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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 10:01

Editions Babel Noir - L'homme de Lewis - Peter May

Parfois, j’achète des livres et je les oublie. La surprise fut belle quand j’ai retrouvé dans ma bibliothèque le deuxième opus de cette trilogie écossaise dont j’avais dévoré L’île des chasseurs d’oiseaux, le premier tome !

Nous retrouvons Fin Macleod. Il divorce, il rend son insigne de flic et retourne dans son île natale de Lewis. Un corps a d’ailleurs été retrouvé dans les tourbes qui ont la faculté de si bien conserver des cadavres (pendant des siècles, parfois !). Mais l’homme mort assassiné n’est pas si ancien, un tatouage d’Elvis Presley le prouve. Son ADN le mène directement à Tormod, le père du premier amour de Fin, un vieux devenu quasi amnésique et presque sénile. Le cadavre serait de la même famille que le vieil homme qui est incapable de répondre aux questions. Fin mène l’enquête officieusement avec celle qui a été son premier amour.

J’ai encore une fois beaucoup apprécié ce roman. Il faut bien admettre que, même si l’intrigue est sympathique, c’est vraiment le contexte, cette île venteuse écossaise et ses whitehouses, ses falaises escarpées, ses paysages de machair qui conquièrent complètement le lecteur. Mon besoin de voyager est actuellement tellement avide que j’ai adoré me promener sur ces îles lointaines. Et Peter May écrit bien, on se laisse porter par ses personnages pourtant bien malheureux. Je lirai la suite et fin de la trilogie !

Fin, en attendant de retaper la maison familiale, dort dans une tente : « La lumière du jour l’aveugla lorsqu’il fit glisser la fermeture de la tente et rampa à l’extérieur. Il avait plu pendant la nuit, mais le vent avait déjà séché l’herbe. Il s’assit, pieds nus, enfila ses chaussettes, les yeux plissés pour se protéger du soleil qui se reflétait dans l’océan en un disque incandescent jusqu’à ce que la trouée dans les nuages se referme, comme si l’on avait appuyé sur un interrupteur. Il ramena ses genoux contre sa poitrine et y appuya ses avant-bras, humant l’air chargé de sel, d’odeurs de fumée de tourbe et de terre humide. Ses mèches blondes et courtes, agitées par le vent, lui picotaient le visage. Il se sentit traversé par la sensation merveilleuse d’être simplement en vie. »

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22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 18:46

Pedro Paramo ( Juan Rulfo) - Nuagesetvent

Le challenge international 😊 latino-américain de Goran et Inganmic m’a envie de goûter à toutes ses littératures. Ici, c’est un auteur mexicain mondialement connu que j’ai tenté. Il faut bien parler de tentative puisque j’ai arrêté ma lecture au bout d’une soixantaine de pages.

Juan part sur les traces de son père, Pedro Páramo. En effet, il a promis à sa mère défunte de lui réclamer son dû alors qu’il ne l’a jamais connu. Il va croiser des personnages soit vivants, soit morts, qui vont lui révéler, par petites touches, la vie de ses parents.

Si la chronologie n’est pas du tout linéaire, les narrateurs mais aussi les interlocuteurs se mêlent dans un joyeux bazar où j’ai fini par ne plus rien comprendre. Celui qui parle est-il seulement vivant ? est-il mort ? Pfiouuu… Je fais un billet tout de même : 1. Parce que l’écriture m’a touchée, allez voir la petite citation. 2. Etant donné que le style m’a plu, peut-être existe-t-il des romans plus accessibles ? N’hésitez pas à m’indiquer des titres. On en arrive presque toujours au même constat, cette littérature d’Amérique du Sud, avec son réalisme magique, est décidément parfois bien absconse ! Y’a-t-il seulement une explication à cette impénétrabilité ?

Je crois que la tentative d’Athalie n’a pas été plus heureuse, au moins est-elle allée jusqu'au bout, elle !

« Dehors, dans la cour, il y avait ces bruits de pas, bruits étouffés de gens qui guettent, et là, debout sur le seuil, cette femme dont le corps empêchait le jour d’entrer mais laissait passer, à travers ses bras, des lambeaux de ciel et, sous ses pieds, des traînées de lumière, une lumière qui ruisselait comme si le sol, au-dessous d’elle, était inondé de larmes. »

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19 avril 2021 1 19 /04 /avril /2021 16:03

      Dans les années 60, en Floride, Elwood Curtis est un enfant modèle, à la fois intelligent et discipliné, il est aussi un adepte du message de paix de Martin Luther King. Mais sa peau noire lui vaut brimades et injustices. Lorsqu’il fait du stop pour se rendre, pour la première fois, sur le campus de l’université qu’il est si fier d’intégrer, il monte - sans le savoir - dans une voiture volée. La police l’arrête et l’accuse du vol : « y’a qu’un nègre pour voler une Plymouth » Encore mineur, il est envoyé dans une école appelée la « Nickel Academy » qui n’est autre qu’une maison de redressement, pire : un cauchemar organisé par les Blancs. Entre travaux forcés, humiliations, bouillie infecte et injustices, l’idéalisme d’Elwood est mis à mal. Lorsqu’il s’interposera à peine pour défendre un petit garçon faible martyrisé par des plus grands et qu’il se retrouvera battu jusqu’au sang, enfermé plusieurs jours dans « la Maison Blanche », ce lieu de torture, il comprendra l’essence même du fonctionnement de cette école. Turner, un garçon de son âge se lie d’amitié avec Elwood. Ensemble, les deux tiennent le coup et rêvent de sortir de ce cloaque.

       En toute honnêteté, au vu des éloges maintes fois lus au sujet de ce roman, de son prix Pulitzer, j’ai passé la moitié du livre à me dire que c’était intéressant, bien écrit, édifiant mais pas non plus exceptionnel. Et puis il y a la fin. Un dénouement fulgurant, une claque flamboyante. J’ai tourné la dernière page en frissonnant d’émotion. Ce roman est à la fois une page de l’Histoire ségrégationniste et une merveilleuse histoire d’amitié. Alors même si je n’ai pas tout aimé, que j’ai trouvé que la psychologie de certains personnages (Jaimie, Earl, par exemple) n’était pas assez poussée, que j’ai eu du mal à m’accrocher avec passion aux cent premières pages, je conseillerais quand même cette lecture, Colson Whitehead s’est inspiré de faits réels pour dénoncer cette absurdité historique et le dénouement humaniste et tellement fort vaut vraiment le détour.

Mon avis (pas non plus dithyrambique) sur Underground Railroad

 

Martin Luther King : « Faites de l’humanité votre profession. »

C’est Harriet, la grand-mère d’Elwood, qui a élevé le garçon : « Harriet avait rarement eu l’occasion de faire ses adieux à ceux qu’elle aimait. Son père était mort en prison parce qu’une Blanche l’avait accusé de ne pas s’être écarté de son chemin sur le trottoir. Contact présomptueux, selon la terminologie des lois Jim Crow. Ça se passait comme ça autre fois. »

« parfois le rire réussissait à faire tomber quelques briques du mur de la ségrégation, si haut et si large. »

Les élèves de Nickel, bien plus tard : « ils avaient été privés du simple plaisir d’être ordinaires. Entravés et handicapés avant même le départ de la course, ils n’avaient jamais réussi à être normaux. »

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13 avril 2021 2 13 /04 /avril /2021 16:08

La dixième muse - Alexandra Koszelyk - Aux Forges De Vulcain - Grand format  - Paroles ST MANDE

        Florent se promène au cimetière du Père-Lachaise, il tombe par hasard sur la tombe d’Apollinaire, grimpe au sommet d’un arbre, plus rapide qu’un singe. Ces instants seront pour lui comme un électrochoc qui va modifier sa manière de voir les choses. Subitement passionné par la poésie mais aussi par la biographie d’Apollinaire, Florent mêle sa vie à celle du poète, part sur ses traces spirituelles et, entre rêves et hallucinations, s’éloigne de sa vie quotidienne, pour faire une rencontre extraordinaire, celle de Gaïa, la déesse de la Terre.

         Deuxième roman de l’autrice et d’un tout autre registre que le premier ; onirique et poétique, il nous emmène loin, aux confins de la création du monde, dans un espace qui lierait l’homme, la nature … et Apollinaire. Parce que j’ai d’abord lu ce livre comme un sublime hommage au poète, c’est un vrai régal d’y trouver des références à foison, par-ci par-là, d’apprendre à mieux connaître sa vie, son entourage et les neuf femmes qu’il a tant aimées. J’ai moins aimé le versant ésotérique même si je me suis retrouvée dans cette valorisation de l’arbre, dans cette nécessité de préserver la nature, de l’écouter davantage. En somme, une belle lecture, originale et au croisement de plusieurs genres.

Moi aussi, j’aime les cimetières : « J’aimais la tranquillité de ce cimetière, ces arbres hauts, dont les cimes formaient une arche protectrice au-dessus des sépultures. Loin des bruits constants de la ville, le temps s’amoindrissait et les défunts chuchotaient leurs histoires joyeuses. La mort efface les tourments, les peines et les souffrances. Les hommes ne retiennent des disparus que le bon, l’excellent ou la fantaisie ; tandis qu’au-delà de ces murs les vivants ne sont que petitesse, aigreur et vindicte. »

« Était-ce cela, les absents ? Des gens qui nous lèguent un peu d’eux-mêmes avant de partir, dans l’espoir que leur absence nous effraiera moins ? »

Merci à Tiphanie 😉

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 20:13

Un paquebot dans les arbres (Babel) | Actes Sud

Dans les années 50, les Blanc sont une famille heureuse. Propriétaires d’un café où on danse le samedi soir, ils sont appréciés dans leur petit village du Val-D’Oise. Paulot, le père, joue de l’harmonica et sait mettre l’ambiance. Des trois enfants, Mathilde est celle qui vénère son père espérant tant lui soutirer des marques d’affection. Mais Paulot est atteint de tuberculose, la famille déménage en face et ne peut plus tenir ce bar. De rechutes en tracas financiers, les parents vont se retrouver dans un sanatorium et les enfants éparpillés, Mathilde et Jacques, le petit frère, dans deux familles d’accueil différentes, Annie vivant déjà sa vie de jeune femme enceinte. Le sanatorium est ce « paquebot dans les arbres », ce microcosme où les parents se retrouvent seuls, malades mais toujours amoureux. Et Mathilde peine à joindre les deux bouts, à tenter de récupérer la garde de Jacques, à continuer vaillamment à rendre des visites au sanatorium, à devenir femme, toute seule.

C’est un très beau livre, assurément. Avec, en son cœur, la famille. Une famille éclatée mais soudée essentiellement par ce couple de parents unis au point de souffrir de la même maladie, au point peut-être de faire passer leur amour avant celui éprouvé pour leurs enfants. Mathilde règne aussi, au-dessus de la maladie, au-dessus de la pauvreté, toujours digne et valeureuse, elle prend la figure d’une Mère-Courage adolescente. L’incipit qui nous montre une Mathilde vieillissante qui revient dans le sanatorium des décennies plus tard - l’endroit est alors à l’abandon - ne pouvait déjà que me plaire, adepte d’urbex que je suis. Je ne fais pas de cette lecture un coup de cœur comme Géraldine chez qui j’ai chipé l’idée de lecture ; la description de la maladie me renvoie à de très mauvais souvenirs, mais l’intrigue est bien menée, les personnages sont attachants (Mathilde est admirable !), le contexte historique des années 50 et 60 intéressant. Et l’écriture, soignée et sans pathos, est très belle. La romancière s’est inspirée d’une histoire vraie et le sanatorium d'Aincourt n'est pas le seul à être laissé à l'abandon.

Paulot ne veut pas danser avec Mathilde, son « p’tit gars » (elle est née après la mort d’un frère) : « Maintenant ils la regardent, la famine poussée seule, sans seins, sans fesses, sans jupe. Celle qui est arrivée quand Paul avait déjà une fille, qui pour lui plaire a pris la place du mort. Elle sourit toujours, par-dessus l’apocalypse. Ils sont gênés, détournent les yeux, se resservent à boire. Ce n’est pas leur faute si Paulot n’est pas foutu de l’aimer comme il faut. »

Ce beau moment où l’hésitation surgit doucement, vivre peut-être un peu pour soi-même… : « Mathilde est un funambule en tension, oscillant entre la nécessité d’être Mathilde Blanc, puissante, enchanteresse, fidèle ; et le désir aigu d’être une autre, fragile, légère, avec des rêves à soi. »

Deuxième lecture  après Kinderzimmer.       

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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 10:33

La libraire de Penelope Fitzgerald - Editions Table Ronde

Florence Green est une veuve d’une quarantaine d’années vivant depuis peu dans un village en bord de mer dans le Suffolk. Elle forme le projet de racheter The Old House, une grande masure, pour en faire une librairie. Les habitants qu’elle côtoie de près ou de loin ont du mal à comprendre ce projet, certains s’évertuent même à lui mettre des bâtons dans les roues. Qu’à cela ne tienne, Florence n’en fait qu’à sa tête, nettoie, répare et réaménage The Old House en librairie. Même si un esprit frappeur vient perturber ses plans, notre héroïne s’acharne. Entre demandes de livres étranges, bibliothèque de prêt et assistants qui ne l’aident pas comme il le faudrait, Florence avance, vaille que vaille.

Forcément, savoir qu’une femme se bat pour ouvrir une librairie, les prémices du roman étaient plus que tentants. S’ajoute à cela l’esprit frondeur de Florence, un brin excentrique et caustique pour compléter ce tableau de l’Angleterre de la fin des années 50. On pourrait reprocher à l’ensemble de ne pas être très passionnant, ne pas vraiment comprendre cette intervention du surnaturel, mais on se placerait dans le clan des réfractaires à la librairie, un peu stupides et bornés. Donc on ne dit rien, trop contents d’avoir découvert une autrice qui ait su raconter les vices des provinciaux et les difficultés pour la culture à se faire une place. Certains passages sont assez drôles. Cela m’a aussi fait penser à la remarque d’un vieux campagnard entendue la semaine dernière qui disait d’un couple installé dans son village depuis une bonne dizaine d’années que c’étaient encore des « étrangers »… Sans commentaire.

Une nouvelle lecture que je dois, tout comme celle La crevette et l’anémone, à un coffret Angleterre de Kube (et toujours cette éblouissante collection Petit Quai Voltaire !) Un florilège de livres peu connus et plutôt intéressants.

"On dit que vous êtes sur le point d'ouvrir une librairie. Ça prouve que vous êtes prête à tenter des choses invraisemblables."

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 15:25

Résultat de recherche d'images pour "Latitude zéro de Mike Horn livre"

Mike a voulu relever un défi encore jamais réalisé : faire le tour du monde en longeant l’équateur. En solitaire. En traversant trois océans. Parti le 2 juin 1999, il traverse d’abord l’océan atlantique depuis Libreville, au Gabon, à bord d’un trimaran. Faut-il préciser qu’il n’est qu’un piètre marin et que le trimaran est loin d’être l’embarcation la plus indiquée pour ce genre de traversée ? Mais ce bateau « se plie » et peut entrer dans un container, il en aura besoin. Ensuite, Mike Horn traverse l’Amazonie d’est en ouest. La jungle, les marécages, les singes, les moustiques, les serpents sont devenus son quotidien. En Colombie, il a à faire à des narcotrafiquants mais gravit aussi, en passant, alors qu’il n’est pas totalement sur son trajet, le mont Cayambe, en Equateur (5790 m). De là, il retrouve son trimaran et va traverser l’océan Pacifique en 79 jours. Après les dangers de l’Indonésie, la traversée de l’océan Indien lui vaudra sa plus grosse tempête, un cyclone qui le laisse presque sans rien. Mais finalement, c’est parcourir l’Afrique d’est en ouest qui s’avérera le plus dangereux, le Congo est en guerre, Mike et ses acolytes devront rivaliser de ruses et de magouilles pour continuer l’aventure. Entre vols, agressions, séjour en prison et abus de pouvoir, la jungle paraissait plus douce… Finalement, Mike Horn rejoint Libreville 17 mois après son départ.

Cette aventure, cet exploit, ce défi presque pas humain force le respect et l’admiration. Mike Horn pagaie, pédale, navigue, marche, nage, escalade. Il ne s’apitoie jamais sur son sort mais veut réussir son projet. La multitude de dangers et de difficultés rencontrés a quelque chose d’étourdissant voire d’irréel pour celui qui lit le bouquin sur son canapé. Mais j’ai aimé suivre ce périple, chercher parfois les lieux cités, voyager quand on nous l’interdit. La force mentale de cet aventurier doit être exceptionnelle, il dit connaître rarement le sentiment de peur, il arrive à s’endormir partout, par grand froid ou sous une pluie battante, il sait rester mouillé des jours entiers, parvient à apprivoiser tous les moyens de transport mais sait aussi vaincre la fatigue, se passer de manger et de dormir. La malaria le ralentit mais ne l’arrête pas. Il est aussi à l’aise par -28 qu’à 40 degrés. Ses qualités physiques s’accompagnent de talents oratoires, il arrive souvent à convaincre des policiers de le laisser passer ou à persuader des voyous qu’il ne leur donnera jamais d’argent. Mais son culot et sa détermination ont été grandement aidés par une logistique gérée essentiellement par son frère et sa femme. Il a passé 17 mois à faire le tour du monde, si on peut applaudir l’exploit, on peut aussi se demander où commence l’égoïsme, à laisser sa famille, sa femme et ses deux jeunes filles si longtemps. Bon, là n’est sans doute pas le sujet.

Eh oui, même si ce n’est pas de la grande littérature, parfois j’aime lire des récits de voyage. Je ferai pareil… dans une autre vie !

« Livré à moi-même sur l’immensité de l’océan, je suis désormais la seule personne au monde à qui je peux demander de l’aide. »

« je n’ai pas envisagé une seconde la possibilité d’un échec, encore moins d’une issue fatale. Je pars pour réussir et je réussirai. Avoir un mental cent pour cent positif, c’est le secret. La clé de toutes les victoires. »

Il doit passer par un marécage avec des « herbes-lames, coupantes comme des rasoirs » : « Debout sur le bord, je consacre dix minutes à un exercice de pensée positive. But de l’opération : arriver, par la concentration, à me rendre mentalement invulnérable. Mon corps va souffrir. Il faut que mon esprit devienne capable de prendre le relais et de me faire franchir l’obstacle à lui seul, le cas échéant. »

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 10:03

Ces orages-là – Sandrine Collette – EmOtionS – Blog littéraire

Après la lecture de Et toujours les forêts qui m’avait un peu déprimée par sa noirceur, je pensais faire une pause avec l’autrice mais la tentation de son dernier roman a été la plus forte. J’ai bien fait !

Clémence a fui. Après trois ans de calvaire, elle a enfin réussi à quitter Thomas, cet homme qui l’humiliait. Elle n’est pas une femme battue, elle est une femme terrorisée et sa fuite s’est faite clandestine et sauvage. Elle a réussi à trouver une petite maison très laide avec un jardin agréable et une place de boulangère dans une autre boulangerie. Maigre à faire peur, constamment sur le qui-vive, elle espère que Thomas jamais ne la retrouvera. Avec le soutien discret de Flo, un collègue, et l’appui constant de son voisin, Gabriel, touché par le malheur lui aussi, Clémence parviendra à remonter la pente et à reprendre des forces. Mais deux menaces planent toujours, celle d’un Thomas qui retrouve Clémence mais aussi celle d’une jeune femme qui va rejoindre son ancien tyran.

Si le sujet a été maintes fois traité, il faut admettre que Sandrine Collette, par une écriture sublime et très juste, parvient à ajouter sa patte. Le récit est haletant, l’alternance des phrases courtes et longues lui donne un rythme effréné. L’autrice puise, creuse et fouille les tréfonds de l’âme blessée ; elle analyse sans juger ces relations toxiques dont personne n’est à l’abri. Je vais estampiller le roman « Coup de cœur » parce que j’ai adoré cette lecture, vraiment adoré. La fin est ce qu’elle est, je ne suis pas d’accord avec une petite remarque de Gabriel, ceux qui ont lu le livre voient sans doute de quoi je parle. J’aime quand Collette nous emmène sur la pente ascendante alors que Et toujours les forêts nous plongeait dans les ténèbres sans vraiment nous en sortir jamais. Ces Orages-là sera ma deuxième lecture préférée de Collette après Les larmes noires sur la terre.

Clémence renaît en s’occupant de son jardin : « Au début, son dos tirait et c’était tout ; à présent, son regard s’ajuste, mesure les changements, approuve, son corps se met peu à peu au rythme des plantes. Il y a quelque chose de végétal en elle, lent et souple, quelque chose de plus bas et plus ancien que l’humanité qu’elle représente, elle descend dans les racines des arbres, elle s’ancre, celui lui fait du bleu dans les veines, du bleu comme le ciel, muet, paisible. »

Gabriel et Clémence : « Ils se tiennent l’un l’autre, se dit-elle, tels des équilibristes au point de rupture. Si l’un tombe, il emporte avec lui – c’est comme le premier domino que l’on bascule au début de la file et qui entraîne les suivants, tous les suivants, sans exception. »

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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 12:28

Tout, tout de suite, Morgan Sportes | Livre de Poche

 

        Début 2006, un vendeur juif, Elie, est enlevé et séquestré. Il avait été séduit par une jeune femme l’attirant dans un piège tendu principalement par Yacef et ses acolytes. Morgan Sportès a créé une fiction autour d’une histoire vraie, celle du « gang des barbares ». La prise d’otage n’aurait dû durer que quelques jours mais les parents d’Elie ne sont pas riches et ne peuvent payer. Le temps passe, la police déconseille d’apporter le moindre sou au ravisseur et les geôliers prennent difficilement leur mal en patience. On l’apprend d’emblée, Elie ne survivra pas.

        Un peu sceptique au départ, j’ai mis du temps à comprendre où l’auteur voulait m’emmener. C’est pourtant clair, il s’agit de dérouler les (nombreux) fils d’un meurtre sordide, de tenter de comprendre la psychologie d’un « barbare », de suivre une enquête tortueuse mais surtout de capter cet instant où une dizaine de personnes s’est alliée au tueur sans parfois vraiment comprendre l’enjeu de l’affaire. L’argent trône au milieu de toutes ces bassesses humaines, attraper quelques billets pour draguer un type, quelques autres pour faire le guet, d’autres encore pour se taire. Souvent, il ne s’agit que d’une promesse de salaire qui ne viendra jamais. Ce fait divers, c’est aussi la photographie d’une banlieue qui déconne. J’avais complètement oublié cette histoire (et pour cause, je pouponnais en 2006 !) mais elle a fait grand bruit à l’époque et a connu des retentissements dans le cinéma (3 films) et dans la musique (2 chansons). La lecture était donc loin d’être inintéressante mais le style de l’auteur m’a dérangée. Il use et abuse des parenthèses explicatives, aime rajouter des détails inutiles et les nombreux dialogues cité-pure-souche rendent l’ensemble un peu lourd lourd (sauf si on aime les « balaise, wesh, keums… ») mais je ne regrette pas cette lecture déstabilisante et marquante.

« A partir d’un certain tour de poitrine, les hommes perdent leur bon sens. » C’est la réflexion que je me suis faite : le gang a utilisé plusieurs fois cette technique d’appâter les hommes avec une fille canon… des hommes qui se sont rarement dit, tiens, c’est bizarre qu’elle s’intéresse à moi… et des hommes tous maqués, par ailleurs.
« En France, me dira un responsable de la brigade criminelle, c’est une règle, on ne paie pas de rançon […] Que deviendrait le pays si les cailleras de banlieue s’amusaient, régulièrement, à kidnapper chacun « son Juif », pour améliorer leurs revenus issus surtout, jusqu’à présent, de la drogue ? »

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 20:31

Eustache et Hilda t.1 ; la crevette et l'anémone - Leslie Poles Hartley -  Table Ronde - Grand format - Paroles ST MANDE

tome 1 : La crevette et l’anémone

Eustache est un garçon de neuf ans qui passe le plus clair de ses loisirs avec son aînée de 12 ans, Hilda. Leur mère est morte et Hilda assure ce rôle et le prend très à cœur. Des jeux de plage aux réflexions enfantines, frère et sœur sont préoccupés par la vieille et malade Fothergill ; défigurée et laide, elle fait peur. Pourtant, un jour, Hilda convainc son petit frère d’aller boire le thé chez elle. S’en suivra une belle et insolite amitié entre Eustache et cette dame à la fin de sa vie.

D’un charme suranné, le roman nous plonge dans une enfance faite d’insouciances mais aussi de peurs et de fantasmes. Dans ce récit initiatique, c’est surtout le point de vue d’Eustache qui nous est donné à voir, ses inquiétudes, ses divagations, ses projections dans l’avenir et ses rêves. Je n’ai pas tout aimé, certains monologues intérieurs m’ont un peu ennuyée mais je dois admettre que l’innocence de ce petit jeune homme m’a séduite. Hilda n’est pas en reste. Pas encore adulte, elle se montre mature, très attachée à son frère à tel point qu’elle se brime et en oublie sa propre vie. Des réflexions sur les liens fraternels jalonnent le roman mais également sur cette amitié fortuite qui lie une vieille femme que tout le monde fuit et un garçon qui grandit beaucoup à ses côtés. Et les plages anglaises du début du  XXème siècle décrites par cette plume subtile et délicate, quel joli voyage ! Ce roman est le premier tome d’une trilogie. Il me semble qu’on trouve encore le 2ème tome en français mais je n’ai pas réussi à mettre la main sur le 3ème.

Je dois cette lecture à la Kube, cette box de livres que m’a offerte mon chéri à Noël. Je connaissais la maison d’édition de la Table Ronde mais cette collection Petit Quai Voltaire permet d’avoir entre les mains un objet de pure beauté, au papier raffiné et aux dessins très appréciables. En somme, une belle lecture dans tous les sens du terme !

Eustache et Hilda : « Sans elle, il était plus démuni encore que le lierre sans son mur. Elle était la clef de voûte qui soutenait son existence. »

Après une visite à Mlle Fothergill : « Cet après-midi-là marqua plus d’un changement dans l’attitude d’Eustache à l’égard de la vie. La laideur physique cessa de le repousser, et réciproquement la beauté perdit un peu de son attrait. »

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