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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 15:14

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         Eh non, je n’avais jamais lu ce classique de la littérature !

         Le narrateur vit et grandit dans un village africain, Kouroussa, en Haute-Guinée, dans la case de sa mère. Trois univers composent son quotidien : la forge de son père à qui il arrive de transformer de l’or, le travail des champs de son oncle et l’école. Différentes étapes rythment l’existence de cet « enfant noir » des années 30 : les grands qui maltraitent les petits à l’école, la cérémonie des lions (celle qui précède celle de la circoncision et qui fait tant peur aux petits garçons), les études faites à Conakry la capitale, les premières amours, l’éloignement du fils. Au final, Laye va faire le choix de poursuivre ses études et de rejoindre Argenteuil.

         En ces temps difficiles, j’ai aimé me détendre au pied de ce grand fromager (pour qui en a déjà vu un, c’est un arbre extraordinaire), écouter le tam-tam et rire dans les champs avec les autres. Dans ce court récit d’apprentissage, la simplicité côtoie l’authenticité et permet au lecteur de découvrir les traditions guinéennes et de mieux appréhender cette délicate question de l’exil. La fin est touchante, la mère ne veut pas laisser partir son fils en France, le cri du cœur « ils veulent l’emmener chez eux » est déchirant. C’est un roman autobiographique et Camara Laye reviendra dans son pays après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, il deviendra ensuite ambassadeur au Ghana avant de devoir fuir son pays avec sa famille.

Hommes, femmes et enfants moissonnent les champs et d’être ensemble suffit à supporter la corvée : « ils chantaient en chœur, ils moissonnaient ensemble : leurs voix s’accordaient, leurs gestes s’accordaient ; ils étaient ensemble ! – unis dans un même travail, unis par un même chant. La même âme les reliait, les liait ; chacun et tous goûtaient le plaisir, l’identique plaisir d’accomplir une tâche commune. »

La mère de Laye est tellement en colère en apprenant le départ de son fils pour la France : « Mais à présent elle savait que partirais et qu’elle ne pourrait pas empêcher mon départ, que rien ne pourrait l’empêcher ; sans doute l’avait-elle compris dès que nous étions venus à elle : oui, elle avait dû voir cet engrenage qui, de l’école de Kouroussa, conduisait à Conakry et aboutissait à la France ; et durant tout le temps qu’elle avait parlé et qu’elle avait lutté, elle avait dû regarder tournée l’engrenage : cette roue-ci et cette roue-là d’abord, et puis cette troisième, et puis d’autres roues encore, beaucoup d’autres roues peut-être que personne ne voyait. Et qu’eût-on fait pour empêcher cet engrenage de tournée ? On ne pouvait que le regarder tournée, regarder le destin tourner : mon destin était que je parte ! »

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 11:02

L'algorithme du coeur de Jean-Gabriel Causse - Poche - Livre - Decitre

 

         Justine est une hackeuse hors pair, elle est douée au point de parvenir à entrer dans les petits secrets de l’armée américaine. Et de se rendre compte que des missiles nucléaires ont (heureusement) été détournés pour s’anéantir dans les profondeurs de l’océan … mais détournés par qui ? Internet himself qui, rien que par lui-même, a choisi la voie pacifique. Justine réussit à communiquer avec lui, à provoquer chez lui des émotions pour faire de lui, plus qu’une machine, une vraie conscience. Entre un beau soldat qui a pour mission de l’approcher et de l’arrêter, un général aux visées belliqueuses et le quarante-quatrième président des Etats-Unis qui a un nouveau cœur connecté, Justine va surtout devoir fuir et se protéger tout en protégeant la planète entière.

         Je n’ai pas autant aimé que Géraldine qui en fait un coup de cœur et à qui j’ai chipé l’idée de lecture (merci !) mais il faut admettre que cette lecture qui mêle récit d’anticipation, roman d’aventures et feel good a été bien agréable et surtout emplie d’un optimisme et d’un humour dont j’avais besoin. De nombreuses réflexions sont fort intéressantes (une intelligence optimale est-elle du côté du bien ou du mal ? L’Homme sera-t-il toujours aux commandes ?) et laissent songeur sur notre avenir cyberconnecté. J’ai adoré le passage qui prive la Terre entière d’internet (et le téléphone recommença à servir … à téléphoner !) et j’ai presque réussi à comprendre ce qu’est la physique quantique. Ça suffit pour en faire une lecture plaisante. Je ne suis tout de même pas certaine de renouveler l’expérience avec cet auteur.

Rêvons un peu : « Ce que je vous dis paraît naïf, voire démagogique, j’en ai conscience. Mais, cela vaut la peine d’y réfléchir. Imaginez si les 1700 milliards de dollars dépensés chaque année par les armées de tous les pays étaient réinvestis dans l’éducation et dans la recherche. Une telle démarche permettrait de lutter contre l’obscurantisme. Et nous aurions peut-être enfin la chance de vivre dans un monde serein, tourné vers la connaissance et l’épanouissement personnel. »

« Vous dites que mon intelligence est artificielle. La vôtre n’est-elle pas un peu superficielle ? »

« L’Art nous stimule à vivre » (ça, c’est de Nietzsche)

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4 novembre 2020 3 04 /11 /novembre /2020 09:01

Héritage | Rivages

         Lazare Lonsonier est le fils d’un Français arrivé par hasard au Chili alors qu’il tentait de rejoindre la Californie. Le hasard s’est montré bienheureux, il a fait fortune, s’est marié avec Thérèse et a eu un fils, Lazare. C’est dans sa baignoire que Lazare apprit le début de la Première Guerre Mondiale. Il partit combattre, revint avec un poumon en moins et la culpabilité d’avoir tué un soldat allemand dont le fantôme viendra bouleverser le destin familial. Sa femme Thérèse se prit de passion pour les oiseaux et sa fille Margot pour l’aviation. Une pléthore de personnages parcourt le roman ; citons encore Aukan le chamane qui guérit corps et esprits, Hector Bracamonte, le petit voleur devenu grand homme ou encore ce fameux Michel René, cet oncle français dont on dévoile la réelle identité à la fin du roman.

         Dans cette saga familiale riche et colorée, les personnages hauts en couleur se succèdent et se croisent à un rythme soutenu. Un souffle de liberté et un immense élan de vie les lient tous. Miguel Bonnefoy a indéniablement un talent de conteur qu’on peut rapprocher de celui d’un Pierre Lemaitre, d’un Timothée de Fombelle ou d’un Pierre Raufast. J’ai adoré voyager dans ce Chili grouillant de vie, en savoir un peu plus sur la junte chilienne, naviguer sans cesse entre France et Amérique du Sud mais je crois que je retiendrai surtout la passion de Thérèse pour les oiseaux. Elle fit installer une immense volière dans son jardin, surmontée d’un dôme en bronze et abritant près de cinquante oiseaux de vingt-cinq espèces différentes. Elle poussa le vice jusqu’à accoucher de sa fille (voir la citation ci-dessous). Une belle lecture donc, dépaysante et pleine d’étincelles de magie, dont on a besoin en ce moment.

« Cette déchirure qui s’agrandissait entre ses jambes, cette tête fétide et imbibée qui apparaissait, c’était la difficile offrande qu’elle faisait au monde, mais aussi la jalouse appropriation par laquelle la volière tout entière réclamait son baptême. Une petite boule couverte de sang et de plumes sortit du ventre de Thérèse, et roula sur sa tête comme un œuf au milieu du tumulte des piaillements, d’un concert de cris et de hululements. Sn visage minuscule, couvert d’un duvet de vautour, fixait le dôme en bronze, d’où le hibou de Thérèse l’observait avec un silence majestueux. »

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 18:25

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Paul Hasselbank est atteint d’une maladie grave et incurable. Il n’a qu’un souhait : retrouver son ex-femme, Anna, qui l’a quitté trois ans plus tôt pour aller vivre au Canada. Parti de Toulouse, le voyage ne se fait pas sans effort car Paul est fragile et dépend de ses médicaments. Au Canada, il peine à retrouver la trace de son grand amour, rencontre un homme désagréable, riche et puissant qui l’a mystérieusement hébergée pendant presque une année. Il découvre aussi l’Ultimate Fighting, cet étrange duel où deux hommes se combattent, tous les coups étant permis, jusqu’à ce que l’un d’eux meure. Enfin, il tombe sur le type qui a été l’amant de sa femme, Paterson, un chasseur solitaire à qui on a greffé un autre cœur quelques années plus tôt. Une terrible tempête de neige va les contraindre à cohabiter et Paul, entre la vie et la mort, privé de ses médicaments, se laissera soigner par son rival qui aime tant la chasse et le sang…

Ce court roman a quelque chose d’animal qui prend aux tripes. Avec une grande violence, il renvoie à la solitude de chacun d’entre nous. Encore une fois, un texte de Dubois qui fait mouche et m’a emportée dans ce Canada hostile, venteux et enneigé. J’ai trouvé pas mal de points communs entre ce roman et Si ce livre pouvait me rapprocher de toi du même auteur : une nature sauvage et dangereuse qui réveille en l’homme l’animal tapi au fond de lui, et qui lui permet de sonder en profondeur son âme et d’en extraire ce qu’il y a de meilleur ou de pire. D’humour, le lecteur n’en trouvera pas ici mais sera sans aucun doute fasciné par la puissance du récit à la fin foudroyante. Il me reste encore tant d’autres titres à lire de Dubois, je m’en réjouis !

 

« Paterson descendit et pénétra dans la chambre du malade. Il vint sur le lit et s’allongea, nu, contre Hasselbank, drapé dans ses couvertures. Et ils demeurèrent, ainsi, l’un près de l’autre, le mari et l’amant, abandonnés tous les deux au milieu d’une nuit de tempête. Hasselbank n’avait pas l’air surpris de ce qui se passait. Il en retirait même une sorte d’apaisement, d’ailleurs ses yeux s’étaient fermés. Ceux de Paterson, en revanche, scrutaient les ténèbres. Puis, de la même manière que l’on s’y prend pour endormir un enfant, le Canadien murmura à l’oreille du Français des bribes d’histoires ou de poèmes, des phrases qu’il avait apprises autrefois, quand il était plus jeune. »

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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 15:20

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         Gouri quitte Kiev à moto. Il a bricolé tout seul une remorque tirée par l’engin qui est destinée à être chargée. Son objectif est d’aller à Pripiat, deux ans après la catastrophe nucléaire et de retourner dans l’appartement familial. Sur le chemin de son périple, il fait une halte à Chevtchenko où vivent Eva et Iakov, gravement malade. Dans cette zone contaminée, la vie prend encore plus de valeur qu’ailleurs et les retrouvailles sont chaleureuses. Mais Gouri tient à poursuivre sa quête : récupérer une porte, symbole de tous ses souvenirs, gravée d’inscriptions et de dessins, dans une ville désormais interdite. Un homme l’accompagne. Ils sillonnent les rues vides, les logements pillés, une fête foraine à l’abandon.

         Je découvre cet auteur grâce à Noukette qui est une adepte… et j’ai beaucoup aimé moi aussi. Voilà un roman simple mais qui fait mouche, un texte court sans fioritures mais avec des images fortes et marquantes, emplies d’émotions. Gouri qui écrit chaque un poème comme un noyé qui s’accroche à son épave, la petite fête organisée de manière impromptue avec chants et accordéon, comme un doigt d’honneur fait à la mort qui rôde encore…  Exil et résilience pourraient être les mots-clés de ce joli et triste récit dont on relèverait bien toutes les pages !

« Oui les poèmes. Un chaque jour. Je sais pas dire pourquoi. Comme si ça pouvait changer quelque chose à toute cette saleté. Et pourtant, on aura beau faire, on sait bien qu’on sera jamais tranquilles avec ça. Ni nous, ni nos enfants, ni les enfants de nos enfants. Ni même le plus petit brin d’herbe qui n’a plus nulle part où se cacher. Alors, d’où est-ce que ça vient. Je ne sais pas. »

« Les immeubles ne sont pas en ruine. Les façades sont restées vaillantes, pareilles à des représentations naïves, avec l’alignement régulier des fenêtres ; étroites béances noirâtres aux vitres peut-être brisées, il faudrait plus de lumière pour s’en assurer.

La ruine est une chose. Le vide infect installé désormais au revers de ces murs, une autre chose. »

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 10:19

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            Ils sont quatre. Frères et sœur complices face à une mère bigote et un père indifférent. Mabel est l’épicurienne qui prend du plaisir là où elle le trouve, insolemment ; Luc, malgré son esprit de simplet sait faire preuve d’une grande sensibilité ; Marc est l’amoureux des livres et Matthieu le passionné de nature. Dans un endroit où la nature sauvage cohabite difficilement avec la centrale électrique qui nourrit presque tous les hommes de la région mais les dévore aussi, Joyce règne. C’est un être tyrannique qui a fait baptiser toutes les rues de la ville à son nom, qui a, à son service, des molosses dociles qui sèment la terreur. Mabel quitte la maison familiale et se retrouve serveuse à L’Amiral que fréquente son père Martin. Martin commence tout doucement à se réveiller de sa léthargie grâce à Gobbo, un ancien marin épris de justice. Matthieu, lui, n’hésite pas à utiliser la manière forte pour faire taire les braconniers et Marc découvre l’amour pour la première fois.

J’ai beaucoup aimé ce roman et quitté avec regret ces personnages si attachants. On pourrait peut-être reprocher à l’auteur de verser dans le cliché mais l’ensemble est si délicieusement enrobé dans ce cadre naturel qu’on se croit parfois dans un conte pour adultes bigrement réussi. Un nain et un géant comptent parmi les sbires de Joyce, on pourrait reconnaître une princesse en danger et une autre, plus hardie et plus courageuse, qui saura se débrouiller sans vaillant chevalier. L’image des quatre jeunes suspendus à une corde au-dessus de la rivière et accrochés au viaduc va sans aucun doute me rester. Promène sur tous ces personnages, le regard du sage, Elie le grand-père, un ancien ouvrier de la centrale qui y a perdu une jambe. Plus j’en parle, plus je suis convaincue d’aimer profondément ce livre dont l’écriture est si belle.

Deuxième découverte de l’écrivain pour moi après Plateau que j’ai moins apprécié.

« Dans la forêt, la source de la vie était précisément la mort de tout. Elle se nommait humus, un lit dans lequel naissaient d’innombrables racines, s’enfonçant, chevauchant, butant, contournant, perforant ; un lit dans lequel vadrouillaient les formes primales, disparaissant en profondeur, au fur et à mesure que l’oxygène venait à manquer ; un lit dans lequel la méticuleuse et opiniâtre décomposition de la mort conduisait à la vie ; un lit dans lequel se réveiller et s’endormir. »

Marc est amoureux de Julie et se projette : « Ils renverraient le commun dans les limbes pour faire surgir l’unique. La promesse des peaux. Ce serait ainsi. Le reste serait affaire de soleils éparpillés dans la nuit. Le reste serait leur affaire. Le lendemain serait ainsi. »

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:28

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        La narratrice et autrice, Laurence Barraqué, raconte d’abord sa naissance, cette déception paternelle de ne pas avoir un garçon, une enfance accompagnée par des parents qui ne s’aiment plus, une sœur qui préfère l’ignorer et un épisode incestueux qu’il vaudra mieux taire parce qu’« on lave le linge sale en famille. » Sans vraiment se détacher de cet univers macho, Laurence se marie et, ô joie, va enfin pouvoir réaliser le rêve de son père puisqu’elle est enceinte d’un garçon. Mais les choses se passent mal (à cause du père qui conseille à sa fille un mauvais gynéco !) et le fils tant attendu meurt à la naissance. Trois ans plus tard viendra au monde Alice mais le fantôme du petit Tristan hantera constamment la mère. Et si Alice se prend pour un garçon dès son plus jeune âge, ce n’est sans doute pas un hasard.

        Mon avis est partagé. De nombreuses choses m’ont dérangée dans la première partie de ce récit entre roman autobiographique et manifeste féministe. Est-ce la froide ironie qui traverse le livre ? Les clichés et les poncifs qui s’accumulent ? L’autrice se tarabiscote l’esprit pour parfois pas grand-chose, et analyser chaque détail insignifiant en lui apportant une importance cruciale me fatigue vite. Heureusement qu’il y a la deuxième partie, lorsque la narratrice est adulte, qu’elle met au monde un garçon puis une fille. Le récit devient plus intéressant, il gagne en force même si tout est prévisible et que l’usage du « tu » m’aura agacée jusqu’au bout.  Je suis loin d’avoir ressenti le même engouement que pour Celle que vous croyez, c’est sûr. Dernière remarque : c’est un livre à faire lire par des hommes, je n’ai pas appris grand-chose mais faire évoluer les mentalités masculines, ce ne serait pas du luxe !

Comme une rengaine dans le livre : « C’est une fille – Ah ! C’est bien aussi. »

« La perte de chance, ici et maintenant, c’est d’être quelqu’un qui ne choisit pas, qu’on manipule, le jouet d’un mensonge, l’objet d’une machination, l’enjeu d’un accord tacite, une personne dont le sort, la vie, le malheur et la joie se décident à côté d’elle, malgré elle, chez les parents, les maîtres et les hommes. La perte de chance, tu vois, c’est d’être une fille. »

« Ne pas être libre, c’est ça la souffrance d’une fille. »

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 05:23

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        Dans la banlieue de San Francisco, au pied des montagnes, deux sœurs vivent leur adolescence à leur manière : Patty la plus jeune est une recluse passionnée par les chiens et le basket. Elle voue un amour inconditionnel et très fidèle à sa sœur aînée, Rachel, 13 ans. Rachel, même si elle adore les jeux de rôle avec sa sœur, les longues escapades en forêt, tend à se laisser influencer par le groupe de jeunes riches charismatiques de son collège. Affublées d’un père inspecteur de police toujours absent, d’une mère démissionnaire depuis son divorce, les deux filles voient leur vie monotone chambouler par une série de meurtres qui se déroulent toujours en forêt. La victime est toujours une femme plutôt jeune, retrouvée nue après avoir été violée. Le meurtrier ne lui laisse que ses chaussures aux pieds mais emporte avec lui les lacets. Le père chargé de l’enquête va perdre son aura au fur et à mesure des meurtres qui s’enchaînent en toute impunité.

        L’histoire se lit bien, facilement, il est intéressant de suivre ces deux adolescentes atypiques parce qu’elles sont deux sœurs très fusionnelles et inséparables et aussi parce qu’elles ne sont ni capricieuses ni gâtées et livrées à elles-mêmes. Je pense bien que c’est voulu mais la première partie où on nous décrit comment elles vivent puis comment elles apprennent la mort d’une jeune fille puis d’une deuxième, d’une troisième, etc. est tout de même très longue. Je n’ai pas non plus aimé la fin trop romanesque à mon goût. J’ai largement préféré De si bons amis que j’ai trouvé plus piquant, plus enlevé. Il me subsistera cependant des images assez fortes : les filles regardant la télé par la baie vitrée des voisins, leur admiration sans borne pour leur père, le pelotage en règle du plus beau gars du collège et Rachel n’y prenant aucun plaisir. Joyce Maynard reste, me semble-t-il une bonne autrice pour se vider l’esprit sans que l’expérience soit entièrement futile.

« Il m’arriva alors quelque chose d’étrange : une soudaine flambée d’amour pour celle à qui je ne pensais pas souvent - ma propre mère, qu’on pouvait taxer de négligence, mais qui ne me disait jamais comment m’habiller, ne m’emmenait jamais chez le pédicure avec elle, ni essayait de me faire embaucher chez les pom-pom girls. […] J’ai compris ce jour-là qu’ne nous laissant libres de nos choix, ma sœur et moi, elle nous avait fait un grand cadeau. Patty et moi n’appartenions à personne qu’à nous-mêmes. »

Il se trouve qu’un voisin aime, de temps en temps se déguiser en femme : « C’est les gens qui veulent enlever leurs vêtements aux filles qui devraient t’inquiéter, dit Patty. Pas ceux qui veulent en mettre. »

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 10:04

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          Lorsque Vincent Munier, grand photographe animalier, demande à Sylvain Tesson s’il veut l’accompagner au Tibet pour tenter d’apercevoir la panthère des neiges, notre romancier baroudeur accepte immédiatement. Pourtant, dans l’équipe composée du photographe, de son amie cinéaste Marie et de Léo, étudiant en philo, Tesson se sent inutile : à cause de sa colonne vertébrale fragile, il ne peut même pas porter l’équipement.  Par -20, -30 degrés, les hommes vont jouer au prédateur pacifiste et se tenir sur le qui-vive, à l’affût de la moindre bête. Loups, chèvres bleues, ânes sauvages et autres oiseaux tibétains, … la panthère se fera désirer mais apparaîtra quand même, dans les contrées les plus hostiles et les moins explorées de notre chère planète.

Dans ce récit évidemment contemplatif, Sylvain Tesson ne se contente cependant pas de retracer le périple et les découvertes du quatuor, il se laisse aller à des digressions qui, grâce à son intelligence, sa culture et son humour, sont intéressantes. Le thème de la panthère en littérature, comment la panthère peut lui rappeler des femmes chères à son cœur, le culte de la patience, le voyage et les dégâts faits par l’humain depuis qu’il est sur Terre… Tout ne m’a pas passionnée mais l’ode à la nature, les réflexions pessimistes et malheureusement justes de l’auteur, son auto-dérision, certains passages d’une éblouissante qualité et surtout sa formidable plume  et méritent qu’on fasse le petit voyage (il est court) au bord du Mékong. Le livre est aussi un bel hommage au photographe (dont il faudrait acquérir au plus vite l'album Tibet minéral animal, être discret et persévérant, toujours à l’affût du sauvage et du naturel.

 

"L’homme brûlait de faire ce qu’il redoutait, aspirait à transgresser ce qu'il venait de bâtir, rêvait d'aventures une fois rentré chez lui mais pleurait Pénélope dès qu'il naviguait. Capable de tous les embarquements possibles, il se condamnait à n'être jamais content. Il rêvait de l’« en même temps ». Mais l’ « en même temps » n'est pas biologiquement possible, ni psychologiquement souhaitable, ni politiquement tenable."

Suite à un chagrin d’amour : « Je repris ma route, multipliant les voyages, sautant de l’avion pour reprendre le train, et glapissant, de conférence en conférence (et d’une voix pénétrée), que l’homme aurait tout intérêt à cesser de s’agiter. »

« La bête est un joyau serti dans la couronne. Dût le diadème se laver de sang. La morale n’est pas invitée dan ces ordonnancements, ni la cruauté dans les dévorations. La morale était cette invention de l’homme qui avait quelque chose à se reprocher. La vie ressemblait à une partie de mikado et l’homme s’avérait brutal pour ce jeu délicat. »

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 11:50

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          Lire ce roman après celui de Grisham, c’est sauter à pieds joints dans un autre univers !

          Emile Sever vit seul avec son fils Florian. A eux deux, ils triment dans la ferme familiale, causant peu, ruminant sur leur sort : Florian infirme depuis toujours, Emile, veuf depuis trop longtemps. Le souvenir de la mère, Alma, plane sans cesse au-dessus du duo. Sans avoir prévenu, Emile embauche une servante, qui, va devenir - au bout d’un an - la femme de Florian, parce que le père le souhaite, se sachant malade. Mais Florian n’est nullement attiré par la servante et la servante va voir ailleurs avant de mettre au monde un enfant qu’elle va avoir du mal à aimer avant de lui dévouer un amour exclusif.

          Cet univers âpre empli de non-dits et de secrets qu’on ne révélera jamais sent fort la campagne et l’authenticité. Dans un huis clos aux allures de tragédie, les personnages évoluent chacun dans leur coin sans communication possible entre eux. Une photographie d’un univers où préjugés et méfiance ont hélas ! la vie longue. Certains trouveront ça exagéré, moi, pour avoir vécu dans ce genre de coin perdu, je dirais que c’est assez juste. J’ai aussi apprécié l’absence de jugement de l’autrice vis-à-vis de ses personnages, elle ne prend pas parti, sauf à la toute fin et c’est fait avec panache. Des phrases simples, denses, parfois elliptiques mais toujours bien tournées, collent parfaitement à la rudesse de ce monde rural qui n’est pas non plus dénué de poésie. On pense à Joncour, Cécile Coulon, Mauriac. Un roman vite lu, que signe une autrice québécoise dont je découvre la plume avec plaisir. J’ai beaucoup aimé.

     -  Première lecture de la rentrée littéraire -

« A présent, il refusait de croire que les défunts condamnaient les vivants, si abjectes fussent leurs actions. Il ne croyait pas davantage que les morts veillaient sur ceux qu’ils avaient aimés et qu’ils leur venaient en aide dans les moments de détresse. Au lieu de se jeter à l’eau, il s’étais mis à courir comme un fou pour s’éloigner de la rivière. Alma n’y était toutefois pour rien. Ni Dieu ni personne ne l’avaient protégé. »

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