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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:36

 

 

Résultat de recherche d'images pour "six fourmis blanches collette denoel"

 

          Dans Un vent de cendres, j’avais déjà trouvé l’ambiance singulière et la tension omniprésente. C’était sans compter ce roman-ci, glacial et glaçant.

          Lou et son compagnon Elias, citadins et plutôt casaniers, ont gagné un séjour insolite : un trekking dans les montagnes albanaises. Dans un groupe de six touristes, ils vont gravir des monts, marcher dans la neige, camper dans ces tentes qui s’ouvrent en un clin d’œil, porter leurs repas sur le dos, bref, vivre à la dure l’espace de trois jours. Leur guide, Vigan, inspire confiance car il connaît la montagne par cœur. Oui, mais la météo peut révéler de sacrées surprises et une tempête de neige qui provoque des avalanches va retarder puis paralyser le groupe. Angoisses, blessures, froid intense, faim, fatigue et … spectre de la mort vont tétaniser Lou et ses compagnons de route.

           En parallèle, on découvre le métier ancestral de sacrificateur. En effet, Mathias, pour conjurer le mauvais sort, est payé pour jeter une chèvre (choisie consciencieusement grâce aux osselets) du haut de la montagne. Cette croyance, chez les Albanais, a la vie dure, et Carche, le magnat du coin, assure que son petit-fils a le même don que Mathias. Oui mais Mathias aime être seul, et quand le petit-fils en question s’avère être un dangereux dément, l’un des deux doit disparaître…

         Entre course-poursuite par -15 et survie dans un univers des plus hostiles, les humains sont comparables à de minuscules fourmis, tout aussi frêles et vulnérables. Que de blanc, que de froid ! Le suspens constitue le maître-mot de ce roman, il fonctionne à plein régime ; l’écriture est efficace et le contexte effarant. Voilà un excellent page-turner à déconseiller aux amateurs de montagne qui risquent den plus vouloir jamais y retourner !

« Six fourmis blanches avancent dans la neige et la glace, leurs silhouettes détachées comme celles des nomades sur les dunes du désert. Dieu, ce que j’aimerais cuire sous un soleil de plomb ; au lieu de quoi nous nous débattons toujours dans un brouillard poisseux en tremblant de fatigue. J’ai l’impression que cela fait des jours, des semaines que je marche. Des semaines que je franchis des cols entre Marc devant et Elias derrière moi , sans rien manger et sans rien boire, m’approchant du ciel, des cieux, de l’espace où ma conscience se perd. »

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 10:24

 

Résultat de recherche d'images pour "L’homme sentimental de Javier Marías folio"

 

 

 

            Le narrateur est un chanteur lyrique qui se souvient, quatre ans auparavant, avoir eu pour voisins, dans le train, deux hommes mutiques et une femme endormie. Il va les retrouver, par hasard, dans Madrid. Le couple formé par Manur et Natalia est accompagné de Dato qui se qualifie lui-même d’ « accompagnateur » puisqu’il est censé occuper, distraire, tenir compagnie à Natalia pendant que son mari vaque à ses très sérieuses activités professionnelles. Très vite, Dato et Natalia vont sortir et déjeuner et dîner avec le solitaire ténor qui passe ses semaines à voyager d’une métropole à une autre. Se fréquenter jusqu’au prévisible : Natalia et Le chanteur -surnommé Le Lion de Naples- vont tomber amoureux. Le mari si discret va intervenir d’une bien étrange manière…

             Rien qu’en lisant une seule phrase, on peut reconnaître le style méandreux de l’auteur. Ses phrases sont très longues, ses digressions nombreuses, Javier Marías se préoccupe davantage de psychologie que d’actions. Il fait également la part belle aux suppositions et aux hypothèses que peut émettre un personnage, proposant ainsi de nombreuses variantes narratives où l’humour vient côtoyer le registre dramatique. L’ambiance est, comme pour mes lectures précédentes, à la fois ouatée et proche du tragique. L’étrange se propage dans l’histoire et le doute semble être le fil directeur de ses romans. Javier Marias creuse les âmes, apporte quelque chose de neuf, laissant le lecteur troublé, à chaque fois. Même si j’ai préféré Un cœur si blanc, je continuerai à lire cet écrivain si surprenant.

 

Dato : « Je suis un accompagnateur, rien d’autre qu’un accompagnateur, et tous les deux, Natalia et Manur savent que c’est pour ça qu’on me paie, pour cela exclusivement et ils en usent. Je le sais bien moi aussi. Vous voyez, vous vous plaignez de votre solitude, moi en revanche je me plains du trop de compagnie. Vous vous plaignez de l’excessive dispersion et diversité de votre vie, moi, je me plains de l’excessive concentration et monotonie de la mienne. »

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 14:19

 

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           Un bébé est retrouvé mort. Sa sœur, une petite fille, agonise à ses côtés, près de la commode bleue. L’incipit commence très fort et nous emporte dans le long déroulement explicatif de cette tragédie.

            Paul et Myriam forment un jeune couple heureux. Les deux premiers enfants sont arrivés très vite, la maman a voulu rester à la maison pour s’en occuper, jusqu’au moment où elle a craqué : elle a besoin d’une vie à elle, d’occupations et de conversations adultes, de retrouver le droit qu’elle chérissait tant lors de ses études. A la recherche d’une nounou, le couple tombe sur la perle rare : Louise est tout simplement parfaite ! Non seulement elle fait preuve d’une patience redoutable face aux deux petits, elle sait chanter et raconter des histoires comme personne, mais en plus, elle rend le petit appart parisien plus agréable en rangeant, en réaménageant, en cuisinant de petits plats excellents. Très vite, Myriam et Paul ne peuvent plus se passer de cette baby-sitter hors pair. Elle viendra passer quelques nuits chez eux pour les dépanner et ira même jusqu’à les accompagner en vacances pour les soulager.

            La personnalité de Louise nous est dévoilée subrepticement et progressivement. Cette jeune femme aux allures d’ange, «cette nounou irréelle, qui a jailli d’un livre pour enfants » ne vit que pour la famille, par la famille. Sa vie privée, elle l’a balayée, déçue par ses parents, son mari, sa propre fille ; en revanche, elle s’attache à rendre l’éducation des enfants qu’elle garde irréprochable. Pourtant, elle accepte mal qu’on jette la nourriture, elle ne comprend pas que Myriam ne fasse pas un troisième enfant qui ne serait rien qu’à elle…

           J’ai adoré cette lecture, addictive, facile et fascinante. Ce thriller psychologique est impeccable dans le traitement des personnages, dans son intrigue simple mais déroutante, même dans sa réflexion sur la société et la connaissance de l’humain. Le style sec et sans fioritures sied à cet être aride et mystérieux qu’est Louise. Malgré tout, j’ai lu un excellent thriller psychologique qui, me semble, ressemble à d’autres dans le même genre qui, eux, n’ont pas obtenu le prix Goncourt (Les Apparences de Gillian Flynn, Esprit d’hiver de Laura Kasischke, L'Amour et les forêts d'Éric Reinhardt ou encore Un vent de cendres de Sandrine Collette)…

 

 

 

La dure réalité (pour toutes les mères !) : « Elle a toujours refusé l’idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l’a plongé au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d’être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit de l’autre. »

« Les préparatifs pour l’anniversaire de Mila ont pris des proportions qui dépassent Myriam. Depuis deux semaines, Louise ne parle que de ça. Le soir, quand Myriam rentre épuisée du travail, Louise lui montre les guirlandes qu’elle a confectionnées elle-même. Elle lui décrit avec une voix hystérique cette robe en taffetas qu’elle a trouvée dans une boutique et qui, elle en est certaine, rendra Mila folle de joie. Plusieurs fois, Myriam a dû se retenir de la rabrouer. Elle est fatiguée de ces préoccupations ridicules. Mila est si petite ! Elle ne voit pas l’intérêt de se mettre dans des états pareils. Mais Louise la fixe, de ses petits yeux écarquillés. Elle prend à témoin Mila qui exulte de bonheur. C’est tout ce qui compte, le plaisir de cette princesse, la féerie de l’anniversaire à venir. Myriam ravale ses sarcasmes. Elle se sent un peu prise en faute et finit par promettre qu’elle fera de son mieux pour assister à l’anniversaire. »

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 14:26

 

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             Il était temps que je découvre enfin cette série !

             Lila et Elena -dite Lenù- sont amies depuis la plus jeune enfance. Elles se sont découvertes en silence, dans le jeu et le défi de la jeunesse des années 50. Puis, elles se sont mises à parler, à se raconter leurs vies, leurs rêves d’avenir. Elles ont grandi entourées, chacune, d’une famille oppressante mais pas très aimante, dans un quartier pauvre de Naples. Alors que Lenù paraît timide, réservée et sage, Lila s’avère être une « gamine terrible et fulgurante », impétueuse et imprévisible, colérique et « méchante ». Douée pour tout, dotée d’une mémoire phénoménale, Lila est la première et la seule de la classe qui sache lire à 6 ans. Lenù décide de la prendre pour modèle et de l’imiter. Pourtant, Lila va choisir de rester dans la cordonnerie familiale, d’aider son père et son frère puis de seconder sa mère dans les tâches familiales. Elena, elle, continue son petit bout de chemin à l’école. Très scolaire, elle finira par se révéler brillante et au-dessus des autres, ce qui l’amènera à poursuivre ses études contre l’avis de ses parents. Lila se range, se fiance et se marie…

              Ce livre, c’est d’abord un récit d’enfance et ses topoï : premiers amours, premières règles, les seins qui poussent et les premières vacances loin des parents. Mais c’est encore plus la photographie d’un microcosme napolitain en pleine mutation : la télé fait son apparition, on goudronne les routes, on crée des quartiers en abattant des arbres, les jeunes découvrent le rock, les boutiques s’agrandissent.

              Il m’a fallu quelques dizaines de pages pour me fondre dans l’ambiance de Naples des années 50. J’ai eu peur de m’ennuyer des histoires de gosses. Et puis finalement, je me suis engouffrée dans cet univers désuet et authentique avec un plaisir redoublé par l’idée de savoir qu’une suite existe. La relation entre les deux jeunes filles est si particulière, faite d’admiration et de jalousie, d’esprit de compétition et de confidences, et tellement juste qu’elle ne peut que nous rappeler nos propres souvenirs d’amitié de jeunesse. D’emblée, on comprend qui domine, qui jette sur son monde un regard acéré et impérieux ; mais Elena ne se laissera pas démonter et, inspirée par cette soif d’apprendre puis par ce besoin de lui prouver ses talents, dépassera intellectuellement celle qui fut son modèle. Entre la belle jeune fille qui fait taire sa fougue en se mariant si jeune (à 16 ans !) et l’adolescente timide mais studieuse, complexée mais séduisante qui s’active dans ses études, un combat tacite débute et un suspens grandit pour le lecteur. Vivement la suite !

« Je décidai que je devais copier cette petite fille et ne jamais la perdre de vue, même si cela l’gaait et si elle me repoussait. »

« elle sentait des entités inconnues qui brisaient le profil du monde et en dévoilaient l’effrayante nature. »

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 12:20

 

 

              Gabriel est un petit garçon qui vit au Burundi avec sa mère originaire du Rwanda et son père qui a quitté, adolescent, les montagnes du Jura. Avec sa sœur Ana, Gaby mène une existence paisible au cœur d’un cocon douillet fait de jeux (parfois cruels), de disputes parentales, d’amitiés juvéniles. Une existence rythmée par une correspondance avec une jeune Orléanaise, des échos lointains de conflits rwandais et des rendez-vous quotidiens avec les copains du quartier dans l’épave d’un Combi Volkswagen. Cette enfance insouciante et joviale est brisée par la guerre, quand les copains veulent devenir des tueurs à leur tour, quand les cadavres jonchent la route, quand l’école est protégée comme un camp militaire, quand les membres de la famille commencent à tomber les uns après les autres, quand la mère de Gaby, rentre un jour à moitié folle d’avoir vu des tableaux d’horreur et de massacres. Il y a donc l’avant et l’après, l’époque heureuse et la période tragique, l’enfance et ce qu’on pourrait appeler la chute dans l’âge adulte.

           C’est un roman qui m’a touchée, j’ai trouvé certains passages magnifiques et particulièrement poignants. L’écriture est maîtrisée, le ton est toujours juste, l’ambiance africaine parfaitement retranscrite. Quand on sait que Gaël Faye est né au Burundi, pays qu’il a quitté, lui aussi, en 1995 après le début de la guerre civile, on se doute bien que l’écrivain a puisé dans ses souvenirs pour raconter sa fiction. Je comprends sans mal que les lycéens aient apprécié ce roman d’apprentissage taché de sang et de nostalgie. En sirotant une bière de banane (et en goûtant à ces cornets de termites frits !) parmi les cris de babouins, dans une chaleur sèche et nonchalante, on aimerait pouvoir traverser les rues de Bujumbura, entendre les rires des enfants, sans qu’ait jamais eu lieu ce conflit stupide entre Tutsis et Hutus.

 

« Pendant que tout le monde discutaillait, j’ai soudain reconnu Calixte dans la foule. Calixte, qui m’avait volé mon vélo… A peine ai-je eu le temps de donner l’alerte qu’il a détalé aussi vite qu’un mamba vert. La ville entière lui a couru après, comme on poursuit un poulet qu’on veut décapiter pour le déjeuner. Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire, c’est le nom que l’on donne au lynchage, ça a l’avantage de sonner civilisé. »

« A ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Alors que ses copains consacrent leur énergie à se procurer grenades et kalachnikovs : « J’étais trop occupé ces temps-ci à rester un enfant. »

« Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 15:55

 

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                Le narrateur est un Italien, père de deux garçons. L’aîné, Andrea -surnommé Andy- est autiste. Pour ses dix-huit ans, le père décide de lui offrir un voyage hors du commun, celui de traverser les Etats-Unis. Les deux hommes seront seuls, livrés à eux-mêmes, avec les risques potentiels qui sont décuplés quand un adolescent autiste voyage, lui qui a tant besoin de repères, de rituels, de gestes rassurants. Partant de Miami, père et fils vont d’abord bourlinguer à moto, un moyen de transport qu’Andrea adore, jusqu’à Los Angeles. Les chemins et les rencontres vont les mener vers le Sud, toujours plus vers le Sud : le Mexique, le Guatemala et enfin le Brésil. Globalement, le voyage dépasse les espérances du père, Andrea s’ouvre au monde, en demande toujours plus, avec une envie croissante d’aller plus loin, de rencontrer, de grandir… Avec un espoir un peu fou, le père croit toujours à une possible guérison. Pourtant, on ne voit pas tant souffrir mais plutôt découvrir avec délectation les joies des baignades, les beautés du monde, les multiples libertés et même les charmes de l’amour. Avec une pureté et une innocence singulières.

               Ce roman est un magnifique cadeau. Il offre une vision nouvelle, attachante et bouleversante de l’autisme. Andy passe un temps fou à renverser et vider des flacons, à colorier, systématiquement il enlace les gens qu’il rencontre (d’où le titre du livre), il rit quand quelqu’un se met en colère, il marche sur la pointe des pieds, il dévore gloutonnement ce qui lui tombe sous la main… le lecteur ne cesse de se demander si son monde n’est pas plus beau que le nôtre, s’il faut à tout prix le faire entrer dans notre moule et devenir, comme Andrea le dit lui-même un « Terrien ». Le papa, quant à lui, est tout aussi émouvant, un père courage, il est rare de pouvoir le dire mais c’en est un, un vrai, un beau, un grand, qui pense à son fils avant lui-même, qui lui offre le plus grand des présents, qui va de l’avant, toujours. Une belle leçon quand on voit une majorité de parents « abandonner » leur progéniture dite « normale » et facile… Une très jolie lecture, un road-trip original où le voyage humain prime.

             Fulvio Ervas est un auteur de romans noirs, il a écouté le père d’Andrea raconter son périple au cours d’un dialogue qui a duré plus d’un an.

            Ce roman a été glissé dans une box qui m’a été offerte… Deux bouquins/mois, 6 mois durant, voilà qui va encore gonfler ma PAL !

« Certes, il est barré, mais pas hors du monde. Il arrive d’un ailleurs où prévalent d’autres codes, d’autres signes, d’autres beautés qu’il transfère parfois jusqu’ici, quand il le veut et quand il le peut. »

« La plage est en pente raide, à Acapulco, et les vagues qui s’y écrasent sont énormes et puissantes. On est sur le rivage avec de l’eau jusqu’aux genoux, et soudain survient une lame, qui nous saisit et nous tient en suspens. C’est à la fois grisant et hypnotique. Andrea joue à se laisser soulever sans relâche. Ce n’est pas seulement une question de résistance physique ni de répétition compulsive. Il est heureux. Un bonheur immédiat et viscéral, la joie du pingouin glissant sur la banquise, de la baleine bondissant hors de la mer, de l’albatros planant dans le ciel, insouciant de la gravité. »

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 18:51

 

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               Le narrateur s’appelle John LaLiberté, il assiste, en direct, à l’attentat newyorkais du 11 septembre, à l’effondrement des tours jumelles. Ironworker de métier depuis plusieurs générations, il ne peut que se proposer d’aller aider, et des mois durant, va sectionner des poutres métalliques, brûler de l’acier, déblayer et nettoyer pour y voir plus clair et espérer, presque toujours en vain, trouver des êtres vivants. Le père de John, Jack LaLiberté, a, quant à lui, contribué à construire une partie du World Trade Center. On le suit les quelques mois qui ont précédé sa mort, lorsque John ado l’avait accompagné sur le chantier. Tous deux sont des Mohawks, ces Indiens presque tous « Skywalkers » qui jouissent de la réputation de ne pas avoir le vertige. Un autre bond dans le passé nous emmène en 1886, à l’émergence des Mohawks ironworkers, rendant hommage à ce peuple coriace et fidèle. L’objectif est de construire un pont enjambant le St Laurent… si des défauts et des incohérences existent, on continue, sans relâche, jusqu’au drame…

              Ce bouquin nous fait aimer la ferraille, les boulons, les clés à mâchoire, les ponts, les immeubles et New York ! Et surtout, il nous donne une vision autre de la catastrophe du 11 septembre, une réflexion plus approfondie sur les origines des deux tours, sur l’énergie déployée par des anonymes pour les faire grandir, et enfin sur les débuts des ironworkers. J’avoue avoir été sceptique au début de ma lecture, j’avais un peu peur des aspects techniques qui n’ont finalement rien d’indigeste. Le livre est parfaitement documenté et la fiction se mêle habilement à la réalité. On apprend beaucoup et on se souvient aussi.

            Certaines images resteront longtemps gravées dans mon esprit :
- à la construction des tours, il fallait faire face à la grève des conducteurs de remorques : des hélicos ont essayé de transporter jusqu’à sept tonnes d’acier… ce fut un échec !

- A partir du 60ème étage, on n’entend plus les rumeurs de la rue.

- Nouvellement nées, les tours ont vue s’écraser des oiseaux, complètement déboussolés par cette présence incongrue.

- Toutes ces cendres du 11 septembre, « grises, fines comme du talc » que les médias avaient certes évoquées, mais que j’avais oubliées…

- La toxicité de l'air autour du lieu de l'attentat.... qui a encore engendré des morts dans les années qui ont suivi.

             Et cette lecture, je la dois à Noukette qui me l’a si gentiment déposée dans mon joli colis-cadeau, merci encore !

 

« Manhattan, c'est l'île des montagnes construites par l'homme. Nous, les Mohawks, ça fait longtemps que nous sommes des bâtisseurs de montagnes d’acier et, là, ce sont les plus grandes jamais rêvées. Les plus hautes d’Amérique, les plus hautes du monde. On va les voir partout. Elles ne sont pas près d’être dépassées. »

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 09:59

 

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                 Addie, à soixante-quinze ans, vit seule depuis la mort de son mari. Un soir, elle décide d’aller voir un voisin, Louis -qui a à peu près le même âge- pour lui faire une proposition insolite : accepterait-il de venir dormir chez elle, dans son lit, pour discuter et lui tenir compagnie ? Passée la première surprise, Louis, veuf, se dit qu’il n’a rien à perdre et se rend chez Addie avec un sachet contenant son pyjama et sa brosse à dents. Ils discutent, lèvent un petit coin de voile de leur vie respective et s’endorment côte à côte. L’expérience a été concluante, ils remettent ça, toujours en tout bien tout honneur, jusqu’à ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre. Et ça commence à jaser dans cette petite ville provinciale américaine. Gene, le fils d’Addie qui est obligé de lui laisser son fiston pour quelque temps, voit cette relation d’un mauvais œil, imagine que Louis n’en a qu’après l’argent de sa mère. Mais le garçonnet s’épanouit auprès des seniors qui lui consacrent temps et affection. La grande amitié entre Addie et Louis va petit à petit se mouvoir en amour. [attention spoiler]Mais la pression des autres, en particulier de Gene, va être plus forte et les deux vieux amoureux vont finir par se séparer.

                      Cette ode au bonheur juste avant la mort émerveille par sa simplicité. Le roman, très court, se lit de manière très fluide. J’ai beaucoup aimé passer du temps à côté de ces deux personnes âgées mais il m’a manqué quelque chose, peut-être parce qu’un amour après soixante-dix ans ne me surprend ni ne me choque, peut-être parce que j’ai trouvé la réaction du fils démesurée et peu crédible. Sans aller jusqu’à l’agacement qu’a éprouvé Luocine, je peux comprendre ses réticences. Je crois que le livre aurait gagné en profondeur s’il ne s’était centré que sur la relation entre les deux septuagénaires. Ça ne m’empêchera pas de lire un autre roman de l’auteur. Et je rajoute que je trouve le titre magnifique !

 

« Elle se tourna dans le lit et il regarda ses épaules nues à l’aspect si soyeux et ses cheveux si brillants sous la lumière. Soudain le noir se fit, avec seulement l’éclairage de la rue qui baignait la chambre d’une lueur pâle. Ils parlèrent de choses anodines, histoire de faire connaissance, évoquant les menus événements ordinaires de la ville, la santé de Ruth, la vieille dame qui a habitait entre leurs deux maisons, le pavage de Birch Street. Puis ils se turent. »

« Qui obtient jamais ce qu’il attend ? Cela n’arrive pas à grand monde, si tant est que cela arrive. C’est l’éternelle histoire de deux êtres qui avancent à l’aveuglette et se cognent sans arrêt l’un contre l’autre en cherchant à se conformer à de vieilles idées, de vieux rêves et à des notions erronées. »

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 11:08

 

 

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             Jake Skowran n’a presque plus rien. Dans une ville en état de délabrement bien avancé après la fermeture de l’unique usine, il est au chômage, il a contracté des dettes, il a perdu sa copine qui l’a quitté. Désabusé et ne voyant plus d’espoir à sa situation de traîne-savate, il accepte l’impensable : tuer. C’est Ken Gardocki, le plus grand truand de la ville, qui le lui demande, il aimerait qu’on tue sa femme infidèle. Passée la première surprise, Jake met peu de temps à être convaincu. Finalement, ça ne lui pose pas de problème. Et mis à part le fait qu’il a dû tuer le chien avant de tuer l’épouse, le crime a été facile. Jake ne va pas en rester là. Ken a encore d’autres missions pour lui. Jake va même prendre des initiatives et liquider un type qui lui met des bâtons dans les roues.

           C’est dans une Amérique miteuse et désœuvrée que nous emmène l’auteur. La crise se faire ressentir à tous les niveaux et à un tel point que commettre un crime ne paraît plus une chose si immorale… Aussi dingue que ça puisse paraître, on s’identifie très vite au meurtrier qui n’est pas méchant, dans le fond, mais qui n’a pas vraiment le choix. C’est drôle, c’est second degré, c’est noir mais pas trop. L’auteur va droit au but, son personnage est devenu tueur à gage, soit. C’est la société qui veut ça. Dans l’ambiance digne d’un roman de Donald Westlake, ce roman adapté au cinéma (il y a quelques mois) est diablement efficace et brillamment satirique. La fin est charmante et complètement immorale, le crime serait une sorte de tremplin pour pouvoir retrouver une vie bien rangée. J’ai adoré !

Merci à krol pour l'idée!

Un argument de taille pour un mec ruiné et désespéré : « Tu es l’homme de la situation. Je l’ai su dès le premier jour. » (c’est encore plus drôle quand on apprend, plus tard, que Gardocki avait demandé un autre type d’abord !)

Jake pensait qu’à l’image des bâtiments et des administrations du reste de la ville, les bureaux de police, périclitaient, eux aussi. Finalement, non, les locaux sont neufs et modernes : « Le besoin de punir la populace locale et visiblement plus important que celui de la soigner, la nourrir et l’habiller. »

« J’essaie de perdre l’habitude de tuer les gens qui me rendent la vie dure. »

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 21:21

 

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               Paul a frôlé la mort. Victime d’un accident d’ascenseur, d’une chute vertigineuse de plusieurs dizaines de mètres, il est le seul à avoir survécu parmi les cinq occupants de l’habitacle. Sa fille qui était avec lui est décédée. Un tel drame -même si on en sort vivant- ça vous change un homme. Paul se remémore son passé : un premier mariage avec une femme alcoolique qu’il a néanmoins aimée et avec qui il a eu une fille, Marie. Une seconde femme autoritaire voire tyrannique qui lui a d’emblée interdit de voir sa fille sous leur toit commun et qui lui a donné des jumeaux. Avec une lucidité plus grande qu’auparavant, Paul se rend compte que ses deux fils sont faits du même bois que leur mère, obséquieux et sans cœur.

               Entre des recherches frénétiques sur les ascenseurs, leur mode de fonctionnement, leurs records, leurs failles et un nouveau boulot qui consiste à promener des chiens, Paul n’est pas l’image du convalescent qu’aurait voulu accompagner son épouse. C’est avec humour qu’il nous dépeint l’adultère de sa femme alors qu’il s’essaye, au grand dam de celle-ci, au « dog handling » en promenant un chien lors d’un concours de beauté canin.

              Quelle lecture jubilatoire ! Tantôt drôle, tantôt cynique, le personnage central n’est pas là où on l’attend, pas là où l’attend son requin de femme. Il ne veut pas de procès suite à l’accident, il cherche un métier en plein air loin de toutes responsabilités, il est sur le point de renier ses fils au profit de l’urne funéraire de sa fille qu’il pose en évidence sur son bureau. Alors qu’il cherche un sens à cet accident, il s’éloigne petit à petit de la normalité pour rejoindre ce qui, finalement, paraît être le plus sain. Une belle réussite que cette histoire un peu loufoque, parfois tendre, souvent inattendue. On pourrait lui reprocher le personnage de l’épouse, caricature de la femme détestable et une fin peut-être trop facile mais ces 218 pages ont été avalées avec une rapidité absolument délicieuse ! J’adore cet humour qui tend vers le noir, ces cocasseries dignes d’un Irving … J’en reveux !

 

Conversation téléphonique avec les jumeaux qui, horrifiés d’apprendre que leur père n’est qu’un vulgaire promeneur de chiens, lui offrent une aide financière : « J’eus alors l’impression que quelque chose d’humide et froid recouvrit lentement mes épaules, comme une nappe de brume dont chaque gouttelette eût été une particule de honte. J’imaginais les jumeaux, que dis-je, les siamois unis jusqu’à la moelle des os, signant ensemble, d’une main identique, un chèque similaire censé me rendre un peu de dignité humaine. Un chèque qui me rachèterait une conduite en m’empêchant, pour un temps au moins, de me livrer à des activités que les bessons réprouvaient. Avec cette bourse ils espéraient offrir à leur mère un vieux mâle castré, placide et complaisant, s’adonnant à des occupations de son âge, … »

La théorie de Paul : un ascenseur est conçu avant la construction d’un immeuble et par conséquent : « Il est le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se redresser sur leurs pattes arrière et de se tenir debout.  Il a inventé la verticalité, les grandes orgues architecturales mais aussi toutes les maladies dégénératives qu’elles ont engendrées. »

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