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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 17:36

 

 

            Tout commence quand le narrateur, Antoine, apprend la mort de Jean-François Laborde. Alors qu’il travaille dans une librairie bretonne, à deux pas de l’océan, Antoine se remémore ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt, dans la banlieue parisienne où il vivait avec ses parents et son frère Camille. Car ce nom de Laborde ravive de douloureux souvenirs. Souvenirs d’une enfance décevante et d’une adolescence brisée… par la faute de sa mère.


            La mère d’Antoine a toujours détonné dans cette petite banlieue fadasse : belle, distinguée, bien habillée, elle s’appliquait à être une mère parfaite, une épouse rangée en dépit d’un mari banal, une femme pieuse même, une militante politique dévouée. Tout bascule le jour où Jean-François Laborde, le maire de la ville, est accusé de viol et d’attouchements sexuels. Deux jeunes femmes prétendent qu’après un cocktail officiel bien arrosé, il les a forcé à accomplir des actes sexuels … et que la mère d’Antoine a activement participé. Après le séisme de la nouvelle, le choc d’apprendre que la mère était la maîtresse de Laborde, le père fait tout pour se voiler la face, le fils se rallie de plus en plus du côté de Laetitia, la fille de Laborde, qui clame haut et fort que son père et la mère d’Antoine sont des ordures… Camille fuit, les parents se murent encore plus qu’avant dans un silence étouffant, Antoine finit par prendre la poudre d’escampette lui aussi. Et il revient en arrière, à quelques heures de l’enterrement de Laborde, se demande où se trouve la vérité, il se demande qui étaient réellement ses parents dont il n’a plus aucune nouvelle. Il se demande, au final, qui il est, lui.

 

          J’avais hésité à lire ce roman, et aujourd’hui, je me demande pourquoi. J’ai retrouvé le style Olivier Adam que j’aime, son ton contestataire, son personnage à la marge, son univers fait soit d’immeubles grisâtres, soit de vastes étendues maritimes. Ce désir de fuir comme un fil directeur dans toute son œuvre. Et j’ai beaucoup aimé. Je n’ai pas lâché le bouquin, menant avec le personnage principal l’enquête sur son passé, ce scandale politico-sexuel si intiment lié à une totale défection des parents. C’est l’attitude d’Antoine qui est la plus intéressante. Passif, il a fait l’autruche, laissant les autres parler, laissant les autres fuir d’abord, laissant les autres soupçonner, accuser ou défendre. Il a mis sa vie entre parenthèses. Sa réaction alors qu’il apprend la mort de Laborde parle d’elle-même, il met un petit temps à se souvenir qui était ce type… avant de manquer d’étouffer par la déferlante qui lui tombe dessus. On pourrait même dire que j’ai adoré cette lecture, oui, on pourrait le dire. Certes, certains personnages sont un peu caricaturaux, d’autres pas assez esquissés (Chloé par exemple) mais on se laisse porter par cette vague mélancolique, hommage à la mémoire finalement si peu fiable.

 

Ce que j’aime chez Olivier Adam : « La mer hésitait entre l’ardoise et l’aluminium. Ans le ciel passait des armées de nuages durs et tranchants, compacts et menaçants. Ça filait à toute allure dans le vent sifflant. Parfois la pluie tombait comme du verre, les gouttes crissaient contre les vitres. »

 

« être le fils de ma mère était un calvaire. »

 

Les Lisières

Je vais bien, ne t'en fais pas

Des vents contraires

 

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 19:59

 

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             J’ai résisté quelques petits jours avant d’acheter le dernier roman d’un de mes auteurs favoris.

              Noël 2010, à New York. Juan Diego, la cinquantaine bien entamée, s’apprête à s’envoler pour les Philippines. Cet écrivain plus ou moins reconnu a une mission à accomplir : rendre hommage au  père d’un Américain rencontré quarante ans plus tôt. Le père fait partie de ces soldats tués aux Philippines lors de la Seconde Guerre mondiale, et son fils n’a pas survécu assez longtemps pour se rendre lui-même au cimetière américain de Manille. Le problème, c’est que Juan Diego ne connaît ni le nom du père ni le nom du fils… Le voyage a été organisé et planifié par Clark French, un de ses anciens élèves, dont la femme est philippine. A l’aéroport, les passagers sont bloqués pendant quelques heures à cause d’une météo défavorable. C’est là que Juan Diego rencontre deux femmes étranges qui vont le suivre ou le poursuivre (au sens de « hanter ») pendant des semaines : Miriam et sa fille Dorothy. De vraies sirènes, séductrices mais dangereuses, mystérieuses et ensorcelantes. Juan Diego va coucher avec la fille et quelques jours plus tard, avec la mère.

                  Juan Diego est sous traitement mais ses bêtabloquants annihilent ses rêves. Or, ce grand voyage accompagné de sacrés chamboulements va souvent l’empêcher, volontairement ou non, de prendre ses médicaments. Il va donc se mettre à rêver très souvent, et rêves ont ceci de particulier qu’il y revit son enfance. C’est dans une décharge de Mexico que notre écrivain a grandi, affublé d’une sœur qui devine l’avenir, Lupe, d’un prêtre qui s’occupe des enfants mais surtout lui file plein de bouquins à lire, Frère Pepe, d’un chef de décharge, Riviera, qui, malgré sa bonté, a eu le malheur de rouler sur le pied de Juan Diego, ce qui fait de lui un homme boiteux.

                Les deux récits, celui de l’enfance et de l’adolescence de Juan Diego et celui du présent de cet homme vieillissant et un peu veule, se croisent sans cesse, s’entremêlent au point de ne plus former qu’un tout. Que dire encore de ce roman foisonnant ? On y rencontre des acrobates, un dompteur de lions pervers, un missionnaire amoureux d’un transsexuel, des statues de la Vierge Marie (l’une perd son nez !), des femmes médecins amies et protectrices, des chiens, des coqs qui chantent au milieu de la nuit, des enfants intelligents,… Les récits de morts sont très présents, l’évocation de la religion (mise à mal) aussi et d’autres thèmes récurrents chez Irving : la femme dominatrice, le personnage infirme, la sexualité tournée en dérision, une mise en abyme (encore un personnage écrivain…)

                Alors, qu’en ai-je pensé ? J’ai trouvé certains passages monotones, les escales au cirque ne m’a pas intéressée. Les Madones étaient bien trop nombreuses à mon goût aussi (d’ailleurs, je déteste cette couverture – même opinion pour le titre !) Je sais bien qu’Irving ne sait pas faire court mais le roman aurait mérité un élagage qui n’aurait que mis en valeur sa force. J’ai pourtant adoré retrouver le style Irving qui mêle si bien le grostesque, le fantasque, le farfelu à la poésie, à un océan d’humanité. La petite sœur Lupe qui sait tout sur tout le monde mais trace son chemin doucettement m’a comblée. L’image de ces deux enfants pourtant très heureux vivant dans une décharge et surnommés « los pepenadores » (les charognards) m’a subjuguée, rappelant le vers baudelairien « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » Le couple improbable du pieux et du débauché qui va finir par adopter Juan Diego ne peut être qu’une belle leçon de tolérance et d’indulgence. On se marre bien aussi dans ce roman, rien qu’à lire les néologismes « nasolâtre » ou « mescalisé » ou encore à admirer le tatouage du gringo : un drapeau américain déchiré par la raie des fesses… Allez, retrouvez l’univers de ce génie hors catégorie !

 

 

« En revanche, plus encore que ses érections à éclipses, ses rêves  décousus le perturbaient. Il n’y trouvait plus de chronologie plausible,  pas plus que dans ses souvenirs. Il détestait ces bêtabloquants qui  l’avaient coupé de son enfance ; il faut croire que celle-ci lui importait  plus qu’à la plupart des gens. Son enfance, les personnages qu’il y avait rencontrés, ceux qui avaient changé sa vie, ou qui avaient été les témoins de ses expériences à cette époque cruciale, voilà ce qui lui tenait lieu de religion. »

L’arrivée au cirque de ce groupuscule insolite : « Le crépuscule descendait sur le Circo de La Maravilla, et les divers artistes se préparaient pour la seconde représentation. Quant aux nouveaux venus, ils formaient un quatuor bizarre, entre le jésuite flagellant, le travesti prostitué au passé inavouable à Houston et les deux gamins de la décharge. Par les ouvertures des tentes, ces derniers apercevaient des artistes occupés à se farder ou à mettre la dernière main à leurs costumes, dont un gros nain travesti, qui se passait du rouge à lèvres devant un miroir. »

Qui sont réellement Dorothy et Miriam ? « Dans la vraie vie de Juan Diego, les femmes n’arrivaient pas à la cheville de celles qu’il avait imaginées, et cela expliquait sans doute pourquoi Miriam et Dorothy, bien supérieures à toutes les femmes qu’il avait connues, lui semblaient si attirantes et familières. Peut-être faisaient-elles partie de son monde imaginaire ? Ce qui expliquait son impression de déjà-vu. »

Le roman selon Juan Diego : « La vie est un modèle trop bordélique pour un roman, disait-il. Les personnages fictifs ont plus cohérents, plus consistants, plus prévisibles. Les bons romans ne sont jamais des fourre-tout, alors que le désordre fait bel et bien partie de la vie, enfin de ce qu’on désigne sous ce vocable. Dans un bon roman, la substance de l’histoire procède toujours d’un lieu ou d’une circonstance. »

 

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 18:07

 

 

             Ça fait très longtemps que ce thriller dort dans ma PAL, s’il y était encore il y a une semaine c’est sans doute à cause de ses 656 pages… C’est chez Alex que j’avais pioché l’idée de lecture.

                   Nous sommes au Japon. Elles sont quatre femmes, elles travaillent dans une usine qui leur demande d’assembler des paniers-repas. Elles ne sont pas particulièrement amies mais discutent souvent ensemble, en collègues qui bossent la nuit. Un jour, Yayoi est obligée d’avouer ce qu’elle a fait : elle a étranglé son mari, le cadavre est chez elle, à la maison. Elle ne supportait plus qu’il la trompe et qu’il dilapide l’argent familial. Masako, mariée à un homme devenu indifférent à elle, mère d’un ado mutique, décide de l’aider. Elle ne sait pas tellement pourquoi elle fait ça mais elle prend les choses en main. Yoshié, la plus âgée des quatre, et qui a, à sa charge, une belle-mère grabataire, accepte aussi de le faire mais contre de l’argent. Comment se débarrasser du cadavre ? Le rendre le plus discret possible ! Masako décide de le couper en morceaux ! … et ça se fera dans sa salle de bain ! Kuniko, la coquette écervelée, la plus jeune des quatre, les surprend en plein « dépeçage » et accepte de se débarrasser de quelques morceaux du corps en échange d’une belle somme. C’est justement parce qu’elle a eu la bêtise de jeter quelques morceaux du cadavre dans une poubelle publique, qu’on va découvrir le corps et l’identifier…

            Polar noir noir noir, vous l’aurez compris, il se lit néanmoins très bien. Pas traumatisant (pour moi en tous cas) malgré les scènes violentes et glauques à souhait, ce roman est également intéressant parce qu’il nous emmène dans un Japon qu’on connaît moins : celui où les hommes et les femmes ne sont pas faits pour vivre ensemble ! L’auteur (femme) a dû connaître de sacrées mauvaises expériences masculines car les hommes, dans le roman, sont tous ivrognes, obsédés, détraqués, dépensiers, lâches, fainéants, tueurs ou violeurs… et parfois, ils cumulent plusieurs de ces belles qualités ! Je ne pourrai pas lire tous les mois un roman de cet acabit mais j’avoue que j’ai pris un affreux plaisir même pas coupable à dévorer cette sombre histoire si sordide !

« Trancher la tête à la scie ne posa aucune difficulté. Elle tomba avec un bruit sourd. Le cadavre se transforma en un objet de forme bizarre. Masako doubla un sac en plastique noir, y mit la tête et le posa sur le couvercle qui fermait la baignoire. »                                        ***Bonne nuit***

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 09:27

 


 

           Nous sommes en Algérie, à Constantine, en juin 1944. Jacob est le petit dernier de la famille. A 19 ans, il est le préféré de sa mère Rachel, celle qui baisse les yeux quand elle s’adresse à son mari. Il est le grand frère pour Gabriel, le petit neveu de huit ans à qui il apprend à faire des ricochets, il fait l’avion pour ses petites nièces. Dans cette famille de cordonniers, le départ de Jacob pour la guerre est un déchirement et « signifie la perte du seul être tendre et gai dans cette maison ». Jacob dit adieu à son amoureuse, Lucette, qu’il n’a jamais touchée. Il connaît les entraînements à la dure,  dort sous les tente avec les autres appelés, se laisse bringuebaler dans le camion englouti dans un nuage de poussière rouge avant de prendre le cap vers la Provence où il s’agit de prendre les Allemands par surprise.

           On sait, dès le départ que les semaines sont comptées pour Jacob. Il vit une dernière fois, aime une dernière fois, se souvient de sa ville tant aimée une dernière fois. Le cruel compte à rebours se fait dans un seul souffle - puissant et ensorcelant - qui emporte le lecteur aux côtés de Jacob dans ce tourbillon destructeur qu’est la guerre. Alors que les soldats ne sont que des pantins qui tombent les uns après les autres, l’âme de Jacob va survivre dans chacun des autres personnages, subtilement, discrètement. Ce roman d’une infinie tristesse est un appel contre l’oubli, ce prénom scandé, chuchoté, répété ou hurlé « Jacob », mais aussi un hommage aux Algériens venus faire la guerre en France. Hormis le personnage de Jacob qui est une sorte d’ange flamboyant et évanescent, j’ai beaucoup apprécié les deux mères Courage du roman, Rachel la mère de Jacob qui ira jusqu’à Touggourt pour revoir son fils, qui voyagera seule pour la première fois, qui fait de son mieux pour parler français, et Madeleine, cette mère malheureuse qui donne naissance à des bébés mort-nés et à une petite fille atteinte d’une tumeur au cerveau. Ces femmes ne semblent guidées que par une souffrance permanente, vouées à trimer et à se taire, à courber l’échine et à disparaître. L’admirable style de Zenatti est à l’image de ce qu’elle raconte : à travers de longues phrases, il nous projette dans ce destin tragique et injuste. Si l’auteur nous touche autant, c’est peut-être parce que Jacob n’est autre que le frère de son grand-père et que, en elle, coule encore un peu de cette force fébrile de l’adolescent.

 

L’absence de Jacob à la tablée familiale : « maintenant son coussin était vide, comme le cœur de Rachel qui ne se sentait plus la force d’aimer personne, d’aimer la vie, à quoi ça servait d’aimer s’il fallait connaître l’arrachement, à quoi ça lui servirait de vieillir si ça signifiait s’éloigner de Jacob, qui aurait éternellement dix-neuf ans et demi, jamais vingt, jamais plus, pourquoi on ne lui avait pas donné le choix, à elle, sa mère qui l’avait porté, de lui donné vingt ans de sa vie, de renoncer aux vingt-cinq années qui lui restaient à dormir, à se préoccuper des repas, du ménage, de la lessive, à entendre les ragots des voisines[…] »

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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 19:09

 

 

 

             C’est sur les conseils empressés de Lou (merci à toi, Lou !) que j’ai emprunté ce gros roman qui est le journal intime de Mary Mackenzie, une Ecossaise de vingt ans qui quitte son pays pour rejoindre son futur mari, Richard, en Chine.

             Le journal de Mary commence le 9 janvier 1903 sur le bateau qui l’emmènera, un mois plus tard, en Chine. Chaperonnée par une vieille dame insupportable, Mary, bien que naïve, se montre déjà rebelle par certains détails. La mort de sa « nounou » va l’affecter mais pas autant qu’elle l’aurait cru et cette grande enfant va surtout faire preuve d’une curiosité et d’une soif de connaissance incroyables. Un mois plus tard, elle pose un pied sur la terre chinoise où elle doit épouser son mari, Richard. De célibataire, elle va passer au statut de femme mariée puis à celui de jeune maman. Très sensiblement, doucettement, elle va réaliser que les nombreuses absences de son mari ne l’incommodent pas, et que, réciproquement, les quelques rares visites nocturnes dans son lit semblent peser à Richard. Un événement majeur va faire basculer la vie de Mary. Se promenant seule sur les collines de l’Ouest de la Chine, elle rencontre un officier japonais qu’elle connaissait déjà, le comte Kentaro Kurihama. Un amour discret et pudique va lier les deux jeunes gens pendant quelques après-midis. Et ce qui devait arriver arriva, Mary tombe enceinte. Techniquement, Richard ne peut être le père de l’enfant, il répudie sa femme en lui enlevant leur fille, Jane. Protégée et surveillée indirectement par le comte Kurihama, Mary se rend au Japon où elle va passer la plus grande partie de sa vie. Elle va commencer par élever Tomo, son fils, avant de se le faire enlever par Kentaro, son ancien amant. Après des périodes de rage et de désespoir, Mary relève la tête, consciente qu’elle ne reverra jamais ses enfants, elle devient vendeuse dans le prêt-à-porter, elle grimpe les échelons dans un pays qui ne sera jamais le sien mais qu’elle finira par aimer.


            Quelle œuvre dense et riche ! Si l’évolution de Mary, à la manière d’un Bildungsroman,  nous est donnée à voir à travers son journal mais aussi à travers les quelques lettres envoyées à sa mère, la découverte d’une Chine et d’un Japon du siècle précédent est également très intéressante. C’est un roman féministe (et c’est un homme qui l’a écrit !) qui nous présente une femme ballottée au gré des tremblements de terre japonais, de cette mentalité nippone qui reconstruit sans cesse, qui se tait souvent, des rejets des siens (sa mère, mise au courant de l’adultère, ne lui écrira plus jamais), de la solitude. Et pourtant, Mary va de l’avant, elle renonce à retourner en Europe, elle se crée sa propre définition de la liberté ! L’écriture est fluide et légère, elle a quelque chose d’aérien et de japonais, de subtilement mélancolique. J’ai été surprise aussi de découvrir quelque chose que je ne connaissais pas, une sorte de langueur et de lenteur qui me sont assez inhabituelles. A lire si on a le temps, si on est avide de délicatesse et de subtilité, si on a envie de voyager au pays du Soleil-Levant…

 

 

La découverte des sushis et la remarque cette fois peu visionnaire de l’auteur : « Les voyageurs occidentaux ne vont sûrement pas défaillir d’enthousiasme devant des bouchées de riz froid enveloppées dans des algues, aussi exquise en soit la présentation dans des bols en laque, et la garniture d’autres produits marins censés comestibles. » (Tokyo, 25 décembre 1907 )

Un tsunami : « J’étais assise sur une dune de sable en train de contempler l’eau quand cet horizon s’est soulevé. La ligne jusqu’alors parfaitement tracée où se rencontraient la mer grise et un ciel d’un gris plus clair était à présent dentelée, comme les dents de la lame d’une scie très fine, la pointe de quelques-unes de ces dents toute mouchetée de blanc. »

L’expansion de l’industrie japonaise : « Quand je suis entrée chez Matsuzakara, nous importions presque tout notre tissu d’Europe, et quand j’en suis partie, tout venait de fabriques locales, jusqu’à des imitations de tartans écossais ! C’est la vitesse à laquelle se fait ce changement qui est presque effrayante. »

 

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 20:31

 

 

             Malo, 23  ans, et sa sœur Camille de 21 ans, participent, le temps d’un mois de septembre, aux vendanges champenoises. Malo a un curieux pressentiment : le patron et maître des lieux, Octave, épie étrangement sa sœur. Une aura de mystère plane au-dessus de la vaste maison de pierres. Et pour cause : Camille ressemble trait pour trait à Laure, la fiancée d’Andreas, le copain d’Octave. Tous les trois ont été victimes d’un accident de voiture, dix ans auparavant. Laure est morte décapitée et les deux autres ne sont plus que des épaves. Andreas se terre au 1er étage de la maison sans jamais en sortir, Octave boîte et une cicatrice le défigure.

            L’ambiance singulière s’amplifie quand Malo disparaît. Un jeune garçon instable et impulsif qui flirte avec les jeunes filles et qui ne se présente pas un matin de vendange, ça n’inquiète personne. Sauf Camille. Elle sent bien qu’il est arrivé quelque malheur à son frère. Impuissante, elle va continuer son labeur, les jours vont défiler, Octave, ce Quasimodo parfois attirant, va se rapprocher d’elle de plus en plus.

           Une tension omniprésente plane sur ce roman et la chaleur moite, la cueillette du raisin, les jeunes qui rient et s’amusent sont autant d’éléments qui accroissent, par un contraste saisissant, le noir de ce tableau. L’intrigue est drôlement bien fichue et la fin surprend le lecteur comme elle surprend Camille. Un très bon thriller psychologique, angoissant et morbide !

 

« Octave secoue la tête, essaie de faire tomber les pensées mauvaises. Elles se décrochent par paquets, au début comme des grappes serrées de petites personnes au-dessus d’un précipice, qui se cramponneraient aux branches tandis qu’il les agite pour les faire lâcher prise. Et puis comme des insectes lui remontant le long des tempes. Quand elles deviennent une simple poignée de poussière dont il se débarrasse d’un geste de la main, il exhale un profond soupir. »

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 10:33

 

 

             Eh non, je n’avais pas lu ce roman à sa sortie en l’an 2000 … déjà ! Traduit en trente-six langues, il a quand même été édité à plus de trois millions d’exemplaires !

             Nous sommes à Delft, dans une province néerlandaise, au XVIIème siècle. Griet a 16 ans, ses parents pauvres sont contraints de la placer dans une famille aisée pour qu’elle occupe la fonction de servante. Elle sera chez les Vermeer : le père est peintre, la mère, Catharina, est constamment enceinte et la famille compte déjà six enfants. La grand-mère, Maria Thins, veille sur la maisonnée en faisant preuve d’autorité et de sagesse. Griet s’applique à son travail : faire le linge, le ménage, les courses. Mais sa tâche favorite, c’est nettoyer l’atelier du peintre, elle a été embauchée pour cela, elle ne doit rien déplacer mais tout dépoussiérer et elle le fait parfaitement bien. Elle apprécie ce moment car elle aime voir évoluer le travail de l’artiste, elle aime observer les couleurs.

            Entre le peintre et la servante, il existe une sorte de connivence, de compréhension muette. Par touches discrètes, Griet va émettre un avis et même un conseil sur l’un ou l’autre tableau. En retour, Vermeer va lui demander d’acheter du matériel de peinture, de mélanger et de préparer les couleurs. C’est en cachette et en sus de son travail quotidien que Griet rend ces services. Partagée entre ses parents vivant dans la misère, son prétendant fils de boucher qui l’attend à sa majorité, la rudesse, la méfiance et les protocoles de la famille Vermeer et la passion du peintre pour son art, Griet va finir par poser pour lui, idée complètement folle à une époque où les subordonnées ne découvraient même pas leurs oreilles ! Et c’est d’oreilles qu’il va s’agir d’ailleurs puisque c’est pour le tableau de La Jeune fille à la perle que Griet va porter les boucles d’oreille subtilisées à Catharina à son insu !

           Ce roman mérite son succès, il réunit toutes les qualités possibles : captivant avec une intrigue bien ficelée qui frôle la perfection de la première à la dernière page, dépaysant par son contexte spatio-temporel incroyablement réaliste, instructif car il nous emmène dans la vie et l’œuvre d’un grand peintre. Une douceur permanente créée par cette écriture subtile, poétique et raffinée m’a enchantée et envoûtée un peu à la manière des tableaux de Vermeer. Il y a cette ambiguité entre le peintre et la servante qui repose sur des non-dits, une attirance réciproque qui n’a rien de sexuel, une sorte de complicité silencieuse qui exclut les autres de ce monde à part fait de lumière et de couleurs.  J’ai adoré cette lecture !

 

« Les couleurs elles-mêmes compensaient mes difficultés à cacher ce que je faisais. J’aimais broyer les ingrédients qu’il rapportait de chez l’apothicaire, des os, de la céruse, du massicot, admirant l’éclat et la pureté des couleurs que j’obtenais ainsi. J’appris que plus les matériaux étaient finement broyés, plus la couleur était intense. A partir de grains rugueux et ternes, la garance devenait une belle poudre rouge vif puis, mélangée à de l’huile de lin, elle se transformait en une peinture étincelante. Prépare ces couleurs tenait de la magie. »

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 17:21

 

 

 

          Rachel prend le train tous les jours pour se rendre à Londres. Matin et soir. Quand le train ralentit, elle se plaît à observer une charmante petite maison et ses occupants : un couple qui lui semble être le couple idéal. Au fil des trajets, elle finit par s’attacher à ces deux-là, à cette maison au bord des rails. Jusqu’au jour où, dans les journaux, elle découvre le visage de la jeune femme en question, Megan, qui aurait disparu. Rachel, dont on découvre petit à petit la vraie personnalité -alcoolique, séparée de Tom qu’elle chérit encore, sans emploi- fouine, met le nez là où elle n’a rien à y faire, contacte Scott, le mari de Megan. Il se trouve que la petite maison de Megan et Scott n’est qu’à quelques mètres de l’ancienne demeure de Rachel, là où elle a vécu heureuse avec Tom, là où vit toujours Tom mais également sa nouvelle compagne, Anna, et leur bébé.

         Trois parcours féminins jalonnent le roman : celui de Rachel qui ne sait trop si elle est victime ou bourreau car souvent amnésique à cause de son alcoolisme, celui de Megan, cette femme mystérieuse qui cache un lourd passé fait de secrets et celui d’Anna, celle qui a été la maîtresse puis la femme de Tom. L’intrigue nous conduit à soupçonner successivement tous les personnages.

        J’ai bien aimé cette lecture. Fluide, addictive, elle a été rapide malgré les presque 400 pages. Sympathique mais sans surprise, ce polar ne mérite sans doute pas tout l’engouement qu’il a suscité, je ne l’ai pas trouvé particulièrement original. Dans ma hiérarchisation toute personnelle, je le mettrais à égalité avec Avant d’aller dormir de S.J. Watson et un cran en-dessous Les Apparences de Gillian Flynn. Quant à comparer ce thriller avec ceux de Mankell, il ne faut pas abuser… mais bon… détente assurée !

 

 

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:44

 

 

            Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce livre, certains ont remarqué à quel point il était pourtant difficile d’en parler…

           Trois destins, trois familles, trois pays différents, trois cultures différentes. Chanchal est un tout jeune homme qui a fui sa patrie mutilée par des cyclones à répétition,  le Bangladesh, et qui essaye de survivre en vendant des roses à Paris. Assan a vu sa famille mourir en Somalie et a quitté son pays avec sa grande et belle fille, Iman l’excisée. Virgil est, lui, originaire de Moldavie où il  a laissé sa femme et ses trois fils. Les personnages principaux ont pour point commun d’être des réfugiés, des êtres qui ont connu les souffrances les plus grandes et tentent de reconstruire un semblant de vie en France, des exilés, des « échoués ». Nous sommes en 1992 et Assan, Virgil et Chanchal sont des pionniers. C’est parce que des immigrés de force comme eux racontent à leurs familles restées au pays que tout va bien, que des vagues entières de réfugiés vont suivre, emplis d’un espoir qui sera déçu, toujours et forcément.

            Des images très fortes parcourent ce texte puissant et inoubliable. L’excision d’Iman au milieu des prières et des cris, son « sexe transpercé de dix épines d’acacia pour maintenir l’ensemble serré ». La planque de Virgil qui s’enterre tous les soirs dans une forêt de la banlieue parisienne. Le passage à tabac de Chanchal par une bande fachos qui finissent par le jeter dans un trou et lui pissent dessus. Les caches dans les camions pour passer d’un pays à l’autre, des heures dans le noir jusqu’à mourir étouffé. Une famille française qui revêt une aura quasi magique dans le roman, parce qu’elle aide les réfugiés, les écoute, les accueille.

          C’est un livre qui réveille, qui secoue, qui déchire, qui marque. C’est un livre qui m’a suivie plus qu’aucun autre, qui m’a changée, même. Empli de pessimisme, il pointe du doigt la réalité de l’immigration, réalité ô combien tabou ! Dire qu’il nous permet de relativiser nos pauvres soucis du quotidien est maigre et dérisoire. Je souhaite que tous ceux qui braillent encore que les réfugiés nous prennent notre travail et notre argent, lisent ce livre. Pour ma part, je ressors de cette lecture avec de forts sentiments de colère et de culpabilité.

 

« ce qu’il y a de pire chez vous est encore mieux que ce qu’il y a de meilleur chez nous. » (un Moldave à un Français).

 L’espoir de vivre en France : « Iman s’inquiéta. « Et si tout le monde venait ? demanda-t-elle, tu es sûr qu’il y aurait assez pour tous nous nourrir ? »

Virgil la rassura. « Même si tous les poissons avaient soif en même temps, ça ne viderait pas l’océan ! »

 

« Depuis des mois, ces hommes n’étaient plus jamais sûrs de rien. Heure après heure, frontière après frontière, cache après cache, passeur après passeur, ils remettaient leur vie en jeu. On les trimballait comme de la viande morte ; ils n’étaient plus rien ni personne. »

 

Les clandestins, quand ils ont l’immense privilège, travaillent au noir pour trois fois rien. La police ferme les yeux s’il n’y a pas de bazar « excepté les fois où le commissariat avait besoin d’un coup de peinture ».

 

Comment savoir quels sont vraiment les pays les plus pauvres : « C’est simple, répondit Assan, ils observent ceux qui prennent le risque de mourir pour venir travailler chez eux comme des esclaves ! »

 

 

« C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches », Victor Hugo, L’homme qui rit.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 20:46

 

 

 

             Ce livre est un récit de voyage. Un voyage un peu particulier puisque Milan, un Allemand de 27 ans et Muammer, un Alsacien d’origine turque, ont décidé de suivre les traces de Jules Verne en faisant le tour du monde en 80 jours mais sans débourser un centime !

            Le départ s’est fait au pied de la tour Eiffel. Les deux hommes sont arrivés à Strasbourg en stop avant de rejoindre l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie puis Istanbul. Si la Turquie a d’abord été le pays des désillusions puisqu’on leur a volé une partie de leur équipement (caméra, objectifs, batteries), il a aussi occasionné quelques émerveillements : un réveil à la mosquée Kocatepe à Ankara, un voyage en montgolfière au-dessus du parc national de Göreme. Une des craintes de Muammer et de Milan, c’était l’Iran et pourtant, la traversée du pays a brisé quelques stéréotypes européens, notamment concernant le statut de la femme. Une rencontre, celle d’un derviche soufiste a marqué les deux hommes.

              Au Pakistan, le trajet s’est fait sous escorte militaire et l’arrivée en Inde a donc été perçue comme une libération, prolongée, pour Muammer, par une plongée rituelle dans le Gange. Des villes dont le nom fait rêver ont suivi : Bangkok, Kuala Lumpur, Singapour… les aventuriers ont ensuite rejoint San Francisco grâce à un billet d’avion offert. La longue traversée des Etats-Unis s’est faite en train via Denver, Chicago, Washington, avant de parvenir à New York, périple couronné par une visite insolite de l’ONU. Un vol offert leur a permis de se rendre à Marrakech et, c’est en passant par l’Espagne que les deux hommes ont rejoint la France avec un retour triomphal à la Tout Eiffel (et un dîner avec Antoine de Maximy – concepteur et réalisateur de l’émission « J’irai dormir chez vous »). La mission a été largement accomplie : pas un sou n’a été dépensé de leur poche, 47 000 kms et 19 pays ont été parcourus !

          Ce livre n’est, bien sûr, pas à évaluer d'un point de vue littéraire, j’ai d’ailleurs même eu peur au début qu’un côté redondant me lasse (ils font du stop, personne ne s’arrête, découragement, puis victoire, ils tombent sur une bonne âme, etc.) mais petit à petit, c’est la magie du voyage et du dépaysement qui l’a emporté. Ces deux hommes sont tombés, la plupart du temps, sur des gens extraordinaires qui n’ont pas hésité longtemps à leur offrir un repas, une pièce de leur maison, une douche, des cadeaux en tout genre, des billets de train ou d’avion. Ils le relèvent eux-mêmes à la fin du livre, ils sont blancs, ils étaient bien organisés, ils ont le contact facile mais sincèrement, je ne crois pas que je ferais confiance à un inconnu de cette manière. Leur démarche a justement été de prouver que le bien et la générosité régnaient sur toute la planète parmi les pauvres et parmi les riches. Ils ont su démontrer aussi que certains clichés pouvaient être réduits en miettes. Ils ont, certes, dû essuyer de nombreux refus, ont entendu des injures et des insultes, ont connu la faim et la fatigue mais de manière si épisodique que je suis ressortie admirative de cette lecture qui donne surtout une seule envie : voyager et rencontrer l’autre…

            A souligner : le livre a été écrit par Gaëlle Noémie Jan, une jeune femme rencontrée dans le train, aux Etats-Unis. Muammer et Milan font partie de l’association Optimistic traveler dont le site est ici.

           Ce genre de lecture, de temps en temps, me convient finalement parfaitement !

 

 

« l’égalité est la plus belle des valeurs » (parole d’un Kurde)

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