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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 21:26

Sur les chemins noirs eBook: Tesson, Sylvain: Amazon.fr

       Suite à sa chute de huit mètres de haut d’un toit de chez Rufin, après des mois d’hospitalisation, Sylvain Tesson a pris une décision bien insolite pour se requinquer : traverser la France à pied. Parti le 24 août du Mercantour, à la frontière italienne, il va parcourir le trajet vers la pointe nord du Cotentin souvent seul, parfois accompagné d’un ami et touchera son but le 8 novembre. Ce qui l’importe, c’est de parcourir les « chemins noirs », ces routes peu fréquentées, loin de l’agitation humaine, des voitures et du bruit. Il évoque également par là une ruralité française en souffrance et en perdition, des villages déserts, des commerces qui ferment, des efforts un peu absurdes pour obtenir le wifi.

       Evidemment que j’ai aimé ce court récit de voyage ! Sylvain Tesson force le respect. Alors que d’autres se feraient plaindre et servir, lui sillonne la France avec sa ataraxie et son impertinence coutumières. Mise à part une crise d’épilepsie (une nuit à l’hôpital), quelques douleurs à peine évoquées (et pourtant quotidiennes) et son interdiction de boire de l’alcool, on dirait un jeune homme en pleine forme. Les nombreuses citations le prouvent : j’adore le style ! Son écriture parfume chaque page, agrémentée de réflexions caustiques, souvent drôles, toujours justes. J’aimerais moi aussi m’échapper avec lui, fuir, prendre ce « carton d’invitation à ficher le camp. » Là, tout de suite, maintenant.

 

Son côté rustre : les proches, « je préférais penser à eux que les côtoyer. »

Sa mère est morte quelques mois plus tôt : « On m’avait ramassé. J’étais revenu à la vie. Mort, je n’aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d’être humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu’on retrouve un proche dans la cohue d’une termitière éternelle encombrée d’angelots ? »

Les chemins noirs : « Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. »

A la presque fin de son périple : « Le matin, j’éprouvais encore de vives douleurs dans le dos. Trois ou quatre kilomètres en venaient à bout : un rouage actionné longtemps s’huile de lui-même. La marche avait aussi ses effets d’alambic moral, dissolvant les scories. Tout corps après sa chute – pour peu qu’il s’en relève – devrait entreprendre une randonnée forcée. »

« On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres. »

 

 

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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 21:44

Le dynamiteur - Henning Mankell - Babelio

       Je ne peux passer quelques mois sans lire mon auteur suédois préféré. Je suis tombée par hasard sur son tout premier roman.

       Suède, 1911. Oskar est un dynamiteur et, à 23 ans, alors qu’il vérifiait une dynamite destinée au percement d’un tunnel, tout explose. Pourtant, Oskar survivra. Avec une main et un œil en moins. Celle qu’il côtoyait avant l’accident ne voudra plus de lui mais, par un concours de circonstances, c’est sa sœur, Elvira, qu’il épousera. Parfois au chômage, toujours au fait de l’actualité (deuxième guerre, crise du canal de Suez, courants socialistes et communistes), il vivra chichement mais heureux avec sa femme et ses trois enfants, toujours en quête de justice sociale.

       C’est un roman assez étrange, elliptique et empli de poésie. On ignore tout du narrateur qui vient discuter régulièrement avec Oskar dans le petit sauna où il vit en bord de mer. Des va-et-vient entre les différents moments du passé et le présent sont faits. Même si ça n’a rien à voir avec les futures enquêtes du commissaire Wallander, on trouve déjà la marque de fabrique de Mankell : une écriture sobre et efficace, les thématiques de la solitude, des réflexions politiques, de la mélancolie, les doutes d’un homme assez âgé (et Mankell n’a que 25 ans quand il écrit le livre !), le portrait d’une société gangrénée. Sans être totalement emballée, j’ai bien aimé ce roman que j’ai trouvé émouvant pour sa douce tristesse et proche de l’univers d’un Sorj Chalandon quant à cette vision du monde en déclin.

« Le récit est superficiel. Laconique, comme Oskar. Il a des failles, des vides. Mais la surface est poreuse. Lentement elle commence à se retrousser et à s’ouvrir. Derrière la surface, l’histoire. L’histoire des changements. »

« L’histoire d’Oskar est comme l’iceberg : ce que tu en vois n’est qu’une petite partie. La plus grande partie est cachée sous la surface. Là se trouve la lourde masse de glace qui s’équilibre avec l’eau et rend la vitesse et le cap stables. »

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 09:36

Vanda - Marion Brunet

        Vanda est une jeune femme à part. Elle vit seule avec son fils Noé, 6 ans, dans un très modeste cabanon sur la plage, dans une grande ville du Sud de la France. Impertinente et impulsive, elle gagne péniblement sa vie en faisant le ménage dans un hôpital psychiatrique. Cet équilibre déjà fragile vacille le jour où Simon, le père de Noé, découvre sa paternité. Perdu entre sa nouvelle vie de bobo parisien et son passé de fêtard du Sud, il tient à assumer sa part de paternité alors que Vanda préfère continuer sa vie d’avant – seule avec Noé.

        J’ai beaucoup aimé cette lecture. Avec peu, on peut faire beaucoup. Des personnages bien dessinés, un cabanon sur une plage, un contexte de crise sociale et des êtres à la dérive… il n’en faut pas plus pour créer une étincelle et amener le récit vers une tension dramatique. Et le texte pose des questions, celui de la parentalité, de la précarité, de l’amour exclusif entre une mère et son fils à la fois sublime et malsain. On penche tantôt du côté de Simon, tantôt de celui de Vanda, on hésite à voir Vanda comme une victime, parfois comme un bourreau. A la fois solaire et très sombre, Vanda ne tranche pas, laisse les portes ouvertes… et marque, tout simplement. Efficace, brut et brutal.

« La haine se mêle à la peur, Vanda se sent au bord de l’explosion, tout au bord. Qu’ils crèvent. Que leurs sourires cyniques s’élargissent au couteau. Qu’ils étouffent dans leur mépris, se carrent leurs millions dans le cul et qu’ils crèvent. »

Vanda se fait virer mais il manque pourtant du personnel : « Vanda voit surtout que ce sont deux choses contradictoires, un peu comme baisser le nombre d’enseignants pour promouvoir l’éducation ou faire sauter des allocs pour lutter contre la pauvreté. Elle n’est pas cortiquée pour ce type d’illogisme. Au rythme où se multiplient les non-sens, les hôpitaux psychiatriques vont se remplir de plus en plus. »

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5 juin 2021 6 05 /06 /juin /2021 00:07

Livre: L'Inconnu de la poste, Florence Aubenas, Éditions de L'Olivier,  Essais, 9782823609851 - Leslibraires.fr

 

        Gérald Thomassin est un homme étrange. Elevé (ou pas vraiment justement…) par une mère alcoolique et dépravée, il devient acteur à partir du moment où il décroche - par hasard - le rôle principal dans Le Petit Criminel de Jacques Doillon en 1990, il a alors 16 ans. Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. L’essentiel réside dans ce gros bourg de l’Ain, Montréal-la-Cluse, où Thomassin a élu domicile en 2007, et plus précisément dans un minuscule bureau de poste où Catherine Burgod, une quarantenaire enceinte, a été assassinée à coups de couteau. L’enquête piétine. Thomassin a mal tourné, il vit de quelques euros, est souvent ivre, sous Subutex. Ses deux copains, Tintin et Rambouille, trouvent qu’il parle souvent du crime de la poste. Deux dames croisées près de la tombe de Catherine, s’inquiètent pour les mêmes raisons, et en plus il sait décrire la scène du crime avec précision. Mais Thomassin n’a ni mobile ni indices ni ADN qui le confondraient. Il continue à tenir des propos bizarres, très souvent en lien avec le meurtre. Puis il fuit la petite ville pour Rochefort.

       On l’a entendu souvent, Florence Aubenas n’est pas seulement journaliste, elle est aussi écrivaine. Il est vrai que les qualités d’écriture du roman sont indéniables, elle sait happer le lecteur, trouver le mot juste, ménager le suspense. Au-delà de cette affaire digne effectivement d’un récit policier, c’est une photographie d’un coin de France rurale qui nous est donnée à voir, avec ses ragots, son apparente tranquillité, ses habitants pas si banals qu’il n’y paraît à première vue (ben oui…). On sent un travail de recherche poussé et abouti, des recherches minutieuses. J’émettrais un petit bémol, une légère lassitude a point mi-parcours, liée sans doute au personnage tête à claques, un looser de premier ordre, qui oscille entre bêtise, folie et cruauté. Mais c’est aussi sa complexité qui rend l’ouvrage intéressant.

Le père de Catherine – à plaindre, évidemment : « Plusieurs fois par semaine, les gendarmes ont pris l’habitude de passer aux nouvelles chez Raymond Burgod, dans le vieux village. Ils le trouvent rarement seul. Sa cuisine a été surnommée « le QG », il y a toujours un visiteur, journaliste, voisin, collègue. »

 

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 13:35

Des diables et des saints - Jean-Baptiste Andrea - Babelio

C’est à la fois émue et excitée que j’ai démarré la lecture de ce roman, j’avais tellement aimé Cent millions d’années et un jour que la barre était haut placée.

Joseph est un vieux monsieur qui joue sur les pianos mis à disposition dans les lieux publics. Il joue divinement bien, surtout dans les aéroports et les gares. Un jour, il raconte son histoire. Petit, il a vécu une tragédie qui a bouleversé le cours de sa vie : ses parents et sa sœur ont péri dans un crash d’avion. Issu d’une famille très aisée, il s’est pourtant retrouvé dans un orphelinat, Les Confins, qui porte bien son nom : isolé de tout, proche de la frontière espagnole, c’est un microcosme coupé du reste du monde. Ses deux tortionnaires, l’abbé Sénac et le surveillant surnommé La Grenouille, rendent le quotidien sombre et austère. Joseph finit par intégrer un groupe secret, la Vigie, qui se réunit régulièrement, de nuit, sur la terrasse du bâtiment. Une amitié faite aussi de rivalités et parfois de trahisons, naît là-haut entre la Fouine, Sinatra, Edison et le petit Souzix, sur fond d’émission de radio. La routine est aussi brisée grâce à Rose, fille d’un mécène, qui a besoin de cours de piano. Joseph, une fois par semaine, va se rendre dans une vaste demeure qui lui rappellera l’opulence qu’il a connue autrefois. Mais Rose, entre froideur et arrogance, est tout ce qu’il déteste. Leurs sentiments de haine réciproque ne vont peut-être pas durer mais tout ce qui compte pour les garçons est de s’échapper de leur enfer.

Complètement conquise, j’ai été portée et emportée par cette histoire qui aurait pu durer 500 pages de plus. Romanesque à souhait, l’intrigue prend aux tripes, réveille nos désirs de justice, accompagne ces orphelins si fiers et si vaillants. Il est question de résilience, de témérité adolescente, d’amour naissant et de possibilité de pardon. On s’attache forcément à ces adultes en devenir en pensant au vers de Victor Hugo « Innocents dans un bagne, anges dans un enfer. » Et puis il y a l’écriture de Jean-Baptiste Andrea, belle et savoureuse, imagée et juste, elle m’a encore une fois complètement séduite. Des passages entiers que je voudrais garder au creux de ma poche comme cette nuit de tempête où les garçons hurlent fort sans qu’on les entende, « un flot d’or pur, dévastateur, qui se changerait en comète et s’en irait chatouiller des galaxies lointaines. »

Un beau coup de cœur de lecture !

« tu ne joueras jamais comme moi, mon garçon. Mais si ça continue, il y a plus grave. Tu ne joueras jamais comme toi. »

« Je n’étais pas un saint, je l’admets. Ceux de la Vigie encore moins, mais eux avaient une excuse. Quand on croise un enfant qui titube sous le poids d’un cartable ou un vieux qui peine à tirer une valise, on se précipite pour les aider. Ces gamins-là – je dis gamins mais, à l’exception de Souzix, c’étaient presque des hommes -, personne n’avait jamais offert de porter leur colère. On les laissait buter contre les trottoirs, et on regardait ailleurs. Tant pis s’ils tombaient. Ça valait mieux que d’être écrasé par ce qu’ils charriaient. Ils étaient durs, ils étaient drôles, ils étaient sans victoires. Mes amis. Les soirs de tristesse, les soirs de vin aigre, je pense encore à eux. »

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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 09:28

Les roses fauves : que dit le web du roman de Carole Martinez ?

 

Lola Cam travaille au bureau de poste de Trébuailles, en Bretagne, et elle adore jardiner. Elle vit seule, garde des photos de ses fleurs et ses plantes dans son portefeuille et elle est heureuse. Seule et heureuse. Mais un jour, elle se pose cette question : à se croire toujours heureuse, n’est-elle pas passée à côté du bonheur ? La narratrice est une écrivaine qui, parce qu’elle est tombée sur une carte postale qui l’a inspirée, est allée vivre trois mois dans un petit village breton, tiens, à Trébuailles justement. Elle y rencontre Lola, la même femme boiteuse de la carte postale. Une amitié aussi inattendue que rapide lie les deux femmes et s’associe à la lecture des petits secrets des aïeules de Lola. Ces confessions ont trouvé refuge dans des cœurs en tissu soigneusement cousus et transmis de mère en fille, dissimulés dans une armoire de noces. La personne de Lola, sa vie et son entourage pourraient bien constituer la matière première de l’écrivaine …

Il est original d’intervenir dans le récit en tant qu’autrice et de rencontrer ses personnages. La frontière entre réalité et fiction est ainsi constamment malmenée. Ses contours si flous nous font croire que Carole Martinez a écrit ce qu’elle a vécu dans ce petit village breton, souvent entourée des paroles des petites vieilles qui tiennent leur quartier général au bureau de poste. Il est beaucoup question d’amour et de transmission mais aussi de renaissance. Lola revit, s’ouvre, s’épanouit comme les fleurs qu’elle chérit tant. J’ai beaucoup aimé m’installer dans ce roman, il est parfumé, sensuel et confortable. Je me suis parfois un peu perdue dans les entrelacs des histoires de femmes, j’aurais souhaité davantage de simplicité et je n’ai pas toujours adhéré au romanesque si concentré, omniprésent – je n’ai pas cru à l’histoire d’amour, par exemple. Mais j’ai adoré les va-et-vient entre réalité et fiction, les réflexions sur l’écriture et sur la création d’un roman. C’est un livre qu’on emporte un peu avec soi une fois terminé et cet argument vaut son pesant d’or. Et puis, quelle belle écriture ! De la dentelle !

J’avais lu Le cœur cousu comme tout le monde à l’époque… c’était il y a douze ans déjà !

Merci à Tiphanie pour ce prêt !

« Je cherche déjà à la transformer en héroïne, je commence à la bricoler. J’aimerais savoir ce qui l’anime, comment elle emplit sa vie, ce qu’elle ait de toute cette solitude. Mais je me contente de l’interroger sur son armoire de noces. »

« Les roses fauves poussent de nouveau quelque part, leur parfum de chair tiède me monte à la tête. »

« Je vis entre deux mondes et il m’arrive de ne plus distinguer l’un de l’autre. »

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20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 17:28

Ce genre de petites choses, de Claire Keegan - Convergences révolutionnaires

 

Bill Furlong est un marchand de bois et de charbon. Nous sommes en 1985 dans un petit coin d’Irlande bien campé sur ses traditions catholiques. Furlong est né d’une mère célibataire pauvre mais la patronne de sa mère, Mrs Wilson, ne l’a jamais maltraité et lui a permis de grandir heureux et équilibré. Aujourd’hui, débordé par ses activités de gérant, il est père de cinq filles. A quelques jours de Noël, il découvre par hasard que le couvent tout à côté de chez lui exploite les filles qui travaillent à la blanchisserie. Lorsqu’il découvre une pauvre adolescente enfermée dans un hangar, une pauvre fille à qui on a pris le bébé, il s’interroge et, même si son entourage lui conseille de fermer les yeux parce que les sœurs ont un certain pouvoir dans la région, il n’écoute que son cœur et son instinct.

Ce petit récit d’une centaine de pages pourrait être un conte de Noël. Parfaitement construit, il se lit avec plaisir et illustre à merveille le psaume biblique « Rendez justice au faible et à l’orphelin » - Furlong s’est souvenu de l’éducation et de la bienveillance de Mrs Wilson. C’est un beau petit roman qui, malgré sa brièveté (c’est vraiment trop court quand on aime !), fait mouche. Sans grandiloquence ni mièvrerie, il fait le portrait d’un homme bon.

J’avais déjà aimé Les trois lumières de la même autrice.

« Il était facile de comprendre pourquoi les femmes craignaient les hommes avec leur force physique, leur concupiscence et leurs pouvoirs dans la société, mais les femmes, avec leurs fines intuitions, étaient beaucoup plus profondes : elles pouvaient prédire ce qui allait arriver longtemps à l’avance, en rêver au cours de la nuit, et lire dans vos pensées. »

 

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 21:55

Les enfants sont rois - Delphine de Vigan - Gallimard - Grand format -  Librairie Gallimard PARIS

       Sous prétexte de ne pas être particulièrement attirée par cette thématique des réseaux sociaux, j’ai failli ne pas vouloir lire ce roman ; ça aurait été une grave erreur !

        Sammy et Kimmy sont des stars. Respectivement âgés de 8 et 6 ans, ils ont une chaîne YouTube créée par leur mère Mélanie. A longueur de journée, ils déballent des jouets (c'est l'unboxing, "mes chéris") commentent ce qu’ils mangent, relèvent des défis plus absurdes les uns que les autres, expriment toute leur joie au quotidien. Ce monde merveilleux (en apparence) s’effondre le jour où Kimmy disparaît. Un soir où les enfants jouaient, très exceptionnellement, avec les enfants du quartier, on ne retrouve plus la petite fille dans la résidence pourtant sécurisée. Les parents sont désespérés et Clara, la procédurière, enquête. Un lien avec les vidéos, cette activité devenue l’unique source de revenus de la famille, est immédiatement établi. Ennemis potentiels, concurrents de première ligne ou encore farouches opposants (comme le Chevalier du net) vont être interrogés. Clara, petite bonne femme solitaire, va entrer dans ce monde à part qui génère tellement d’enthousiasme et d’argent.

        Aussi incroyable que cela puisse paraître, Delphine de Vigan parvient à se renouveler à chaque parution de livre. Ici, on est la croisée de plusieurs genres : la chronique sociologique, le récit policier, le roman d’anticipation – le tout enrobé dans une analyse psychologique fine et de la société actuelle et des personnages. Le suspense et la tension qui règnent de bout en bout font qu’on ne lâche pas cet excellent roman ! Edifiant et intéressant, le livre creuse un phénomène de société grandissant et effrayant. La dernière partie est aussi surprenante que réussie. J’ai vu dans ce texte un curieux mélange entre un bon Benacquista et un roman de Karine Tuil, sans oublier la plume inégalable  et la justesse de ton de Delphine de Vigan, bien sûr ! Un régal et un coup de cœur pour moi.

Des points communs de ces vidéos : « La gaieté du ton, la multiplication des jeux stupides et parfois avilissants, l’adhésion sans réserve et sans discernement à la consommation ou à l’acte d’achat, la malbouffe accueillie avec extase, les mêmes phrases répétées jusqu’à la nausée. »

Mélanie défend sa chaîne, Happy Récré : « La plupart des gens nous aiment. Ils nous le disent, nous l’écrivent, ils font des centaines de kilomètres pour nous voir… C’est fou, tout cet amour qu’on reçoit. Vous ne pouvez pas imaginer. » 

Merci Michaël ! 

 

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 10:51

Le château des Carpathes de Jules Verne - Editions Flammarion

J’ai toujours freiné des quatre fers pour lire cet auteur mais je ne regrette absolument pas cette lecture-là !

        Le petit village de Werst est perdu quelque part en Transylvanie. Les habitants y vivent heureux même si l’image, au loin, du château des Carpathes – immense édifice abandonné - les fascine autant que les effraie. Un jour, le berger Frik voit au loin, grâce à une longue-vue achetée à un marchand ambulant, de la fumée sortir du château. Les conversations vont bon train à l’auberge du Roi Mathias et aboutissent à la décision d’un homme courageux : le garde-forestier Nic Beck décide d’aller voir qui vit au château. Il emmène le récalcitrant Dr Patak. Mais peu avant de partir, une voix surgie de nulle part, promet qu’il arrivera malheur à Nic. Après des heures de marche, les deux hommes arrivent épuisés au pied du château. D’étranges phénomènes : sons de cloche, rugissements, vive clarté effraient les hommes mais Nic décide d’escalader la chaîne du pont-levis ; ses mains la lâchent brusquement de manière inexplicable. Les deux hommes retournent au village où la panique règne : le château est hanté, c’est le Chort - le diable - qui y vit ! On ne fréquente plus l’auberge du Roi Mathias où la mystérieuse voix s’est fait entendre. Jusqu’au jour où le comte de Télek arrive au village et se moque de ces superstitions. Il pénètre dans le château car il pense y retrouver un rival d’autrefois, Rodolphe de Gortz, celui qui a aussi aimé la belle cantatrice, la Stilla, morte sur scène cinq ans plus tôt.

        C’est une histoire assez prenante qui nous emmène dans cette contrée onirique entre Hongrie et Roumanie. Le roman a pour mérite de croiser les genres : le récit d’aventures tend vers le fantastique sans l’être vraiment, on le comprendra à la fin ; certains passages comiques s’immiscent parfaitement dans ce roman gothique et finalement, la science-fiction, si chère à Jules Verne, fait son apparition dans les dernières pages. Je le répète parce que ça me surprend moi-même, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman !

Au village de Werst, même le maître d’école croit au surnaturel et enseigne aux enfants « que les loups-garous courent la campagne, que les vampires, appelés stryges, parce qu’ils poussent des cris de strygies, s’abreuvent de sang humain, que les « staffii » errent à travers les ruines et deviennent malfaisants, si on oublie de leur porter chaque soir le boire et le manger. Il y a des fées, des « babes », qu’il faut se garder de rencontrer le mardi ou le vendredi, les deux plus mauvais jours de la semaine. »

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 14:47

Civilizations, de Laurent Binet | Éditions Grasset

        On ne m’aurait pas offert ce livre, je ne l’aurais jamais lu parce que j’ai testé une fois Binet (pour La Septième fonction du langage) et je doutais que ce n’était pas pour moi. Confirmation est faite.

        Les Vikings, vers l’an mille, quittent leur territoire pour conquérir le sud et y apporter leurs « inventions » : fer, chevaux et anticorps. En 1492, Christophe Colomb met bien le pied en Amérique mais c’est un fiasco, il est fait prisonnier et a tout juste le temps d’apprendre les rudiments de castillan à une petite fille, Higuénamota, avant de mourir. Quelques années plus tard, un prince inca, Atahualpa, afin de fuir son ennemi de frère va traverser l’océan Atlantique pour arriver au Portugal. « allons voir d’où vient le soleil ! » Accompagné d’Higuénamota qui va être son interprète, il va découvrir la ville de Lisbonne en feu après le célèbre tremblement de terre qui laisse les habitants hébétés et misérables. La religion des « hommes tondus » qui vénèrent un « homme cloué sur une croix » intriguent les Quiténiens mais ne les empêche nullement de conquérir une Europe déstabilisée et boiteuse.

       Je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout ! J’ai tout de même lu une bonne moitié et feuilleté la fin. D’abord, je me suis parfois ennuyée lors de cette lecture pourtant variée (entre le genre de la correspondance, celui du journal, du récit de voyage, entre autres… le roman termine sur un récit de Cervantès que je n’ai pas lu) mais j’ai surtout été agacée de ne pas saisir toutes les références. Binet pastiche allégrement donc si tu ne maîtrises pas à fond l’Inquisition ou la mort de Charles Quint et que tu sens qu’il y a un truc sans doute drôle et subtil à saisir mais qu’il t’échappe, c’est très frustrant. Enfin, une fois le postulat de départ admis (ce sont les Indiens qui découvrent l’Europe), le reste, bah bouff buf… tout est inversé, quoi ! Je ne suis pas conçue pour lire Laurent Binet, je n’aime pas non plus l’entendre parler, il faut que je l’accepte, c’est tout. Attention, c’est très intelligent, sans aucun doute bien documenté et ça plaira à certains, surtout les férus d’Histoire. Bien sûr que j’ai apprécié de nombreux passages, les références à Voltaire, Montaigne ou encore Montesquieu mais je trouve que l’ensemble aurait gagné à être plus simple et plus humble.

 

Christophe Colomb, à quelques jours de sa mort, n’est plus « qu’un bouffon juste bon à divertir sa fille. »

Les conflits de religion : « Les Quiténiens comprenaient qu’il se jouait quelque chose de grave ici autour de différents groupes de croyances, les juifs et les conversos, les morisques mahométisants, les luthériens, les vieux et les nouveaux chrétiens. Ils ne saisissaient pas exactement ce qui était en jeu derrière ces histoires de dieu cloué et de cuisine au lard mais ils savaient que les Levantins prenaient tout ça très à cœur, comme la cérémonie des bûchers l’avait prouvé amplement. »

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