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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 14:18

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       J’avais lu avec délice Et je danse aussi des mêmes auteurs.

       Novembre 2019. On retrouve Adeline séparée de Pierre-Marie depuis quatre ans, accompagnée d’un homme bien plus jeune qu’elle, Ben, et de la fillette de cet homme, Eliette. Les trois s’apprêtent à quitter la France pour Toronto. C’est Pierre-Marie qui a envoyé le premier mail à Adeline lui demandant de lui transmettre un carnet oublié chez elle et, lui demandant, par la même occasion, pardon pour l’avoir quittée si brutalement. Les premiers échanges sont assez froids même si chacun est ravi d’avoir des nouvelles de l’autre. Petit à petit, on comprend qu’Adeline s’est mise dans une situation compliquée voire dangereuse et, qu’une fois exilée au Canada, Pierre-Marie est finalement son seul allié. Pour elle, il va dépenser des fortunes, il va rejoindre parcourir des centaines de kilomètres et risquer sa vie.

       Si ce roman épistolaire se lit avec facilité et gourmandise, je n’ai pas retrouvé l’engouement ressenti lors de la lecture du premier opus. Il me semble avoir été plus attendrie, avoir plus ri. Ici, on devine d’emblée la fin et les personnages sont un peu caricaturaux. Et j’ai moins cru à ce retour de flammes. Mais, si on classe le livre parmi les feel good, c’en est un bon, un fiable, un parfait-pour-la-plage.

 

Le chat de Pierre-Marie a disparu : « En tous cas, il s’est bel et bien carapaté. Je lui ai déposé pendant des semaines des gamelles de poisson autour de la maison. Tous les chats du quartier s’en sont fait péter la bedaine, mais pas lui. »

Pierre-Marie a les deux bras emplâtrés, Adeline lui propose de faire simple et d’abandonner la ponctuation : « Laisser tomber la ponctuation ? JAMAIS ! Plutôt crever. Je suis prêt à renoncer à la bicyclette, au sexe, au bordeaux, mais à la ponctuation, jamais ! Imagine un peu à quoi ressemblerait une phrase sans point final

Ah, tu as vu ? C’est insupportable. Tu marches sur un joli chemin, en toute confiance, et soudain tu sens le sol qui se dérobe sous tes pieds, tu es précipité dans le vide. Il n’y avait même pas une petite barrière pour t’empêcher d’aller plus loin et de faire le pas de trop. »

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5 août 2020 3 05 /08 /août /2020 14:13

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         Tonino Benacquista a été un de mes auteurs de prédilection : Trois carrés rouges sur fond noir, Quelqu’un d’autre, Malavita ou encore le célèbre Saga et même certaines de ses BD m’avaient comblée. J’avais hâte de retrouver sa plume !

        Léo a disparu. Le narrateur raconte sa rencontre avec cet ami si particulier, sa passion pour la photographie, l’impressionnant coup de foudre avec Gaëlle, son opération dentaire raté qui va non seulement le handicaper mais aussi lui saper le moral et le conduire à une rupture amoureuse. Léo aime se plonger dans les séries télévisées, il s’immerge complètement dans l’histoire de l’écrivain en perdition Harold, dans une saga espagnole à l’eau de rose ou encore dans une réécriture de Dr Jekyll et Mister Hyde. La propre vie réelle de Léo finit par perdre sa consistance au profit de ces fictions qui s’entremêlent, ces personnages créés de toutes pièces qui prennent de plus en plus de place.

         Que dire … que dire… Un peu à l’image du titre, c’est confus, mystérieux, un brin inachevé. J’ai été déçue parce que je ne suis jamais entrée complètement dans l’histoire et pour cause : l’auteur en mêle plusieurs, en abandonne certaines, nous malmène entre sa réalité et la fiction dans la fiction. Bref, c’est un joyeux brouillamini dont on finit par s’en sortir -ce n’est pas incompréhensible non plus- mais on patauge un peu dans ces parenthèses. Malgré tout, ça se lit bien et certains passages ou personnages sont délicieusement marquants : ce milliardaire qui s’évertue, chaque week-end, à se déguiser en clochard et qui finit par s’y perdre ; cet écrivain qui a perdu femme et succès ; le talent de photographe de Léo ; le clin d’œil de l’auteur à Saga qu’il tourne en dérision. Oui, c’est un hommage à la fiction, au romanesque, aux scénarii inventifs… mais Benacquista a fait bien mieux. Ou bien Antoine Bello a fait mieux.

« Il la chasse de l’écran mais tout le peuple hologramme se tient prêt à la remplacer, une armée de personnages éthérés et vains, prêts à fourguer leurs sentiments virtuels, leurs émotions immatérielles, leurs désirs désincarnés. Léo voudrait tous les exclure à la fois mais, après les avoir tant invités, ils sont maintenant chez eux. Et il est, lui, l’orage de la chambre obscure. »

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1 août 2020 6 01 /08 /août /2020 09:12

Livre: Les Nuits de laitue, Vanessa Barbara, Zulma, Littérature de ...

        Voilà un petit roman que j’ai emprunté à la bibliothèque sans savoir pourquoi, … confiante peut-être en la maison d’édition, Zulma.

        Ada est morte. Otto et Ada ont vécu plus de cinquante ans ensemble, fusionnels et toujours collés l’un à l’autre. Ada avait une personnalité attachante et extravertie : tous les habitants du quartier venaient lui raconter leurs déboires et confier de petits secrets. Otto se retrouve seul et démuni, sa couverture constamment sur les genoux, c’est Ada qui faisait tout, dirigeait leur monde ; il est désormais perdu. On va découvrir les habitants du quartier les uns après les autres : le facteur et son incompétence notoire à distribuer le courrier, Nico le pharmacien très au courant des effets secondaires de chaque médicament, M. Taniguchi un militaire centenaire qui perd la boule ou encore Teresa et ses trois chiens.

        Sans prétention aucune, souriant, léger mais efficace et agréable à lire, ce roman m’a fait passer un bon moment. Les personnages sont attachants et originaux (même si le trait est parfois un peu forcé) et le quartier est un protagoniste à part entière. C’est une sorte de tragi-comédie colorée autour d’un vieil homme qui se demande bien ce qui se trame pendant qu’il essaye de faire son deuil. Ça ne mange pas de pain mais c’est sympathique.

« En tous cas, ce médicament provoque des démangeaisons terribles. Avec ou sans éruption cutanée. Du coup, vous prenez un truc pour atténuer les démangeaisons et vous vous retrouvez avec un glaucome. Alors vous appliquez un collyre pour traiter le glaucome et voilà que vos yeux bleus deviennent marron. Je vous jure !  Certaines gouttes augmentent la pigmentation de l’iris. »

Les insomniaques s’y retrouveront : « pour Otto, l’insomnie, c’était affronter quatre heures d’une veille exaspérante et vaine, au bout desquelles il dressait un bilan catastrophique de son existence et décidait de ne plus jamais se réveiller. Pendant quatre heures sans fermer l’œil, on a le temps de faire l’aller simple jusqu’en enfer et d’y rester à ressasser des choses terribles et angoissantes, anticipant la mort d’êtres chers et laissant remonter à la surface ce qui aurait dû rester pour toujours enterré dans les profondeurs du passé : des disputes jamais réglées, des haines ravalées envers des gens disparus depuis des lustres, des choses entendues et demeurées incomprises, des tragédies, des nouvelles affligeantes. En quatre heures, on a le temps de revisiter les pires moments de son existence, dans l’ordre, et en prime on finit en sueur avec des maux de gorge et une tachycardie. »

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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 09:42

La commode aux tiroirs de couleurs - Olivia Ruiz - Babelio

         La narratrice a hérité d’une énorme commode aux couleurs de l’arc-en-ciel. Elle le connaît, ce meuble, pour l’avoir souvent vu chez sa grand-mère, l’Abuela qu’elle aimait tant. La défunte et regrettée Abuela lui a laissé la commode en héritage avec autorisation spéciale d’en ouvrir les tiroirs qui lui étaient jusqu’à présents interdits. La petite-fille adulte va redécouvrir son histoire familiale : Rita lui raconte à travers lettres, foulard, médaillon, l’exil pendant les années franquistes, l’arrivée en France sans parents, le premier amour mort au combat, l’enfant né de cette union, la vive Cali, mère de la narratrice. Une reconstitution du passé.

         J’ai été très très agréablement surprise ! Olivia Ruiz s’imprègne de ces thèmes si chers à son cœur : l’exil, la transmission, l’héritage espagnol, la femme pour nous offrir une fresque virevoltante, une odyssée où la tragédie se mêle parfois au bonheur et où perdure, surtout, une résilience admirable – toute féminine. Le style est fluide et plein d’énergie, l’autrice sait capter son lecteur comme la chanteuse sait séduire son public. Bravo à une très belle artiste aux multiples talents. Un roman émouvant et sincère : Olivia Ruiz s’est beaucoup inspirée de sa propre histoire et a comblé les blancs qu’on ne lui a jamais racontés. Je ne sais même pas ce qui me retient de faire de cette lecture un coup de cœur. Rien.

S’il en restait à convaincre, sachez que j’ai beaucoup pensé au Cœur cousu de Carole Martinez.

Merci à celui qui m’a prêté le livre !

Rita veut devenir une vraie Française : « Je dois être tout en retenue, un peu prude, un peu mécontente, sinon je ne collerai pas à mon personnage. »

« certaines douleurs sont si grandes que l’on n’a plus rien à donner, même à l’être le plus cher à son cœur. »

Il existe un proverbe devant l’ingratitude et la dureté des enfants : « Cria cuervos y te sacarán los ojos » (= Elève des corbeaux et ils t’arracheront les yeux )

« Je veux que ces femmes si différentes, si vivantes, si complexes qui composent ton arbre généalogique puissent t’inspirer et t’aider à savoir qui tu es, le fruit de quels voyages et de quelles passions. »

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 13:04

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       Cela fait à peu près un an que lire cette histoire tellement connue me tente. J’ignorais que le roman, dans sa totalité, faisait pas loin de mille pages. Voici donc une première partie.

       En Géorgie, en 1861, Scarlett O’Hara est l’aînée de trois enfants et, à 16 ans, elle fait ce qu’elle veut. Elle séduit les hommes des alentours, établit de fins stratèges pour être la plus jolie, mène son cher père par le bout du nez mais, malheureusement, n’arrive pas à s’opposer aux fiançailles du seul qu’elle aime : Ashley qui s’entête à épouser une frêle cousine timide. Le conflit entre Yankees et Sudistes gronde et les rumeurs d’une bataille enflent. Peu importe, ce sera l’histoire de quelques jours. Scarlett avoue son amour pour Ashley et, par défi, épouse Charles qu’elle n’aime pas du tout. Il mourra deux mois plus tard, faisant de Scarlett une veuve qui peut désormais oublier les robes colorées, la danse, les fêtes et les jeux de séduction. La victoire garantie n’arrive pas et les combats se durcissent, obligeant Scarlett à rejoindre la ville d’Atlanta, fraîchement fondée, où elle retrouve un peu les joies de la convivialité. C’est Rhett Buttler, un bel homme fort et critiqué qui va la pousser à s’émanciper davantage. Alors que la Guerre de Sécession atteint son acmé, une étrange relation faite d’ironie, de séduction, d’orgueil va lier les deux êtres.

       Après un début un peu lent, le roman prend de l’ampleur, le contexte historique conjugué à l’histoire personnelle de cette demoiselle O’Hara devient passionnant. Scarlett est agaçante par certains côtés, trop capricieuse, égoïste, à l’« esprit retors », parfois méchante, presque toujours hypocrite (mais dans une société qui le réclame bien !), pourtant, elle est souvent une des plus lucides, se moquant de cette « Cause » si chère aux Sudistes, se révoltant contre ces traditions sclérosées qui enferment la femme dans une cage qui n’est même pas dorée. La femme mariée est reléguée dans un coin, elle n’a que peu de liberté mais la veuve peut carrément mettre une croix sur sa vie, contrainte de porter un voile noir pendant trois ans (au terme desquels, ce voile noir, atteignant les pieds, peut être raccourci au niveau des genoux !)

       Une chaîne américaine a retiré le film suite aux mouvements anti-racistes de juin 2020. J’admets que certains passages sont insupportables, les Noirs sont relégués aux tâches inférieures, on le savait, mais ils sont constamment mis tous dans le même sac (par exemple « avec la fourberie aimable propre à sa race » …). Tous ces ingrédients réunis font de cette lecture un passe-temps très agréable et captivant !

 

La femme ne doit montrer aucune étincelle d’intelligence face à un homme et Scarlett s’interroge : « Pourquoi faut-il donc qu’une jeune fille soit si bête pour dénicher un mari ? » / « Tu ne crois pas qu’après leur mariage les hommes sont tout étonnés de voir que leurs femmes ne sont pas sottes ? »

La première rencontre : « A l’écart, dans un coin du vestibule, il la dévisageait avec une insolence qui lui procura en même temps ce plaisir qu’éprouve toute femme remarquée par un homme et la sensation gênante que sa robe était trop décolletée par-devant. Il avait l’air vieux ; il portait au moins trente-cinq ans. Il était grand, bâti en force. Scarlett pensa qu’elle n’avait jamais d’épaules si larges, si musclés qu’elles en étaient presque trop fortes pour appartenir à un homme du monde. »

« Avec les vieilles dames, il s’agissait d’être gentille et naïve, de paraître aussi simple d’esprit que possible, car les vieilles dames avaient l’œil vif et guettaient les jeunes filles comme des chats, toutes prêtes à bondir au moindre écart de langage ou de tenue. Avec les vieux messieurs, il s’agissait d’être hardie, bavarde, un tantinet coquette, afin de chatouiller la vanité de ces vieux fous. Ça les rajeunissait, ils se sentaient tout ragaillardis, alors ils vous pinçaient la joue et déclaraient que vous étiez une coquine. »

« la vertu est bête »

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10 juillet 2020 5 10 /07 /juillet /2020 18:10

Lire le premier chapitre de «La vie parfaite» - Le Soir Plus

         Après Marina Bellezza et D’acier qui furent des lectures plus que plaisantes, il me tardait de retrouver cette plume italienne.

Adèle est une jeune fille de dix-sept ans qui vit seule avec sa petite sœur et sa maman débordée et grosse fumeuse dans ce quartier misérable de Bologne. Elles vivent ou plutôt survivent dans un petit appartement car les fins de mois sont difficiles. Adèle se retrouve enceinte de Manuel, le gars intelligent qu’elle aime mais qui file du mauvais coton.

Dora essaye de tomber enceinte depuis des années. Au bord de la rupture avec son mari Fabio pour cette raison, elle songe enfin à adopter.

Zeno n’habite pas loin d’Adèle et cela fait des années qu’il l’épie, qu’il écrit en l’observant.

         Ces personnages vont se croiser, s’affronter, s’aimer, se haïr dans une Italie défaillante et colorée. S’il m’est difficile de résumer ce roman dense, foisonnant et virevoltant, c’est que la narration elle-même, faite de digressions, de retours en arrière, m’a parfois fait cogiter. Ce serait le seul bémol que j’aurais à formuler. Le roman est très beau, passionnant et bouleversant, étouffant aussi parfois, avec juste ce qu’il faut de tension pour apprécier retrouver ces personnages attachants. Je commence à repérer les thèmes de prédilection de l’écrivaine : la figure du père, raté et plutôt absent ; la tentation de la drogue, de l’alcool ; ce milieu social défavorisé mais grouillant de vie ; ce désir d’évasion, d’ailleurs, de meilleur. Dans ce livre-là, les thèmes de la maternité et de l’adoption sont un atout supplémentaire, très fort. Mention spéciale pour Zeno, cet être « parfait », altruiste et érudit, amoureux des livres. Je suis d’accord avec la quatrième de couverture (cette fois-ci) : « Avec un souffle prodigieux et une écriture incandescente, Silvia Avallone compose un roman poignant sur la maternité et la jeunesse italienne écartelée entre précarité et espoir. »

         Si je devais établir un classement, Marina Bellazza garderait sa 1ère place mais je crois que La vie parfaite m’a plus fait vibrer encore que D’acier.

« Son corps construisait un autre corps. Il terminait en ce moment les quatre cavités d’un cœur. Devant Jessica et Zeno qui la considéraient avec étonnement, elle se pelotonna dans un coin du canapé, comme une perle dans sa coquille, et s’endormit. »

« la douleur ne rend pas meilleur »

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6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 17:58

Claudine à l'école - Classiques et Contemporains | Magnard Enseignants

         Des romans de Colette, j’en ai pas mal lu adolescente (j’ai des souvenirs de lecture dans un bus scolaire). C’est le film éponyme de Wash Westmoreland dévoilant la vie très particulière de l’autrice qui m’a donné envie de me replonger dans un de ces romans. Ici, c’est un spécimen que j’ai reçu, destiné à une éventuelle étude avec des 3ème.

         Claudine, la narratrice, a 15 ans et elle raconte ses journées d’école à Montigny, un village de province. Musicienne, amoureuse de la nature, grande lectrice, elle est plus mature et intelligente que ses camarades de classe. Elle vit avec son père qui lui laisse une grande liberté, bien plus occupé à étudier les limaces. Dévergondée et parfois insolente, Claudine séduit sans scrupules Aimée, la jeune assistante de l’austère institutrice, Mademoiselle Sergent. Alors qu’Aimée lui donne des cours particuliers d’anglais, propices aux rapprochements tactiles, Mlle Sergent, trop jalouse, lui ordonne d’arrêter et fera de la jolie Aimée sa maîtresse. Les deux femmes cachent de moins en moins leur amour devant les élèves. Mais l’examen du brevet élémentaire se profile à la fin de l’année et les jeunes filles doivent travailler entres autres composition française, géographie ou encore problèmes mathématiques. Les élèves se rendent dans le chef-lieu et vont passer l’écrit puis l’oral, Claudine continue à faire preuve d’une désinvolture extrême. La fête de fin d’année scolaire est couronnée cette année-là par la venue du ministre de l’Agriculture et l’école comme le village tout entier se doivent d’être présentables et festifs. Ça y est les dernières heures à l’école sont passées et Claudine craint déjà de s’ennuyer pendant les longues semaines de vacances avant de rejoindre Paris…
 

         Quelle sensualité dans ce roman ! Je n’avais pas le souvenir que les sous-entendus ou même les allusions plus directes à l’homosexualité des jeunes filles étaient aussi présents. Ils donnent une espièglerie et un charme assez inédits à ces histoires qui semblent aujourd’hui désuètes. Colette prend une liberté de ton qui a fait scandale à l’époque - féministe avant l’heure elle s’insurge, par exemple, contre « ce pays primitif où la femme cesse de danser sitôt mariée. »  Moi ça m’a parfois amusée, certains passages comme l’examen du brevet m’ont intéressée et d’autres plutôt ennuyée comme celui des préparatifs de la fête de fin d’année. Je lirai peut-être la suite, Claudine à Paris, que je suis certaine de ne jamais avoir lu.

« Ma maîtresse d’anglais me semble adorable ce soir-là, sous la lampe de la bibliothèque, ses yeux de chat brillent tout en or, malins, câlins, et je les admire, non sans me rendre compte qu’ils ne sont ni bons, ni francs, ni sûrs. Mais ils scintillent d’un tel éclat dans sa figure fraîche, et elle semble se trouver si bien dans cette chambre chaude et assourdie que je me sens déjà prête à l’aimer tant et tant, avec tout mon cœur déraisonnable. »

 

Le père de Claudine est un spécialiste en malacologie – l’étude des mollusques : « Comment voulez-vous que l’espoir naissant de pareilles constations laissent à un passionné malacologiste le sentiment de paternité, de sept heures du matin à neuf heures du soir ? C’est le meilleur homme et le plus tendre, entre deux repas de limaces. Il me regarde vivre, quand il a le temps, avec admiration, d’ailleurs, et s’étonne de me voir exister, « comme un personne naturelle ».

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 21:22

En lieu sûr - Wallace Stegner - éditions Gallmeister

         Après avoir tellement aimé Une journée d’automne, il me tardait de lire un autre roman de ce grand auteur américain (Prix Pulitzer 1971) souvent appelé le « doyen des écrivains de l’Ouest ». Celui-ci compte 414 pages.

Deux couples : Sally et le narrateur Larry Morgan, d’une part, pauvres, amoureux, bûcheurs ; d’autre part : Sid et l’extravagante Charity qui adore mener à la baguette son petit monde. Une amitié lie les quatre personnages depuis leurs années d’études à Madison, dans le Wisconsin, alors que Larry démarre une carrière d’écrivain. Les quatre baignent dans un univers fait de littérature et de culture

J’ai retrouvé les caractéristiques de l’écriture de Stegner que j’avais tant aimées dans Une journée d’automne : une belle fluidité, une grande élégance, une certaine classe liée sans doute à une époque révolue et je rajouterai, pour ce livre-là, un humour discret et une lucidité mordante. L’auteur signe là son dernier roman et on sent la sagesse de l’écrivain mûr qui a appris des relations aux autres et qui évoque la mort avec plus ou moins de sérénité. La fin m’a complètement bouleversée. Ce qui est bluffant, c’est cette histoire d’amitié qui a duré entre les deux couples, belle, forte, généreuse. Au début du roman, je me suis plu à imaginer qu’il s’agissait d’un thriller : Sally est infirme et pendant des dizaines de pages, on s’attend à connaître les raisons de son état. Pourtant, ce n’est pas l’essentiel, ces quatre personnages ont été bien trop occupés à vivre et à aimer qu’à s’attarder sur un corps plus défaillant qu’un autre. Pour couronner le tout, la nature occupe une belle place et la réflexion sur l’écriture (voir 2ème citation) en charmera plus d’un. Surlignez bien ce nom d’écrivain !

« Orphelins venus de l’Ouest, nous avions échoué à Madison et les Lang nous adoptèrent au sein de leur nombreuse, riche, influente et rassurante tribu. Nous nous aventurâmes, telle une paire d’astéroïdes, dans leur univers newtonien bien réglé, et ils nous capturèrent par un effet de leur gravitation, firent de nous des lunes et nous placèrent en orbite autour d’eux. »

L’écrivain au travail : « Face à mon mur aveugle, tournant le dos aux tentations et autres dissipations, je passais mes matinées au Nouveau-Mexique, univers d’invention et de souvenirs mêlés où je me déplaçais avec la liberté d’un dieu. Je commandais au climat. Je connaissais chaque mesa, chaque pueblo, chaque route, rue et maison, car c’était moi qui les avais placés là. Je connaissais les pensées, les émotions et l’histoire de tout le monde. Je pouvais prévoir et même projeter le moindre événement, prédire et même dicter la moindre espérance. »

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26 juin 2020 5 26 /06 /juin /2020 10:11

La faille souterraine et autres enquêtes - Babelio

       On ne plaisante pas avec Henning Mankell, c’est mon auteur de polars préféré, l’indétrônable, l’unique, superpuissant dans mon cœur. J’ai presque lu tous ses policiers mettant en scène Wallander, il m’en restait deux sur douze. Celui-ci est très particulier puisqu’il renvoie à la période qui précède les autres romans de la série Kurt Wallander et se compose de cinq nouvelles classées par ordre chronologique.

       - Dans « Le coup de couteau », Wallander n’est encore qu’un simple flic de 21 ans dont la tâche consiste à faire de monotones rondes à Malmö. C’est la mort d’un voisin qui lui apprend à enquêter car il a du mal à croire à la thèse du suicide. Il vient de démarrer une liaison avec Mona, celle qui deviendra sa femme et qui lui reproche déjà de ne pas être assez présent.

      -  « La faille » nous projette six ans plus tard, Wallander, lors d’une vérification de routine, se retrouve ligoté dans une supérette. Il est marié et a une petite fille de 5 ans, Linda.

      - Dans « Un homme sur la plage », un type entre dans un taxi et meurt brutalement quelques minutes plus tard. On le voyait souvent marcher sur une plage. Wallander est désormais un commissaire bien installé à Ystad.

       - « La mort du photographe » : comme son nom l’indique, le photographe de quartier, celui que tout le monde avait connu pour immortaliser communions ou mariages, est assassiné dans sa boutique. L’homme cachait bien des secrets…

      - Dans « La pyramide », Wallander est confronté à deux tragédies : celle d’un crash d’un avion répertorié nulle part, tuant les deux hommes à son bord, et celle de l’explosion d’une mercerie tuant les deux vieilles femmes propriétaires du magasin où chaque habitant d’Ystad était venu au moins une fois. Il se trouve que les deux affaires sont liées. Wallander a 40 ans, il est désormais séparé de Mona, il a une liaison qui ne le satisfait pas et son père lui cause tant de soucis qu’il doit le chercher au Caire.

 

Dans toutes ces nouvelles, Wallander risque sa peau mais révèle aussi sa méthode peu orthodoxe qui est celle de souvent faire cavalier seul. C’était passionnant pour moi de voir l’évolution du personnage et aussi l’immuabilité de sa personnalité, il est le même à 21 ans qu’à la retraite. Les nouvelles se lisent très bien, elles sont suffisamment longues (le livre fait 514 pages) pour qu’on s’imprègne de chaque enquête. Je cherche à vous expliquer pourquoi j’aime tant cette série et je peine à trouver des arguments. Je crois que j’apprécie que les enquêtes prennent du temps, j’aime comprendre toute la sensibilité de Wallander, ses failles et ses défauts. J’aime même quand il va remplacer sa voiture brinquebalante ou qu’il râle parce qu’il se nourrit décidément trop mal. Je me suis complètement attachée à lui. J’ai tout de même deux consolations : j’ai encore à lire un polar sur les 12 de la série, Meurtriers sans visage ; l’autre : il reste tant d’œuvres de Mankell à découvrir ! Ses pièces de théâtre notamment m’intriguent…

Une réflexion récurrente, celle de la société suédoise en déclin : « Que se passait-il ? Une faille souterraine avait brusquement fait surface dans la société suédoise. Les séismographes radicaux, les plus sensibles, l’enregistraient. Mais d’où venait-elle ? L’évolution perpétuelle du crime n’avait rien de surprenant en soi. »

« Il n’y a plus de frontières. Ni pour les avions, ni pour les criminels. Autrefois, Ystad était à la périphérie du monde. Ce qui arrivait à Stockholm n’arrivait pas ici. Et même Malmö : ce qui arrivait à Malmö n’arrivait pas dans une petite ville telle que Ystad. Ce temps-là est révolu. »

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 11:42

Changer l'eau des fleurs, Valérie Perrin | Livre de Poche

Méfiante, j’ai démarré cette lecture en fin de confinement. Je redoutais un feel good…

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Elle vit seule et se contente parfaitement de ses occupations quotidiennes. Mariée à un type qui ne l’aimait pas, quittée par le même type disparu dans la nature, elle profite de chaque jour avec une sérénité que cette orpheline n’a pas toujours connue. Elle s’entend bien avec les fossoyeurs et le curé, connaît les tombes par cœur, se transforme en fantôme pour faire fuir les malotrus et s’occupe tendrement des tombes abandonnées. Un jour, un certain Julien Seul vient lui raconter que sa mère a souhaité être enterrée près d’un homme qu’il ne connaît pas. Entre passé(s) révélé(s) et rapprochements entre Julien et Violette, la routine va prendre une autre direction mais Violette a-t-elle vraiment envie de changer de vie ?

J’ai pris du plaisir à lire ce roman, non parce que je porte le même prénom que l’héroïne (moi je n’avais pas cette couleur à la naissance !...) mais parce que ça se lit bien, c’est léger, facile, doux, parfois triste (il y en a des morts dans cette histoire et pas seulement parce qu’on est dans un cimetière !), j’ai bien aimé cette idée de trouver le bonheur dans un endroit qui paraît glauque et sinistre. Personnellement, j’ai toujours aimé les cimetières et depuis que mon papa a élu domicile dans l’un d’eux, je ne le « sens » pas là-bas, ça n’a rien changé à mon rapport à ces endroits qui m’inspirent plutôt quiétude et repos. Donc, oui, c’est un feel good mais pas trop agaçant malgré des invraisemblances. Chaque chapitre pose d’emblée une petite phrase qui m’a souvent interpellée.

« S’il poussait une fleur à chacune des mes pensées pour toi, la terre serait un immense jardin. »

« La nuit n’est jamais complète, il y a toujours au bout du chemin une fenêtre ouverte. »

« Le manque, la douleur, l’insupportable peuvent faire vivre et ressentir des choses qui dépassent l’imaginaire. Quand quelqu’un est parti, il est pari. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l‘esprit d’un seul homme est bine plus grand que l’univers. »

Quelle jolie déclaration : « Tu resteras tous mes amours. Le premier, le deuxième, le dixième et le dernier. Tu resteras mes plus beaux souvenirs. Mes grandes espérances. »

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