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10 juillet 2021 6 10 /07 /juillet /2021 09:10

Animo Trouver la force d'entreprendre quelque chose de difficile - broché -  Elliot Nakache, Hervé Dupied - Achat Livre | fnac

J’ai chapardé ce livre à une gentille collègue…

Deux copains, la trentaine, qui se sont rencontrés dans un bar de Hong-Kong décident de parcourir l’Amérique du Sud depuis Mexico jusqu’à Ushuaïa. Sans grande expérience, avec souvent que leurs pieds pour moyen de transport, ils vont marcher plus de 7000 kms en un an, rencontrer les autochtones, se faire peur, gravir des montagnes et des volcans, suer et grelotter, souffrir et déconner. Attentifs à l’environnement qui les entoure, ils constatent que les déchets sont partout et que l’éducation à l’écologie ne se fait pas dans tous les pays. Entre les mines d’argent et d’or, l’huile de palme, la construction de barrages, de canaux, l’épandage de pesticides, la nature est toujours la première victime.

Je suis friande de ce genre de récit de voyage ! Celui-ci se trouve dans un beau livre où des photos accompagnent les textes. Les deux compagnons prennent la parole à tour de rôle.  Evidemment, comme souvent, l’objectif n’est pas la belle prose ni la qualité littéraire mais l’esprit d’aventure compense cela allègrement ! J’ai aimé les découvrir humbles et pas complètement inconscients (ils ont actionné leur balise de détresse quand ils se sont rendu compte que leur guide, en jungle, n’était pas fiable, et qu’Elliot s’était blessé au poignet), ils prennent aussi, très épisodiquement l’avion (entre Lima et La Paz par exemple) et la voiture quand on leur propose. Ils savent aussi s’arrêter le temps d’une nuit dans un hôtel climatisé avec télé. Leur rythme de marche est impressionnant puisqu’il avoisine les 40 kms/jour. Comme souvent dans ce genre d’aventure, c’est l’accueil des habitants qui surprend : les plus démunis offrent un toit et de quoi se nourrir à deux Occidentaux. Ils ont souvent été tentés de rester quelques jours mais n’ont pas dévié de leur objectif. On comprend qu’ils grandissent en avançant et surpassent leurs limites, se stimulant et se motivant l’un l’autre. Je suis toujours admirative de ce genre d’exploit et pas mal envieuse parce que j’aimerais m’y coller aussi (bon, sans doute pas une année entière). Ces aventuriers engrangent des souvenirs uniques qui transforment leur vie.

J’ai – entre autres – aimé les salars, ces déserts de sel que les touristes viennent admirer dans de gros 4x4 : « J’estime que la beauté de cet environnement ne s’apprécie qu’après y avoir souffert, après y avoir vécu tout simplement : le craquement de la croûte de sel qui casse les genoux, la réverbération qui défonce les lèvres, le vent de face qui rend fou d’une rage quasi incontrôlable et finalement, quand le soleil se couche, un froid polaire qui me donne une chair de poule quasi constante. Et pourtant ce matin, je souris, heureux comme un gamin avec une chair de poule qui elle n’est pas due au froid mais à ma joie. »

« Je comprends à l’instant même que notre plus grand apprentissage est d’accepter ce qui est, et ainsi d’avancer sans regarder le passé, mais en continuant à repousser constamment ce dont nous sommes capables dans le futur. »

Merci Carole ! 

 

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7 juillet 2021 3 07 /07 /juillet /2021 20:33

Livre: De pierre et d'os, Bérengère Cournut, Magnard, Classiques Et  Contemporains, 9782210770638 - Leslibraires.fr

         Uqsuralik est une jeune femme inuite qui, à cause d’une faille de la banquise, se retrouve sans parents ni famille. Elle erre longtemps avant d’être adoptée par une autre mère, Sauniq, qui lui sera d’un grand secours jusqu’à sa mort. Nous la suivons toute sa vie, dans son parcours de mère, d’épouse, de chasseresse et même de chamane. Les récits sont entrecoupés de chants, des poèmes des différents protagonistes.

          Pour le moins dépaysant, ce court roman nous emmène dans une autre contrée, sous un autre climat, avec des mœurs et des habitudes ô combien différentes de chez nous. J’ai eu parfois du mal à me faire à toutes ces différences, c’est bête à dire mais tout est tellement à mille lieues de ce que l’on connaît. Les croyances, les superstitions et les tabous sont nombreux. Et puis, finalement, on apprend beaucoup de cette rudesse. J’ai apprécié cette adoption de la narratrice qui se fait dans l’évidence et la simplicité. Aussitôt adoptée, aussitôt acceptée et admise jusqu’à la fin. Il existe aussi une belle confusion entre mère et fille : la mère devient une fille. Cette notion de la « famille » autre que la nôtre m’a plu. Il est bon de découvrir un autre son parfois… Il y a aussi ces duels de chants où sont révélés les plus grands secrets. Ce roman, reçu au collège, peut être étudié dès la 5ème apparemment ; je suis sceptique : certaines scènes sont cruelles et cette histoire finalement assez complexe convient mieux à de grands adolescents qu’à des enfants, me semble-t-il. Lire quelques extraits peut cependant être riche et instructif. Pour conclure, je dirais que certains passages m’ont plu mais, dans l’ensemble, j’ai été relativement hermétique à l’intrigue et il m’a manqué une fluidité générale à ce roman … où la femme mâche les coutures des moufles de leur homme pour qu’elles restent souples …

« Sauniq m’a proposé de m’adopter. J’ai maintenant une mère qui est également la fille de ma fille, et dont je suis ainsi la grand-mère : nous sommes un cycle de vie à nous trois, et les autres se trouvent naturellement reliés à nous par leurs liens à Sauniq. Comme il n’y a pas d’homme dans notre maisonnée, je me suis remise à chasser. »

Je vous souhaite à toutes et à tous un bel été et de jolies vacances ! 

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4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 20:33

Article 353 du code pénal, Tanguy Viel : longue confession sur la cupidité  des hommes - Baz'art : Des films, des livres...

Lors d’une sortie en bateau, non loin de la côté brestoise, Martial Kermeur fout Antoine Lazenec à l’eau. Et rentre chez lui. Et se fait arrêter. S’en suit un long monologue chez le juge où l’homme tente d’expliquer les raisons de ce meurtre parfaitement voulu et réfléchi. Le juge ne correspond pas au stéréotype du métier, il est jeune, humain, tente de sonder l’âme de Kermeur à la manière d’un psychologue. Et Kermeur raconte, tout, depuis le début. Il vivait gracieusement dans une dépendance parce qu’il s’occupait de l’intendance d’un « château », plutôt une vaste demeure dont personne ne voulait. Jusqu’à l’arrivée du flambeur Antoine Lazenec qui en a mis plein la vue à tout le village. Son projet est de tout racheter, tout démolir pour y construire un vaste complexe hôtelier, une station balnéaire. Tout le monde finit par croire à ce pari fou. Kermeur investit toute sa prime de licenciement et espère obtenir ce bel appartement avec vue pour lui et son fils Erwan. Vous le devinez, c’était de la poudre de perlimpinpin et il n’y a jamais eu ni complexe hôtelier, ni appartement.

Derrière ce titre rédhibitoire se cache un roman fascinant qui se lit avec délectation. C’était une première découverte de l’auteur et elle m’a convaincue ! L’écriture allie à la fois la grande simplicité du langage oral de Kermeur et une fine analyse psychologique du déroulement de l’affaire - ou comment un type en arrive à en tuer un autre sans scrupules. Le récit est si bien tourné qu’on se prend d’affection pour le narrateur et meurtrier. La fin est délicieuse. Un si grand plaisir de lecture que j’en fais un coup de cœur !

 

Martial Kermeur veut raconter son histoire « qu’elle soit comme une rivière sauvage qui sort quelquefois de son lit, parce que je n’ai pas comme vous l’attirail du savoir ni des lois, et parce qu’en la racontant à ma manière, je ne sais pas, ça me fait quelque chose de doux au cœur, comme si je flottais ou quelque chose comme ça, peut-être comme si rien n’était jamais arrivé ou même, ou surtout, comme si là, tant que je parle, tant que je n’ai pas fini de parler, alors oui, voilà, ici même devant vous il ne peut rien m’arriver, comme si pour la première fois je suspendais la cascade de catastrophes qui a l’air de m’être tombée dessus, sans relâche, comme des dominos que j’aurais installés moi-même patiemment pendant des années, et qui s’affaisseraient les uns sur les autres sans crier gare. »

« quelquefois, quand il me regardait, le juge, on aurait plutôt dit qu’il avait une machette dans les yeux et qu’avec il frayait son chemin à l’intérieur de moi, comme s’il visait un point central que je ne connaissais pas moi-même, quelque chose qu’il aurait peut-être simplement appelé « les faits » et parce qu’il pensait qu’à l’intérieur d’eux, « les faits », il y avait la vérité. »

« on ne peut pas toujours attendre des siècles je ne sais quelle justice naturelle qui ne tombera peut-être jamais. »

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1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 10:52

Blanc autour, Wilfrid Lupano, Stéphane Fert, Dargaud, Janvier 2021 -  Nouveautés Littérature Jeunesse

            En 1832, à Canterbury, une petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall fait la classe à une vingtaine de filles. Un jour, la jeune Sarah, une fille noire, demande à être intégrée à l’école ; elle a soif d’apprendre, elle veut « comprendre ». Mademoiselle Crandall accepte volontiers mais la venue d’une fille « de couleur » fait scandale dans la petite communauté où les ragots vont bon train : « Eduquer quelques noirs, bon, à la limite… Mais pourquoi justement, ICI, dans notre ville ? Il y a sûrement des endroits plus adaptés ! Si des noirs débarquent ici à cause de cette école, il y aura des agressions ! Des cambriolages ! Pas de ça ici ! […] Et d’ailleurs, pourquoi des filles ? En quoi cela va-t-elle les aider dans leurs tâches quotidiennes ? » Pour les familles blanches puritaines, il n’est pas question de mélanger Blanches et Noires dans l’école qui fait aussi pensionnat. Mlle Crandall, soutenue par son père n’accueillera que les Noires… et en essuiera les conséquences et des violences en tous genres : des hommes pillent la charrette de M. Crandall qui rapportait les provisions à l’école, un anonyme lance un objet à travers la vitre de la salle de classe, des excréments tapissent la porte de l’école… Des mouvements de révolte tous plus abjects les uns que les autres sapent le moral des pensionnaires jusqu’à atteindre un point de non-retour.

            Cette BD s’est appuyée sur une histoire vraie, celle de la Canterbury Female School de Prudence Crandall. A l’époque où l’esclavage a déjà été aboli dans cette partie des Etats-Unis, les Noirs étaient à peine tolérés et certainement pas considérés à pied d’égalité avec les Blancs. J’ai beaucoup aimé cet album indispensable, à faire lire à tout âge. Un personnage, le petit Sauvage, un vagabond qui scande les crimes commis par Nat Turner, ce prédicateur afro-américain qui massacre, en 1831, des dizaines de Blancs, apporte une touche de nuance aux propos mais aussi de poésie. Dans un univers sans manichéisme, le racisme prédomine, la stupidité et l’ignorance font rage. Cette petite lueur d’espoir, de changement, d’évolution d’une pensée malsaine et étriquée, ne va durer qu’un court moment mais c’est grâce à des personnes comme Prudence Crandall que les mentalités ont tout de même commencé à évoluer. Les dessins, ronds, colorés, poétiques, peuvent surprendre pour le thème abordé mais j’ai apprécié en particulier certaines planches qui évoquent la communion avec la nature, une pensionnaire nommée Eliza s’éloigne quelque peu des croyances quakers. Ma fille de 12 ans a lu et adoré elle aussi, elle m'a aussi parlé d'Eliza !

 Blanc autour de Wilfrid Lupano, Stephane Fert - BDfugue.com

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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 17:25

Livre: L'escalier de Jack, Jean Cagnard, Gaïa, Gaia littérature,  9782847202618 - Leslibraires.fr

       Bouquin qui dormait dans ma PAL depuis des années (et je ne sais évidemment plus comment il y est atterri !)

       Le narrateur cumule les petits boulots. Dans sa Normandie natale, il doit se débrouiller pour survivre entre des parents étranges, peu aimants et rustres, une sœur qui le déteste et un contexte général plutôt misérable. Il ne se laisse pas abattre, se fait remarquer partout où il passe. Entre la cueillette des fraises, la manutention, l’usine, les surveillances, les déménagements, l’agro-alimentaire, la charpenterie, la tuyauterie, il découvre la littérature notamment Kerouac, Buzzati, Steinbeck et Hemingway.

       C’est un roman assez surprenant qui, d’apparence fouillis-fouillis, est plutôt bien organisé puisqu’il passe en revue les différents boulots du narrateur (plus d’une trentaine !). Chaque chapitre débute par un haïku de Jack Kerouac et l’auteur utilise le « vous » pour s’exprimer. La verve est assez impressionnante, le romancier manie très bien l’humour et l’ironie dans un texte qu’on pourrait qualifier de picaresque. Un road-trip professionnel irrévérencieux dans lequel le personnage haut en couleur s’en sort toujours bien malgré quelques péripéties loufoques. Certaines images sont marquantes : un cercueil qu’il faut déménager mais dont le narrateur se lie d’amitié avec l’occupant, une simulation de mort qui dure une semaine pour échapper à l’armée, la « vente » d’un père. Une lecture divertissante et amusante même si ce « vous » m’a perturbée jusqu’au bout.

« Oh, vous le sentez ! Les enfants que vous n’avez pas sont déjà fiers de leur père, fiers des couilles pétries de justice de leur père dans lesquelles ils baignent pour moitié. Certains qu’ils seront bien nourris, bien habillés et correctement vêtus, de la dignité jusque-là, il est clair que les petits salopiots sont plus empressés que d’autres à voir le jour. Où est donc la mère de vos enfants futurs salariés ? Où se tient cette déesse ? »

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26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 07:52

La petite fille qui aimait trop les allumettes - Babelio

Encore un roman sorti de ma PAL et dont j’ignore la date d’entrée… peut-être avant de ne pas aller au Québec à cause de la pandémie ?

Deux adolescents découvrent un jour leur père pendu. Ils s’émeuvent un peu soit, mais l’éducation qu’ils ont reçue, dans cette ferme isolée, rend leur comportement étrange. Père était toujours seul à s’occuper d’eux, il les appelait « Fils » sans les nommer, les frappait à longueur de journée, les coupait du monde, s’adonnait à des activités masochistes. Les enfants sont persuadés que Père les avait pétris pour les faire naître. Le narrateur aimait se plonger dans la lecture de dictionnaires mis à sa disposition et astiquer l’argenterie mais là, il doit bien admettre qu’il doit prendre ses responsabilités et aller au village où il n’a jamais mis les pieds pour réclamer un cercueil. Son frère de jumeau est un incapable qui passe son temps à se tripoter. C’est donc avec un cheval dont la panse traîne au sol qu’il arrive dans un monde inconnu de lui ; il n’y sera pas bien reçu.

Je ne veux pas trop en dire parce que ce roman est assez extra-ordinaire. Au bout d’une cinquantaine de pages, une surprise surgit, puis une autre. Entre sidération et sourire, le lecteur ne sait trop où se situer. Il est d’emblée fortement bousculé par cette écriture âpre, des néologismes, des trouvailles langagières et des considérations parfois bestiales. Puis il avance prudemment dans un univers qui n’a rien à envier aux contes noirs. Certains passages m’ont fait penser à Céline, c’est dire. Je ne vais pas vous mentir, j’ai aimé me faire malmener et surprendre par cette lecture ô combien originale. Il est question d’éducation marginale, de sorcière, de « secrétarien » qui a un livre à écrire, de fracas, de demeure à défendre et peut-être même de résilience.

« J’ai omis de le mentionner, mais je suis le plus intelligent des deux.  Mes raisonnements frappent comme des coups de gourdin. Si c’était mon frère qui rédigeait ces lignes, la pauvreté de la pensée sauterait à la figure, personne ne comprendrait plus rien. »

Où enterrer le Père : « Misère et boule de gomme. »

« Je suis demandai si je pouvais échanger mes sous contre une boîte à mort, mais j’eusse aussi bien fait d’interroger le tas de cailloux blancs couleur de cadavre de père au fond du ruisseau desséché. »

« J’avais définitivement compris que nos rêves ne descendent sur terre que le temps de nous faire un pied de nez, en nous laissant une saveur sur la langue, quelque chose comme de la confiture de caillots. »

 

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 21:26

Sur les chemins noirs eBook: Tesson, Sylvain: Amazon.fr

       Suite à sa chute de huit mètres de haut d’un toit de chez Rufin, après des mois d’hospitalisation, Sylvain Tesson a pris une décision bien insolite pour se requinquer : traverser la France à pied. Parti le 24 août du Mercantour, à la frontière italienne, il va parcourir le trajet vers la pointe nord du Cotentin souvent seul, parfois accompagné d’un ami et touchera son but le 8 novembre. Ce qui l’importe, c’est de parcourir les « chemins noirs », ces routes peu fréquentées, loin de l’agitation humaine, des voitures et du bruit. Il évoque également par là une ruralité française en souffrance et en perdition, des villages déserts, des commerces qui ferment, des efforts un peu absurdes pour obtenir le wifi.

       Evidemment que j’ai aimé ce court récit de voyage ! Sylvain Tesson force le respect. Alors que d’autres se feraient plaindre et servir, lui sillonne la France avec sa ataraxie et son impertinence coutumières. Mise à part une crise d’épilepsie (une nuit à l’hôpital), quelques douleurs à peine évoquées (et pourtant quotidiennes) et son interdiction de boire de l’alcool, on dirait un jeune homme en pleine forme. Les nombreuses citations le prouvent : j’adore le style ! Son écriture parfume chaque page, agrémentée de réflexions caustiques, souvent drôles, toujours justes. J’aimerais moi aussi m’échapper avec lui, fuir, prendre ce « carton d’invitation à ficher le camp. » Là, tout de suite, maintenant.

 

Son côté rustre : les proches, « je préférais penser à eux que les côtoyer. »

Sa mère est morte quelques mois plus tôt : « On m’avait ramassé. J’étais revenu à la vie. Mort, je n’aurais même pas eu la grâce de voir ma mère au Ciel. Cent milliards d’être humains sont nés sur cette Terre depuis que les Homo sapiens sont devenus ce que nous sommes. Croit-on vraiment qu’on retrouve un proche dans la cohue d’une termitière éternelle encombrée d’angelots ? »

Les chemins noirs : « Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. »

A la presque fin de son périple : « Le matin, j’éprouvais encore de vives douleurs dans le dos. Trois ou quatre kilomètres en venaient à bout : un rouage actionné longtemps s’huile de lui-même. La marche avait aussi ses effets d’alambic moral, dissolvant les scories. Tout corps après sa chute – pour peu qu’il s’en relève – devrait entreprendre une randonnée forcée. »

« On devrait toujours répondre à l’invitation des cartes, croire à leur promesse, traverser le pays et se tenir quelques minutes au bout du territoire pour clore les mauvais chapitres. »

 

 

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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 20:45

Dans les yeux de Lya -3- Un coupable intouchable

Un coupable intouchable.

Une première pour moi, j’ai lu la suite de la série, ce tome 3 grâce au magazine Spirou et grâce à ma fille qui a eu la gentillesse de me retrouver les 9 feuilletons. J’ai donc pu enchaîner toutes les parties en une seule fois (lire une BD en feuilletons, ciel, est-ce possible quand on a une mémoire très très réduite ??)

Lya est invitée à accompagner Clément à une soirée caritative organisée par Von Diter, celui qu’elle imagine être à l’origine de son accident et qui aurait pris la fuite puis donné une grosse somme d’argent aux parents de Lya. Elle rencontre Mme Von Diter et soupçonne de plus en plus l’un des deux fils d’être le coupable. Accompagnée du fidèle Antoine qui en pince de plus en plus pour sa meilleure amie et secondée par Adèle, la jeune femme va vaincre ses peurs, bien décidée à découvrir la vérité.

Cette série se lit décidément avec plaisir ! Pour ado peut-être mais pour adultes, ça passe sans problème aussi ! J’ai aimé le graphisme, encore une fois, le suspense du scénario a parfaitement fonctionné sur moi. On peut ne pas apprécier le dessin à la façon cartoon mais j’ai apprécié et les reflets changeants, les jeux de lumière et de couleurs, encore plus.

Dans les yeux de Lya dans Spirou

 

 

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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 21:44

Le dynamiteur - Henning Mankell - Babelio

       Je ne peux passer quelques mois sans lire mon auteur suédois préféré. Je suis tombée par hasard sur son tout premier roman.

       Suède, 1911. Oskar est un dynamiteur et, à 23 ans, alors qu’il vérifiait une dynamite destinée au percement d’un tunnel, tout explose. Pourtant, Oskar survivra. Avec une main et un œil en moins. Celle qu’il côtoyait avant l’accident ne voudra plus de lui mais, par un concours de circonstances, c’est sa sœur, Elvira, qu’il épousera. Parfois au chômage, toujours au fait de l’actualité (deuxième guerre, crise du canal de Suez, courants socialistes et communistes), il vivra chichement mais heureux avec sa femme et ses trois enfants, toujours en quête de justice sociale.

       C’est un roman assez étrange, elliptique et empli de poésie. On ignore tout du narrateur qui vient discuter régulièrement avec Oskar dans le petit sauna où il vit en bord de mer. Des va-et-vient entre les différents moments du passé et le présent sont faits. Même si ça n’a rien à voir avec les futures enquêtes du commissaire Wallander, on trouve déjà la marque de fabrique de Mankell : une écriture sobre et efficace, les thématiques de la solitude, des réflexions politiques, de la mélancolie, les doutes d’un homme assez âgé (et Mankell n’a que 25 ans quand il écrit le livre !), le portrait d’une société gangrénée. Sans être totalement emballée, j’ai bien aimé ce roman que j’ai trouvé émouvant pour sa douce tristesse et proche de l’univers d’un Sorj Chalandon quant à cette vision du monde en déclin.

« Le récit est superficiel. Laconique, comme Oskar. Il a des failles, des vides. Mais la surface est poreuse. Lentement elle commence à se retrousser et à s’ouvrir. Derrière la surface, l’histoire. L’histoire des changements. »

« L’histoire d’Oskar est comme l’iceberg : ce que tu en vois n’est qu’une petite partie. La plus grande partie est cachée sous la surface. Là se trouve la lourde masse de glace qui s’équilibre avec l’eau et rend la vitesse et le cap stables. »

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 09:36

Vanda - Marion Brunet

        Vanda est une jeune femme à part. Elle vit seule avec son fils Noé, 6 ans, dans un très modeste cabanon sur la plage, dans une grande ville du Sud de la France. Impertinente et impulsive, elle gagne péniblement sa vie en faisant le ménage dans un hôpital psychiatrique. Cet équilibre déjà fragile vacille le jour où Simon, le père de Noé, découvre sa paternité. Perdu entre sa nouvelle vie de bobo parisien et son passé de fêtard du Sud, il tient à assumer sa part de paternité alors que Vanda préfère continuer sa vie d’avant – seule avec Noé.

        J’ai beaucoup aimé cette lecture. Avec peu, on peut faire beaucoup. Des personnages bien dessinés, un cabanon sur une plage, un contexte de crise sociale et des êtres à la dérive… il n’en faut pas plus pour créer une étincelle et amener le récit vers une tension dramatique. Et le texte pose des questions, celui de la parentalité, de la précarité, de l’amour exclusif entre une mère et son fils à la fois sublime et malsain. On penche tantôt du côté de Simon, tantôt de celui de Vanda, on hésite à voir Vanda comme une victime, parfois comme un bourreau. A la fois solaire et très sombre, Vanda ne tranche pas, laisse les portes ouvertes… et marque, tout simplement. Efficace, brut et brutal.

« La haine se mêle à la peur, Vanda se sent au bord de l’explosion, tout au bord. Qu’ils crèvent. Que leurs sourires cyniques s’élargissent au couteau. Qu’ils étouffent dans leur mépris, se carrent leurs millions dans le cul et qu’ils crèvent. »

Vanda se fait virer mais il manque pourtant du personnel : « Vanda voit surtout que ce sont deux choses contradictoires, un peu comme baisser le nombre d’enseignants pour promouvoir l’éducation ou faire sauter des allocs pour lutter contre la pauvreté. Elle n’est pas cortiquée pour ce type d’illogisme. Au rythme où se multiplient les non-sens, les hôpitaux psychiatriques vont se remplir de plus en plus. »

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