Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 14:30

 

Afficher l'image d'origine

 

          Je n’ai jamais autant attendu un livre, cela fait des mois qu’il m’était réservé à la bibliothèque et à lire les avis dithyrambiques des collègues blogueurs, qu’est-ce que j’avais hâte de le lire… et pourtant…

          L’auteur-narrateur est une femme, Lili, qui n’a pas froid aux yeux. Elle quitte sa Provence pour rejoindre l’Alaska avec une unique idée en tête : pêcher. C’est sur la petite île de Kodiak, pas loin du bout du bout qu’elle fait tout pour apprendre à pêcher, à manier les palangres, à porter les baquets, à travailler les épissures, à couper et vider les poissons, … à faire l’homme dans un milieu d’homme. Pour se faire une place, elle se doit d’être excellente, de vaincre la douleur et la faim.  Elle ne cherche ni le confort ni le calme mais les sensations fortes, dormir à même le sol, se salir, en baver, souffrir. Parmi tous ces marins, un seul sort du lot pour elle : Jude, l’ « homme-lion », ce « grand marin » pour qui elle est capable de faire de petites concessions. Leur amour sera à l’image de la relation de la femme avec la mer : violent, puissant, animal.

          J’ai adoré cet ailleurs incroyable, cette vie à Kodiak, le travail du pêcheur, si admirablement décrits que l’authenticité transpire à travers les mots. C’est assurément une femme incroyable que cette « runaway », cette « bête coureuse des routes ». Si je respecte son choix et son mode de vie, j’ai été étonnée de ne rien apprendre sur les raisons de sa fuite de France, j’ai été perturbée par la dimension sacrificielle (quasi suicidaire !) de son choix, elle veut être l’homme, gomme totalement sa féminité (sauf avec son amoureux, dans la deuxième partie), gagne moins qu’un homme. J’ai été lassée par l’aspect répétitif des sorties en mer, des retours marqués par les beuveries, les sorties, les retours, la peur de ne pas pouvoir embarquer… par les prénoms masculins qui se bousculent, par ce trop-plein dans l’extrême que je n’ai finalement pas tellement compris. L’écriture est, comme la personnalité de Lili, vive, sèche, sans concession. Un roman d’apprentissage à la dure.

 

 A méditer : « Jusqu’à ma mort, je suis invulnérable. »

« Je voulais être avec eux toujours, que l’on ait froid, faim, et sommeil ensemble. Je voulais être un pêcheur. »

« Nous travaillons en pleine lumière. Elle lèche nos pommettes, brûle nos fronts, dessèche nos lèvres. Elle dévore nos visages. Simon chantonne. Jude impassible a le front baissé sur sa palangre. Des phoques sont allongés sur les rochers. »

« J’ai peur des maisons, je lui dis un jour, des murs, des enfants des autres, du bonheur des gens beaux et qui ont de l’argent. »

Repost 0
19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 22:30

Afficher l'image d'origine

 

 

          C’est  à Plainview dans l’Indiana qu’on fait la connaissance des trois copines : Clarice la pianiste au mari volage, Odette la boulotte et Barbara Jean, la femme fatale malheureuse. Afro-américaines, la cinquantaine bien tassée, elles arrivent chacune à un stade de leur vie où il devient indispensable de changer le cours des choses. Odette, atteinte d’un cancer, entend les voix de sa mère morte ainsi que celle d’Eleanor Roosevelt portant la guigne ; Clarice décide de quitter son mari et enfin, l’exquise Barbara Jean va comprendre que l’alcool ne va pas l’aider à renouer avec son amour adolescent, Chick.

          Sur fond de problématique raciale - un jeune serveur blanc dans un resto de Noirs choque profondément et nous rappelle que le mariage mixte n’est devenu légal qu’en 1967 - le roman se veut tantôt drôle, tantôt émouvant voire larmoyant (ce que je déteste par-dessus tout). Les personnages évoluent à la manière d’un roman initiatique pour quinqua (eh oui, ça existe !) Même si ce n’est pas mon genre préféré, qu’il y a un saupoudrage de bons sentiments un peu suffocant, j’ai apprécié cette lecture légère, facile et distrayante, surtout dans une période où je croulais sous le boulot. Par contre, qu’on compare ce roman à La Couleur des sentiments, non, il ne m’a, de loin, pas autant passionnée.  

 

Lorsque Chick, un Blanc, et Barbara Jean, une Noire, tombent amoureux : « Barbara Jean en répondit pas car il était évident que Clarice avait raison. Et il n’y avait pas que Desmond Carlson. Des tas de gens à Plainview, noirs ou blancs, auraient préféré voir Chick et Barbara Jean morts plutôt que de les savoir ensemble. C’était ainsi, et on ne pouvait rien y changer. »

Une mère très préoccupée par le poids de sa fille – future mariée – l’envoie chez un hypnotiseur : « Il l’a confortablement installée dans un fauteuil, a allumé des bougies parfumées, lui a chuchoté quelques phrases à l’oreille, et elle est sortie de là terrifiée par les féculents. Maintenant, quand elle voit un croûton dans sa salade, elle s’enfuit en hurlant. »

 

 

Repost 0
12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 15:17

 

Afficher l'image d'origine

 

-      De Sibérie en Australie 3 ans de marche extrême en solitaire     -

          Sarah Marquis est une aventurière. Dès son plus jeune âge, elle a toujours été proche de la nature, des animaux, à l’écoute du monde qui l’entoure, avec un mot d’ordre : marcher. Après quelques expéditions seule ou à deux, elle décide de traverser l’Asie, à pied, seule, du Nord au Sud en y rajoutant une bonne partie de l’Australie. Six pays sont traversés en trois ans, huit paires de chaussures ont été usées, deux ans de préparation physique, logistique, financière, culturelle ont été nécessaires. Sarah pousse une charrette de 50 kgs et en porte 17 autres sur le dos. Elle a quelques points de ravitaillement mais se débrouille seule la plupart du temps. Son statut de végétarienne ne la freine pas. Elle connaît différentes techniques pour trouver de l’eau.

        Tout commence au nord de la Mongolie. Le pays est âpre, ses habitants ont tous la même expression figée, ils hurlent en parlant et méprisent l’étranger. Les hommes urinent ou se frottent le gras du ventre devant Sarah pour montrer leur domination. L’aventurière lutte contre les obstacles climatiques : l’insolation, le vent, les grêlons qui détruisent sa tente, un « mur rouge de sable », le froid extrême. Elle dort parfois dans des tuyaux d’évacuation avec des chiens errants ou des cadavres d’animaux en décomposition. En Chine, une ethnie panique à sa vue et tente d’incendier son campement afin de la faire fuir ! Sur une terre où une femme seule est considérée comme une prostituée, les petits villageois jettent souvent des pierres à Sarah, la plupart sont mesquins, intolérants, parfois cruels. Au Laos, une forte fièvre la fait délirer, elle s’attache un pied à un arbre pour s’empêcher de sauter dans la rivière proche. En Thaïlande, la marcheuse se réconcilie avec le genre humain qu’elle trouve souriant et bienveillant. C’est à Ayutthaya, au sud du pays, qu’elle peut dire « Je viens de travers l’Asie à pied. » Cela ne lui suffit pas, elle tient à retrouver les paysages australiens qu’elle connaît bien et chérit tant. Sangsues, termites, crocodiles, buffles sauvages, kangourous, serpents, etc. sont les nouveaux compagnons de route de la Suissesse. Elle parvient enfin à « son » petit arbre australien, au sud du pays, fourbue mais complètement heureuse.

 

        Quel exploit ! Quelle femme ! Quelle aventure ! J’ai été scotchée, bluffée, immensément impressionnée par cette histoire que je n’ai pas lâchée du début à la fin. C’est le récit d’une prouesse hors du commun mais aussi une leçon de vie, de courage, de combat. Cette femme est emplie d’espoir et de confiance, elle s’extasie devant un insecte, un coucher de soleil, le bush australien. On a l’impression qu’elle parvient à se détacher de son corps et de ses besoins physiques pour faire communion avec la nature. Les douleurs, la fatigue, la faim, le froid, elle sait les mettre de côté en sachant que ça va passer. Ce texte m’a émue, m’a secouée, je dirais même qu’il m’a changée… Un immense coup de cœur pour une non-fiction, une fois n’est pas coutume. A lire, à prêter, à offrir !

 

 

« L’histoire qui suit est mon histoire. Je la dédie à toutes les femmes de par le monde qui luttent encore pour leur liberté et pour celles qui l’ont obtenue mais qui ne l’utilisent pas. Mettez vos chaussures. On part marcher. »

« A chaque pas, un peu de moi se mêle à La Terre. A chaque pas, la Terre me donne un peu d’elle. Aucun pas n’est vain, tout a un sens. J’ai marché pendant 20 ans et parcouru l’équivalent du tour de la Terre à pied. »

 Après avoir vu un scorpion translucide : « Les jours s’écoulent. J’en apprécie chaque minute. J’aime cet isolement, j’aime la beauté de ce désert. J’ai toujours eu l’impression que la vie ne donne rien dans rien, et que tout a un coût. Je savoure d’autant plus la magie de ces instants. Si maintenant vous arriviez à mon camp, vous me trouveriez avec un sourire de contentement. Vous m’interrogeriez très certainement sur le pourquoi de mon bonheur… Je répondrais alors : Je suis au bon endroit au bon moment, c’est tout. Je le sens, je le sais… » Mon cœur respire avec la terre. »

« Ce n’est pas parce que je ne comprends pas une attitude que je dois la condamner. »

 

Le morning glory (que je ne connaissais absolument pas !) : un long nuage de plus de 1000 kms de long qu’on ne peut apercevoir qu’au nord de l’Australie.

Afficher l'image d'origine

Repost 0
8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 11:59

 

Afficher l'image d'origine

 

          C’est dans les commentaires de mon billet  Le Territoire des Barbares (ma première lecture de l’auteur), que vous étiez nombreux à m’inciter à lire ce petit récit qui est un savant croisement entre autobiographie et biographie de Marie Curie.

          Rosa Montero a perdu son compagnon après des années de bonheur et d’amour, et Marie Curie a perdu son mari, Pierre, après des années de complicités et d’amour. Il n’en fallait pas plus à Rosa Montero pour tisser des liens entre elle et la très célèbre physicienne.

          Marie Curie a souffert du froid et de la faim dans sa Pologne natale. Sa mère, atteinte de la tuberculose ne touchait plus ses enfants de peur de les contaminer, « Marie, encore très petite, ne peut comprendre ça et se sentit rejetée. » Orpheline à 11 ans, elle se découvre vite une passion pour les sciences et rejoindra Parie à 24 ans. Sans fard ni apprêtement, Marie se fait une place, laborieusement, dans ce milieu très masculin de la recherche scientifique, tout en ayant en tête, le sacrifice de sa mère enseignante qui avait suivi son père physicien. « Ne sois pas si féminine. Ou ne le sois pas autant que je l’ai été. Sois un autre type de femme. Sois une Mutante. Cette femelle sans place, ou à la recherche d’une autre Place. » Pierre Curie semble bien être le seul homme, à l’époque, à valoriser les connaissances et les mérites de son épouse. Ils obtiennent le Prix Nobel de Physique en 1903. Le radium si « magique » qui a fait la joie du couple fait froid dans le dos tant au début du XXème siècle, on ignorait ses dangers. En 1906, ce n’est pas la trop grande exposition aux éléments radioactifs qui tue Pierre Curie mais un banal accident  d’hippomobile. Marie Curie aura besoin de temps pour faire son deuil, c’est dans cette souffrance que se retrouvera Rosa Montero. Et pourtant, Marie Curie retrouve la joie de vivre et le sourire dans les bras d’un amant, Paul Langevin, éminent scientifique lui aussi. Sollicitée à travers le monde jusqu’à la fin de sa vie en 1934, elle se montrera active et combative comme elle l’a toujours été, obtenant le Prix Nobel de Chimie en 1911.

 

          J’ai adoré cette lecture, j’y ai pris un plaisir fou, passionné, tout féminin. En croisant ces deux vies de femme, l’auteur nous mêle à l’humanité et au destin des femmes de manière plus générale. Je m’y suis retrouvée - Rosa comme Marie m’ont fait une petite place dans cette conversation si enrichissante, si frétillante de vie, de lutte. Dois-je parler des bémols, des hashtags envahissants, de la théorie des coïncidences qui m’a laissée froide, de la candeur parfois étonnante de Montero ou encore des suppositions et interprétations parfois abusives de la vie de Marie Curie… ? Non, il faut lire ce roman, surtout quant on est femme. Le lire pour mourir moins bête.

 

 

L’incipit démarre fort : « Comme je n’ai pas eu d’enfants, ce qui m’est arrivé de plus important dans la vie ce sont mes morts, et je veux dire par là la mort de mes êtres chers. Vous trouvez ça lugubre, peut-être même morbide ? Je ne le vois pas comme ça, bien au contraire : pour moi c'est tellement logique, tellement naturel, tellement vrai. C'est seulement lors des naissances et des morts que l'on sort du temps : la Terre stoppe sa rotation et les futilités pour lesquelles nous gaspillons nos journées tombent au sol comme des poussières colorées. »

« Nous avons tous besoin de beauté pour que la vie soit supportable. »

« Honorer ses parents, donc. Quelle terrible injonction, quelle obligation souterraine et souvent inconsciente, quel piège du destin. Nous grandissons avec le puissant message de nos géniteurs nous montant la tête et nous finissons souvent par croire que leurs désirs sont nos désirs et que nous sommes responsables de leurs manques. »

« Cette femme est véritablement tellement immense en tout, tellement exceptionnelle, que vous courez le risque de tomber dans l’hagiographie et d’en faire une héroïne en carton-pâte. Heureusement que, de temps à autre, j’ai trouvé un petit détail misérable avec lequel j’ai pu l’humaniser, car il n’y a pas une seule vie sans sa part de noirceur, même en petites proportions. »

Repost 0
2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 11:58

 

Afficher l'image d'origine

 

          J’avais loupé Le Chapeau de Mitterrand qui avait obtenu un joli petit succès à sa sortie en 2012. Je pensais me rattraper avec ce roman…

           François Heurtevent a perdu les élections. Maire de la ville fictive de Perisac, il n’a jamais su faire autrement que briller en politique, au départ grâce à son mentor désormais décédé. Proche de la cinquantaine, marié à une chef cuisinière de renom, François sombre dans une forme de dépression qui le plonge dans son passé. Et il tient à y rester dans son passé, en creusant ses souvenirs et en partant à la recherche de ses anciens camarades de terminale. De surprises en surprises, un de ses anciens copains étant prêtre, une autre prostituée… François va redécouvrir son passé et ses secrets.

           Je suis restée complètement en dehors de ce roman où les invraisemblances prennent le nom de coïncidences, où tout est cousu de fil blanc dans une histoire à dormir debout. Je suis indulgente car j’ai apprécié une partie de la toute fin mais les deux cents premières pages m’ont barbée au possible. L’écriture, quant à elle, m’a semblé tantôt plate, tantôt pompeuse, nimbée dans un gros brouillard de clichés. Parfait pour un feuilleton télévisé estival à 96 épisodes sur TF1. Sûr que je ne me risquerai pas à lire un autre roman de Laurain… Ou quand lire semble être une perte de temps…

 

Un merveilleux extrait : « Cette machine abstraite qui se construit pièce après pièce, presque d’heure en heure et qui a pour nom le destin. »

Repost 0
28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 12:29

 

Afficher l'image d'origine

 

          Lydia a disparu. Cette jolie jeune fille de 16 ans, née d’une mère américaine et d’un père d’origine chinoise, brillait dans ses études tout en ayant une vie sociale assez riche. Dotée d’un grand frère Nath, d’une petite sœur Hannah, elle a toujours été la préférée de la famille. Rapidement, son corps est retrouvé au milieu du lac, tout à côté de la maison familiale. C’est évidemment le choc, d’autant plus que la police évoque la thèse du suicide. On va plonger dans cette vie familiale en apparence sans heurts ni problèmes. La mère, Marilyn, a toujours voulu être une scientifique, un médecin, mais dans l’Amérique des années 50-60, la place de la femme est dans la cuisine. Le père est un professeur d’Université qui semble avoir réussi mais qui n’a jamais été totalement accepté par ses nouveaux compatriotes et a dû faire face à de nombreuses agressions racistes. Nath est un ado équilibré passionné par l’astronomie qui, cependant, a toujours été incompris et peu entendu. Et il y a Lydia, cette fille qui a toujours dit oui à tout, qui est toujours entrée dans un moule conçu par ses parents mais qui ne lui convenait pas du tout. Elle se distingue « par son habileté à mentir sans même un haussement de sourcils qui la trahirait ».  Ça fait beaucoup de « mais » pour ses parents qui n’ont toujours vu que du feu.

           Le roman commence comme un polar, la disparition de Lydia, la découverte de son cadavre, l’enquête, les souvenirs qui ressurgissent. Et pourtant, ce livre est bien plus qu’un polar. Il sonde de manière progressive et très lucide le cœur de cette famille, la rendant attachante et proche de nous. De petits détails aux grands événements, tout est passé au crible pour comprendre comment on en arrive à la tragédie du lac. Et après la mort de Lydia, il va bien falloir revivre, continuer dans une direction inconnue.

          L’auteur excelle dans les thèmes qu’elle aborde : l’adolescence et ses complexités, la place de la femme dans la société, l’identité et l’intégration, le rôle et l’importance des parents, la résilience. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman bien écrit. Il fait réfléchir, il effraie et émeut sans tomber dans un pathos inapproprié. Un auteur hongkongais à suivre…

 

Le livre de référence de la mère de Marilyn, est le livre de cuisine renommé de Betty Crocker : « Si vous tenez à faire plaisir à un homme – préparez-lui une tarte. Mai assurez-vous que la tarte est parfaite. Plaignez l’homme qi n’a jamais trouvé en rentrant chez lui une tarte à la citrouille ou à la crème anglaise. » (c’est terrifiant !)

« Plus tard, lorsqu’ils repenseront à ce dernier soir, les membres de la famille ne se rappelleront presque rien. Tant de choses seront rognées par la tristesse à venir. »

Repost 0
21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 23:09

 

Afficher l'image d'origine

 

             Promesse tenue : après la flamboyante Villa Amalia, j’avais très envie de lire autre chose de Quignard.

             Claire, une traductrice de 47 ans, revient au pays, près de Dinard, sa région natale. Elle retrouve Simon, marié et père d’un fils,  mais ils reprennent leurs habitudes d’amants. Ceux-là s’aiment en effet depuis l’enfance. Claire se lie d’une amitié très forte avec son ancien professeur de piano, Mme Ladon, une vieille dame qui s’attache tant à elle qu’elle aimerait l’adopter. Surtout, Claire renoue avec le décor breton, elle marche des heures et des heures, tous les jours. Il y a Paul, le petit frère qui revient lui aussi sur ce territoire, comme aimanté par sa rudesse et ses embruns.

             Je n’ai pas tout aimé dans ce roman très contemplatif où tous les personnages donnent de la voix, mais, peu à peu, la force de l’écriture simple et puissante de l’auteur, m’a emportée. Claire se fond dans le paysage, lui et elle ne forment plus qu’un, elle finit par ne plus effrayer les oiseaux, par se laisser apprivoiser par les papillons, « c’était comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d’un être humain, ou d’un prédateur, ou d’un destructeur. » L’ode à la relation fraternelle qui unit Paul et Claire m’a émue également, moi qui suis fille unique. Ils se retrouvent sans s’être tellement côtoyés dans leur enfance, formant un couple atypique mais harmonieux. C’est beau, c’est la vie à l’état brut, sans concessions ni mensonges, à l’image de ce paysage fait de sel, de fougères, de mousse et de terre.

 

Mme Ladon et amour de la solitude : « C’est incroyable quand j’y songe : j’ai aussitôt adoré être veuve. Je n’avais pas prévu une seconde que j’apprécierais à ce point la solitude. Je n’ai pas eu d’effort à faire. J’ai assisté à cela comme une spectatrice. A mon plus grand étonnement mon deuil s’est transformé en grandes vacances. Je respectais les qualités et l’anxiété, et l’honnêteté, et la piété de mon mari ; je fus soudain en congé de ses tourments. Non pas des grandes vacances : d’immenses vacances. »

Une belle relation sœur-frère : « Parfois, quand les frères et sœurs de ne haïssent pas, ils s’aiment mieux que des amoureux. Ils sont certainement plus constants et plus sûrs que si le désir les animait. Au surplus, ils sont riches de beaucoup plus de souvenirs que les amants ne peuvent l’être. De l’autre, le frère ou la sœur connaissent le plus ancien, le plus enfantin, le plus maladroit, le plus ridicule, le plus originaire, le plus bas. »

« Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. »

Repost 0
17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 23:07

 

 

 

         L’auteur-narrateur, le journaliste Nicolas Delesalle, embarque à Anvers dans un cargo direction Istanbul. Le voyage durera neuf jours. Neufs jours entourés de marins philippins et de 1629 conteneurs de toutes les couleurs. Si le voyage est déjà extraordinaire en soi car l’homme se coupe du monde, ne côtoie que du bleu, de la vague et encore de l’eau, il en profite pour sortir lui aussi ses grosses boîtes à souvenirs. Son métier de reporter l’a emmené aux quatre coins du monde, vivre des aventures insolites et rencontrer des gens hors du commun. Le temps d’un court chapitre, le lecteur s’échappe du cargo pour aller en Indonésie, en Estonie, en Russie, en Afghanistan, en Afrique noire, dans un gouffre aveyronnais à 85 mètres sous terre, en Grèce ou encore en Turquie … D’une improbable partie de foot au Pôle Nord à une course éperdue en 4x4 pour sauver deux bébés, en passant par un difficile choix entre deux pistes dans le désert malien, les récits m’ont fait rêver, au sens propre comme au sens figuré, j’ai rarement autant songé à un livre la nuit.

          Nicolas Delesalle réussit l’exploit de rendre d’énormes conteneurs métalliques intéressants et attirants. Cette rupture avec notre monde est fascinante voire tentante ! Et puis les anecdotes racontées avec humilité, humanité et passion donnent au métier de reporter une dimension nouvelle. J’ai adoré cette lecture aux accents itinérants !

 

Merci aux éditions Préludes !

 

La leçon de vie de ce guitariste des rues grec qui préfère à un endroit très touristique donc lucratif un lieu un peu isolé car il a une meilleure vue sur l’Acropole : « Renoncer à l’efficacité pour profiter de la beauté. Ne pas courir partout sur le navire afin d’en connaître chaque recoin. Juste s’asseoir sur le pont et regarder la mer danser dans les lueurs du couchant sans plus penser à rien. »

Repost 0
9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 19:17

 

Afficher l'image d'origine

 

              Après la découverte de l’écriture de l’auteur avec L’Autobus, il me tardait de lire son dernier roman dont l'excellent titre original est La tensión del umbral.

              En Argentine, une femme d’une trentaine d’années, Julia, est retrouvée morte à la sortie d’un bar. Plusieurs témoins l’ont vu pointer un revolver sur un homme avant de le retourner contre elle. La police arrive sur les lieux. Un journaliste aussi, Guyot. D’emblée, cette histoire lui semble louche et c’est surtout parce que les flics veulent vite fait classer l’affaire : « Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. », « Laisse tomber l’affaire de la fille. » Non, Guyot creuse et fouille dans le passé de cette fille sans famille. Sur sa route, il va croiser des incohérences, fera face à un mur d’incompréhensions… « La pire tentation, c’est de vouloir comprendre » : le journaliste va en faire les frais bien trop tard, sa petite enquête hors des sentiers officiels va engendrer des dommages collatéraux. Malgré l’aide d’une psychanalyste à la retraite, Guyot semble tomber dans un gouffre dont il ne sortira pas indemne…

 

             J’ai retrouvé la tension de L’Autobus mais elle est ici décuplée. Dans ces années de dictature, personne n’est fiable, chacun manipule ou se fait manipuler, les secrets sont bien cachés. Ce sont les dialogues qui sont omniprésents dans ce roman, le style est sec, sans fioritures ni concessions à l’image de cette Argentine âpre et oppressante. Les chapitres sont courts et le point de vue change souvent, on s’y perd un peu parfois mais l’intrigue et la progression de cette pression sourde et lancinante sont menées avec brio. L’excision des sentiments est nette, propre, sans bavures ; les âmes sensibles n’ont qu’à aller voir ailleurs.

 

 « Pour que le ministre garde ses pompes bien brillantes, il y a un tas de types qui lui enlèvent la bouse devant lui. »

« L’un après l’autre les jours s’enfoncent. Des jours comme une lame qui empêche de bouger, de réagir, de se dégager. »

Repost 0
6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 11:26

 

Afficher l'image d'origine

 

          Deuxième arrivage de ma box mensuelle (et avant-dernier : la boîte met la clé sous la porte !) Lecture surprise donc pour ce roman policier finlandais (à part Arto Paasilinna, ai-je déjà lu un auteur finlandais ?)

          Ilpo est seul sur le lac, sur son canot à moteur, se consacrant à sa passion : la pêche. Il reçoit un coup de fil de sa femme qui, non loin de là, dans le bungalow du camping qu’ils occupent tous deux, l’appelle à l’aide « Un homme veut entrer chez nous. Il va me faire du mal. » Le temps qu’Ilpo revienne, Hilkka a disparu. C’est le capitaine Sudenmaa qui mène l’enquête, 45 ans, peu sportif et plutôt complaisant, une fille ado qu’il élève seul (eh oui, malheureusement, la comparaison avec mon cher commissaire Wallander a vite été faite… au détriment du Finlandais). Ce qui surprend notre flic, c’est l’attachement absolu et démesuré d’Ilpo à sa pêche, à son bateau, à son lac, à ses perches. Alors qu’il devrait pleurer la disparition de sa femme, il pêche. Il pêche et pêche encore. Il est allé jusqu’à offrir une cuiller de pêche en guise d’alliance à son épouse… L’enquête nous permettra de rencontrer les propriétaires du camping, l’ex-femme d’Ilpo qui est en même temps la sœur de Hikkka (oui, oui). Tout ça dans une Finlande estivale où on transpire, qui l’eût cru ?

         Roman naturaliste très facile à lire, le langage, simple, surprend parfois à être drôlement vulgaire ou vulgairement drôle… Certaines images marquent sans doute durablement : Ilpo qui collectionne les têtes de perches qu’il suspend aux murs de son bungalow. Le polar n’est pas dénué d’intérêt, il se démarque même par son original contexte mais il n’est pas palpitant non plus, le rythme est assez lent, ce qui n’est pas pour me déplaire… Vous l’aurez peut-être compris, j’ai du mal à trancher entre « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé » ! Disons que le style pêche un peu (ha !ha !)

 

        L’enquêteur réfléchit… : « Une autre hypothèse, toujours à supposer que Hilkka fût vivante, était qu’elle avait embobiné son mari. Il n’y avait eu aucun homme aux abords du bungalow. Elle avait voulu quitter Ilpo, lassée de sa petite quéquette couverte d’écailles et de son insistance à vouloir toujours faire la Chose de la même manière en lui lâchant sa laitance par-derrière. Ellle avait tout simplement décidé de disparaître. »

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages