
J’avais découvert l’autrice avec son premier roman Migrations qui a été un coup de cœur.
La biologiste Inti Flynn est en Ecosse pour un programme de réinsertion des loups. La forêt va mal, le gibier trop nombreux empêche la croissance des arbres et des végétaux et l’introduction des loups devrait permettre d’équilibrer l’ensemble. Evidemment, l’accueil fait aux scientifiques et aux loups est hostile, les agriculteurs craignent pour leurs bêtes et pour eux-mêmes. Inti, dotée d’un don particulier - la synesthésie visuo-tactile qui lui permet de ressentir dans son corps tout ce qu’elle voit vivre ou subir par autrui - vit avec sa sœur jumelle muette, Aggie. Très vite attirée par Duncan, le policier en poste dans la région, elle est confrontée à l’antipathie des habitants de la région et surtout celle d’un certain Stuart qui, Inti le découvrira rapidement, bat sa femme. Les loups restent pour la scientifique sa passion, voire son obsession, et elle est prête à tout pour les protéger.
J’ai trouvé une écrivaine que j’affectionne, c’est certain, pour son style à la fois doux et musclé, pour la femme qu’elle place au cœur de son livre, une femme forte et vulnérable, déterminée et un peu perdue (Inti ressemble beaucoup à Franny de Migrations) et pour ces réflexions écologiques qui traversent tout le roman. En effet, l’autrice pose des questions sans y répondre, soulève le débat du rapport à la nature, de la cohabitation entre humains et animaux sauvages, de l’impact destructeur de l’homme sur les écosystèmes. Elle évoque aussi d’autres thèmes comme la résilience, la sororité ou les violences conjugales. Par-dessus tout, j’adore cette façon de nous emporter complètement ailleurs, durablement, tout au long de ces belles pages. On peut qualifier le roman de « polar écoféministe », fi des étiquettes, je garderai longtemps avec moi ce souffle puissant, cette énergie époustouflante et cette envie d’y revenir. Je fais de cette lecture un coup de cœur même si j’ai trouvé la fin excessive, le plaisir de lecture est resté !
Renseignements pris, ce que raconte l’autrice a bien été réalisé dans le parc national de Yellowstone, des loups ont été réintroduits (il y en a 108 en 2022) et la végétation a repris de plus belle. Et il y avait bien des loups dans les Highlands écossais jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
« La synesthésie visuo-tactile. Mon cerveau recrée les expériences sensorielles des créatures vivantes, de tous les êtres humains et parfois même des animaux. Quand je vois, je ressens, et pendant quelques instants je suis les autres, eux et moi-même ne faisons qu'un et leur douleur ou leur plaisir est le mien. Ça ressemble à de la magie, c'est d'ailleurs ce que j'ai cru pendant longtemps alors qu'en réalité ce n'est pas si éloigné du fonctionnement des autres cerveau : quand on voit quelqu'un souffrir, notre réaction physiologique est une grimace, un tressaillement, un rictus. Nos circuits sont programmés pour l'empathie. Fut une époque où j'étais ravie d'éprouver les sensations des autres. Aujourd'hui, ce flux constant d'informations sensorielles m'épuise. Aujourd'hui, je donnerais n'importe quoi pour qu'on me déconnecte. »
« J'étudie les cartes cognitives dessinées par les loups sur leur territoire. Ils se transmettent ces cartes géographiques et temporelles de génération en génération et connaissent si intimement leur domaine que chacun de leurs déplacements est programmé. Les loups ne se baladent pas au hasard. Ils bougent dans un but précis et ils apprennent à leurs petits à reproduire le même schéma. Ils se partagent les images mentales. »













