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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 07:20

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          En ce qui concerne les livres, je peux me révéler très faible… j’ai craqué pour une box mensuelle (pour laquelle je ne ferai pas de pub). Pour les quelques rares qui ne connaîtraient pas, j’ai donné quelques préférences de lectures et, chaque moi, je reçois un livre surprise qui correspond à mes critères. Avec celui-là, c’est tombé juste et bien.

           Nous sommes à Paris, en 1924. C’est l’été, le narrateur, Jake, et ses amis américains comme lui, projettent de partir ensemble en Espagne. Entre Robert Cohn, l’éternel casse-pieds que tout le monde aimerait voir quitter le groupe de potes, Mike l’insolent, Bill le fantasque et la jolie Brett qui rend tous les hommes fous d’elle, le narrateur passe du bon temps à flâner, à boire et à manger dans les bistrots ou les meilleurs restaurants de la capitale. Cap vers Pampelune où cette petite troupe va d’abord aller pêcher puis assister aux fameuses fiestas espagnoles. Farniente, beuveries et corridas sont au programme. Brett après avoir eu une liaison avec tous les hommes du groupe, s’éprend de Romero, le beau torero de 15 ans de moins qu’elle. Cette aventure va tourner court et conduira la belle et le narrateur à Madrid.

               Cette lecture a été assez étrange parce que les personnages ne font finalement pas grand-chose à part se saouler ; leurs dialogues sont souvent creux, répétitifs,  on aurait même tendance à s’ennuyer … et puis, il reste une atmosphère qu’on sent bien digne d’un grand romancier. Cet entre-deux-guerres se force à la joie et au bonheur. Il s’agit de faire la fête pour oublier, les personnages semblent si désinvoltes qu’on comprend vite qu’ils cachent un mal-être plus profond. Rire pour ne pas pleurer. Un carpe diem parfois bien triste pour cette « génération perdue »…

             Ce roman paru en 1926 est le premier succès d’Hemingway et on y trouve déjà des ingrédients chers à l’auteur : Paris dont les descriptions des années 20 sont délicieuses, l’Espagne (qu’il me tarde de voir un jour Pampelune !) et les corridas (qui me fascinent depuis … ou tu porteras mon deuil). Une lecture surprenante -sans être passionnante- qui donne un juste aperçu des Années Folles.

Une nuit, à Paris, dans un taxi : « Nous étions assis loin de l’autre, et les cahots nous rapprochaient tandis que nous descendions la vieille rue. Brett avait enlevé son chapeau. Elle renversait la tête. Dans la lumière des boutiques ouvertes, je pouvais voir son visage, puis l’obscurité revint, mais, quand nous débouchâmes dans l’avenue des Gobelins, je pus voir de nouveau son visage. La rue était défoncée et des hommes travaillaient aux rails du tramway, à la lueur des lampes à acétylène. Le visage de Brett était blanc, et la ligne svelte de son cou brilla dans la lueur vive de l’acétylène. La rue redevint noire et je l’embrassai. »

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 21:50

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        Par où commencer avec ce roman dense, mêlant les genres, tenant le lecteur en haleine au long de ses 700 pages ?!

        Le journaliste d’investigation Scott McGrath a déjà enquêté par le passé sur le mystérieux Cordova, réalisateur de films d’horreur, personnage aussi hypnotique que dangereux, terriblement secret, extrêmement fantasque et atypique. Lorsque McGrath apprend que la fille de Cordova, la magnifique Ashley, s’est suicidée du haut d’un entrepôt désaffecté, à New York, il décide de reprendre l’enquête qu’on lui avait soustraite quelques années auparavant. Rapidement, deux acolytes vont se joindre à lui : Hopper, un dealer sympatoche qui a l’art de disparaître pour réapparaitre tout aussi inopinément et la mignonne Nora, une quasi SDF qui rêve de devenir actrice. A eux trois, ils vont peu à peu tenter de cerner la personnalité d’Ashley, pianiste virtuose et belle révoltée mais aussi de percer les secrets du Peak, l’immense demeure des Cordova, devenue lieu de tournages de la plupart des films. Entre site internet réservé aux fans cordovistes et rencontres des acteurs qui ont joué pour Cordova, les trois détectives seront contraints de se poser les bonnes questions et iront jusqu’à mettre leur vie en péril…

          Roman déroutant et captivant, cette quête initiatique est un croisement entre l’univers d’Harry Potter en plus noir, celui du Projet Blair Witch et de La Quatrième Dimension. J’ai surtout trouvé qu'il proposait une belle définition du fantastique selon Todorov, cette hésitation permanente entre le réel et le surnaturel. Bref, le lecteur est manipulé, il court, il ne sait plus où il est ni qui il est, il halète, il ne dort plus tellement il a envie de connaître la suite. Les imperfections sont rares dans ce brillant pavé, la flopée de mots en italiques m’a un peu agacée, tendant à prendre le lecteur pour une grosse nouille qui ne comprend pas quels sont les mots les plus importants. J’ai adoré baigner dans cette atmosphère newyorkaise glauque et énigmatique. Marisha Pessl a forcé le trait en accompagnant sa prose de coupures de journaux, de photos, de pages internet, de rapports de police et de notes griffonnées à la main. Pour finir, je trouve la couverture assez représentative du contenu du livre : hypnotique et ensorcelant.  Le roman ne demande qu’à être adapté au cinéma, attendons.

 

« L’argent fait ça aux gens. Il les emmène au pressing pour les amidonner et les repasser, cruellement, de sorte que tout ce qui dépasse, toute la poussière, la faim et les rires innocents, est nettoyé. Rares sont ceux qui survivent aux grandes fortunes. »

« Il n’y avait nulle part où aller – rien qu’un autre panneau en bois, à soixante centimètres. Une autre boîte, apparemment. Je passai ma tête à travers l’ouverture. Il y avait un peu plus de lumière et d’espace, mais le précédent cercueil en occupait la majeure partie, puisqu’il trônait en son centre. Là non plus je ne pouvais pas m’asseoir ; le plafond n’était plus haut que de quelques centimètres. Je me hissai sur le ventre le long de la bordure extérieure et, une fois sorti du trou, je sus que j’avais raison : je me retrouvais dans une autre boîte hexagonale. »

Lu dans le cadre du Challenge Pavé de l'été 2016 chez Brize !

pavé2016moyen

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:16

 

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             Il me tardait de découvrir ce grand romancier américain !

             Le shérif Walt Longmire, veuf, s’apprête à marier à sa fille unique, Cady. Il a encore quelques points à régler pour que l’union se passe, dans les meilleures conditions possibles, selon les rites amérindiens, dans une réserve amérindienne. Il est pourtant témoin d’une chute mortelle d’une jeune femme tombée du haut d’une falaise. La thèse du suicide est très vite écartée, la jeune femme a chuté avec, dans ses bras, son petit bébé. La mère meurt, le bébé est sauf, et voilà le shérif embarqué bien malgré lui dans l’enquête. C’est surtout Lolo Long, cette Indienne incroyablement belle, chef de la police tribale, à l’attitude guerrière et virulente qui lui demande de l’aide.

            Quel voyage ! Nous accompagnons les Amérindiens du XXIè siècle, de bars en bars, de virées dans un pick-up brinquebalant en séances chamaniques où Longmire goûte, pour la première fois, au peyote –ce cactus aux vertus hallucinogènes (très mignon par ailleurs, voir plus bas.) Ce shérif qui est le personnage central d’une série de polars, est imperturbable à souhait, drôle et courageux. La chef Lolo Long n’est pas en reste et détone et par sa beauté et par son cran. J’ai beaucoup aimé cette lecture, l’intrigue est passionnante, les rebondissements savoureux, et quand on sait que l’auteur vit à côté des réserves Crow et Cheyenne dans un parfait respect de l’autre, on a juste envie de dire « Chapeau ! » et de lire un autre de ses bouquins !

 

« Au pied de la corniche coulait Tie Creek, mais on était en été et l’eau ne nous arrivait qu’à la cheville. Nous franchîmes la petite rivière en marchant sur des pierres rondes – le chien traversa à grands renforts d’éclaboussures – et nous poursuivîmes entre les arbres jusqu’à la colline suivante. La vue sur la partie basse des falaises était plus dégagée, car elle réfléchissait la vive lumière du soleil dont les rayons descendaient tout droit comme sur une image biblique ; les parois rocheuses au-dessus étaient très impressionnantes, et je devais admettre que cet endroit était vraiment d’une beauté rare. »

 

 

Un gamin maigrichon, au bord d’une route, ne porte qu’une seule chaussure.

 « - T’as perdu une chaussure ?

Il tourna ma tête en entendant ma voix, et me regarda.

   - Non. (Son sourire était immense, béat.) J’en ai trouvé une. »

 

Je remercie les éditions Gallmeister !

 

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 11:08

 

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            J’avais lu cette autobiographie il y a presque vingt ans, je n’en ai pas gardé un grand souvenir, je comprends pourquoi.

             Sartre nous raconte les 10-12 premières années de sa vie. En deux chapitres : « Lire » évoque ses premiers émois de lectures et « Écrire »  son approche de l’écriture. Je connaissais pas mal d’extraits de ce livre et je dois dire que ce sont les extraits que je connaissais que j’ai trouvé les meilleurs ! Sartre a tout de même une personnalité très particulière. Orphelin de père, affublé d’une mère qu’il considère comme une grande sœur, « soumise à tous », c’est surtout son grand-père qui va avoir une influence sur le petit garçon. Je dis « petit garçon » mais Sartre n’a rien d’un enfant. Avant de savoir lire, il fait semblant, quand il commence à écrire, ses ambitions sont déjà très hautes. Et l’enfant a d’ailleurs une très haute opinion de lui-même, petit déjà, il réclame la gloire et les honneurs et ne peut comprendre qu’on sourit lorsqu’il lit ses textes.

              Je me suis profondément ennuyée en lisant ce livre -pourtant- court. Le style m’a paru ronflant, arrogant, égocentrique mais le contenu m’a aussi agacée. Lorsqu’il ne résume pas un de ses romans en devenir, il porte sur les autres un regard hautain, il se prédit un avenir de héros ou de génie méconnu, tout en se livrant à des plagiats sans rougir aucunement. Après avoir lu les excellents Mémoires d’une jeune fille rangée de Beauvoir, ma déception est grande. Bien sûr que l’écriture est belle mais j’avoue n’avoir eu aucune indulgence face à cet être complètement détaché de la réalité et de la vraie vie. La fameuse citation « J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple. » prend une saveur toute différente.

 

« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité! Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long et m'eût écrasé. Par chance, il est mort en bas âge; au milieu des Énées qui portent sur le dos leurs Anchises, je passe d'une rive à l'autre, seul et détestant ces géniteurs invisibles à cheval sur leurs fils pour toute la vie; j'ai laissé derrière moi un jeune mort qui n'eut pas le temps d'être mon père et qui pourrait être, aujourd'hui, mon fils. Fut-ce un mal ou un bien? Je ne sais; mais je souscris volontiers au verdict d'un éminent psychanalyste: je n'ai pas de Sur-moi. »

Etre orphelin de père… : « Moi j’étais ravi : la triste condition imposait le respect, fondait mon importance ; je comptais mon deuil au nombre de mes vertus. »

« si je veux étonner, c’est par mes vertus. »

« Le génie n'est qu'un prêt : il faut le mériter par de grandes souffrances, par des épreuves modestement, fermement traversées. »

« On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d'écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. »

 

Afficher l'image d'origine            Caricature de Sartre écrivant son Flaubert  Dessin de J. Redon publié dans le Figaro littéraire le 7 mai 1971. Archives Gallimard. D.R.

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:12

 

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         Béatrice est triste, effondrée même, à l’image du climat québécois: il pleut sans cesse et elle ne fait que pleurer l’absence de son homme, Matteo, parti une nuit pour ne plus jamais revenir. Bien sûr, elle soupçonne une infidélité et déteste silencieusement l’assistante de Matteo qu’elle n’a jamais rencontrée, Daphnée. Elle se plante sur toute la ligne, Daphnée est une fille solitaire, trop ronde à son goût, poète à ses heures perdues et en voyage en Russie pendant la disparition de Matteo. Béatrice doit se débrouiller avec sa belle-mère italienne malade et ronchonne et une petite fille rêveuse en manque de père.

         Il s’agit essentiellement de parcours féminins dans ce roman tout doux, les femmes se croisent, s’accompagnent, entrent en conflit mais jamais très longtemps. La figure d’Aisha, jeune Somalienne lapidée, entrevue aux infos par Béatrice, est omniprésente, comme pour rappeler à ces Occidentales, de ne pas se tromper de guerre. La lecture a été très agréable, légère et profonde à la fois, effleurant doucettement quelques thèmes essentiels avec une grande sensibilité : la quête identitaire, la solitude, l’amour, l’initiation à la vie… Un happy end qui ne bascule pas dans le sentimentalisme clôt ce roman québécois qui donne envie d’en lire d’autres.

 

       Une réponse à la question « Pourquoi lit-on » ? ;) « Daphnée découvrait que quelques paragraphes suffisaient à l’extraire de son corps, une expérience qui, contrairement à celle du cannabis et du rhum qu’il lui était arrivé de consommer le vendredi soir, ne la laissait pas pantelante et fatiguée le lendemain. Elle réalisait avec étonnement que, lorsqu’elle se laissait choir sur le seul fauteuil un peu confortable du sous-sol de la bibliothèque, il lui arrivait même d’oublier d’avoir faim. »

« Aisha m’invitait à m’abriter sous les parapluies grands ouverts que me tendaient les autres. »

 

Merci à Krol pour cette jolie découverte !

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 22:26

 

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             Les avis sur ce roman ont pullulé sur la blogosphère, aussi nombreux qu’hétérogènes. J’ai laissé dormir le livre quelques semaines dans ma PAL avant de m’y attaquer.

             Anibal vient d’hériter, mais de la manière la plus surprenante qui soit. Son père est mort deux ans auparavant mais il n’a pas assisté à son inhumation et n’a pas touché une miette de son héritage. Et voilà que maintenant, on le fait venir dans la maison familiale, là où son érudit de père a toujours écrit ses livres, là où l’historien a toujours gardé une distance ironique et froide envers son fils, là où le cruel « professeur »  a toujours préféré sa sœur. C’est une agente immobilière, très jolie et très admirative de toute l’œuvre du père, qui lui ouvre les portes de la maison pour qu’il y récupère trois boîtes, trois mystérieuses boîtes qui contiennent des souvenirs qui surprennent Anibal et qui vont lui faire comprendre que son père n’a peut-être pas toujours été le tyran qu’il redoutait tant. Pourtant, les conditions qu’il a exigées pour que la maison et tous ses biens reviennent à son fils prouvent bien qu’il l’embarque dans un engrenage dangereux…

           J’ai beaucoup aimé l’essentiel du livre, cette introspection et ces souvenirs liés à un passé douloureux (qui m’ont fait penser à plusieurs reprises à l’excellentissime Confiteor de Jaume Cabré), les personnages également, parfaitement dessinés, à commencer par Anibal dont la maladresse, le peu d’assurance, les pensées folles (dans tous sens du terme) le rendent tout de suite attachant. Par contre, j’ai parfois dû m’accrocher à la page comme un naufragé à son épave (et il est d’ailleurs question d’inondation, un passage épique !), certains passages m’ont déconcertée – l’inondation et la convalescence psychiatrique d’Anibal !, déstabilisée même. Heureusement, la fin est réussie et belle. Un roman initiatique qui est aussi une quête identitaire. L’écriture est superbe, intelligente, drôle, subtile et raffinée, je ne peux donc que vous recommander cette lecture !

 

 

On a dû tous le faire : imaginer ce que les autres étaient en train de penser ! Pour Anibal, c’est son occupation favorite, « fabuler la pensée d’autrui ».

Anibal trouve, dans une des boîtes, le costume de Romain qu’il avait porté, une fois, enfant. Il ne peut s’empêcher de penser que, si son père l’a gardé, c’est une preuve d’amour et de respect. Devant la jolie fille de l’agence immobilière, il veut faire bonne figure, pourtant : « Une de ces larmes, que je tentais de ravaler, allez savoir par quel usage inédit de la glande lacrymale, finit par se détacher de l’œil et par glisser sur ma joue pour venir se perdre dans ma barbe naissante. Comme je ne voulais pas porter mes mains au visage, l’autre œil laissa lui aussi échapper une larme, qui se traîna plus lentement en laissant une longue trace humide sur ma joue. J’aurais voulu être n’importe où sauf ici. »

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:40

 

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           J’avais découvert les deux premiers tomes en livre audio. Puisque mes trajets voiture ont nettement diminué, de livre audio, il n’y en aura certainement plus…  Version papier pour ce tome 3 !

           On retrouve avec – pour ma part – grand grand plaisir, Cormoran Strike le détective privé géant et unijambiste et sa secrétaire vive, jolie et intelligente, Robin. Tout démarre avec la réception d’un colis un peu particulier : une jambe ! Le colis est adressé à Robin et c’est un motard casqué qui lui a déposé. Passé le premier moment de panique, Strike pense qu’on veut surtout se venger de lui. Immédiatement lui viennent quatre noms en tête, trois resteront comme des suspects favoris. Ces trois hommes ont des points communs : ils sont immenses et costauds et ils ont une excellente raison d’en vouloir à Strike. L’enquête démarre : la police a tendance à se tourner du côté de la victime (la propriétaire de la jambe !) et Strike accompagné de Robin poursuit ses trois pistes. La secrétaire est très ponctuellement promue au rang d’ « associée », ce dont elle rêve mais, à l’arrivée d’un deuxième colis aussi glauque que le premier, Strike voudrait l’éloigner pour la protéger. D’autant plus que Robin a son mariage à préparer. Pourtant, avec Matthew, rien ne va plus, la jeune femme a découvert qu’il la trompait, et ce, pendant une période particulièrement difficile de sa vie. Sur un air de « Je t’aime, moi non plus », Robin et Strike vont se croiser, se confronter, s’apprécier de plus en plus…

            Les enquêtes et les filatures nous emmènent dans les rues de Londres mais également en escapade dans le Yorkshire et dans le comté de Cumbria. Le rythme est haletant, le suspens reste entier jusqu’à presque la fin du roman, Strike et Robin sont tour à tour blessés et/ou en danger et les personnages secondaires sont nombreux et intéressants. J’ai, par contre, eu parfois du mal à me dépêtrer des portraits, assez proches des trois horribles individus suspectés (n’étais-je pas assez attentive ? c’est possible !). Qu’est-ce qu’on s’attache à Strike et Robin ! On en découvre plus à la fois sur leur passé et sur leur personnalité et leurs rapports s’affinent pour gagner en subtilité. Quand on arrive aux derniers mots du roman, il est complément impossible de ne pas vouloir lire la suite ! Rassurez-moi, il y aura bien une suite ? En résumé : un excellent moment de lecture (allez, quelques longueurs peut-être mais tout à fait agréables à lire !) et des personnages extrêmement attachants !

 

« Le hurlement de Robin se répercuta contre les vitres. Elle s’éloigna de son bureau à reculons, le regard braqué sur la chose ignoble posée devant elle. Une jambe toute lisse, mince, pâle. Elle l’avait effleurée en rabattant les bords du carton. Elle avait senti sous son doigt la texture caoutchouteuse de la peau glacée.

Elle venait à peine d’étouffer son cri, les deux mains plaquées sur sa bouche, que la porte en verre s’ouvrit brusquement. Du haut de son mètre quatre-vingt-douze, la chemise ouverte sur son torse velu comme celui d’un signe, Strike la considérait d’un air sombre. »

 

Ce pavé de 600 pages me permet de participer au challenge estival de Brize ! pavé2016moyen

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 15:52

 

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            Qu’est-ce qu’on l’a vu ce livre ! Partout : dans les librairies, dans les magasins bio, dans les boutiques « nature »… ! Il fallait bien qu’on y jette un coup d’œil, mon intestin et moi !

             En trois gros chapitres et 334 pages, Giulia Enders, passionnée de gastroentérologie (il faut de tout pour faire un monde !) nous explique à quoi sert l’intestin, quels sont ses points forts et ses points faibles, quels dysfonctionnements et maladies peuvent y être liés, mais surtout elle nous démontre que cet énorme tuyau est aussi important que notre cerveau et que nous le sous-estimons depuis trop longtemps. Moi qui suis sujette à souffrir d’un intestin irritable, j’ai aimé qu’on me dise que les problèmes d’intestin ont une répercussion sur notre cerveau (et notre moral) et non pas l’inverse, comme on veut souvent nous le faire croire…

          Le livre est plutôt bien écrit, drôle, la vulgarisation fonctionne à plein régime surtout pour la non-scientifique que je suis. C’est très compréhensible, simplifié et accompagné de petits dessins. Deux bémols tout personnels : je n’aime pas du tout ce genre de lecture, je m’ennuie vite –c’est un peu paradoxal, je sais bien- et je n’ai finalement pas tant appris que ça. Un bref aperçu de ce que j’ai découvert (ou que j’avais oublié) :

  • Il faudrait faire caca accroupi comme dans de nombreux pays et non pas assis. Au pire, on peut prendre un petit tabouret à installer devant la cuvette pour poser les pieds dessus… la chose n’en sortira que plus facilement.
  • Dans un tout autre registre : quel est le muscle le plus puissant de notre corps ? C’est la mâchoire !
  • Le gingembre est excellent pour lutter contre le mal de transport, et plus généralement, contre les nausées.
  • La césarienne, ça n’est pas top pour le bébé, son système immunitaire est affaibli jusqu’à ses sept ans.
  • Rien ne sert d’être trop propre, c’est même pire, certaines bactéries constituant une belle protection. : « la propreté ne consiste pas à exterminer toutes les bactéries. La propreté, c’est un équilibre sain entre une quantité suffisante de bonnes bactéries et une petite dose de mauvaises bactéries. C’est se protéger intelligemment des vrais dangers et parfois encourager de manière ciblée ce qui nous est bénéfique. »
  • On fait souvent caca là où on se sent le mieux et on contraint, consciemment ou non, notre corps à attendre : « Soyons honnêtes : c’est souvent à cause du syndrome « berk-c’est-pas-ma-cuvette ». Le syndrome « bcpmc », c’est rechigner à confier sa grosse commission à des latrines étrangères, surtout si elles sont publiques. C’est n’y aller que contraint et forcé, ériger une œuvre d’art en papier toilette sur les rebords de la cuvette et garder une distance rêvée d’au moins 10 mètres entre la porcelaine et la peau du postérieur. »

          

                 Dans le même style en plus rigolo (mais en moins exhaustif) : la série Tu mourras moins bête de Marion Montaigne (et il y a plus de dessins !)

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 19:22

 

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           Combien de fois m’a-t-on conseillé cet auteur danois ? J’avais hâte de le découvrir !

           C’est l’histoire d’une vie. La vie d’un homme prise à trois moments différents, trois moments cruciaux : à 18 ans, à 40 ans passés puis à 60 ans.

           A 18 ans, le narrateur découvre l’amour physique dénué de sentiments, il se passionne de littérature allemande et tombe amoureux de la fille de son professeur d’allemand, Erika, qui lui fera comprendre qu’un attachement à longue durée de l’intéresse pas, elle n’appartient à personne. Devant sa mère atteinte d’un cancer et condamnée à mourir, il a tendance à fuir. Devant son père qui trompe sa femme, il ne pardonne pas.

              Les éléments de sa jeunesse faits de bouleversements, de rencontres et de désillusions vont sans conteste façonner notre bonhomme que nous retrouvons une bonne vingtaine d’années plus tard. Professeur divorcé, père d’une ado, Julie, il aime vivre seul, pédaler pour rentrer chez lui, se réfugier dans la lecture. La présence d’un élève serbe dans une de ses classes va lui permettre de rencontrer sa mère, Ivana, et de nouer avec elle une histoire brève mais passionnelle.

           A l’aube de ses soixante ans, notre homme regarde derrière lui. Il ne veut pas fêter son anniversaire en grande pompe avec sa fille et la famille de sa fille, il préfère fuir à Rome où il va faire une rencontre insolite : une jeune femme photographe qui a la moitié de son âge et qui s’entête à utiliser un matériel lourd et ancien. C’est sur le site archéologique de Paestum et quelques kilomètres italiens plus tard qu’une relation ambiguë et particulière se crée entre les deux êtres.

           Une belle écriture associée à des réflexions philosophiques, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour être séduite. Ce livre qui fait réfléchir laisse aussi des portes ouvertes, ne donne pas de réponse définitive, questionne sans cesse. Le personnage ne choisit pas la facilité et ne suit pas la route qui était tracée pour lui. Il a quitté les femmes les plus merveilleuses, est-ce parce que la plus admirable d’entre elles, sa mère, l’a délaissé quand il n’avait que dix-huit ans ? L’auteur qui, on peut le supposer, a livré une bonne part de lui-même dans le personnage principal, évoque avec brio les thèmes de l’engagement, de l’individualité, de la liberté, de la solitude. De l’amour aussi qui n’a pas de définition immuable.

 

 

Eloge de la solitude et du célibat : « Je n’ai jamais eu de doutes sur la manière dont je devais utiliser mont temps, peut-être parce que, à mon sens, il était faux d’associer le mot utiliser avec ces heures qui n’étaient qu’à moi. Je ne devais rien faire quand je n’avais pas à travailler, et c’était une richesse. Cela avait même cessé d’être un problème qu’il n’y ait pas de femme dans ma vie. […] Le renoncement était presque un soulagement. »

 

« Si seul le présent était réel, nous ne serions pas réels. Le présent est un lieu impossible que l’on ne peut pas fouler, parce qu’il avance sans cesse sous nos pieds. Il n’a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité. Comme l’eau dans une source qui coule plus loin, mais c’est une image trompeuse. Il n’y a pas d’image idoine pour le temps et l’expérience étonnante qui veut que l’instant rétrospectif ne perde pas sa réalité dans le présent grâce à la langue, aux conjugaisons et à leur souplesse. »

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 16:57

 

 

             Nous sommes à Saint-Brieuc, en Bretagne, quelques mois après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Un groupe de garçons bravaches avec, en tête, Antoine, a décidé d’aller tondre Maria Salaün. Maria et Antoine ont vécu une histoire d’amour quand ils étaient enfants - toujours collés l’un à l’autre. Mais Maria a préféré lui expliquer qu’elle le voyait comme un frère, non comme un amant. Et dans le rôle de l’amant, c’est un Allemand qu’elle s’est choisi, un beau capitaine qui venait régulièrement déjeuner à La Petite Bedaine, le restaurant du père de Maria. Frantz et Maria ont vécu une merveilleuse et authentique histoire d’amour, loin des turpitudes et des ignominies de la guerre. Oui, mais pour Antoine et sa bande, Maria est celle qui a couché avec l’ennemi, c’est « la putain, la traînée, la traîtresse ». Et on fait appel à un coiffeur, et la foule se masse devant le restaurant, et on tond Maria qu’on a installée sur une chaise de bistrot (la chaise numéro 14 !), et on lui coupe sa lourde chevelure rousse… Oui mais Maria, orpheline de mère (morte à sa naissance), a un sacré caractère. Elle ne pipe mot lors de la tonte mais elle réclame vengeance et justice une fois le dernier cheveu tombé. Armée de sa chaise, de son sac empli de cheveux, de la robe de fiancée évanescente de sa mère, elle ne craint pas la honte et exige des excuses de la part de tous ceux qui l’ont bafouée. Le coiffeur, les deux GI présents lors de la tonte, le curé, une bonne sœur, le maire et enfin Antoine, elle n’oublie personne et ne se défile à aucun moment. Elle va même rencontrer des alliés : un interprète, Louis, qui a tout compris et qui tente d’adoucir la fougue de Maria et une religieuse « ange de lumière ».

            Ce roman est un refuge, il console, il étreint généreusement, il réconforte. Le mal a été réparé, les responsables se sont excusés, les fautes ont été pardonnées. La vie peut reprendre un cours normal.  Malgré ce ton idéaliste, j’ai beaucoup aimé cette histoire féministe et combative d’une femme qui, parce qu’elle sait très bien qu’elle est innocente, ne se laisse pas faire, lutte dans le calme et le silence, et illumine, par sa grâce et sa détermination, tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Cette image d’une chauve portant tel un bouclier sa chaise de bistrot, à peine voilée d’une robe virginale, et qui arpente les rues bretonnes, m’a beaucoup touchée. L’écriture est belle aussi, à la fois puissante et fragile. Entre conte, fable et pièce de théâtre, chaque lecteur devrait y trouver son compte !

 

 

Frantz et Maria : « La guerre, cette industrie de la mort à qui il arrive parfois d’ouvrir des parenthèses, avait permis leur rencontre. »

Louis rappelle à Maria que les soldats GI sont noirs… : « si vous avez à vous plaindre de soldats de couleur, ils seront punis. Ils seront punis sévèrement parce qu’ils sont noirs. S’ils étaient blancs, ils recevraient un blâme. »

« La faute à la guerre qui pouvait transformer n’importe quel homme en assassin. »

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