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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 16:16

            Voilà un livre classé parmi les romans policiers mais que je qualifierais plutôt de « drame familial ».

A la fin des années 60, la famille Scott déménage : après avoir vécu vingt ans à Detroit, elle rejoint la région natale d’Arthur, le père de famille, au Kansas. Pour Celia, l’épouse qui aimait sa petite vie citadine, c’est un choc. Au bout de Bent Road, cette route étroite et dangereuse, niche un village aux traditions bien ancrées dans la vie quotidienne. Mais Celia, « l’étrangère » comprend vite qu’un secret plane autour de la mort de la sœur d’Arthur, Eve, survenue vingt ans plus tôt. Dans la famille Scott, il y a aussi le grand frère, Daniel qui, sans ami, va s’acoquiner avec l’infirme du village qui lui apprend à tirer à la carabine. En quelques mois, Daniel passe du statut d’adolescent à celui d’homme viril. Il y a aussi Elaine, la cadette, qui est bien la seule à s’intégrer rapidement à la vie du Kansas et son histoire d’amour avec Jonathon, l’homme à tout faire, y est pour quelque chose… Enfin, Evie, la fillette de la famille, découvre qu’elle a beaucoup de points communs avec sa tante Eve. Elle lui ressemble, elle aime porter les robes de sa tante et, pendant un (trop) long moment, son entourage lui cache qu’Eve n’est pas partie s’exiler très loin…  Il faut apprendre à vivre avec la famille restée au Kansas : la grand-mère Reesa ne voit pas d’un bon œil les manières de faire de sa bru Celia. Ruth, la sœur d’Arthur, a du mal à gérer ses propres problèmes car Ray, son mari, est un homme violent qui a épousé Ruth contre son gré. La tension latente prend de l’ampleur quand on apprend la disparition d’une fille de l’âge d’Evie, Julianne. Ray est immédiatement suspecté et le danger rôde comme un chacal autour de la famille… S’ajoute à cela le climat rude du Kansas, trop chaud et trop aride en été ou trop froid et trop glacial en hiver.

On obtient quelque chose d’étriqué et d’étouffant qui pourrait faire penser à un huis clos. Et ce silence qui a pesé si longtemps sur la famille et qui menace d’exploser à la figure de tous les protagonistes… Ambiance accablante et tendue ! Et pourtant, je n’ai pas adhéré complètement à ce roman, les personnages pullulent au début du livre et, personnellement, j’ai mis un petit temps à comprendre qui est qui : « Celia s’écarte pour la laisser passer. Pendant que Reesa et Artur suivent Ray vers la remorque, elle surveille son beau-frère en redoutant qu’il ne lorgne ne nouveau Elaine, mais non, il s’en abstient. Arthur s’est figé à la vue d’une petite remise construite de l’autre côté de l’allée. » Est-ce moi qui étais particulièrement fatiguée ? Ce qui m’a profondément dérangée surtout, c’est l’absence de transition entre les paragraphes. L’auteur ne connaît-il pas l’existence des connecteurs logiques et spatio-temporels ? Pour finir sur une note positive, car je suis persuadée que c’est un grand roman, la plongée dans cette région américaine où jalousie, aigreurs, mensonges et suspicions règnent en maître est d’une remarquable réussite, ce n’est pas anodin, Lori Roy est née et a grandi au Kansas.

Tête de lecture chez qui j’ai pioché l’idée a été bien plus enthousiaste que moi.

Un petit extrait pour frissonner :

 

« - C’est le vent. Juste le vent, répète sans cesse Celia dans sa tête, et à plusieurs reprises à voix haute.
           Reste qu’elle en doute. A Detroit, elle appréhendait les bombes incendiaires, les tanks et les jeunes nègres qui appelaient Elaine, mais aucun d’eux ne venait cogner contre les flancs de sa maison. Etant encore toute nouvelle au Kansas, elle n’est pas sûre de ce qu’elle doit craindre ici. Seule certitude, cette chose, quelle qu’elle soit, est en train de marcher dehors.  Frissonnant dans sa fine robe en coton sous laquelle elle n’a même pas enfilé de bas, elle se rapproche de la porte moustiquaire.
 »

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 21:52

Bartle, un Américain de 21 ans, s’est porté volontaire pour aller représenter son pays en Irak et combattre l’ennemi en 2004. Là-bas, il se lie d’amitié avec Murphy âgé de 18 ans seulement. Bartle a fait la promesse un peu stupide de ramener son copain à sa mère, vivant. Bien sûr, Murphy va se faire tuer. Bartle va rentrer au pays, tenter de vivre avec ses affreux souvenirs et réparer la « faute » commise en Irak.

C’est un roman sur la guerre et qui, en gros, dénonce les horreurs de la guerre et plus précisément les désastres psychologiques qu’elle entraîne (petit exemple : Bartle, même en civil, aura longtemps le réflexe de serrer un fusil –imaginaire- dans ses mains). Comment dire… en pacifiste convaincue, je savais tout ça et je n’avais pas besoin d’une démonstration en 248 pages avec force de descriptions de corps disloqués, de soldats qui se font pipi dessus parce qu’ils crèvent de trouille, de tympans perforés à cause du bruit des tirs, d’innocents tués. Très américain.

L’alternance des chapitres est intéressante : tantôt le lecteur se trouve en Irak dans le feu de l’action, tantôt il accompagne Bartle, quelques mois plus tard, dans le Richmond. Les chapitres consacrés à « l’après » m’ont paru justes et plus pertinents, empreints d’un certain lyrisme, d’une belle poésie, ils racontent aussi la rencontre entre Bartle et la mère de Murphy.

Si je reprends les critiques de la quatrième de couverture, oui c’est « dévastateur », oui c’est « envoûtant », oui, c’est « puissant et émouvant » mais pour moi, ce livre pêche par son inutilité. Sauf si un éventuel lecteur pense encore que la guerre, c’est sympatoche…

Je vais me faire allumer par tous mes amis blogueurs adorateurs de ce roman (est-ce d’ailleurs un « roman » puisque l’auteur a participé lui-même la guerre d’Irak ?) sauf peut-être Saxaoul qui semble de mon avis.

Dans le Richmond, Bartle devient fou : « De vilaines corneilles croassaient, perchées sur la ligne électrique qu’elles ornaient de leur plumage noir, et leurs cris me rappelèrent les sifflements des obus de mortier au-dessus de ma tête, et là, dans mon jardin, je me mis en position de sécurité avant l’impact. Allez, bande d’enculés, me dis-je, vous m’avez finalement eu ; mais les volatiles s’envolèrent et je repris mes esprits jetant un œil par-dessus mon épaule, et apercevant ma mère qui me souriait par la fenêtre de la cuisine. » (pauvres mères de soldats d’ailleurs, pauvres mères !!!)

 

Encore une preuve que la-guerre-c’est-trop-moche : « … non pas que j’envisageais de me jeter de ce pont, mais je voulais m’endormir pour toujours car il n’y avait aucune excuse pour tuer des femmes, ou même regardes des femmes se faire tuer, ou tuer des hommes pour les mêmes raisons, leur tirer dans le dos, leur tirer dessus plus de fois que nécessaire afin de s’assurer de les avoir vraiment tués ; c’était comme si tu cherchais à tuer tout ce que tu voyais parfois parce que ton âme était rongée par l’acide, puis elle s’envolait. »

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 16:00

             De tous les romans lauréats du Prix Goncourt, j’en ai lu peu et j’ai souvent été déçue. J’avoue m’être presque fait un principe de ne plus les lire. Pourtant, j’ai dérogé à ma propre règle et j’ai bien fait !

            C’est la fin de la guerre 14-18. Sur un champ de bataille, trois hommes complètement différents vont être réunis par cette Grande Guerre. Albert Maillard tout d’abord qui, parce qu’il a surpris la cruelle stratégie de son chef, Henri Pradelle, va se retrouver prisonnier de la terre, enseveli vivant suite à l’explosion d’un obus. Henri, lui, veut profiter de cette fin de boucherie pour redorer son blason : il n’hésite pas à tirer sur des camarades pour arriver à ses fins. Mais Albert a tout vu, c’est ainsi qu’il se verra jeter dans un trou d’obus par Pradelle. Et c’est dans ce même trou d’obus qu’il voit la mort de très près, recouvert par quelque cinquante centimètres de terre, incapable de bouger. Si Albert est la victime, Henri un sombre bourreau, Edouard Péricourt tient, lui, le rôle de héros. Malgré une jambe en bouillie et un visage qui n’a plus rien d’humain, il a senti la présence d’un être vivant, là, sous la terre, et il creuse, il creuse sans s’arrêter et finit par extirper le corps, indemne, d’Albert.

            Bien sûr, Albert se sent redevable. A l’hôpital du camp, il ne quitte plus son sauveur d’une semelle et tente de surmonter la répugnance qu’il éprouve à le voir : le visage d’Edouard n’est plus qu’une plaie béante, la mâchoire inférieure a disparu… ce n’est qu’une dose importante de morphine qui l’empêche de gémir et de hurler. Face à ce désastre et alors que la guerre est finie, Edouard va demander à Albert de le faire passer pour mort. Albert, veule et malheureux, accepte tout. Il réussit à voler les papiers d’un soldat mort et envoie à la famille d’Edouard une lettre expliquant les circonstances de la mort d’Edouard.

N’en dévoilons pas trop. A Paris, on retrouve la famille Péricourt : Madeleine, la sœur du pseudo défunt qui s’éprend de Pradelle et le père, Marcel, qui, sachant son fils mort, commence enfin à l’aimer et à s’intéresser à lui… Le roman est dense, fait de retournements de situation et empli de personnages parfaitement portraiturés, il relate à la fois la petite histoire tragique de la famille Péricourt et une partie de la grande Histoire, le retour des Gueules Cassées à la vie civile. Tout le long de ma lecture, j’ai pensé à Zola qui, lui aussi, peignait une famille à la lumière d’un événement historique. L’intrigue passionnante fait passer le lecteur par divers sentiments. La haine de la guerre et de ses atrocités. La pitié pour les soldats « cassés ». La tendresse pour  Edouard qui utilise des masques loufoques pour cacher sa laideur mais aussi pour sa jeune compagne, Louise, qui devrait devenir l’héroïne du prochain roman de Lemaitre. L’indignation, la colère face au besoin de s’enrichir de Pradelle : les cercueils les plus courts sont les moins chers, les soldats se font donc inhumer dans des cercueils d’1m30, la confusion entre les noms des morts et leur tombe rend l’identification impossible…

Bref, un bien beau roman … et j’en fais un COUP DE CŒUR !

 

            Madeleine n’est pas belle mais très lucide : « Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vu de dot. »

            Son père, M. Péricourt, se rend compte qu’il n’a jamais su aimer : « Le gardien du cimetière avait perdu son bras droit. En le croisant, M. Péricourt pensa : Moi, je suis un invalide du cœur. »

           Albert est un lâche qui manque de caractère, on l’a déjà dit. Dans son parcours chaotique, c’est la voix de sa mère qu’il entend le sermonner et qui ne l’encourage pourtant pas à s’endurcir … Lorsqu’il observe la jeune Louise : On aurait dit un petit insecte sortant de sa chrysalide, de plus en plus joli. Albert, parfois, la regardait en cachette et lui trouvait une grâce émouvante qui lui donnait envie de pleurer. Mme Maillard disait : « Si on le laissait faire, Albert passerait son temps à pleurer ; j’aurais pu avoir une fille, ç’aurait été pareil. »

 

            Une dernière citation qui nous ferait presque aimer les rides : « Lorsqu’il prendrait de l’âge, comment le verrait-on ? La béance occupait presque tout l’espace destiné aux rides, ne restait que le front. Edouard s’amusa à l’ide que les rides qui ne trouveraient pas leur place sur les joues absentes, autour des lèvres absentes, émigreraient toutes vers le front à la manière de ces rivières détournées qui cherchent une issue et prennent le premier chemin s’offrant à elles. Vieux, il serait un front labouré comme un terrain de manœuvres au-dessus d’une béance carmin. »

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 14:22

Alex ne jure que par cet auteur et moi, quand ça me titille, je ne résiste pas longtemps !

            Madison, à 11 ans, se fait kidnapper. Malgré des recherches longues et poussées, famille, proches, enquêteurs et policier n’ont aucune piste. Et les jours passent. La mère de la fillette se morfond dans un désespoir sans issue. Pour ne pas perdre le lien avec sa fille adorée, elle lui écrit des lettres, dans sa maison basque proche de l’océan. Madison, quant à elle, écrit aussi. Elle a obtenu, après maintes supplications, un cahier de son ravisseur qui se fait appeler Raphaël. Celui-ci la séquestre dans la cave de sa maison. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il ne lui fait aucun mal, il veut juste la garder pour elle, ne pas la laisser sortir, il veut qu’elle apprenne à l’aimer et qu’elle l’accompagne dans sa triste vie. Il y a Stanislas aussi, celui qui donnait des cours de tennis à Madison et dont elle était follement amoureuse comme on peut l’être à 11 ans. A 21 ans, le jeune homme a le coup de foudre pour Louison qui le mènera par le bout du nez.

            Ces trois voix se font entendre en alternance, chaque personnage étant enfermé dans sa prison. Quand on comprend que le ravisseur de Madison est foncièrement un « gentil » cinglé, le suspense prend de l’ampleur, on se demande si elle va pouvoir sortir, l’amadouer, le convaincre de la libérer. Ce qui est également intéressant, c’est l’évolution de Madison. A 11 ans, elle n’est encore qu’une petite fille, celle qui s’est fait embarquer « le-jour-de-la-Volvo noire », innocente, insouciante, gaie, fantasque. Quelques années plus tard, elle a mûri, elle a beaucoup lu (son geôlier a bien voulu lui permettre de lire la totalité de sa bibliothèque), elle s’est forgée sa propre opinion, loin des bobards de son ravisseur. Son langage s’est enrichi et elle sait ce qu’elle veut.

            J’ai beaucoup aimé ce roman, beaucoup, beaucoup. Surfant sur un thème plutôt aguicheur, l’auteur ne cède pas à la facilité du cliché. Le ravisseur n’est pas un violeur et Madison ne finit pas par s’attacher terriblement à lui. La vie, même en captivité, suit son cours. La vie des parents de Madison, malgré leurs terribles souffrances, continue elle aussi. Les chapitres consacrés à Stanislas m’ont d’abord laissée sceptique, le lien avec la jeune fille était mince et je n’en voyais pas le rapport avec ses histoires de fesses et de cœur, et pourtant Stanislas joue un rôle primordial dans toute l’histoire.

L’écriture fluide et simple m’a cependant surprise par ses métaphores et son langage juste ce qu’il faut de familier. Au final, j’ai été conquise et passionnée par ce roman !

L’espoir d’une mère : « Quelquefois, il suffit de regarder les choses en face pour qu'elles commencent à exister. Quelquefois, ce qui semble impossible est à portée de main. Alors ton retour, ma grande : je le regarde en face. Aujourd'hui, j'ai décidé de croire aux miracles. »

 « Rien n’est plus lâche au fond que d’être malheureux. »

 

« Un couple est une association à bénéfice réciproque. »

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 12:32

   

        En lecture (en lecture, je précise !), il m’arrive d’être très disciplinée. Je vous disais que j’allais déguster les romans de Chalandon dans l’ordre des plats, la mise en bouche (délicieuse !) fut Le Petit Bonzi, vint ensuite l’apéritif avec Une promesseet je vous présente aujourd’hui l’entrée, Mon traître.

            Antoine est un luthier français qui s’est pris d’amour pour l’Irlande du Nord. Au détour d’un pub, il s’est aussi pris d’amitié pour un homme plus âgé que lui, Tyrone Meehan. Cet homme franc, rustre, membre actif de l’IRA, sera un ami mais aussi un père, un confident, un frère. Chaque voyage permet à Antoine de connaître un peu plus ce pays fascinant, les habitudes de ses habitants, l’IRA qui tue, qui sauve, qui brise des vies et des familles, où Antoine s’engagera même ponctuellement. C’est surtout à travers Tyrone qu’Antoine avance dans sa connaissance du pays, tel un mentor ou un père spirituel, il va lui apprendre à admirer un lac, à écouter le silence de la nature, à porter la casquette large à chevrons noirs, typique des Irlandais du Nord. Et puis, des années plus tard, alors que Tyrone est un vieillard, on découvre l’ignoble vérité : il trahissait son peuple, ses camarades, sa famille, Antoine, depuis plus de deux décennies.

Le choix de l’Irlande a dû se faire naturellement pour Chalandon qui, en tant que journaliste pour Libération, s’y est rendu maintes fois pour faire des reportages. L’Irlande et ce contexte historique particulier occupent toute la place, il faut le savoir, et ça m’a donné envie d’en connaître plus. L’implication d’Antoine (il se dévoue corps et âmes à ce pays qui n’est pas le sien et quand il ne répare pas des violons, il est en Irlande) m’a paru un peu disproportionnée, l’admiration naïve pour Tyrone également, on aurait dit un gosse innocent, les yeux ronds et la bouche béante, face à un plus grand. Il n’en demeure pas moins que l’écriture de Chalandon nous transporte avec aisance et poésie au pays de la Guiness. Amitié, fidélité, franchise, questionnement sur soi (comme l’a dit l’auteur dans une interview : « Moi, je voulais que chacun voie le traître en soi ») sont les quelques thèmes forts du livre. Pour finir, la lecture fut intéressante et instructive mais c’est celle que j’ai le moins aimée jusqu’à maintenant.

Le roman a reçu tous ces prix (rassurez-moi, vous ne les connaissez pas tous non plus ?) :Prix Jean-Freustié, Prix Joseph Kessel, Prix Marguerite Puhl-Demange, Prix Simenon, Prix Gabrielle d'Estrées, Prix Lettres Frontière 2008. 

La manifestation pacifiste des nationalistes à Pâques 1977 : « Je pleurais. Je n’avais rien senti. Ni le brûlant d’avant les larmes, ni leur chemin sur mes joues, ni leur goût triste. Je regardais ces ombres maussades, ces vêtements boueux, ces cheveux confus, ces bouches orphelines, ces dos fatigués, ces yeux privés de ciel. Et je me suis mis à pleurer. J’en avais besoin. C’’était ma façon de les applaudir. J’ai passé ma manche de blouson sur mes yeux. »

 

Lorsqu’Antoine apprend la trahison de son ami : « Je n’ai pas dormi. J’ai regardé l’obscurité. Au milieu de la nuit, la neige est retombée e pluie. Un froid de ville, qui coule au carreau comme une trace sale. J’ai gardé mes chaussures, mon manteau, je n’ai même pas songé à ouvrir les draps. Le regard de Tyrone. Son bras sur mon épaule devant le lac noir. Son empreinte. Ses mots. J’avais mal de lui. La fièvre. Je sentais une eau mauvaise glacer mes reins, ma nuque, couler le long de la jambe qui pendait hors du lit. J’étais couché sur le dos, mains jointes sur la poitrine. Je ne pensais à rien. Je laissais entrer. J’étais porte ouverte. »

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 21:51

Immersion totale dans l’univers de cet auteur qui m’était complètement inconnu et qui, pourtant, est l’un des plus grands écrivains espagnols contemporains.

Victor, scénariste pour la télévision, assiste un soir, bien malgré lui, à la mort d’une jeune femme, Marta. Invité dans son appartement alors qu’il ne connaissait rien d’elle quelques jours auparavant, il flirte avec cette femme mariée mais doit aussi se montrer patient car son fils de deux ans, Eugenio, est présent et sa mère tente plusieurs fois de le coucher pour entamer une liaison avec Victor. Et c’est à ce moment-là, quand le garçonnet dort enfin et que les amants s’embrassent et se déshabillent, que Marta demande à se reposer. Elle se sent de plus en plus mal, ne veut pas d’aide mais du calme et finit, au bout d’un moment assez court, par mourir. Désemparé, Victor ne sait que faire, il essaye de prévenir le mari en voyage d’affaires à Londres, en vain. Après avoir laissé un peu de nourriture bien en évidence pour le moment où Eugenio se réveillera, il fuit l’appartement comme un voleur.

Bien sûr, cet événement va bouleverser son quotidien, il va d’abord fouiner dans les journaux à la recherche du faire-part de décès de Marta, il va aussi épier les fenêtres de son appartement et enfin, il va tout faire pour se rapprocher de la famille de la défunte : rencontrer son mari, son père, sa sœur.

L’idée de départ est hallucinante et très déstabilisante. Victor est le narrateur mais, dans certains passages comme dans l’extrait ci-dessous, c’est la voix de Marta qui va bientôt mourir qu’on entend. Les causes de la mort n’ont pas d’importance, ce qui compte c’est la rapidité, la brutalité, la dimension presque « ridicule » de l’événement. Marta et Victor s’apprêtaient à faire l’amour quand elle décède. Victor cache ce lourd secret pendant des jours et des jours avant de se confier à la sœur de Marta puis au mari de la défunte. Contre toute attente, lui aussi va révéler un secret à Victor, ce qui leur permettra de se rejoindre dans le malheur.

L’écriture de Javier Marias demande du temps, elle se laisse apprivoiser tout en douceur, lentement, patiemment. Les phrases sont très longues, les paragraphes quasi absents, les digressions fréquentes, … qu’on se le dise. Malgré ces difficultés, l’atmosphère chargée et quelques épisodiques soupirs, j’ai pris plaisir à la lecture de ce roman, si dense, si riche, si dépaysant. Je continuerai la découverte de cet auteur, un jour où je serai très en forme !

 

 

Marta : « Je n’ai pas fait mon testament, je n’ai pas grand-chose à laisser, et je n’ai jamais beaucoup pensé à la mort qui pourtant semble venir et d’un seul coup fausse et bouleverse tout, ce qui était utile et faisait partie de l’histoire de chacun devient en un instant inutile et sans histoire, personne ne sait pourquoi, comment, ni quand ce tableau a été acheté ou cette robe, ni qui m’a offert cette broche, d’où ou de qui me vient ce sac ou ce foulard, quel voyage ou quelle absence l’a apporté, s’il fut la compensation d’un attente, l’ambassade d’une conquête ou l’apaisement d’une mauvaise conscience ; tout ce qui avait un sens et laissait une trace les perd en un instant et toutes mes affaires se figent, incapables soudain de révéler leur passé et leur origine ; quelqu’un les entassera et avant de les envelopper ou de les mettre dans des sacs de plastique mes sœurs ou mes amies décideront peut-être de garder quelque chose en souvenir ou pare que ça peut servir, ou de conserver la broche pour que mon fils, quand il sera grand, puisse l’offrir à une femme qui n’est sans doute pas encore née. »

Le livre a reçu le Prix Femina étranger 1996.

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 17:17

            Brett Bohlinger est une belle jeune femme de 34 ans qui voit sa vie basculer le jour de la mort de sa mère. Non seulement, elle doit surmonter son incommensurable chagrin (car elle adorait cette mère idéale) mais elle doit encore faire face à un testament pour le moins original. Au lieu de lui léguer l’immense entreprise de cosmétique qu’elle dirigeait et dans laquelle Brett travaillait déjà, sa mère la licencie et ne lui offre son héritage qu’à certaines conditions : réaliser les rêves de jeune fille que Brett, quelque vingt ans plus tôt, avait consignés sur une liste d’objectifs à atteindre dans sa vie. Le testament ne laisse à Brett qu’un an et la jeune femme, abasourdie par ces conditions, se sent très éloignée de ses vœux d’adolescente : avoir un cheval, enseigner, avoir un chien, avoir un bébé, « rester amie avec Carrie Newsome pour toujours », tomber amoureuse, …

C’est un très bel et jeune avocat, Brad, qui va s’assurer que Brett respecte, à la lettre, les vœux de sa mère. Retrouver ses projets d’adolescente va remuer la vie de Brett, elle va finir par redevenir celle qu’elle a toujours été, généreuse, amoureuse des animaux, avide de joies simples…

Oh my God !!! C’est de la guimauve plein partout, des kilos de guimauve, que dis-je, des charrettes remplies de guimauve ! Brett est trèèèès belle, elle ne rencontre que des hommes trèèèès beaux, intelligents, aimants, attentionnés. Elle veut tenter le métier de prof ? Qu’à cela ne tienne, en trois jours, elle est devant une classe ! Ça ne lui plaît pas trop ? pas de problème, le lendemain, là voilà enseignante de cours particuliers… dans un quartier difficile, certes, mais dans un endroit où l’amour est plus fort que tout !

Je me moque, je me moque, mais j’ai dévoré ces 453 pages en deux jours. Je pensais à Brett en me brossant les dents, en fermant les volets, en travaillant, en conduisant … du grand n’importe quoi ! Je redeviens sérieuse deux minutes, le coup de la maman qui, sur le point de mourir, pense à l’avenir de sa fille chérie, c’est adorable. J’avoue aussi que j’ai pensé à ma liste-à-moi-de-quand-j’avais-quinze-ans et je me demande où elle peut bien se trouver.

Sinon, c’est niais à souhait, dégoulinant de bons sentiments, aussi américain que Desperate Housewives (en moins subtile quand même). J’avais, durant la lecture, le même sourire béat que ma fille de cinq ans quand le prince et la princesse s’embrassent, à la fin du conte. Car c’est bien d’un conte qu’il s’agit, moderne, gai et reboostant. On en sort avec un grand sourire aux lèvres, qu’on le veuille ou non !

 

Attention, c’est beau : « Eleanor Roosevelt a dit un jour : Faites chaque jour quelque chose qui vous fait peur. Pousse-toi à réaliser les choses qui t’effraient, ma chérie. Prends des risques et vois où ils te mènent, car, grâce à eux, la vie vaut la peine d’être vécue. »

Scoop inégalable : « on a tous la capacité d’exaucer nos propres souhaits. Il faut juste trouver le courage nécessaire. »

Admirez la virtuosité de la narration : « « J’ai merdé, Brad. Je croyais aimer Andrew, l’homme le plus nombriliste que j’aie jamais rencontré. Mais pour une raison qui m’échappe, je ne parviens pas à éprouver la moindre émotion profonde pour ce type incroyable qui ferait n’importe quoi pour moi. ». Je m’empoigne deux mèches de cheveux. « Mais qu’est-ce qui cloche chez moi, Midar ?Est-ce que je cherche encore un home impossible à séduire, à l’image de Charles ? »

 

Mais que fait-elle avec ces deux mèches ???

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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 21:34

Ce roman fait partie des préférés de la blogosphère en ce moment et, comme je suis extrêmement influençable (dieu merci, pour la lecture seulement, enfin je crois !), je me suis procurée dare-dare ce court roman…. qui n’est pas si loin du documentaire, de la poésie, bref, qui virevolte entre plusieurs genres.

Des jeunes filles japonaises au début du XXème siècle. Leur destin est le même : embarquer pour une longue traversée et rejoindre leur futur mari qu’elles n’ont vu qu’en photo, aux Etats-Unis. Certaines se réjouissent en s’attendant à voir leur vie s’améliorer, d’autres sont nostalgiques de leur petit village japonais mais toutes sont anxieuses, toutes se lancent vers l’inconnu. Pour exprimer cela, Julie Otsuka utilise le « nous » généralisant et l’associe au procédé de l’énumération pour être la plus exhaustive possible : « Sur le bateau nous conservions la photographie de notre époux dans un minuscule médaillon ovale suspendu à notre cou au bout d’une longue chaîne. Nous la gardions dans une bourse de soie, une vieille boîte à thé, un coffret de laque rouge, dans la grosse enveloppe marron qui nous l’avait apportée d’Amérique. »

Arrivées sur le sol américain, les jeunes Japonaises déchantent vite : le mari n’est ni beau ni riche, elles doivent trimer autant ou plus qu’elles ne l’auraient fait en restant au pays. Rares sont celles qui trouvent un homme aimant, rares sont celles qui s’épanouissent dans leur métier de bonne, de paysanne, de vendeuse. Elles travaillent et se taisent face au racisme ambiant. Elles enfantent aussi, parfois dans la joie, souvent dans la douleur, dans la peine. Enfin, elles connaissent la 2ème Guerre Mondiale et le bannissement total, les Japonais disparaissent, les uns après les autres.

C’est un roman qui se lit d’une seule traite, d’un seul souffle, qui a la beauté des poèmes et l’esprit méditatif des prières. L’auteur rend un magnifique hommage à ces femmes silencieuses, mais, par le truchement de ce « nous », je veux y voir un hommage à toutes les femmes, et pourquoi pas un hymne à la gente féminine. Certains passages sont bouleversants et aucun ne nous laisse de marbre, je suis passée par toutes les émotions, bien scotchée à mon livre, happée par la vie de ces femmes si effacées et tellement hors du commun.

A lire !

Une hésitation, avant d’atteindre le sol américain : « Et souvent en nous endormant nous nous prenions  à penser à ce fils de paysan avec qui nous discutions chaque jour en rentrant de l’école – ce beau garçon du village voisin dont les doigts parvenaient à faire germer les graines les plus rétives -, et nos mères qui savaient tout, y compris lire dans nos pensées, nous regardaient comme si nous étions folles. Veux-tu passer le reste de ta vie accroupie dans un champ ? (Nous avions hésité, presque répondu oui, car n’avions-nous pas toujours rêvé de devenir notre mère ? N’était-ce pas là ce que nous voulions être à une époque?) »

 

 

Le chapitre consacré aux naissances m’a particulièrement émue : « Nous avons accouché de bébés qui souffraient de coliques. De bébés au pied-bot. De bébés bleus et maladifs. Nous avons accouché sans nos mères, qui auraient su exactement quoi faire. Nous avons accouché de bébés à six doigts et nous avons détourné les yeux quand la sage-femme a commencé d’aiguiser son couteau. Vous avez dû manger un crabe pendant votre grossesse. Nous avions attrapé une blennorragie dès la première nuit avec notre mari et nous avons eu des bébés aveugles. Nous avons eu des jumeaux, ce qui porte malheur, et nous avons demandé à la sagefemme que l’un d’eux se transforme en « visiteur d’un jour ». À vous de décider lequel. Nous avons eu onze enfants en quinze ans mais seulement sept ont survécu. »

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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 21:20

Enfin, enfin, je découvre l’écriture de cet auteur tant vénéré par certains et effectivement, je n’ai pas été déçue !

En 2001, lors d’une visite au Louvre, Gillian tombe sur une œuvre qui la laisse complètement interdite : « une sculpture en bois, primitive, anguleuse, apparemment féminine, le visage long et brutal, les yeux vides, une balafre en guise de bouche » qui lui permet de se remémorer ses vingt ans : alors étudiante américaine, elle était amoureuse de son professeur de littérature, Andre Harrow. La situation pourrait sembler banale mais en réalité, la plupart des étudiantes d’Andre étaient attirées par lui. L’épouse du professeur, la mystérieuse et fantasque Dorcas, passait pour une originale, sculptrice excentrique, elle exposait des totems féminins au corps obscène et déformé. A partir du moment où Andre lui offre son premier baiser et où Dorcas vante la beauté de ses cheveux, Gillian sera plus qu’envoûtée par le couple.

Alors que Gillian obtient toutes les faveurs de Dorcas et Harrow, elle soupçonne les autres étudiantes d’être passées par là aussi et de ne pas en être ressorties indemnes : l’une tente de se suicider, une autre refuse toute nourriture, une troisième allume des feux sur le campus… L’aura du couple s’apparente à un pouvoir malfaisant et satanique, et seule Gillian saura y mettre fin.

L’écriture est d’une fluidité qui empêche le lecteur de reposer le livre et l’intrigue est tout autant captivante ! La domination absolue qu’exerce le couple sur les jeunes filles m’a fascinée. Entre autres images, je retiendrai la requête du professeur de lettres : après avoir demandé à ses ouailles d’écrire des poèmes, il leur ordonne d’écrire et de lire à voix haute des pages de leur journal intime. Les filles rivalisent de détails intimes, sexuels et sordides pour plaire, par leur originalité, au grand professeur.

Bien sûr que j’ai envie, maintenant, d’approfondir l’œuvre de Joyce Carol Oates !

« Dans l'amour de loin, il faut inventer tant de la vie. Dans l'amour de loin, on apprend les stratégies du détour. »

« Elles avaient été droguées .Comme moi.
Elles avaient été amoureuses. Comme moi.
Elles garderaient toujours leurs secrets. Comme moi.
Nous sommes des bêtes et c'est notre consolation. »

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:09

Plébiscité par les bloggeuses (car c’est bien d’un roman féminin qu’il s’agit), ce livre à la première de couverture douteuse (m’enfin, chacun ses goûts) se découpe pour moi en deux parties :

            Une petite ville des Etats-Unis fin des années 40. Tout le monde se connaît, personne ne quitte vraiment ce cocon, personne n’y entre sans se faire remarquer. C’est le cas de ce fameux « vagabond » qui n’a de vagabond que le nom puisqu’il débarque dans un vieux pick-up avec une mallette pleine de billets. Charlie Beale, s’il vient d’ailleurs et si personne ne connaît son passé, fait tout son possible pour se faire accepter. Il va proposer ses services au boucher de la ville, Will, et, grâces à ses talents, se fait embaucher. Il se prend d’affection pour sa femme Alma et pour leur fils de cinq ans, Sam.  Le nouveau boucher est de plus en plus apprécié, par les Noires qui viennent vite faire leurs courses tôt le matin avant de céder leur place aux Blanches qui elles aussi prisent de plus en plus la viande préparée et coupée par Charlie. Tout pourrait donc être au mieux, c’est dans compter l’arrivée de l’Amour… Charlie croise un jour le regard de Sylvan, cette belle blonde à l’histoire particulière. En effet, issue d’une famille très pauvre, Sylvan a été littéralement achetée par un riche Blanc obèse, Boaty, qui aime l’exhiber en public sans l’aimer pour autant. Entre Charlie et Sylvan, c’est le coup de foudre immédiat. Leurs rencontres sont rares et ne peuvent se faire qu’en présence de Sam qui constitue leur alibi. Charlie emmène Sam à l’abattoir y tuer des bêtes et sur le chemin du retour, il s’arrête chez Sylvan, en l’absence du mari, la culbute dans la chambre conjugale, pendant que Sam dessine à la cuisine en grignotant des biscuits.

Sam a promis à Charlie de taire ce qu’il voit et entend toutes les semaines, pourtant les rumeurs galopent dans la petite ville, les amoureux sont de moins en moins discrets et Boaty commence à comprendre qu’il est cocu. La menace qui pèse sur sa famille et la violence de Boaty contraignent Sylvan à stopper la liaison… et surtout à porter plainte pour viol contre Charlie. Pour le boucher, c’est la lente descente aux enfers. Renié de tous les habitants de la ville, celui qui était tant apprécié quelques mois auparavant va commettre l’irréparable.

Dans la première moitié du roman, on comprend bien qu’un drame, voire une tragédie se joue lentement, inexorablement. Le narrateur, qui n’est autre que Sam devenu adulte, nous plonge au cœur de cette ville où Blancs et Noirs ne s’assoient pas à côté, où le Dieu vénéré dans les églises n’est qu’un Dieu vengeur qui sévit… Mais que l’entrée en matière est longue ! La seconde partie et surtout la fin relève un peu le niveau par des envolées lyriques qui ne peuvent que toucher le lecteur ayant un minimum de sensibilité. Ce petit garçon, d’abord, témoin de l’amour, témoin de la haine, qui se voit offrir une somptueuse fête d’anniversaire pour ses six ans avant de manquer de mourir noyé. Ensuite, ce qui m’a sans doute le plus émue, c’est le remerciement discret des habitants du village envers Charlie, cet hommage muet final est de toute beauté. Il y a aussi cette formidable couturière, Claudie, une Noire qui, grâce à ses talents inégalables, rassemble toutes les femmes de la ville, toutes couleurs de peau confondues pour leur confectionner les plus belles tenues. Symbole de liberté, elle sera aussi la confidente de Sylvan. J’ai moins compris certaines réactions : celle des parents de Sam qui sentent leur fils en danger et le jettent dans la gueule du loup, celle de Charlie qui a tellement besoin de la présence de Sam quand il va batifoler avec Sylvan, celle enfin de Sylvan qui préfère sa famille qu’elle ne voit plus à l’amour de sa vie. Les principes mêmes de la tragédie : une voie sans issue.

La longueur de ce billet prouve que j’ai aimé ce roman peut-être bien  plus que je ne veux l’admettre…

La surprise d’anniversaire de Charlie pour Sam : « Le petit saule était recouvert de centaines de chewing-gums Bazooka, tous éclos dans la nuit, depuis les frêles rameaux trempant dans l’eau jusqu’aux plus hautes branches. Un arbre à chewing-gums, sorti de nulle part, du jour au lendemain. Sam savait que les Bazooka coûtaient un penny pièce, aussi fut-il abasourdi par la fortune que son unique friandise, plantée la veille, avait rapportée en une seule nuit. »

L’histoire d’amour… : « Rien d’autre. Les cœurs qui s’arrêtent et qui, en même temps, accélèrent leur cadence dans l’instant de la possession, tellement attendu, et tellement inattendu quand il arrive, puis cette ruée, partout à l’intérieur. Il n’est jamais rassasié d’elle, un seul baiser ne suffit pas à la sentir tout entière. De la langue il goûte son parfum et sa peau, dessous, propre, lavée par son baiser incessant, et elle qui se retourne, se tord et bouge sous lui comme de l’eau, lui balayant l’oreille de sa douce haleine, l’étouffant de désir. Et lui dans l’urgence de tout lui dire, de sa vie, de son cœur et de sa mémoire, de ne lui dire non pas avec des mots mais avec son corps, avec chaque centimètre carré de sa peau qu’il lui offre dans un élan d’un tel optimisme, avec ce qu’il espère être de la douceur mais qu’il reconnaît comme une forme d’égoïsme. »


 

 

Grand Prix des lectrices Elle  - Roman 2013.

 

 

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