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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 13:03

 

 

           Je ne connaissais pas du tout le Marcel Aymé dramaturge, j’en ai découvert un pan avec cette comédie en quatre actes.

          C’est l’effervescence chez les Maillard. Le père de procureur est très attendu… mais oui, il a gagné, il  réussi à obtenir la tête de son accusé ! Malgré sa bonne tête sympathique, Valorin est condamné à mort pour meurtre. L’épouse Juliette est si fière de Maillard, ses amis sont un peu jaloux, son copain Bertolier procureur lui aussi, ne s’en cache pas « c’est votre troisième tête. Pensez-y bien mon cher. Votre troisième tête. A trente-sept ans, c’est joli. » Avant de démarrer la petite sauterie dans la joie et dans la bonne humeur, on surprend Maillard avec Roberte, la femme de Bertolier. Ils sont amants depuis quelque temps. Mais ils ne sont pas seuls, … coup de théâtre : Valorin, l’accusé condamné à mort par Maillard apparaît, armé d’un revolver. Il s’est évadé et demande que la véritable justice soit rendue, car il est innocent. Son alibi est sans faille : il était avec une femme le soir du meurtre, ce n’est pas lui le coupable. Il ignorait le nom de cette femme mais il la reconnaît désormais : c’est Roberte ! Alors que Maillard a tout intérêt à camoufler la vérité, Bertolier va découvrir sa débauchée de femme sous un nouveau jour et Juliette, l’épouse prude et naïve va s’éprendre du beau Valorin.

           Certes, la pièce  a l’apparence d’un vaudeville classique où on s’échange les épouses et où les quiproquos se succèdent mais c’est bien plus que ça. En situant la pièce en Poldavie, ce pays imaginaire, Marcel Aymé, en fait une satire de la justice digne de La Farce de Maître Pathelin. Les procureurs sont les types les plus malhonnêtes du monde et c’est un délice d’entendre Maillard revendiquer une certaine morale sortie du chapeau quand lui-même est en danger de mort. Tous les personnages sans exception sont vils, sournois et hypocrites. L’ensemble respire la cruauté, la mauvaise foi. La pièce a été créée à Paris au théâtre de l'Atelier en 1952, dans une mise en scène d'André Barsacq. Elle fit immédiatement scandale prônant explicitement l’abolition de la peine de mort.

         J’ai beaucoup aimé ce texte bien écrit, audacieux, truculent et original. Dommage qu’il souffre de quelques longueurs pas toujours nécessaires. Il me semblait avoir entendu parler d’une représentation parisienne mais je n’ai pas retrouvé l’info. Quelqu’un pourra peut-être m’en dire plus !

 

Renée, une amie de la famille : « Être l’épouse d’un homme qui dispose de la vie des autres, voilà qui doit être passionnant ! »

 

 

Et une pièce de plus pour le challenge spécial Théâtre d’Eimelle !

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 13:33

 

 

              Irène est une femme mariée qui a tout pour être heureuse, épouse d’un avocat, mère de deux enfants. Autant par hasard que par ennui, elle va avoir une liaison avec Edouard, un musicien qu’elle rencontrera tous les mercredi après-midis. Sauf qu’un jour, en sortant de chez lui, Irène se fait agresser par une femme antipathique et rustre qui lui réclame des explications, lui assenant qu’Edouard est à elle. Irène, affolée, va donner de l’argent à cette femme qui n’aura de cesse de la suivre, de l’épier, de la harceler. La peur s’installe. Irène, dans la crainte que son mari ne découvre tout, quitte aussitôt son amant, mais, plus jamais elle ne retrouvera la sérénité.

              De cette nouvelle narrative bien connue,   Elodie Menant, metteur en scène, en a fait une pièce de théâtre. Comment ? Elle a d’abord imaginé les dialogues entre les personnages mais elle a aussi inventé un passé à ce couple en rupture. Sur fond de musiques des années 70. Fritz travaille trop, Irène s’ennuie sans lui. Irène dessine des croquis de mode, Fritz ne s’y intéresse que trop peu. Les enfants, dans leur couple, ne les aident pas à resserrer des liens qui se distendent de plus en plus. Jusqu’au jour où Irène va voir ailleurs si on l’écoutera et on l’aimera mieux, avec Edouard, le musicien.

           La pièce est remarquablement jouée par trois comédiens de la compagnie Carinae, des acteurs rigoureux et précis comme j’aime. Ils évoluent dans un décor sur roulettes qui représente tantôt l’appartement du couple, tantôt la rue où Irène rencontre sa persécutrice. Musique et lumières rapprochent le texte de Zweig d’une atmosphère hitchcockienne. La tension monte, les silences importent autant que le texte, le crescendo dans l’angoisse de la révélation de l’adultère rend Irène (jouée par Hélène Degy) encore plus belle et pitoyable. Le personnage de Fritz (Aliocha Itovich) est parfois rassurant, parfois très inquiétant. La seule petite anicroche pour moi a résidé dans les modifications apportées au texte de Zweig (je peux être puriste quand je veux). Très tôt, on comprend dans la pièce que le mari est l’instigateur du harcèlement. De plus, malgré la plongée dans les années 70, certaines résonnances  m’ont paru trop actuelles (des termes familiers, des allusions au divorce). Et pourquoi changer la toute fin ? Néanmoins, si ça peut vous rassurer, les amis qui m’accompagnaient et qui ne connaissaient pas la nouvelle de Zweig ont adhéré à 100% à cette pièce.

Quelques dates de tournée de la compagnie Carinae

1 avril à Cambrai
26 avril à Séléstat
12 mai à Franconville
20 mai à Livry Gargan

 

Et comme d'hab', je participe au challenge théâtral d'Eimelle!

 

 

 

 

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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 09:50

 

 

             Cyrano de Bergerac est une de mes pièces préférées, chaque fois que je la relis, je m’émerveille.

             Faut-il résumer la pièce ? Dire que Cyrano est le plus grand des bretteurs, le plus grand des poètes, le plus grand des amoureux… mais qu’il est aussi affublé du plus grand des nez ? Si le physique de Christian séduit d’abord la belle Roxane, son cœur va doucettement pencher pour l’esprit, les mots, l’âme de Cyrano à travers le corps de Christian. Ce que j’adore dans cette pièce, c’est qu’elle mêle différents registres ici parfaitement retranscrits par la troupe : le comique, le pathétique, le tragique.

               Le Grenier de Babouchka propose une version musicale, virevoltante et rythmée de la pièce de Rostand. Musicale car accompagnée d’un violoniste de talent, Petr Ruzicka qui se veut un double, une ombre de Cyrano ; dansante car les Cadets proposent un numéro drôle et énergique qui prouve leur cohésion. Mention spéciale aux hommes de la troupe et extra-spéciale à Stéphane Dauch qui est un Cyrano splendide. Il entre en scène, il est le plus petit, pas très épais non plus (on est loin du physique imposant de Depardieu) et pourtant, panache et sublime l’emportent très vite sur le reste, il court, il chante, il parle avec un naturel déconcertant, il émeut, il vole, il danse !  Voilà un prix du Off du Festival d'Avignon 2014 de la révélation masculine bien bien mérité ! Les costumes sont d’époque alors que le décor est minimaliste, un banc, un balcon, une petite table. Les deux heures de spectacle filent. Car il s’agit bien d’un spectacle complet, on en prend plein les yeux, plein les oreilles, on rit et on frémit d’émotion. Merci pour ce beau moment !

           La Compagnie du Grenier de Babouchka jouera Cyrano en février, en avril et en automne au théâtre du Ranelagh à Paris et propose quelques dates en province (Orvault, Chasseneuil-du-Poitou, Lucé, Roanne)

 

« Roxane n'aura pas de désillusions!

Dis, veux-tu qu'à nous deux nous la séduisions?

Veux-tu sentir passer, de mon pourpoint de buffle

Dans ton pourpoint brodé, l'âme que je t'insuffle! »

 

« Puisque tu crains, tout seul, de refroidir son coeur,

Veux-tu que nous fassions--et bientôt tu l'embrases!--

Collaborer un peu tes lèvres et mes phrases?. . . »

 

« C'est une expérience à tenter un poète.

Veux-tu me compléter et que je te complète?

Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté:

Je serai ton esprit, tu seras ma beauté. »

 

 

 

 

 

 

Et je participe au challenge théâtral d’Eimelle !

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 07:59

 

 

           Cette courte pièce de théâtre tourne autour du pouvoir des mots. Deux amis se retrouvent après un long moment. Le premier, H.1 demande des explications au second, H.2, car il lui semble avoir ressenti une certaine distance, un certain froid vis-à-vis de lui dernièrement. H.2 le fait un peu languir avant de lui avouer : quand il s’est vanté d’un certain succès, H.1 lui aurait répondu « C’est biiien… ça ».  Après cette offense, cette blessure, H.2 aurait voulu rompre mais il n’en a pas eu « l’autorisation ». L’autorisation est donnée par un groupe de personnes non déterminé qui estime, ici, que H.2 a tendance à vouloir rompre souvent avec amis ou membres de la famille. Il est donc celui qui brise une relation « pour un oui ou pour un non ». H.1 ne se laisse pas démonter pour autant et toutes les rancœurs, les incompréhensions, les mesquineries du passé ressurgissent pour, au final, mettre un terme à cette amitié.

           A travers une joute verbale délicieuse et souvent drôle, cette pièce met parfaitement en valeur la fragilité des relations humaines, le pouvoir parfois destructeur des mots et des intonations. Elle nous renvoie à nos propres disputes qui ont malheureusement souvent pour point de départ une baliverne, un mot prononcé trop haut, une phrase lâchée trop vite.

           La pièce, créée en 1981 comme une pièce radiophonique ne nécessite aucun décor, aucun accessoire. Avant-gardiste, elle laisse toute la place au dialogue. La belle mise en scène de Jacques Lassalle est à voir ici.

 

H.2 : Il y avait entre « C’est bien » et « ça » un intervalle plus grand : « C’est biiien… ça… » Un accent mis sur « bien »… un étirement : « biiien… » et un suspens avant que « ça » arrive… ce n’est pas sans importance.

 

             Encore une participation pour le challenge théâtral d’Eimelle !

 

 

 

Bonne rentrée à tous !

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 20:29

 

 

               Encore et toujours à la recherche d’une bonne comédie pour ma troupe de théâtre, j’ai découvert cette comédie en quatre actes, intelligente et fine, créée en 1951.

              Nous sommes dans la famille Jacquet. Attention, Monsieur Jacquet n’est pas n’importe qui, il est sénateur et il se bat contre l’avortement… Il se trouve que sa femme, Olympe, tombe enceinte ! A un âge bien avancé, avec deux enfants adultes, c’est une catastrophe ! Va-t-elle garder l’enfant ? Mais il y a pire, le fils, Georges, a couché avec la secrétaire de M. Jacquet et l’a mise enceinte, rendez-vous compte, une secrétaire ! La liste des surprises n’est pas terminée : la fille, Annie, attend elle aussi un enfant de son futur mari, mais avant leur mariage, quel scandale ! Pour couronner la tout, la bonne est enceinte d’un livreur de frigo !

              A une époque où un bébé hors mariage était de nature à déplaire tout le voisinage et bien plus, les Jacquet vont tenter de se dépatouiller de cette situation. Théâtre de boulevard par excellence, l’intrigue à rebondissements semble peu crédible à notre époque et pourtant, je me suis régalée de plonger dans un monde que je n’ai pas connu. Fausse naïveté et candeur feinte sont les clés de cette comédie. Pour ne pas nous déplaire, ça sent bon le Molière parfois. La secrétaire enceinte du fiston qui allait être gentiment éconduite devient tout à coup très intéressante parce qu’elle est une personne « de qualité » dirait M. Jourdain, parce qu’elle vient d’une famille russe célèbre, « si célèbre que le régime communiste a même conservé dans plusieurs villes des statues de savants, d’astronomes éminents qui furent les oncles ou les grands-pères de Natacha. ». A propos de grand-père, Annie a réussi à mettre le sien dans la poche, il a feint une attaque cardiaque afin d’avancer le mariage de la belle…

               Même si la pièce a vieilli, si le thème n’est plus d’actualité, la lecture a été bien agréable, souriante et plaisante. C’est bien  écrit, ce qui n’est pas toujours le cas pour tous les vaudevilles, normal c’est André Roussin de l’Académie française qui en est l’auteur. Sachez aussi que c’est Marthe Mercadier qui interprétait le rôle de Mme Jacquet et que Monsieur le Sénateur n’était autre que Guy Tréjan.

Encore une pièce pour le challenge théâtral d’Eimelle !

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 17:20

               

 

              Toujours à la recherche de bonnes comédies et de vaudevilles pour ma troupe d’amateurs, je tombe parfois sur des pièces complètement différentes de ce que je cherche… Vie privée est une pièce de théâtre américaine en quatre actes qui a été traduite par Pierre Laville (titre original : The Philadelphia Story).

               Juin 1939. Les Lord sont de très riches Américains qu’on retrouve ici dans leur maison de campagne, à quelques kilomètres de Philadelphie.

               Tracy, la fille aînée de la famille, s’apprête à se marier… pour la deuxième fois. Au milieu des préparatifs d’un mariage grandiose, débarque Dexter, l’ex-mari de Tracy qui la prévient qu’un piège va se refermer sur eux : un couple de journalistes, Liz et Mike, sont prêts à révéler au grand jour, dans leur journal à scandale, la liaison du père de Tracy et d’une pin-up. Ils n’en feront rien si la richissime famille accepte de se faire photographier et suivre tout le long de la journée des noces. Dexter en profite pour tenter de reconquérir Tracy. Mais c’est plutôt dans les bras de Mike que la froide beauté va trouver refuge.

               Une pièce romantique qui n’a de romantique que le décor et les costumes. L’intrigue manque de consistance, les personnages sont plutôt froids et parfois amoraux et incompréhensibles (la mère de famille, Margaret, ne semble pas perturbée de savoir que son mari la trompe).  Les dialogues sont pourtant bien écrits et la pièce doit être plus belle à voir qu’à lire… Elle a connu un immense succès à Broadway avant d’être portée à l’écran en 1940 par George Cukor, avec Katherine Hepburn, Cary Grant, James Stewart et John Howard.

Je participe encore et toujours au challenge théâtral d’Eimelle :

 

 

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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 11:11

 

 

            Après avoir apprécié la lecture de la pièce « Art », j’ai voulu découvrir un autre pan du travail de cet auteur.

             Henri et Sonia sont parents du petit Arnaud. On est dans leur salon, un soir. Une dispute commence parce qu’Arnaud, qui est déjà au lit, réclame à manger. Sonia choisit l’intransigeance : cet enfant s’est brossé aux dents, il est au lit, il n’aura rien. Henri est plus indulgent, il est prêt à lui donner un quartier de pomme. Oui, mais l’enfant (qu’on ne verra jamais sur scène) en veut toujours plus, ce qui augmente la tension dans le couple. Ils crient. On sonne à la porte. C’est un couple d’amis, les Finidori qui devaient venir le 17… mais on est le 17 ! Les hôtes affolés, accueillent tant bien que mal leurs invités. Placards et frigos sont vides, on attendait les Finidori le lendemain soir.  Ils font ce qu’ils peuvent avec chips, Babybel et Fingers… Il s’agit d’un rendez-vous intéressé, Henri a besoin de Hubert pour grimper les échelons dans sa boîte.

           Deuxième acte ou chapitre ou version : on prend les mêmes et on recommence. Cette fois, le métier d’astrophysicien des deux hommes est mis en valeur, comme pour mieux accentuer le manque de mérite des femmes qui ne comprennent rien à rien.  Hubert fait du gringue à Sonia qui l’accepte volontiers.

            Dans la troisième et dernier version, les personnages se révèlent encore davantage, le ton se fait plus acerbe, Hubert court littéralement après Sonia et réussit à l’embrasser.  On a mis un DVD à Arnaud qui vit sa petite vie d’enfant, seul, dans la pièce d’à côté.

           La lecture fut divertissante, l’idée de départ est excellente et le début m’a beaucoup plu mais j’aurais aimé que l’auteur enfonce davantage le clou quitte à ridiculiser complètement les personnages, on est dans une comédie satirique quand même ! La dernière version est trop courte et m’a laissée sur ma faim. Dommage. A noter que Yasmina Reza elle-même a joué le rôle d’Inès (la femme de Hubert), aux côtés notamment, de Richard Berry et de Catherine Frot.

 

Je participe encore et toujours au challenge théâtral d’Eimelle :

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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 17:45

 

 

            Pièce de théâtre en 14 séquences qu’on peut aisément qualifier de « drame ». Mauvignier, qui s’est illustré dans l’écriture de récits (Autour du monde), se fait connaître ici en tant que dramaturge.

            Un homme, le Père, revient dans sa maison familiale à l’occasion de l’enterrement de son père. Accompagné de sa femme, la Mère, il rencontre Elisa, une jeune fille discrète qui affirme être sa fille. En effet, le Père et la Mère ont perdu leur fille aînée une dizaine d’années auparavant, mystérieusement disparue près d’un bois, non loin de cette maison familiale.

            Alors que la Mère ne veut même pas rencontrer cette fille qu’elle accuse de n’être qu’une usurpatrice, le Père fait venir le Fils de la ville. Lui aussi a son mot à dire, lui aussi veut sans doute revoir sa sœur dont la disparition a hanté toute la famille. Mais la Mère s’entête, cette Elisa ne peut être sa fille, le Père aimerait y croire. Les cordes trop tendues lâchent, la mère avoue qu’elle ne peut voir revenir une fille qui a grandi,  qui n’est plus telle qu’elle l’était alors : « Elle a six ans et elle aura toujours six ans. »

           Après le calme du début de la pièce, la tension monte, les vérités claquent, les faux-semblants se révèlent au grand jour. Le style de Mauvignier apporte une puissance à cette histoire de fille retrouvée (ou non retrouvée, la pièce ne donne pas de réponse), une force aux relations si fragiles des personnages. J’ai trouvé de nombreux points communs entre ce texte et Le Voyageur sans bagage d’Anouilh mais ici, on insiste sur ceux qui restent, sur cette mère qui pense que son mari en sait plus qu’elle, sur ce fils à qui on ne fête plus les anniversaires avec le même engouement, sur la vie qui prend finalement un masque, un masque sordide, on fait semblant de vivre sans en sentir la vraie saveur.

          Un joli moment de lecture. Les indications scéniques, très importantes et très précises, sont tout aussi intéressantes que les répliques. L’auteur privilégie la sobriété et la simplicité pour mettre en valeur les êtres et les sentiments exprimés : « Ce qui travaille d’abord, c’est la notion de frottement : l’intime se joue entre les êtres sur le plateau. Silences, dénis, non-dits, souffles entre les corps. »

          Le cri du cœur d’une mère pour son fils, pour « celui qui reste » … : « Tout mon amour… mais c’est elle mon amour, c’est à elle que je l’ai donné, à son absence, à son manque… tout mon amour c’est ce qui me déchire toutes les minutes de ma vie alors… qu’on donne tout à celui qui reste ? Mais… je ne peux pas, je n’ai jamais pu. Et le pire, c’est que de toute façon, je ne veux pas. Tu entends ? Je ne veux pas. »

 

Et je participe au challenge d’Eimelle !

 

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 18:12

 

 

            Déjà découverte par extraits, je me suis enfin pris le temps de lire cette très ingénieuse pièce de théâtre (pourtant courte).

            Serge a acheté un tableau. Un tableau blanc, tout blanc. Non, on voit quand même des lisérés blancs. Le comble, c’est qu’il l’a payé deux cent mille francs. Et ça, son copain Marc a du mal à l’accepter. L’autre copain, Yvan, est plus conciliant : « Si ça lui fait plaisir… il gagne bien sa vie. »

          Ce tableau monochrome est le point de départ d’une énorme dispute entre ces trois potes et l’occasion de remuer de vieilles rancunes et d’évoquer de nouveaux problèmes. Il y a Yvan, un peu veule, qui se voit reprocher de n’avoir aucune personnalité et qui doit lutter pour ne pas faire apparaître le nom de sa belle-mère sur la carte d’invitation de son mariage, il y a Serge, le dermatologue, qui n’a jamais le temps, qui est donc « obligé d’aller à l’essentiel » et ne jure que par Sénèque. Il y a Marc qui ne peut s’empêcher de qualifier le dernier achat de Serge de « merde ».

         Par le rire, Yasmina Reza parvient, dans cette comédie de mœurs, à nous faire réfléchir sur l’art et sur la modernité en particulier. Moderne est aussi un adjectif qui pourrait qualifier cette pièce au décor forcément minimaliste, qui ne s’appuie que sur les répliques des personnages… qui bougent peu. On est loin du temps de Molière où les comédiens bondissaient, couraient, se cachaient, multipliaient grimaces et pitreries. Et pourtant la mayonnaise prend, on sourit, on se retrouve dans certaines répliques, ça fleure bon le quotidien et la fin est une remarquable preuve d’amitié entre les trois hommes. Je n’ai eu aucun mal à imaginer les trois acteurs Fabrice Lucchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck interpréter les rôles des copains. Dommage qu’il n’y ait pas de place pour la femme là-dedans !

Et c’est toujours chez Eimelle qu’on lit du théâtre :

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 02:11

 

 

            Pièce de théâtre des années 80 regroupant cinq personnages hauts en couleur interprétés, en 1984, par quelques célébrités (Ginette Garcin, Maria Pacôme, Patrick Bruel, …)

             Emilie est une femme d’un certain âge qui gagne sa vie en tirant les cartes. Elle vit avec celui qu’elle considère comme son fils, Henri, la vingtaine. Elle l’a recueilli dès sa naissance, sa mère prostituée étant morte peu après l’accouchement. La copine d’Emilie, c’est Jaja. Jaja est une clocharde heureuse qui trouve régulièrement refuge dans la très modeste maison d’Emilie.

             Michel, un journaliste, veut faire un reportage dont le sujet porte sur les squatters, il souhaiterait interroger et filmer Emilie. C’est sans compter le bagou et l’enfance complètement romancée qu’elle offre à notre reporter. L’arrivée de la jolie Lucille, la photographe, va semer le trouble chez le frétillant Henri qui, même s’il ne voulait plus continuer ses études, se lasse de faire le clown dans la rue pour gagner quelques sous.

           Des propositions d’ordre professionnel, des débuts d’histoire d’amour, des promesses de vivre mieux vont perturber notre trio initial et amènent Emilie à réfléchir sur sa vie, ce qu’elle espère pour Henri. J’ai beaucoup aimé les petits moments de tendresse, les brèves réflexions sur l’essence de la vie. Les personnages sont joyeux et volubiles pour une comédie légère et profonde à la fois. La critique qui se trouve à la fin de la pièce disant qu’ « on meurt de rire » n’est franchement pas honnête mais ça doit être très sympathique à regarder (et à jouer !)

 

HENRI. Et toi qu’est-ce qu’il te prend maintenant de grimper aux arbres chaque fois que j’ouvre la bouche ?

JAJA. C’est vrai, Emilie. Il ne peut plus rien dire le pauv’ chien sans que tu l’engueules.

EMILIE. Parce que depuis quelque temps, il prend un ton sentencieux qui m’agace.

HENRI. Ve qui t’agace surtout et qui te rend grognon, c’est ta propre inquiétude.

EMILIE. Ma quoi ?

HENRI. Mais oui Emilie… tu es inquiète, je le sais bien. Je t’observais tout à l’heure pendant que tu préparais ton baluchon…. Le cœur n’y était pas vraiment, t’as plus la joie, tu sais plus sur quel pied danser… et du coup… nous… on perd le rythme.

 

 

C'est Eimelle qui nous gâte avec son challenge théâtral : 

 

          C'est Sophie et ses bavardages qui met à l'honneur la journée mondiale du théâtre ! Pour l'occasion (mas c'est pas fait exprès!), je suis sur scène, ce soir, avec ma troupe adorée!

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