Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 14:32

    Il s'agit du 2ème volet de Effroyables jardins.  Le narrateur est le même, ce petit garçon devenu grand, le fils du clown. Michel Quint nous ressert les ingrédients de son premier opus. Et recourt, une fois encore au retour en arrière : c’est sur la tombe de son père que le jeune homme lui raconte et se remémore les rencontres qui l’ont marqué. D’abord Inge, cette Allemande au comportement si ambigu dont il s’éprend dès le premier regard. Puis ce soldat allemand qui s’avère être le tortionnaire de son père, celui qui l’avait arrêté puis déporté.
     On tangue sans cesse entre culpabilité, pardon, rancune, rancœur, souvenirs. Le narrateur est si humain, plein de défauts, manquant de courage, ne se défendant pas et n’osant défendre son père face à l’ancien soldat allemand : « Il en riait presque… Et revenait à ton aventure, me regardait, cherchait à retrouver tes traits d’autrefois sur les miens… Il t’avait condamné à mort puis gracié et envoyé vers une autre mort, la déportation, il avait eu ce pouvoir exorbitant sur ta vie et en parlait comme d’un souvenir tendre… »

      Les passages à vide sont plus nombreux que dans Effroyables jardins, en tous cas je l’ai vécu comme ça. Mais tout s’explique à la fin, et le dénouement est fait de surprises et d’émotions. L’écriture de Quint nous colle à la peau, épouse le rythme des battements du cœur. Phrases nominales, phrases courtes et hachées. Langage oral mais soutenu à la fois. J’aime beaucoup. Il réussit avec brio à nous transmettre l’intensité des personnages, les caprices du destin, les blessures de l’Histoire. Tout est si vivant sous sa plume !

    La rencontre avec la famille qui héberge le narrateur : « Theodor est un castard à tête carrée, un type en granit, tu le croirais d’un bloc, buté-borné. Sinon qu’il vient à toi, mains tendues, avec une modestie de geste, une retenue de consolant. Et attentif à autrui. D’évidence, pas faiseur pour deux sous. Gertrud, houlàlà, c’est indiscutablement pas la walkyrie que tu imagines ! Une musaraigne, un animal des bois, une gerboise, une gerbe de blé brun plantée sur le crâne, des yeux de joujou en faïence, toujours à caqueter qu’on n’y comprend rien et à rire rien que par-devers elle et qui te sort de nulle part, sans que t’aies rien vu arriver, quel que soit le lieu de l maison où tu la croises, une assiette de gâteau et un verre de vin du Rhin, pour une petite ripaille impromptue ! »

Repost 0
27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 10:04
    Ça fait un petit moment que le livre me faisait de l'oeil... offert par la Fnac, la curiosité me poussait à savoir ce qu'il "valait".
    C'est une histoire de coeur, au sens propre du terme : Bruce Boutard, un quadragénaire divorcé, asocial, brusque, misogyne, réunit tous les clichés de l'homme dépourvu de sensibilité, de finesse, de tact. Souffrant d'une pathologie du muscle cardiaque, Bruce se voit greffer un coeur avec succès. Il vivra mieux déjà parce qu'il sera en bonne santé, mais surtout parce qu'il se découvrira tout autre : il nettoie et décore son appartement, il ne prend plus les femmes pour de vulgaires objets qu'on utilise puis qu'on jette, il s'habille de manière élégante, il sort, se cultive, devient souriant, agréable et courtois. Bref, l'ours s'est transformé en gentleman... qui se pose des questions ! Pourquoi tant de changements? Il comprend petit à petit que ce nouveau coeur, ce coeur "prêté" lui fait connaître de nouveaux horizons. C'est un coeur de femme, celui de Constance, décédée dans un accident de voiture à 29 ans.  Et là, j'ai adoré le féminisme sous-jacent de l'auteur. Du côté des femmes : la finesse, le goût, la noblesse, la générosité, l'art... du côté des hommes : la rudesse, la goujaterie, la lâcheté!
Bruce a donc hérité d'un coeur qui lui permet de vivre, mais aussi d'un grand nombre de sentiments jamais éprouvés, de centres d'intérêt ignorés jusque là.
En outre, cette donneuse morte a une histoire bien particulière aussi. Elle était restauratrice de tableaux anciens, plus particulièrement ceux de Paolo Uccello. Elle était aussi très amoureuse d'un homme marié plus âgé qu'elle... je n'en révèle pas plus.
    Mon avis? Agréable à la lecture, c'est cependant un livre qu'on oublie vite, je pense. Certains passages sont intéressants (le thème tout simplement de la greffe de coeur, les liens avec la peinture, la découverte de la Toscane), d'autres sont drôles, mais l'histoire finit en eau de boudin, c'est un peu dommage. Les clichés sont nombreux (parfois jouissifs, il faut l'avouer), les femmes sont toutes belles et débordantes de qualités.
Pour faire vite, je dirais que j'ai plus ou moins adhéré au fond, un peu moins à la forme.

Un extrait où l'ex-femme de Bruce parle du changement radical qui s'est opéré chez lui "J'ai divorcé d'un alcoolique fumeur, égoïste, rabat-joie, mal habillé, vivant dans un taudis... bégaya-t-elle, hilare. Et je me retrouve à boire le thé dans un salon qui sent le Pliz, chez un type branché, souriant, impeccable, qui s'intéresse à mon travail pour la première fois de sa vie !"

Tatiana de Rosnay est journaliste pour Elle et critique littéraire pour Psychologies magazine.
Repost 0
23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 10:47
 Livre lu pour mes 5ème!
Je n'ai aucun regret d'avoir choisi ce roman pour la section "roman d'aventure". Quel plaisir de relire ce livre!
   Reprenons les choses dans l'ordre : Alexandre Selkirk est un marin écossais. Suite à un désaccord avec son capitaine, il refuse de poursuivre la route et exige qu'on le laisse sur une île, dans l'archipel Juan Fernandez, à quelque 400 milles des côtes chiliennes. Il passera 4 ans 1/2 sur cette île déserte entouré de chats et de chèvres. La presse londonienne s'arrache son histoire et Daniel Defoe s'en inspire également pour créer son personnage de Robinson Crusoé. Michel Tournier puisa à son tour dans le roman Robinson Crusoé pour écrire, dans un premier temps, Vendredi ou Les Limbes du Pacifique (1967), destiné aux adultes car complexe et philosophique. Dans un second temps, l'auteur désira simplifier et adapter l'intrigue à un plus jeune public, et c'est ainsi qu'on obtint, Vendredi ou La Vie sauvage (1971). 



                                                         


       Le navire La Virginie fait naufrage dans la région de l'archipel Juan Fernandez, à 600 km du Chili. Un seul survivant se retrouve sur la plage de l'île la plus proche : Robinson. Ce jeune homme consacre tous ses efforts pour construire un bateau, L'Evasion, pour quitter l'île. En vain. Ensuite viendra la période où il travaille dans le but de civiliser l'île, il construira une maison, une horloge, cultivera des champs et domestiquera des chèvres, s'efforcera de respecter une certaine discipline et des horaires contraignants. Cependant, par désespoir et par solitude, il s'isole parfois dans la niche d'une grotte (tentant de retrouver un cocon maternel dans cette position foetale) ou se glisse dans la souille, avec les pécaris... Un groupe d'Indiens aux moeurs cruelles débarque un jour sur l'île pour massacrer un des leurs. Celui-ci, dont la peau est plus foncée que les autres, s'enfuit à travers la forêt de l'île. Robinson lui sauvera la vie en tuant un des ses poursuivants. Il le recueille, lui apprend l'anglais et fait de lui un serviteur modèle. Il le prénomme Vendredi (en hommage au jour de leur rencontre) et lui inculque toutes les bases de la civilisation occidentale : s'habiller, manger proprement, suivre un emploi du temps strict, obéir aux lois de la charte établie par son "maître", labourer les champs, faire la cuisine, traire les chèvres ou encore cirer les bottes. 
    Cette soumission, cet esclavagisme prendra fin le jour de l'explosion. Vendredi manie en effet, malencontreusement, la poudre récupérer du bateau, faisant exploser la maison mais aussi les réserves de céréales, les habits, l'horloge, ...Robinson se rend compte que tout ça n'était qu'illusoire voire ridicule. C'est désormais Vendredi qui mènera le jeu.
   C'est la deuxième période. Vendredi et Robinson vivent en harmonie avec la nature, consacrant leur temps aux siestes, aux jeux, au plaisir. Vendredi fera preuve d'intelligence, de sensibilité tout en respectant ce qui l'entoure et en évitant la violence. Les rôles sont inversés et les deux hommes finissent par vivre heureux.
   C'est sans compter l'arrivée impromptue d'une goélette anglaise... Vendredi est émerveillé devant tant de luxe et de brillance, Robinson, lui, apprend qu'il a passé plus de 28 ans sur l'île qu'il a lui-même surnommée Speranza! Il s'aperçoit également que ses concitoyens sont des brutes avares, violentes et cruelles. Il décide de rester sur l'île. Le lendemain du départ de la goélette, il se félicite de son choix mais ...ne trouve pas Vendredi! Son ancien compagnon a lui, fait le choix de rejoindre l'Angleterre!
    Le livre se termine sur une belle surprise, Robinson trouve un enfant caché dans la grotte, il s'agit du mousse du bateau qui, ayant subi tant de maltraitances et d'humiliations de la part des autres hommes, a fui l'équipage. Robinson lui prouve son amitié et son affection en l'appelant Dimanche.
"Une vie toute neuve allait commencer, aussi belle que l'île qui s'éveillait dans la brume à leurs pieds".
"Désormais, tu t'appelleras Dimanche. C'est le jour des fêtes, des rires et des jeux. Et pour moi tu seras toujours l'enfant du dimanche".


    J'adore cette histoire. J'avais étudié Vendredi ou Les Limbes du Pacifique pour le bac français, il y a presque 15 ans. Je ne m'en lasse pas et j'espère que les élèves accrocheront aussi.
Repost 0
19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 11:00
Avertissement : si vous faites un régime, ne lisez pas ce livre!
Il a eu le Prix du Meilleur Livre de Littérature gourmande 2000. Et ce n'est pas pour rien...

     Le plus grand critique culinaire du monde n'a plus que deux jours à vivre. Il s'en fiche, tout ce qui lui importe c'est de retrouver "une saveur qui me trotte dans le coeur. (...) cette saveur-là, c'est la vérité première et ultime de toute ma vie (...) elle détient la clef d'un coeur que j'ai fait taire depuis".
Pour retrouver ce goût qui l'a fait vibrer, ce monsieur imposant et égoïste va passer en revue ses préférences gustatives... Les sardines de sa grand-mère, la viande grillée de Tanger, la tomate crue de la tante Marthe, un repas imprévu et rustique à la campagne, ... autant dire, une explosion de descriptions qui nous mettent l'eau à la bouche! 
    C'est bien écrit, j'aime le style de Muriel Barbery, L'Elégance du hérisson reste un de mes romans préférés, mais dans Une gourmandise, certains effets paraissent un peu artificiels, on sent trop souvent la recherche stylistique consciencieuse et appliquée. On ne s'ennuie pas, le livre n'est pas épais mais des descriptions de bouffe les unes à la suite des autres, c'est parfois excessif et indigeste. Un exemple :
"Qui n'a jamais osé malaxer longuement de ses dents, de sa langue, de son palais et de ses joues le coeur du pain, n'a jamais tressailli de ressentir en lui l'ardeur jubilatoire du visqueux. Ce n'est plus ni pain, ni mie, ni gâteau que nous mastiquons alors, c'est un semblant de nous-mêmes, de ce que nous pétrissons ainsi de nos bouches expérimentées où la salive et la levure se mêlent en une fraternité ambiguë" (bon, tout ça pour une boulette de pain!). De même, il raffole de son chien qui sent la brioche tiède... mouais, mouais, très rare, le cabot!
   Le plan du livre est simple, linéaire, sans surprise. Sont énumérés les goûts préférés du gastronome, liste parfois interrompue par les réflexions des personnes qui vivent autour de l'auguste personnage (réflexions le plus souvent désobligeantes, vous l'aurez compris). Puis vient la révélation, l'illumination, LA saveur tant recherchée depuis le début de l'agonie...

   Le personnage principal, ce critique gastronomique, est pourtant jouissif : il est détesté de tout le monde (ou presque), ses enfants le haïssent, il a un caractère impossible, dominateur, brutal, sans aucune tendresse pour l'humain, n'aimant ni sa femme, ni ses enfants. Cet extrait le prouve "que sont les enfants sinon de monstrueuses excroissances de nous-mêmes, de pitoyables substituts à nos désirs non réalisés? Ils ne sont dignes d'intérêt pour qui, comme moi, a déjà de quoi jouir dans la vie, que lorsqu'ils partent enfin et deviennent autre chose que vos fils ou filles. Je ne les aime pas, je ne les ai jamais aimés et n'en conçois aucun remords." 
Repost 0
12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 13:53


     Roman relu pour la 3ème fois, et qui sera étudié pour et avec (surtout avec, j’espère !) mes chers troisièmes que je n’ai pas encore eu le privilège de rencontrer.
    Pour moi, la lecture de ce livre est un réel plaisir. Il n’est pas autobiographique, Michel Quint nous rappelle même que c’est une fiction « à 95% », mais s’apparenterait plutôt à une autofiction, c’est-à-dire que certains éléments sont bien réels, voire historiques et d’autres, complètement inventés.

    Le narrateur a honte de son père. Honte de son père qui régulièrement se déguise en clown pour amuser et divertir les anniversaires, les fêtes d’entreprises, les kermesses. Les descriptions ne sont pas tendres : « Larges tatanes, pif rouge, et tout un fourbi bricolé de ses vieux costumes, des ustensiles de cuisine mis au rencard (…) dans un numéro pathétique de niais solitaire contraint de s’infliger tout seul des baffes et des coups de pieds au cul ». Tout le roman est comme ça, drôle à souhait, à la fois cru, familier et très littéraire.



     Mais pourquoi ce père se prend-il pour un clown ? C’est l’oncle Gaston qui va raconter, dans un langage fleuri, l’épopée de deux soldats français sauvés, pendant la 2ème guerre mondiale, par un soldat allemand, un « soldat-clown ». Ce soldat n’est autre que Bernhard Wicki, le réalisateur du film Le Pont. Le narrateur va alors comprendre que son père est un héros, lui aussi, qui rend hommage à l’homme qui les a sauvés, lui et Gaston. Ce livre fait aussi un magnifique bras d’honneur au manichéisme non, tous les Allemands n’étaient pas des ordures, non, tout n’est pas tout blanc ou tout noir Un Allemand au grand cœur (Bernd), un Français qui est une ordure (Papon).



A lire absolument, c’est court, lu en 1h. Simple mais noble, fort et émouvant.

                                                  --------------------------------
    Michel Quint est un ancien prof de lettres classiques qui s'est d'abord tourné vers le théâtre avant d'écrire quelques romans noirs et de recevoir, en 1989, le Grand prix de la littérature policière pour Billard à l'étage. Dans Aimer à peine (2002), on retrouve le narrateur d'Effroyables jardins.
                                                  --------------------------------


     Je
an Becker s'est inspiré d'Effroyables jardins pour en faire un film, sorti en 2003, avec les célèbres Thierry Lhermitte,
Jacques Villeret, et André Dussollier. La version cinématographique, forcément, rallonge la sauce par rapport au livre. Mais certaines modifications m’ont gênée : les références au procès Papon sont complètement absentes, l’histoire d’amour est tronquée (dans le livre elle semblait extraordinaire, dans le film elle a un caractère très banal) et pourquoi ceux qui devaient être Gaston et Nicole dans le film sont-ils si âgés ? La dichotomie pitrerie/tragique est souvent trop marquée. Le personnage interprété par Thierry Lhermitte, est, d’après moi, inutile. On passe un bon moment, les scènes qui sont tournées dans la fosse et l’arrestation sont assez réussies mais c’est toujours pareil : après le livre, le film déçoit. Je comprends que Jean Becker ait dû étoffer l’histoire pour « tenir » 1h30 mais il n’aurait pas dû effectuer certains changements. Peut-être a-t-il fait ce choix pour que le film soit « grand public » ? ou pour éviter toute polémique (d’où le mutisme au sujet de Papon) ? Dommage !
    Des changements mineurs et somme toute insignifiants m’ont fait sourire : les quatre prisonniers se connaissent grâce à l’équipe de foot dans le roman, dans le film ce sont les parties de pétanques qui constituent leur point commun. C’est sûr, la pétanque fait plus pittoresque, plus vieillot, plus « France profonde » que le foot !



Bref, lisez d’abord le livre !
Repost 0
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 10:36


       Erik Orsenna nous emmène encore une fois à la découverte de la grammaire.
Après La Grammaire est une chanson douce, Les Chevaliers du Subjonctif et La Révolte des accents, son dernier livre : Et si on dansait ?
Cette fois-ci, c’est la ponctuation qui est à
l’honneur.
       Nous sommes toujours avec Jeanne, une adolescente passionnée de mots et de grammaire, qui nous explique
qu’elle est un
écrivain fantôme, rédigeant des discours pour des chefs d’état, des élèves, des adultes. Venue écrire un discours pour le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, elle découvre sur la plage une « étrange pollution » : un bateau contenant des livres a fait naufrage, la mer a décollé les mots des pages, les mots ont été  mélangés, amalgamés, formant une immense mare noirâtre. « Un mot sorti de son histoire est comme un poisson hors de la mer ».

 « quasisantêteétaittuoujoursheureuxdaiderlesnouveauxdegryffondor » : Il s’agit d’abord de retrouver l’histoire d’appartenance de ces mots (facile ici, qui a trouvé ?), puis de placer les « blancs » aux bons endroits. Et on apprend, au passage, « que les blancs, les espaces entre les mots, n’avaient été employés en Europe que vers l’an 800, à l’époque de Charlemagne. Ces blancs avaient été les toutes premières ponctuations ». Jeanne, ensuite, avec l’aide d’un orchestre (parce que la ponctuation constitue la musique de la phrase !) et de Monsieur Traversière, un typographe, donne du rythme à ces mots en y intégrant les signes de ponctuation. Les mots, ravis d’avoir retrouvé leur dignité, remercient Jeanne « « Plus jamais, jamais, nous ne te jouerons la mauvaise blague du mot sur la langue, tu sais bien, Jeanne, ce mot qu’on sent tout proche et qui refuse de se montrer. Fini, ces espiègleries ! Maintenant, nous sommes de vrais alliés, Jeanne, A la vie, à la mort ! A partir de maintenant, dès que tu auras l’idée d’un mot, ce mot apparaîtra ».
Là, je souris. Je savais bien qu’ils ne tiendraient pas leur parole. Il est dans la nature des mots de jouer avec la patience de l’écrivain. »




     Comme les autres livres d’Orsenna, celui-là est frais, léger, surréaliste, égayé par  les nombreuses illustrations.

     La cause de l’écrivain est bien noble, il la rappelle lui-même dans ses remerciements « tenter, en racontant, de donner le goût de la grammaire aux jeunes générations », mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? Je n’ai encore jamais étudié La Grammaire est une chanson douce avec mes élèves (contrairement à certains collègues), mais je me permets d’être dubitative


  
    Merci à Monsieur Orsenna de faire revivre la langue française, ou simplement de nous ouvrir les yeux sur ces pattes de mouche qui n’en sont pas mais qui font la richesse de notre langue.




Et MERCI à Stef pour ce joli cadeau  

Repost 0
7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 13:28

     C’est avec un a priori plutôt négatif que j’ai commencé la lecture de ce roman. Les livres à couverture super archi colorées, je fuis généralement. Finalement, ce fut une bonne surprise ! Il est drôle, juste, légèrement caricatural, moderne.
    C’est une mère de famille, la quarantaine bien tassée, qui essaye de vivre (ou de survivre) avec ses filles ou plutôt avec les milliers de problèmes de ses filles. Petite Chérie, Joséphine, est en pleine crise d’adolescence et Fille Aînée n’en est pas encore vraiment sortie  Donc, premier Grand Amour, première pilule, sexualité, scolarité, mariage, problèmes domestiques, premières vacances sans papa-maman sont quelques-uns des thèmes évoqués. C’est frais, parfois hilarant et ça se lit très bien.

   Un petit aperçu : l’aînée, Justine, a emménagé avec son amoureux. « A la demande pressante de Justine, vous admirez les murs peints de couleurs différentes et fluorescentes. Chouette, non ? Ca clashe, hein ? Oui, ma chérie, pour clasher, ça clashe ! Le reste du décor vous surprend également. Des posters hyperréalistes d’accidents de voiture. Un tube de dentifrice géant qui pend du plafond et dans lequel vous vous heurtez le front à plusieurs reprises. Des plantes vertes partout. Vous n’aviez jamais soupçonné que Justine aimait à ce point les plantes vertes. Vous lui proposez des boutures de vos géraniums de la maison du Lot. Pouah, pas de géraniums ! s’écrie-t-elle avec dégoût. C’est une plante typiquement petite-bourgeoise. Ah bon ! Vous ignoriez que la lutte des classes s’étendit aux fleurs. Mais ce qui vous frappe le plus, c’est l’ingénieux système de rangement adopté par votre fille. Pas de placards mais des cageots à fruits et légumes repeints de toutes les couleurs où sont pliés les pulls-tee-shirts-chemises, etc. du jeune couple. Pantalons et robes sont eux, suspendus à lune longue ficelle traversant le studio».

     Viendront aussi le baby-sitter - sénégalais et colosse - qui manquera de causer un infarctus à tante Madeline, le mariage que la fifille voudra très graaaand (donc bourgeois !?), les disputes du jeune couple et d’autres drôleries tellement vraies !

    Une jolie peinture de notre société, des conflits générationnels, de la place de la mère (ou plutôt de l’absence de vie personnelle de la mère de famille !!!). En tant que mère, ça donne parfois la chair de poule, et je me dis que les enfants en bas âge ce n’est finalement pas si mal   En tant que fille, j’ai bien envie de donner le livre à lire à ma maman, histoire qu’elle constate quel ange j’ai toujours été

A lire les jours de déprime!

Repost 0
4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 10:03

Un roman très attendu, une suite à L’Ombre du vent… et pourtant une déception !

     Barcelone, les années 20. David Martin est un écrivain de talent qui se voit proposer un contrat un peu particulier. L’éditeur Corelli lui demande en effet de « créer un religion ». Ce pacte diabolique vaudra une série d’événements malheureux et sordides au héros. Le roman oscille entre enquête policière, surnaturel et histoire d’amour.

Évidemment, ça reste du Zafon et ça se lit aussi bien que se boit un bon petit vin blanc sucré. Mais l’auteur a rajouté un peu trop de sucre et l’ensemble comporte beaucoup d’invraisemblances, les relations entre les personnages ne sont pas toujours cohérentes et crédibles et je trouve que le romancier espagnol cède souvent à la facilité. Ça sent le déjà-lu, l’intrigue est moyennement surprenante.
L’Ombre du vent est un roman qu’on n’oublie pas, qui bouscule, touche,  qui allie merveilleusement magie, poésie et mystère. Le Jeu de l’Ange n’est pas déplaisant à lire, certes, mais n’est pas du même acabit, sans doute trop commercial... Zafon ne s'en cache même pas puisqu'il écrit sur son site Internet anglais « I am in the business of storytelling » (« Mon boulot, c’est de raconter des histoires ») ... mouais!

Heureusement que l’on retrouve l’univers barcelonais ! Le parc Güell, l’auditorium du Palau de la Musica, la Rambla, Gaudi, la Sagrada Familia, Montjuïc  et le fameux Cimetière des livres oubliés (nostalgie de l’Ombre !)

Au bout du compte, on passe un bon moment, du moins ce fut le cas pour moi, la première partie m’a bien plu, mais il n’y a pas "le petit plus" qui fait toute la différence !

Un extrait :

« Mes seuls amis d’alors étaient d’encre et de papier. A l’école, j’avais appris à lire et à écrire bien avant les autres gamins du quartier. Là où les camarades voyaient de l’encre semée de chiure de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme une clé permettant d’ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j’en avais déjà l’intuition, ne m’attendait qu’un avenir sans intérêt. »

Dernière remarque : pour le prix du bouquin, Robert Laffont pourrait s’efforcer de ne pas oublier la ponctuation, c’est énervant !

Repost 0
22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 14:56
    James Meek est un grand reporter londonien, ses reportages sur l'Irak et Guantanamo on reçu de grands prix internationaux.
        L'auteur s'est sans aucun doute inspiré de son vécu et de ses expériences professionnelles pour écrire ce roman. Le personnage principal, Adam Kellas est un reporter anglais, lui aussi, qui part couvrir la guerre en Afghanistan. Là-bas il rencontre Astrid dont il tombe amoureux.
De retour en Angleterre, il pense rompre la monotonie et l'ennui de sa vie en écrivant un best-seller (tout en sachant et en proclamant ouvertement qu'il ne le fait que pour l'argent...) et d'autre part, en prenant le premier avion, sans bagages ni affaires, pour rejoindre Astrid aux États-Unis. Le roman porte bien son nom puisque les ambitions du "héros" (ou de l'anti-héros...) n'aboutissent aucunement, mais ses projets avortent les uns après les autres. 

Un roman sur la difficulté de communiquer avec l'autre et sur les désillusions de la vie.

    Je m'attendais à une écriture et un style journalistiques, il n'en est rien. Meek multiplie les digressions et les récits enchâssés, évite les clichés et traite ses personnages avec distance et ironie. Son analyse est presque chirurgicale, souvent très froide :
(Kellas dit à Lucy qu'il la trouve sexy) "Kellas lui-même était surpris d'avoir prononcé ces mots à voix haute. C'était comme découvrir que les roches qui vous séparent de la lave en fusion, sous vos pieds, sont infiniment plus fines que vous ne l'imaginiez, quelques centimètres tout au plus. Une croûte fragile, c'était là tout ce qui l'éloignait de gestes incontrôlables, incompatibles avec la paix."

    Quant à moi ... je n'ai pas aimé le livre, et j'ai presque du mal à expliquer pourquoi. Je ne suis pas entrée dans l'histoire, je me suis ennuyée et je n'ai pas toujours compris où l'auteur voulait en venir. Beaucoup de réalisme et de lucidité, certes, mais aussi un grand pessimisme et au fond une grande tristesse. 
Repost 0
17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 11:31

   Tu t’apprêtes à lire un résumé et l'avis d’un livre d’Italo Calvino. Tu t’étonnes d’être ainsi interpellé, tutoyé, toi, lecteur de ce blog. Ca t’amuse mais il y a cette pointe de gêne, tu as l’impression qu’on t’observe, qu’on te voit, assis sur ta chaise, les yeux fixés sur l’écran de ton ordinateur, la main droite collée à la souris… Tu te demandes ce qui te fait poursuivre la lecture, pourtant, plus que jamais, tu as envie de savoir ce qui suit.

    Ce misérable pastiche n’est rien à côté de l’immense talent d’Italo Calvino !
Quel toupet ! L’écrivain italien ose l’original, use et abuse d’insolite, de jamais-vu. Il dévoile les ficelles du travail de l’écrivain, nous fait découvrir les coulisses de l’œuvre, démantèle le squelette du roman, les mille choix qui rongent un auteur quand il écrit son texte.
«  La ville, là, dehors, n’a pas encore de nom ; nous ne savons pas si elle restera hors du roman ou si elle le contiendra tout entier dans sa noirceur d’encre. » et nous offre ainsi un brouillon de son œuvre. Du moins, c’est ce qu’il prétend. En réalité, l’écriture est fluide, virtuose, brillante et achevée, et ne manque jamais d’humour, d’ironie et de subtilité.

« C’est sans doute la raison pour laquelle l’auteur accumule supposition sur supposition dans de longs paragraphes dépourvus de dialogues : pour que je puisse passer inaperçu et disparaître dans l’épaisseur serrée opaque du plomb ».

   C’est un roman qu’il est très difficile de résumer. Le Lecteur puis la Lectrice en sont les personnages principaux. Le Lecteur est contrarié de ne lire que des incipit. Ainsi le roman est une alternance de chapitres consacrés à ces incipit (de genre et de style différents) et de chapitres dédiés au voyage initiatique du Lecteur.

Un roman sur les romans, un roman sur la dualité écriture/lecture où la frontière entre personnage, auteur, lecteur et narrateur est on ne peut plus floue. Une mise en abyme où rien n’est défini, aucune trame n’est linéaire, tout n’est qu’hypothèse. Mais aussi une farce de très très bon goût, l’auteur se moque des lecteurs mais aussi des écrivains (donc de lui-même !) et des genres romanesques et remet en question le roman traditionnel (dans la lignée des Surréalistes).

Le mot qui me vient à l’esprit et qui m’a poursuivie durant toute ma lecture : VIRTUOSITE ! On ne peut qu’admirer cette œuvre d’art, le génie de ce très Grand écrivain !

Deux extraits :

«  Ne crois pas que le livre te perde de vue, Lecteur. Le tu qui était passé à la Lectrice, il peut d’une phrase à l’autre se braquer sur toi. Tu demeures toujours l’un des tu possibles. Qui oserait te condamner à la perte du tu, catastrophe non moins terrible que la perte du moi ? Pour qu’un discours à la seconde personne devienne un roman, il faut au moins deux tu distincts et concomitants, qui se détachent de la foule des lui, des elle, des eux.) »


lorsque découverte charnelle et lecture se mêlent :
« A la différence de la lecture des pages écrites, la lecture que les amants font de leur corps (de ce concentré d’esprit et de corps dont les amants font usage pour aller au lit ensemble) n’est pas linéaire. Elle commence à un endroit quelconque, saute, se répète, revient en arrière, insiste, se ramifie en messages simultanés et divergents, converge de nouveau, affronte des moments d’ennui, tourne la page, retrouve le fil, se perd. (…) Ce par où l’étreinte et la lecture se ressemblent le plus, c’est ceci : en elles s’ouvrent des espaces et des temps différents de l’espace et du temps mesurables."

       Le roman, Se una notte d'inverno un viaggiatore a été publié en 1979, après la venue de Calvino à Paris, alors qu’il fréquente des cercles littéraires comme l'OuLiPo et rencontre Roland Barthes, Raymond Queneau et Georges Pérec.


Ce roman n'est donc pas à lire comme un autre roman, il est déroutant, parodique et finalement, pédagogique!


 Remarque sur la couverture du bouquin : l'auteur est un peintre suisse, Dominique Appia, dont l'oeuvre s'apparente à celle de Dali.

La plus connue :

Entre les trous de la mémoire

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages