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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 09:52

 

 

Il ne m’a fallu que deux petites pages pour faire taire mes doutes et savoir que j’adorerai ce bouquin ! On ne s’ennuie jamais avec Jean Teulé, c’est sûr !

Le marquis de Montespan a la chance d’épouser, plutôt par hasard, la très belle François de Mortemart. Leur amour est passionnel, charnel, exclusif. Teulé en profite pour nous décrire leurs très fréquentes parties de jambes en l’air avec la crudité et l’humour qu’on lui connaît. Tout irait donc pour le mieux chez les Montespan si ce n’est que l’argent vient à manquer. Chance incroyable, le roi Louis XIV a repéré Françoise qui trouve plus chic de se faire appeler Athénaïs, il la trouve jolie et l’invite à la cour. Ce qui devrait être le plus grand des privilèges pour la famille et pour Montespan devient un perpétuel tourment pour notre marquis mordu. Le roi tombe amoureux d’Athénaïs, il en fait sa favorite. Les ruses et les stratégies de Montespan pour reconquérir sa belle sont variées et originales : il fait mettre d’immenses cornes à son carosse, il s’introduit dans la chambre de la femme du roi pour le rendre cocu, il organise une cérémonie d’enterrement de son amour… Louis XIV riposte, bien entendu : Montespan se retrouvera exilé en Espagne puis appauvri et déclassé.

Quels portraits ! au pluriel, oui, car non seulement, Teulé nous peint un homme amoureux, tenace et surtout audacieux parce que défiant le roi, mais il nous offre aussi un tableau pittoresque de la France du XVIIème siècle. Mêlant la réalité historique et la fiction, l’écrivain nous montre un pays gouverné par une monarchie absolue aberrante et dépravée. Le lecteur ne peut avoir qu’une seule consolation : ne pas avoir connu ce siècle de grandeur dégoûtante, de cupidité et de duperie !

On se marre tout le long. L’épisode narrant la rencontre entre le jeune futur roi d’Espagne, complètement con et débile est absolument hilarant. Apprendre en riant, voilà un pari réussi pour ce roman historique léger et bien écrit.

 

Le spectacle de la guillotine : « La hache d’un bourreau cagoulé s’abat d'un mouvement si net et rebondissant que la tête de Saint-Aignan reste sans tomber du billot. L'exécuteur croit avoir manqué son coup et qu'il faudra frapper une seconde fois lorsqu'elle s'effondre sur cinq autres couvrant le plancher de l'estrade. En tas comme des choux, on dirait qu'enfin réconciliées elles se font toutes des bises partout : sur le front, les oreilles, la bouche (elles auraient dû commencer par là, de leur vivant). »

Lors d’une petite sauterie à l’hôtel particulier des Montausier : « Assise sur une chaise percée garnie de son bassin en étain, elle chie en société tandis que les nobles qui l’entourent font un concours de vents qui les amuse follement. Elle-même lâche des perles. »

Parce que Françoise, désormais très influente à la cour, a reçu une gifle qui lui a laissé l’empreinte des doigts sur sa joue… : « Le lendemain matin, revenant à l’hôtel Montausier en titubant, Montespan découvre que toutes les femmes ont maintenant les deux joues maquillées d’une baffe ».

Et un joli résumé de la personnalité de Montespan : « Il faut avoir une marque du sang échauffé, le cerveau modelé d’une autre manière que le commun des hommes, pour oser, dans cette universelle ruée vers la servitude la plus rampante, élever la tête au-dessus des dos courbés et accuser l’idole en face. »

 

Lu dans le cadre du challenge Biographie de chez Alinea

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 14:48

 

 

Philippe, par un malheureux concours de circonstances - sa femme le quitte, donc il n’est plus assez  productif au boulot, sa femme le met à la porte, donc il délaisse son travail avant de qu’on le vire – se retrouve dans la rue. C’est le début d’une longue chute dans les entrailles de l’enfer. Il dort sur un banc public et se fait voler chaussures et chaussettes. Il est obligé de fouiller les poubelles. Son ex-femme a changé d’adresse et il n’a plus de contact avec sa petite princesse de fille, Claire.

            Une lueur lui permet de remonter légèrement la pente, c’est ce chien Baudelaire, qui le sauve d’une bagarre sanglante. Philippe finit par retrouver le propriétaire de ce chien, Bébère le Berbère, qui l’aide de son mieux. Petit à petit, Philippe s’approche de la lueur qui le sortira du gouffre. Une femme bien intentionnée appelle la mère de Philippe et lui raconte tout. Car bien sûr, la honte traverse les journées en plein air de Philippe.

On se demande souvent comment « ces gens » peuvent en arriver là, un prof de philo, un vendeur des Galeries Lafayette… un mauvais coup du sort et une pichenette de faux amis font très vite basculer la situation. J’ai été choquée par l’attitude de l’ex-femme qui fout son mari à la porte puis ne réagit pas du tout en sachant qu’il dormait dehors, je suis restée abasourdie devant le pote qui refuse de l’héberger, même momentanément.

J’ai dévoré ce livre, j’ai été happée par cette déchéance qui pourrait nous arriver à tous, j’y ai trouvé plus de suspense que dans les meilleurs polars. La variation de rythme, les chapitres courts permettent le lecteur de ne pas lâcher le livre. Ce n’est pas le roman de l’apitoiement mais celui de l’espérance, du regain, de la deuxième chance. Si tous devraient le lire, les clochards pourraient y puiser une force pour sortir la tête de l’eau. Sans être véridique, cette histoire s’apparente à un témoignage, fort, poétique et édifiant.

De petits bémols, j’étais un peu frustrée face à la quasi absence de « notre » Baudelaire à tous dans le roman. Bébère est féru des écrits de l’écrivain d’où le nom qu’il a donné à son chien et on peut lire ici ou là de petits extraits de l’œuvre mais c’est tout. Second bémol, le chien. Il prend trop de place d’après moi, c’est lui qui sauve Philippe de la situation, ça m’a gênée, comme si les hommes ne suffisaient pas. Ca m’a gênée parce que c’est peut-être la réalité.

Le lecteur de ce récit ne pourra plus jamais ignorer un SDF, ne pourra plus lui refuser au moins un regard de compassion, un sourire, voire une petite pièce… espérons-le.

 

« L’avenir se vit au présent. Un présent qui ne se conjugue pas. Ou uniquement au mode infinitif. Parce que aujourd’hui ressemble à hier, et demain à aujourd’hui.

Manger. Dormir. Boire. Rester propre. Emmaüs. Mendier. Regarder la date sur la une des journaux. Penser à Claire.

Marcher. Lavomatique. Dormir. Uriner. Compter les jours. Manger. Restos du Cœur.

Trouver des vêtements. Secours catholique. Marche Déféquer. Faire la manche.

Rester digne. Ne pas devenir fou. Uriner. Compter les jours. »

Un clochard est aussi un discret spectateur permanent de la vie parisienne :

« Des oiseaux crient haut dans le ciel lorsqu’il ouvre les yeux. A l’autre bout de la rue, deux hommes des services de propreté de la ville, vêtus de leur combinaison verte, nettoient la chaussée et les trottoirs. Véhicule miniature et kärcher longue portée. Papiers, mégots et détritus sont rejetés sans ménagement dans le caniveau, puis dans les égouts. Plus loin, un boulanger lève le rideau de fer de son commerce. A l’angle, un serveur installe es tables et les chaises de sa terrasse. »

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 18:27

Première approche d’un auteur qui a plutôt le vent en poupe sur la blogosphère ces derniers mois.

Jiselle est une charmante hôtesse de l’air, un peu triste d’être encore célibataire à trente passés. Un jour, un petit miracle se produit : le beau et charismatique Mark Dorn, ce pilote veuf et adulé de toutes les femmes, s’intéresse à elle. Bien plus, les deux filent le parfait amour et se marient rapidement. Mais (vous vous doutez bien qu’il ne peut y avoir qu’un « mais » lourd comme pavé) Mark est veuf et a trois enfants. Jiselle s’installe dans la grande maison familiale et, bon gré, mal gré, délaisse son métier pour s’occuper de ses beaux-enfants. Là encore, point de surprise : ça se passe relativement mal avec les deux jeunes adolescentes mais Sam, le petit dernier, apprécie Jiselle. Mark, toujours dans les airs, aux quatre coins du globe, ne fait que de brèves apparitions.

Cet équilibre déjà bien instable se voit complètement chamboulé lorsque les événements nationaux (nous sommes aux Etats-Unis…) et internationaux s’accélèrent. Une épidémie de grippe sévit. Elle prend de telles proportions qu’elle est comparée à la propagation de la peste et constitue une menace sur le bon fonctionnement du pays : coupures d’électricité, invasions d’oiseaux, gens qui meurent rapidement puis vivres qui viennent à manquer, essence inexistante. Mark, un jour est « retenu » en Allemagne. Il ne donne des nouvelles que par téléphone, coups de fil à chaque fois plus brefs.

            Je suis passée par plusieurs phases, une grande excitation pour ce début pourtant digne des romans de Mary Higgins Clark (le mariage parfait avec le bel éphèbe ne manque jamais de capoter…), de l’étonnement et de la curiosité à l’apparition des premiers symptômes (l’auteur ne manque pas d’humour, Britney Spears est une des premières star à succomber à l’étrange maladie) puis une légère lassitude, l’impression de nager dans des eaux stagnantes, l’électricité est coupée, les gens meurent, il faut trouver de quoi se nourrir, l’électricité est rétablie, elle est à nouveau coupée, …  et puis, l’impression que l’écrivain ne sait pas où elle veut aller : mariage ratée ou récit de fin du monde ? … et enfin, une belle, belle surprise. Ce roman aux accents apocalyptiques se termine par une jolie note positivement humaine où notre société de consommation est mise à mal pour être définitivement tuée.

Phénomène troublant également : la distance de Jiselle par rapport à tout ce qui lui arrive, elle n’a pas envie de fuir (je crois bien que je l’aurais fait à sa place !), elle est touchée mais de loin par les événements. Autre chose : l’exclusion des Etats-Unis, ce pays considéré comme responsable de la propagation de l’épidémie. Vous l’avez compris, ce roman est dense et riche.

Je poursuivrai ma découverte des écrits de Kasischke, c’est sûr.

Un extrait, pris plus ou moins au hasard : « Les gazons naguère impeccablement bordés de pétunias et d’impatiences, les jardins piquetés de pensées, étaient méconnaissables. Herbe et mauvaises herbes s’élevaient à hauteru de hanche. Les pétunias étaient mangés de sumac vénéneux. Les si domestiques pensées s’entremêlaient de fleurs sauvages, chardons t liserons. Au moment où elle ralentissait pour se conformer à la limitation des quarante kilomètres par heure, Jiselle avisa sur une véranda un fauteuil à bascule complètement recouvert par une plante grimpante portant des fleurs effilées violettes comme elle n’en avait jamais vu. Les jardinières des appuis de fenêtre vomissaient leur contenu en longs cordons feuillus et fleuris qui pendaient le longe des murs. Toutes les automobiles étaient stationnées et il n’y avait personne sur les trottoirs ni à proximité des maisons. »

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 23:13

 

C’était la première fois que j’ouvrais un livre de Jonathan Coe. Entre ce moment-là et celui où je l’ai refermé, il s’est passé un peu moins de trois heures. Vous l’avez compris, j’ai lu ce roman d’une traite (ou presque !).

            La vie de Maria se déroule devant nos yeux tel un tapis qu’on étale sur le sol, lentement, progressivement. L’existence de cette femme, qu’on cueille à la fin de l’adolescence, n’est pourtant pas dépourvue de heurts. Maria n’est pas comme les autres, elle ne répond pas aux attentes des gens qui l’entourent, elle ne fait pas ce qu’elle « devrait » faire, elle n’entre pas dans la norme, elle est surprenante, décalée, voire complètement déjantée. Face aux gens, elle fait généralement preuve d’indifférence ; face aux événements et aux changements de sa vie, c’est la nonchalance et le m’en-foutisme qui l’accompagnent.

            Si Maria est un peu cinglée, avouons que les personnes qu’elle rencontre sont assez particulières : une colocataire qui ne croit qu’au langage des yeux (et qui est une parfaite dinde dont le portrait est hilarant), un amoureux transi qui la demande en mariage au moins une fois par jour, un mari qui la bat et qui a inculqué à leur enfant de 4 ans que sa mère ne vaut rien, une « copine » qui veut coucher avec elle… Avec Jonathan Coe, le lecteur va de surprise en surprise !

Malgré une vie ratée -celle de Maria- et une vision de la vie assez pessimiste, ce roman m’a amusée de bout en bout. Et pourquoi ? parce que le style de l’auteur est cocasse, il nous montre les grosses coutures du travail de l’écrivain, il évoque son art et ses contraintes. Combien de fois Coe s’adresse-t-il au lecteur ? « Ca ne vous dérange pas que je raconte ça au passé ? Je trouve l’autre temps vraiment épuisant. », « comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants ». L’écrivain est à la fois le Dieu tout-puissant qui gouverne ses marionnettes de personnages, et à d’autres moments, ce même écrivain se laisse comme emporter par la personnalité survoltée des protagonistes, il ne maîtrise plus rien. Ce n’est pas vraiment nouveau, mais ça me plaît toujours ! … et m’a donné envie de d’approfondir l’œuvre de cet écrivain britannique qui a sans doute lu Irving…

« Rien n’est plus misérable que le souvenir du bonheur, position qu’on peut occuper de divers points de vue, comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants. Dans le même ordre d’idées, à moins qu’il ne s’agisse d’un ordre d’idées opposée, rien n’est plus plaisant que la perspective du bonheur, et quand je dis « rien, je n’emploie pas ce mot à la légère. Car le bonheur en soi, se disait Maria, n’avait guère de poids comparé au temps passé soit dans sa perspective, soit dans son souvenir. En outre, l’expérience immédiate du bonheur paraissait complètement détachée de l’expérience de son attente ou de son souvenir. Jamais elle ne le disait, quand elle était heureuse : « C’est ça, le bonheur », et jamais donc elle ne l’identifiait comme tel au moment où elle le vivait. Ce qui ne l’empêchait pas de penser, quand elle ne le vivait pas, qu’elle avait une idée très claire de ce qu’il recouvrait. La vérité, c’est que Maria n’était vraiment heureuse que lorsqu’elle pensait au bonheur à venir, et je crois qu’elle n’était pas seule à adopter cette attitude absurde. Il est plus agréable, allez savoir pourquoi, d’éprouver de l’ennui, ou de l’indifférence, ou de la torpeur, en se disant : dans quelques minutes, quelques jours, quelques semaines, je serai heureux, que d’être heureux en sachant, fût-ce inconsciemment, que le prochain sursaut intérieur nous éloignera du bonheur. L’idée du bonheur, qu’il soit prospectif ou rétrospectif, éveille en nous des émotions beaucoup plus fortes que la seule émotion du bonheur. Fin de l’analyse. »

« Trois ans plus tard, il pleut toujours. C’est un mensonge, je sais, il y a eu du soleil entre-temps, mais cela est hors de propos.  A présent, pour trouver Maria, il vous faudrait aller très loin au nord, car elle habite Chester. Une fort belle ville, je vous encourage à la visiter un jour.»

« Donc, assurément, je vous ai dit tout ce qu’il y avait à dire. Et pourtant, en le relisant, ce chapitre me paraît assez court. Mais bon, il n’y a pratiquement pas de dialogues, donc vous en avez quand même pour votre argent, si l’on peut dire. Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire. »

 

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:31

 

            C’est un garçon de café, Pierre, qui s’exprime à la première personne et qui nous raconte ses journées de travail. Son métier occupe entièrement la vie de cet homme célibataire de 56 ans. Dans le petit café d’Asnières, Le Cercle, il écoute beaucoup les clients parler, il observe, il y a les jolies étudiantes qui sèchent leurs cours, le jeune homme taiseux qui lit des livres, des ouvriers qui viennent boire leur café.

Un matin, la journée commence sous des auspices différents : le patron n’est pas là. Une nouvelle serveuse est arrivée pour remplacer une autre en congé maladie mais l’absence du chef pose bien des problèmes et le rythme, pour notre Pierrounet comme certains clients l’appellent, est soutenu. En vérité, il y a de l’eau dans la gaz entre Monsieur le Patron et Madame. Elle le soupçonne d’avoir rejoint Sabrina, la serveuse en congé. Malgré son air nonchalant, Pierre est touché par ce changement, il craint pour son emploi. Il repense à sa vie, pense qu’elle est bientôt terminée. Que si son boulot ne l’occupe plus, c’est le vide et le néant qui l’attendent. Alors, plus que jamais, il s’applique nettoyer à son comptoir, à servir les gens, à faire fonctionner ses guiboles.

La vraie vie, le quotidien, voilà ce que nous présente l’auteur sur son petit plateau argenté, tel un garçon de café serviable et obligeant. D’intrigue, il n’y en a guère. Le langage est simple, parfois enfantin, parfois bourru et familier. C’est Pierrot. J’ai trouvé un je-ne-sais-quoi d’irrésistiblement attirant dans ce récit. La simplicité m’a plu, c’est sans chichi, sans prétention, comme on est dans la vraie vie. Pas de grande recherche stylistique, pas de phrases alambiquées mais quelques pointes d’humour, de l’autodérision et une vision réaliste un peu tristounette du temps qui passe. Un grand amour de l’humain enveloppe le roman, doucettement. Le livre terminé, on a juste envie de prendre un café bien chaud dans ce bistrot et de sourire à Pierrounet …

Devant une jolie cliente : « J’ai ramassé son billet de dix et elle nous a laissé quand même vingt centimes de pourboire. Le Cercle n’a pas encore augmenté  les cafés contrairement à La Rotonde où ils le font à un dix. Il y avait de moins en moins de gens à entrer et sortir de la gare par le tunnel sous les voies. Avant de partir la belle femme a tiré de son sac un paquet de cigarettes, et comme elle avait un vrai sac à main de femme j’ai eu un grand plaisir à lui donner du feu, avec les allumettes je garde toujours un Bic dans la poche de mon gilet noir. Ses yeux tiraient un peu sur le vert, et ça m’a éclairé la vue. Merci. Bonne journée. Vous aussi. »

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 11:26

 

 

Voilà un livre que je n’oublierai pas de si tôt !

Le narrateur-auteur-personnage principal raconte, sous la forme d’un journal intime ou plutôt d’un journal de bord, six mois de sa vie. Six mois bien particuliers puisqu’il a fait le choix de s’isoler dans une cabane, seul, au bord du lac Baïkal, au sud de la Sibérie.

Etre un observateur, un contemplatif, fuir la société et lire sont les principales raisons de cette virée insolite où les -30° l’accompagnent régulièrement. Voilà un homme qui a beaucoup voyagé, à pieds, à cheval, à vélo… dans les montagnes ou dans les déserts et qui a voulu, soudain, trouvé une sérénité et un apaisement dans la sédentarité : « Je jouais au loup, à présent, je fais l’ours. Je veux m’enraciner, devenir de la terre après avoir été du vent. »

Soyons francs, il ne se passe (évidemment) pas grand-chose : une rencontre avec un pêcheur, un ours aperçu fugitivement, une grande balade dans la montagne, trois ombles pêchées quotidiennement, des visites dans le voisinage  (à plusieurs dizaines de kilomètres bien sûr) et ça s’arrête là. Mais l’expérience et les motivations de celle-ci sont intéressantes et ouvrent l’esprit, amènent le lecteur à la réflexion.

Faire une pause, se sentir libre parce que seul et débarrassé de l’emprise du temps, contempler… car la contemplation est une des clés de ce récit. Passer une heure entière à ne rien faire d’autre qu’à observer une petite mésange postée à la fenêtre de la cabane est un plaisir pour l’écrivain. Chanter la gloire des objets si précieux puisque le personnage est seul : la théière, le canif, la bouteille, la tasse, le couteau, etc.  Devenir russe aussi, devenir cet être en survie, préoccupé par la quête de la nourriture, par l’immédiateté. « Le Romain bâtissait pour mille ans. Pour le Russe, il s’agit de passer l’hiver. »

J’ai relevé une multitude de phrases et de passages qui m’ont interpelée. La grandeur de l’espace partiellement occupé quelques mois durant se retrouve dans l’écriture ample, majestueuse, poétique et onirique. J’ai pris un vrai plaisir à suivre ce bonhomme très courageux et un peu fou.

De petits bémols subsistent car parfois, j’aurais aimé en savoir plus sur sa démarche intellectuelle.  L’ensemble est parfois impersonnel. Un exemple : on apprend au bout de trois mois de récit quotidien que l’auteur a laissé en France une amoureuse. Pas la moindre ligne à ce sujet-là avant ce passage (où elle lui annonce par message internet qu’elle le quitte !). Et l’absence de doute m’a dérangé. Aucune envie de retourner à la vie en société n’est exprimée : « Rien ne me manque de ma vie d’avant. Cette évidence me traverse alors que j’étale du miel sur les blinis. Rien. Ni mes biens, ni les miens. » De véritables envolées lyriques décrivant le paysage et l’harmonie qui unit l’homme et la nature m’ont donc subjuguée mais certains moments sont assez froids. Il se compare lui-même à Robinson mais contrairement à lui, pas de laisser-aller, pas de regrets, pas d’envie irrépressible de conversations animées, de restaurant, ciné, de ville, de fast-food, de sexe même (la sexualité n’est pas évoquée du tout). Cet aspect-là m’a un peu gênée. Et malgré l’éloge qui est fait de l’érémitisme, la vodka coule à flot toute la journée, comme pour combler un manque.

La fin est superbe et pourtant, un peu frustrante. Pourquoi revient-il à la vie civilisée ? que ressentit-il face à ce retour au matériel, au pressé, à l’éphémère ? Sylvain Tesson ne répond pas à ces questions-là.

Quant à moi, je réponds oui à celle qui demande si une coupure spatiale et temporelle avec notre vie trépidante est envisageable. Oui, mais le dire est facile, n’est-ce pas…

A lire et à méditer !

Je remercie très chaleureusement Solène pour ce magnifique cadeau (de Noël !)

 

Je n’ai pas voulu faire un tri parmi les quelques étincelles que j’ai relevées, les voilà donc :

« Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. S’asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. »

« Les sociétés n’aiment pas les ermites. Elles ne leur pardonnent pas de fuir. Elles réprouvent la désinvolture du solitaire qui jette son « continuez sans moi » à la face des autres. Se retirer c’est prendre congé de ses semblables. L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante. Il souille le contrat social. Comment accepter cet homme qui passe la ligne et s’accroche au premier vent qui passe ? »

« Privé de conversation, de contradiction et des sarcasmes de ses interlocuteurs, l’ermite est moins drôle, moins vif, moins incisif, moins mondain, moins rapide que son cousin des villes. Il gagne en poésie ce qu’il perd en agilité. »

« La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c’est disparaître des écrans de contrôle. L’ermite s’efface. Il n’envoie plus de traces numériques, de signaux téléphoniques, plus d’impulsions bancaires. Il se défait de toute identité. »

« Le luxe ? C’est le déploiement devers moi de vingt-quatre heures, offertes chaque jour à mon seul désir. Les heures sont de grandes filles blanches dressées dans le soleil pour me servir. Si je veux rester deux jours sur le châlit à lire un roman, qui m’en empêchera ? S’il me prend l’envie au soir tombant de partir dans les bois, qui m’en dissuadera ? Le solitaire des forêts a deux amours, le temps et l’espace. Le premier, il l’emplit à sa guise, le deuxième, il le connaît comme personne. »

 

Et mes deux citations favorites :

« Je préfère les natures humaines qui ressemblent aux lacs gelés à celles qui ressemblent aux marais. Les premiers sont durs et froids en surface mais profonds, tourmentés et vivants en dessous. Les seconds sont doux et spongieux d’apparence mais leur fond est inerte et imperméable. »

« Offrir des fleurs aux femmes est une hérésie. Les fleurs sont des sexes obscènes, elles symbolisent l'éphémère et l'infidélité, elles s’écartèlent sur le bord du chemin, elles s'offrent à tous les vents, à la trompe des insectes, aux nuages de graines, aux dents des bêtes ; on les foule, on les cueille, on y plonge le nez.  A la femme qu'on aime il faudrait offrir des pierres, des fossiles, du gneiss, enfin une de ces choses qui durent éternellement et survivent à la flétrissure. »

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 20:23

 

                Irving… Ecrivain chouchou pour qui je manque parfois d’objectivité …

            Patrick Wallingford est un petit journaliste très séduisant qui multiplie autant les conquêtes féminines que les reportages douteux. C’est d’ailleurs au cours d’un reportage en Inde que l’intrigue va réellement démarrer : la main de Patrick est happée par la gueule d’un lion dans un zoo. Celui qu’on appelle désormais « l’homme au lion » devient célèbre. Il passe cinq ans avec son moignon, la chaîne de télé qui l’emploie en profite pour couvrir tous les petits et grands désastres. Et un jour, son chirurgien attitré, le Dr Zajac, l’appelle pour l’informer qu’une greffe de main peut être effectuée. Le donneur vient de mourir accidentellement. Sa veuve, Mrs Clausen, se montre extrêmement pressée d’accomplir l’opération. Son dessein est pourtant ailleurs : garder une parcelle de son feu mari, son cher Otto, dans la nouvelle main gauche de Patrick et… s’accoupler avec Patrick pour avoir un enfant, souhait qui n’avait jamais pu se réaliser avec son défunt époux stérile.

            Problème : Patrick tombe amoureux de Mrs Clausen. Ils entretiennent d’ailleurs une relation bien particulière, elle le repousse, mais dort avec lui, sa main gauche (ou plutôt celle d’Otto) posée sur son ventre rond de femme enceinte. Pour elle, c’est clair, l’enfant est d’Otto, Patrick ne fait que « porter » la main d’Otto.

            En parallèle aux frasques et aux non-frasques de Patrick (car il va faire une grande pause dans sa vie sexuelle), on découvre le chirurgien et ses proches. De proches, il n’y en a guère d’ailleurs, au début du roman. Zajac a un fils, Rudy, sept ans, qu’il voit peu car son ex-femme ne l’autorise à le voir qu’un week-end sur deux. Le chirurgien jouera quelque temps au type aveugle aux charmes de sa femme de ménage, Irma, avant de fonder un couple puis une famille avec elle.

            Chez Irving, il est souvent question d’amour… l’amour fidèle, l’amour qui dure, qui devient obsession même… mais qui peut être entrecoupé d’échanges charnelles avec d’autres personnes.

C’est tout l’univers d’Irving qui me plaît, il nous embarque dans des histoires farfelues où tout, mais vraiment tout, est possible, aux personnages drôles, stupides, souvent très seuls et très maladroits. Et puis, soudain, sans prévenir, abracadabra, il nous fait vivre un instant vrai, réaliste, tendre, poétique, subtile.

Cette quatrième main… hum hum… je ne vous dévoilerai pas ce qu’elle est, ce qu’elle représente mais qu’est-ce que j’ai aimé cette image !

Le roman, qui est loin d’être aussi bon que Dernière nuit à Twisted River, souffre de quelques longueurs qui pourraient ennuyer le lecteur (vous voyez, je fais moult efforts pour être objective !) mais l’ensemble se lit très bien, les personnages secondaires sont aussi bien dessinés que les protagonistes. Malgré ses loufoqueries, Irving est toujours au plus près de la vraie vie, c’est ce qui est incroyable. Comme souvent, il se moque de lui-même et fait référence à son monde, si particulier : « La chaîne d’actualités pratiquait depuis longtemps un vrai humour potache, avec conception de la mort assortie : la vie devenait une vraie farce, dont la mort était le gag final. »

Pour les amateurs et les connaisseurs, sachez que la mention d’un ours est faite à la p.283, elle n’occupe qu’une ligne et demie, mais elle y est !

J’ai adoré le chirurgien, sa gaucherie (c’est un comble de dire ça pour ce roman !), sa naïveté, sa passion pour son fils Rudy… et pour son chien, Médée, qui n’est rien moins que  coprophage :

« Recueillir une crotte de chien dans une crosse en courant est beaucoup plus difficile que de ramasser une balle. L’étron, en effet, se rencontre sous des formats divers et variés, il peut arriver qu’il soit incrusté dans l’herbe, voire qu’il ait été piétiné. Mais Rudy avait eu un entraîneur de première force. Et la détermination de Médée, ses coups d’épaule puissants contre la laisse quel que soit le sport qu’on veut maîtriser, et surtout s’il s’agit de la « crosse à la crotte », comme ils disaient : la compétition. »

 

Et cette lecture entre dans le cadre de l’honorable challenge de Val :A_challenge_for_John_Irving

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 23:52

 

 

                        C’est la faute à certaines bloggeuses si je me suis précipitée pour acheter ce roman !

Un chapitre, un personnage. Trio de solitaires :

-         Jasper est un trader de Chicago, il se la pète parce qu’il croit avoir obtenu un super poste puis il s’aperçoit qu’il est sur la sellette et va se faire virer avant de comprendre que c’est son collègue qui se fait brutalement remercier. Ce manutentionnaire des chiffres tente de réparer une petite bourde d’un de ses collègues, il prend des risques, et… coule toute sa banque !

-         Meike est une traductrice qui fuit sa ville (Hambourg) mais aussi son appart, son mec, ses amis… Comme ses amis en ont toujours rêvé, elle s’installe dans une maison perdue en pleine campagne. Elle est la traductrice des romans du célèbre Henry LaMarck mais, s’inquiétant de ne pas avoir de nouveau manuscrit à traduire (le best-seller qu’on lui promet l’aiderait à payer sa maison…), elle s’envole pour Chicago, tentant de mettre la main sur l’écrivain.

-         Henry LaMarck est l’écrivain que Meike traduit. Il en a ras-le-bol des hommages, de la gloire et surtout du second prix Pulitzer qu’il est en passe de recevoir et qui, pour lui, signifie un couronnement de fin de carrière, « après quoi il n’y avait plus qu’une seule chose à faire pour être artistiquement intéressant : mourir ».

 

Ces trois personnages ont comme points communs une certaine maladresse, un don tout particulier pour la guigne redondante et persistante. Tantôt on aurait envie de leur foutre deux paires de claques bien méritées, tantôt on les prendrait bien dans nos bras pour les consoler de leurs petits (ou grands) malheurs. En plus, ces picaros modernes jouent aux amours impossibles : Henry aime Jasper qui lui aime Meike qui, au début, n’aime personne mais aimerait bien attirer l’attention d’Henry sur elle… Vous l’avez compris, c’est théâtral et théâtralisé, et sur fond de crise bancaire, boursière et financière (pour moi, c’est trois mots sont synonymes, juste ciel, je n’y connais que dalle !), c’est plutôt original et réussi.

Contrairement à mes consœurs complètement gagas de ce bouquin, je suis restée un peu en dehors, juste à la périphérie de Chicago où se déroulent les principaux drames de cette folle aventure… La quatrième de couverture nous promet des retrouvailles entres ces trois gugusses, elles n’arrivent qu’à la toute fin du roman, ça m’a frustrée… Voilà que je fais de nouveau ma petite pinailleuse…

 

 

Un petit extrait qui nous dévoile une Meike anti-conformiste et drôle comme tout :

« Sur le plan professionnel comme personnel, mes amis avaient trouvé leur place, installés à une table bien mise, avec leurs lentilles bio ramenées des vacances dans les Abruzzes, leurs airs de connaisseurs de vins et leur chocolat qu’on n’a pas le droit de mâcher. J’avais côtoyé ces gens agitant leur vie réussie sous mon nez et, naturellement, ils avaient fait comme si j’étais des leurs ; alors que je ne faisais qu’être là. »

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 15:03

 

            Je ne sais par quel bout prendre ni ce roman ni ce billet. Avis partagé… j’irai même plus loin, je crois bien que je n’ai pas aimé. Je viens de le finir mais il me laisse une telle amertume que j’en ai mal à la tête.

            La première moitié m’a plu, la découverte de ces deux personnages en parallèle parfait, Aomamé à gauche, jeune, froide, introvertie mais débauchée, criminelle mais justicière ; à droite, Tengo, secret, solitaire, écrivain et mathématicien. Les deux se sont rencontrés enfants et ont quelques points communs : une jeunesse morose et dénuée d’affection parentale, des dimanches passés à vadrouiller : Aomamé subissant le fanatisme de ses parents, adeptes d’une secte, les Témoins, passait de maison en maison pour tenter de convertir les gens. Tengo, lui, devait aider son père à récolter la redevance télé, et était bien contraint à faire du porte-à-porte. L’absence d’amour et de chaleur humaine réunit aussi ces deux êtres attirés malgré eux vers le sexe pour le sexe.

            Tengo se voit proposer un bien étrange contrat : son éditeur veut absolument qu’il réécrive La Chrysalide de l’air, un livre étrange et attirant par son contenu mais maladroit dans sa forme. Ce roman, Tengo l’apprendra un peu plus tard, a été dicté par Fukaéri, une mystérieuse adolescente de 17 ans, dyslexique et ainsi incapable de rédiger un texte elle-même. Tengo accepte sa mission malgré sa dimension délictueuse et malsaine. Ce qu’il ignore, c’est que l’histoire que raconte Fukaéri est vraie et bien réelle… Les Little People existent ! Ils sont comparés à Big Brother, ils voient tout, savent tout, maîtrisent le monde à notre insu.

            Aomamé s’est liée d’amitié avec deux femmes : la première est une vieille dame possédant une fortune immense et un pouvoir tout aussi important. Elle engage Aomamé pour réaliser un travail un peu particulier : tuer, le plus discrètement possible la lie de la société et plus particulièrement des hommes qui ont maltraité et violé des femmes. La vieille femme a même créé un refuge pour ces femmes détruites moralement et physiquement. La seconde nouvelle amie est une policière qu’Aomamé rencontre dans une partie de jambes en l’air à quatre.

            L’ensemble du roman joue avec le registre fantastique, tantôt le titillant, tantôt le repoussant… L’auteur nous impose un monde inquiétant qui n’est ni clair ni univoque.

J’ai trouvé l’écriture perfectible. C’est assez ironique pour un livre qui parle d’écriture, qui donne même des conseils –comme le prouve l’extrait ci-dessous. J’ai trouvé qu’il avait besoin d’être épuré, les répétitions s’accumulent, les longueurs sont parfois pesantes, c’est comme si Murakami avait oublié de faire une dernière relecture, une dernière correction à son texte. Certains vont considérer comme blasphématoire ce que je dis là, mais c’est ma sincérité qui parle… Peut-être que la traduction y est pour quelque chose mais j’aimerais qu’on me dise qu’elle est la qualité littéraire d’un passage comme celui-ci : (Tengo et sa maîtresse discutent de la tranquillité qu’on éprouve à se ranger du côté de la majorité).

-         « Ah, comme on est content de ne pas être du mauvais côté ! Même si, au fond, c’est la même chose dans toutes les époques et ans toutes les sociétés, au moins quand on est du côté du plus grand nombre, ça vous évite de penser aux choses ennuyeuses.

-         Si l’on se range du côté de la minorité, il ne nous reste plus qu’à penser aux choses embêtantes. »

 

L’atmosphère qui se dégage dans ce roman est irréelle depuis la première page, très particulière bien avant que le fantastique fasse son apparition. Je l’avais déjà trouvée et grandement appréciée dans les nouvelles de Murakami, une autre dimension est à peine suggérée, on la frôle du bout des doigts sans la voir. Mais lorsqu’on est dans l’autre monde de plain-pied, l’angoisse prédomine, et je déteste par-dessus tout entendre parler de fin du monde, d’apocalypse et de complot interplanétaire. Et puis, mise à part la manière très progressive et relativement subtile dont le fantastique entre en scène (et encore, le jaillissement des Little People peut prêter à rire !), je n’ai pas trouvé une grande originalité à ce monde de 1Q84.

Pour terminer par une note positive, j’ai beaucoup aimé la cause pour laquelle se battent Aomamé et la vieille femme, des Robin Hood au féminin et le thème bien développé des sectes.

Vous l’aurez compris, je ne lirai pas le livre 2, je dois être une des seules à avoir si moyennement apprécié cet ouvrage, je le regrette et n’en délaisse pas pour autant les autres œuvres de Murakami.

 

Les conseils d’écriture de l’éditeur à l’écrivain ou la mise en abyme version Murakami : « Tengo, essaie de réfléchir à ceci : les lecteurs ont toujours vu une lune dans le ciel, une seule. Tu es bien d’accord ? Mais on peut supposer que personne n’a jamais vu deux lunes. Lorsqu’on introduit dans un roman quelque chose qu’aucun lecteur n’a encore vu, cela nécessite une description aussi précise et détaillée que possible. A contrario, on peut se dispenser de décrire une chose que la plupart des lecteurs ont déjà vue. »

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 03:29

 

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           Le projet me tenaille depuis plusieurs années : lire (ou relire) les Rougon-Macquart. Il faut bien parler de « projet » vu l’étendue du programme ! J’ai mis un temps fou à lire ce premier tome, mais ce fut un délice. J’ai dû lire 7 – 8 Rougon-Macquart il y a de cela plus de dix ans. Mon préféré parmi les préférés reste L’œuvre que j’ai dévoré comme le meilleur des plats du monde…

Ce premier tome de cette longue Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire est le piédestal de ce qui va suivre, c’est le récit des « Origines » comme le rappelle Zola lui-même.

Tout commence avec le personnage d’Adélaïde Fouque surnommée « tante Dide » nerveuse et « dévergondée » puisqu’après la mort de son mari, Rougon, elle se met en couple avec celui qu’elle aimera passionnément, Macquart. Pierre naît de son union avec Rougon, Ursule et Antoine de son amour avec Macquart. Pierre hait ceux qu’il nomme ses bâtards de frères, le conflit qui se poursuivra sur des générations prend sa source ici-même.

Pierre Rougon qui pourrait être le personnage principal de ce roman est un être vil, ambitieux, calculateur et prêt à écraser tout le monde pour devenir riche et reconnu. Il rêve qu’on oublie ses liens de sang avec Macquart. Il épouse son alter ego, Félicité, une femme avide d’argent, rusée (sans doute plus que son mari). De leurs trois fils (Aristide, Pascal et Eugène), seul Pascal semble être différent, il deviendra médecin, non pour l’argent mais pour servir la bonne cause.

Antoine Macquart ne vaut guère mieux, il est paresseux, sournois et ivrogne, il a eu la chance d’épouser une femme très masculine et active, Joséphine, qui abattra le travail à sa place et ramènera l’argent au foyer. Foyer où naîtront Lisa, Gervaise et Jean… qui, dès la mort de leur mère, s’enfuient de la maison familiale.

Nous ne savons que peu de choses sur le troisième enfant d’Adélaïde : Ursule. Elle fait un mariage d’amour avec Mouret mais meurt prématurément en laissant trois enfants : Silvère, Hélène et François. 

Tous ces personnages évoluent dans une époque sombre et tourmentée : le milieu du XIXème siècle, le début du Second Empire marqué par le coup d’état du 2 décembre 1851. Tous sont peu ou prou liés à cet événement historique.

Plutôt que de résumer en détails le roman, je vais m’attacher à vous parler de ce qui m’a le plus frappée :

-         Deux lumières se font une place dans ce roman caractérisé par des personnalités aux sombres intentions : Silvère Mouret et Miette, fille d’un meurtrier. Leur amour innocent, chaste et juvénile brille d’émotion et de pureté et m’a complètement retournée. Enfants, ils se voyaient tous les jours et dans les premiers temps de ce qui n’était d’abord qu’une amitié profonde, ils communiquaient par l’intermédiaire d’un puits en ne voyant que le reflet de l’autre dans l’eau du puits. Ensuite, ils se sont rencontrés quotidiennement dans un cimetière abandonné, et enfin, ils ont été parmi les insurgés les plus virulents dans la marche du coup d’état du 2 décembre.

-         Le rythme de la narration m’a surprise, je ne crois pas que Zola opère ainsi dans tous ces romans, mais ici, il emmène le lecteur faire des sauts dans le temps absolument vertigineux. Il ralentit, il accélère, il fait de grandes pauses pour mieux se préparer à bondir trente ans plus tard… enfin, j’ai adoré ça !

-         Le personnage d’Adélaïde est intéressant dans ses relations avec les autres. Pierre la manipule, la prend pour une esclave et en fait une femme soumise. Aucune trace d’amour filial. La seule personne qui montrera un peu  d’attention pour cette femme devenue vieille sera Silvère, son petit-fils, élevé par elle (et plutôt bien !)

-         Cette phrase qui résume toute la série et apparaît à la fin du roman : « l’avenir des Rougon-Macquart, une meute d’appétits lâchés et assouvis, dans un flamboiement d’or et de sang ».

 

Ce joli moment où Silvère apprend à Miette à nager :

« C’était, sous la nuit tiède, au milieu des feuillages pâmés, deux innocences nues qui riaient. Silvère, après les premiers bains, se reprocha secrètement d’avoir rêvé le mal. Miette se déshabillait si vite, et elle était si fraîche dans ses bras, si sonore de rires !

Mais, au bout de quinze jours, l’enfant sut nager. Libre de ses membres, bercée par le flot, jouant avec lui, elle se laissait envahir par les souplesses molles de la rivière, par le silence du ciel, par les rêveries des berges mélancoliques.

Quand tous deux ils nageaient sans bruit, Miette croyait voir, aux deux bords, les feuillages s’épaissir, se pencher vers eux, draper leur retraite de rideaux énormes. Et les jours de lune, des lueurs glissaient entre les troncs, des apparitions douces se promenaient le long des rives en robe blanche. Miette n’avait pas peur. Elle éprouvait une émotion indéfinissable à suivre les jeux de l’ombre. Tandis qu’elle avançait, d’un mouvement ralenti, l’eau calme, dont la lune faisait un clair miroir, se froissait à son approche comme une étoffe lamée d’argent ; les ronds s’élargissaient, se perdaient dans les ténèbres des bords, sous les branches pendantes des saules, où l’on entendait des clapotements mystérieux ; et, à chaque brassée, elle trouvait ainsi des trous pleins de voix, des enfoncements noirs devant lesquels elle passait avec plus de hâte, des bouquets, des rangées d’arbres, dont les masses sombres changeaient de forme, s’allongeaient, avaient l’air de la suivre, du haut de la berge. Quand elle se mettait sur le dos, les profondeurs du ciel l’attendrissaient encore. De la campagne, des horizons qu’elle ne voyait plus, elle entendait alors monter une voix grave, prolongée, faite de tous les soupirs de la nuit. »

Les nobles… : un tableau !

« Les nobles se cloîtrent hermétiquement. Depuis la chute de Charles X, ils sortent à peine, se hâtent de rentrer dans leurs grands hôtels silencieux, marchant furtivement, comme en pays ennemi. Ils ne vont chez personne, et ne se reçoivent même pas entre eux. Leurs salons ont pour seuls habitués quelques prêtres. L’été, ils habitent les châteaux qu’ils possèdent aux environs ; l’hiver, ils restent au coin de leur feu. Ce sont des morts s’ennuyant dans la vie. Aussi leur quartier a-t-il le calme lourd d’un cimetière. Les portes et les fenêtres sont soigneusement barricadées ; on dirait une suite de couvents fermés à tous les bruits du dehors. De loin en loin, on voit passer un abbé dont la démarche discrète met un silence de plus le long des maisons closes, et qui disparaît comme une ombre dans l’entrebâillement d’une porte. »

… et les observations du Docteur Pascal dans le salon de Pierre et Félicité et cette fameuse notion d’hérédité (j’adore !!) :

« La première fois, il fut stupéfait du degré d'imbécillité auquel un homme bien portant peut descendre. Les anciens marchands d'huile et d'amandes, le marquis et le commandant eux-mêmes, lui parurent des animaux curieux qu'il n'avait pas eu jusque-là l'occasion d'étudier. Il regarda avec l'intérêt d'un naturaliste leurs masques figés dans une grimace, où il retrouvait leurs occupations et leurs appétits ; il écouta leurs bavardages vides, comme il aurait cherché à surprendre le sens du miaulement d'un chat ou de l'aboiement d'un chien. A cette époque, il s'occupait beaucoup d'histoire naturelle comparée, ramenant à la race humaine les observations qu'il lui était permis de faire sur la façon dont l'hérédité se comporte chez les animaux. Aussi, en se trouvant dans le salon jaune, s'amusa-t-il à se croire tombé dans une ménagerie. Il établit des ressemblances entre chacun de ces grotesques et quelque animal de sa connaissance. Le marquis lui rappela exactement une grande sauterelle verte, avec sa maigreur, sa tête mince et futée. Vuillet lui fit l'impression blême et visqueuse d'un crapaud. Il fut plus doux pour Roudier, un mouton gras, et pour le commandant, un vieux dogue édenté. Mais son continuel étonnement était le prodigieux Granoux. Il passa toute une soirée à mesurer son angle facial. Quand il l'écoutait bégayer quelque vague injure contre les républicains, ces buveurs de sang, il s'attendait toujours à l'entendre geindre comme un veau ; et il ne pouvait le voir se lever, sans imaginer qu’il fallait se mettre à quatre pattes pour sortir du salon ».

 

 

 

                                                

(vous en voulez encore, des couvertures ?)

 

 

            Et ci-dessus (tout en haut) ma vieille édition, introuvable sur le net. J’aime les vieux livres mais j’avoue qu'ici les caractères étaient un peu délavés voire presque effacés…

 

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