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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 15:21

Un instant magique, une petite bulle de vie, d’émotion, de tendresse.

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        A ma gauche, Antoine Stalin, critique d’art, brisé par la perte tragique de sa femme et de sa fille. A ma droite, Ornella Malese, jeune romancière, vénitienne, étudiante et auteur d’un best-seller, Granité café.

Leur point commun : un tableau aperçu dans une brocante parisienne, celui de Sandro Rossini, peintre fictif. Antoine, est intrigué par la facture du tableau, son sujet : deux femmes assises - l’une nue, regarde quelque chose que lui montre sa voisine vêtue d’une robe noire. Un tableau sans doute. Première mise en abyme. Antoine hésite à acheter cette toile, et ce sera Ornella, quelques minutes plus tard qui en fera l’acquisition ; pour des raisons plus familiales : c’est la signature de son grand-père qu’elle reconnaît au bas du tableau.

Les deux personnages se retrouvent ensuite à Venise autour d’un autre tableau, celui de Giambattista Tiepolo, Il mondo nuevo.




« Toute une foule, vue de dos ou de profil, assistant à un spectacle invisible. Au loin, la mer. Une facture surprenante. Des personnages saisis dans des attitudes familières au cours d'une scène publique. Mais le vrai secret, c'était le personnage grimpé sur un tabouret et qui tient à la main une longue badine, ou une espèce de perche, dont l'extrémité atteint le centre de la scène. Quel sens donner à son geste ?» (quatrième de couverture)

Et c’est Ornella qui révèlera le mystère de cette baguette : « La badine était en fait une immense paille, et le personnage un saltimbanque essayant en vain de profiter de la foule réunie par un spectacle invisible pour faire admirer … Quoi ? Rien. La seule irisation  d’une pellicule infime, un petit pan de monde encerclé, suspendu. L’homme avait dû souffler si longtemps, si doucement. La bulle faite, il tenait à présent ses deux mains écartées sur la baguette, dans un geste délicat, comme un joueur de flûte. Personne ne le regardait, tous étaient pris par un autre spectacle qu’on imaginait bruyant, peut-être violent, ponctué de rires ou d’ébahissements. Juste au-dessus de ce vacarme virtuel, quelqu’un proposait silence et transparence.  Qui eût choisi de détourner les yeux vers lui ? Chacun avait sa bulle, sa propre manière d’enfermer le présent. Chacun était sa bulle, à la fois solitaire et contingent. Chacun surtout pensait qu’au-delà sa bulle il partageait l’action, l’ivresse d’un moment où il passe quelque chose. »

Seconde mise en abyme : Granité Café,  ce livre sur les petits plaisirs de la vie, qui nous rappelle tant un autre livre de Delerm ; le succès immédiat de cet opuscule qui crée la surprise.

Ornella et Antoine se retrouvent, s’accompagnent, se sauvent un peu mutuellement.

J’ai passé un excellent moment avec cette petite œuvre. C’est marrant parce que j’ai lu, un peu par hasard, deux livres qui ont un peu la même ambition : offrir au lecteur une douce parenthèse, une jolie éclaircie de vie. Là où Gavalda a trébuché, Delerm a réussi avec brio.

Je n’ai qu’une envie, relire cette petite centaine de pages. Un peu comme on goûte pour la première fois un nouveau parfum de glace, surprenant, plein de saveurs, riche en sensations, à la fois frais et léger, dense et inoubliable… on a envie d’en reprendre.

 

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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 11:30

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Un début prometteur, un petit brin de légèreté et de folie.

Une narratrice un peu fofolle qui s’oppose à une belle-sœur bien coincée. Au milieu, le frère (le mari de la coincée donc…) qui ne dit rien. Tout ça pendant un long trajet en voiture qui les mène à un mariage bourgeois. Ca s’annonçait bien, l’humour côtoie quelques piques bien placées, mais ensuite, que de clichés ! La fofolle Garance et le frère Simon prennent la poudre d’escampette, sèchent le mariage et sont rejoints par Lola la sœur aînée et Vincent, un autre frangin. Ils s’offrent une journée récréative, se roulent dans l’herbe, chantent, discutent, refont le monde. Participent à un autre mariage, version plouc cette fois-ci. Et la description de ce mariage campagnard est un florilège de stéréotypes et de caricatures. Les invités sont tous stupides, obsédés voire vulgaires, mais teeeeellement chaleureux, et teeeeellement sympathiques ! Mouarf mouarf mouarf comme dit la narratrice.
Les quatre Dalton sont à la fois au-dessus des bourgeois pincés et guindés et supérieurs aussi aux gais lurons de paysans. Pas de nuance chez Gavalda. La parenthèse qu’elle nous propose, cette éphémère crise d’adolescence de trentenaires en mal avec la société et leurs congénères, ne m’a pas touchée. Le plomb alourdit les portraits dessinés grossièrement : la belle-soeur archi chieuse, le frère qui est un saint, le pervers qui est un attardé, etc. Quant au vocabulaire, se voulant actuel et moderne, il est comparable à un plat de nouilles sans sel. La narratrice a une expression fétiche à son actif « J’hallucine » (et mois je dis « Whaouhhh »).

Déception donc. J’avais aimé Ensemble, c’est tout qui était plus subtil selon moi.



            Un extrait … le fameux mariage campagnard et bourru !

« Après la macédoine à la mayonnaise dans sa coquille Saint-Jacques, et le méchoui dans ses frites à la mayonnaise, le fromage de chèvre (prononcer « chieub’ ») et les trois parts de vacherin, tout le monde s’est poussé pour laisser la place à Guy Macroux et son orchestre de charme.

Nous étions comme des bienheureux. L’oreille aux aguets et les mirettes grandes ouvertes. A droite, la mariée ouvrait le bal avec son père sur du Strauss à bretelles, à gauche les tontons commençaient à se bastonner méchamment à propos du nouveau sens interdit devant la boulangerie Pidoune ».

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 19:21
                                                   

Petit roman de Virginia Woolf, mais quelle densité ! Quelle richesse !

Deux parties :

Ø  Une première, « La fenêtre » où langueurs et longueurs prolifèrent. Une famille et des amis passent quelques jours au bord de la mer. Mrs Ramsay est l’archétype même de la mère de famille (nombreuse : 8 enfants !) : tendre, maternelle et fortement attachée aux valeurs traditionnelles, à l’importance des apparences, de la bienséance. Mr Ramsay, lui, est plus rustre, avare en compliments, « incapable de ne pas dire la vérité ; il n’altérait jamais un fait, ne modifiait jamais un mot désagréable pour la commodité ou l’agrément d’âme qui vive, ni surtout de ses propres enfants, chair de sa chair et tenus en conséquence à savoir le plus tôt possible que la vie est difficile, que les faits ne souffrent point de compromis ».

Il y a aussi Lily Briscoe « aux yeux de Chinoise » qui se détache par son indépendance, son besoin de liberté, son art qu’est la peinture.

 

Ø  La seconde partie (« Le temps passe » et « Le Phare ») tranche avec l’apparente sérénité du premier volet et s’ouvre sur des annonces de mort et l'intrusion de la guerre. La demeure qui a abrité tant d’êtres vivants et pensants n’est plus qu’une maison fantôme. Les objets n’ont pas bougé mais plus personne n’est là pour s’en servir.

Le livre s’achève sur Lily Briscoe qui repense au passé, à Mrs Ramsay disparue, au vieux Mr Ramsay qui l’impressionne encore. «  Quel est le sens de la vie ? Voilà tout – c’est une question bien simple ; une question qui tend à nous hanter à mesure que les années passent.  La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes inopinément frottées dans le noir ».

L’eau, la mer est omniprésente et cette promenade vers le phare réclamée par James, le fils Ramsay, au début du livre constitue le fil directeur.

Le lecteur découvre les personnages à travers ce qui se passe dans leur tête. On assiste à un ballet où les pensées d’un personnage valsent vers un autre personnage qui lui-même s’interroge avant de passer le relais à un protagoniste qui lui aussi va s’imaginer, rêver, se questionner, se rappeler…  L’univers de Virginia Woolf est celui de l’introspection. Elle dédaigne les actions et même les descriptions, ne laissant la place qu’au point de vue interne, au discours indirect libre et aux remises en question des personnages. Il ne se passe pas grand chose hormis dans les têtes, dans ces esprits bouillonnants.

        J’ai eu bien du mal à résumer ce livre et de la même façon, je suis incapable d’émettre un avis tranché. Certains passages m’ont touchée par leur justesse, par la précision des sentiments évoqués, mais le pessimisme ambiant et la dissection des pensées pratiquée à chaque page m’a rendue parfois nauséeuse. Je me suis déshabituée à lire de telles œuvres, je crois. Et je ne me souviens pas d’avoir été tant perturbée par la lecture de Mrs Dalloway.

Un roman à ne pas mettre entre toutes les mains…

 

To the lighthouse (titre original) est à la fois le roman le plus autobiographique de Virginia Woolf, celui qui lui a apporté le plus grand succès et qui a été couronné par le prix Femina en 1928, et aussi son préféré. Elle le considérait comme le meilleur de ses livres. Mr et Mrs Ramsay représentent ses parents.

 

Deux tableaux me sont venus à l'esprit lors de cette lecture.
Virginia Woolf était proche du genre pictural puisque sa sœur était peintre.



JAMES ABBOTT MCNEILL WHISTLER,The Thames from Battersea Reach



CLAUDE MONET, Impression, soleil levant


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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 23:17
http://www.livraddict.com/biblio/couverture/couv10507710.jpg

Âmes sensibles, s’abstenir. Amateurs de sensations fortes, ce livre est pour vous.

 

Premier ingrédient : un commissaire, pas mal amoché par la vie. Il a perdu sa femme et sa fille, décédées devant ses yeux dans un accident de voiture.
Deuxième ingrédient : un fou à lier qui multiplie les meurtres les plus atroces.

Troisième ingrédient : une arme du crime démente, les insectes.

Quatrième ingrédient : un récit à la première personne, une écriture effrénée, un rythme endiablé, un style coup de poing.

 

Le commissaire Sharko fait une macabre découverte : le cadavre d’une femme agenouillée dans une église, nue, entièrement rasée. Cette vision d’horreur est le point de départ d’une course aux énigmes qui poussera le commissaire dans ses derniers retranchements.
           Je découvre Franck Thilliez et j’avoue que ce thriller m’a scotchée. Les trente-cinq chapitres de livre sont autant de bolides lancés à 200 à l’heure. Le lecteur est happé par la multitude de rebondissements, par l’efficacité du suspens. Un livre énergique, haletant, palpitant et qui présente quelques similitudes avec la série américaine 24h chrono.

J’ai non seulement adhéré au fond mais aussi à la forme. La ponctuation, les métaphores, le vocabulaire, les analogies, les sonorités ne font qu’un avec l’histoire.

 

Un extrait après deux dernières remarques qui vous convaincront peut-être définitivement : la scène se passe en France, ce n’est pas si courant dans les thrillers ; et le livre a son effet cathartique, pointant nos angoisses les plus ancestrales… comme ici, lorsque le commissaire plonge dans une cuve d’eau de 30 mètres de profondeur avant d’y découvrir un homme agonisant.

« De l’air ! … La bouche ! Inspire par la bouche, souffle par le nez… Encore. Recommence… Écoute ton cœur… boum boum… boum boum… boum boum… Inspire, expire, inspire, expire… inspire, expire… Voilà… Respire profondément… Tu vis encore.
L’homme gisait sous moi, en combinaison, les membres entravés par une épaisse corde reliée à des mousquetons soudés aux parois. Je ne l’apercevais que par saccades, au gré de ma torche. Il respirait à présent sans discontinuer, lâchant des traîneaux argentés de bulles. A ses côtés, deux bouteilles d’oxygène, deux étincelles de vie où serpentait un détendeur
. »



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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 17:58
                                     

Je ne suis pas de ceux qui courent acheter le Goncourt et… c’est tout aussi bien comme ça. Bon, c’est avec un certain retard que je vous présente le Goncourt 2005. Un livre que j’ai trouvé bien ennuyeux.

François Wegergans (l’auteur) raconte la vie d’un écrivain malheureux, François Wegergraf qui raconte lui-même les déboires d’un de ses personnages écrivain, François Graffenberg qui écrit un livre dont le héros s’appelle François Weyerstein… François Weyergraf a le projet d’écrire un livre intitulé Trois jours chez ma mère. C’est le jeu des poupées russes. Un parfait exemple de mise en abyme, accompagné, forcément, de réflexions sur l’écriture, sur l’angoisse de la page blanche, mais aussi d’anecdotes diverses (dont on s’en fout), de récits des nombreuses frasques sexuelles du héros (et on finit par s’y perdre avec tous ces François…).
Donc, non. La fin m’a un peu plus touchée, elle honore le titre du livre et cible quelques vérités. Quelques passages sont certes, un peu drôles, mais pas de quoi en faire un roman.

La plume de Weyergans n’est pas déplaisante mais son livre est un fourre-tout. Je me suis mise à la place de tant de gens (je suppose), des « petits » lecteurs qui se précipitent sur le dernier Goncourt en se disant qu’ils auront au moins lu un bon bouquin cette année… c’est à les dégoûter de la lecture !

Il y a tellement mieux quand même…

 

J’ai tout de même collecté quelques extraits :

-       La mère d’un voisin qui s’essaie régulièrement aux percussions et casse les oreilles du narrateur : « En Afrique, on dit qu’un village sans musique est un village mort », m’a répondu la mère d‘Art Blakey. Qu’elle aille donc piler du manioc dans un village africain, pour voir, au lieu de faire ses courses chez Lafayette Gourmet. Apprendra-t-elle à son fils que la musique, chez les Dogons par exemple, encourage le rapprochement sexuel ?

-       « Le vrai voyageur est impulsif. Il part pour partir. Il ne sait pas ce qui l’attend. Il ressemble au romancier qui, au fur et à mesure qu’il rédige, se méfie de ses plans. Le bon voyageur devient romancier, ce qui n’empêche pas les voyages d’être poétiques, mais quand même les voyages relèvent de la prose. »

-       « Je me disais qu’on n’écrit que pour sa mère, que l’écriture et la mère ont partie liée, qu’un écrivain dédie ses pages non pas à celle qui a vieilli quand il est lui-même en âge d’écrire et de publier, mais à la jeune femme qui l’a mis au monde, à celle dont on l’a séparé le jour de sa naissance. »

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 09:50

J’ai passé d’excellents moments avec ce très bon roman d’espionnage.


Eté 1976. Oxford.

Ruth et son fils Jochen rendent visite à Granny, la grand-mère de Jochen. Ruth trouve le comportement de sa mère étrange, elle est aux aguets et se sent épiée. Devant les interrogations de sa fille, Sally Gilmartin lui remet simplement un dossier « L’histoire d’Eva Delectorskaya » en lui disant « J’aimerais que tu lises ça ».

            Ruth découvre avec consternation le passé de sa mère, son autre nom, sa vie d’espionne.

Tout a commencé à Paris en 1939. Eva assiste avec son père à l’enterrement de son frère, Kolia, sauvagement assassiné. Un homme mystérieux, élégant et sûr de lui l’aborde. Lucas Romer finit par lui expliquer que Kolia travaillait pour le gouvernement britannique et tentait d’infiltrer l’Action Française. Il était engagé dans la bataille contre le nazisme et contre la guerre à venir. Sur sa demande, Eva accepte de prendre la place de son frère pour se venger et rejoint la BSC.

    La-vie-aux-aguets[1]Elle suit d’abord un stage intensif dont les enseignements sont très variés : elle apprend à se débarrasser de son accent russe, fait régulièrement des exercices de mémoire, elle apprend le morse, « la sténo aussi, et l’usage d’un certain nombre d’armes à feu. Elle avait appris à conduire et passé son permis, elle savait lire une carte et utiliser un compas. Elle pouvait attraper dépecer et cuire un lapin et d’autres rongeurs. Elle savait recouvrir ses traces et en laisser de fausses. (…) On lui avait montré aussi comment trafiquer des documents, et elle pouvait désormais changer noms et dates de manière convaincante avec une quantité d’encres spéciales et de minuscules d’ustensiles pointus ; elle savait fabriquer, à l’aide d’une gomme sculptée,  un tampon officiel un peu flou. (…) on lui avait enseignée, lors de matinées fort animées dans ces petites villes inoffensives, l’art de suivre un suspect : seule, en couple, à trois ou plus. Elle avait été suivie elle-même et commençait à connaître les signes indiquant qu’on la filait et les différentes mesures à prendre pour éviter de l’être »… mais surtout, Eva Delectorskaya apprend à se méfier, à ne faire confiance à personne. Les choses vont un peu se compliquer quand elle devient la maîtresse de son « patron », Lucas Romer.

        Le lecteur suit la vie de la fille, Ruth, et en même temps, lit avec elle l’édifiante histoire de sa mère. Sally-Eva distille son histoire à sa fille par épisodes, comme un roman-feuilleton et elle avoue la raison de ces révélations : « Je crois que quelqu’un tente de me tuer ».

Le présent rejoint le passé, la fille devient complice de la mère.

La fiction rejoint aussi la réalité puisque la British Security Coordination (la BSC) a réellement existé pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle avait pour tâche principale d’amener par tous les moyens les Américains à changer d’idée quant à leur ralliement au conflit européen, et engager une guérilla politique contre les non-interventionnistes ou les organisations perçues comme anti-anglaises ou pro-nazies. La BSC instillait de la propagande pro-britannique dans les journaux américains, manipulait les nouvelles diffusées par les radios ; harcelait les ennemis politiques au Congrès et dans l’industrie et répandait de méchants bruits sur les buts et les intentions de l’Allemagne nazie.

 

Un roman palpitant ! Que l’espionne soit une femme ne gâche rien à l’histoire, bien au contraire. Il faudrait se prendre une nuit pour lire ce livre d’une traite. C’est un vrai délice. Pas de pauses, pas de temps morts, pas de répits pour cette espionne hors du commun. Un grand merci à Monsieur William Boyd !

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 19:04

      
                                                    9782742706945-1-.jpg

      Ce livre est une vie, une vie avec tout ce qu’elle comporte de bonheurs et de malheurs, de choix, d’incompréhensible et d’insupportable, de fort et de fragile. Attention, le titre aérien et léger est trompeur !

Lin est danseuse et chorégraphe. Elle est mariée à Derek et a deux filles, Angela et Marina.

      La maternité d’abord. Les joies du premier enfant, Angela, les émerveillements béats, les découvertes : «Les pieds d’Angela. Ces mêmes pieds qui lui avaient mille fois infligé d’étranges coups mats à l’estomac, la vessie, les intestins et les poumons. Ses orteils sont longs et recourbés, les ongles des fentes à peine visibles, il y a des rides partout. Absurdement grands, venant à la fin de jambes aussi chétives, absurdement petits à côté de n’importe quelle paire de chaussures. Sauf les bottines pastel tricotées par Violet la mère de Derek, avec des rubans glissés dans les mailles à la cheville pour bien les attacher mais, malgré les rubans, les grands pieds rouge se déchaussent sans cesse, le gauche s’agitant toujours nu et froid, déshabillé par le droit douillettement au chaud ».

Puis vint la seconde fille, Marina. Et c’est différent, ça ne se passe pas très bien, elle « pleure et pleure. Elle hurle à faire trépider tout son corps. Aucun regard, aucun sourire, aucune caresse de Lin n’y peut rien. C’est Lin qui la fait pleurer : l’appétit de Marina est réveillé par l’odeur du corps de sa mère, qui dégoutte de lait et de sang et de sueur du matin au soir – alors que, dans les bras fermes et secs de Derek, elle peut oublier la nourriture et se laisser aller au sommeil. »
Marina suce son pouce jusqu’au sang, plus tard pousse sa sœur dans les escaliers, multiplie les actes de cruauté, mange très peu, n’aime pas qu’on la touche, refuse les câlins, et beaucoup plus tard, jeune adulte se morfond dans les idées noires et morbides : « Son principal sujet d’étude est la Shoah, oui, c’est cela qu’elle tient à comprendre par-dessus tout, les idées qui ont engendré cette monstruosité et celles qui étaient impuissantes à l’empêcher : l’objet de ses lectures et de ses réflexions et de ses écritures incessantes, c’est l’horreur ».

    Lin veut se consacrer à la danse, elle divorce, quitte son mari qu’elle aime encore et ses deux filles pour tourner dans le monde entier. Elle ne reverra ses filles que très rarement, tous les trois-quatre ans. Un choix lourd de conséquences pour tout le monde.



         Le livre aux résonances forcément autobiographiques, est difficile, fort, intime et marquant. Il nous fait ressentir à quel point nous sommes vivants même si l’ombre de la mort plane de la première à la dernière page.

Lisant ce bouquin, je me suis vue comme un aigle dont les serres implantées dans les pages s’y accrocheraient férocement et rageusement.

Difficile de passer à autre chose

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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 17:27

9782264031761[1]

Une enquête policière sur fond historique.

XVIIIème siècle. Siècle de Louis XV.

    Tout commence par la découverte du corps sans vie du vicomte de Ruissec, retrouvé dans sa chambre, un pistolet à ses côtés. C’est Nicolas Le Floch, commissaire de police au Châtelet, qui est chargé de l’affaire. L’enquêteur perspicace et clairvoyant qu’il est, sent immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un suicide, comme voudrait le faire croire le père de la victime, le comte de Ruissec.

   Nicolas se rend alors à l’église des Carmes où la comtesse de Ruissec, la mère du défunt, lui avait fixé un rendez-vous secret. Ce n’est pas elle qu’il trouve mais son cadavre. Pendant ce temps, l’autopsie du vicomte révèle que « Cet homme a un ventre de plomb. Il a été tué, torturé, massacré On lui a fait boire du plomb fondu ; l’intérieur a été consumé, la tête réduite, les viscères détruits ! ».

  Deux crimes et un complot contre le roi. Les apparences sont trompeuses et le plus fin limier se verra freiné dans ses investigations. Celles-ci le conduiront, entre autres, auprès de la favorite du roi, la marquise de Pompadour, et de la fille du roi, Mme Adélaïde.

L’intrigue est linéaire et classique mais le style de Parot est vif, sa langue savoureuse, ses descriptions aux échos balzaciens admirables :

« Ils gravirent les degrés donnant sur un vestibule dallé qui s’achevait par un escalier. Le comte de Ruissec chancela et dut s’appuyer sur un fauteuil de tapisserie. Nicolas l’examina. C’était un grand homme sec, un peu voûté malgré son affectation à se ternir droit. Une large cicatrice que l’émotion faisait rougir creusait sa tempe gauche, souvenir probable d’un coup de sabre. La bouche pincée se mordait l’intérieur des lèvres. La croix de l’Ordre de Saint-Michel suspendue à un cordon noir renforçait encore l’austérité d’un strict habit sombre sur lequel tranchait, seule note de couleur, une commanderie de l’Ordre de Saint-Louis accrochée à une écharpe rouge feu qui pendait sur sa hanche gauche. L’épée qu’il portait au côté n’était pas une arme de parade, mais une lame solide en acier trempé. »

   L’érudition et le travail de recherche de l’auteur sont à saluer. Il nous promène entre Paris et Versailles, nous invite à un repas royal ou à l’Opéra pour notre plus grand plaisir.
Jean- François  Parot prouve aussi, dans son texte et les citations mises en exergue son amour de la littérature et de la mythologie. Diplomate, il est actuellement Ambassadeur en république de Guinée Bissao.

Ses enquêtes ont fait l’objet d’une adaptation télévisuelle pour France 2, que je manquerai pas de regarder à la prochaine occasion.

Merci à Y@nn de m’avoir suggéré cette lecture

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 00:25

Pour les lectures dans l’esprit de Noël, faudra repasser !

    Pour une fois, je vous livre la quatrième de couverture : « Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre... ». Vous l’avez compris : humour noir, très noir. Et l’auteur réussit avec brio à nous faire rire avec un sujet tabou.

9782266179270[1]C’est la famille Tuvache qui gère le magasin. Elle est comparable à la famille Adams, il y a Lucrèce la mère, Mishima le père, Marilyn la fille, Vincent le fils et… et le cadet (Alan) qui est si « différent ». La boutique marche du tonnerre, les clients se succèdent, apprécient la variété des suicides possibles. Un petit échantillon :

-      Une corde avec un nœud coulant déjà fait (et très solide !)

-      Un poison de contact : « l’acide d’anguille bleue, du poison de grenouille dorée, étoile du soir, fléau des elfes, gelée assommante, … »

-      Le tanto : un sabre court mais très aiguisé, fourni avec un kimono de samouraï pour faire un hara-kiri dans les règles de l’art.

-      Une pomme empoisonnée livrée avec un kit de peinture. Le top tendance est de peindre la pomme avant de la manger ; le petit tableau retourne à la boutique dont les murs en comptent déjà 72 !

-      Un parpaing en ciment muni d’un anneau et d’une chaîne que l’on cadenasse à la cheville. « Vous vous mettez au bord du fleuve. Vous le jetez devant vous et, hop, vous êtes entraîné au fond et c’est fini ». Ces parpaings servent aussi à la défenestration (car, par des nuits de tornade ou d’ouragan, des gens au corps léger étaient retrouvés accrochés à des réverbères, échoués dans des branches d’arbres ou étalés sur le balcon… !). Mishima, le vendeur : « Moi, souvent le soir, soulevant le rideau de notre chambre, je les regarde tomber des tours de la cité. Le parpaing à une cheville, on dirait des étoiles filantes. Lorsqu’ils sont nombreux, les nuits de défaite sportive par l’équipe locale, on croirait du sable qui coule des tours. C’est joli. »

-      Le « baiser de la mort » ou Death Kiss : le cadeau offert par la famille à Marilyn pour ses 18 ans : un poison à s'injecter, sans danger pour elle, qui tuera tous ceux qui l’embrasseront (à la manière des animaux venimeux).

    Mais Alan chamboule cet équilibre, ce monde noir, triste et morbide ; il a un gros problème : il voit la vie en rose ! Il est optimiste et joyeux ! Quand ses parents ont le dos tourné, il jette les bonbons empoisonnés, il chantonne des chansons gaies dans le magasin et c’est lui qui a remplacé le liquide nocif de la seringue de Marilyn par du sérum glucosé. Son père finit par l’envoyer en stage de commando suicide : le garçon est malheureusement très vite renvoyé parce qu’il passait son temps à raconter des blagues…

Le livre est drôle du début à la fin, grinçant, décalé et finalement, vraiment délicieux.
Une jolie découverte! Un nom d'auteur à retenir !

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 09:13
   J'ai adoré cet auteur aussi bien dans son oeuvre théâtrale que narrative, jusqu'à ce que je lise Lorsque j'étais une oeuvre d'art, un gros navet d'après moi, je me suis demandée s'il s'agissait bien du même auteur qui avait écrit La Part de l'autre ou L'Évangile selon Pilate.
Petite déception aussi pour ce roman.


      Le sumo qui ne pouvait pas grossir
est le cinquième volume du "Cycle de l'invisible" qui en comptera huit. Trois thèmes : le sport de lutte japonais (comme le titre l'indique), la religion bouddhiste et le passage de l'adolescence à l'âge adulte qui s'accompagne de réflexions sur la spiritualité justement.
     Le texte s'apparente à une fable. Jun, 15 ans, vend des cochonneries dans les rues de Tokyo. Il a quitté ses parents très tôt : un père qui s'est suicidé et une mère qui est un "ange", elle aime tout le monde, chaque personne a droit à autant d'égard que son fils qui voudrait être celui qu'elle aime le plus.
C'est donc sur les trottoirs japonais que Shomintsu "recrute" cet adolescent chétif au langage fleuri. Le vieillard, maître du sumo, ne cesse de lui répéter "Je vois un gros en toi".
Jun finira par rejoindre Shomintsu et les lutteurs adipeux avant d'y cueillir une petite leçon de bouddhisme :



" - Pourriez-vous m'aider à maîtriser mes pensées et mon corps?
- Assieds-toi sur le sol en face de moi, bascule le bassin vers l'avant, redresse la colonne vertébrale, concentre-toi sur la verticalité de ta posture.
- Voilà.
- Ne creuse pas le ventre, ne te contracte pas, inspire et expire en douceur.
- Voilà.
- Laisse passer les pensées avec la respiration, laisse-les apparaître et disparaître.

- Elles se bousculent au portillon mes pensées, elles coulent en torrent.
- Maîtrise le flot.
     Après une semaine d'application, puisque j'arrivais à songer plus calmement, il ajouta une tâche :
- Maintenant, tente de ne penser à rien.
- A rien?
- A rien.
- Comme si j'étais mort?
- Non, comme si tu étais une fleur ou un oiseau de printemps. Ne pense plus avec ta conscience personnelle, pense avec une autre conscience, celle du monde, pense tel l'arbre qui bourgeonne, telle la pluie qui tombe
."

    J'avoue ne pas avoir été réceptive à ce genre de précepte, je n'ai pas vraiment senti en moi l'arbre qui bourgeonne ou l'oiseau du printemps.
Bon, s'y prendre  à 15 fois pour lire une centaine de pages n'est peut-être pas l'idéal non plus (merci les conseils de classe, les bulletins, les réunions...)
Le style enfantin m'a gênée ... avec une impression d'un bouquin écrit en deux temps trois mouvements ...
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