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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:16

C’est la première fois que je découvre le Zweig dramaturge. Comme toujours avec cet auteur, je ne suis pas déçue.

Alors que Leonore s’apprête à donner une grande fête en la mémoire de son défunt et célèbre écrivain de mari, Karl Amadeus Franck, son fils, leur fils, Friedrich, sème la pagaille. Ecrivain débutant, il refuse qu’on assimile son œuvre à celle de son père, il refuse ce lourd héritage du père parfait, il se révolte… jusqu’au moment où il fait la connaissance de Maria, dont il lui semble bien reconnaître le visage.
           Maria, cette dame désormais âgée, lui révèle un pan caché de l’histoire familiale. Elle a été la maîtresse de son père, elle a été la femme qu’il a le plus aimée. Friedrich lui est reconnaissant à la fois pour sa sincérité (lui qui baignait dans les faux-semblants et les hypocrisies) mais aussi pour cet aveu qui fait de son père un homme imparfait. Telle une œuvre initiatique, la pièce en trois actes va permettre à Friedrich de découvrir la vérité sur son passé mais également la vérité sur l’Homme.

Le style est ample et grandiloquent, les personnages dignes des tragédies grecques. Leonore est la femme trompée qui s’est façonnée un époux idéal, un modèle si parfait qu’il était craint par son entourage. Maria représente la femme de l’ombre, celle qui n’a jamais rien exigé. La fin rapproche ces deux femmes unies par le même homme.

Une belle œuvre où chaque lecteur pourra y puiser sa petite leçon de vie…

 

Friedrich à sa sœur : « tu ne portes pas sur tes épaules la plaque de marbre d’une gloire, d’une gloire étrangère. […]. Mais moi, je suis éternellement sur la place publique, éternellement surveillé, l’objet de tous les bavardages, de tous les étonnements et questionnements – ô une poignée d’obscurité, un petit coin de silence, être inconnu, anonyme, étranger, pendant une semaine, une seule semaine, avoir les épaules légères, une vie légère, ma propre vie, ma vie réelle ! »

Lorsque Friedrich découvre la vérité sur le passé de son père : « Il est ressuscité en moi, et je suis moi-même ressuscité depuis que je le connais et que je me reconnais en lui... La légende que j'avais apprise s'est éteinte, la légende que j'avais apprise à contrecœur comme font les enfants contraints... je le sens désormais dans la vie, dans sa vie et dans la mienne... Oh, comme je l'aime !... Comme je l'aime !... Oh, parlez-moi, parlez-moi de lui… »

 

15/12 pour le challenge de Bladelor !

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 21:07

   

Je poursuis ma découverte de Courteline, après  La peur des coups et  Monsieur Badin, voilà encore une courte pièce destinée à rire.

            Des Rillettes arrive chez les Boulingrin qu’il a connu chez des amis communs. Il se fait une joie de les revoir, découvre avec plaisir un intérieur confortable, interroge la bonne, Félicie, à leur sujet, et compte bien profiter de leur aimable accueil. Lorsque le couple entre dans le salon, les espoirs de Des Rillettes tombent en miettes, les Boulingrin se disputent comme chien et chat, prennent leur invité à témoin, se font concurrence. Des Rillettes qui pensait être dans un « bain de sirop de sucre » dans la maison, en prend pour son grade. Il tombe brutalement sur ses fesses car mari et femme se battaient l’avantage de lui avancer une chaise, il se fait pincer, frapper, on le force à avaler de la soupe qui contiendrait de la mort aux rats…

C’est un peu Martine et Sganarelle version plus pêchue avec un témoin malheureux au centre de la dispute qui se prend tous les coups. On rit beaucoup ! La brièveté de la pièce fait penser à la nouvelle dans le genre narratif, c’est rapide, condensé et rythmé et l’auteur va droit au but. Du vaudeville à l’état pur !

 

Mme Boulingrin, empressée - Prenez ce coussin sous vos pieds.

Des Rillettes -Merci beaucoup.

Boulingrin, que la civilité de sa femme commence à agacer, et qui fourre un second coussin sous le premier - Prenez également celui-ci.

Des Rillettes -Bien obligé.

Mme Boulingrin, qui ne saurait, sans déchoir, accepter de son mari une leçon de courtoisie - Et celui-là.

Elle glisse un troisième coussin sous les deux autres.

Des Rillettes- En vérité...

Boulingrin, armé d'un quatrième coussin - Cet autre encore.

Des Rillettes- Non.

Mme Boulingrin- Ce petit tabouret.

Des Rillettes, les genoux à la hauteur de l'oeil - De grâce.

Boulingrin - Eh ! laisse nous tranquilles avec ton tabouret !

Exaspéré, il envoie un coup de pied dans la pile de coussins échafaudée sous les semelles de des Rillettes. Les coussins s'écroulent, entraînant naturellement, dans leur chute, la chaise de Des Rillettes, et des Rillettes avec.

Tu assommes M. des Rillettes.

Des Rillettes, les quatre fers en l'air - Quelle idée.

Mme Boulingrin- C'est toi qui le rases.

Boulingrin, avec autorité - Allons, tais-toi !

Mme Boulingrin- Je me tairai si je veux.

Boulingrin - Si tu veux ?

Mme Boulingrin- Oui, si je veux.

Boulingrin - ... de Dieu !

Mme Boulingrin - Et je ne veux pas, précisément.

Boulingrin - C'est trop fort !... Coquine !

Mme Boulingrin- Cocu !

Boulingrin - Gaupe !

Mme Boulingrin- Gouape !

Boulingrin - Quelle existence !

Mme Boulingrin- Je te conseille de te plaindre. (A des Rillettes.) Un fainéant doublé d'un escroc, qui ne fait œuvre de ses dix doigts et se saoule avec l'argent de ma dot : les économies de mon vieux père !

Boulingrin, au comble de la joie - Ton père ! ... (A des Rillettes.) Dix ans de travaux forcés pour faux en écritures de commerce.

Mme Boulingrin- En tout cas, on ne l'a pas fourré à Saint-Lazare pour excitation de mineure à la débauche, comme la mère d'un imbécile que je connais.

Boulingrin, à Des Rillettes - Vous l'entendez ?

Des Rillettes -Ne trouvez-vous pas que le temps s'est étrangement rafraîchi depuis une quinzaine de jours ?

Boulingrin, à sa femme - Ne me force pas à révéler en l'infection de quel cloaque je t'ai pêchée de mes propres mains.

 

14/12 pour le challenge de Bladelor !

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 14:41

 

 

Je n’ai jamais vraiment aimé l’œuvre de Pagnol… Pourquoi ? par méconnaissance sans doute, par déception (« le Château de » ou « la Gloire de » ne me laissent que des souvenirs d’un univers désuet). Au fond de moi, je savais bien que je me trompais. C’est pour cela que je m’attaquai, pleine d’espoir, au théâtre de ce natif d’Aubagne.

L’action se passe dans un bar sur le port de Marseille. César, ventripotent et bruyant est au bar, le beau et jeune Marius son fils, le seconde, et la jolie Fanny vend des coquillages. Il y a un va-et-vient continu et joyeux.

Panisse,  veuf et riche, s’est mis en tête d’épouser Fanny. Elle, secrètement amoureuse d’un Marius qui ne bouge pas le petit doigt pour la séduire, s’apprête à accepter le mariage. Marius se déclare, vexé d’avoir été doublé. Pourtant, il ne cesse d’affirmer à Fanny que malgré son amour pour elle, il « ne peut » l’épouser… en effet, ce grand rêveur n’a qu’une envie : partir en mer pour découvrir le vaste monde. A la fin de la pièce, Fanny pousse son amoureux à vivre sa passion et à embarquer à bord de « La Malaisie ». 

J’ai été très agréablement surprise par cette pièce en trois actes où on ne s’ennuie pas une seconde. Le rythme est enlevé, les personnages attachants et somptueusement dessinés, les quiproquos jamais trop lourdauds, le voyage à Marseille garanti. On sourit beaucoup, notamment lorsqu’on apprend qu’il a fallu à peine trois mois à Panisse pour se remettre de son deuil, quand la mère de Fanny, Honorine, apprend que ce n’est pas elle que Panisse veut épouser mais sa fille, on rit carrément pendant la partie de cartes de quelques tricheurs, on s’attendrit quand César et Marius se querellent avant de se lancer quelques mots d’amour…

Un extrait de la dispute entre Panisse et Marius, pour obtenir les faveurs de Fanny :

PANISSE (avec une grande noblesse)

Marius, fait un peu attention à qui tu t’adresses.

MARIUS

Je m’adresse à vous, et je vous dis que ça me fait mal au cœur de vous voir.

PANISSE

Tu n’as qu’à tourner l’œil de l’autre côté.

MARIUS

Et puis je n’aime pas qu’on me regarde d’un air sur deux airs !

PANISSE

Moi, je te regarde d’un air sur deux airs ?

FANNY

Tu deviens fou mon pauvre Marius !

PANISSE

Un pauvre fou !

MARIUS

Faites attention ! Il y a des fous dangereux, j’en connais un que la main lui démange e vous envoyer un pastisson !

FANNY

Marius !

PANISSE

A moi, un pastisson ! (Avec une commisération infinie.). Ô pauvre petit !

MARIUS

Allez, sortez un peu de la banquette, avancez si vous êtes un homme !

PANISSE

Si je te pressais le nez, il en sortirait du lait !

 

Et je continue à participer au challenge de Bladelor  avec cet étonnant score (mais j'aime ça!) :   13/12 !

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 19:57

 

 

Ma première découverte d’Ibsen,  Les Revenants, m’avait laissé un petit goût amer … J’ai bien fait de m’entêter et d’aller lire Maison de poupée !

            Nora et Torvald Helmer forment un couple très heureux. Lui s’apprête à être directeur de la société de banque dans laquelle il travaille déjà, elle, passe son temps à dépenser l’argent qu’il gagne. Entourés de leurs trois enfants, ils s’adorent, lui surnomme son épouse « mon petit panier percé », « mon alouette », « mon écureuil » ou encore « mon étourneau », elle est si fière d’avoir un mari qui lui apportera enfin le grand confort dont elle semble rêver depuis toujours.

Lorsque son amie d’enfance, Kristine Linde, la pauvre veuve, arrive, Nora déballe son bonheur avec un peu trop d’effervescence. Kristin lui reproche de n’avoir jamais connu aucun souci ; Nora raconte alors son secret : il y a quelques années de cela, son mari était très malade, pour le soigner, il fallait s’exiler au soleil. L’argent faisait défaut et Nora  contracta un emprunt à un personnage peu recommandable, Krogstad, et imita la signature de son père, faisant croire que l’argent provenait de lui. Le père mourut et Krogstad refit surface, menaçant Nora de tout révéler à son mari si elle ne le poussait pas à l’embaucher dans sa banque.

Torvald apprend la vérité, sa colère éclate car son honneur est mis en jeu. Nora s’attendait à une autre réaction et elle décide de prendre les voiles : « Vous ne m’avez jamais aimée. Vous vous amusiez seulement à être amoureux de moi. » Incarnant la parfaite poupée, Nora se rend compte qu’elle ne sait pas élever ses enfants, qu’elle n’a aucune personnalité, qu’elle n’a appris qu’à dire oui et à jouer la potiche…

« Oui c'est ainsi Torvald. Quand j'étais chez papa, il me faisait part de toutes ses opinions, et donc je les partageais. Et si j'en avais d'autres, je les cachais parce que ça ne lui aurait pas plu. Il m’appelait sa petite poupée et il jouait avec moi comme je jouais avec mes poupées. Puis je suis venue dans ta maison. »

 

J’ai vraiment bien aimé cette pièce qui est une œuvre novatrice et moderne pour la fin du XIXème siècle. A la manière de Zola, la question de l’hérédité est cependant encore très présente, les parents menteurs ne créent que des délinquants, par exemple. « J'aurais dû me douter que quelque chose de ce genre arriverait. J'aurais dû le prévoir. Avec la légèreté de principes de ton père ... Tais-toi! et de ces principes, tu as hérité. Pas de religion, pas de morale, pas de sens du devoir ... » et ces thèmes encore actuels aujourd’hui de la place de la femme dans la famille, de ses devoirs, de ses aspirations, de la notion de bonheur conjugal m’ont semblé bien traités.

 

« Non. J'ai été joyeuse, voilà tout. Et tu as toujours été si gentil pour moi. Notre foyer n'a jamais été rien d'autre qu'une salle de récréation. Ici, j'ai été ton épouse-poupée, tout comme à la maison, j'étais l'enfant-poupée de papa. Et mes enfants, à leur tour, ont été mes poupées. Je trouvais divertissant que tu te mettes à jouer avec moi, tout comme ils trouvent divertissant que je me mette à jouer avec eux. Voilà ce qu'a été notre mariage, Torvald. »

 

La petite cerise sur le gâteau, c’est l’humour. D’abord le décalage entre les noms d’oiseaux donnés à la femme par le mari et la décision finale de Nora, mais aussi celui du récit de Mme Linde qui obligée de travailler car sans un sou qui s’oppose radicalement aux paroles puériles, capricieuses et frivoles de Nora qui ne semble écouter sa grande copine que d’une oreille.

Allez, une dernière p’tite citation pour finir :

 

« HELMER

Tu es d'abord et avant tout épouse.

NORA

Cela, je ne le crois plus. Je crois que je suis d'abord et avant tout un être humain, au même titre que toi – en tous cas je vais essayer de le devenir. Je sais bien que les gens te donneront raison, Torvald, et qu’on trouve ces idées-là dans les livres. Mais je ne peux plus me contenter de ce que disent les gens et de ce qu’on trouve dans les livres. Je dois réfléchir toute seule, et essayer d’y voir clair. »

et me voilà au bout du challenge de Bladelor : 12/12 ! que fait-on maintenant? ;-)

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:06

Encore une saynète de ce dramaturge ! Ici, il n’est point question d’amant dans le placard mais de la vie de travail, de l’assiduité d’un employé.

Monsieur Badin est convoqué chez le directeur. Pourquoi ? Parce que Monsieur Badin ne vient jamais faire son travail ! Il trouve prétextes et excuses bidon et le directeur lui donne le choix : « la présence ou la démission » ! L’employé essaye d’apitoyer son patron en lui parlant du stress qu’il endure rien qu’à l’idée de venir travailler –et il part boire un coup pour se donner du courage, et au bout de quelques verres, se dit que ce n’est plus la peine d’aller bosser… Et le patron est à deux doigts de s’attendrir quand le culotté Badin lui demande une augmentation.

Encore une fois, c’est drôle, frais, simple, court, actuel même.

 

Un joli passage :

« Monsieur Badin : - Monsieur, je vais vous expliquer. J'ai été retenu chez moi par des affaires de famille. J'ai perdu mon beau-frère...
Le directeur : - Encore !
Monsieur Badin : - Monsieur...
Le directeur : - Ah çà ! monsieur Badin, est-ce que vous vous fichez de moi ?
Monsieur Badin: - Oh !...
Le directeur : - À cette heure, vous avez perdu votre beau-frère, comme déjà, il y a trois semaines, vous aviez perdu votre tante, comme vous aviez perdu votre oncle le mois dernier, votre père à la Trinité, votre mère à Pâques ! Sans préjudice, naturellement, de tous les cousins, cousines, et autres parents éloignés que vous n'avez cessé de mettre en terre à raison d'au moins un la semaine. Quel massacre ! non, mais quel massacre ! A-t-on idée d'une boucherie pareille !... Et je ne parle ici, notez bien, ni de la petite sœur qui se marie deux fois l'an, ni de la grande qui accouche tous les trois mois. Eh bien ! monsieur, en voilà assez. Que vous vous moquiez du monde, soit ! mais il y a des limites à tout, et si vous supposez que l'Administration vous donne deux mille quatre cent francs pour que vous passiez votre vie à marier les uns, à enterrer les autres, ou à tenir sur les fonts baptismaux, vous vous mettez le doigt dans l'œil ! »

11/12 pour le challenge de Bladelor

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 21:18

Ce livre aurait aussi pu s’intituler « Les Monologues du ventre » car il fonctionne un peu comme la pièce de théâtre, Les Monologues du vagin du même auteur.

            Eve Ensler déteste son ventre. Elle le trouve trop gros et ce premier constat débouche vite sur une réflexion plus générale sur le physique des femmes, sur ces défauts qu’on hait plus que tout, sur ces régimes qu’on ne cesse de commencer, d’interrompre, de reprendre et d’arrêter. J’emploie volontairement le « on » généralisant car toutes les femmes se reconnaîtront pour avoir subi cette tyrannie de l’apparence.
            Eve Ensler nous propose différentes visions, différents témoignages de femmes à travers le monde, comme elle l’avait fait pour son précédent livre. On a du mal à parler de « pièce de théâtre » d’ailleurs car, encore une fois, il s’agit de monologues et de quelques dialogues.

J’ai été un peu moins émue qu’à la lecture des Monologues du vagin, paradoxalement, ça m’a paru trop féministe, la femme comme une guerrière est une image qui ne me plaît pas tellement et puis finalement, cette  dictature du physique parfait, les hommes ne le subissent-ils pas aussi ?

A lire… mais c’est léger –et très vite lu aussi.

Un extrait touchant, celui où Eve raconte sa rencontre avec des femmes afghanes à qui il est formellement interdit de manger des glaces. Alors qu’elles risquent la flagellation voire la condamnation à mort, ces Afghanes se réunissent secrètement dans un restaurant :

« Les coupes de glace à la vanille arrivent sur la table (3 coupes). Sunita relève sa burqua, l’attache avec beaucoup de précautions sur sa tête comme si c’était un voile de mariée. Elle regarde longuement sa coupe. Elle attend que je commence la première. Tandis que les talibans encerclent le souk dans leurs camions Toyota, la glace cesse d’être mon ennemie. Sunita risque sa vie pour ce petit plaisir. Elle le partage avec moi. Je mange cette glace. Eve mange la glace. Cette douce vanille interdite se fond dans mon corps. »

Et la fin du livre… ou les évidences qu’il est bon de rappeler et nous aident à nous accepter :

-          Notre corps nous parle de toutes ces femmes  qui sont venues avant nus sue la terre.

-         Il nous parle de nous-mêmes.

-         Notre corps est notre chez-nous.

-         Un chez-nous où nous pouvons crier.

-         Ou nous pouvons nous reconnaître.

-         Nous montrer excessives.

-         Nous vider.

-         Nous remplir.

-         Notre corps est unique.

-         Notre corps est parfait parce qu’il est unique.

-         Nous sommes en parfait accord avec ce corps parfait.

-         Accord parfait.

-         Parfait accord.

-         Un corps parfait.

 

    10/12 pour le challenge de Bladelor

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 20:19

 

Je viens de découvrir le théâtre de Courteline à travers la lecture de quelques pièces et saynètes. Cet homme aux multiples talents (tour à tour journaliste, conteur, romancier, chroniqueur) a connu un grand succès à son époque, à la fin du XIXème siècle. Il n’était pourtant jamais content de lui, toujours à ronchonner et à se remettre en question. En 1899, il reçoit la légion d’honneur et est admis à l'Académie Goncourt en 1926. Il meurt peu après, amputé des deux jambes.

La peur des coups raconte une scène de ménage. « Elle » et « Lui » se disputent parce que l’épouse s’est plus ou moins laissé séduire par un militaire. Il lui reproche sa conduite de « fille », elle lui reproche d’avoir laissé faire, de ne pas être intervenu par « peur des coups ». Un homme couard et hypocrite et une femme maligne et coquine.

Ces quelques pages m’ont fait passer un excellent moment. Quand l’époux tente de s’imposer, sa femme trouve la petite faille qui le fera reculer. Une chambre à coucher, deux personnages, des dialogues drôles.

-         Lui : Donc, tu peux te le tenir pour dit : la moindre allusion à ce monsieur, la moindre ! c’est clair, n’est-ce pas ? et ce n’est plus une lettre qu’il recevrait de moi.

-         Elle : Qu’est-ce qu’il recevrait ?

-         Lui, très catégorique: Mon pied.

-         Elle : Ton pied ?

-         Lui : Mon pied en personne, si j’ose m’exprimer ainsi.

-         Elle, pouffant de rire: Pfff.

-         Lui, qui saute sur son pardessus et l’endosse : Veux-tu que j’y aille tout de suite.

-         Elle, froidement: Je t’en défie.

-         Lui, son chapeau sur la tête: Ne le répète pas.

-         Elle : Je t’en défie.

-         Lui : Fais attention.

-         Elle : Je t’en défie !

-         Lui : Pour la dernière fois, réfléchis bien à tes paroles. Solennel, la main sur le cœur.Devant Dieu qui me voit et qui m’entend, nous nagerons dans la tragédie si je passe le seuil de cette porte. 

 

 

Lui : j’ai le regret de t’apprendre que le jour où l’esprit et toi vous passerez par la même porte, nous n’attraperons pas des engelures.

 

9/12 pour le challenge de Bladelor

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 17:47

 

Je n’avais lu que quelques extraits du théâtre d’Ibsen. Ici, c’est à une pièce entière, en trois actes,  que je me suis confrontée.

Mme Alving vit seule avec sa gouvernante, Régine. Depuis peu, le fils prodigue, Osvald, est rentré à la maison. Si l’apparence du début de pièce est douce et paisible, on entre vite dans un monde de confessions : les revenants viennent hanter le présent. On se livre, on raconte, on rétablit la vérité.

Mme Alving a obéi toute sa vie aux devoirs : familiaux, religieux, conjugaux. Elle avoue au Pasteur Manders que feu son mari était et est resté un coureur de jupons toute sa vie. Il a engrossé leur domestique, Jeanne, et Régine est née de cette union. Le bébé a été adopté par le menuisier, Engstrand. Osvald aimerait faire sa vie avec Régine mais sa mère lui avoue la vérité sur leurs liens. Le jeune homme, quant à lui, est condamné : son père lui a transmis la syphilis, il meurt à petit feu.

Ne cherchez point de bonne humeur ou une occasion de vous distraire avec ces quelques pages. Le ton est dénonciateur, dur. La pièce, en 1881, a fait scandale : oser attaquer le puritanisme norvégien était inacceptable. Ibsen arrache les masques de l’apparence. L’ensemble m’a un peu ennuyée, notre monde a heureusement bien évolué mais j’ai trouvé intéressante cette idée d’héritage tragique, ce poison qu’on peut se transmettre de génération, accompagné d’un tourment éternel. Par là, l’auteur nous propose aussi une réflexion sur le libre-arbitre, l’influence sur de la société sur notre individualité, l’homme face à ses propres choix.

 

Manders. « C’est de la rébellion d’exiger d’être heureux dans cette vie. Quel droit avons-nous au bonheur ? Non, madame, nous devons faire notre devoir. Et notre devoir était de rester auprès de l’homme que vous aviez choisi et à qui vous étiez liée par des serments sacrés. »

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Mme Alving. « Un monde de revenants. Lorsque j’ai entendu Régine et Osvald, c’était comme si je voyais des revenants. Je me demande si nous ne sommes pas tous des revenants, pasteur Manders. Ce n’est pas seulement l’héritage de nos parents qui revient nous hanter. Il y a aussi toutes sortes de vieilles idées et de croyances mortes. Elles ne sont plus vivantes, mais elles nous encombrent l’esprit et nous n’arrivons pas à nous en défaire. »

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Osvald. « Ce que je voulais dire, c’est que les gens d’ici apprennent à croire que le travail est une malédiction et une punition pour nos péchés, et que la vie est une vallée de chagrins dont on a tout intérêt à sortir le plus tôt possible. »

 

8/12 pour le challenge de Bladelor

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 15:50

 

 

On va finir par croire que je suis monomaniaque, eh oui, encore une pièce de Jean-Paul Alègre ! Cette fois-ci, c’est une « vraie » pièce, complète, intégrale, ayant un début et une (très très belle) fin.

Jeff arrive au paradis avec une valise. Il va de surprise en surprise, rencontre un Dieu un peu las mais charmant et bien habillé, une fille de Dieu ( !), Angélique dont il tombe immédiatement amoureux, Saint-Pierre qui passe son temps à râler et à essuyer les mauvais jeux de mots, et enfin Marie, la douce mère de Jésus, toujours à la recherche de son fils adoré. Le problème c’est que personne ne sait d’où vient Jeff, même pas lui-même. Il a perdu la mémoire et sa valise vide ne révèle aucun indice.

Je ne vous révélerai pas la fin mais sachez qu’il est question de théâtre. L’ensemble est drôle, souvent subtil et complètement attendrissant à la fin. Ce n’est pas une mince affaire de parler de quelque chose d’impalpable et d’insaisissable, Alègre a rendu ces êtres légendaires humains : Dieu adore le Tour de France, tant et si bien que c’est en juillet que les catastrophes arrivent…, Pierre s’est découvert un amour pour le blues, Marie aimerait tant qu’on arrête de la traiter de Sainte Vierge mais qu’on la « considère comme une femme normale, avec des aspirations normales ». Et puis la disparition de Jésus laisse la porte ouverte à de nombreuses suppositions, il est sans doute sur la Terre mais est-ce « ce mineur de fond polonais, avec des larmes de charbon sur le visage ? Cet enfant qui court sur une plage de sable blond ? Cet agriculteur qui a fini de labourer son champ et dont le lourd tracteur écrase encore quelques mottes de terre luisante ? »

Rien que pour les sourires que procure cette courte pièce, pour le doux optimisme qu’elle inspire, il faut la lire. Poétique, spirituelle et musicale.

Saint-Pierre qui s’interroge sur son rôle et sa fonction : « je me demande si j’étais taillé pour naviguer à une telle hauteur. J’étais fait pour un métier manuel, moi. Apôtre, pensez donc, c’est parfois bien compliqué. Les coqs chantent au mauvais moment, on se retrouve treize à table, il faut se méfier des traîtres et des marchands du temple et je ne peux plus voir une croix sans avoir des sueurs froides. J’aurais dû viser moins haut, tiens. Faire de la musique. Mon rêve ! Chanteur de bleus ! Voilà ce qu’aurais dû faire. Chanteur de blues. »

 

7/12 pour le challenge de Bladelor

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 14:17

 

 

Petit livre fraîchement sorti ! Pour ceux qui connaissent un peu l’auteur, le mode d’emploi ne change guère : le théâtre est réduit à son plus strict minimum : la parole !

Des sketchs ou saynètes ou encore petites pièces se succèdent. Le style et le registre varient : les jeux de mots, la poésie, le surréalisme, les monologues, les quiproquos, les réécritures… on ne s’ennuie pas un instant. Le point commun ? une réflexion sur le théâtre, sur l’identité, une quête des objets perdus (qui ne sont d’ailleurs pas des « objets » mais « le sang-froid », « le Nord », « une occasion de me taire », … qu’il s’agit de retrouver !), des personnifications aussi : une ville, un rocher, etc. et des personnages qui s’appellent Personnage 1, Personnage 2 ou Personnage 3.

Si la lecture de ce recueil m’a plu, il n’entre pas de plain-pied dans la définition que je me fais du théâtre. Pour moi, il faut que ça bouge, que ça éclate de couleurs, que ça vive ! Ce théâtre-là me paraît statique, parfois même trop intellectuel ou intellectualisé. Je parle par expérience, jouant moi-même dans une troupe d’amateurs depuis une bonne dizaine d’années. Je sais que ces pièces-là ne plairaient pas à notre public. Je ne donne que mon opinion.

Certains passages m’ont subjuguée, j’ai eu un vrai coup de cœur pour la réécriture de la fable « Le Loup et le Chien » qui met face à face un « auteur de terrain » et un « auteur subventionné », c’est délicieusement bien écrit et très subtil. En voici un extrait de la fin de la fable :

« Personnage 3 : Il importe si bien que de tous vos subsides

Je ne en aucune sorte

Et préfère être libre et assumer mes bides !

Personnage 1 : A ces mots, notre auteur de terrain s’enfuit… et court encore ! 

Mais … pour reprendre haleine

Il s’arrête parfois dans des lieux où l’on aime

Le théâtre, les sons, les fards, les lumières

Bref, ces endroits que protège notre art millénaire…

L’auteur libre alors suspend un peu son pas

Et respire le grand air des planches populaires ! »

 

Amateurs de bons mots, de belles tournures et d’histoires cocasses, n’hésitez plus !

 

6/12 : mission à moitié accomplie pour le challenge de Bladelor !

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