journal, celui d’une belle jeune femme de 37 ans, joueuse de tuba dans un orchestre newyorkais, mère d’un petit Elton et surtout, ici, petite-fille d’une grand-mère centenaire qui s’apprête à mourir.

              C’est pour suivre la lente agonie de son aïeule, pour lui rendre un hommage, pour s’occuper sans doute tout simplement, que Kelly a décidé d’écrire son journal. Elle y mêle les souvenirs heureux avec sa grand-mère, les rencontres de sa vie, son quotidien (il est délicieux de l’imaginer avec son énorme tuba dans un univers tellement macho) et pour finir, ce qui devait clore ce court extrait de vie, la mort de sa grand-mère adorée.

             Par sa brièveté, par son ton humoristique, ce livre est redoutablement efficace. Kelly est une femme belle, moderne, sûre d’elle, lucide, décomplexée mais pas tout à fait, qui jure et qui a de la répartie. Son compagnon est comédien, ses meilleures copines (et il y en a un paquet !) sont presque toutes lesbiennes et Kelly évolue avec aisance dans un monde qui lui sied bien. La mort de sa grand-mère n’est pas dramatisée mais racontée simplement, avec une émotion sans fioritures. Précisons que l’auteur est donc réellement originaire de New York, qu’elle est effectivement une joueuse de tuba et qu’elle a écrit ce texte en français, pour notre plus grand plaisir. J’aurais aimé en lire davantage et ne pas avoir quitté aussi vite cet univers, peut-être parce que je lui ressemble un peu à cette nana américaine !

 

Le quotidien d’une mère : « Il va falloir que je fasse à manger, sauf qu’il y a rien dans le frigo. Si c’était juste pour moi, je m’en foutrais, mais, avec un gamin, tu te mets la pression. Faire bien avec rien. C’est ma mission de ce soir. Et puis après, on dînera en tête à tête et on parlera Lego. Ce sera chouette. Faudra pas oublier de sourire, parce que tu voudrais pas que ton gamin voie que tu déprimes. Mais en même temps, faut pas trop se forcer, parce qu’Elton décèle tout : « Maman, pourquoi tu souris si t’as envie de pleurer ? » Et là, je me lève de table et je me sers un double scotch en lui répondant : « Mais non, mon chéri, qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Merde, je suis faux cul, alors je bois cul sec. Bien sûr, ça va pas mieux après, on le sait tous, mais on se ressert quand même. »

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 18:34

 

 

                Oui, je fais tout dans le désordre, de la trilogie policière Verhoeven, j’ai écouté Alex que j’avais beaucoup aimé, je n’ai pas lu le tome 1 à savoir Travail soigné et j’ai lu ce roman, le tome 3.

                Le commandant Camille Verhoeven a l’impression de revivre un cauchemar qu’il a déjà fait : sa femme a été assassinée et voilà que sa nouvelle compagne, Anne, s’est fait agresser dans un centre commercial parce qu’elle a été témoin d’un braquage de bijouterie. Immédiatement, le très petit flic (1 m45 !) mène son enquête dans son coin, officieusement. Il écoute sa compagne qui, dans son lit d’hôpital, se sent encore menacée, mais flaire une embrouille d’une plus grande envergure.

               L’intrigue est bien ficelée, l’univers noir comme il faut, le personnage central attachant et non dénué d’humour mais le style m’a dérangée. Les phrases sont courtes, souvent sans verbes, le vocabulaire est simpliste, le narrateur change d’un paragraphe à l’autre, et surtout il m’a manqué ce petit quelque chose qui pourrait en faire un grand polar. Si je n’en connais que deux sur trois, je sais déjà (l’auteur l’a dit) que la construction est identique pour chacun des tomes : une intrigue autour d’une femme victime (plus ou moins victime mais je ne veux trop en dire…) et cette polyphonie qui m’a, parfois, gênée. Je suis sévère mais c'est un lauréat Goncourt quand même ! Et on est loin du brillantissime Au revoir là-haut.

 

« Camille devant son écran. Dossier « Vincent Hafner ». Soixante ans. Près de quatorze années de prison, toutes peines confondues. Jeune, il s’essaye à pas mal de choses (cambriolages, racket, proxénétisme) mais il trouve sa véritable vocation à vingt-cinq ans, en 1972, en braquant un fourgon blindé à Puteaux. Ça bave un peu, les flics débarquent, un blessé, condamnation à huit ans. »

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 18:08

 

 

           Jasper Gwyn a en main les clés de la réussite : écrivain talentueux, ses écrits plaisent tant qu’il commence à devenir célèbre. Et pourtant, il arrête tout du jour au lendemain. Il envoie un article au Guardian pour qui il travaille régulièrement, détaillant les cinquante-deux choses qu’il ne ferait plus jamais, la dernière étant de ne plus écrire de livres. Délaissant la vie professionnelle et médiatique, Mr Gwyn va connaître les affres de la solitude, de la déprime, mais, malgré les sollicitudes de son ami et agent Tom, il va tenir bon et ne plus écrire. Ça le démange pourtant tellement qu’il lui arrive d’écrire des livres entiers dans sa tête ! Et puis, surgit une idée : celle d’écrire des portraits à la manière d’un peintre qui tente de croquer son modèle de la manière la plus juste. Pour cela, quelques ingrédients lui sont nécessaires : un grand appartement vide qui sera son atelier, une musique discrète que lui composera un ancien ami, dix-huit ampoules allumées constamment pendant trente-deux jours et diffusant une « lumière enfantine » et un modèle nu. Mr Gwyn demande à Tom de lui « prêter » son assistante Rebecca, une femme ronde et charmante qui accepte le défi parce qu’elle a l’habitude qu’on lui propose tout et n’importe quoi.

           Pendant trente-deux jours, à raison de quatre heures par jour sans aucun repos, Rebecca va évoluer nue dans ce grand appartement, marcher, s’asseoir, se coucher… et Mr Gwyn va l’observer avant de prendre des notes. Il ne s’agit pas de la décrire au sens propre du terme mais d’apprendre à la connaître, écrire une histoire qui lui ressemble, une histoire qui EST elle. L’expérience insolite plaît aux deux protagonistes. Rebecca se sent vite à l’aise, il lui arrive même de s’endormir, de parler. Mr Gwyn aimerait en faire son métier qu’il a nommé « copiste ». L’aventure continue avec d’autres modèles qui, chaque fois, se prêtent au jeu, qui, chaque fois, lisent avec délectation LEUR histoire de quelques pages.

         Il m’est toujours très difficile de parler d’un roman que j’adore, j’ai peur de l’abîmer, de ne pas lui rendre justice. Cette lecture fut un véritable COUP DE CŒUR. Elle allie avec beaucoup de grâce poésie, philosophie, ésotérisme et intrigue policière. Le parfum de magie qui y règne du début à la fin m’a envoûtée. Imaginez deux êtres se connaissant très peu cohabitant dans la même pièce pendant quatre heures, sans se parler, en vivant simplement l’un à côté de l’autre… et cet écrivain qui essaye d’extraire l’essence même de l’être qu’il côtoie … et ces dix-huit ampoules qui s’éteignent une à une, qui « meurent simplement, sans agoniser et sans faire de bruit ». Sans parler de l’idée en elle-même, révolutionnairement géniale : écrire un texte qui symbolise un être humain, consacrer son temps, son silence, son âme à un parfait inconnu, j’adore !

 

« Jasper Gwyn s’était imaginé que les gens rapporteraient chez eux quelques pages écrites, et qu’ils conserveraient dans un tiroir fermé à clé ou sur une table basse. Comme ils auraient pu conserver une photographie ou accrocher un tableau au mur. »

« Souvent il arrivait en retard, quand Rebecca était déjà dans l’atelier. Il pouvait s’agir d’une dizaine de minutes, mais parfois d’une heure. Il le faisait délibérément. Il aimait la trouver étrangère à elle-même, abandonnée au fleuve sonore de David Barber et dans cette lumière – tandis que lui était encore sous l’emprise de la réalité crue et du rythme du monde extérieur. Il entrait alors en faisant le moins de bruit possible et s’arrêtait sur le seuil, la cherchant du regard comme dans une grande volière : l’instant où il la repérait, c’était l’image la plus nette qu’il garderait en mémoire. Elle, avec le temps, s’était habituée et ne bougeait pas à l’ouverture de la porte ; elle se tenait comme elle se tenait. »

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 15:41

 

 

              J’arrive bientôt au bout de la série des Wallander. Il me reste le tout premier et le tout dernier. Ce roman diffère des autres parce qu’il s’agit, au départ, d’une nouvelle que Mankell a étoffée pour en faire un (court) roman. Publiée après L’Homme inquiet, l’intrigue de ce livre le précède, voilà pourquoi j’ai choisi de le lire d’abord.

              C’est l’automne en Scanie. Kurt Wallander, même s’il habite désormais avec sa fille Linda, n’a pas vraiment changé ni ses habitudes, ni ses projets, à savoir, acheter une maison, trouver une femme, adopter un chien. Son collègue Martinsson a peut-être un bon plan pour lui : un cousin de sa femme veut vendre son ancienne ferme. Wallander, en visitant la vieille maison, tombe sur un os. Au sens propre du terme. Il se trouve qu’il s’agit du squelette d’une main. Une enquête est ouverte, un squelette est découvert, une femme aurait été pendue avant d’être enterrée dans le jardin de la maison. Le meurtre remonterait à une cinquantaine d’années.

              Ce roman court mais intense est suivi d’un chapitre consacré aux réflexions de l’auteur sur sa série, sur le personnage Wallander, sur l’écriture en général. Très intéressant. Sa « relation » avec Wallander, son protagoniste, reflète ce qu’on ressent quand on lit ses romans. J’ai toujours deviné qu’il y avait une grande part de Mankell en Wallander, je suis contente de l’avoir vu confirmer par le romancier lui-même.

« On me demande très souvent : « Quels sont les livres que lit Wallander ? » C’est une bonne question dans la mesure où il n’est pas facile d’y répondre. Je me suis imaginé parfois qu’il lisait les miens. Mais je n’en suis pas sûr. En vérité, hélas, je ne crois pas que Wallander soit un grand lecteur. S’il lit, à mon avis, ce n’est pas de la poésie. Je me dis qu’il apprécie peut-être les livres d’histoire – les essais comme les romans historiques. Et je crois qu’il a aussi un faible pour Sherlock Holmes. »

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 19:27

 

 

               C’est toujours à la recherche de lectures andalouses que je suis tombée sur ce gros récit qui n’est autre qu’une histoire vraie, celle d’un très célèbre matador surnommé El Cordobés.

              Manuel Benitez naît en Andalousie en 1936 alors que débute la sanglante guerre civile. Orphelin très tôt, ce gamin des rues, très pauvre, n’a qu’une idée : devenir matador. Chapardant des oranges, vivant du minimum, c’est en guenilles, la nuit, qu’il va commencer à défier les vaches des champs de Palma del Rio. Allant de déceptions en refus, d’emprisonnements en échecs, celui qui se fera surnommé El Cordobés finira par devenir la nouvelle étoile de la corrida espagnole.

              La biographie du matador occupe la plus grande place de ce récit (qui a, pourtant, pour sous-titre « L’épopée de la guerre civile espagnole ») mais elle est entrecoupée de la description très détaillée de l’un de ses plus célèbres combats, celui de la corrida du 20 mai 1964. Ce livre, c’est aussi l’histoire d’une prodigieuse ascension sociale d’un gamin parti de rien et devenu une star mondiale richissime, c’est aussi l’histoire d’amour entre les Espagnols et la corrida, c’est aussi l’histoire de l’Espagne, ce pays qui n’a fabriqué sa première automobile en 1954, qui a si longtemps censuré des écrivains comme Sartre, Joyce ou Hemingway. Le récit de 600 pages est passionnant, la ténacité de ce gosse est admirable, et, à 79 ans, Manuel Benitez retourne quelquefois dans l’arène… Les pages historiques m’ont paru longues mais elles m’ont permis de mieux comprendre la petite histoire de ce grand homme qui ne connaît ni la peur, ni la douleur.

 

« Aussi différent d’un taureau domestique qu’un tigre d’un chat, le taureau sauvage est un monstre assassin que la nature a façonné  pour lutter jusqu’à son dernier souffle contre toute forme de vie hostile. Plus rapide sur une courte distance qu’un cheval de course, plus souple et plus agile qu’un félin, plus brave qu’un lion, il est doué d’une intelligence si vive qu’un dicton espagnol affirme qu’ « il apprend plus en vingt minutes qu’un homme pendant toute sa vie. »

N.B. : Oui, Dominique Lapierre, l'auteur de La Cité de la Joie !

 

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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 06:48

 

 

 

          Son nom signifie « beauté » et résumé ce qu’elle incarne, une beauté magique, envoûtante, presque divine. Adolescente, Marina a jeté son dévolu sur Andrea, de cinq ans son aîné, et si tout les sépare : elle rêve de conquérir le monde avec sa voix sublime, il songe sérieusement à se retirer du monde pour élever des vaches, oui, si tout les sépare, un lien passionnel, un amour dévastateur les lie, les rapproche, les éloigne, les rassemble encore pour mieux les éloigner encore…

          L’histoire se passe dans les années 2010 dans le Piémont, cette région montagneuse du nord de l’Italie. Marina a 22 ans, elle multiplie les émissions de télé locales pour faire connaître sa voix enchanteresse et surtout son corps de rêve, son attitude provocatrice. C’est ainsi, lors d’une fête de village, à Camandona, qu’Andrea la retrouve, plus belle que jamais, à chanter Dreams des Cranberries devant un public en transe. Toujours amoureux d’elle mais vexé d’avoir été plaqué trois ans auparavant, Andrea va souffrir avant de la retrouver. Les deux se font du mal, se séparent, se retrouvent, se promettent même de se marier. Marina, avec une aisance insolente, vise une carrière internationale qui n’a pourtant qu’un seul objectif : rendre ses parents fiers d’elle. Andrea, de son côté, a aussi un passé familial douloureux entre un père trop autoritaire et un frère qu’il jalouse. Placez tous ces ingrédients dans un somptueux décor d’une Italie en plein déclin et vous obtenez un roman passionnant. J’ai beaucoup aimé la relation tumultueuse et dangereuse des deux amants aux accents tragiques mais les personnages secondaires sont décrits avec la même subtilité : Elsa, amoureuse d’Andrea qui n’arrive toujours qu’au second plan, le père démissionnaire de Marina, sa mère alcoolique. L’auteur nous promène allègrement entre la luxueuse Milan et les montagnes piémontaises les plus isolées. C’est Andrea qui, en revenant à un métier ancestral, celui de marcaire, aura raison ; l’auteur prône clairement le retour à la nature, l’installation dans les petits villages au détriment de la ruée vers les grandes villes qui faisait fureur quelques années auparavant. D’apparence manichéenne, ce roman regorge de mille subtilités et, fin psychologue, aborde l’amour, la filiation, les choix de vie et la notion de revanche de manière très intéressante. Une belle lecture !

Merci à l’une des trois Grâces pour ce prêt ! ;-)

 

 

« Marina Bellezza se matérialisa soudain dans le cône de lumière projeté sur la scène, comme l’aura d’une enseigne qui surgirait de la nuit. La plus belle créature qui soit, un de ces personnages sur lesquels on rêve en lisant Tolstoï ou Flaubert. »

« Sa voix n’était plus un son mais un élan. Marina ne chantait plus pour elle-même mais pour le monde entier.»

« parce que l’imperfection de la vie est le cœur de la vie même, et qu’elle creuse et ronge implacablement de l’intérieur, qu’elle s’interpose entre nous et notre volonté, dévore comme le fait un torrent. »

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24 août 2015 1 24 /08 /août /2015 08:37

 

 

                    Comment dire… comment dire gentiment, délicatement et subtilement que je n’ai pas aimé... ?

                   Sara est une jeune femme qui travaille dans une librairie, en Suède. Grande amoureuse des livres, elle passe tout son temps à lire. C’est par les livres, à travers une histoire d’achat de bouquins d’occasion, qu’elle entre en contact avec Amy. Cette vieille dame lit beaucoup elle aussi, elle habite dans l’Iowa et après une correspondance longue et amicale, elle propose à Sara de venir passer ses vacances aux Etats-Unis dans sa très petite ville, Broken Wheel. Sara débarque comme prévu et à sa grande surprise, Amy n’est pas là, Amy n’est plus, elle est morte quelques jours avant son arrivée sur le continent américain. Comme la vieille femme vivait seule, les habitants de Broken Wheel invitent Sara à habiter sa maison. Oui mais dans cette petite ville sans intérêt où la culture semble absente, Sara s’ennuie (et moi avec elle). Puisque son retour en Suède n’est prévu que deux mois plus tard, elle décide de reprendre la librairie d’Amy et de vendre tous les livres qu’elle a trouvés dans la chambre de la vieille dame. Mais attention, Mlle Sara a le cœur sur la main, non, non, elle ne veut pas être payée, elle souhaite juste s’occuper. Ni une ni deux, le vieux local est nettoyé, récuré avec l’aide de quelques gentils villageois. Ils semblaient si rustres et si bizarres au départ, ils sont finalement si adorables qu’ils se prennent d’une grande amitié pour notre Sara, au point de vouloir la garder avec eux tout le temps… oui, mais comment rester dans un pays qui ne veut pas d’elle ? Il faut la marier ! Mais avec qui ? Mais avec le beau, gentil et célibataire Tom… et punaise, ça tombe bien, elle a un faible pour lui, la Sara ! Que la vie est bien faite quand même ! Mais attention, il faut encore une bonne centaine de pages pour qu’ils tombent dans les bras l’un de l’autre, on n’a rien sans rien quand même…

                Le bandeau de la première de couv’ m’avait pourtant prévenue : « Si vous avez aimé Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, vous allez adorer. » Je n’avais pas aimé le roman cité et j’ai tenu bon, j’ai failli abandonner ma lecture au bout de 100 pages et j’ai finalement tout avalé (les 500 !), sans ciller, courageuse face aux gnagnanteries du style « c’est la vie qui gagne le combat face à la littérature », c’est beau dans les livres mais ça peut être encore plus beau dans la vraie vie, ouais… ! Alors oui, si vous avez aimé Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ou encore Demain est un autre jour, vous avez une petite chance d’aimer ce roman.


"Elle lut la dernière page, sourit comme on le fait à un vieil ami, puis referma le livre. Elle décroisa ses jambes et s'étira. Quand elle vit enfin l'attroupement, elle se leva à la hâte et se dirigea vers eux, confuse." : Sara vient tout simplement de lire 5h37 d'affilée, derrière la vitrine de la librairie, observée par tous, sans lever la tête une seule fois! (eh oui, nous les lecteurs, sommes des êtres étranges, coupés du monde, qui résistons à l'envie de boire, de manger ou même de faire pipi!)
 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 10:08

 

 

               Encore une fois, je ne sais d’où ni de qui je tiens ce titre mais ce que je sais, c’est que j’ai bien fait de le noter.
 

              Le narrateur, un collégien de treize ans, s’adresse à sa mère en racontant son quotidien de fils de cafetiers dans le Nord de la France. Entre le « Chez nous » tenu par ses parents, ses mauvaises notes à l’école, les escapades avec son copain Mouche, il reste encore de la place pour l’amour… l’amour pour la belle Sandra Maréchal, une chanteuse lyrique. C’est cette passion secrète pour une femme bien plus âgée que lui, qui va indirectement changer sa vie. Le jeune garçon récupère le roman que Sandra avait abandonné sur la pelouse : « Ce n’est pas un livre, c’est son livre. Ce ne sont pas que des phrases, ce sont les phrases qu’elle a lues, son regard les a parcourues, sa bouche les a prononcées. »

              Ce roman, c’est Du côté de chez Swann, le narrateur va le dévorer avant de le montrer à sa mère qu’il chérit tant, avant de vouloir le mettre en scène dans le village. Parce que les rôles sont distribués parmi les villageois de plus en plus excités par ce projet, une véritable « proustmania » brise la monotonie de leur quotidien. En parallèle, Paola, la mère adorée du narrateur, agonise. Mari et fils font tout pour lui rendent les derniers quelques jours de vie les plus doux possibles en invitant par exemple Pierre Arditi, au café, pour lire des grands textes, notamment certains de Proust.

           Malgré la perte d’un être cher, le premier mot qui m’est venu après avoir fermé le livre, c’est « douceur ». Il émane de ce récit une infinie tendresse, un grande sobriété, une pureté digne d’un enfant qui n’est pas encore un adolescent, qui aime sa mère plus que tout au monde et qui comprend, petit à petit, qu’il va devoir vivre sans elle. A la fois triste et souriant, ce roman a l’avantage de revenir sur le roman de Proust, d’en garder le meilleur, de nous donner envie de le relire (ou de le lire !). Une pépite à découvrir sans hésiter. J’ai pour habitude de critiquer les titres que je trouve rarement bien trouvés mais pour celui-là, il est parfait !

 

« Soudaine et dévastatrice, une proustmania s’abat sur notre commune, suite au passage de l’acteur. Tel un ouragan impitoyable échauffant tous les esprits il provoque de nombreux dégâts : l’horlogerie est rebaptisées Le Temps retrouvé, la bonneterie change sa devanture et devient Oriane de Guermantes, le magasin de mode masculine se métamorphose en Dandy Swann… Jusqu’au poissonnier qui, agacé, dans un furieux pied de nez, inscrit sur son ardoise : « A la recherche de thon perdu – 17 francs le kilo. »

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 20:11

 

 

              Le narrateur, Arthur, entre au collège. Il a douze ans et sa grande préoccupation est de se faire accepter des autres. Il y a la bande d’Igor qu’il aimerait bien intégrer mais pour l’instant, il est transparent, on ne veut pas de lui, on ne le remarque pas. Il est aussi amoureux de Giovanna, qui elle, en pince pour Djibril à qui Arthur raconte qu’il connaît le Congo, son pays d’origine. Lorsqu’il parvient à devenir rédacteur en chef du journal du collège avec la participation quelque peu illégale de celui qui est devenu son copain par défaut, Thierry, il prend de la valeur. Il faut dire que cette idée de week-end entier au Parc Astérix offert à la classe qui gagnerait la course à pied est originale. L’année scolaire entière passe avec ses déceptions et ses mauvaises surprises. En général, quand Arthur met en place un plan pour se grandir aux yeux des autres, il se fait avoir par son propre jeu. Il faut dire qu’être fils du ministre de l’Education n’aide en rien.

             Je dois dire que ce livre avait pour moi un inconvénient majeur : me plonger dans mon univers quotidien. Les salles de classe, les bruits des élèves, les attitudes et les défauts des profs, les conneries des gamins, les punitions méritées et les pas méritées, les enfants rejetés par les autres mais qui y sont quand même pour quelque chose… tout ce joli microcosme, on le vit, certes de l’autre côté puisqu’on est prof mais on le vit quand même tous les jours. Alors certes, c’est raconté du point de vue d’un élève de douze ans, un gosse en devenir qui se pose mille questions et qui donne parfois des réponses plus pertinentes que les adultes, mais ça reste un monde ciblé. Pour finir par quelques notes positives, car le roman vaut la peine d’être lu, le texte est souvent drôle et léger et réussit, habilement,  à répandre quelques réflexions qui ne concernent pas uniquement un jeune public : celle de l’identité, celle de la timidité, celle de la différence, celle de la tolérance, celle de l’apport des mots, du langage, du verbe.
 

             Merci à l’auteur pour m’avoir fait découvrir ce lauréat du concours Amazon 2015.

 

« J’en ai vite vu un autre, de naufragé, perdu également au milieu de l’océan, qui tentait, avec beaucoup de maladresse, d’atteindre mon île, rejeté qu’il était également par toutes les nations. Ce naufragé, c’était Thierry, mon voisin de classe. Li avait encore plus de mal que moi à s’intégrer. Il faut que j’admette que sa présence provisoire à mes côtés était salutaire. Camaraderie de circonstance, le temps de trouver mieux. Dès que je me serais fait adopter par un groupe, j’abandonnerais Thierry à son triste sort, il ne fallait pas en douter. »

Un joli extrait de la lettre d’Arthur à Giovanna : « Les jours de tes absences étaient des jours pour rien ».

 

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