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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 16:29

Résultat de recherche d'images pour "leurs enfants après eux"

            En été 1992, à Heillange, dans l’est de la France, Anthony et son cousin tuent le temps comme ils peuvent. Anthony a 14 ans ;  la poitrine et la queue-de-cheval sexy de Steph l’attirent, il essaye de l’approcher mais se heurte à sa propre timidité, à l’arrogance de la belle, au qu’en-dira-t-on. Un soir, pour rejoindre une soirée sans parents, il pique la bécane de son père, celle qu’il n’utilise jamais. Mais, alors qu’il fume et s’enivre, Hacine, un petit caïd qui doit se faire un nom, vole l’engin. Dans ce microcosme où Paris fait rêver, où les parents perdent leur boulot ou divorcent après la fermeture des hauts-fourneaux, les grands enfants se dépatouillent comme ils peuvent en découvrant alcool, sexe et drogue. Deux ans plus tard, toujours en été, sur l’air de « You could be mine », Anthony a grandi et un peu mûri. Grâce à Vanessa, le sexe n’a plus que très peu de secrets pour lui mais il convoite encore Steph en secret. Hacine, lui, a fait une virée très productive au Maroc, et revient avec une Volvo remplie de barres de shit. Les années s’écoulent et après 94, on se retrouve en 96 puis en 98 lors de ces quelques jours enchanteurs qui ont bouleversé le pays entier, la Coupe du monde et la victoire de la France contre la Croatie. Les choses ont bougé mais finalement peu changé, comme si une malédiction pesait sur cette petite ville, qu’on se refilerait de père en fils, de mère en fille. Peu s’en sortent et réussissent.

          Il m’a bien fallu une cinquantaine de pages pour apprécier à la fois l’histoire, l’univers et les personnages. Si on se limite aux beuveries, fumettes, tentatives de drague d’ados de 14 ans, on risque de dépérir à force de soupirer. Et pourtant, l’auteur réussit, par un exploit assez extraordinaire, à rendre cet univers plutôt navrant, ces personnages un peu agaçants et platement ordinaires tout à fait attachants et passionnants ! Mon engouement grandissait à mesure que je tournais les pages et j’en aurais bien rajouté une centaine ! Nicolas Mathieu avait 14 ans en 1992 comme Anthony, un de personnages principaux… et il se trouve que j’ai le même âge. Alors les balades à  biclou (je n’avais plus entendu ce mot depuis des décennies !), les pulls Waïkiki, les baskets Torsion, Miguel Indurain, la Coup du Monde de 98, tout ça fait bien plus que me parler, c’était mon adolescence avec ce qu’elle comportait de rêves, de complexes, d’affranchissements, de doutes et d’espoirs. Entre un foisonnement à la Zola et un réalisme social façon frères Dardenne, le roman dissèque de manière très juste un monde resté clos où les ados semblent perdus entre l’enfance et l’adolescence dans une jungle âpre et sans concession où les adultes, encore plus paumés, ne sont plus des repères. Il se trouve que j’ai regardé la série Aux animaux la guerre diffusée sur France 3 à la même période que la lecture de ce roman et j’ai retrouvé les mêmes ingrédients chers à l’auteur, cette volonté de se sortir d’un bourbier par n’importe quel moyen, les malchances, les déviances, le réalisme fouillé et juste, les personnages brillamment dessinés. Attention, je suis en passe de devenir fan !

         Pour sa perspicacité, ce pessimisme révélateur d’une génération et d’une région, la tendresse insufflée aux personnages, ce roman mérite amplement le prix Goncourt. J’en fais un coup de cœur.

Merci à Tiphanie pour ce prêt –je suis jalouse de la dédicace !!!

Le choc de l’adolescence : « Il courut comme ça un moment, mais il ne savait pas où aller et n’avait pas l’intention de rentrer. Il en voulait à la terre entière. Il n’y a pas si longtemps, il lui suffisait de se taper des popcorn devant un bon film pour être content. La vie se justifiait toute seule alors, dans son recommencement même. Il se levait le matin, allait au bahut, il y avait le rythme des cours, les copains, tout s’enchaînait avec déconcertante facilité, la détresse maximale advenant quand tombait une interro surprise. Et puis maintenant, ça, ce sentiment de boue, cette prison des jours. »

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1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 17:32

Résultat de recherche d'images pour "mémé dans les orties valognes"

 

             Certains ont leurs livres de plage, personnellement, je peux presque lire n’importe quoi en me laissant bercer par la musique des vagues… mais j’ai mes « lectures d’avion ». Puisque je suis phobique de l’avion, (sauter à l’élastique me paraît de la gnognotte à côté d’un décollage), je cherche une alternative aux mots fléchés que je pratique de manière frénétique pour faire passer les heures le plus vite possible. Les romans feel good, drôles, faciles à lire, seraient donc une ébauche de solution. Mais Mémé dans les orties n’a pas rempli sa mission…

             Ferdinand Brun, à 83 ans, vit seul dans un appartement d’une résidence où il est entouré de voisines plus ou moins âgées qu’il déteste. Il faut dire que Ferdinand est méchant, mauvais, difficile, ronchon, aigri, boudeur. Lorsqu’il perd son unique amour, son chien, c’est le drame. Une petite fille va venir lui faire causette pendant le repas de midi (comme ça, par pure gentillesse alors qu’il passe son temps à la rabrouer) et une très vieille dame va lui prouver qu’on peut encore avoir bien des activités lorsqu’on est vieux.

             Bon, c’est à peu près tout ce que j’ai retenu. Le roman est truffé de clichés, le vieux bonhomme très méchant, la mamie super cool et très jeune d’esprit, la fillette précoce… pffff et encore pfff. Les répétitions sont abondamment présentes, combien de fois nous dit-on que Ferdinand économise ses sous mais aussi ses sentiments ? Il y a une mini intrigue qui bifurque dangereusement vers le polar sans l’atteindre véritablement et qui m’a laissée pantoise, je n’ai pas souri un seul moment, le livre m’est tombé des mains, il est vite lu mais sans aucun intérêt. Vous allez me dire que j’aurais pu deviner tout ça avant lecture (comme on devine aisément la fin à la 3è page) et vous avez raison.

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25 novembre 2018 7 25 /11 /novembre /2018 15:52

            Résultat de recherche d'images pour "Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill"

           Un scandale énooorme heurte les Américains : une femme, Faye Andresen, a osé jeter une poignée de cailloux vers le visage d’un candidat à la présidentielle (qui est – par ailleurs – réac, misogyne et raciste) qui a été légèrement blessé à l’œil. Samuel, un professeur d’université qui passe tout son temps sur Elfscape, un jeu vidéo, tente, de son côté, de se débarrasser d’une étudiante tricheuse et menteuse. Il apprend, par hasard, que Faye, désormais considérée comme une dangereuse terroriste, n’est autre que sa propre mère, celle qui l’avait abandonné lorsqu’il avait onze ans. Samuel, insensible et indifférent vis-à-vis de cette femme, profite de l’occasion pour écrire un livre, lui qui a connu une très brève carrière de romancier très vite tombée dans l’oubli. Son opportunisme va se retourner contre lui mais le lecteur en profitera aussi pour découvrir le passé raté de Samuel et la jeunesse mouvementée de sa mère. Ces fameux fantômes avec lesquels il est nécessaire de cohabiter. Il faudra attendre la fin du roman pour comprendre pourquoi celle-ci a la fâcheuse tendance à fuir.

              Pas évident de résumer un roman de plus de 700 pages aussi dense et riche que celui-ci ! Si l’intrigue est passionnante et les personnages –par leur non-conformisme- nous rappellent aisément ceux d’un John Irving, l’humour est omniprésent : satire du monde étudiant, de l’éducation, des hôpitaux, de la société de consommation, des médias, de la dépendance aux jeux vidéo, de la société américaine dans sa globalité. Le prologue m’a plu tout de suite : cette mère de famille qui, discrètement et inexorablement, vide les placards, dépouille penderies et bibliothèques, ôtant un livre par-ci, une fourchette par-là, subtilise une partie des biens pour, un beau matin, disparaître complètement. Le personnage de Samuel, anti-héros par excellence, avec ses mauvais choix aux mauvais moments et sa tendance à pleurer très facilement, devient attachant et agaçant à la fois. Les émeutes de Chicago de 1968 occupent une importante partie du roman et permettent de dévier les trajectoires de vie des uns et des autres. Malgré certaines longueurs en fin de livre, j’ai beaucoup apprécié cette lecture, ses allers-retours d’une époque à l’autre, l’alternance des personnages, et, comme la plupart, je suis restée bouche bée en apprenant qu’il s’agissant d’un premier livre. Nathan Hill, un auteur à suivre, donc.

 

Lorsque Laura, étudiante malhonnête, pleure devant Samuel pour attirer sa pitié : « Dans l’immédiat, le problème de Samuel, c’est que quand il voit quelqu’un pleurer, il ne peut s’empêcher d’avoir envie de pleurer lui aussi. Ça a toujours été ainsi, aussi loin qu’il se souvienne. Il a l’impression d’être un bébé dans une pouponnière, pleurant par solidarité avec les autres bébés. Pleurer lui semble une chose si impudique et si fragilisante qu’il se sent honteux et embarrassé quand quelqu’un le fait devant lui, cela vient réveiller en lui toutes les strates d’humiliation enfantines accumulée jusqu’à l’âge adulte et lui donne le sentiment d’être un gamin pleurnichard dans la peau d’un homme. […]Le sanglot qu’il réfrène est à présent localisé dans sa gorge, enroulé autour de sa pomme d’Adam, et il sent toutes les crises de larmes de son enfance fondre sur lui, toutes les fêtes d’anniversaire fichues en l’air, tous les dîners en famille interrompus en plein milieu, les classes entières figées devant lui qui s’enfuit en courant […] » Je vous laisse découvrir la suite parce que, finalement, pour éviter de fondre en larmes, Samuel utilise la technique de l’éclat de rire… ce qui s’avère désastreux pour l’étudiante éplorée ! (mais c’est très drôle pour le lecteur)

Une éducation… à l’ancienne : « Ce que j’essaie de vous dire, jeunes filles, c’est de vous fixer de grands objectifs. Vous installer avec un plombier ou un fermier n’est pas une fatalité. Vous n’arriverez peut-être pas à épouser quelqu’un dans le domaine médical, comme moi, mais ne vous interdisez pas d’envisager quelqu’un dans la comptabilité. Ou bien dans les affaires, la banque ou la finance. Trouvez avec quel genre d’homme vous voulez vous marier, et organisez-vous pour que cela se produise. »

« à force de choisir la facilité, chaque jour qui passe, la facilité devient une habitude, et cette habitude devient votre vie. »

« parfois une crise n’est pas vraiment une crise – c’est juste un nouveau départ. Si elle a appris une chose de toute cette histoire, c’est que lorsqu’un nouveau départ est vraiment nouveau, il ressemble à une crise. Tous les vrais changements commencent par faire peur. »

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15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 11:09

 

L'Abandon par Rock

            En 1999, Caroline a 12 ans et vit avec son Père, cachée dans la forêt. Ils rejoignent de temps en temps la civilisation citadine, à Portland, pour faire de petites courses ou se rendre à la bibliothèque mais l’homme fait l’école à sa fille, elle dévore les encyclopédies, elle est agile, court très vite et sait grimper aux arbres. Il faut cependant se terrer à la moindre approche, s’éloigner des autres hommes, s’isoler d’eux pour ne pas se faire découvrir. Pourquoi ? Le lecteur le découvrira bien plus tard.  Un jour pourtant, un joggeur repère la fille et la dénonce à la police qui, après examens médicaux, tests divers, accepte très généreusement de placer père et fille dans un endroit sûr, entouré de chevaux, où le père pourra travailler. Même si ce confort éphémère leur plaît, Caroline et son père succombent encore une fois à la tentation de fuir dans la forêt. Cette tentative rencontrera bien des embûches et des drames, le froid et la neige n’étant pas leurs meilleurs alliés.

            Ce roman assez étrange remet en question la société de consommation, le panurgisme, le moule dans lequel on veut tous nous faire entrer et les limites de la liberté. L’auteur donne à voir avec un certain talent un mode de vie différent, en marge de notre vie routinière et en lien étroit avec la nature -et aussi une relation exclusive entre un homme et sa fille. Certains passages font l’apologie de la vie sauvage de manière quasi bucolique et d’autres expriment une violence qui n’est pas loin d’un Sukkwan Island ou de La Route de McCarthy. L'absence de sentiments pose parfois problème, le ton est souvent froid et neutre, sans doute permet-il de renforcer la personnalité très forte de Caroline, son mental d'acier transmis par son Père. J’ai trouvé la fin très belle et le roman réussi dans le sens où Caroline -devenue grande- sait parfaitement faire communier les avantages de la ville, la culture avec la nature, ses bienfaits et son besoin de solitude. Pour ceux qui aiment les nature writing, n’hésitez pas !

« Si l’on avance hardiment dans la direction de ses rêves, on sera payé de succès inattendus en temps ordinaire. On franchira une borne invisible. »

« Un oiseau n’est pas censé pouvoir voler en arrière mais  j’en ai vu le faire. Si je suis assez patiente, je vois les nuages se séparer et se reformer. Un renard roux fait trois bonds en avant puis revient à son point de départ. Ses pattes touchent le sol aux mêmes endroits puis il repart en avant et je le vois passer devant moi en bondissant. Je reste immobile. Un daim à la queue blanche passe devant moi en s’ébrouant, entraînant l’air dans son sillage avant de bondir brusquement sur les mêmes traces. Une feuille tombe d’un arbre puis remonte pour se remettre à sa place. Le soleil tressaillit avant de redescendre en douceur vers la fin de journée. Je me sens dans mon élément au cœur de ces odeurs de sauge et de pin, avec toutes les égratignures sur mes bras nus. »

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 16:47

Petits oiseaux par Ogawa

              Deux frères, inséparables depuis l’enfance. L’aîné est différent car il ne parle pas la langue des hommes mais le pépiement des oiseaux – appelé pawpaw - que personne ne comprend sauf le frère. Le cadet subvient aux besoins de la famille, travaille, traduit le galimatias du frère. A la mort des parents, ils sont seuls, l’un reste cloîtré à la maison, ne sortant que pour acheter une sucette hebdomadaire, l’autre ne côtoie le monde extérieur que pour le strict minimum. Quand l’aîné meurt, la vie de cadet ne va pas vraiment changer sauf qu’il va s’évertuer à s’occuper d’une grande volière présente dans le jardin d’enfants voisin, qu’il nettoiera et bichonnera si bien en hommage à son frère qu’on l’appellera « le monsieur aux petits oiseaux ». A la bibliothèque, il va lire tous les ouvrages traitant de près ou de loin des oiseaux. C’est dans ce monde de livres qu’il rencontrera la seule jeune femme qui s’intéressera à lui de manière très fugace. Mais lui-même arrive à la fin de sa vie et un oisillon blessé qu’il recueille lui procurera un de ses derniers élans de tendresse, ayant toujours son frère adoré à l’esprit.

              Ce livre est comparable à une séance de yoga : étant ouvert, serein, il va vous faire atteindre des hautes sphères de plénitude où seul vous parviendra un doux gazouillis d’oiseaux. Dans une période d’effervescence extrême pour diverses raisons, je ne suis pas parvenue à accéder à ce second palier de lecture et j’ai observé ces deux frères, un peu sceptique, vivoter une existence morne et monotone dans un environnement finalement hostile… où il ne se passe vraiment pas grand-chose. Certains passages sont effectivement délicieusement poétiques et emplis d’une sagesse à méditer mais, globalement, je suis restée complètement en dehors de cet univers ascétique quasi monacal. Je le répète, cette lecture est certainement tombée à un mauvais moment pour moi. D’autres lecteurs ont beaucoup apprécié .

« Les oiseaux ne font que répéter les mots que nous avons oubliés. »

« La cage n’enferme pas l’oiseau. Elle lui offre la part de liberté qui lui convient. »

La vie des deux frères : « Ils vivaient en protégeant leur nid à tous les deux. Un nid discrètement  dissimulé qui ne se remarquait pas au creux de la végétation. Un nid aux petites branches délicatement entrelacées qui leur ménageaient un espace convenable, dont les brins de paille qui tapissaient le fond étaient doux. »

Parole de bibliothécaire : « Les gens qui lisent des livres ne posent pas de questions superflues, ils sont paisibles… »

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 20:11


Résultat de recherche d'images pour "Les complémentaires de Jens Christian Gröndahl gallimard"

           Après avoir aimé Les Portes de fer, rebelote satisfaite avec cet auteur danois !

           Emma et David s’approchent de la cinquantaine. Elle est une artiste peintre anglaise, lui un avocat danois et ils vivent depuis des années à Copenhague. Heureux parents d’une jolie jeune fille, Zoë, qui s’émancipe de plus en plus, ils mènent une vie bourgeoise, tranquille et bien rangée. Un  concours de circonstances, de petites failles dans un laps de temps très condensé vont mettre à mal cette sérénité. David reprend contact avec son premier amour, Emma se met à le suivre et à se demander si elle le connaît vraiment, Zoë leur présente un petit ami pakistanais avec qui elle a participé à une exposition plus que particulière.

            Tout en douceur, Gröndahl pénètre dans une famille ordinaire pour en relever les fêlures, mettre à nu les ombres et les non-dits et finalement révéler la fragilité d’un couple. D’intéressantes réflexions parsèment le roman, l’amour à long terme, les relations enfant-parents, la définition de l’art, le « pour quoi » d’une vie. En alternant les points de vue, l’auteur parvient à nous faire apprécier chacun des personnages. J’ai retrouvé des points communs avec Les Portes de fer et … attention, je vais m’autociter : « Une belle écriture associée à des réflexions philosophiques, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour être séduite. Ce livre qui fait réfléchir laisse aussi des portes ouvertes, ne donne pas de réponse définitive, questionne sans cesse » Ces remarques sont tout à fait valables pour ce roman-là. Belle lecture en somme !

« Il songea que s’il n’y a personne d’autre chez soi pour allumer et éteindre la lumière, si l’on est le seul à appuyer sur les interrupteurs, l’obscurité devient un partenaire, un compagnon, au lieu de n’être qu’un fait. »

Emma parle danois couramment mais quand elle discute en anglais, sa langue maternelle, avec sa mère, il y a quelque chose en plus : « il y avait la combinaison génétique de tempérament et d’humour, il y avait les mots, tous ces mots merveilleusement familiers et leurs sous-entendus. »

« Lorsque l’art la touchait, l’émotion ne se distinguait pas d’une pensée et, d’après ce qu’elle avait compris, c’était bien le sens de l’art. »

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 02:45

 

Résultat de recherche d'images pour "adeline dieudonné vraie vie"

                Une famille banale dans un lotissement ordinaire… non, cette famille-là n’est pas banale car nous avons en 1) un père complètement fana de taxidermie qui va régulièrement jusqu’au bout du monde pour tuer éléphant, hyène ou lion ; une pièce dans la maison est réservée à ces cadavres. Incapable de faire preuve de tendresse, il n’a que deux autres loisirs : la télé et le whisky. En 2) une mère transparente et sans caractère qui meurt de peur face à son mari qu’elle semble ne pas aimer. En 3) Gilles, un petit frère qui est passé de l’adorable garçonnet rieur à un dangereux psychopathe, égorgeur de chats. En 4) Enfin, la narratrice et jeune ado qui semble la seule personne saine d’esprit. Son petit monde déjà pas très gai bascule le jour où le siphon du glacier lui explose la tête. Elle assiste à cette scène d’horreur avec son petit frère mais les parents ne leur en toucheront pas un mot. C’est à partir de ce jour que Gilles ne rit plus et que sa grande sœur se fait la promesse de tout mettre en œuvre pour le faire revenir à la vie, la vraie vie ! Quitte à retourner dans le passé…

               J’ai adoré ce roman ! L’autrice a l’art de nous emmener dans son monde, on visualise parfaitement ce pavillon et son jardinet, cette famille de timbrés et cette jeune fille à la fois courageuse et inconsciente, brave et lucide. Si l’animal est très présent, le sauvage n’est pas à chercher de ce côté-là. Ce père aux allures d’ogre et cette mère incompétente et éteinte pourraient bien symboliser les pires parents du monde. Et cette fille veut s’en sortir, armée de ses connaissances, de son amour pour son frère, de sa clairvoyance à toutes épreuves. Avec une écriture simple et efficace, Adeline Dieudonné nous offre un roman original, métaphorique, qui hésite avec finesse entre la fable et le polar. Un grand bonheur de lecture.

« Gilles passait de plus en plus de temps dans la chambre des cadavres à parler à la hyène. La vermine dans sa tête avait pris le pouvoir. Même son visage s’en trouvait modifié. Ses yeux s’étaient enfoncés dans leurs orbites, autour desquelles son visage semblait s’être dilaté à cause de la prolifération des parasites qui lui dévoraient le cerveau. Pourtant, j’étais certaine qu’il existait quelque part, tout au fond de son âme, un bastion  qui résistait encore. Un village de Gaulois qui survivait à l’envahisseur. »

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25 octobre 2018 4 25 /10 /octobre /2018 07:58

Résultat de recherche d'images pour "la salle du bal hope gallimard"

            Difficile de louper cette couverture à la fois sur les blogs et dans les librairies. J’ai testé à mon tour, l’expérience fut concluante !

            En 1911, à l’asile d’aliénés de Sharston dans le Yorkshire, on accueille à tour de bras, nul besoin d’être réellement fou pour y entrer. La preuve, Ella y a été amenée de force après avoir brisé une vitre. Elle a du mal à comprendre ce qu’elle fait là et, après une brève tentative de rébellion infructueuse, elle entre dans les rangs, travaillant à la blanchisserie et adoptant le rythme de l’asile. Elle se fait une amie, Clem, qui trouve refuge dans les livres. Charles Fuller est le médecin de l’institution. Musicien frustré, mal dans sa peau et homosexuel refoulé, il a eu l’idée de faire entrer la musique à Sharston. Ainsi, tous les vendredis, certains pensionnaires – les plus méritants – ont droit à un bal animé par un orchestre dirigé par le Dr Fuller. C’est ainsi que les hommes et les femmes se croisent pour la seule fois de la semaine, c’est ainsi qu’Ella rencontre John. Une histoire d’amour grandit à travers quelques regards, quelques accolades, quelques danses mais aussi quelques lettres que John arrive à glisser discrètement à Ella. C’est Clem qui les lira pour son analphabète d’amie. Mais le Dr Fuller se laisse entraîner dans les idéologies en vogue à l’époque : l’eugénisme le pousse à prôner la stérilisation, une vexation personnelle va porter son attention sur John.

           Le succès de ce roman est amplement mérité : à la fois historique et sentimental (sans être mièvre), ce récit à trois voix (John, Ella et Charles Fuller) nous permet de découvrir un pan historique original et captivant. L’auteur s’est inspiré de son histoire familiale puisque son arrière-arrière-grand-père a vécu dans ce genre d’asile pendant des années et que des ruines d’une salle de bal ont effectivement été retrouvées. L’intrigue parfaitement maîtrisée pointe du doigt les inégalités sociales de l’époque, l’absurde eugénisme (soutenu par Churchill lui-même) et aussi la ségrégation hommes-femmes (les femmes n’ont pas le droit d’aller à l’air libre, lire est mal vu, etc.) Un roman passionnant doté de quelques « plus » qui m’ont plu, l’apparition du ragtime, les réflexions sous-jacentes sur la folie, une canicule qui n’en finit pas, un joli dénouement… Très agréable à lire !

« Être sage, Ella savait ce que c’était. Elle le savait depuis toute petite. Être sage, c’était survivre. C’était regarder sa mère se faire rouer de coups et ne rien dire pour ne pas y passer à son tour. Avoir la nausée parce qu’on était lâche de ne rien faire de plus. Prendre des coups une fois sa mère partie et ne jamais pleurer, ni montrer à quel point ils faisaient mal. Rentrer ses nattes sous ses vêtements, se fermer et travailler dur. Jour après jour après jour.

 Mais être sage c’était seulement l’extérieur. L’intérieur était différent. C’était quelque chose qu’ils ne connaîtraient jamais. »

« Elle le surprenait parfois - le docteur-, du haut de l'estrade, à jeter à Clem un bref sourire absent. Et elle voyait Clem le recueillir comme elle l'aurait fait d'un trésor, le ranger dans un endroit sûr. Ella l'imaginait le sortir plus tard, le tourner d'un côté puis de l'autre en se demandant ce qu'il signifiait. Mais en voyant ce sourire se faner dès que le regard du médecin glissait, Ella se disait qu'il n'avait pas le sens que Clem aurait voulu. Et ça aussi c'était un secret. »

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17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 09:41

Résultat de recherche d'images pour "loulou robert sujet inconnu"

            La narratrice est une jeune fille à peine sortie de l’adolescence. Enfant marginale, elle a fait le choix de quitter Metz et cette région morne du Grand Est pour gagner Paris et son université. Douée et solitaire, elle s’enferme dans son minuscule studio avant de se lier d’amitié avec son ermite de voisin, un homme de soixante-dix ans. Indécise face à ses choix d’études, inquiète pour sa mère atteinte d’un cancer du sein, accrochée à Sam son inséparable peluche, elle fait la rencontre d’un type un peu plus âgé qu’elle qui la subjugue instantanément. Le coup de foudre est réciproque mais si elle prend goût à la danse, aux sorties, à la compagnie des noceurs, lui ne la veut que pour lui, la garde jalousement sous sa cape. La passion dévorante finira par détruire les deux, sauf qu’elle a trouvé un refuge, une thérapie qui n’est autre que l’écriture.

           D’abord sceptique face à ces phrases très courtes, à ce style télégraphique et haché qui n’est que succession de  flashs, d’éclairs, d’images, je me suis rapidement laissée emporter par ce souffle, cette écriture de l’urgence qui colle si bien à cette adolescente qui découvre l’amour, son corps, la vie. Un roman qui claque et qui flambe, sans aucun dialogue. Une version moderne de « With or without you » en guise de récit initiatique ou comment l’amour exclusif et possessif peut détruire deux êtres… Un fil savamment tendu rend le lecteur assez accroc à cette jolie fille qui s’est perdue dans un amour qui l’a en même temps révélée. D’une puissance en crescendo du début à la fin, le roman se ferme et laisse le lecteur essoufflé et épuisé. On pourrait reprocher à l’auteur une certaine théâtralisation qu’accompagne ce style sec, précis et morcelé, mais c’est sa marque de fabrique, unique. Une lecture haletante et violente que j’ai finalement beaucoup, beaucoup aimée.

« J’étais l’enfant unique, me perdre n’était pas envisageable. A croire que ma mère n’avait jamais été ado. Qu’elle avait oublié qu’aller mal était courant, à cet âge, même si insoutenable. C’est ça être parent, tout oublier. Ne plus raisonner. Tout dramatiser. Anticiper le danger. N’exister que pour lui. A travers lui. »

La rencontre : « Il parle et passe sa main dans ses cheveux. Il a les doigts fins. Il rit. Ses dents espacées. Celles du bonheur. L’une d’entre elles cassée, aiguisée. Je veux m’y couper. Il me regarde. L’impression d’exister. De faire ma grande entrée.  J’explose l’univers pour ce moment.  La terre se craquelle sous mes pieds. Je fuse. Des vagues de chaleur m’éclaboussent. Je suis là pour te rencontrer et je ressens chaque morceau de moi pour te rencontrer. Mon cœur tape contre ma peau. Il veut sortir. Le reste fond. Le reste t’attend. »

L’idée d’une séparation : « Tu t’agenouilles et pleures à mes pieds : « ne pars pas, ne me quitte pas ! » Regards dans le vide ; le désert si tu n’es pas là. Plus rien. L’enfer vaut mieux que le néant. Avec toi, je suis vivante. »

 

Merci aux Matchs de la Rentrée Littéraire!           #MRL18

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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 14:14

Résultat de recherche d'images pour "Le meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie poche"

           Le Dr Sheppard vit seul avec sa sœur. Tout sépare ces deux célibataires, il est solitaire et silencieux, intellectuel et plutôt renfermé. Elle adore les cancans, les bavardages, les rumeurs et les incidents en tout genre. Et il faut dire qu’elle a de quoi se mettre sous la dent : une veuve de ce petit village paisible de King’s Abbot est retrouvée morte… elle se serait suicidée suite à la mort de son mari… qu’elle aurait assassiné ! Mais ce n’est pas tout : Roger Ackroyd est lui-même retrouvé poignardé dans son bureau. Tout son entourage devient suspect, et le mystérieux voisin du Dr Sheppard qui n’est autre que Monsieur Hercule Poirot, s’aperçoit assez vite qu’aucun ne dit véritablement la vérité… Alors que le médecin enquête en même temps que Poirot, l’un des deux va plus vite que l’autre et l’un des deux ment à son tour… hum, voilà de quoi ménager un suspens qui ne sera levé qu’à la toute fin quand tous les masques seront tombés !

          Lu ou pas il y a des années, je ne saurais dire… en tous cas, ça fait un sacré moment que je n’avais pas lu d’Agatha Christie et ça faisait du bien de retrouver son univers. Une intrigue qui prend son temps, des personnages trop prudes pour être sincères, un univers so british, un crime qui n’effraie pas plus que ça, un Hercule Poirot sacrément futé et un brin mégalo, bien sûr que le roman regorge de qualités… mais quand on est habitué aux policiers contemporains, il faut avoue que ça traîne tout de même.

 

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