Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 12:20

 

 

              Gabriel est un petit garçon qui vit au Burundi avec sa mère originaire du Rwanda et son père qui a quitté, adolescent, les montagnes du Jura. Avec sa sœur Ana, Gaby mène une existence paisible au cœur d’un cocon douillet fait de jeux (parfois cruels), de disputes parentales, d’amitiés juvéniles. Une existence rythmée par une correspondance avec une jeune Orléanaise, des échos lointains de conflits rwandais et des rendez-vous quotidiens avec les copains du quartier dans l’épave d’un Combi Volkswagen. Cette enfance insouciante et joviale est brisée par la guerre, quand les copains veulent devenir des tueurs à leur tour, quand les cadavres jonchent la route, quand l’école est protégée comme un camp militaire, quand les membres de la famille commencent à tomber les uns après les autres, quand la mère de Gaby, rentre un jour à moitié folle d’avoir vu des tableaux d’horreur et de massacres. Il y a donc l’avant et l’après, l’époque heureuse et la période tragique, l’enfance et ce qu’on pourrait appeler la chute dans l’âge adulte.

           C’est un roman qui m’a touchée, j’ai trouvé certains passages magnifiques et particulièrement poignants. L’écriture est maîtrisée, le ton est toujours juste, l’ambiance africaine parfaitement retranscrite. Quand on sait que Gaël Faye est né au Burundi, pays qu’il a quitté, lui aussi, en 1995 après le début de la guerre civile, on se doute bien que l’écrivain a puisé dans ses souvenirs pour raconter sa fiction. Je comprends sans mal que les lycéens aient apprécié ce roman d’apprentissage taché de sang et de nostalgie. En sirotant une bière de banane (et en goûtant à ces cornets de termites frits !) parmi les cris de babouins, dans une chaleur sèche et nonchalante, on aimerait pouvoir traverser les rues de Bujumbura, entendre les rires des enfants, sans qu’ait jamais eu lieu ce conflit stupide entre Tutsis et Hutus.

 

« Pendant que tout le monde discutaillait, j’ai soudain reconnu Calixte dans la foule. Calixte, qui m’avait volé mon vélo… A peine ai-je eu le temps de donner l’alerte qu’il a détalé aussi vite qu’un mamba vert. La ville entière lui a couru après, comme on poursuit un poulet qu’on veut décapiter pour le déjeuner. Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire, c’est le nom que l’on donne au lynchage, ça a l’avantage de sonner civilisé. »

« A ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Alors que ses copains consacrent leur énergie à se procurer grenades et kalachnikovs : « J’étais trop occupé ces temps-ci à rester un enfant. »

« Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

Repost 0
21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 15:55

 

Afficher l'image d'origine

 

                Le narrateur est un Italien, père de deux garçons. L’aîné, Andrea -surnommé Andy- est autiste. Pour ses dix-huit ans, le père décide de lui offrir un voyage hors du commun, celui de traverser les Etats-Unis. Les deux hommes seront seuls, livrés à eux-mêmes, avec les risques potentiels qui sont décuplés quand un adolescent autiste voyage, lui qui a tant besoin de repères, de rituels, de gestes rassurants. Partant de Miami, père et fils vont d’abord bourlinguer à moto, un moyen de transport qu’Andrea adore, jusqu’à Los Angeles. Les chemins et les rencontres vont les mener vers le Sud, toujours plus vers le Sud : le Mexique, le Guatemala et enfin le Brésil. Globalement, le voyage dépasse les espérances du père, Andrea s’ouvre au monde, en demande toujours plus, avec une envie croissante d’aller plus loin, de rencontrer, de grandir… Avec un espoir un peu fou, le père croit toujours à une possible guérison. Pourtant, on ne voit pas tant souffrir mais plutôt découvrir avec délectation les joies des baignades, les beautés du monde, les multiples libertés et même les charmes de l’amour. Avec une pureté et une innocence singulières.

               Ce roman est un magnifique cadeau. Il offre une vision nouvelle, attachante et bouleversante de l’autisme. Andy passe un temps fou à renverser et vider des flacons, à colorier, systématiquement il enlace les gens qu’il rencontre (d’où le titre du livre), il rit quand quelqu’un se met en colère, il marche sur la pointe des pieds, il dévore gloutonnement ce qui lui tombe sous la main… le lecteur ne cesse de se demander si son monde n’est pas plus beau que le nôtre, s’il faut à tout prix le faire entrer dans notre moule et devenir, comme Andrea le dit lui-même un « Terrien ». Le papa, quant à lui, est tout aussi émouvant, un père courage, il est rare de pouvoir le dire mais c’en est un, un vrai, un beau, un grand, qui pense à son fils avant lui-même, qui lui offre le plus grand des présents, qui va de l’avant, toujours. Une belle leçon quand on voit une majorité de parents « abandonner » leur progéniture dite « normale » et facile… Une très jolie lecture, un road-trip original où le voyage humain prime.

             Fulvio Ervas est un auteur de romans noirs, il a écouté le père d’Andrea raconter son périple au cours d’un dialogue qui a duré plus d’un an.

            Ce roman a été glissé dans une box qui m’a été offerte… Deux bouquins/mois, 6 mois durant, voilà qui va encore gonfler ma PAL !

« Certes, il est barré, mais pas hors du monde. Il arrive d’un ailleurs où prévalent d’autres codes, d’autres signes, d’autres beautés qu’il transfère parfois jusqu’ici, quand il le veut et quand il le peut. »

« La plage est en pente raide, à Acapulco, et les vagues qui s’y écrasent sont énormes et puissantes. On est sur le rivage avec de l’eau jusqu’aux genoux, et soudain survient une lame, qui nous saisit et nous tient en suspens. C’est à la fois grisant et hypnotique. Andrea joue à se laisser soulever sans relâche. Ce n’est pas seulement une question de résistance physique ni de répétition compulsive. Il est heureux. Un bonheur immédiat et viscéral, la joie du pingouin glissant sur la banquise, de la baleine bondissant hors de la mer, de l’albatros planant dans le ciel, insouciant de la gravité. »

Repost 0
17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 18:51

 

Afficher l'image d'origine

 

               Le narrateur s’appelle John LaLiberté, il assiste, en direct, à l’attentat newyorkais du 11 septembre, à l’effondrement des tours jumelles. Ironworker de métier depuis plusieurs générations, il ne peut que se proposer d’aller aider, et des mois durant, va sectionner des poutres métalliques, brûler de l’acier, déblayer et nettoyer pour y voir plus clair et espérer, presque toujours en vain, trouver des êtres vivants. Le père de John, Jack LaLiberté, a, quant à lui, contribué à construire une partie du World Trade Center. On le suit les quelques mois qui ont précédé sa mort, lorsque John ado l’avait accompagné sur le chantier. Tous deux sont des Mohawks, ces Indiens presque tous « Skywalkers » qui jouissent de la réputation de ne pas avoir le vertige. Un autre bond dans le passé nous emmène en 1886, à l’émergence des Mohawks ironworkers, rendant hommage à ce peuple coriace et fidèle. L’objectif est de construire un pont enjambant le St Laurent… si des défauts et des incohérences existent, on continue, sans relâche, jusqu’au drame…

              Ce bouquin nous fait aimer la ferraille, les boulons, les clés à mâchoire, les ponts, les immeubles et New York ! Et surtout, il nous donne une vision autre de la catastrophe du 11 septembre, une réflexion plus approfondie sur les origines des deux tours, sur l’énergie déployée par des anonymes pour les faire grandir, et enfin sur les débuts des ironworkers. J’avoue avoir été sceptique au début de ma lecture, j’avais un peu peur des aspects techniques qui n’ont finalement rien d’indigeste. Le livre est parfaitement documenté et la fiction se mêle habilement à la réalité. On apprend beaucoup et on se souvient aussi.

            Certaines images resteront longtemps gravées dans mon esprit :
- à la construction des tours, il fallait faire face à la grève des conducteurs de remorques : des hélicos ont essayé de transporter jusqu’à sept tonnes d’acier… ce fut un échec !

- A partir du 60ème étage, on n’entend plus les rumeurs de la rue.

- Nouvellement nées, les tours ont vue s’écraser des oiseaux, complètement déboussolés par cette présence incongrue.

- Toutes ces cendres du 11 septembre, « grises, fines comme du talc » que les médias avaient certes évoquées, mais que j’avais oubliées…

- La toxicité de l'air autour du lieu de l'attentat.... qui a encore engendré des morts dans les années qui ont suivi.

             Et cette lecture, je la dois à Noukette qui me l’a si gentiment déposée dans mon joli colis-cadeau, merci encore !

 

« Manhattan, c'est l'île des montagnes construites par l'homme. Nous, les Mohawks, ça fait longtemps que nous sommes des bâtisseurs de montagnes d’acier et, là, ce sont les plus grandes jamais rêvées. Les plus hautes d’Amérique, les plus hautes du monde. On va les voir partout. Elles ne sont pas près d’être dépassées. »

Repost 0
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 09:59

 

Afficher l'image d'origine

 

                 Addie, à soixante-quinze ans, vit seule depuis la mort de son mari. Un soir, elle décide d’aller voir un voisin, Louis -qui a à peu près le même âge- pour lui faire une proposition insolite : accepterait-il de venir dormir chez elle, dans son lit, pour discuter et lui tenir compagnie ? Passée la première surprise, Louis, veuf, se dit qu’il n’a rien à perdre et se rend chez Addie avec un sachet contenant son pyjama et sa brosse à dents. Ils discutent, lèvent un petit coin de voile de leur vie respective et s’endorment côte à côte. L’expérience a été concluante, ils remettent ça, toujours en tout bien tout honneur, jusqu’à ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre. Et ça commence à jaser dans cette petite ville provinciale américaine. Gene, le fils d’Addie qui est obligé de lui laisser son fiston pour quelque temps, voit cette relation d’un mauvais œil, imagine que Louis n’en a qu’après l’argent de sa mère. Mais le garçonnet s’épanouit auprès des seniors qui lui consacrent temps et affection. La grande amitié entre Addie et Louis va petit à petit se mouvoir en amour. [attention spoiler]Mais la pression des autres, en particulier de Gene, va être plus forte et les deux vieux amoureux vont finir par se séparer.

                      Cette ode au bonheur juste avant la mort émerveille par sa simplicité. Le roman, très court, se lit de manière très fluide. J’ai beaucoup aimé passer du temps à côté de ces deux personnes âgées mais il m’a manqué quelque chose, peut-être parce qu’un amour après soixante-dix ans ne me surprend ni ne me choque, peut-être parce que j’ai trouvé la réaction du fils démesurée et peu crédible. Sans aller jusqu’à l’agacement qu’a éprouvé Luocine, je peux comprendre ses réticences. Je crois que le livre aurait gagné en profondeur s’il ne s’était centré que sur la relation entre les deux septuagénaires. Ça ne m’empêchera pas de lire un autre roman de l’auteur. Et je rajoute que je trouve le titre magnifique !

 

« Elle se tourna dans le lit et il regarda ses épaules nues à l’aspect si soyeux et ses cheveux si brillants sous la lumière. Soudain le noir se fit, avec seulement l’éclairage de la rue qui baignait la chambre d’une lueur pâle. Ils parlèrent de choses anodines, histoire de faire connaissance, évoquant les menus événements ordinaires de la ville, la santé de Ruth, la vieille dame qui a habitait entre leurs deux maisons, le pavage de Birch Street. Puis ils se turent. »

« Qui obtient jamais ce qu’il attend ? Cela n’arrive pas à grand monde, si tant est que cela arrive. C’est l’éternelle histoire de deux êtres qui avancent à l’aveuglette et se cognent sans arrêt l’un contre l’autre en cherchant à se conformer à de vieilles idées, de vieux rêves et à des notions erronées. »

Repost 0
1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 11:08

 

 

Afficher l'image d'origine

             Jake Skowran n’a presque plus rien. Dans une ville en état de délabrement bien avancé après la fermeture de l’unique usine, il est au chômage, il a contracté des dettes, il a perdu sa copine qui l’a quitté. Désabusé et ne voyant plus d’espoir à sa situation de traîne-savate, il accepte l’impensable : tuer. C’est Ken Gardocki, le plus grand truand de la ville, qui le lui demande, il aimerait qu’on tue sa femme infidèle. Passée la première surprise, Jake met peu de temps à être convaincu. Finalement, ça ne lui pose pas de problème. Et mis à part le fait qu’il a dû tuer le chien avant de tuer l’épouse, le crime a été facile. Jake ne va pas en rester là. Ken a encore d’autres missions pour lui. Jake va même prendre des initiatives et liquider un type qui lui met des bâtons dans les roues.

           C’est dans une Amérique miteuse et désœuvrée que nous emmène l’auteur. La crise se faire ressentir à tous les niveaux et à un tel point que commettre un crime ne paraît plus une chose si immorale… Aussi dingue que ça puisse paraître, on s’identifie très vite au meurtrier qui n’est pas méchant, dans le fond, mais qui n’a pas vraiment le choix. C’est drôle, c’est second degré, c’est noir mais pas trop. L’auteur va droit au but, son personnage est devenu tueur à gage, soit. C’est la société qui veut ça. Dans l’ambiance digne d’un roman de Donald Westlake, ce roman adapté au cinéma (il y a quelques mois) est diablement efficace et brillamment satirique. La fin est charmante et complètement immorale, le crime serait une sorte de tremplin pour pouvoir retrouver une vie bien rangée. J’ai adoré !

Merci à krol pour l'idée!

Un argument de taille pour un mec ruiné et désespéré : « Tu es l’homme de la situation. Je l’ai su dès le premier jour. » (c’est encore plus drôle quand on apprend, plus tard, que Gardocki avait demandé un autre type d’abord !)

Jake pensait qu’à l’image des bâtiments et des administrations du reste de la ville, les bureaux de police, périclitaient, eux aussi. Finalement, non, les locaux sont neufs et modernes : « Le besoin de punir la populace locale et visiblement plus important que celui de la soigner, la nourrir et l’habiller. »

« J’essaie de perdre l’habitude de tuer les gens qui me rendent la vie dure. »

Repost 0
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 21:21

 

Afficher l'image d'origine

               Paul a frôlé la mort. Victime d’un accident d’ascenseur, d’une chute vertigineuse de plusieurs dizaines de mètres, il est le seul à avoir survécu parmi les cinq occupants de l’habitacle. Sa fille qui était avec lui est décédée. Un tel drame -même si on en sort vivant- ça vous change un homme. Paul se remémore son passé : un premier mariage avec une femme alcoolique qu’il a néanmoins aimée et avec qui il a eu une fille, Marie. Une seconde femme autoritaire voire tyrannique qui lui a d’emblée interdit de voir sa fille sous leur toit commun et qui lui a donné des jumeaux. Avec une lucidité plus grande qu’auparavant, Paul se rend compte que ses deux fils sont faits du même bois que leur mère, obséquieux et sans cœur.

               Entre des recherches frénétiques sur les ascenseurs, leur mode de fonctionnement, leurs records, leurs failles et un nouveau boulot qui consiste à promener des chiens, Paul n’est pas l’image du convalescent qu’aurait voulu accompagner son épouse. C’est avec humour qu’il nous dépeint l’adultère de sa femme alors qu’il s’essaye, au grand dam de celle-ci, au « dog handling » en promenant un chien lors d’un concours de beauté canin.

              Quelle lecture jubilatoire ! Tantôt drôle, tantôt cynique, le personnage central n’est pas là où on l’attend, pas là où l’attend son requin de femme. Il ne veut pas de procès suite à l’accident, il cherche un métier en plein air loin de toutes responsabilités, il est sur le point de renier ses fils au profit de l’urne funéraire de sa fille qu’il pose en évidence sur son bureau. Alors qu’il cherche un sens à cet accident, il s’éloigne petit à petit de la normalité pour rejoindre ce qui, finalement, paraît être le plus sain. Une belle réussite que cette histoire un peu loufoque, parfois tendre, souvent inattendue. On pourrait lui reprocher le personnage de l’épouse, caricature de la femme détestable et une fin peut-être trop facile mais ces 218 pages ont été avalées avec une rapidité absolument délicieuse ! J’adore cet humour qui tend vers le noir, ces cocasseries dignes d’un Irving … J’en reveux !

 

Conversation téléphonique avec les jumeaux qui, horrifiés d’apprendre que leur père n’est qu’un vulgaire promeneur de chiens, lui offrent une aide financière : « J’eus alors l’impression que quelque chose d’humide et froid recouvrit lentement mes épaules, comme une nappe de brume dont chaque gouttelette eût été une particule de honte. J’imaginais les jumeaux, que dis-je, les siamois unis jusqu’à la moelle des os, signant ensemble, d’une main identique, un chèque similaire censé me rendre un peu de dignité humaine. Un chèque qui me rachèterait une conduite en m’empêchant, pour un temps au moins, de me livrer à des activités que les bessons réprouvaient. Avec cette bourse ils espéraient offrir à leur mère un vieux mâle castré, placide et complaisant, s’adonnant à des occupations de son âge, … »

La théorie de Paul : un ascenseur est conçu avant la construction d’un immeuble et par conséquent : « Il est le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser sur leurs pattes arrière et de se tenir debout.  Il a inventé la verticalité, les grandes orgues architecturales mais aussi toutes les maladies dégénératives qu’elles ont engendrées. »

Repost 0
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 17:49

 

Afficher l'image d'origine

         

           Merlin est un dessinateur et auteur de BD même si son véritable gagne-pain consiste à dessiner passéridés, fringillidés et autres oiseaux pour une encyclopédie. Approchant de la soixantaine, il vit avec la jolie et sémillante Prune. Ensemble, ils ont acheté une maison à la campagne – un achat de coup de cœur dans une ancienne demeure où tout est à refaire, où on peut attendre le plombier des semaines et des semaines, mais qui, pourtant, a un charme fou. Une nouvelle vie commence, loin du tumulte parisien, jusqu’au jour où Merlin apprend la douloureuse nouvelle : son ami et ancien voisin, Laurent, est mort. Il perd un excellent copain mais également sa muse : c’est de Laurent que Merlin s’est inspiré pour croquer et faire vivre Jim Oregon, le héros de sa série BD Wild Oregon, un cow-boy téméraire et mutique. Pour en rajouter une couche, Laurent demande dans une dernière lettre à ce que son double, Jim, trouve l’amour, et qu’il le fasse mourir de manière plus héroïque que l’a été sa propre mort. Laurent est déboussolé, il ne sait que faire de ces requêtes qui mettraient un terme à sa série BD.

         Même si les premières pages semblent choisir cette belle maison de campagne un peu décrépite comme personnage principal, il faut bien admettre qu’elle ne constitue plus l’unique centre d’intérêt vers le milieu du roman. Et je dirais même que c’est tant mieux. Merlin est un personnage terriblement attachant et ses héros de BD le sont tout autant. Marie-Sabine Roger a réussi l’exploit de créer deux œuvres en une. Elle nous plonge dans le travail du dessinateur, nous permet de l’accompagner dans ses réflexions, ses doutes, ses pages blanches, ses moments d’enthousiasme et d’excitation. Car Laurent, en formulant ses derniers vœux met la barre haute : Merlin ne peut transformer sa série western en mièvre amourette et il ne veut pas non plus condamner sa série qui lui permet, doucettement, de connaître un joli petit succès.

          Cette lecture enchante, redonne le sourire, pétille de vie sans pourtant être mièvre ni trop sucrée. Elle m’a repêchée après une panne de lecture et deux, trois expériences livresques ratées. Le roman gagne en intensité au fur et à mesure qu’on tourne les pages mais aussi en pureté et en maturité. C’est bon, c’est léger mais pas trop, c’est doux et vif !

 

« Chaque mort d’un ami est une lampe éteinte, qui rend notre chemin un peu plus hasardeux. »

« ce sont les femmes qui font les hommes, du début à la fin de leur vie. De leurs victoires à leurs pertes, de leur pouvoir à leur chute. Toutes celles qui ont coupé dans notre trajectoire, ou qui nous ont accompagnées. Celles qui ont dormi dans nos bras. Celles, qui ont pleuré de notre violence ou qui ont ri de nos maladresses. Celles qui ont consolé nos chagrins, nous ont galvanisés aux veilles des compètes, ont applaudi sur la ligne d’arrivée. Ce sont les femmes qui nous choisissent, en se laissant choisir par nous. Et ce sont elle qui nous laissent. »

« Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie. »

Repost 0
18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 11:05

 

Afficher l'image d'origine

 

             La narratrice part vivre une aventure hors du commun : installée dans un abri moderne, une sorte de cylindre arrimé à une paroi rocheuse d’où elle ne peut descendre qu’en rappel, si j’ai tout bien compris, elle a décidé de vivre en autarcie, de découvrir la nature environnante, de repousser ses limites physiques et d’explorer de nouvelles contrées mentales… Tout va doucement basculer le jour où elle découvre, de très loin, un bout de laine avec un bras dedans. Elle ne serait donc pas la seule présence humaine dans le coin ! L’être rustre, bestial qu’elle va rencontrer a l’apparence d’un moine : un crâne chauve et une bure. Après avoir joué quelque temps au chat et à la souris, les deux êtres vont communiquer, s’apprivoiser mais le jeu qui avait poussé l’héroïne à s’isoler est donc tronqué : elle n’est plus seule…

             Je regrette une chose : ne pas encore être capable d’abandonner une lecture qui me déplaît. Je me réjouissais pour celle-ci, le thème me seyait parfaitement mais dès les premières pages, l’écriture m’a chiffonnée avant de m’agacer pour finir par me gonfler totalement. On ne sait pas pourquoi la narratrice (dont on ne connaît rien !) mène réellement cette aventure, elle a un côté plutôt obséquieux quand elle affirme vouloir fuir les ingrats, les imbéciles, les envieux. Si elle nous livre quelques détails techniques et matériels (la nourriture qu’elle a apportée, les caisses de rhum qu’elle n’a pas oubliées, le potager qu’elle a créé et surtout, surtout, un vocabulaire archi pointu ayant trait à l’alpinisme), on ne sait pas qui elle quitte, quels sont ses moyens de communiquer avec le reste du monde, combien de temps elle reste, où elle est exactement et surtout quels sont ses sentiments, ses espoirs, ses doutes, ses craintes… mon dieu, que c’est froid et impersonnel tout ça ! Quelques questionnements métaphysiques que je n’ai absolument pas compris closent souvent les petits chapitres : « Le menace pourrait-elle être une contrainte forte et la promesse une contrainte douce ? » ou « La promesse est-elle la méthode elle-même ? » ou encore « Je me demande si on peut s’exercer à l’événement. A ce qui arrive, au monde.» ou enfin « A quel jeu pourrait-on jouer avec un idiot ? »

              Bref, un bide total pour ma part. Une lecture- perte de temps. Je ne me lasserai pas de vous recommander le très authentique, pur et vrai Sauvage par nature de Sarah Marquis.

Repost 0
12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 21:27

 

Afficher l'image d'origine

 

          Aaliya Saleh a 72 ans, elle vit seule dans un appartement miteux à Beyrouth. Mariée à 16 ans à un homme qu’elle détesta tout de suite, elle fut répudiée quatre ans plus tard. C’est dans les livres que notre vieille dame s’épanouit, à travailler dans une librairie, à lire et surtout à traduire les romans de ses auteurs fétiches en cachette. Dans une ville peu fiable et bruyante, à une époque instable et dangereuse, Aaliya nous livre ses pensées et ses souvenirs : une famille détestée, une amie qui lui manque, un ami devenu terroriste, une couleur de cheveux ratés, sa solitude si chérie, sa technique pour se calmer après avoir vu un cadavre, « domaine dans lequel tous les Libanais deviennent experts ».

           Si j’ai aimé cette lecture, cette bonne femme incroyable, ses abondantes références littéraires, cette ville dense, brutale et colorée qui est un personnage à elle tout de seule, je me suis aussi parfois ennuyée. Pour ma défense, j’ai lu le livre comme un roman. Or, je crois vraiment qu’on y gagnerait à y piocher chaque jour une pensée par-ci, quelques réflexions par-là, deux ou trois digressions un autre jour. Car on apprend beaucoup de cette vieille solitaire ermite qui sait sonder le monde de son regard drôle et pénétrant.

 

« Pourquoi aurais-je voulu être stupide comme tout le monde ? Puis-je admettre qu’être différente des gens normaux était ce que je recherchais désespérément ? Je voulais être spéciale. J‘étais déjà différente : grande, pas séduisante, tout ça. Mon  visage aurait eu du mal à lancer un seul canoë. »

« Je peux comprendre Marguerite Duras bien que n'étant pas française et n'ayant jamais été follement amoureuse d'un Asiatique. Je peux vivre dans la peau d’Alice Munro. Mais je ne peux pas comprendre ma propre mère. »

Repost 0
3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 15:39

 

      Afficher l'image d'origine

   

           Après la mort de Mankell, il y a maintenant plus d’un an, j’ai eu du mal à retourner le lire. Là, retrouver mon auteur de polars préféré était devenu un besoin.

          Un policier de 37 ans, Stefan Lindman, est à un tournant de sa vie : il apprend qu’il a un cancer. Au même moment, il découvre qu’un de ses anciens collègues, Herbert Molin, est retrouvé mort dans des circonstances terrifiantes. Parce qu’il faut bien qu’il s’occupe pendant son arrêt maladie, Stefan décide d’aller rejoindre la scène du meurtre, à l’autre bout de la Suède. Bon gré mal gré, les enquêteurs de la province du Härjedalen l’intègrent à l’affaire. En parallèle, comme le lecteur en sait toujours un peu plus que les protagonistes chez Mankell, on suit cet Argentin venu en Suède pour accomplir une vengeance qu’il souhaite depuis la Seconde guerre mondiale. Car Herbert Molin était un nazi qui a soutenu Hitler et a continué à alimenter ses théories.

            Vont entrer en scène : la fille de la victime belle à faire perdre la tête à ses interlocuteurs, un voisin trop curieux qui ne va pas survivre longtemps, la petite amie de Stefan qui ne comprendra pas cet engouement pour une enquête si lointaine et  … des nazis à la pelle !

            Il est bien étrange de lire un policier de Mankell sans que Kurt Wallander soit présent. Pourtant, Stefan est une sorte de fils spirituel : mêmes ronchonnements, même vision sceptique de l’existence. Le style harmonieux de Mankell, son imagination débordante, sa passion pour la précision, pour le détail juste, m’impressionneront toujours. Bien plus qu’un roman policier, le livre réfléchit, s’interroge, respire, sent, vit ! Oui, fan je suis, fan je resterai. Il me reste encore quelques lectures à savourer.

Que va faire Stefan en attendant sa radiothérapie ? « Il avait presque fait le choix de Majorque, quand la pensée de Molin vint le hanter. Soudain, sa décision fut prise. Il n’allait pas se rendre à Majorque. Là-bas, il ne ferait qu’errer sous le soleil en ruminant les événements précédant son départ et ceux qui le guettaient après son retour. Dans le Härjedalen, sa solitude ne serait pas moindre, puisqu’il ne connaissait personne là-bas. Mais au moins son activité serait sans lien avec sa propre personne. »

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages