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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 04:34

 

 

            Pièce assez originale puisqu’elle mêle plusieurs genres : le comique, le burlesque, le dramatique et le philosophique.

            Pepino et Antonia  sont un couple de pauvres Siciliens, naïfs mais sympathiques, peu cultivés mais gais. Ils vivent dans une masure avec leur fils Angelo (gamin boiteux mais dynamique et serviable) et la sœur de Pepino, Yolanda, contrainte de faire la pute sur le port pour rapporter quelques sous à la maison.
            Chaque année, c’est le même rituel : Olga de Charanz, extravagante princesse milliardaire, baroque et insolente, passe quelques jours dans l’île et s’adonne à sa préoccupation favorite : le jeu de cartes. Elle l’apprécie d’autant plus qu’elle gagne toujours, elle bénéficie d’une chance extraordinaire, elle a la « baraka », d’où son surnom.

            Cette année, Pepino et Antonia, ses adversaires de jeu, décident de tout faire pour gagner, ils se croient imbattables grâce à leurs grimaces et leurs clins d’œil de connivence mais la princesse mène le jeu, peu dupe.

            L’alternance dans les dix tableaux, on se retrouve tantôt dans la maison misérable des Siciliens, tantôt dans le salon majestueux d’Olga, m’a plu. Comédie de mœurs mais aussi réflexion sur l’argent et ses pouvoirs. Les deux pauvres vont se mettre à gagner et cette victoire éphémère déclenchera une rébellion dans les rues siciliennes. Les retournements de situation rythment la pièce et la fin se montre subtile sans tomber dans le manichéisme.

            J’ai trouvé plein de qualités à cette comédie en dix tableaux : une certaine tendresse dans le traitement des personnages, un humour souvent grinçant, parfois cruel même (qui m’a fait penser à La visite de la vieille dame de Dürrenmatt), une grande originalité -ne serait-ce que géographique – le suspense qu’elle crée nous éloigne du classique vaudeville trop prévisible. Certes, on n’éclate pas de rire à tout bout de champ mais j’ai lu la pièce d’une traite, sans cesse intriguée par la suite des événements, amusée par les diverses cocasseries.

            Deux petits bémols : la pièce est un peu longue et le langage parfois inutilement vulgaire.

            A part deux-trois petites répliques similaires, j’ai trouvé cette comédie bien éloignée de La Perruche et le Poulet, du même auteur.

 

 

« Olga. – Mes chéris-chéris ! Chéris ! Embrassons-nous ! (ils obéissent) Que je suis heureuse de vous revoir en forme ! Elégants ! Vous avez dû faire fortune au jeu cet hiver ! Il va falloir que je joue serré !! Un an passé, déjà ! Embrassons-nous encore ! (Re-baisers) Champagne ! Cocktails ! Gâteaux ! (Pasqualina obéit et disparaît) »

 

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:54

  

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            J’avais vu une bonne partie du film entièrement inspiré de cette pièce et le littéraire m’a mieux plu que le cinématographique.

            C’est une pièce originale et particulière puisqu’elle exige un grand nombre de comédiens et qu’elle se passe dans différentes salles d’un musée. Autant de scènes que de visites. Les personnages sont donc des visiteurs, mais aussi des gardiens, un conservateur, un ministre, des manutentionnaires, des élèves, des artistes, des œuvres d’art… un joyeux méli-mélo coloré.
            Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler, même si l’auteur nous exhorte dans son « avant-visite » à suivre « le sens obligatoire » de son itinéraire, on pourrait aisément lire une scène puis passer à une autre une vingtaine de pages plus loin et revenir en arrière, etc. Les remarques, commentaires, dialogues, conversations qu’on surprend sont truculents et très drôles. Ribes excelle dans l’art de diversifier les formes d’humour : jeux de mots, comique de répétition (ce groupe de touristes qui s’applique consciencieusement à prononcer Paul Gauguin : « Pa-öl Gog-an » ou le conservateur antinature qui apparaît régulièrement), humour noir, remarques potaches et surtout cette dimension absurde, de plus en plus présente au fur et à mesure qu’on avance dans la pièce. On croise des professionnels, des amateurs, des connaisseurs mais surtout un sacré paquet d’ignares.

            Je crois qu’il est préférable de piocher de temps en temps une ou deux scènes. J’ai lu la pièce d’une traite et il y a un petit côté lassant pour certains tableaux un peu longuets. Seul minuscule bémol car l’idée est remarquablement surréaliste (la fin surtout), les répliques sont délicieuses, le décor vraiment original – je rêve de voir cette pièce jouée (sur une scène, pas sur la toile…), la mise en scène m’intrigue.

  

De petites pépites qui vous donneront envie, je l’espère :

      VALERIE. T‘as bu Daniel, pourquoi t’as bu ? Tu vas voir les impressionnistes tout nets.

DANIEL. Je m’en fous.

 

 

      JOSEPHA. Moi, c’est clair et net, Michel-Ange me fait chier.

SOPHIE. Comme moi Mozart.

JOSEPHA. Et Beethoven aussi il me fait chier.

SOPHIE. Ah oui ! Alors celui-là c’est le pire !

 

 

      Des gardiens expliquent à une femme les dommages collatéraux qu’implique leur métier :

GARDIEN 3. Mais ce qui domine c'est la sensibilité, une énorme sensibilité... on baigne du soir au matin dans la sensibilité. On est bien d'accord Robert ?

GARDIEN 2. C'est sûr, la sensibilité c'est quatre-vingts pour cent de notre environnement.

GARDIEN 3. Quatre-vingt-dix Robert.

GARDIEN 2. Quatre-vingt-dix.

GARDIEN 5. Et ça attendrit à force.

GARDIEN 1. Ça nous perce la cuirasse.

GARDIEN 2. Et ça finit par ronger.

LA FEMME. A ce point'?

GARDIEN 4. Vous réalisez ce que c'est que d'être du matin au soir devant Goya, Rodin, Eugène Boudin...

GARDIEN 2. ... Ou même devant un petit vase précolombien grand comme ça...

GARDIEN 1. Ça ronge pareil.

GARDIEN 2. Dès que c'est beau, ça ronge.

GARDIEN 3. Et on n'en sort pas indemne, madame.

LA FEMME. Quand on visite, on ne s imagine pas un instant...

GARDIEN 4. On sait.

LA FEMME. On pense même que vous êtes des privilégiés par rapport, je ne sais pas moi, aux postiers.

GARDIEN 4. Postiers, madame, c'est de la rigolade, elles sont en timbres leurs œuvres d'art…

GARDIEN 2. Un Delacroix d'un centimètre sur deux, c'est désagréable, mais ça vous esquinte pas.

GARDIEN 5. Tandis que nous, quand on sort d'ici le soir, on a du mal à acheter un paquet de cigarettes, ou à boire une bière comme les postiers.

GARDIEN 3. On ne sait plus bien où on est, où on va, qui sont ces gens dans la rue avec des imperméables.

GARDIEN 2. C'est ça, on ne sait plus ce qu'est un imperméable.

GARDIEN 3. Et surtout la personne qui est dedans. On s'en fout de l'imperméable, Robert. On est bien d'accord '?

GARDIEN 2. On est d'accord, on ne sait plus qui est l'homme dans l'imperméable quand on a trop longtemps gardé Man Ray ou Soutine.

GARDIEN 4. Ou le Greco, moi c'est surtout le Greco qui m'abîme...

LA FEMME. Le Greco vous abîme ?!

GARDIEN 4. Il me tape... Il me frappe le Greco... Il me retourne profond.

GARDIEN 3. On est dérouté.

LA FEMME (émue). Je ne savais pas tout ça, je vous jure que je ne savais pas.

GARDIEN 5. Asseyez-vous simplement trente minutes devant une tapisserie des Flandres, une grande, six mètres sur quatre, à petits points, Périclès à la bataille des Thermopiles par exemple.

GARDIEN 2. Ou La Visite de la tente de Saba tau roi Salomon, celle-là elle décoiffe !

GARDIEN 1. Trente minutes pas plus, et puis essayez après d'aller acheter du pain ou une crème contre les gerçures ou de parler à la maîtresse de votre fille, vous verrez comme c'est facile...

LA FEMME (de plus en plus bouleversée). J'imagine.

GARDIEN 4. Pourquoi croyez-vous que toutes les collections privées finissent dans les musées ?

GARDIEN 5. Les gens ne peuvent pas tenir.

GARDIEN 2. Un petit chef-d’œuvre en appartement jour et nuit, ça vous fout une famille en l'air, au bout de quoi ?

Six, sept ans ?... On est bien d'accord ?

GARDIEN 3. Tout à fait d'accord.

GARDIEN 1. Ou plus longtemps, mais c'est qu'ils le cachent derrière un rideau.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 13:33

 

 

 

            Il arrive souvent que j’aie quelques trains de retard. Ca fait des années que j’entends parler de cette pièce qui étonne, qui fait sourire, qui scandalise. Il était temps que je m’y attelle, étant, évidemment, concernée par le sujet.

            J’ai lu ce petit livre d’une traite, complètement crispée sur les pages, le souffle court et les cinq sens en alerte. Dans l’introduction, l’auteur (une femme, bien sûr, vous auriez pu imaginer qu’il s’agirait d’un homme ? autant croire qu’il puisse neiger à Marseille au mois d’août… vous remarquerez d’ailleurs qu’un maigre espoir exsude de ma formidable comparaison !), l’auteur donc, nous explique que son œuvre est fondé sur les interviews de plus de deux cents femmes à propos de leur vagin. Quand on lit ça dès la première page, ça peut paraître suspect. Comme Eve Ensler le dit elle-même très justement, ce mot de « vagin » est tabou, tout comme le sexe de la femme. Celui de l’homme, on en cause plus facilement. On en est fier ou penaud, on parle de centimètres, on félicite le petit garçon pour son beau zizi, etc. Et pour la femme ? Etant maman d’un garçon puis d’une fille, je me suis moi-même surprise à dire à ma petite chérie « non, tu n’as pas de zizi, toi, tu n’as rien… » quelle horreur ! bien sûr qu’il n’y a pas « rien » ! Et voilà ce que l’auteur tente de nous exposer.

            Les monologues proprement dits sont entrecoupés de « réalités sur le vagin » qui sont des données scientifiques, statistiques ou historiques. Les deux parties m’ont pareillement intéressée. J’ai été profondément bouleversée par ces pages, elles sont une ode à la femme, une force, un combat. 

            Pourquoi ce livre est-il si intense ? Parce qu’il est vrai, intime, à contre-courant, drôle, sérieux, léger, essentiel et même indispensable. Toutes les femmes devraient l’avoir lu mais également les hommes, qu’ils s’instruisent un peu les ignares (je les malmène un peu ces derniers temps, les pauvres, …)

Des extraits :

-         « Le clitoris est pur par définition. C’est le seul organe du corps humain fait purement pour le plaisir. Le clitoris n’est qu’une simple boule de nerfs. Huit mille terminaisons nerveuses, pour être tout à fait précis. C’est la plus forte concentration de terminaisons nerveuses qu’on puisse trouver dans tout l’organisme. Plus que le bout des doigts, plus que les lèvres, plus que la langue et deux fois plus, je dis bien DEUX FOIS PLUS que le pénis. Alors, je vous le demande : qui voudrait d’un fusil à un coup quand on a en sa possession une mitraillette ? »

 

-         « La vente des vibromasseurs est interdite par la loi dans les États suivants : Texas, Georgie, Ohio et Arkansas. Si vous vous faites prendre, vous risquez une amende de dix-mille dollars et un an de travaux forcés. En revanche, dans ces même États, la vente des armes est parfaitement légale. Et pourtant, on n’a jamais vu un massacre collectif causé par un vibromasseur. »

-         « Au XIXe siècle, les petites filles qui apprenaient à développer leurs capacités orgasmiques par la masturbation étaient considérées comme des cas médicaux. Souvent, on les « traitait » ou « corrigeait » par l’excision ou la cautérisation du clitoris ou encore « en créant une ceinture de chasteté miniature », c’est-à-dire en cousant ensemble les grandes lèvres pour mettre le clitoris hors de leur portée, et même par castration, avec ablation chirurgicale des ovaires. En revanche, il n’y a pas d’exemple dans la littérature médicale d’ablation chirurgicale des testicules ou d’amputation du pénis pour empêcher la masturbation chez les petits garçons.
Aux États-Unis, la dernière clitoridectomie à but curatif de la masturbation connue a été enregistrée en 1948 - sur une petite fille de cinq ans. »                   
L’Encyclopédie des mythes et des secrets de la femme.

 

            Je me tais et je vous laisse lire, j’ai trouvé le texte (complet il me semble) ici 

 

            La pièce de théâtre créée en 1996 a été traduite en 46 langues et jouée dans plus de 130 pays. Toute une pléiade d’artistes, de chanteuses, de comédiennes l’ont présentée. Et le site est là : http://www.lesmonologuesduvagin.com/

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 12:31

 

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            Depuis quelques semaines, vous trouvez la vie trop joyeuse ? Les gens qui vous entourent vous aiment, vous leur rendez bien et cette dimension trop prévisible de la vie commence à vous agacer ? La littérature française, quant à elle, vous paraît optimiste, limpide, sans surprise, toujours trop gaie ?  J’ai la solution pour vous !

            En quelques répliques, Marie Ndiaye nous transporte dans un univers sombre et féroce. Trois femmes : Mme Diss et ses deux belles-filles, Nancy et France. La scène se joue devant la maison du fils de Mme Diss, en pleine campagne, sous un soleil de plomb. La plus âgée n’est ici que pour réclamer de l’argent à son fils. Nancy, l’ex-femme du même type, est là en quête d’informations. Elle a abandonné son enfant à son père, l’enfant – Jacky – est mort mystérieusement. Mme Diss lui raconte alors, sur le ton indifférent de celle qui s’en fiche que le père a longuement maltraité son fils avant de l’enfermer dans une cage avec des vipères. France, elle, admire ouvertement Mme Diss mais elle reste sous la domination tyrannique de son mari (le fils de Mme Diss) qui n’apparaîtra jamais mais sera bien présent par son despotisme, voire son vampirisme. La métaphore du repas glisse discrètement le long des pages. Si le père a tué son fils, s’il l’a « mangé », c’est pour mieux revivre, pour puiser force et vitalité dans cet acte meurtrier.

            Cette lecture plus qu’inquiétante m’a donné froid dans le dos. La pièce porte bien son titre. Tout n’est que venin, perfidie et cruauté ! Qu’est-ce qu’on est loin du théâtre classique ! Cette pièce a quelques traits de famille avec le théâtre de Beckett, mais j’ai eu bien plus de mal à adhérer au style froid qui met en valeur les rapports de soumission et de persécution entre les personnages. Œuvre riche mais troublante, déstabilisante mais philosophique.

Quelques répliques :

« NANCY. – Et … mon pauvre garçon ?

MME DISS. – Par une certaine chaleur de la voix le père a du faire de moi son associée plus que je ne le pensais.

NANCY. – Tu battais le petit Jacky ?

MME DISS. – Je ne le battais pas mais je ne trouvais pas déshonorant qu’il fût battu, comme, semblait-il, il ne souffrait pas. S’il ne souffrait pas.
NANCY. – Il devait bien souffrir. »

 

            Notons que Marie Ndiaye a été, en 2009, l'auteur francophone le plus lu !

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 08:23

 

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            Les relations maîtres – valets à la sauce Guitry, voilà ce que nous propose cette pièce en trois actes.

            Le rideau s’ouvre sur Madeleine, la femme de chambre et Adèle, la cuisinière, qui papotent tranquillement dans la cuisine. De qui parlent-elles ? De leur patronne, évidemment ! Odette Cléry vit presque à temps complet avec son « ami », Félix, ministre des Postes. Entre fourneau, évier et verres de rouge, ça cause, ça jase, ça critique. Les patrons rechignent à engager une autre personne  pour leur séjour à Deauville où ils ont pourtant l’intention d’inviter plein de monde. Finalement, un candidat se présente, un valet de chambre nommé Désiré. Le jeune homme en question est très présentable, il plaît et a d’excellents certificats rédigés par ses anciens patrons. Mais un problème se pose, celui-là même qui a conduit Désiré au licenciement : Odette a appelé l’ancienne patronne du valet qui lui a avoué quelque chose qu’elle avait tu dans sa lettre de recommandation.  Il s’est passé quelque chose de très intime entre elle et son employé d’alors. Désiré lui-même passe ingénument aux aveux : « que Madame passe en revue toutes les choses qu’un homme et une femme peuvent faire quand ils sont seuls… ». L’ancienne patronne s’était donc vue contrainte de licencier Désiré suite à leur aventure d’une nuit. Désiré promet à une Odette offusquée que cela ne se reproduira plus, que, de toute manière, « Madame » ne lui plaît pas particulièrement. Odette l’engage, mi-amusée, mi-intriguée.

            Désiré se révèle être un serviteur dévoué, précis, prompt et attentionné. Au bout de quelques jours, Félix informe sa compagne d’un fait bien étrange : depuis une semaine, elle parle dans ses rêves érotiques de son valet de chambre. On ne contrôle pas ses rêves, bien entendu, Odette elle-même s’étonne et s’en veut. Parallèlement, en cuisine, les domestiques se moquent des rêves trop bruyants d’un Désiré qui paraît amoureux de sa patronne. Ce thème de l’amour forcément interdit entre une patronne et son valet m’a semblé nouveau et subtilement décrit par Guitry. La comédie des apparences n’est pas en reste. Félix est un ministre, « or, ces hommes-là, pour avoir l’air un peu parisien, il faut bien qu’ils aient des maîtresses », d’ailleurs quand Félix craint pour son place, il pense épouser Odette.

            Le rideau tombe sur cette jolie réplique de Désiré : « Le bon Dieu a dû me foutre le cœur d’un autre, à moi, c’est pas possible ! »

            Après Molière et Marivaux, Guitry titille et secoue lui aussi le monde bien établi des petits bourgeois et de leurs valets bien plus intelligents qu’eux, mais il est encore tendre et même sentimental, c’est peut-être dû à la jeunesse de l’œuvre… Et comme toujours, certaines phrases et répliques sont à noter :

-         « Je crois que quand on s’aime pour plus d’une raison, c’est qu’on ne s’aime pas vraiment. »

-         Les femmes et leur accoutrement : « D’ailleurs, vous vouez vous épatez entre vous, femmes ! … D’ailleurs, les hommes qui s’imaginent que les femmes s’habillent pour eux sont des naïfs ! … Vous ne vous habillez pas pour les hommes… vous vous habillez contre les femmes ! »

-         « c’est rigolo, n’est-ce pas, les patrons… ils nous font venir devant eux, ils vous regardent sur toutes les coutures, ils vous posent cinquante questions, on leur répond ce qu’on veut, et c’est nous qui sommes tout de suite fixés. Nous, nous savons chez qui nous entrons, et eux, ils ne savent pas qui ils prennent. »

 

            Comme le prouve l'illustration, on a adapté la pièce au cinéma (comme souvent chez Guitry qui était aussi cinéaste... et comédien!). N'est-elle pas superbe et kitsch à souhait, cette affiche? (sortie du film : décembre 1937.)

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 12:45

 

            Je n’ai jamais rien lu de Sacha Guitry mais je connais, comme tout le monde sans doute, ses bons mots et ses allusions misogynes. Cette pièce en quatre actes a connu un grand succès et a été représentée pour la première fois au Théâtre des Bouffes-Parisiens en octobre 1916.

            Le premier acte nous présente un mari et sa femme en train d’attendre dans le salon d’un Monsieur qui les avait conviés à venir à quatre heures moins un quart. Le mari s’impatiente car il a un rendez-vous de la plus grande importance à quatre heures avec un Américain du Sud qu’il doit revoir le soir même. On comprend rapidement que c’est d’une femme qu’il s’agit. Son épouse n’est pas dupe, elle propose d’ailleurs subtilement à son mari de l’accompagner à sa soirée. Il est quatre heures passées, le mari quitte l’appartement.

Surgit alors celui qui s’appellera « Lui », beau garçon, « heureux de vivre, content des autres, enchanté de soi ». Il avoue que ce rendez-vous n’était qu’un prétexte pour la voir, « Elle ». Il savait que son mari devait partir à quatre heures. Elle répond à son amour en acceptant de revenir ans son appartement le soir même.

            L’acte II n’est qu’un long monologue de Lui. Il a fixé rendez-vous à sa maîtresse qui ne l’est pas encore mais il doute, hésite, craint qu’elle ne vienne pas, imagine l’itinéraire qu’elle prend pour le rejoindre. Ce passage est d’un savoureux ! Une vraie prouesse d’acteur qui passe par tous les sentiments, qui imite, qui singe, qui mime, qui se prend pour un autre, qui feint d’être plusieurs. Un plaisir !

            L’acte III réveille les amants tendrement enlacés dans le lit. Hélas, la nuit est passée, tous deux se sont endormis et il est déjà huit heures du matin ! Pour la femme, c’est abominable, pour l’amant, c’est charmant : « Vous ne vous rendez pas compte que nous sommes en train de vivre des minutes incomparables… inoubliables ». A court de mensonges, il lui propose le mariage. Lorsqu’elle est presque convaincue, on frappe à la porte et c’est le mari qui appelle à l’aide. Lui aussi s’est laissé aller à oublier l’heure cette nuit, il a découché tout comme sa femme ! L’amant rusé l’envoie chez une vieille tante ; son excuse sera qu’il sera allé la voir pour la soigner. Il lui ordonne de ne revenir que deux jours plus tard.

            Les deux jours ont passé. La femme est seule à l’acte IV. Elle rédige une longue lettre pour son amant momentanément sorti. Elle ne peut rester avec lui et veut retrouver son mari. Le rideau se ferme sur les retrouvailles entre les deux amants qui se font une joie de profiter des quelques heures qu’il leur reste.

 

 

            Personne n’est épargné dans ce vaudeville. Point de victime, point de coupable dans ce trio amoureux délirant et fantasque. Mensonges et faux-semblants sont la clé de cette pièce drôle et légère. Le personnage féminin de la pièce s’appelle « la femme » quand elle est avec son mari (elle est l’épouse en fait), et simplement « Elle » quand elle est avec son amant…

 

Quelques pépites :

 

         « Etre marié !... ça, ça doit être terrible. Je me suis toujours demandé ce qu’on pouvait bien faire avec une femme en dehors de l’amour ».

         « Pourvu qu’elle ne soit pas malade !... Elles ont toujours quelque chose, c’est vrai. On dirait qu’elles ont deux fois plus d’organes que nous ! … Pourvu, surtout, mon Dieu, qu’elle n’ait pas réfléchi. Car elles ne font que des bêtises quand elles réfléchissent ».

         « Elle – Pourquoi nous serions-nous disputés ?

               Lui – Vous êtes mariés ! »

         « un assassin, c’est un cambrioleur qu’on dérange »

 

            Sacha Guitry écrivait et jouait ses pièces, nous lui devons pas moins de 150 pièces et il a abordé tous les genres… il passait pour misogyne mais il s’est tout de même marié cinq fois !

                                       

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 09:40

 

 

            C’est avec un réel plaisir que je me suis replongée dans une lecture d’Anouilh, un dramaturge que j’aime beaucoup. Cette pièce en deux actes est à la hauteur de son talent.

            Le ton est donné d’entrée de jeu : c’est l’Auteur qui parle. « Ce qu’on va jouer ce soir, c’est une pièce que je n’ai jamais pu écrire. J’en ai écrit beaucoup d’autres, que vous avez eu l’indulgence d’applaudir, depuis bientôt trente ans… ». C’est donc une pièce inachevée qui nous est proposée. Un policier dans lequel la cuisinière d’une maison appartenant à un comte a été tuée. Un commissaire intervient pour questionner le personnel et les tous les habitants de la maison. On entre alors dans cette maison par l’intermédiaire de ce décor sur deux étages (la cuisine et l’étage des pauvres en bas ; le salon des riches en haut), mais on entre aussi dans le quotidien de leur vie. Comme l’Auteur n’a pas pu écrire la suite de la pièce, ce sont les personnages eux-mêmes qui la poursuivent, à leur façon.
            Jolie réflexion aux accents pirandelliens sur l’écriture, sur le lien entre l’auteur et ses personnages. L’Auteur s’attendrit devant ses personnages, doute, s’interroge et les interroge mais il ne semble plus maîtriser la situation à partir d’un moment. « Qu’est-ce que vous voulez faire avec des personnages comme ça ! » ; « Ah ! je me demande bien pourquoi je l’ai inventé, celui-là ! » ; « C’est bien simple, je ne sais plus où on va ! », le Commissaire lui  répond : « Soyez énergique. Intervenez. Montrez-leur le canevas de la pièce. » L’Auteur, piteux : « Je n’en avais pas ». Ou encore : « Qu’est-ce que vous racontez, Madame ? Et d’abord qui vous a permis de parler ? C’est insensé ! Je vais boire un café pendant l’entracte, je reviens… et ils parlent ! »

            C’est délicieux, j’ai toujours aimé les mises en abyme, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, je trouve cela vertigineux, on ne sait plus trop où on en est, la magie de la fiction est parfois brisée, on la relance, elle est entrecoupée de réflexions, il y a quelque chose d’intime dans ce procédé, presque d’indécent, l’écrivain se met à nu…

            Chez Anouilh, le talent ne s’arrête pas là. Le lecteur-spectateur assiste à une tragédie mais aussi à une comédie. On pleure et on rit, on passe, en l’espace de quelques répliques de la compassion à la légèreté.

            Et le style d’Anouilh !!! Il m’a toujours épatée. On nous apprend depuis tout petit qu’il vaut mieux éviter les « il y a », les « on » ou les « ça » à gogo, et chez Anouilh, ces petits mots très courants aspirent à créer une phrase simple, sobre et touchante. Vraie.

            Lorsque le séminariste demande à Adèle si ce n’est pas trop dur de se lever la première, l’hiver, elle lui répond : « Un peu. Au moment où on cherche les allumettes et où on allume la lampe qui sent le froid. Et puis, quand le petit bois a commencé à prendre dans le fourneau ; il y a un moment ou on est bien. On a presque peur que les autres s’éveillent. Les autres qui descendent, c’est la journée qui va recommencer. »

            Malgré les interventions de l’Auteur, l’intrigue se dessine, elle se fait tantôt policière, tantôt philosophique, tantôt sociale. Des thèmes comme la paternité, la relation maître-domestique, la condition de la femme ou le déterminisme social sont évoqués avec justesse dans cette « grotte » aux multiples sens, où on peut opposer les ténèbres à la lumière, le caché à l’apparent. D’où la phrase du commissaire « Il s’agit d’y voir clair, mais de ne pas y voir trop clair ».

Je pourrais citer les ¾ des répliques mais je vous offre mes préférées :

-         Réplique de Marie-Jeanne, la cuisinière, qui ne sert que le mauvais café aux riches et garde le bon pour le personnel : « ils auront vécu  toute leur vie sans savoir ce que c’était du café frais… Il y a des trous comme ça, dans la vie des riches… »

-         Le Petit : « Elle est morte maintenant. Et je ne dis jamais rien sur les morts. » Le Commissaire : « Tu sais, les morts, c’est des anciens vivants. Un salaud mort, ça ne fait pas un saint ».

-         Le Comte qui explique à son épouse que les classes sociales ne doivent pas se mélanger : « Je vous avais dit qu’il ne fallait jamais descendre en bas.  Chacun doit jouer son rôle là où le sort l’a placé. Le sort vous a placée dans les salons du premier étage ; quand vous avez besoin de quelque chose, ma chère, sonnez. C’est juste ou c’est injuste, mais il est malsain de se le demander. Sonnez, voilà tout. On montera. Mais ne vous préoccupez jamais de ce qui se passe dans les sous-sols. »

 

La Grotte, publiée en 1962, est une des Nouvelles pièces grinçantes.

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 10:21

            

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               Cette pièce est une comédie policière en trois actes.

Le lieu : une étude de notaire tranquille dans un quartier parisien.

L’époque : les années 60 – un soir d’automne.

L’action : une standardiste très bavarde, surnommée la Perruche découvre son patron poignardé. Hélas pour elle, le cadavre disparaît mystérieusement. On appelle l’inspecteur Grandin qui, couvant une mauvaise grippe, se montre furieux d’avoir été dérangé pour rien. Mais Alice n’en démord pas, elle a bien vu son patron, Maître Rocher, avec un poignard dans le dos. Alors, y a-t-il eu réellement crime ? Si oui, à qui profite-t-il ? Et qui est le coupable ? Autant de questions que ne manquent pas de se  poser la police et le personnel de l’étude. Mais qui sera le plus perspicace dans la résolution de l’énigme, l’inspecteur Grandin, alias « Le Poulet » ou la standardiste à la langue bien pendue ?

            Ce huis clos a le mérite d’allier comédie, farce et suspense. Les situations cocasses se multiplient, les caractères bien trempés s’affrontent et les nombreux rebondissements rendent la pièce pimentée et captivante.
Pour moi, ce n’est pas une simple lecture puisque dans le rôle de la Perruche, c’est moi qui m’y colle. Rôle de composition car dans la vraie vie, je ne suis pas la reine des pipelettes.

          Avec ma troupe que j’accompagne depuis maintenant dix bonnes années, nous jouerons six fois. Quand le trac cédera sa place au plaisir, ce sera le pied ! La première c’est le 11 mars, croisez les doigts pour moi ! ;-)

Un petit extrait :

« Bavarde quand je veux, quand ça m’arrange… Méfie-toi toujours des personnes qui parlent trop, c’est toujours pour ne pas te laisser le temps de réfléchir ! »

         Conséquence directe de deux semaines de répétitions intenses et de représentations : je serai sans doute un peu moins présente ici…

 

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3 septembre 2010 5 03 /09 /septembre /2010 16:48

 

Patrice a suivi la femme qu’il aime depuis trois mois, Jane, jusqu’à chez elle. Il est en colère parce qu’il sent qu’elle lui ment. En effet, Jane lui présente Bernard, son mari (qui en réalité son père). Puis Françoise, sa sœur enceinte et mère porteuse (c’est faux). Ce n’est que le début d’une avalanche de mensonges tous plus gros les uns que les autres. Patrice tente de suivre l’imagination débridée de son amoureuse mythomane couverte par sa famille. Son père s’est laissé embarquer plusieurs fois dans ses mensonges par le passé. Patrice va-t-il résister à cette succession de mensonges et de tromperies ? On devine la fin dès la deuxième page.


          Une comédie gentillette et un peu godiche qui ne vaut pas vraiment le détour. J’ai passé un agréable moment tout de même sans qu’il en vaille pour autant la peine d’en retenir une seule réplique.

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 17:59

 

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Ce drame fait partie du recueil intitulé Le Théâtre en liberté. L’œuvre de Victor Hugo est une somme, et il le prouve une fois de plus dans ce volume qui contient des comédies mais aussi des drames, et qui mêle des thèmes variés.

La jolie Cyprienne et sa mère Etiennette sont dans une situation critique : le grand-père de la jeune fille, le major Gédouard est malade de puis deux mois, il donnait des cours de musique qui permettaient à la famille de subsister. Depuis son immobilité, les deux femmes sont ruinées et l’huissier s’apprête à saisir l’ensemble de leurs biens.

C’est l’arrivée de Glapieu qui va changer la donne. Glapieu est un des personnages hugoliens les plus extraordinaires. Clochard, il a quelque chose d’un Sganarelle ou d’un Arlequin ; philosophe, cynique, généreux et lucide, il est le maître des expressions bien frappées. Thème cher à Hugo, cet homme en haillons a commis un vol dans sa jeunesse et l’a payé le restant de ses jours. « C’est grave. Quinze ans et onze mois, on est un polisson, 15 ans et 13 mois, on est un bandit. » Il passera trois ans dans une maison d’éducation où il « apprend » à forcer des coffres-forts.

Ø  « La société s’est donné la peine de faire de toi un voleur, et n’entend pas en avoir le démenti ».

Ø  « J’étais venu à Paris dans l’intention de faire peau neuve et d’être l’ornement de la société » mais Glapieu est traqué : « je suis si essoufflé que je n’ai pas le temps de devenir vertueux. »

Glapieu, poursuivi par la police, demande à Cyprienne l’autorisation de traverser une chambre de leur appartement pour pouvoir s’enfuir par une autre fenêtre.

L’huissier arrive, ainsi que Rousseline, un traître cupide qui a été l’homme de confiance du grand-père Gédouard. Rousseline veut épouser Cyprienne, en échange, il annulera la dette de 30 000 francs. Le cœur de la jeune femme est ailleurs, elle aime Edgar Marc, qui, sans le sou, ne peut encore l’épouser. La situation rappelle de mauvais souvenirs à Etiennette qui a vécu la même histoire ; elle n’a pas été mariée au père de Cyprienne et celui-ci s’est volatilisé après avoir été soldat. Elle se fait passer pour une veuve pour dissimuler sa honte (quelle époque tout de même !).

Il est extrêmement ardu de résumer toute cette pièce. Etiennette retrouve son ancien amant qui se révèle être le baron de Puencarral, riche banquier. Les « mille francs de récompense » du titre sont ceux promis par le baron pour retrouver un portefeuille confié à Edgar, caissier chez le baron. Edgar a, en réalité, donné l’argent à la famille de sa bien-aimée, pour sauver le piano du grand-père. Glapieu finira par remettre le portefeuille et l’argent au banquier qui, ému par l’honnêteté de Glapieu, l’engage immédiatement comme gardien destiné à surveiller son coffre-fort. Ironie du sort !

A la fin, les amoureux sont réunis, les problèmes d’argent ne sont plus qu’un mauvais souvenir, et les retrouvailles entre le banquier alias Cyprien André et Etiennette sont dignes de Notre-Dame de Paris.

 

Cette pièce aux accents baroques, influencée par Molière ou encore par la commedia dell’arte, est difficile à mettre en scène et à jouer.

Il neige sur scène à certains moments. La scène est souvent divisée en compartiments, les répliques des personnages sont longues, les monologues nombreux. Certains passages sont chantés et costumés. On sait que l’univers carnavalesque est cher à Hugo, on le retrouve ici.

 

Une œuvre riche pour ce drame qui tient plus de la comédie dans certaines scènes. Et toujours et encore des phrases percutantes :

Rousseline :

Ø  « être heureux, c’est être riche ».

Ø  « la vertu finit où la bêtise commence ».

Glapieu :

Ø  « A peine a-t-on résolu ce problème, entrer, qu’il faut résoudre celui-ci, sortir. Voilà la vie. »

Ø  « le paradis, ce doit être cela, un homme qui a eu froid toute sa vie et qui trouve là-haut un bon feu, et qui étale dans la chaleur son onglée »

Ø  « Voyons l’affiche – Moi, je suis un liseur d’affiches. Les murs de Paris, c’est mon cabinet de lecture. »

Ø  « Remettons-nous un peu en marche. Pas de stationnement. Le stationnement est malsain. L’hiver le déconseille et la police le défend. »

 

 

 

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