
Félix Kersten naît en 1898, il sera à la fois finlandais, russe et suédois. Pas très bon à l’école, il découvre qu’il a hérité du don de sa mère : savoir soigner les gens grâce aux massages. En plus des savoirs universitaires acquis à Helsinki, il va bénéficier, pendant trois ans, des compétences d’un grand docteur chinois. A partir de la fin des années 30, sa réputation dépasse les frontières et Kersten jouit d’une vie confortable où il peut profiter amplement des plaisirs de la chair (et de la chère) en gourmand épicurien qu’il est. Un jour de mars 1939, il accepte de soigner Himmler, le bras droit d’Hitler, ce petit homme chétif aux pommettes saillantes. Himmler faisant souvent des « crises », il appellera de plus en plus fréquemment son masseur qui le soulagera momentanément de maux de ventre extrêmement douloureux. Les années vont passer et avec elles le début de la guerre et les desseins démoniaques d’Hitler approuvés par Himmler. Gagnant la confiance de son patient, Kersten se permet de demander de sauver la vie de certains de ses amis puis lui conseillera de décaler le projet de déporter des milliers de juifs finlandais à la fin de la guerre. En 1945, l’influence du médecin est telle qu’il a pu faire évacuer des milliers de femmes retenues dans des camps vers la Suède.
Injustement méconnu, Félix Kersten a joué un rôle évidemment minime dans une tragédie implacable mais il a pris de gros risques, malgré sa position de privilégié, et a rusé pour orienter Himmler dans la direction qu’il avait choisie. Les souhaits qu’il a formulés (la libération des prisonniers mais aussi la rencontre d’un délégué juif à la fin de la guerre) sont tellement ahurissants dans ce contexte qu’ils paraissent peu crédibles. Mais la biographie romancée montre un Himmler influençable, fat, friand de louanges, stupide, qui se laisse convaincre surtout lors des moments où il se retrouve soulagé après ses crises. (Kersten était-il un naturopathe et Himmler souffrait-il de la maladie de Crohn ? les avis divergent) Toujours est-il que j’ai beaucoup apprécié cette lecture à la fois intéressante et captivante autour de ce personnage qui mériterait qu’on lui consacre un film, une pièce de théâtre, une série, que sais-je encore ... qu’on parle davantage de lui, en tous cas. Un très beau livre.
« (...) le secret essentiel de l'art, c'était la faculté de toucher du bout des doigts l'essence de la maladie, de mesurer son intensité et savoir le centre vital d'où elle rayonnait. »
Paroles d’Himmler en 1940 : « Le Führer est décidé, après la victoire du IIIe Reich, à supprimer le christianisme dans toute la Grande Allemagne, c'est-à-dire l'Europe, et à établir sur ses ruines, la foi germanique. Elle conservera la notion de Dieu, mais très vague, très confuse. Et le Führer prendra la place du Christ comme Sauveur de l’Humanité. Ainsi, des millions et des millions d'hommes invoqueront, dans leurs prières, le seul nom de Hitler et, cent ans plus tard, on ne connaîtra plus que la religion nouvelle qui durera des siècles et des siècles. »
