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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 20:58

           Cet écrivain m’a d’abord enthousiasmée, puis déçue. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai débuté cette lecture.

Trois récits, trois vies, trois femmes. La première s’appelle Anne et vit à Bruges à la Renaissance. Elle fait partie des rares privilégiées à pouvoir se marier à un bel homme qui la veut et malgré cette chance, la jeune femme fuit, elle erre dans la forêt et va se cacher dans le tronc d’un chêne, et « arbre puissant, hypnotique ». Anne n’est bien qu’en communion avec la nature, elle parle avec les arbres et les animaux, même un loup l’a apprivoisée. Evidemment, les humains s’en méfient. Seul un moine, Braindor, veillera sur la jeune femme, la guidant vers un béguinage pour qu’elle associe sa pureté au mysticisme religieux.

Hanna vit, elle, à Vienne, au début du XXème siècle. Mariée à Franz, un très riche aristocrate, elle a tout pour être heureuse. Pourtant, elle se réfugie dans une passion, les sulfures, de manière un peu trop fanatique pour être saine. Les lettres qu’elle envoie à son amie Gretchen nous permettent d’assister à l’évolution de sa personnalité, à la découverte de ses besoins les plus intimes, à ses séances avec un psychanalyste (nous sommes à l’époque de Freud !). Elle va finir par s’émanciper et se détacher complètement de son mari qu’elle croyait tant aimer.

Anny côtoie les plus grands studios d’Hollywood, à notre époque. Brillante comédienne, elle n’a que vingt ans et passe son temps libre à se saouler, à coucher avec n’importe qui et à se droguer. Elle ne se sent vraie que quand elle joue. Petit à petit, elle va apprendre à dire non à son agent et va se rapprocher d’Ethan, un infirmier qui ne lui veut que du bien…

Ces trois femmes sont liées par leur besoin de liberté mais aussi parce qu’elles se démarquent de leurs contemporains (de leurs contemporaines surtout), elles jouent le rôle du canard boiteux.  C’est l’évolution de ces femmes qui est le plus intéressant. D’abord, elles essayent de nier leur différence puis s’en effrayent avant de s’y accoutumer et d’en faire une force. Le ton est résolument féministe et c’est même très étonnant de savoir que l’auteur est un homme. J’ai beaucoup aimé les chapitres consacrés à Anne et Hanna, ceux réservés à l’Hollywoodienne m’ont paru un peu trop enclins à tomber dans la marmite bouillonnante des clichés et j’ai été encore plus sceptique face au personnage d’Ethan. J’ai moins aimé la fin car le rapprochement presque concret des trois femmes est un peu artificiel. Mais j’avoue que Schmitt m’a épatée, il a su réaliser trois portraits à la fois différents et si proches, avec une finesse et un souci du détail vraiment intéressants. Par le biais du fil directeur du miroir, il propose une jolie réflexion sur l’identité, la quête de soi et l’image qu’on peut ou qu’on veut donner aux autres.

Anne : « Il y a dans l’univers un amant invisible, un amant à qui je dois tout et que je ne remercierai jamais assez. Cet amant, il se trouve partout et nulle part. C’est la force de l’aube, c’est la tendresse du soir, c’est le repos de la nuit. C’est tout autant le printemps qui épanouit la terre que l’hiver qui l’économise. C’est une force infinie, plus grande que le plus grand d’entre nous. »

 

Hanna : « A Vienne, je vivais tel un oiseau en cage, une jolie perruche au plumage chatoyant, que son mâle propriétaire se régalait d’exhiber. Je méconnaissais le bonheur même si je croyais le posséder ; du coup, je me plaignais constamment de ne pas l’apprécier. […] Mon mariage avec Franz n’avait que l’apparence d’une réussite. Quoiqu’il fût jeune, je considérais mon mari comme un père, un patriarche qui m’enseignait ma conduite, les usages du monde, les devoirs d’une épouse. Je ne l’aimais pas, je le révérais. Au lit ou en société, je lui obéissais. » 

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commentaires

Edelwe 24/07/2014 20:40


Un gros coup de coeur! J'ai vraiment aimé la construction de ce roman!

Violette 25/07/2014 10:18



moi aussi j'ai beaucoup aimé. C'est la fille la plus "moderne" qui m'a le moins touchée.



Emma 10/07/2014 12:07


J'en ai lu pas mal à un moment et puis j'ai laissé un peu tomber.

Violette 12/07/2014 09:53



je crois que c'est le cas pour beaucoup de lecteurs. Ce roman fait cependant partie de ses meilleurs, d'après moi.



Alex-Mot-à-Mots 16/06/2014 09:10


Un bon cru de cet auteur, alors. J'aime beaucoup la couverture, en tout cas.

Violette 16/06/2014 10:40



oui moi aussi, je craque pour Lempicka!



Manu 15/06/2014 09:56


Je trouve qu'il y a toujours un peu trop de bons sentiments chez cet auteur.

Violette 15/06/2014 20:40



je suis d'acccord avec toi, et c'est le cas ici encore mais c'est peut-être plus subtil que dans certains de ses autres romans.



A_girl_from_earth 15/06/2014 00:11


Tiens, pareil que toi mon expérience avec Schmitt ! Enfin, pas vraiment déçue mais disons que c'était un peu toujours pareil du coup je me suis lassée. Mais je compte tester ses derniers romans
prochainement.

Violette 15/06/2014 11:20



j'en ai encore quelques-uns dans ma PAL, je les lirai donc aussi...



Valérie 14/06/2014 18:54


Je commence son dernier roman demain. Il m'a l'air un peu léger. 

Violette 15/06/2014 11:24



comme souvent chez Schmitt! La Femme au miroir l'est moins, je trouve.



L'Irrégulière 14/06/2014 11:24


Je l'avais beaucoup aimé !

Violette 15/06/2014 11:27



il fait partie du "bon" de Schmitt.



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