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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 10:07

 

 

            C’est un peu méfiante que j’ai commencé ce bouquin, le titre et la couverture me faisant craindre un énième roman feel good. Je me suis trompée !

           L’auteur-narrateur raconte sept années de sa vie à partir de la naissance de son fils Lev. Etgar est un écrivain juif israélien qui, comme tous les parents, voit sa vie chamboulée à partir de la naissance de son premier enfant. Mais il a ceci de particulier qu’il vit dans un pays où les attentats sont monnaie courante ; il a ceci de particulier qu’il voyage énormément et passe un temps fou dans l’avion. Ce roman aux allures sacrément autobiographiques raconte des anecdotes, Etgar Keret propose des réflexions personnelles sur sa vie, sa famille, l’amour, l’amitié, la guerre. En vrac, ça donne ça : l’abandon temporaire des tâches ménagères face à la menace d’une attaque iranienne ; l’envie de certains Suédois lorsque Keret évoque les rites et habitudes de sa « religion si merveilleuse » ; les nombreux voyages en Pologne, terre natale de ses parents ; la position sandwich pastrami improvisé par les parents du petit Lev sur le bas-côté d’une autoroute alors que retentit la sirène d’alerte ; le radicalisme de la sœur du narrateur (mère de onze enfants !), l’idolâtrie de Keret pour son frère, etc.

         J’ai beaucoup aimé ce livre dont la force réside dans le lieu d’où il vient. Je me disais que je n’avais jamais lu de littérature israélienne et que c’était bien dommage vu la force et le passif de ce pays. L’auteur ne s’apitoie pas sur son sort, à aucun moment. Il fait preuve d’ironie, d’humour, des qualités sans doute héritées de son père rescapé de la Shoah. Une grande tendresse émane de ces quelques pages ; dans un contexte difficile, la vie est plus forte que tout. L’auto-dérision et l’indulgence font partie des grandes qualités de cet écrivain très connu dans son pays. C’est une lecture « tout public », et pour une fois, ce qualificatif est largement mélioratif venant de moi…

 

 

Les histoires-souvenirs que son père lui racontait : « elles étaient destinées à faire mon éducation. A m’apprendre quelque chose du désir non pas d’embellir la réalité, mais de ne jamais renoncer à trouver un angle qui mette la laideur sous un meilleur éclairage et suscite affection et empathie pour les verrues et les rides de son visage ravagé. »

Etgar Keret, au début de sa carrière d’écrivain, s’interroge sur le contenu et la portée des dédicaces, il veut éviter le côté trop conventionnel des « Avec tous mes vœux » ou « En espérant que mon livre vous plaira ! » : « j’ai créé mon propre genre : la dédicace fictionnelle. Puisque les livres eux-mêmes sont de la fiction, pourquoi les dédicaces devraient-elles être vraies ? « Pour Danny, qui m’a sauvé la vie dans la plaine de la Bekaa. Sans ton garrot, je n’aurais jamais survécu et pu écrire ce livre. »

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:59

 

 

           Pourquoi ai-je tant attendu pour me replonger dans un bon gros William Boyd ?

           Adam Kindred, climatologue américain en voyage à Londres, discute un petit bout de temps avec un monsieur bien sympathique dans un restaurant italien. Ce même monsieur oublie un de ses dossiers, Adam le rattrape dans son appartement où ce cher Monsieur Wang agonise, un poignard dans le ventre. C’est en tentant de retirer ledit poignard qu’Adam met involontairement fin aux jours de Philip Wang. Ne sachant que faire, il fuit avant de comprendre l’ampleur de sa bêtise : c’est bien lui qu’on va accuser du meurtre ! Par un malheureux concours de circonstances, Adam se fait voler ses papiers et les sous qui lui restaient. Il devient un clochard, il tente de survivre via le système D. Des rencontres heureuses ou malheureuses vont faire de lui un autre homme. En parallèle, on suit le parcours du type qui a tué Wang et qui veut désormais supprimer Adam, mais aussi celui de la jeune et jolie flic, Rita, et encore celui du richissime homme d’affaires Ingram Fryzer. Si on a tué Philip Wang, c’est qu’il avait trouvé le moyen de contrôler l’asthme chronique, traitement finalement pas si miraculeux qu’il n’y paraît…

           Ce roman roboratif est un pur délice ! Passionnant, il peut se faire l’ennemi de la déprime, de l’ennui, d’une panne de lecture, des soucis du quotidien. Les personnages sont tous parfaitement convaincants, à commencer par ce cher Adam auquel on s’attache très vite. Il change de nom, de métier, de visage, de combines pour pouvoir survivre, on le plaint et on l’admire à la fois. Il y a aussi Mhouse, une prostituée qui héberge un temps Adam et son petit garçon Ly-on que sa mère bourre de somnifères pour pouvoir aller « travailler » tranquillement. Jonjo, c’est le meurtrier, le gros dur qui veut choper Adam, il lui court après, le frôle un instant puis le voit filer encore… La Tamise en voit passer des escrocs et des paumés dans ce thriller original qui est aussi une satire de la société londonienne du XXIème siècle, et pourtant, le roman parvient à garder une certaine joie de vivre, une envie d’aller de l’avant. Une bien sympathique lecture !

 

« Adam se réveilla à l’aube. Au-dessus de lui, les mouettes déchiraient l’air de leurs cris répétés, volant bas, piquant agressivement du bec, et, un court instant, il songea : ah oui, bien sûr je rêve, rien de tout ça n’est arrivé. Mais le froid dans ses jambes, l’impression générale d’humidité et les démangeaisons de crasse l’obligèrent à se rappeler la dangereuse situation dans laquelle il se trouvait. »

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 11:08

 

 

             Chose promise, chose due. Je savais qu’après la lecture du très bon La Petite cloche au son grêle, je lirai encore cet auteur.

             Nous sommes dans les années 60, Tom est un garçon de dix ans, légèrement autiste. Pour le résumer rapidement, il n’arrive à exprimer aucune émotion et il a une mémoire extraordinaire ; deux particularités qui font de lui un être à part, rejeté des autres, seul dans la cour de récréation. Conscient de sa différence, il voit un jour sa vie changer grâce à la lecture d’un comic book. Il comprend alors qu’il a des superpouvoirs et que sa mission, ici-bas, est d’aider les autres. Ça commence par un chien maltraité, ça continue avec ses parents sur le point de divorcer. Oui, mais tout ne se passe pas exactement comme le rêve Tom qui va aller de désillusions en désillusions.

            Ce roman sur la différence pourrait presque être un roman pour la jeunesse. Roman d’apprentissage, il nous projette dans un monde finalement pas si différent du nôtre où la naïveté et la bonté d’un petit garçon peuvent faire des merveilles. Je n’ai pas tout aimé dans ce livre, j’y ai trouvé des incohérences et des invraisemblances mais j’ai envie de dire que la jolie fin rattrape le reste. Sans être un de ces romans feel good, il donne néanmoins le sourire, se lit très facilement. Certains passages sont touchants, celui où la mère de Tom crie sa joie parce que son fils a des notes qui baissent (il tendrait donc à devenir « normal »), celui où Tom essaie de tout faire pour rabibocher des parents au bord de la rupture.

           N’oubliez pas de lire La Petite cloche au son grêle, petit bijou !

 

« N’est-il pas comme tous ces super-héros un être jeté dans un monde qui ne semble pas être fait pour lui ? Pourquoi ne serait-il pas comme eux, dont les superpouvoirs constituent aussi le revers d’un handicap secret ? Dont les actions masquent souvent une profonde solitude ? Mais pour quels exploits ? Pour quelles missions ? Pour quels superpouvoirs ? Thomas ne le sait pas encore. »

« Une soudaine révélation : oui, son acceptation par les autres, sa participation au monde passe par une certaine normalité. Au moment où la craie se brise, il comprend enfin que le fait d’être différent n’est pas apprécié par ses camarades de classe. Sa différence l’éloigne d’eux. »

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 15:35

 

 

 

              Très médiatisé, ce roman a obtenu le prix du roman Fnac en septembre 2015 et le prix Interallié en novembre 2015.

               Roland Barthes sort d’un déjeuner avec François Mitterrand, nous sommes le 25 février 1980, à Paris, à quelques semaines des élections présidentielles où Giscard d’Estaing est donné favori. Roland Barthes se fait écraser par une camionnette, il se retrouve à l’hôpital, terrifié ; il semblerait qu’on lui aurait volé quelque chose. La piste de l’assassinat est ainsi privilégiée et c’est le commissaire Bayard qui est chargé de l’enquête. Oui mais Roland Barthes est un sémiologue et le flic ne comprend à peu près rien à cette science obscure. Il a donc besoin d’un assistant, d’un traducteur qu’il trouve en la personne de Simon Herzog, sémiologue lui aussi.

             Rapidement, les enquêteurs vont se rendre compte que le secret d’une septième fonction du langage de Jakobson existe bel et bien, traîne dans la nature et que les assassins de Barthes tentent de mettre la main dessus à n’importe quel prix. Pourquoi ? Parce que cette septième fonction détiendrait tous les pouvoirs, celui de convaincre n’importe quel auditoire, celui de se mettre le monde entier dans sa poche ! Alors que Barthes meurt brutalement et mystérieusement un mois après son accident, le lecteur croise les plus grands linguistes et sémiologues des années 80 et chacun en prend pour son grade : Foucault se fait sucer dans un sauna gay, Umberto Eco se fait pisser dessus, Philippe Sollers se fait purement et simplement couper les couilles ! Les politiciens ne sont pas en reste, les deux ennemis, Giscard « ce gros bourgeois fasciste », et Mitterrand se retrouvent face à face lors du célèbre débat télévisé de mai 1981.

           Laurent Binet propose une version bien personnelle de l’Histoire. Irrévérencieux, il fait la satire d’un milieu d’intellectuels aux prises avec leurs travers, leurs mesquineries, leurs défauts. C’est souvent délicieux. J’ai beaucoup apprécié les joutes verbales du Logos Club, les mises en abyme sont tout aussi délectables, j’ai souvent souri et même ri, j’ai trouvé le binôme Bayard/Herzog très réussi, j’ai adoré me plonger au début des années 80, on ne peut qu’admirer l’érudition et le travail de recherche de l’auteur mais je l’ai trouvé un peu pédant parfois, cet auteur, en pleine démonstration de toutes ses compétences intellectuelles (car des longueurs, il y en a !) et quand j’entends, deci delà que tout le monde peut lire ce livre, je me marre doucement…

 

« Tout laisse supposer, en effet, que la sémiologie est en réalité l’une des inventions capitales de l’histoire de l’humanité et l’un des plus puissants outils jamais forgés par l’homme, mais c’est comme le feu ou l’atome : au début, on ne sait pas toujours à quoi ça ser, ni comment s’en servir. »

« la langue ne dit pas  tout. Le corps parle, les objets parlent, l’Histoire parle, les destins individuels ou  collectifs parlent, la vie et la mort nous parlent sans arrêt de mille façons diffé-  rentes. L’homme est une machine à interpréter et, pour peu qu’il ait un peu d’ima-  gination, il voit des signes partout : dans la couleur du manteau de sa femme, dans  la rayure sur la portière de sa voiture, dans les habitudes alimentaires de ses voi-  sins de palier, dans les chiffres mensuels du chômage en France, dans le goût de banane du beaujolais nouveau (c’est toujours soit banane, soit, plus rarement,  framboise. Pourquoi ? Personne ne le sait mais il y a forcément une explication et  elle est sémiologique), dans la démarche fière et cambrée de la femme noire qui arpente les couloirs du métro devant lui, dans l’habitude qu’a son collègue de bureau de ne pas boutonner les deux derniers boutons de sa chemise, dans le rituel  de ce footballeur pour célébrer un but, dans la façon de crier de sa partenaire pour  signaler un orgasme, dans le design de ces meubles scandinaves, dans le logo du  sponsor principal de ce tournoi de tennis, dans la musique du générique de ce  film, dans l’architecture, dans la peinture, dans la cuisine, dans la mode, dans la  pub, dans la décoration d’intérieur, dans la représentation occidentale de la femme  et de l’homme, de l’amour et de la mort, du ciel et de la terre, etc. Avec Barthes, les  signes n’ont plus besoin d’être des signaux : ils sont devenus des indices. Mutation décisive. Ils sont partout. Désormais, la sémiologie est prête à conquérir le  vaste monde. »

« la vérité, Kristeva la connaît, c’est que Sollers a peur de ne pas finir ans la Pléiade. »

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 21:51

 

 

 

             La narratrice est née de parents comiques ; durant son enfance, elle a sillonné la France tantôt dans une valise pour les besoins d’un numéro, tantôt à distribuer des tracts. C’est peut-être de là que naît son excentricité qu’elle nommerait plutôt imperfection. Car elle se compare souvent à sa voisine, Julie, qu’elle trouve parfaite à tous points de vue : mère idéale, femme d’affaires hors pair, elle est toujours très bien maquillée, très bien coiffée, très bien habillée. La femme parfaite quoi. Jusqu’au jour où Julie pète une pile et se retrouve à l’hôpital. Notre narratrice imparfaite, photographe, s’attache à travailler sur un projet : celui de présenter quelques clichés de femmes parfaites. Des rencontres vont en amener d’autres et, au final, ces femmes qui semblaient toutes parfaites au départ, révèlent bien des failles.


           J’ai trouvé le début de ce roman extrêmement frais et stimulant, c’est presque une invitation à aller danser et chanter. Ensuite, je me suis un peu lassée. Les portraits de femmes sont originaux et sympathiques, pourtant l’effet répétitif m’a ennuyée. La quête de la narratrice (retrouver cette Georgia avec qui elle a passé une nuit) m’a paru artificielle et superflue. La morale est claire : aucune femme n’est parfaite, aucune femme ne doit chercher à l’être. Rien de bien neuf sous le soleil et pourtant, l’évolution des mœurs se fait-elle vraiment ? J’en doute de plus en plus. Un exemple tout frais : je vais au cinéma avec mes enfants, dans la même salle se trouvent une mère et sa petite fille. En sortant je me rends compte qu’elles vont attendre le père qui est allé voir un autre film (pas destiné aux enfants sans aucun doute). La femme doit donc toujours se sacrifier et passer en 2ème, en 3ème, ... en dernier. Ça je le savais déjà, et ce livre en faisant la démonstration ne me semble donc pas indispensable… sauf pour les hommes ! Rahhh me revoilà persifleuse. Ce roman se lit bien, il est drôle, déculpabilisant, féministe (vous l’aurez compris) et distille même au compte-gouttes quelques réflexions intéressantes sur le thème de la photographie.

« Nos mères ont cru faire la révolution. Mais en fait, elles nous ont précipitées, tel le joueur de flûte, au bord du précipice ! Car non seulement nous devons désormais être performantes dans tous les domaines : travail, famille et couple. Non seulement nous devons avoir toutes les qualités, mais il faut les posséder ad vitam aeternam »

« Si vous n’allez pas bien, il vaut mieux se confier à une femme comme Julie qui connaît les phrases réconfortantes, celles qui soulagent. Moi non. Au contraire, quand les gens me parlent de leurs problèmes, je suis embêtée pour eux, voilà tout, mais malheureusement je ne vois pas pourquoi j’aurai plus d’imagination qu’eux pour trouver des solutions à leur propre vie. »

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 14:02

 

 

          De cet auteur, j’ai lu Petit éloge de la nuit qui m’avait un peu déçue. Je savais pourtant que je n’en resterais pas là et c’est avec plaisir que j’ai découvert ce polar parisien.

           A quelques jours de Noël, la Brigade fluviale parisienne découvre un cadavre dans une barque amarrée au quai des Orfèvres. La morte a cela de particulier qu’elle est superbe, que son corps semble intacte et que son pâle visage est niché au creux d’une épaisse chevelure noire. Jo Desprez, commandant de la Brigade criminelle, mène l’enquête mais s’inquiète très vite des suites de ce meurtre : la carte de visite d’un de ses amis parfumeurs est retrouvée sur le cadavre.  L’enquête gravite autour de l’univers de la mode, de l’art, de la beauté. Et des morts, il y en a d’autres.

          D’après moi, deux points forts se dégagent de ce polar : la situation géographique car la Seine est un personnage à elle toute seule, fascinante, envoûtante et inquiétante. On devine aisément une Ingrid Astier passionnée par Paris.  Quant à l’intrigue, lorsqu’on pense que l’affaire est bouclée, cent pages avant la fin, le moteur redémarre et crée la surprise en dévoilant le coupable. D’autres petits plus dans ce polar intelligent : une grande connaissance des sensations olfactives (si vous êtes fan de parfum, vous risquez de vous régaler), une écriture élégante, des variations de rythme, des personnages hauts en couleur … bref, malgré quelques maladresses et longueurs, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman policier. Il n’y a pas que Mankell dans le genre, n’est-ce pas.

 

Quand un flic se laisse séduire bien malgré lui : « Marc Valparisis ferma les yeux, habité par le son. Dans sa tête dansaient els jambes en éventail de la femme fuselée faite coccinelle. Anatomique et atomique. Putain de sexualité qui dirigeait tout. »

Un petit congé de Noël pour un flic qui en a bien besoin : « Jo aurait bien échangé sa condition contre celle des rochers, le temps des vacances. Le règne humain et ses turpitudes contre le règne minéral et son assise. Jo se demanda pourquoi l’homme avait sans cesse besoin de s’imaginer une autre vie, à l’horizon meilleur. Sans doute se trompait-il, le rêve n’était pas une barrière étanche, on pouvait tenter de le vivre sans se brûler, sans traversée du miroir. »

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 12:40

 

 

 

            Première découverte de cet auteur pour moi, qui devrait être suivie de nombreuses lectures !

            Adam et Cassandra vivent à Up Callow, une petite ville anglaise. Lui, est un écrivain avec tous les défauts stéréotypés de l’écrivain : égoïste, nombriliste, capricieux, misanthrope, prétentieux. Elle, couve son mari comme un enfant, elle acquiesce à toutes ses velléités, elle le nourrit, le cajole, le soigne alors qu’il n’est pas malade, l’écoute lire ses textes, le rassure. Le couple est entouré de gens bienveillants : la grosse Mrs Gower est peut-être un peu trop curieuse, Miss Gay cherche désespérément un mari, Mr Gay a peut-être trouvé une épouse en la personne de Mrs Gower… tout ce petit monde voit sa routine perturbée par l’arrivée d’un Hongrois, Mr Tilos, qui se montre spontané, sympathique, sincère et surtout amoureux de Cassandra. Cette dernière va justement se mettre à réfléchir à son couple, à l’amour qu’elle porte à Adam, aux avances pressantes de Mr Tilos. Se pourrait-il que les apparences soient trompeuses ?

             D’un charme suranné pimenté par des réflexions ironiques, cette satire de la société britannique se lit au deuxième degré, avec un sourire constant aux lèvres. C’est fin, c’est délicieux, c’est doux. La petite ville d'Up Callow semble être un château de cartes, fragile car hypocrite et guindé, que Barbara Pym s’amuse à détruire insidieusement. Je me suis beaucoup amusée et j’ai hâte d’en découvrir plus de cet auteur plutôt méconnu !

 

« En des lieux tels qu’Up Callow les épouses devaient toujours prendre au sérieux leurs maris. Au moins en public. »

« Aux yeux des habitants d’Up Callow, Stefan Tilos était paré de tous les prestiges de Budapest, des châteaux du Moyen Âge, des orchestres tziganes et des vampires. Sans compter qu’il semblait être célibataire. »

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 11:36

 

 

          La narratrice (qui s’est sans doute largement inspirée de l’auteur - à moins que ce ne soit l’inverse) est au chômage. Dans son petit studio de Lyon, elle rumine sa situation en solitaire. Elle n’a qu’une dizaine d’euros pour survivre, et elle commence à avoir très faim. Plusieurs possibilités s’offrent à elle : s’inviter chez sa généreuse amie Bertrande, vendre son grille-pain pour amasser quelques sous, en parler avec son ami Hector très porté sur le sexe, se réfugier chez sa maman qu’elle convoque d’ailleurs dans sa tête pour lui prêcher la bonne parole, devenir serveuse, …  et puis il y a Lorchus, Lorchus c’est le diable, la mauvaise conscience qui lui souffle d’être malhonnête, de voler pour survivre.

          Ce bouquin est un ovni littéraire. L’auteur a pris des libertés typographiques (des calligrammes, des majuscules énormes, des dessins, de petits symboles, des passages qu’il faudrait censurer parcourent le livre. Mais elle a aussi mêlé les genres, quittant le roman pour rejoindre l’essai en passant par la poésie. Pour les registres de langue, c’est pareil, Sophie Divry sait se montrer vulgaire et archi drôle mais elle sait aussi utiliser un langage châtié pour émettre des réflexions philosophiques. Elle est également une adepte des néologismes, ainsi la voix de la mère, qui est une « maminquiète » « articulâcha » ou « arguassoupit », elle déplore d’ailleurs la pénurie de mots en français (pas d’adjectif pour le samedi alors qu’on a « dominical » !). En bref, on ne s’ennuie pas une seconde avec ce livre amusant et léger malgré la tristesse du thème évoqué. C’est frais, vivifiant, original même si… (oui, il faut toujours que je chipote) les énumérations à rallonge (et dieu sait qu’il y en a dans le livre !) m’ont un peu fait soupirer. M’enfin, quand on veut lire « autre chose » de très contemporain, c’est parfait !

 

Une seule réalité : « la réalité stomacale » : « C’est l’unique réalité qui ne sera pas suspendue par une révolution, un changement de saison ou un bisou magique. Mon estomac est-il vide ou plein ? C’est la base de tout. Car on ne pourra jamais cuire une soupe à la fatigue, ni boire un consommé d’amitié. »

Un certain parti politique pourrait en prendre de la graine : « Et pourquoi l’héroïsme ne consisterait-il pas tout d’abord à ne pas nuire ? »

« J’avais eu tort de m’apitoyer sur moi-même. J’avais un refuge où mon cœur se restaurait ; la vraie misère, c’est de n’avoir nulle part nulle mère, nul endroit où reposer sa tête. »

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 10:46

 

 

            J’avais beaucoup aimé Un refrain sur les murs du même auteur, lu en 2011.

            A 37 ans, Olympe est une galeriste de talent ; femme d’affaires hargneuse, elle sait dénicher les peintres exceptionnels et les mettre en valeur. Un jour, un Monsieur s’enquiert d’un tableau qui lui plaît. Il est trop cher pour lui mais Olympe a un pressentiment, une intuition et elle cherche un tableau intéressant qui serait dans le budget de ce « monsieur ». Ce dernier s’appelle Paul Anger, il est marié, a trois enfants, et à 38 ans, s’estime très heureux avec son poste de directeur de recherche au CNRS. C’est la jeune stagiaire inexpérimentée et d’origine gitane, Khalia, qui va trouver, pour Paul, un tableau intrigant et charmant, La Prisonnière d’un certain Solal, un artiste de sa ville natale, Perpignan. Désormais deux rails vont se côtoyer pour se croiser, s’éloigner l’un de l’autre et se rapprocher à nouveau. Ce peintre septuagénaire qui va toucher Olympe plus qu’aucun autre ne l’a jamais fait, et le pari fou d’exposer un artiste inconnu à Paris. Et puis il y a Paul. Olympe qui est habituée aux histoires sans lendemain, finit par succomber au charme, aux bontés, à « sa maladresse et sa confiance mêlées » du grand scientifique. Ce qui devait arriver arriva.

          Entre Liaisons dangereuses et Dom Juan au féminin, ce roman fascine le lecteur par son écriture ensorcelante d’abord, mais surtout par ses personnages. Olympe au look androgyne plaît puis agace, tantôt on l’admire, tantôt on la craint. Femme moderne, libre et amorale, elle se sert des gens comme on goûte à de délicieux petits fours. Paul est, lui, tout l’inverse, stable, sûr de sa vie de famille, c’est un roc. Et la rencontre entre ces deux êtres est explosive ! Ce que j’avais déjà aimé dans Un refrain sur les murs et que j’ai retrouvé ici, c’est l’absence de manichéisme de l’auteur, une justesse dans les relations humaines, des méandres de la vie parfaitement dessinés. L’omniprésence du thème de la peinture associé par moments à la vie gitane et accompagné, toujours, de destins surprenants (indociles !) m’a énormément séduite. J’ai beaucoup beaucoup aimé ce roman fort et vibrant. Allez, on commence majestueusement bien l’année et j’en fais un COUP DE CŒUR !

Merci à Adeline !

 

« Ils sont assommés par cet échange qui les ramène à ce qu’ils sont : des indociles. Des marcheurs de côté. Des êtres qui échappent à la définition. Ils ne se sont jamais pliés à une seule loi, une seule façon d’aller au monde. Ils sont conventionnels, puis ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque. Ils ne pensent pas en « école » en « tendance » en « famille ». Ils ne veulent entraîner personne derrière eux, ni créer des courants qui seraient des courants d’air. Si on les suit, c’est comme une fête, dont on sait qu’elle finira tout à l’heure. Ils dansent sur les fils de leurs émotions, et de leur intelligence, passant de l’un à l’autre quand on les attend ailleurs. Ils s’enthousiasment et s’indignent sans que l’on puisse savoir vraiment quand ni pourquoi, car ils n’en font pas une spécialité. Les indociles n’ont pas d’âge, ni de classe sociale. Ils sont instruits ou ne le sont pas, et dans ce dernier cas, ils sont ébaubis quand ils découvrent au détour d’un texte, d’un article de presse, que d’autres ont si bien exprimé ces choses qu’ils se sentaient seuls à penser. »

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 10:30

 

 

           Il est peu d’auteurs dont j’ai tout lu mais Chalandon en fait partie. C’est assez drôle parce que c’est dans ce dernier tome paru cette année  que j’ai trouvé le plus de résonnances avec le premier, Le Petit Bonzi que j’ai tant aimé, paru dix ans plus tôt.

           Emile vit avec son père et sa mère dans un appartement à Lyon. Son père omniprésent, comme le titre le souligne, se veut tour à tour général, pasteur évangéliste, prof de judo, parachutiste et principalement agent secret. Il initie lentement et durement son fils à ses manigances, à sa double vie, à ses mensonges surtout, car le père n’est qu’un mythomane, qu’un affabulateur. C’est une éducation militaire qui tyrannise le garçon souffrant d’un « asthme d’effroi ». Le père le frappe, le méprise, le rabaisse, parfois lui confie des missions  - et ce qui fait tenir Emile. Il a le privilège d’être lui aussi un membre actif de l’Organisation Armée Secrète, cette OAS qui est une vraie religion dans ce foyer. De foyer, parlons-en car la mère n’y circule qu’en fantôme, celle qui doit se taire et acquiescer, celle qui doit se contenter de nourrir la gente masculine.

          Ce récit d’une enfance malheureuse a sans doute une fonction thérapeutique pour l’auteur qui, on s’en étonne, a parfaitement tourné la page, a été plus traumatisé par la trahison de son ami (voir ses romans précédents) que par cette enfance maltraitée. L’absence d’auto-apitoiement donne toute sa puissance à l’œuvre qu’on a du mal à quitter puis à oublier. Cette emprise paternelle a quelque chose de malsain et de fascinant à la fois, sa maladie mentale décide de la vie de deux êtres qui paraissent sans défense, la mère et le fils. Je ne suis pas la première à le dire mais la position de la mère, son attitude passéiste et mutique paraît tout aussi condamnable que celle du père. L’éducation tyrannique qu’a subi le fils se répercute sur un de ses amis qui entre lui aussi dans le jeu de l’espionnage… Un bourreau ne peut devenir qu’un bourreau et pourtant l’éloignement du narrateur de ses parents lui a été salvateur.

         Une lecture âpre et violente que j’ai beaucoup appréciée.

 

 

Le père à son fils : « Rien ici n’est à toi, tu m’entends ? »

« Je me suis réfugié dans mon carnet à dessin, que j’ouvrais dès que j’avais peur. »

« il avait demandé à ma mère de ne plus acheter d’eau d’Evian, ville souillée par les accords de paix en Algérie. »

Un passage qui fait que j’aime tant l’écriture de Chalandon : « Mon lit était froid d’avril. L’appartement était froid d’habitude. J’ai passé mon enfance à cacher mes pieds sous la glace des draps. Ce soir-là, je n’ai pas été battu. »

« Lorsque les coups tombaient, je savais ça aussi. L’orage, la foudre, et plus rien au matin. Quelques larmes de pluie sur le front de ma mère.

  • A terre. Série de pompes ! »
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