
L’autrice raconte la mort de sa mère survenue quand elle avait vingt-six ans mais surtout, à travers ce portrait maternel, son amour de la cuisine coréenne. En effet, Michelle est la fille d’un Américain de l’Oregon et d’une Coréenne et, si elle a grandi aux Etats-Unis, elle passait régulièrement l’été à Séoul et sa mère l’a « éduquée » à sa manière qui incluait la passion et la richesse de la gastronomie coréenne et chinoise. Au moment de l’adolescence, rien ne va plus entre mère et fille mais le cancer annoncé à la suite de simples maux de ventre de la mère va les rapprocher. Michelle va mettre sa carrière de musicienne entre parenthèses et va oublier les reproches formulés par la mère pendant toutes ces années et cette tyrannie des apparences qui l’a faite souffrir adolescente. Elle va l’accompagner au mieux dans sa maladie et dans ses dernières heures de vie.
Si le titre (que je trouve affreux) renvoie aux réminiscences que provoque une virée dans un supermarché asiatique, le roman n’est pas tellement larmoyant même si je déteste encore et toujours lire des récits de maladie, de souffrances et de fin de vie. Je sais pourquoi j’évite ce genre de livres qui ne m’apportent personnellement rien à part (au mieux) une morosité tenace, (au pire) une angoisse profonde. Heureusement qu’il y a la gastronomie coréenne qui occupe bien les trois quarts du roman ! Qu’il serait intéressant de le lire et de déguster en même temps tous les nombreux plats évoqués ! Je n’en connais pas la moitié mais l’hommage est bien rendu à cette cuisine méconnue chez nous et il est vrai que ce lien culinaire entre mère et fille est bien traité, c’est comme si la mère n’avait jamais su exprimer son amour autrement que par des mets bien cuisinés. Elle a toujours choisi la sincérité en critiquant sa fille pour son teint, sa posture, ses choix vestimentaires, sa corpulence... une franchise qui peut être mal perçue mais qui était une preuve particulière de son amour. Il lui est même arrivé de porter les santiags neuves de Michelle pour assouplir le cuir. En bref, un amour maladroit pour une mère monomaniaque qui n'avait finalement que sa fille à aimer dans sa vie. Mon ressenti est à l’image de ce billet, plutôt confus, entre enthousiasme pour cette relation ambiguë entre les deux femmes mais aussi pour les kimchi, tteokguk, gyeran jjim, jatjuk (une sorte de porridge de pignons de pin que j’aimerais essayer si ça n’était pas si complexe à réaliser) ... et révulsion pour les pages traitant de la maladie. Inutile de préciser que si vous envisagez un voyage en Corée du Sud, cette autobiographie constituera un délicieux amuse-bouche.
les billets de Luocine et d'Antigone, davantage convaincues.
« Ma mère avait sa propre manière de préparer nos retrouvailles : en faisant mariner un plat de côtes pendant deux jours. Elle remplissait le frigo de mes banchan préférés, achetait mon kimchi de radis plusieurs semaines en amont, et le sortait du frigo un jour avant pour qu'il soit parfaitement affiné et salé à mon arrivée. Les côtes de porc, marinées dans l'huile de sésame, le sirop de sucre, le soda, puis caramélisées à la poêle, imprégnaient la cuisine d'un alléchant parfum fumé. Ma mère rinçait des feuilles fraîches de laitue rouge et les posait sur la table basse en verre devant moi, puis apportait les banchan. Des œufs durs marinés dans la sauce soja et coupés en deux, des haricots mungo croquants assaisonnés d'oignons verts et d'huile de sésame, un doenjang jjigae avec un supplément de bouillon, et du chonggak kimchi fermenté à la perfection. »
