
La narratrice et autrice, Adèle Yon, craint d’avoir hérité de la folie de son arrière-grand-mère, Elisabeth surnommée Betsy. Née en 1916, Betsy a toujours fait preuve d’une excentricité qui était mal vue, capable de piquer des colère noires. Fiancée en 1940 à un certain André, elle se mariera avec lui et sera internée en 1951 à la demande de son père et de ce nouveau mari... pour ne sortir de l’hôpital psychiatrique que dix-sept ans plus tard. Adèle a besoin d’en savoir plus sur ce nom devenu tabou, sur cette histoire si mystérieuse, d’autant plus que Betsy a subi une lobotomie. Elle interroge, en 2023, la famille de Betsy mais aussi le personnel hospitalier de l’époque, elle va mener une enquête approfondie sur les pratiques médicales des années 40-50, lire les dossiers médicaux de son aïeul, confronter les déclarations.
Betsy a clairement été une victime de son époque, une victime du patriarcat. L’autrice le prouve par différents moyens et procédés qu’elle retourne dans tous les sens, bravant souvent les silences, les omissions, les dossiers passés à la déchiqueteuse. Entre enquête familiale, autobiographie, rapport scientifique sur la lobotomie, témoignage et échange épistolaire, cet hommage à une ancêtre bouscule les codes. De là à dire que c’est révolutionnaire, bof, je n’en suis pas certaine. Si j’ai trouvé certains passages fort intéressants, l’ensemble m’a paru long, avec pas mal de bavardages et de répétitions, 400 pages pour aboutir à la conclusion que cette Betsy était une victime comme tant de femmes à cette époque. Désireuse d’un peu de liberté (il lui faut même « davantage de liberté qu’à la plupart des jeunes femmes »), on lui a coupé l’herbe sous le pied en la traitant de folle, on s’en est débarrassé, c’est si facile. Et des médecins ont tâtonné et bricolé avec elle, la prenant pour un cobaye, tout ça, on le savait déjà. Et que les grands docteurs étaient fort capables de se tromper de diagnostic (une enfant étiquetée "arriérée" s'est avérée - dix ans plus tard- être sourde). Et que le patient sortait de l’asile bien plus fou qu’en entrant. Vous l’aurez compris, je suis loin de la frénésie passionnée que suscite ce roman -qui n’en est pas un- depuis le mois de février.
Selon une étude californienne : « sur les 241 patients lobotomisés dont les dossiers lui ont permis d'identifier le sexe, 85% étaient des femmes, alors que la population asilaire était alors majoritairement masculine. »
« La lobotomie n'est souvent que l'étape ultime d'un processus de négation de l'autre qui structure déjà les rapports familiaux. »












