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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 23:09

 

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             Promesse tenue : après la flamboyante Villa Amalia, j’avais très envie de lire autre chose de Quignard.

             Claire, une traductrice de 47 ans, revient au pays, près de Dinard, sa région natale. Elle retrouve Simon, marié et père d’un fils,  mais ils reprennent leurs habitudes d’amants. Ceux-là s’aiment en effet depuis l’enfance. Claire se lie d’une amitié très forte avec son ancien professeur de piano, Mme Ladon, une vieille dame qui s’attache tant à elle qu’elle aimerait l’adopter. Surtout, Claire renoue avec le décor breton, elle marche des heures et des heures, tous les jours. Il y a Paul, le petit frère qui revient lui aussi sur ce territoire, comme aimanté par sa rudesse et ses embruns.

             Je n’ai pas tout aimé dans ce roman très contemplatif où tous les personnages donnent de la voix, mais, peu à peu, la force de l’écriture simple et puissante de l’auteur, m’a emportée. Claire se fond dans le paysage, lui et elle ne forment plus qu’un, elle finit par ne plus effrayer les oiseaux, par se laisser apprivoiser par les papillons, « c’était comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d’un être humain, ou d’un prédateur, ou d’un destructeur. » L’ode à la relation fraternelle qui unit Paul et Claire m’a émue également, moi qui suis fille unique. Ils se retrouvent sans s’être tellement côtoyés dans leur enfance, formant un couple atypique mais harmonieux. C’est beau, c’est la vie à l’état brut, sans concessions ni mensonges, à l’image de ce paysage fait de sel, de fougères, de mousse et de terre.

 

Mme Ladon et amour de la solitude : « C’est incroyable quand j’y songe : j’ai aussitôt adoré être veuve. Je n’avais pas prévu une seconde que j’apprécierais à ce point la solitude. Je n’ai pas eu d’effort à faire. J’ai assisté à cela comme une spectatrice. A mon plus grand étonnement mon deuil s’est transformé en grandes vacances. Je respectais les qualités et l’anxiété, et l’honnêteté, et la piété de mon mari ; je fus soudain en congé de ses tourments. Non pas des grandes vacances : d’immenses vacances. »

Une belle relation sœur-frère : « Parfois, quand les frères et sœurs de ne haïssent pas, ils s’aiment mieux que des amoureux. Ils sont certainement plus constants et plus sûrs que si le désir les animait. Au surplus, ils sont riches de beaucoup plus de souvenirs que les amants ne peuvent l’être. De l’autre, le frère ou la sœur connaissent le plus ancien, le plus enfantin, le plus maladroit, le plus ridicule, le plus originaire, le plus bas. »

« Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. »

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 23:07

 

 

 

         L’auteur-narrateur, le journaliste Nicolas Delesalle, embarque à Anvers dans un cargo direction Istanbul. Le voyage durera neuf jours. Neufs jours entourés de marins philippins et de 1629 conteneurs de toutes les couleurs. Si le voyage est déjà extraordinaire en soi car l’homme se coupe du monde, ne côtoie que du bleu, de la vague et encore de l’eau, il en profite pour sortir lui aussi ses grosses boîtes à souvenirs. Son métier de reporter l’a emmené aux quatre coins du monde, vivre des aventures insolites et rencontrer des gens hors du commun. Le temps d’un court chapitre, le lecteur s’échappe du cargo pour aller en Indonésie, en Estonie, en Russie, en Afghanistan, en Afrique noire, dans un gouffre aveyronnais à 85 mètres sous terre, en Grèce ou encore en Turquie … D’une improbable partie de foot au Pôle Nord à une course éperdue en 4x4 pour sauver deux bébés, en passant par un difficile choix entre deux pistes dans le désert malien, les récits m’ont fait rêver, au sens propre comme au sens figuré, j’ai rarement autant songé à un livre la nuit.

          Nicolas Delesalle réussit l’exploit de rendre d’énormes conteneurs métalliques intéressants et attirants. Cette rupture avec notre monde est fascinante voire tentante ! Et puis les anecdotes racontées avec humilité, humanité et passion donnent au métier de reporter une dimension nouvelle. J’ai adoré cette lecture aux accents itinérants !

 

Merci aux éditions Préludes !

 

La leçon de vie de ce guitariste des rues grec qui préfère à un endroit très touristique donc lucratif un lieu un peu isolé car il a une meilleure vue sur l’Acropole : « Renoncer à l’efficacité pour profiter de la beauté. Ne pas courir partout sur le navire afin d’en connaître chaque recoin. Juste s’asseoir sur le pont et regarder la mer danser dans les lueurs du couchant sans plus penser à rien. »

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 19:17

 

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              Après la découverte de l’écriture de l’auteur avec L’Autobus, il me tardait de lire son dernier roman dont l'excellent titre original est La tensión del umbral.

              En Argentine, une femme d’une trentaine d’années, Julia, est retrouvée morte à la sortie d’un bar. Plusieurs témoins l’ont vu pointer un revolver sur un homme avant de le retourner contre elle. La police arrive sur les lieux. Un journaliste aussi, Guyot. D’emblée, cette histoire lui semble louche et c’est surtout parce que les flics veulent vite fait classer l’affaire : « Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. », « Laisse tomber l’affaire de la fille. » Non, Guyot creuse et fouille dans le passé de cette fille sans famille. Sur sa route, il va croiser des incohérences, fera face à un mur d’incompréhensions… « La pire tentation, c’est de vouloir comprendre » : le journaliste va en faire les frais bien trop tard, sa petite enquête hors des sentiers officiels va engendrer des dommages collatéraux. Malgré l’aide d’une psychanalyste à la retraite, Guyot semble tomber dans un gouffre dont il ne sortira pas indemne…

 

             J’ai retrouvé la tension de L’Autobus mais elle est ici décuplée. Dans ces années de dictature, personne n’est fiable, chacun manipule ou se fait manipuler, les secrets sont bien cachés. Ce sont les dialogues qui sont omniprésents dans ce roman, le style est sec, sans fioritures ni concessions à l’image de cette Argentine âpre et oppressante. Les chapitres sont courts et le point de vue change souvent, on s’y perd un peu parfois mais l’intrigue et la progression de cette pression sourde et lancinante sont menées avec brio. L’excision des sentiments est nette, propre, sans bavures ; les âmes sensibles n’ont qu’à aller voir ailleurs.

 

 « Pour que le ministre garde ses pompes bien brillantes, il y a un tas de types qui lui enlèvent la bouse devant lui. »

« L’un après l’autre les jours s’enfoncent. Des jours comme une lame qui empêche de bouger, de réagir, de se dégager. »

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 11:26

 

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          Deuxième arrivage de ma box mensuelle (et avant-dernier : la boîte met la clé sous la porte !) Lecture surprise donc pour ce roman policier finlandais (à part Arto Paasilinna, ai-je déjà lu un auteur finlandais ?)

          Ilpo est seul sur le lac, sur son canot à moteur, se consacrant à sa passion : la pêche. Il reçoit un coup de fil de sa femme qui, non loin de là, dans le bungalow du camping qu’ils occupent tous deux, l’appelle à l’aide « Un homme veut entrer chez nous. Il va me faire du mal. » Le temps qu’Ilpo revienne, Hilkka a disparu. C’est le capitaine Sudenmaa qui mène l’enquête, 45 ans, peu sportif et plutôt complaisant, une fille ado qu’il élève seul (eh oui, malheureusement, la comparaison avec mon cher commissaire Wallander a vite été faite… au détriment du Finlandais). Ce qui surprend notre flic, c’est l’attachement absolu et démesuré d’Ilpo à sa pêche, à son bateau, à son lac, à ses perches. Alors qu’il devrait pleurer la disparition de sa femme, il pêche. Il pêche et pêche encore. Il est allé jusqu’à offrir une cuiller de pêche en guise d’alliance à son épouse… L’enquête nous permettra de rencontrer les propriétaires du camping, l’ex-femme d’Ilpo qui est en même temps la sœur de Hikkka (oui, oui). Tout ça dans une Finlande estivale où on transpire, qui l’eût cru ?

         Roman naturaliste très facile à lire, le langage, simple, surprend parfois à être drôlement vulgaire ou vulgairement drôle… Certaines images marquent sans doute durablement : Ilpo qui collectionne les têtes de perches qu’il suspend aux murs de son bungalow. Le polar n’est pas dénué d’intérêt, il se démarque même par son original contexte mais il n’est pas palpitant non plus, le rythme est assez lent, ce qui n’est pas pour me déplaire… Vous l’aurez peut-être compris, j’ai du mal à trancher entre « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé » ! Disons que le style pêche un peu (ha !ha !)

 

        L’enquêteur réfléchit… : « Une autre hypothèse, toujours à supposer que Hilkka fût vivante, était qu’elle avait embobiné son mari. Il n’y avait eu aucun homme aux abords du bungalow. Elle avait voulu quitter Ilpo, lassée de sa petite quéquette couverte d’écailles et de son insistance à vouloir toujours faire la Chose de la même manière en lui lâchant sa laitance par-derrière. Ellle avait tout simplement décidé de disparaître. »

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 12:21

 

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              En mai 1897, c’est l’effervescence à Paris : le Bazar de la Charité est une vente publique tenue par les femmes mondaines et il est extrêmement bien vu d’y participer. Violaine de Raezal tient absolument à y être : veuve attristée au passé compromettant, elle doit s’y faire une place. Pour Constance d’Estingel, c’est tout autre chose. Elevée chez les Dominicaines, elle vient de rompre brutalement et incompréhensiblement ses fiançailles avec Laszlo de Nérac journaliste en devenir qui l’aime et qu’elle aime pourtant… Les parents de Constance, pour faire bonne figure, poussent la jeune fille à tenir un stand au Bazar de la Charité. Constance et Violaine vont se retrouver  guidées et couvées par Sophie d’Alençon qui va les prendre sous son aile. La duchesse d’Alençon s’entête à aider les plus pauvres, à être au plus près des miséreux, des malades et des indigents et, dans une époque placée sous le signe de l’hypocrisie et du qu’en-dira-t-on, elle est un modèle de vertu et de sincérité.

                 Le 4 mai, en milieu d’après-midi, alors que les hommes – époux, frères, pères, s’apprêtaient à rendre visite à leurs femmes, sous leurs yeux horrifiés, flambe le toit du Bazar de la Charité, abritant plus de deux mille personnes ! C’est la panique générale, des corps enflammés courent dans tous les sens, d’autres s’effondrent, tous hurlent à la mort… De cette tragédie, Constance et Violaine en sortiront, blessées, brûlées, défigurées  mais vivantes. La duchesse d’Alençon, quant à elle, disparaît mystérieusement par la voie la plus obstruée par les flammes…

                Constance rescapée et déclarée folle et Violaine plus seule que jamais vont finir par se retrouver, se liant avec d’autres femmes - les moins fausses de la société. Laszlo de Nérac se bat en duel contre le beau-fils de Violaine pour sauver son honneur bafoué : on l’accuse d’avoir piétiné des femmes lors de l’incendie. Un enlèvement clandestin va achever de porter suspens et tension au dernier degré.

              Roman foisonnant, dense et passionnant, il faut bien l’admettre ! Gaëlle Nohant s’inspire d’un fait réel, l’incendie du Bazar de la Charité qui a fait plus de 120 victimes, et crée deux personnages féminins assez extraordinaires, Violaine et Constance, et nous permet ainsi d’entrer de plain-pied dans une époque où les apparences et les réputations bâtissent et détruisent des vies. J’ai beaucoup aimé cette lecture, addictive et intense en émotions. Le style, fluide et agréable, se teinte d’un lyrisme parfois exacerbé. Ça c’est pour trouver un minuscule bémol, car il est clair que je vais suivre cet auteur de près, dorénavant.

 

L’incendie  - âmes sensibles s’abstenir : « Elles jaillirent comme accouchées par les flammes, deux formes titubantes et dansantes, flambant dans leurs vêtements, hurlant le plus vieux hurlement de la terre, torturées jusque dans leur âme. Le feu les étreignit encore pour quelques pas de valse forcée, riant de leur calvaire, avant de les rejeter sur l’herbe, tous leurs cris consumés, leurs faces noirâtres crispées dans un dernier rictus qui n’en finissait pas, bras repliés le long de leurs corps rongés jusqu’à la cendre. »

Les dangers de la lecture…  : « Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s’en rendre compte, on avait un pied dansant à l’extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. »

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:59

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              Le roman commence sur les chapeaux de roue : Ann Hidden est une pianiste compositrice. Un jour de janvier, elle surprend Thomas, son compagnon en train d’embrasser une autre femme. Il ne lui en faut pas plus pour clore un pan entier de sa vie : elle quitte son homme, vend la maison qui lui appartenait, se débarrasse de tous ses effets personnels ainsi que ceux de Thomas, démissionne, change de ville, de coiffure, d’habitudes vestimentaires. Elle a pour complice un copain d’enfance, Georges, qui se dévoue pour elle et sera le seul à garder le secret de cette fuite. Fuite en avant qui la mène à Naples où elle tombe amoureuse d’une maison, la villa Amalia. Cette nouvelle vie s’accompagne de belles rencontres, Léo un médecin, Juliette, une femme sœur et amante et surtout, la petite Magdalena, fille de Léo, deux ans, coup de foudre pour Ann.

              C’est surprenant de savoir qu’un homme a écrit ce roman. Ecriture de l’urgence, style épuré ; je me suis sentie aimantée par ce texte magnifique. Etrangement, certains passages (les plus tragiques et d’autres qui mériteraient des pages et des pages) sont brefs et comme compressés pour laisser beaucoup plus de place aux relations humaines, à la contemplation de la nature (« voir Naples et mourir » prend tout son sens dans ce livre !) Le personnage féminin, complexe et passionnant m’a rappelé Catherine dans le film de Truffaut, Jules et Jim, dans sa marginalité et son désir entier de liberté, d’absolu.

              La musique, déjà omniprésente dans Tous les matins du monde, joue encore une fois un rôle essentiel. Elle permet de tisser des liens entre les êtres, de remplacer la parole, de se souvenir et de quitter. Ce n’est pas un joli livre, c’est un livre qui est beau, puissant, marquant. Un film, réalisé par Benoît Jacquot s’est inspiré de cette intrigue (sans en garder tous les personnages si j’ai bien compris.) Je n’éprouve aucune envie de le voir, bien trop emmaillotée dans les belles images distillées par ce roman.

 

             C’est Mior qui m’a tentée, elle a lu le livre deux fois d’affilée, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer ! Merci !

 

« Abritée dans la roche, la villa dominait entièrement la mer. A partir de la terrasse la vue était infinie. Au premier plan, à fauche, Capri, la pointe de Sorrente. Puis c’était l’eau à perte de vue. Dès qu’elle regardait elle ne pouvait plus bouger. Ce n’était pas un paysage mais quelqu’un. Non pas un homme, ni un dieu bien sûr, mais un être. Un regard singulier. Quelqu’un. Un visage précis et indicible. »

 

Une chaleur à faire fondre les corps… comme je l’aime : « On avait l’impression de vivre quatre mille ans plus tôt. La chaleur extrême était une déesse. Tout se taisait devant elle. Tout s’écartait soudain. Les hommes avaient peur de se trouver sur son passage. On ne sortait plus que la nuit tombée. Il n’ya avait pas un souffle d’air. »

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:44

 

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        Paul Katrakilis a hérité d’ancêtres des plus étranges, réputés pour mettre fin à leurs jours : une mère qui a choisi de mourir étouffer par les gaz du pot d’échappement de la Triumph familiale, un oncle qui a jeté sa moto contre un mur, un grand-père qui’ s’est tiré une balle dans la tête. Pour fuir ce climat nuisible mais aussi l’indifférence de son père médecin, Paul s’est réfugié dans un sport qu’il adore, la pelote basque. L’aubaine pour lui, est d’avoir été recruté par un club de Miami et de vivre là-bas dans la quiétude et la douceur … jusqu’au jour où il apprend la mort de son père. Evidemment, il n’a pas manqué de se suicider, lui aussi ! Et d’une manière plus qu’originale : se jetant du 8ème étage d’un immeuble toulousain, il a pris le temps, auparavant de scotcher sa mâchoire et ses lunettes au visage. Plus agacé qu’ému, Paul est bien obligé de se rendre à Toulouse, dans la maison familiale, pour rendre un dernier hommage à celui qu’il appelle « le gisant aux adhésifs ». Ce déplacement a mis en péril son poste de joueur de chistera mais aussi le fragile bonheur simple qu’il s’était trouvé aux Etats-Unis. Après une brève histoire d’amour avec une femme bien plus âgée et un licenciement malheureux,  notre trentenaire se voit contraint, pour pouvoir survivre, d’assurer la succession de son père, de reprendre son cabinet de médecine générale. Il le fait bien malgré lui, il n’a jamais aimé soigner des gens… jusqu’au jour où il découvre deux mystérieux carnets noirs qui vont l’aider à comprendre non seulement une partie de la personnalité de feu son père mais peut-être aussi le fil tragique qui lie ses aïeuls depuis si longtemps.

          J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume acérée de Jean-Paul Dubois que j’avais déjà pu apprécier avec Les Accommodements raisonnables et Vous plaisantez, M. Tanner. Alors que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue avec des personnages loufoques dignes d’un John Irving, le roman plonge, petit à petit dans une mélancolie noire et révèle, avec une justesse assez désespérante, une des facettes de l’humanité. C’est confirmé, j’adore l’écriture de Dubois, ses tics (le personnage principal s’appelle toujours Paul, on nous balade souvent entre Toulouse et les Etats-Unis, …), son œil à la fois amusé, cruel et lucide sur une vie qui n’a, souvent, pas grand sens…

« Les Katrakilis et les Gallieni étaient des artistes. Ils savaient mourir à n’en plus finir. Crever à la manière de ces mauvais acteurs sollicitant les rappels. Mettre en scène leurs miasmes pour embosser les mémoires, les maintenir dans l’axe du malheur, les amarrer à la peine. »

Comme disait l’un de mes professeurs pour casser les reins de quelques internes pressés d’en découdre : « Nous ne sommes là que pour assurer une zone de moindre inconfort entre les griffes du forceps et celles de la broyeuse. »

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 17:45

 

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                 C’est ce billet-là de Luocine qui m’a convaincue de lire ce roman.

                 Deux frères, Phil et George, vivent et travaillent ensemble dans les plaines sauvages du Montana au milieu des années vingt. Ils s’entendent bien, dorment dans la même chambre depuis toujours, et, à l’aube de la quarantaine, on pourrait croire que plus rien ne les séparera. Et leurs personnalités antinomiques ne constituent pas un obstacle à cette harmonie : George, surnommé « Gras-double », se laisse volontiers dominer par son grand frère plus curieux, plus vif, plus tyrannique aussi.

               Quand George tombe amoureux et épouse la veuve Rose, c’est un tremblement de terre dans le ranch familial. Il l’emmène à la maison mais Phil, jaloux et mauvais, lui rend la vie si dure, par ses regards et ses remarques sournoises, que Rose commence à boire. Le fils de Rose, Peter, vit encore dans le souvenir de son père pendu mais son intelligence et sa discrétion lui seront précieuses pour se venger à son tour.

               Ce western littéraire nous plonge d’emblée dans un univers âpre, masculin, fait de non-dits et de sous-entendus, gouverné par la méchanceté de Phil. C’est exactement le genre de lecture qui me plaît, habituellement, et pourtant, je suis restée à côté tout le long. J’ai bien une explication : le contexte de ma lecture qui a duré une dizaine de jours. Il me faut de longues plages de lecture pour m’imprégner d’un livre et ne pas perdre le fil. J’ai découvert dans l’excellente postface d’Annie Proulx que je n’avais même pas réellement saisi la personnalité de Phil (oui, je me mets à nu devant vous…). Un roman qu’il me faudra un jour relire, donc, pour comprendre l’engouement de Luocine !

 

« Phil eut un instant envie de se lever et de féliciter George de ne pas l’avoir déçu, d’être bien comme il l’avait espéré, comme il l’avait cru, comme il avait su qu’il était. Mais évidemment il ne l’avait pas fait, parce qu’il n’y avait jamais eu de sentiment exprimé entre eux par des mots et il n’y en aurait jamais. Leur relation n’était pas fondée sur la parole. »

 

Je vais la garder celle-là : « J’ai tellement faim que mon gros intestin est en train de bouffer le petit » (dit Phil…)

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:18

 

 

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           Un groupe de jeunes hippies américains se vouent corps et âme à leur gourou, leur maître, leur réincarnation de Jésus : Charles Manson. Dans une ambiance libertaire et anarchiste, l’alcool, le sexe et la consommation de drogues dures constituent le quotidien pour les membres de la « Famille ». Squattant un ranch où les maladies vénériennes s’attrapent comme le rhume, les hippies s’adonnent au creepy crawls : ces cambriolages pour rire. Mais depuis quelque temps, les mauvaises blagues et les gros larcins ont cédé la place à la violence et au crime. Charlie demande à quatre membres, Sadie, Katie, Tex et Linda, d’aller « s’occuper des cochons » qui vivent dans la maison de Roman Polanski. Nous sommes en 1969 et c’est d’abord Terry Melcher, un producteur américain qui occupait cette vaste villa luxueuse, Charles Manson lui en veut de ne pas avoir donné suite à ses talents de musicien. En bons petits soldats obéissants, Tex, Katie et Sadie pénètrent au 10050 Cielo Drive alors que Linda se contente de faire le guet à l’extérieur. C’est le carnage : la maison est saccagée, les quatre occupants sont torturés avant d’être froidement exécutés. Parmi les victimes, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois.

 

           Chronologiquement condensé, ce récit fait froid dans le dos par l’indifférence dont font preuve les protagonistes et qui n’est pas sans rappeler les attentats actuels. Cette même brutalité se retrouve dans la manière de raconter les faits. Simon Liberati ne juge pas, ne donne pas son avis, ne défend ni ne condamne ses personnages. On obtient quelque chose d’assez trash, bien documenté, à la fois édifiant et écœurant. Des détails comme cette inscription de « Pig » faite avec le sang des victimes sur les portes de la villa, la torture à la fourchette (je vous laisse imaginer…) ou l’idolâtrie de Charles Manson pour Hitler… font de ce roman une histoire à la fois captivante et abominable, je suis contente de l’avoir lu sans avoir aucune envie de le relire !

​C'est ma première lecture de la rentrée littéraire... fruit d'un joli cadeau... merci !

 

« La loi de la Famille voulait qu’un nouvel arrivant abandonne tout ce qu’il possédait à la communauté. Juste histoire de montrer qu’on n’était pas là seulement pour prendre son pied et taper de la came. »

« La peur de Sharon Tate était si grande qu’elle était entièrement anesthésiée. Elle ne sentait plus sa peau transpirer contre le velours du canapé, elle ne sentait plus ses pieds, il lui semblait qu’elle flottait dans le vide suspendue à une bulle invisible. Le monde était devenu illisible. Elle reconnaissait bien des fragments de la réalité mais ils ne formaient plus un tout cohérent.»

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 19:27

 

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            Ce bouquin faisait partie de mes lacunes de lectures. Pire, je l’avais commencé il y a 4,5 ans et j’en ai abandonné la lecture au bout d’une trentaine de pages. Pour ne rien arranger, j’ai découvert Harper Lee en livre audio avec Va et poste une sentinelle que je n’ai pas aimé … Tout ça partait donc du mauvais pied, et pourtant…

             Au début des années 30, dans une petite ville (fictive) d’Alabama, Atticus Finch, un avocat veuf, élève seul ses deux enfants, Jem l’aîné et Scout la cadette (la narratrice), avec l’aide de la gouvernante et cuisinière noire, Calpurnia. Par de petits faits parfois anodins : les relations avec le voisinage, les premiers jours d’école de Scout, les amours et les conflits enfantins, l’émerveillement devant la neige –si rare en Alabama-, l’immersion dans la lecture, ce roman initiatique dépeint parfaitement la vie d’une jeune fille blanche mais aussi le quotidien d’une petite ville du Sud des Etats-Unis, pendant la Grande Dépression. Cette première partie a été agréable, douce, amusante parfois, édifiante aussi avec cette éducation à la Atticus franchement moderne, ouverte et généreuse. J’ai trouvé que le roman gagnait réellement en force et en qualité dans la deuxième partie. Atticus se voit défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune Blanche. Il n’en est rien mais nous sommes à une époque où les Noirs sont déjà coupables de vivre… Le père de la prétendue victime, même s’il obtiendra gain de cause va se venger d’Atticus pour avoir semé le doute dans les esprits des gens et s’attaquera à Jem et à Scout.

           Quel roman ! Le personnage d’Atticus incarne pour moi une sorte de perfection, déjà dans la manière dont il élève ses enfants mais aussi en tant qu’homme, il est doux, compréhensif, ouvert, indulgent, tenace. Il défend la cause des Noirs avec justesse et raison, il fuit violences et agressivité et sera le premier surpris de l’acte de vengeance que commettra Bob Ewell. C’est justement ce statut d’homme modèle qu’on perd complètement dans Va et poste une sentinelle qui est le livre du désenchantement (à se demander si c’est bien le même auteur qui a écrit les deux !). On sort de To Kill a Mocking Bird porté par un élan d’espoir, un besoin de lutter dans le calme et la paix pour rendre le monde plus juste. Et rien que pour ça, ce livre mérite vraiment d’être culte !

 

Quelques conseils d’Atticus :

« tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue… »

 « Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais ça peut arriver. »

 

L’explication du titre : « c’est un péché de tuer un oiseau moqueur […] Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. »

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