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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 11:24

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On n’a plus le droit d’aller au théâtre, on n’a plus le droit de jouer (si, seul chez soi, ô splendeur) mais on a encore le droit de lire du théâtre. Découverte d’un dramaturge israélien savoureux. Le recueil comporte trois pièces.

Dans « Yaacobi et Leidental », Yaacobi déclare dans la première scène « avoir pris conscience que si je suis venu au monde, c’est pour vivre. Je vais donc de ce pas rompre avec mon meilleur ami, David Leidental. » Le meilleur ami n’accepte pas cette décision. En parallèle, Yaacobi rencontre Ruth, la femme aux fesses généreuses avec qui il veut faire sa vie, du moins, il essaie de s’en convaincre. Le ton est donné, il sera sarcastique, drôle et déroutant. J’ai absolument adoré cette pièce, ce style désabusé qui côtoie l’absurde l’air de rien…

« - J’espère que vous appréciez.

     -  (pour elle-même) C’est ça, espère. »

Leidental s’offre en cadeau de mariage et devient un « confident multifonction » : « Je n’ai pas besoin de moi ».

« à part la santé, je n’ai pas grand-chose à apporter à cette union. »

Yaacobi : « Ecoute, je t’ai peut-être blessé, peut-être même un peu anéanti, mais rien de bien exceptionnel, entre amis. Aime ton prochain comme toi-même. »

« tu me connais, je n’ai pas changé, j’en veux toujours autant et j’en fais toujours aussi peu. »

« Kroum l’Ectoplasme » est celui qui a voyagé et revient au pays mais sans avoir rien gagné ni rien appris. Les personnages sont nombreux mais tous anti-héros, apathiques, veules. Il y a l’hypocondriaque qui veut enfin vivre quand il arrive au bout de son existence, malade pour de bon ; il y a celui qui se trompe de femme et celle qui ne sait jamais ce qu’elle veut. C’est la pièce que j’ai le moins aimée.

« Une Laborieuse Entreprise » : c’est noir, caustique et cruel. Yona décide, une nuit, de quitter sa femme avec qui il vit depuis trente ans. Elle ne comprend pas, le supplie de rester, est prête à tout. Surgit un ami qui, par son impertinence, réussit à rabibocher les deux mais un court laps de temps : « Qu’ai-je en commun avec ce tas de viande qui se la coule douce dans un sommeil paisible » …  Une belle image de la vie de couple !

Hanokh Levin est un auteur subversif qui a vraiment su éveiller ma curiosité, il était connu de son vivant (il est mort en 1999), parfois acclamé, parfois hué pour ses propos jugés scandaleux.

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 16:25

Résultat de recherche d'images pour "Des jours et des nuits à Chartres d’Henning Mankell"

         Je n’ai plus rien lu de Mankell depuis 2015, l’année de sa mort. Quand je suis tombée sur cette courte de pièce de théâtre, je me suis dit que c’était le moment de découvrir le Mankell dramaturge. Il a été directeur artistique d’une troupe de théâtre au Mozambique et a écrit de nombreux textes de théâtre.

         Simone, en août 1944, est tondue et promenée dans les rues de Chartres pour avoir couché avec un Allemand pendant la guerre et avoir eu un enfant de lui. Robert Capa a immortalisé la scène et c’est cette photo qui a inspiré Mankell pour écrire sa pièce. En bouleversant la chronologie, l’auteur donne à voir la rencontre de Simone accompagnée de sa copine Marie et Helmut, cet Allemand entreprenant dont Simone va tomber amoureuse. Helmut est un nazi, il a une foi incroyable en Hitler mais aime aussi Simone et la fait rêver d’un avenir commun et radieux. On retrouve Simone – quelques années plus tard - emprisonnée, prête à être jugée, face aux résistants qui ne cessent de répéter qu’ils ne commettront pas les mêmes crimes absurdes que les Allemands. Et qui pourtant ordonneront la tonte de la jeune femme et son humiliation publique. Et il y a David, le père de Simone, qui ne comprend pas sa fille mais continue à l’aimer. Et Simone, contrainte à marcher dans les rues de Chartres, son bébé dans les bras. Si la vraie histoire finit mal, Simone Touseau devient alcoolique et meurt prématurément en 1966, Mankell met sur la table les questions de la culpabilité, de la vengeance, de l’amour et du pardon. Les tondues ont été une cible facile pour des Français victimes d’injustices trop nombreuses subies pendant la guerre.


            Ce court texte est prenant et bouleversant. Même si cette jeune fille de dix-huit ans a côtoyé l’ennemi de près, on lui pardonne immédiatement son insouciance et sa frivolité. Marquée au fer rouge par cet abaissement public et apparemment unanime, elle est seule, incroyablement seule avec son bébé. Les dialogues simples et courts alternent avec des monologues de Robert Capa, personnage de la pièce lui aussi, témoin de la scène mais aussi « victime » du succès qu’a connu sa photo qu’il qualifie lui-même de « plutôt ratée ».

         Ou quand l’horreur change de camp si rapidement…

Robert Capa :

« J’ai parfois le sentiment d’être
Un habile pickpocket
Qui subtilise aux hommes 
Leurs secrets.


Ce ne sont pas des visages que je photographie.
J’ai plutôt le sentiment de vouloir capter
Un souffle. »

 

Simone quand on lui dit qu’elle aurait pu avorter : « J’aurais dû, je sais. Alors je ne serais peut-être pas ici. Mais je ne pouvais pas, je l’aimais, c’était comme ça. Et je sais qu’il m’aimait aussi. Jamais un homme ne m’a traitée comme lui. Alors, qu’il soit venu de la Lune ou de l’Allemagne, ça m’était égal. J’espère que j’aurai la force de dire la vérité devant le tribunal. On ne peut pas condamner une femme à mort parce qu’elle est amoureuse. »

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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 19:42

Résultat de recherche d'images pour "Le Porteur d’histoire d’Alexis Michalik"

         « L’homme » rencontre Alia et sa fille Jeanne dans le désert algérien. Il se met à raconter son histoire, celle d’un type paumé qui, à la mort de son père, découvre un cercueil très ancien rempli de livres. De ces livres naissent des histoires qui seront pour le personnage principal des sésames qui lui ouvriront d’autres portes et d’autres histoires. Un formidable voyage onirique va conduire des dizaines de personnages à travers les siècles et les continents.

        Depuis son formidable Edmond, on ne présente plus Alexis Michalik, metteur en scène, écrivain, acteur… génie ? Cette pièce est sa première création, partie de l’idée d’une tombe recelant un trésor. Fantasque, joyeuse, foutraque, cette histoire comporte de nombreux récits enchâssés, des digressions, des sauts dans le temps allant de l’Antiquité à nos jours, plaçant sur une même scène Marie-Antoinette, Alexandre Dumas, Eugène Delacroix ou encore notre narrateur-guide à travers le Temps. Au croisement de la fantaisie d’un Timothée de Fombelle et du talent de conteur d’un Antoine Bello, Alexis Michalik emprunte le concept du feuilleton aux Mille et une nuits, poussant le lecteur-spectateur sur un tapis volant qui l’emmène faire un long et beau voyage. Une ode à la transmission des lectures, un hommage aux grands écrivains. Lire le texte est un délice mais la frustration de ne pas voir la pièce jouée est grande !

« En ce monde, celui qui détient l’information, celui qui détient les clés du récit, celui qui sait mieux que les autres raconter une histoire devient le maître. Peu importe les titres de noblesse et les privilèges, l’homme qui raconte bien peut lever des armées et embraser des nations. »

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 22:12

        

        Au XIXème siècle, dans une ville de province russe, Katerina est mariée à Tikhon qu’elle n’aime pas. Mais celle qui lui nuit encore plus, c’est Kabanova, sa belle-mère, vieille bonne femme acariâtre, tyrannique, surveillant sans cesse ce que fait son fils, ce que fait sa bru. Varvara, la sœur de Tikhon, est du côté de Katerina, elle l’incite à prendre sa liberté : « Toute notre maison est bâtie sur le mensonge. Moi non plus, je n’étais pas menteuse ; et puis j’ai appris, quand il a fallu. » Cela tombe bien, Katerina est secrètement amoureuse de Boris à qui elle plaît beaucoup justement. Varvara va tout faire pour les rapprocher : lors de l’absence du mari, elle laisse libre un passage au fond du jardin. Les amants se retrouvent une dizaine de nuits mais, au retour de Tikhon, Katerina ne peut supporter d’avoir commis ce péché qu’elle avoue à son mari. Ce dernier serait prêt à pardonner, conscient de vivre un enfer dans cette maison mais la belle-mère l’accable cruellement. Katerina finit par se jeter dans la Volga, son mari veut la retenir au dernier moment mais Kabanova l’en empêche. Un menaçant orage et ses coups de tonnerre prémonitoires ponctuent la pièce et les états d’âme de Katerina.

         Entre drame et tragédie, la pièce est prenante et le rythme bien mené. Si la marâtre déclenche les rouages d’une fin tragique, les traditions ridicules, la religion suffocante et les superstitions russes occupent également une grande place dans le malheur des personnages. Il faut s’asseoir et faire silence avant le départ d’un proche, une épouse doit passer « une bonne heure et demie à se lamenter, couchée sur le perron » au départ de son mari. Une lecture édifiante vraiment intéressante dans un univers sec et sans concession.

        Alexandre Ostrovski (mort en 1886, quand Tchekhov a 26 ans) fait partie des dramaturges les plus importants du XIXème siècle sans être réellement connu en France ; cette pièce a largement inspiré le compositeur tchèque pour écrire son Katja Kabanova en 1921.

 

« Ici, pour une femme, être mariée ou enterrée, c’est pareil. » (et c’est Boris qui le dit…)

 

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 15:57

Résultat de recherche d'images pour "Littoral – Le sang des promesses babel"

             Il me tardait de découvrir enfin cet auteur à la fois dramaturge, romancier, metteur en scène et comédien. Littoral est la première pièce de théâtre d’une tétralogie intitulée Le Sang des promesses.

             Wilfrid est en train de faire sauvagement l’amour avec une femme insignifiante pour lui quand le téléphone sonne « Dringallovenezvotrepèreestmort ». Cette annonce du décès de son père le met dans un état de fébrilité auquel il ne s’attendait pas lui-même puisqu’il ne le connaît, ce père qui l’a abandonné. N’ayant plus sa mère non plus, morte à l’accouchement, il est désormais orphelin et n’a plus qu’une idée en tête : enterrer son père dans son pays natal. De nombreux obstacles s’opposent à ce projet : sa famille ne veut rien savoir de celui qu’elle considère comme l’assassin de la mère (elle était trop fragile pour porter un enfant), la guerre qui l’empêche d’ensevelir son père où  bon lui semble, des rencontres heureuses et malheureuses : des orphelins, un meurtrier, des victimes de la guerre. Et il y a le chevalier Guiromélan, cet être fictif qui suit et protège Wilfrid dans sa quête obstinée.

               Texte ô combien riche et fertile, cette pièce de théâtre mêle burlesque, tragique, loufoque, cru, absurde, poétique, philosophico-métaphysique, lyrique, moderne (non, je vous assure que je n’en rajoute pas, au contraire, j’en oublie certainement). Dans sa quête d’une sépulture, Wilfrid, se cherche lui-même, se perd parfois, se laisse guider souvent. Réalisateur et caméraman sont là aussi et confondent encore un peu plus le temps de la fiction et le temps du réel. Un père vivant et un père mort se croisent également tout en créant une harmonie, une unité où les barrières en tous genres sont tombées, et c’est bien confortable. Une belle pièce qu’il faudrait relire dans l’immédiat pour mieux la comprendre, et surtout, la voir sur scène !

 

« Amé – Pendant la guerre, je posais des bombes.

Simone – La bombe que je veux aller poser est encore plus terrible que la plus terrible des bombes qui a explosé dans ce pays.

Amé – On en posera dans les autobus, dans les restaurants…

Simone – Non ! Cette bombe ne peut exploser que dans un seul lieu. Dans la tête des gens.

 Amé – Qu’est-ce que tu veux dire ?

 Simone – On va aller leur raconter des histoires. Tout ce qu’ils veulent nous faire oublier, on va l’inventer, le raconter ! Ils seront obligés de nous arracher le visage.

 Amé – Quel genre d’histoires ?

Simone – La tienne, la mienne. Le silence de chacun. »

 

« Massi  Amé, quand tu tombes dans un gouffre, il vaut mieux tomber sur le dos. Car tant qu’à chuter, chutons dans la clarté du jour, c’est déjà ça de gagné. Mais si tu tombes sur le ventre, tes yeux seront rivés  à l’obscurité du gouffre et c’est déjà ça de perdu. »

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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 09:12

 

Smith & Wesson par Baricco


          Fan de théâtre (je sais, ça ne se ressent pas forcément sur ce blog…), amoureuse de Mr Gwyn, je ne pouvais pas ne pas lire cette pièce écrite par le grand Baricco !


            Wesson est un pêcheur étrange, il ne pêche que les cadavres souvent des suicidés jetés dans les chutes du Niagara. Smith, qu’il rencontre dans sa cabane de fortune en 1902, n’est pas moins insolite : il est météorologue. Il passe son temps à interroger les gens sur les grands événements de leur vie, et surtout au temps qu’il faisait ce jour-là pour établir des statistiques, infaillibles selon lui. Alors qu’on apprend que Smith est recherché et que Wesson fait régulièrement des cures d’oisiveté, débarque Rachel. Jolie jeune femme, journaliste à la recherche du scoop, Rachel a trouvé une idée extraordinaire : se jeter dans les chutes du Niagara et en sortir vivante. Elle veut associer les deux hommes à l’aventure. Après l’avoir traité de folle, Smith et Wesson songent à l’enfermer dans tonneau sophistiqué, capitonné où elle aurait une petite musique qui lui permet de savoir combien de temps elle peut respirer. Le décompte est lancé, le grand saut aura lieu le 21 juin, la tension monte, les derniers détails sont peaufinés, Rachel a de plus en plus peur… 


                 Si j’ai beaucoup aimé cette pièce à la fois drôle, légère, profonde, un brin absurde et plutôt loufoque, si j’ai adoré certains passages où j’ai bien retrouvé la subtilité poétique de Mr Gwyn, il m’a tout de même manqué un petit quelque chose pour être totalement conquise. La pièce n’est pas découpée en scènes mais en mouvements musicaux dont l’enchaînement ne m’a paru tellement justifié. Les personnages hauts en couleur sont attachants, fantaisistes et pimpants, la réflexion sur la vie associée à celle de la mort nous emmène aussi à réfléchir sur la part de risque qu’on peut prendre ou refuser. Cette Rachel s’apparente à une fée, une sorte de Peter Pan au féminin coincée dans ses idéaux où elle a réussi à embarquer Smith et Wesson, leur offrant ainsi un nouveau parfum de vie.
 

Avant le grand jour, Rachel a confié ses angoisses à son hôtelière - ce qui la préoccupe le plus -c’est de rester enfermée dans ce tonneau. Mme Higgins : « J’aurais dû lui dire que tous [prennent des risques] enfermés dans leurs peurs, enfermés dans le tonneau maléfique de leurs peurs. Un endroit minuscule, très noir, où on est seul, où on respire difficilement. Il n’y a rien à faire pour changer les choses et on a déjà de la chance si quelqu’un a eu pour nous l’attention de mettre un peu de musique, à l’intérieur ; ou si par hasard un ami nous attend au détour d’une rivière pour nous ramener à la maison. »


« On sème, on récolte, et les deux choses ne sont pas liées. »
 

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 18:20

              Koltès pour moi, ce sont des souvenirs d’atelier théâtre qui remontent à mes vingt ans, ce sont des extraits, des morceaux que j’ai enfin pu réunir en lisant cette pièce.

               Roberto Zucco a tué son père. Emprisonné, il réussit facilement à s’évader au nez des gardiens. Il rencontre une « gamine » qu’il viole mais qui éprouvera pour lui une passion subite et morbide. Zucco se rend chez sa mère et la tue à son tour. Le lecteur-spectateur va encore croiser des policiers, un inspecteur, des putes, le frère et la sœur de la Gamine, une dame et son fils que Zucco tuera froidement d’une balle dans la nuque. Les meurtres s’enchaînent sans explications, la course-poursuite est aussi vaine qu’inefficace, les forces de l’ordre semblant être des pantins incompétents.

                Si la pièce a fait scandale à sa sortie, c’est surtout parce que Koltès s’est inspiré d’un tueur en série, Roberto Succo, qui a réellement tué – au moins sept personnes dont sa mère. Ce qui surprend d’emblée dans cette pièce, c’est le mélange des genres : tour à tour poétique et drôle, mélancolique et burlesque, cette intrigue tragique frôle l’absurde et dérange, une mère n’exprime aucun sentiment quand Zucco tue son fils devant ses yeux, elle évoque vaguement et rapidement le sujet plus tard. Le personnage de la Gamine qui a été déflorée par Zucco est touchant parce qu’elle seule parvient à faire parler le tueur.

              Miroir de la société, de sa violence, de ses indifférences, cette réécriture d’un fait divers brille par sa puissance, ce personnage central atteint rapidement l’aura d’un héros mythique. Il semble s’envoler vers le soleil à la fin de la pièce, loin des hommes qui restent, impuissants. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture et j’aurais sans doute apprécié de voir la pièce jouée avec Pio Marmaï dans le rôle principal.

 

L’inspecteur, peu avant de mourir : « Je suis triste, patronne. Je me sens le cœur bien lourd et je ne sais pas pourquoi. Je suis souvent triste, mais, cette fois, il y a quelque chose qui cloche. D'habitude, lorsque je me sens ainsi, avec le goût de pleurer ou de mourir, je cherche la raison de cet état. Je fais le tour de tout ce qui est arrivé dans la journée, dans la nuit et la veille. Et je finis toujours par trouver un événement sans importance qui sur le coup, ne m'a pas fait d'effet, mais qui, comme une petite saloperie de microbe, s'est logé dans mon cœur et me le tord dans tous les sens. Alors, quand j'ai repéré quel est l'événement sans importance qui me fait tant souffrir, j'en rigole, le microbe est écrasé comme un pou par un ongle et tout va bien »

Zucco : « J'ai toujours pensé que la meilleure manière de vivre tranquille était d'être aussi transparent qu'une vitre, comme un caméléon sur la pierre, passer à travers les murs, n'avoir ni couleur ni odeur ; que le regard des gens vous traverse et voie les gens derrière vous, comme si vous n'étiez pas là. C'est une rude tâche d'être transparent ; c'est un métier ; c'est un ancien, très ancien rêve d'être invisible. »

« L’expérience du malheur ne sert à rien. »

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 19:31

 

               

 

          C’est la BD mythologique Héraclès qui m’a donné envie de me (re)plonger dans cette libre adaptation théâtrale de l’histoire des parents d’Hercule.

         Mercure vient voir la Nuit. Après s’être plaint du trop-plein de boulot que lui donnent les dieux et surtout Jupiter, il demande à son interlocutrice de ralentir ses chevaux afin de retarder la naissance du jour. Pourquoi cette requête ? pour que Jupiter, amoureux de la belle Alcmène mariée à Amphitryon, puisse tranquillement venir la trouver, la séduire et féconder ! Le subterfuge fonctionne si bien qu’Alcmène est ravie des propos tenus par son « nouvel » Amphitryon. Sosie, le valet du général rencontre, quant à lui… son sosie, son double, celui qui prend insolemment sa place. Il s’agit de Mercure qui s’amuse à son tour avec les humains. Sosie finit par douter de sa propre identité et, pour ne pas se faire battre (procédé récurrent chez Molière), il veut bien admettre qu’il n’est pas Sosie. C’est d’ailleurs le personnage le plus drôle de la pièce. Jupiter, s’il paraît noble et grandiose au début, il se perd dans les explications et les justifications données pour défendre Amphitryon.

         Ce n’est pas le meilleur de Molière, j’ai trouvé la 1ère partie excellente et la seconde s’essouffle avec quelques éléments d’intrigue vite résolus, quelques révélations vite faites qui gâchent un peu le plaisir. Pièce à machines et version très proche de celle de Plaute, elle n’est pas inoubliable (je l’avais déjà lue et oubliée très rapidement.) J’ai maintenant très envie de relire l’Amphitryon 38 de Giraudoux !

 

MERCURE

  Ton nom était Sosie, à ce que tu disais.

SOSIE

Il est vrai, jusqu'ici j'ai cru la chose claire:  

Mais ton bâton, sur cette affaire,  

M'a fait voir que je m'abusais.

 

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JUPITER (à Alcmène)

 Ah! ce que j'ai pour vous d'ardeur, et de tendresse,  

Passe aussi celle d'un époux;  

Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,  

Quelle en est la délicatesse. 

 Vous ne concevez point qu'un cœur bien amoureux,  

Sur cent petits égards s'attache avec étude;  

Et se fait une inquiétude,  

De la manière d'être heureux. 

 En moi, belle, et charmante Alcmène, 

 Vous voyez un mari; vous voyez un amant: 

 Mais l'amant seul me touche, à parler franchement; 

Et je sens près de vous, que le mari le gêne.  

Cet amant, de vos vœux, jaloux au dernier point, 

 Souhaite qu'à lui seul votre cœur s'abandonne; 

Et sa passion ne veut point,  

De ce que le mari lui donne.  

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 15:44

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          J’ai étudié cette pièce à la fac et, avouons-le, je n’avais pas accroché plus que ça à l’univers racinien. Je me suis fait la promesse, il y a peu, de la relire. C’est chose faite.

          C’est la pièce des dilemmes : Andromaque doit choisir entre la vie de son fils Astyanax et la fidélité à feu son mari, Hector. Hermione, de son côté, aime Pyrrhus qui ne le lui rend pas du tout puisqu’il est épris d’Andromaque. Quant à Oreste, il est fou amoureux d’Hermione.

          Résumer cette pièce archi connue n’a que peu d’intérêt. De ma relecture, je garderai deux choses. La première, c’est la terrible violence qui régit les personnages. L’amour côtoie sans cesse la mort, les passions sont sauvages et destructrices. Ensuite, plus qu’à l’époque des mes vingt ans, il me semble, c’est le couple Hermione-Oreste qui m’a interpellée. Cette femme mal aimée qui demande à celui qui l’aime d’aller tuer Pyrrhus puis qui l’accable d’insultes et d’imprécations ! Bon sang, quelle force ! Et quand Oreste perdu, fou, maudit, est poursuivi par les Erinyes, la fonction cathartique de la pièce prend tous ses droits.

           Certes, j’ai pris du plaisir à relire cette pièce présentée pour la première fois au roi Louis XIV en 1667, plus que je ne l’aurais cru, mais je persiste et je signe, ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai choisi une édition destinée aux lycéens, assez sympathique, où j’ai pu en apprendre un peu sur la mise en scène signée Louis Jouvet (donnant des leçons de jeu très pertinente !). L’édition est également agrémentée d’un dossier Images consacré aux fureurs d’Oreste.

 

 

Pyrrhus à Andromaque :

« Je vous le dis, il faut ou périr ou régner.

Mon cœur, désespéré d'un an d'ingratitude,

Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude.

C'est craindre, menacer et gémir trop longtemps.

Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends. »

 

La dernière réplique d’Oreste, l’avant-dernière de la tragédie :


« Quoi ! Pyrrhus, je te rencontre encore ?
Trouverai-je partout un rival que j'abhorre ?
Percé de tant de coups, comment t'es-tu sauvé ?
Tiens, tiens, voilà le coup que je t'ai réservé.
Mais que vois-je ? A mes yeux Hermione l'embrasse ?
Elle vient l'arracher au coup qui le menace ?
Dieux ! Quels affreux regards elle jette sur moi !
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi ?
Hé bien ! Filles d'enfer, vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit ?
Venez-vous m'enlever dans l'éternelle nuit ?
Venez, à vos fureurs Oreste s'abandonne.
Mais non, retirez-vous, laissez faire Hermione :
L'ingrate mieux que vous saura me déchirer ;
Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer.
 »

 

Je participe, encore une fois, au challenge théâtral d’Eimelle !

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 10:58

 

 

          Tout le monde connaît Feydeau, celui qui fait claquer les portes dans ses vaudevilles, celui qui est aussi précis qu’un horloger, celui qui met les amants dans le placard, celui qui fait rire avec les petits ou grands défauts de sa société…

            Fernand Bois d’Enghien est un très charmant jeune homme sans le sou, il séduit toutes les femmes mais là, il rencontre un sacré problème : il doit quitter sa maîtresse Lucette, chanteuse de café-concert, pour épouser Viviane, une riche héritière. Seulement, il vient de passer la nuit avec Lucette et l’annonce du mariage est déjà publiée dans le Figaro. Alors que Bois d’Enghien tente d’annoncer sa rupture avec Lucette, les visites les plus cocasses interrompent ses vaines tentatives : Bouzin est un écrivaillon  qui tente de percer et devient le bouc émissaire de la maisonnée, le Général Irrigua est fou amoureux de Lucette et se dit prêt à tuer n’importe quel prétendant, la Baronne Duverger est la future belle-mère de Bois d’Enghien, Fontanet sent si mauvais qu’on ne peut lui parler en face. Dans l’acte II, on se trouve chez cette même Baronne avec un Bois d’Enghien qui n’a toujours pas réussi à quitter sa jolie Lucette… qui elle-même vient chanter pour la noce de la fille de la Baronne !

          Quiproquos, malentendus, courses-poursuites, jeux de mots, comiques de gestes, piques, humour potache,… j’avais oublié à quel point cette pièce est drôle. La Compagnie Viva avec, à sa tête et dans le rôle de Bois d’Enghien, Stéphane Brel, excelle à mettre en valeur cette bouffonnerie. Le rythme est fou tout comme son personnage principal qui, dans ses crises d’hystérie, entame une danse qui n’a rien à envier aux rockeurs les plus survoltés. Le décor minimaliste joue avec les ombres chinoises, des chaises et deux grands lustres qui suffisent à sublimer le vaudeville. Un vaudeville sans portes, il faut le faire (on le fait aussi dans ma petite troupe d’amateurs !), ce sont les comédiens qui imitent le son de la porte ! Les neuf comédiens sont tous brillants, solidaires, synchrones, chacun apportant sa petite touche bien particulière, son humour, son originalité. Le public ne voulait plus les laisser partir. Et pour cause, il s’est bien marré le public, les dames en ont même eu pour leurs yeux puisque Bois d’Enghien se retrouve dans le plus simple appareil… Un beau spectacle que je recommande même si j’ignore si la pièce est encore jouée. En tous cas, la Compagnie Viva spécialiste des classiques revisités, est à suivre !

 

 

Et encore une pièce pour le challenge d’Eimelle !

 

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