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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:12

 

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         Béatrice est triste, effondrée même, à l’image du climat québécois: il pleut sans cesse et elle ne fait que pleurer l’absence de son homme, Matteo, parti une nuit pour ne plus jamais revenir. Bien sûr, elle soupçonne une infidélité et déteste silencieusement l’assistante de Matteo qu’elle n’a jamais rencontrée, Daphnée. Elle se plante sur toute la ligne, Daphnée est une fille solitaire, trop ronde à son goût, poète à ses heures perdues et en voyage en Russie pendant la disparition de Matteo. Béatrice doit se débrouiller avec sa belle-mère italienne malade et ronchonne et une petite fille rêveuse en manque de père.

         Il s’agit essentiellement de parcours féminins dans ce roman tout doux, les femmes se croisent, s’accompagnent, entrent en conflit mais jamais très longtemps. La figure d’Aisha, jeune Somalienne lapidée, entrevue aux infos par Béatrice, est omniprésente, comme pour rappeler à ces Occidentales, de ne pas se tromper de guerre. La lecture a été très agréable, légère et profonde à la fois, effleurant doucettement quelques thèmes essentiels avec une grande sensibilité : la quête identitaire, la solitude, l’amour, l’initiation à la vie… Un happy end qui ne bascule pas dans le sentimentalisme clôt ce roman québécois qui donne envie d’en lire d’autres.

 

       Une réponse à la question « Pourquoi lit-on » ? ;) « Daphnée découvrait que quelques paragraphes suffisaient à l’extraire de son corps, une expérience qui, contrairement à celle du cannabis et du rhum qu’il lui était arrivé de consommer le vendredi soir, ne la laissait pas pantelante et fatiguée le lendemain. Elle réalisait avec étonnement que, lorsqu’elle se laissait choir sur le seul fauteuil un peu confortable du sous-sol de la bibliothèque, il lui arrivait même d’oublier d’avoir faim. »

« Aisha m’invitait à m’abriter sous les parapluies grands ouverts que me tendaient les autres. »

 

Merci à Krol pour cette jolie découverte !

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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 22:26

 

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             Les avis sur ce roman ont pullulé sur la blogosphère, aussi nombreux qu’hétérogènes. J’ai laissé dormir le livre quelques semaines dans ma PAL avant de m’y attaquer.

             Anibal vient d’hériter, mais de la manière la plus surprenante qui soit. Son père est mort deux ans auparavant mais il n’a pas assisté à son inhumation et n’a pas touché une miette de son héritage. Et voilà que maintenant, on le fait venir dans la maison familiale, là où son érudit de père a toujours écrit ses livres, là où l’historien a toujours gardé une distance ironique et froide envers son fils, là où le cruel « professeur »  a toujours préféré sa sœur. C’est une agente immobilière, très jolie et très admirative de toute l’œuvre du père, qui lui ouvre les portes de la maison pour qu’il y récupère trois boîtes, trois mystérieuses boîtes qui contiennent des souvenirs qui surprennent Anibal et qui vont lui faire comprendre que son père n’a peut-être pas toujours été le tyran qu’il redoutait tant. Pourtant, les conditions qu’il a exigées pour que la maison et tous ses biens reviennent à son fils prouvent bien qu’il l’embarque dans un engrenage dangereux…

           J’ai beaucoup aimé l’essentiel du livre, cette introspection et ces souvenirs liés à un passé douloureux (qui m’ont fait penser à plusieurs reprises à l’excellentissime Confiteor de Jaume Cabré), les personnages également, parfaitement dessinés, à commencer par Anibal dont la maladresse, le peu d’assurance, les pensées folles (dans tous sens du terme) le rendent tout de suite attachant. Par contre, j’ai parfois dû m’accrocher à la page comme un naufragé à son épave (et il est d’ailleurs question d’inondation, un passage épique !), certains passages m’ont déconcertée – l’inondation et la convalescence psychiatrique d’Anibal !, déstabilisée même. Heureusement, la fin est réussie et belle. Un roman initiatique qui est aussi une quête identitaire. L’écriture est superbe, intelligente, drôle, subtile et raffinée, je ne peux donc que vous recommander cette lecture !

 

 

On a dû tous le faire : imaginer ce que les autres étaient en train de penser ! Pour Anibal, c’est son occupation favorite, « fabuler la pensée d’autrui ».

Anibal trouve, dans une des boîtes, le costume de Romain qu’il avait porté, une fois, enfant. Il ne peut s’empêcher de penser que, si son père l’a gardé, c’est une preuve d’amour et de respect. Devant la jolie fille de l’agence immobilière, il veut faire bonne figure, pourtant : « Une de ces larmes, que je tentais de ravaler, allez savoir par quel usage inédit de la glande lacrymale, finit par se détacher de l’œil et par glisser sur ma joue pour venir se perdre dans ma barbe naissante. Comme je ne voulais pas porter mes mains au visage, l’autre œil laissa lui aussi échapper une larme, qui se traîna plus lentement en laissant une longue trace humide sur ma joue. J’aurais voulu être n’importe où sauf ici. »

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 10:40

 

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           J’avais découvert les deux premiers tomes en livre audio. Puisque mes trajets voiture ont nettement diminué, de livre audio, il n’y en aura certainement plus…  Version papier pour ce tome 3 !

           On retrouve avec – pour ma part – grand grand plaisir, Cormoran Strike le détective privé géant et unijambiste et sa secrétaire vive, jolie et intelligente, Robin. Tout démarre avec la réception d’un colis un peu particulier : une jambe ! Le colis est adressé à Robin et c’est un motard casqué qui lui a déposé. Passé le premier moment de panique, Strike pense qu’on veut surtout se venger de lui. Immédiatement lui viennent quatre noms en tête, trois resteront comme des suspects favoris. Ces trois hommes ont des points communs : ils sont immenses et costauds et ils ont une excellente raison d’en vouloir à Strike. L’enquête démarre : la police a tendance à se tourner du côté de la victime (la propriétaire de la jambe !) et Strike accompagné de Robin poursuit ses trois pistes. La secrétaire est très ponctuellement promue au rang d’ « associée », ce dont elle rêve mais, à l’arrivée d’un deuxième colis aussi glauque que le premier, Strike voudrait l’éloigner pour la protéger. D’autant plus que Robin a son mariage à préparer. Pourtant, avec Matthew, rien ne va plus, la jeune femme a découvert qu’il la trompait, et ce, pendant une période particulièrement difficile de sa vie. Sur un air de « Je t’aime, moi non plus », Robin et Strike vont se croiser, se confronter, s’apprécier de plus en plus…

            Les enquêtes et les filatures nous emmènent dans les rues de Londres mais également en escapade dans le Yorkshire et dans le comté de Cumbria. Le rythme est haletant, le suspens reste entier jusqu’à presque la fin du roman, Strike et Robin sont tour à tour blessés et/ou en danger et les personnages secondaires sont nombreux et intéressants. J’ai, par contre, eu parfois du mal à me dépêtrer des portraits, assez proches des trois horribles individus suspectés (n’étais-je pas assez attentive ? c’est possible !). Qu’est-ce qu’on s’attache à Strike et Robin ! On en découvre plus à la fois sur leur passé et sur leur personnalité et leurs rapports s’affinent pour gagner en subtilité. Quand on arrive aux derniers mots du roman, il est complément impossible de ne pas vouloir lire la suite ! Rassurez-moi, il y aura bien une suite ? En résumé : un excellent moment de lecture (allez, quelques longueurs peut-être mais tout à fait agréables à lire !) et des personnages extrêmement attachants !

 

« Le hurlement de Robin se répercuta contre les vitres. Elle s’éloigna de son bureau à reculons, le regard braqué sur la chose ignoble posée devant elle. Une jambe toute lisse, mince, pâle. Elle l’avait effleurée en rabattant les bords du carton. Elle avait senti sous son doigt la texture caoutchouteuse de la peau glacée.

Elle venait à peine d’étouffer son cri, les deux mains plaquées sur sa bouche, que la porte en verre s’ouvrit brusquement. Du haut de son mètre quatre-vingt-douze, la chemise ouverte sur son torse velu comme celui d’un signe, Strike la considérait d’un air sombre. »

 

Ce pavé de 600 pages me permet de participer au challenge estival de Brize ! pavé2016moyen

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 15:52

 

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            Qu’est-ce qu’on l’a vu ce livre ! Partout : dans les librairies, dans les magasins bio, dans les boutiques « nature »… ! Il fallait bien qu’on y jette un coup d’œil, mon intestin et moi !

             En trois gros chapitres et 334 pages, Giulia Enders, passionnée de gastroentérologie (il faut de tout pour faire un monde !) nous explique à quoi sert l’intestin, quels sont ses points forts et ses points faibles, quels dysfonctionnements et maladies peuvent y être liés, mais surtout elle nous démontre que cet énorme tuyau est aussi important que notre cerveau et que nous le sous-estimons depuis trop longtemps. Moi qui suis sujette à souffrir d’un intestin irritable, j’ai aimé qu’on me dise que les problèmes d’intestin ont une répercussion sur notre cerveau (et notre moral) et non pas l’inverse, comme on veut souvent nous le faire croire…

          Le livre est plutôt bien écrit, drôle, la vulgarisation fonctionne à plein régime surtout pour la non-scientifique que je suis. C’est très compréhensible, simplifié et accompagné de petits dessins. Deux bémols tout personnels : je n’aime pas du tout ce genre de lecture, je m’ennuie vite –c’est un peu paradoxal, je sais bien- et je n’ai finalement pas tant appris que ça. Un bref aperçu de ce que j’ai découvert (ou que j’avais oublié) :

  • Il faudrait faire caca accroupi comme dans de nombreux pays et non pas assis. Au pire, on peut prendre un petit tabouret à installer devant la cuvette pour poser les pieds dessus… la chose n’en sortira que plus facilement.
  • Dans un tout autre registre : quel est le muscle le plus puissant de notre corps ? C’est la mâchoire !
  • Le gingembre est excellent pour lutter contre le mal de transport, et plus généralement, contre les nausées.
  • La césarienne, ça n’est pas top pour le bébé, son système immunitaire est affaibli jusqu’à ses sept ans.
  • Rien ne sert d’être trop propre, c’est même pire, certaines bactéries constituant une belle protection. : « la propreté ne consiste pas à exterminer toutes les bactéries. La propreté, c’est un équilibre sain entre une quantité suffisante de bonnes bactéries et une petite dose de mauvaises bactéries. C’est se protéger intelligemment des vrais dangers et parfois encourager de manière ciblée ce qui nous est bénéfique. »
  • On fait souvent caca là où on se sent le mieux et on contraint, consciemment ou non, notre corps à attendre : « Soyons honnêtes : c’est souvent à cause du syndrome « berk-c’est-pas-ma-cuvette ». Le syndrome « bcpmc », c’est rechigner à confier sa grosse commission à des latrines étrangères, surtout si elles sont publiques. C’est n’y aller que contraint et forcé, ériger une œuvre d’art en papier toilette sur les rebords de la cuvette et garder une distance rêvée d’au moins 10 mètres entre la porcelaine et la peau du postérieur. »

          

                 Dans le même style en plus rigolo (mais en moins exhaustif) : la série Tu mourras moins bête de Marion Montaigne (et il y a plus de dessins !)

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 19:22

 

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           Combien de fois m’a-t-on conseillé cet auteur danois ? J’avais hâte de le découvrir !

           C’est l’histoire d’une vie. La vie d’un homme prise à trois moments différents, trois moments cruciaux : à 18 ans, à 40 ans passés puis à 60 ans.

           A 18 ans, le narrateur découvre l’amour physique dénué de sentiments, il se passionne de littérature allemande et tombe amoureux de la fille de son professeur d’allemand, Erika, qui lui fera comprendre qu’un attachement à longue durée de l’intéresse pas, elle n’appartient à personne. Devant sa mère atteinte d’un cancer et condamnée à mourir, il a tendance à fuir. Devant son père qui trompe sa femme, il ne pardonne pas.

              Les éléments de sa jeunesse faits de bouleversements, de rencontres et de désillusions vont sans conteste façonner notre bonhomme que nous retrouvons une bonne vingtaine d’années plus tard. Professeur divorcé, père d’une ado, Julie, il aime vivre seul, pédaler pour rentrer chez lui, se réfugier dans la lecture. La présence d’un élève serbe dans une de ses classes va lui permettre de rencontrer sa mère, Ivana, et de nouer avec elle une histoire brève mais passionnelle.

           A l’aube de ses soixante ans, notre homme regarde derrière lui. Il ne veut pas fêter son anniversaire en grande pompe avec sa fille et la famille de sa fille, il préfère fuir à Rome où il va faire une rencontre insolite : une jeune femme photographe qui a la moitié de son âge et qui s’entête à utiliser un matériel lourd et ancien. C’est sur le site archéologique de Paestum et quelques kilomètres italiens plus tard qu’une relation ambiguë et particulière se crée entre les deux êtres.

           Une belle écriture associée à des réflexions philosophiques, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour être séduite. Ce livre qui fait réfléchir laisse aussi des portes ouvertes, ne donne pas de réponse définitive, questionne sans cesse. Le personnage ne choisit pas la facilité et ne suit pas la route qui était tracée pour lui. Il a quitté les femmes les plus merveilleuses, est-ce parce que la plus admirable d’entre elles, sa mère, l’a délaissé quand il n’avait que dix-huit ans ? L’auteur qui, on peut le supposer, a livré une bonne part de lui-même dans le personnage principal, évoque avec brio les thèmes de l’engagement, de l’individualité, de la liberté, de la solitude. De l’amour aussi qui n’a pas de définition immuable.

 

 

Eloge de la solitude et du célibat : « Je n’ai jamais eu de doutes sur la manière dont je devais utiliser mont temps, peut-être parce que, à mon sens, il était faux d’associer le mot utiliser avec ces heures qui n’étaient qu’à moi. Je ne devais rien faire quand je n’avais pas à travailler, et c’était une richesse. Cela avait même cessé d’être un problème qu’il n’y ait pas de femme dans ma vie. […] Le renoncement était presque un soulagement. »

 

« Si seul le présent était réel, nous ne serions pas réels. Le présent est un lieu impossible que l’on ne peut pas fouler, parce qu’il avance sans cesse sous nos pieds. Il n’a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité. Comme l’eau dans une source qui coule plus loin, mais c’est une image trompeuse. Il n’y a pas d’image idoine pour le temps et l’expérience étonnante qui veut que l’instant rétrospectif ne perde pas sa réalité dans le présent grâce à la langue, aux conjugaisons et à leur souplesse. »

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 16:57

 

 

             Nous sommes à Saint-Brieuc, en Bretagne, quelques mois après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Un groupe de garçons bravaches avec, en tête, Antoine, a décidé d’aller tondre Maria Salaün. Maria et Antoine ont vécu une histoire d’amour quand ils étaient enfants - toujours collés l’un à l’autre. Mais Maria a préféré lui expliquer qu’elle le voyait comme un frère, non comme un amant. Et dans le rôle de l’amant, c’est un Allemand qu’elle s’est choisi, un beau capitaine qui venait régulièrement déjeuner à La Petite Bedaine, le restaurant du père de Maria. Frantz et Maria ont vécu une merveilleuse et authentique histoire d’amour, loin des turpitudes et des ignominies de la guerre. Oui, mais pour Antoine et sa bande, Maria est celle qui a couché avec l’ennemi, c’est « la putain, la traînée, la traîtresse ». Et on fait appel à un coiffeur, et la foule se masse devant le restaurant, et on tond Maria qu’on a installée sur une chaise de bistrot (la chaise numéro 14 !), et on lui coupe sa lourde chevelure rousse… Oui mais Maria, orpheline de mère (morte à sa naissance), a un sacré caractère. Elle ne pipe mot lors de la tonte mais elle réclame vengeance et justice une fois le dernier cheveu tombé. Armée de sa chaise, de son sac empli de cheveux, de la robe de fiancée évanescente de sa mère, elle ne craint pas la honte et exige des excuses de la part de tous ceux qui l’ont bafouée. Le coiffeur, les deux GI présents lors de la tonte, le curé, une bonne sœur, le maire et enfin Antoine, elle n’oublie personne et ne se défile à aucun moment. Elle va même rencontrer des alliés : un interprète, Louis, qui a tout compris et qui tente d’adoucir la fougue de Maria et une religieuse « ange de lumière ».

            Ce roman est un refuge, il console, il étreint généreusement, il réconforte. Le mal a été réparé, les responsables se sont excusés, les fautes ont été pardonnées. La vie peut reprendre un cours normal.  Malgré ce ton idéaliste, j’ai beaucoup aimé cette histoire féministe et combative d’une femme qui, parce qu’elle sait très bien qu’elle est innocente, ne se laisse pas faire, lutte dans le calme et le silence, et illumine, par sa grâce et sa détermination, tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Cette image d’une chauve portant tel un bouclier sa chaise de bistrot, à peine voilée d’une robe virginale, et qui arpente les rues bretonnes, m’a beaucoup touchée. L’écriture est belle aussi, à la fois puissante et fragile. Entre conte, fable et pièce de théâtre, chaque lecteur devrait y trouver son compte !

 

 

Frantz et Maria : « La guerre, cette industrie de la mort à qui il arrive parfois d’ouvrir des parenthèses, avait permis leur rencontre. »

Louis rappelle à Maria que les soldats GI sont noirs… : « si vous avez à vous plaindre de soldats de couleur, ils seront punis. Ils seront punis sévèrement parce qu’ils sont noirs. S’ils étaient blancs, ils recevraient un blâme. »

« La faute à la guerre qui pouvait transformer n’importe quel homme en assassin. »

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 15:26

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           Dans un petit village argentin, Ponce un avocat, sa femme Marta et sa sœur Victoria attendent le bus qui doit ramener Victoria en ville. Mais le bus ne s’arrête pas, c’est bien étrange. Le lendemain, même heure et même scénario : le bus passe à toute bringue devant les gens ahuris sans marquer son habituel arrêt. Les esprits commencent à s’échauffer. Le manège dure quatre jours et les villageois ne trouvent plus ça drôle du tout.

            Nous sommes en Argentine et c’est un pouvoir invisible et menaçant qui interfère sur le quotidien de ces petites gens. Il ne faut pas trop en dire ni trop en savoir et attendre, tout simplement attendre. Ponce va se ridiculiser en faisant de grands gestes au chauffeur de bus, et un policier, à trop vouloir comprendre les causes et les raisons de ce blocage, va s’en mordre les doigts.

            Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est le décalage, le contraste entre les personnages plutôt gauches et grotesques qui pourraient tout droit sortir d’un tableau de Fernando Botero ou encore d’un salon bourgeois de Feydeau et la gravité, la tension montante de cette aventure. L’histoire de la rencontre entre Ponce et Marta est également délicieusement racontée ; en bref, c’est un mariage on ne peut plus raté et Ponce s’efforce de se tenir le plus éloigné possible de celle qu’il a été contraint d’épouser.

Un livre assez original et marquant. J’ai eu la musique du film Bagdad Café dans la tête tout le long, on y retrouve peut-être la même poésie venue d’ailleurs…

 

« On entend un cri. Des enfants jouent dans la rue. Celle qui crie est mère. Dans l’obscurité, l’autobus accélère. Fenêtres fermées et lumières éteintes. Ponce agite les mains avec insistance, enlève son chapeau et le secoue au-dessus de sa tête. »

« Le silence c’est la santé » dit un flic…

Merci à Hélène pour cette jolie idée de lecture !

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 14:58

 

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            Ce genre de lectures n’est pas du tout, du tout dans mes habitudes ! C’est suite à une belle visite ensoleillée du château de Versailles et de ses jardins que j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur le roi Soleil.

           Je ne vais pas résumer la vie de Louis XIV mais lister ce qui m’a surprise, interpellée, amusée :

  • Il a eu une enfance à la dure, connaissant dénuement et abandon.
  • Son instruction a été assez sommaire (il le regrettera souvent) car un roi doit être « un être auquel les autres apportent leurs lumières, mais qui n’est pas censé en posséder lui-même. »
  • Contrairement à une certaine rumeur, il était grand (1m84, c’est immense pour l’époque). Et très, très beau.
  • Il n’a jamais dit « L’Etat, c’est moi ».
  • Son mariage avec Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, a permis à la France, entre autres, de découvrir le cacao et le maïs.
  • Il était chauve à 19 ans !
  • Racine a souvent couché dans la chambre du roi et lui lisait ses pièces.
  • Le roi Soleil est extrêmement doué en musique et en danse. Il jouait de la guitare.
  • Charles Perrault a été une sorte de ministre de la culture du roi. Il est également  chargé de son « image » et de sa propagande. Publicitaire avant l’heure, il s’efforce de couvrir monuments, médailles, tapisseries et livres de l’image du roi.

             Ma vision de ce roi a changé : Louis XIV était véritablement un grand roi, taillé pour ce rôle, aimant ce qu’il faisait. C’était un homme à l’écoute, qui souhaitait voir son peuple heureux. Il aurait malheureusement régné trop longtemps, commettant des bourdes à la fin (la révocation de l’Edit de Nantes, le Code noir, les galères, les guerres trop nombreuses, …) mais ça n’était pas un dirigeant égoïste, sourd, obtus, nombriliste. Le nombre d’anecdotes et d’historiettes liées à la grande Histoire est tout à fait impressionnant. Impressionnant aussi, le nombre de ses contemporains qui vont rester célèbres : La Fontaine, Boileau, Racine, Bossuet, Molière, Lully, Le Nôtre, Vauban, Saint-Simon…)

           Ce livre est tout simplement passionnant ! Attention, on le commence sans pouvoir le poser ni le quitter. Ne vous fiez pas au nom ronflant de l’auteur ;), il transforme le récit de la vie du roi en un texte très accessible, simple et captivant. Peut-être est-ce parce que j’en connaissais déjà quelques personnages, peut-être est-ce parce que je me suis promenée dans les couloirs du château quelques jours avant ma lecture, toujours est-il que j’ai dévoré ce livre en deux temps, trois mouvements. Je ne suis pas prête d’oublier ce nom d’auteur qui a écrit une flopée de biographies, et j’y reviendrai.

 

- « Huit millions de Français dorment à l’ombre d’une fortification de Vauban. »

- « Non seulement il s’est fait de grandes choses sous son règne, mais c’est lui qui les faisait. » (Voltaire)

- Louis XIV a fini par être détesté de presque tous. A sa mort, des épitaphes satiriques ont circulé :

« Ci-gît au milieu de l’église
Celui qui nous mit en chemise.        
Et s’il eût plus longtemps vécu
Il nous eût fait montrer le cul.
 »

- Versailles selon Sacha Guitry :

 « On nous dit que nos rois dépensaient sans compter,
Qu’ils prenaient notre argent sans prendre nos conseils.
Mais quand ils construisaient de semblables merveilles,
Ne nous mettaient-ils pas notre argent de côté ?
»

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 22:22

 

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            Cela faisait un petit moment que j’avais envie de découvrir cet auteur. N’oublions pas qu’elle a écrit son premier roman à 17 ans et celui-ci à 22…

             Thomas Hogan est né dans une famille ordinaire, obéissant en tous cas à un schéma assez classique : une mère, Mary, aimante et tendre, un père, William, souvent absent et distant, des parents qui s’éloignent l’un de l’autre. Lorsque Thomas est petit, son père est en rogne car son fils est chétif et muet. C’est l’apparition d’un serpent qui donne la parole à Thomas. Silencieux et solitaire, la vie de Thomas va se briser par la mort accidentelle de son père. Et pourtant, Thomas essaye de se couler dans le moule, d’avoir un semblant de vie sociale, d’avoir des amis. Il faut dire que les choses vont de mieux en mieux, des années plus tard, sa mère retrouve l’amour avec le docteur du village, Thomas le permet, dans une ambiance pacifique, presque heureuse. Et puis, un drame va faire basculer cet équilibre déjà fragile…

            Ce court roman, je n’en ai fait qu’une bouchée ! En situant l’histoire dans un temps indéterminé (les années 60 ?), dans un cadre imprécis (les Etats-Unis sans doute…), Cécile Coulon frappe juste et la rend quasi mythique. Sa force réside dans sa simplicité. Ce roman se lit avec une fluidité déconcertante et donne l’impression que l’écrivain l’a écrit d’une seule traite, d’un seul souffle. Elle nous raconte une histoire, voilà. Une histoire qui connaît ses grands malheurs et ses petits bonheurs, une histoire toute en nuances autour d’un enfant maudit,  sans clichés ni préjugés. J’ai adoré ce petit livre, adoré la concision et l’efficacité de la narration. Et j’ai bien envie d’en lire plus de Cécile Coulon…

 

Après la mort de William, le père : « Ils parlaient peu. Thomas ne demandait rien, il restait près d’elle, semblable à un lièvre qui protège son terrier. Parfois, au moment des premières pluies, Mary faisait un détour par la vallée pour admirer les prés mouillés ; de gros nuages gris, qui ressemblaient à ces gigantesques colonnes de fer abandonnées dans les champs, moussaient au-dessus des herbes ; des rongeurs fendaient l’air et couraient se cacher dans l’ombre des bois. »

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 17:08

 

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             Dans une petite banlieue tranquille de Boston, Jason Jones rentre chez lui, après une nuitée de travail au journal du Boston Daily. Sa fille Ree de quatre ans est seule, sa femme Sandra a disparu ! La dynamique et solitaire D.D., commandant, mène l’enquête. Il faut dire que le mari a une attitude bien étrange, il met des heures et des heures à prévenir la police et ses réactions sont dénuées de sentiments. Petit à petit, on apprend à connaître une famille vraiment spéciale. Jason n’est pas le véritable père de Ree mais s’en occupe avec tendresse et attention, Sandra, à 23 ans,  a déjà un passé sulfureux. Finalement, ces deux-là s’entendent pour le strict minimum mais ne font que cohabiter. Rajoutons à cela un voisin plutôt détraqué soupçonné de pédophilie, un étudiant qui a aidé Sandra à épier l’ordinateur de Jason, des mensonges, des mensonges, et encore des mensonges, et nous obtenons le tableau de ce polar qui nous manipule du début à la fin.

           L’écrivain a fait son boulot, on tourne les pages sans réfléchir, la tension monte doucement, la lecture est fluide et facile, les personnages sont originaux et cohérents. Pourtant, je sens que je deviens de plus en plus critique face à ces lectures dites « de plage ». C’était long malgré la rapidité de lecture et j’ai regretté la petite place de la policière qui pourtant avait l’air d’avoir un beau potentiel –on aurait pu faire le bouquin sans les flics, finalement, Sandra prend souvent la parole pour nous expliquer son passé. M’enfin, une lecture qui a réussi à me satisfaire parce qu’elle a permis d’extraire un pavé de ma PAL ! Et une idée de lecture de plage, pour ceux que ça intéresse!

 

L’incipit : « Je me suis toujours demandé ce que ressentaient les gens pendant les toutes dernières heures de leur existence. Savent-ils qu’un drame est sur le point de se produire ? Pressentent-ils la tragédie imminente, étreignent-ils leurs proches ? Ou bien est-ce que ce sont juste des choses qui arrivent ? »

   

 

Une belle et juste définition de ce qu’est un enfant : « un fardeau insensé qui était aussi son principal but dans la vie. »

« Le monde obéissait à des règles et c’étaient ces règles qui en faisaient un lieu sûr. »

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