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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 22:49

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            Première découverte de Véronique Ovaldé à travers ce roman qui nous transporte dans des contrées exotiques et imaginaires, quelque part en Amérique du Sud.

            Vida Izzara incarne la femme riche qui règne en maîtresse belle et élégante sur sa luxueuse villa et sa petite famille. Sauf que la photo parfaite n’est pas si nette que ça. Vida vient d’une région populeuse, dangereuse et famélique du pays, l’Irigoy. Elle en a été extirpée par son mari, Gustavo. Gustavo est l’homme riche, pompeux, guindé et froid par excellence. Leur fille, Paloma, se différencie très tôt de ses parents. La mort de son amie Chili, décédée à l’adolescence d’une leucémie, ne fait que renforcer les contrastes entre elle et son entourage proche. A peine sortie de l’adolescence, Paloma rencontre le bel et mystérieux Adolfo, il la séduit, elle l’ensorcèle, et elle fuit avec lui. Ils iront squatter les villas des alentours, profitant impunément des avantages de l’endroit.

            Vida fait la rencontre du lieutenant Taïbo venu enquêter sur sa fille, justement. C’est le coup de foudre. Vida abandonne tout pour lui, ou plutôt pour la vraie vie. Taïbo sort le petit oiseau de sa cage dorée, comme Adolfo avait sauvé Paloma.

            C’est un beau roman, il n’y a pas à dire. Après certains navets que j’ai lus récemment, j’ai été charmée par cette ambiance suave, nonchalante, raffinée. Ovaldé réussit à nous transporter dans un univers à part, fait de moiteur, de verdure, de couleurs, de musique et surtout de désir de liberté. Car c’est bien de liberté qu’il s’agit dans tout le roman.

            J’ai trouvé certains passages légèrement monotones, d’autres audacieusement dépourvus de virgules (et ça m’a agacée parfois, oui… déformation professionnelle !), seuls bémols que j’apporterai. Mais l’auteur, sait, par la variation de longueur de ses phrases redonner du souffle et du rythme à l’intrigue et surtout à ses personnages féminins qui renaissent lentement mais sûrement. La fin m’a touchée, le pari sur la vie que font les deux femmes est courageux, simple, vrai. Sans être moraliste, Ovaldé insuffle un petit élan d’espoir et d’optimisme dans un monde étriqué et statique.

            Exceptionnellement, je cite un chapitre entier, celui qui, en tant que mère, m’a atteinte en pleine poitrine, vous pensez bien.

« Mon cœur en sautoir 

            Se souvenir toujours de son petit corps, de sa grâce, de la texture de sa peau, de son haleine, de son odeur, de sa voix, emmêlées l’une dans l’autre, la moiteur de son coup, la finesse de ses bras, le délié parfait de chacun de ses muscles minuscules et sublimes, comment graver ses gestes dans le souvenir, comment être sûre de ne jamais rien oublier de tout cela, de pouvoir s’en servir et le réactiver quand elle serait seule et vieille, puiser dans son trésor de souvenirs et d’images, la peau bronzée de Paloma, son grain un peu sec et salé, la connaissance que Vida en avait, qui semblait être quelque chose de tangible et d’éternel, mais cette connaissance même n’existait que le temps que la chose connue existât, ses cheveux désordonnés et longs qui lui donnaient l’allure d’une sauvageonne, sa blondeur iodée d’enfant, la pulpe de ses lèvres, l’immensité de ses yeux (qui paraissaient à une autre échelle que les autres éléments de son visage), l’arc de ses sourcils noirs et fatals (des sourcils de femme). Vida voulait prendre la totalité de ces fragments parfaits et en faire un trésor réellement inaltérable. Et quand elles étaient ensemble elle savait que c’était impossible et cette impossibilité la plongeait dans un désespoir infini. Elle avait l’impression que sa beauté, sa tendre enfance lui échappaient déjà. Qu’elles s’en allaient en particules dans l’air, comme des filaments de sa perfection. Elle se disait “il faut que je la photographie, que je l’enregistre”, mais toutes ces opérations étaient vaines et elle échouait à conserver la douceur éphémère de cette fusion de leurs deux corps allongés dans une chambre estivale, l’une à côté de l’autre, les bras de la petite autour de son cou et les lèvres de la petite sur ses paupières. Elle savait ce qui la faisait rire alors elle la faisait rire et ce rire d’enfant, ce rire qui s’en allait déjà à toute vitesse, lui piétinait le cœur. »

 

Et un autre extrait, parce que c’est bon :

 

« Elle décide de ne pas retourner chez ses parents (…), elle décide cela parce qu'on est le matin très tôt encore, parce que l'automne est encore doux et que le soleil fait rougeoyer les immeubles du front de mer, parce que les études de droit ne la passionnent pas et ne la passionneront jamais, parce qu'elle a vingt et un ans, qu'une partie d'elle-même croit encore qu'elle est immortelle, et qu'une autre lui dit impatiemment que le temps presse, parce qu'elle a une folle envie de déposer sa confiance dans les paumes d'Adolfo alors qu'elle le connaît si peu mais que le peu qu'elle sait de lui la bouleverse et lui donne l'illusion d'être vivante. »

Je remercie Priceminister de m’avoir gracieusement envoyé ce roman.

http://www.priceminister.com/offer/buy/131413156/des-vies-d-oiseaux-de-veronique-ovalde.html

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commentaires

D
<br /> Ah j'oubliais n'hésite pas à lire "Ce que je sais de Vera Candida"<br /> <br /> <br /> Bises et @ bientôt<br />
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V
<br /> <br /> c'est au programme... dans un petit bout de temps,... mais c'est au programme... merci! ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> Oui un auteur avec une vraie plume (d'oiseau) !<br /> <br /> <br /> Bravo pour ton bel avis et ta belle plume aussi !<br /> <br /> <br /> Bonne soirée !<br />
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V
<br /> <br /> merci merci! bonne soirée à toi (même si c'est une autre...!)<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> J'ai adoré gros coup de coeur !<br /> <br /> <br /> Je n'avais pas lu ton avis très bon avant de faire ma chronique ...<br /> <br /> <br /> Nous avons mis le même extrait chapitre ! Il est vrai que ce chapitre est d'une beauté indéniable et reflète tout le<br /> talent de l'écrivain !<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bises et au plaisir<br />
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V
<br /> <br /> c'est vrai que ce chapitre est magnifique.... auteur à suivre, sans aucun doute!<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> J'ai été bien déçue aussi par cette lecture. je me suis ennuyée.<br /> <br /> <br /> Mais félicitations pour le prix de Price Minister !<br />
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V
<br /> <br /> je n'y suis pour rien pour Priceminister! ;-) Je peux comprendre qu'on s'ennuie, je n'ai pas été séduite de bout en bout, certains passages m'ont plu... et avec du recul, lire un autre roman de<br /> cet auteur n'est pas ma priorité.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> <br /> Très envie de découvrir ce titre, comme toi je suis sous le charme de la plume de cette auteure !<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> il y a quelque chose, c'est certain... :))<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> <br /> J'avais été bien déçue par son  Véra Candida, alors forcément je suis un peu réticente à tenter son 2ème roman ... !<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> déçue, oui? J'aimerais le lire...<br /> <br /> <br /> <br />
M
<br /> <br /> J'ai très envie de lire ce roman. Je trouve qu'on en parle de plus en plus. <br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> il a quelque chose de doux et d'exotique, on a besoin de ça pour affronter l'automne ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> Les deux extraits m'ont donné envie de savourer à mon tour ce très beau texte.<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> tant mieux! j'en suis enchantée!<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Il y a un petit bout de temps que Ce que je sais de Vera Candida est dans ma PAL...<br /> <br /> <br /> <br />
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N
<br /> <br /> J'avais beaucoup aimé Ce que je sais de Vera Candida. J'avais relevé cette citation :" L'odeur de Monica Rose faisait chavirer Vera Candida. Elle s'asseyait près de sa fille<br /> et plongeait le visage dans ses cheveux. Ils sentaient le sel et l'iode, le vent et quelque chose de plus souterrain et mammifère, comme la sueur d'un minuscule rongeur ou bien d'un petit loup.<br /> Monica Rose". sentait la fourrure. Vera Candida se disait toujours, Comment ferai-je quand je serai une très vieille femme, que je n'y verrai plus, que je tenterai de me souvenir de cette odeur.<br /> Elle s'efforçait d'enregistrer comme sur des cylindres d'argile les sensations liées à sa fille : la main de la petite dans la sienne, la façon dont Monica Rose serrait son cou avec ses bras<br /> aussi fins que des roseaux, elle serrait serrait en y mettant toute sa minuscule force, et c'était inenvisageable de ne plus être deux un jour, c'était si injuste que cela paraissait<br /> impossible."<br /> <br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> l'extrait choisi ne peut évidemment que rencontrer un écho en moi également.Cela dit,les phrases qui n'en finissent pas m'étouffent un peu.<br /> <br /> <br /> Roman cependant intéressant pour la liberté au sujet des femmes ,pas si simple à acquérir.<br /> <br /> <br /> je ne savais pas que Priceminister faisait des partenariats.<br /> <br /> <br /> Bonne journée<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Une romancière que j'aimerais découvrir.<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> elle vaut le détour!<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Il est dans ma PAL !<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> j'irai lire ton billet avec plaisir alors.... et je ne pense pas me tromper quand je dis qu'il te plaira! :))<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> J'ai beaucoup apprécié ce roman, la poésie de Véronique Ovaldé. Je suis d'autant plus ravie que je vais la rencontrer lundi avec 13 autres auteurs dans le cadre du prix Goncourt des lycéens<br /> auquel je participe avec ma classe !<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> effectivement, quelle chance!!!<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> Je n'ai pas du tout aimé ces deux précédents romans mais celui-ci est un coup de coeur pour moi ;-D<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> je devrai le recevoir en tant que "marraine"<br /> <br /> <br /> <br />
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K
<br /> <br /> Abandon page 52, je m'ennuyais. mais rien à dire sur l'écriture et l'ambiance!<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> je te comprends et c'est pour cette même raison que je n'en ai pas fait un coup de coeur, mais le roman termine en beauté ...<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> C'est vrai que les critiques sont plutôt bonnes. Je n'avais pas aimé "Et mon coeur transparent." mais je pense que je lirai autre chose d'elle.<br /> <br /> <br /> <br />
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