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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 10:17

Galvanisée par l’humour de La Reine des lectrices mais plutôt déçue par les récits de So Shocking, il me fallait connaître une troisième expérience avec Sieur Bennett.

Le narrateur qui est aussi l’écrivain Alan Bennett aide un jour, à la fin des années 60, une vieille dame à pousser sa camionnette. Ce geste de sympathie qui n’est pas perçu à sa juste valeur lui vaudra un drôle de voisinage pendant plus de quinze ans.  En effet, l’écrivain se voit plus ou moins contraint de proposer à l’excentrique de venir garer sa camionnette dans son jardin. Il pense que c’est provisoire mais ça durera… quinze ans ! Cette Mme Sheperd est une originale qui s’habille avec des objets de récupération (un carton de Corn Flakes fait office de casquette à visière, par exemple), qui refuse la charité en menaçant les personnes bien intentionnées qui s’inquiètent de son sort et qui, en plus de son extravagance naturelle, est une malpropre qui fait sécher des serviettes hygiéniques dans sa camionnette. Rajoutons qu’elle n’est pas très polie mais qu’elle est persuadée qu’elle fera un jour de la politique avec Mme Thatcher.

Ne passons pas par quatre chemins : je n’ai pas aimé, je n’ai pas du tout adhéré à cette histoire, je n’ai pas compris où l’auteur voulait nous emmener : nous émouvoir avec une vieillarde quand même sacrément agaçante ? nous faire rire (je suis restée de marbre) ? nous montrer à quel point l’homme est généreux ? Le texte est archi court, d’une simplicité désolante, le style m’a semblé plat et sans intérêt. J’y réfléchirai donc à deux fois quand je me retrouverai devant un livre d’Alan Bennett.

« Je travaille dans le jardin lorsque MissB., l’assistante sociale, débarque avec un carton de vêtements. Non sans réticence, Miss S. ouvre la portière de sa camionnette, plongée dans l’écoute de Any Answers, mais finit par s’asseoir au bord du véhicule pour examiner les vêtements. Elle n’a pas l’air emballé.
Miss S. : J’avais simplement besoin d’un manteau.

Miss B. : Eh bien, je vous ai apporté trois, au cas où vous auriez envie de changer.

Miss S. : Je n’ai pas la place d’en ranger autant. Et puis, je comptais justement laver celui-ci. Cela m’en fait donc quatre.

Miss B. : Je vous ai aussi apporté ma vieille pèlerine d’infirmière.

 

Miss S. : J’ai déjà un imperméable. D’ailleurs le vert ne me va pas. »

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 21:47

Ravie d’avoir trouvé, enfin, une écriture nouvelle avec l’étonnant Demain dans la bataille pense à moi, j’avais très envie de poursuivre le chemin tracé par cet auteur. Je ne le regrette pas !

Juan, la trentaine bien entamée, se pose des questions sur l’avenir de son couple. Il vient de se marier avec Luisa et il ressent comme un malaise inexplicable face à ce qui l’attend. Son père, lors du jour même du mariage, ne le rassure pas en lui posant cette question perfide « Et maintenant ? ». Encore un élément qui vient augmenter l’inquiétude qu’il ressent : il surprend, dans une chambre d’hôtel à La Havane, lors de son voyage de noces, une dispute entre deux amants. Lui s’appelle Guillermo et il promet à sa maîtresse, Miriam, de quitter son épouse restée en Espagne. La discussion est passionnelle et violente, surtout lorsque Miriam ordonne à son amant de tuer sa femme.

Mais c’est surtout le passé du père de Juan, cet homme encore séduisant qui s’est marié trois fois, dont deux femmes sont mortes dans d’étranges circonstances, qui trouble de plus en plus le narrateur. Il va découvrir la vérité dans des conditions particulières : terré dans sa chambre, il va entendre le père de Juan se confier à Luisa dans le salon de leur appartement.

Roman surprenant qui s’ouvre sur un suicide (à la cinquième ligne !) ; déroutant, envoûtant, il m’a remuée à chaque page. Avec Javier Marias, on a l’impression de découvrir une langue nouvelle (le livre a été publié en 1993 ! ), une vision nouvelle par l’intermédiaire de personnages à la fois originaux et si proches de nous. Tantôt comique ou répétitif, tantôt dramatique ou poétique, les tons varient avec une rapidité et une aisance déconcertantes. Les longues phrases qui m’avaient un peu contrariée dans Demain dans la bataille pense à moi m’ont vraiment pas dérangée ici (ou sont-elles plus courtes ?), c’est un style qui demande à être apprivoiser, je pense y être arrivée, je vais donc continuer à lire du Javier Marias…

« Ecouter est des plus dangereux, c’est savoir, avoir connaissance et être au courant, les oreilles n’ont pas de paupières qui puissent se clore d’instinct à ce qui est prononcé, elles ne peuvent se préserver de ce que l’on pressent que l’on va entendre, il est toujours trop tard. »

 

« Personne, ou presque, n’imagine quoi que ce soit, du moins quand on est jeune, et on est jeune bien plus longtemps qu’on en el croit la vie entière semble irréelle,  quand on est jeune. Ce qui arrive aux autres, les malheurs, les calamités, les crimes, tout cela nous est étranger, comme si cela n’existait pas. Même ce qui nous arrive nous semble étranger une fis passé. »

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 16:22

Je l’avais repéré sur plusieurs blogs grâce à son thème accrocheur et je n’ai fait qu’une bouchée de ce court roman !

« Châtillon-en-Bierre est un village de mille habitants situé au centre de la France, entre Auvergne et Morvan. » Avec ses quelques commerces, ses deux restaurants, son épicerie et sa supérette, le village ainsi que les hameaux l’entourant, est paisible.

 Dans la nuit du 14 au 15 septembre 2012, un événement « extra-ordinaire » vient briser la routine des Châtillonnais : il leur est impossible de quitter la bourgade ! Les voitures, lancées sur la route menant à la prochaine grande ville, sont stoppées net, en panne, au bout de cinq kilomètres. Cyclistes et piétons se voient contraints de revenir aussi car la route n’aboutit à rien. Sans connexion internet, sans télévision, sans ligne téléphonique permettant de joindre l’extérieur, les Châtillonnais sont coupés de tout le reste du monde.

L’amusement fait vite place à l’affolement puis à l’organisation. Les jours passent et rien ne change, aucun moyen de dépasser ce périmètre relativement restreint dont on fait le tour en trois jours ! L’urgence, c’est la nourriture. Alors que le maire prend des dispositions de partage équitable, des voix s’opposent à lui, certains refusent d’ouvrir leurs stocks à des voisins moins économes qu’eux. On se rend, en tous cas, vite compte que les quelques agriculteurs du village deviennent très importants. L’un d’entre eux, crée un « ranch », une sorte de microcosme dans le microcosme où il réunit tous les artisans et les hommes bricoleurs. Se créent petit à petit deux clans.

Tous les sentiments y passent : la peur, la joie (de courte durée !), l’esprit d’équipe, le découragement total, les envies de démocratie, de communisme, le recours à la religion, la solidarité, la jalousie… Bien évidemment, après des mois et des mois de ce qu’on pourrait appeler  « captivité » dans ce monde clos qui devient vite trop petit, le lecteur se demande comment ça va se terminer, quelles étaient les raisons rationnelles de cette claustration à grande échelle. Eh ben, vous saurez tout quand vous aurez lu le roman ! Bien fichu, intéressant, à mi-chemin entre la fable et le conte fantastique, il soulève plusieurs questions existentielles et nous fait apprécier le petit plaisir de savoir, tout simplement de savoir, qu’on peut aller partout dans notre vaste et riche monde.

 

 

« La hiérarchie des compétences se renversait ; l’essentiel n’était plus de savoir allumer un ordinateur ou calculer une TVA mais d’être habile, d’avoir du bon sens et de posséder des connaissances pratiques. Beaucoup de Châtillonnais paniquaient, qui n’avaient jamais travaillé de leurs mains ni accompli aucun des gestes dérisoires dont dépendait à présent leur survie. »

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:03

Ce récit autobiographique, sorti en janvier de cette année, a déjà fait beaucoup parlé de lui.

            Eddy est né dans un petit village du Nord. Ses parents sont des rustres incultes gouvernés par la télé et les beuveries, et son entourage sans exception se complaît dans une vie faite de vulgarités et de violences. Si Eddy fait très vite ce constat, c’est aussi qu’il se sent différent des autres. Il est maniéré, il n’arrive pas à faire la brute, il n’aime ni le foot ni le rap mais apprécie « le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées ». Ses attitudes lui valent des « gonzesse » et « pédé », on l’insulte, on l’injurie et surtout on le frappe. Pendant des mois et des mois, Eddy va accepter sans broncher, sans se rebeller, que deux collégiens plus âgés le battent, presque tous les jours, dans un couloir de l’école, à l’abri des regards.

L’apprentissage de la sexualité passe par la douleur : entre les films pornos et l’insistance de son entourage pour qu’il sorte avec une fille, Eddy ne s’y retrouve plus et constate avec effarement que seuls les garçons le font bander…

Ce livre est extrêmement violent. L’enfant puis ensuite l’adolescent est constamment humilié dans un univers qui n’est pas le sien. La différence quelle qu’elle soit n’est pas acceptée, l’homophobie et le racisme ont encore de beaux jours devant eux, les mentalités sont figées et sclérosées et on ressort effaré de cette tragédie du XXIème siècle. Eddy a subi une malédiction et, heureusement pour lui, il va réussir à fuir. Ce récit a sans doute une visée thérapeutique, mais l’auteur l’a souvent expliqué, il a aussi éprouvé ce besoin de montrer ce qu’il se passait (encore !) dans certaines contrées isolées, comment on y vivait, comment on pensait. Une photographie de la misère intellectuelle et sociale.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette volonté admirable du garçon à vouloir se couler dans un moule qui n’a pas fait pour lui. Il essaye d’avoir des discussions « meufs » avec des mecs qui ne sont pas des copains, il tente de fourrer lui aussi sa langue dans la bouche d’une fille (expérience dégoûtante pour lui), il ira même jusqu’à frapper une fille, motivé par les encouragements des autres enfants.

Moi qui ne suis pas une adepte de l’étalage de sa propre vie à la façon Annie Ernaux, j’ai beaucoup apprécié le procédé brut de décoffrage qui permet de connaître les souffrances de ce jeune garçon, sans jamais tomber dans la sensiblerie ni la caricature. D’une simplicité rudement efficace.

 

Lorsque la mère d’Eddy lui explique qu’elle aimerait qu’il fasse des études parce qu’elle a raté sa vie : « Elle pensait avoir fait des erreurs, avoir barré la route, sans vraiment le souhaiter, à une meilleure destinée, une vie plus facile et plus confortable, loin de l’usine et du souci permanent (plutôt : l’angoisse permanente) de ne pas gérer correctement le budget familial – un seul faux pas pouvait conduire à l’impossibilité  de manger à la fin du mois. Elle ne comprenait pas que sa trajectoire, ce qu’elle appelait ses erreurs, entrait au contraire dans un ensemble de mécanismes parfaitement logiques, presque réglés d’avance, implacables. Elle ne se rendait pas compte que sa famille, ses parents, ses frères, sœurs, ses enfants même, et la quasi-totalité des habitants du village, avaient connu es mêmes problèmes, que ce qu’elle appelait donc des erreurs n’étaient en réalité que la plus parfaite expression du déroulement normal des choses. »

 

« A table, lui (mon père) parlait de temps en temps, il était le seul à en avoir le droit. Il commentait l’actualité Les sales bougnoules, quand tu regardes les infos tu vous que ça, des Arabes. On est même plus en France, on est en Afrique, son repas Encore ça que les Boches n’auront pas. Lui et moi n’avons jamais eu de véritable conversation. Même des choses simples, bonjour ou bon anniversaire, il avait cessé de me les dire. »

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 21:24

Séduite par Opération Sweet Tooth, je savais, à la fin de ma lecture que je n’en resterai pas là avec ce monsieur McEwan. Sur la plage de Chesil est un court roman complètement différent.

Edward et Florence viennent de se marier et nous les rencontrons pour la première fois le soir de leurs noces. « Jeunes, instruits, tous les deux vierges », ils sont à la fois réjouis de se retrouver seuls et un peu intimidés par l’acte charnel qui est censé entamer cette lune de miel. Chacun se souvient de son enfance, de leur rencontre, du chemin fait pour en arriver là. Edward est issu d’une famille modeste, son père est enseignant et sa mère, il le découvre tard est dérangée mentalement. Florence vient, elle, d’une famille aisée, son père est un homme d’affaire qui réussit, sa mère est professeur de philo.

Ian McEwan est un petit malin, il nous présente deux beaux jeunes gens sur le point de passer à l’acte, il nous installe dans une belle et spacieuse chambre d’hôtel, entre un homme très excité et une jeune femme complètement paniquée à l’idée d’accomplir cette chose sur laquelle elle s’est renseignée comme elle a pu mais qui la répugne énormément. La maladresse des amants est tantôt hilarante, tantôt touchante et sensuelle. Et voilà pas McEwan qui nous emmène dans une grande digression pour nous expliquer, exemples à l’appui que les tourtereaux s’aiment vraiment. On retourne un court instant dans la chambre nuptiale, le temps à Edward de poser la main sur la cuisse de sa belle tétanisée, et c’est reparti pour une longue parenthèse néanmoins intéressante où on découvre la passion de Florence pour son métier de violoniste et l’intégration réussie d’Edward dans sa future belle-famille.  

Je ne nous dévoilerai pas le dénouement de ce « Je t’aime moi non plus » dans le contexte si particulier des années 60, de l’hésitation entre les frustrations passées et la libération sexuelle à venir, par contre, je me permets d’insister sur la réussite de ce roman. La lecture fut pour moi un vrai délice, l’intensité dramatique parvient à lier parfaitement sensualité et humour ; les portraits sont réalisés avec brio et précision, l’écriture est délicieusement fluide.  Aucune fausse note. Je ne peux m’empêcher d’apposer mon sceau que je pensais perdu (mais non !) : COUP DE CŒUR !

 

« C’était encore l’époque – elle se terminait vers la fin de cette illustre décennie – où le fait d’être jeune représentait un handicap social, une preuve d’insignifiance, une maladie vaguement honteuse dont le mariage était le premier remède. »

« Depuis plus d’un an, Edward était obsédé par ce soir précise de juillet où la partie la plus sensible de son anatomie résiderait, même brièvement, à l’intérieur d’une cavité naturelle du corps de cette jolie femme rieuse et formidablement intelligente. Le moyen d’y parvenir sans se ridiculiser ni être déçu le préoccupait. »

 

« Leur cour ressemblait à une pavane, à une manifestation solennelle, ralentie par un protocole jamais signé ni mentionné, ralentie par un protocole jamais signé ni mentionné, mais généralement observé. »

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 11:25

En 1968, à Londres, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé, nu, sous un matelas, dans le quartier d’Abbey Road à une époque où la «beatlesmania » commence à prendre de plus en plus d’ampleur.

Breen est le policier chargé de cette mission. Son père vient de mourir, il vit seul et en plus, a tout intérêt à résoudre rapidement cette enquête. Effectivement, alors qu’un collègue se faisait poignarder par un voleur lors d’une précédente enquête, il n’a rien trouvé de mieux que de prendre la fuite. Bref, il est mal vu de toute la division B et en guise de punition, se retrouve flanqué d’une collègue femme, Tozer, pensez-vous, une femme policier dans les années 60 !

L’enquête policière n’a, en soi, rien de bien original mais le contexte spatio-temporel est complètement envoûtant. Alors que des centaines de jeunes filles commencent à se damner pour Georges, Paul, John, … la guerre de Biafra fait rage, le racisme n’a rien de choquant (« Ni Noirs, ni Irlandais ») et la femme londonienne a encore bien du boulot pour se faire valoir (une femme flic ne peut pas conduire, la femme ne peut pas payer dans un bar, celle qui prend la pilule est une salope, se maquiller signifie aguicher un homme, …). Les deux personnages principaux s’attirent et se repoussent, Breen est gauche, timide, démodé, Tozer le bouscule par ses bavardages, les verres d’alcool qu’elle s’envoie, ses excès de vitesse, son modernisme, son côté garçon manqué.

Après moult bourdes et quiproquos, les deux compères devenus presque des amis (voire plus…), réussissent à résoudre cette fameuse énigme de la jeune fille nue. Ce bouquin plaît à tout le monde mais ce n’est pas étonnant, il est drôle et captivant, parfois étonnant et puis sur fond de musique Beatles, comment ne pas craquer ! Excellente nouvelle, ce roman est le premier volet d’une trilogie !

« On est en 1968, monsieur. On n’est plus « censé » faire quoi que ce soit. »

 

Devant une boutique hippie… ou le choc des générations : « Une des caisses de guitare était peinte comme l’Union Jack. S’il fallait y voir de l’ironie, elle échappait à Breen. Etre jeune et anglais, c’était être supérieur. L’empire des lois mouvantes. Au mieux, Breen se sentait étranger dans ce pays. Et devant cela, deux fois plus. Ces gens n’avaient que quelques années de moins que lui, mais ils vivaient dans un univers différent. Les hommes de sa génération avaient grandi en voulant porter de plus beaux costumes que leurs pères. Ceux-là ne voulaient pas de costume. »

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 10:58

Le narrateur est un spécialiste du yiddish, il traduit les récits d’Israel Joshua Singer. En juillet, il choisit les Dolomites à la fois pour escalader des montagnes et pour écrire. C’est dans une auberge, en buvant une bière et en mangeant des beignets à la ricotta et aux épinards qu’il croise une femme d’une quarantaine d’années qui le surprend par son large sourire.

C’est à ce moment-là seulement que l’auteur nous dévoile le passé de cette femme. Elle a souri à l’inconnu car il lui rappelle un garçon sourd-muet qui lui avait appris à nager, à apprivoiser l’eau, « à faire la planche », à « manger les oursins crus, ceux qui ont des pointes rouge foncé ». La femme a un passé bien particulier puisque son père est un criminel de guerre nazi, en fuite depuis la deuxième guerre mondiale, sans cesse dans la crainte d’être découvert. L’homme devenu facteur n’éprouve ni regrets ni remords, son seul tort, d’après lui, est d’avoir perdu la guerre. Il passe sa vie dans le silence, parlant peu pour ne pas que sa voix le trahisse. Sa fille a découvert sa véritable identité lorsqu’elle était étudiante, elle n’a pas choisi de suivre sa mère mais est restée avec ce père criminel de guerre.

Dans cette auberge, le traducteur prononce à haute voix le mot yiddish « èmet » et aussitôt le père criminel qui a rejoint sa fille pense qu’on l’a retrouvé, que le mot yiddish est un nom de code. Il quitte rapidement l’auberge, sa fille sur ses talons.

Ce court roman est un chef d’œuvre, « aussi bref que percutant » comme nous dit la quatrième de couverture, un livre qu’il vaut mieux lire et relire plutôt que d’en parler car je sens bien que mes mots sont pauvres et vains pour tenter de décrire la beauté de cet ouvrage. D’une part, cet hommage rendu aux Juifs par le truchement de la littérature, d’autre part ce vieil homme fuyant ses vrais torts, et cette fille qui cherche à retrouver une nouvelle identité. La fin est brillante et Le tort du soldat est un de ces livres qu’on aimerait relire tout de suite.

« La beauté invente des variantes, elle ne répète pas en miroir. »

« Escalader est le plus lent déplacement du corps humain. Le poids sur chaque prise est une syllabe pensée, en gagnant des centimètres. »

 

« Le yiddish a été mon entêtement de colère et de réponse. Une langue n'est pas morte si un seul homme au monde peut l'agiter entre son palais et ses dents, la lire, la marmonner, l'accompagner sur un instrument à cordes. »

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 20:58

           Cet écrivain m’a d’abord enthousiasmée, puis déçue. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai débuté cette lecture.

Trois récits, trois vies, trois femmes. La première s’appelle Anne et vit à Bruges à la Renaissance. Elle fait partie des rares privilégiées à pouvoir se marier à un bel homme qui la veut et malgré cette chance, la jeune femme fuit, elle erre dans la forêt et va se cacher dans le tronc d’un chêne, et « arbre puissant, hypnotique ». Anne n’est bien qu’en communion avec la nature, elle parle avec les arbres et les animaux, même un loup l’a apprivoisée. Evidemment, les humains s’en méfient. Seul un moine, Braindor, veillera sur la jeune femme, la guidant vers un béguinage pour qu’elle associe sa pureté au mysticisme religieux.

Hanna vit, elle, à Vienne, au début du XXème siècle. Mariée à Franz, un très riche aristocrate, elle a tout pour être heureuse. Pourtant, elle se réfugie dans une passion, les sulfures, de manière un peu trop fanatique pour être saine. Les lettres qu’elle envoie à son amie Gretchen nous permettent d’assister à l’évolution de sa personnalité, à la découverte de ses besoins les plus intimes, à ses séances avec un psychanalyste (nous sommes à l’époque de Freud !). Elle va finir par s’émanciper et se détacher complètement de son mari qu’elle croyait tant aimer.

Anny côtoie les plus grands studios d’Hollywood, à notre époque. Brillante comédienne, elle n’a que vingt ans et passe son temps libre à se saouler, à coucher avec n’importe qui et à se droguer. Elle ne se sent vraie que quand elle joue. Petit à petit, elle va apprendre à dire non à son agent et va se rapprocher d’Ethan, un infirmier qui ne lui veut que du bien…

Ces trois femmes sont liées par leur besoin de liberté mais aussi parce qu’elles se démarquent de leurs contemporains (de leurs contemporaines surtout), elles jouent le rôle du canard boiteux.  C’est l’évolution de ces femmes qui est le plus intéressant. D’abord, elles essayent de nier leur différence puis s’en effrayent avant de s’y accoutumer et d’en faire une force. Le ton est résolument féministe et c’est même très étonnant de savoir que l’auteur est un homme. J’ai beaucoup aimé les chapitres consacrés à Anne et Hanna, ceux réservés à l’Hollywoodienne m’ont paru un peu trop enclins à tomber dans la marmite bouillonnante des clichés et j’ai été encore plus sceptique face au personnage d’Ethan. J’ai moins aimé la fin car le rapprochement presque concret des trois femmes est un peu artificiel. Mais j’avoue que Schmitt m’a épatée, il a su réaliser trois portraits à la fois différents et si proches, avec une finesse et un souci du détail vraiment intéressants. Par le biais du fil directeur du miroir, il propose une jolie réflexion sur l’identité, la quête de soi et l’image qu’on peut ou qu’on veut donner aux autres.

Anne : « Il y a dans l’univers un amant invisible, un amant à qui je dois tout et que je ne remercierai jamais assez. Cet amant, il se trouve partout et nulle part. C’est la force de l’aube, c’est la tendresse du soir, c’est le repos de la nuit. C’est tout autant le printemps qui épanouit la terre que l’hiver qui l’économise. C’est une force infinie, plus grande que le plus grand d’entre nous. »

 

Hanna : « A Vienne, je vivais tel un oiseau en cage, une jolie perruche au plumage chatoyant, que son mâle propriétaire se régalait d’exhiber. Je méconnaissais le bonheur même si je croyais le posséder ; du coup, je me plaignais constamment de ne pas l’apprécier. […] Mon mariage avec Franz n’avait que l’apparence d’une réussite. Quoiqu’il fût jeune, je considérais mon mari comme un père, un patriarche qui m’enseignait ma conduite, les usages du monde, les devoirs d’une épouse. Je ne l’aimais pas, je le révérais. Au lit ou en société, je lui obéissais. » 

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 22:22

            Voilà un livre qui m’a été recommandé par ma maman, friande de polars, qui me l’a décrit comme un des polars les plus haletants lus dernièrement par elle.

            Samantha, la trentaine bien entamée, vit enfin la vie dont elle rêvait : mariée depuis huit mois à un homme qui lui semble parfait, Marty, elle est comblée. Pour remercier cet homme si attentionné, elle a décidé de lui organiser une fête d’anniversaire en grande pompe : non seulement elle veut réunir tous leurs amis dans leur cinq-pièces newyorkais mais veut également fouiller dans le passé de son mari pour inviter d’anciens copains ou professeurs. Et là, oh surprise, l’université puis l’école que Marty dit avoir fréquentées lui font la même réponse : chez eux, il n’y a jamais eu de Marty Shaw.

L’étonnement fait très vite place à la peur chez la jeune femme qui se rend compte que son époux lui a menti sur toute la ligne en ce qui concerne son passé.

En parallèle, on suit Marty et ses préparatifs à lui pour son anniversaire, bien particuliers puisqu’il envisage de tuer sa femme. L’explication et le mobile donnés m’ont paru crédibles, le rythme est haletant, le suspense fait vite tourner les pages et la petite surprise finale joue bien son rôle de cerise sur le gâteau. Le contexte américain, le style – ou l’absence de style… - m’ont fait penser à Mary Higgins Clark. Pas tellement étonnant puisque c’est un des auteurs préférés de ma maman. Le thème du mec très beau et très riche, parfait en apparence, et qui est en réalité un petit démon est un peu rebattu mais fonctionne toujours.

Une agréable et fraîche lecture de plage… endroit que j’ai justement choisi pour découvrir cet auteur à succès.

 

« Marty lui adressa l’un de ses larges sourires qui avaient fasciné Samantha depuis le premier jour. Les questions se pressaient dans sa tête. Comment l’interroger ? Comme découvrir la vérité ? Quand l’aborder ? »

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 23:12

Ce roman qualifié de « roman d’espionnage » est sorti en janvier dernier et il a déjà fait beaucoup parlé de lui…

La narratrice est une femme qui revient quarante ans en arrière pour nous raconter ses débuts d’agent secret. Fille d’un pasteur, douée en mathématiques mais passionnée de lecture de romans, Serena se voit embaucher par le MI5, une agence de renseignements anglaise. Précisions que nous sommes alors au début des années 70 et que Serena n’a qu’une petite vingtaine d’années. Une mission particulière lui demande d’aller recruter un jeune écrivain que le MI5 pourrait contrôler à sa guise. Serena se prête au jeu, elle commence à lire les nouvelles de ce Tom Haley avant de le rencontrer et… de tomber amoureuse de lui. Cette liaison la contraindra à ne rien révéler de sa mission. Il n’est pas simple de résumer cette histoire sans en révéler certaines clés essentielles à sa compréhension. Il est beaucoup question d’écriture, à la manière des poupées gigognes, il y a plusieurs nouvelles narrées dans le roman, commentées et presque toujours approuvées par Serena. C’est un roman d’amour plus encore qu’un roman d’espionnage. Avant tout, ce fut un grand bonheur de lecture, l’écriture est fluide, le rythme haletant et les personnages remarquablement bien dessinés.

Opération Sweet Tooth est un roman complet, alliant mystère et suspense, Histoire et amour. La réussite est totale, on ne s’ennuie pas une seule minute et quand on pense arriver au bout, la surprise finale nous ravit ! Est-ce que tous les romans de ce monsieur McEwan sont aussi bons que celui-ci ? Ça me démange d’aller vérifier par moi-même !

« […] on m’envoya en mission secrète au-dehors, et Shirley m’accompagna. […] Une camionnette attendait dans un garage fermé à clé donnant sur une rue de Mayfair,  cinq ou six cent mètres de là. Nous devions prendre le volant et rejoindre une adresse à Fulham. Celle d’une cache, bien entendu, et l’enveloppe brune qu’il nous lança en travers de son bureau contenait plusieurs clés. A l’arrière de la camionnette, nous trouverions des produits d’entretien, un aspirateur et des tabliers en plastique que nous devions enfiler avant de partir Nous étions prétendument employées par une société qui  s’appelait Springklene. Arrivées à destination, nous devions nettoyer les lieux « de fond en comble », c’est-à-dire, entre autres, changer les draps de tous les lits et faire les vitres. Des draps propres avaient été livrés. Le matelas d’un lit à une place avait besoin d’être retourné. Il aurait dû être remplacé depuis longtemps. Les toilettes et la baignoire devaient faire l’objet d’une attention particulière. »

 

 

« A cinq heures le samedi après-midi, nous étions amants. Cela n’alla pas tout seul, il n’y eut aucune explosion de soulagement ou de plaisir dans l’union des corps et des âmes. »

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