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19 janvier 2026 1 19 /01 /janvier /2026 22:51

Marcie : Le point de bascule - Cati Baur - Dargaud - Grand format -  Librairie des femmes Paris

Marcie, à l’aube de ses cinquante ans, s’est toujours fait appeler Caroline, elle n’assumait pas son vrai prénom. Elle n’assumait pas grand-chose d’ailleurs... jusqu’au jour où, dans son entreprise, on lui « rend sa liberté ». Elevant seule sa fille Emma de 16 ans, elle est obligée d’accepter le premier boulot qu’on lui propose, à savoir, arrêter des gens dans la rue pour qu’ils répondent à un questionnaire. Mais Marcie a toujours rêvé d’être détective. Emma va l’inciter à sonner chez le détective Dulac pour se faire embaucher. Ce dernier daigne la prendre en stage : il s’agit de retrouver des chiens volés. Se sentant invisible depuis quelques années, Marcie excelle dans ce nouveau job jusqu’au jour où elle voit une femme se défenestrer. Persuadée qu’il ne s’agit pas d’un suicide, Marcie va enquêter et se révéler particulièrement perspicace.

Quel album charmant ! Au-delà d’une intrigue qu’on pourrait qualifier de facile et légèrement tirée par les cheveux, l’autrice accorde une belle place à ces femmes qui deviennent moins intéressantes parce qu’elles entrent dans un âge qui n’a plus rien d’attrayant, en apparence. Entre les bouffées de chaleur, la prise de poids, le manque de confiance en soi, la fatigue, les difficultés à suivre les nouvelles technologies, Marcie se sent dépassée. Elle a besoin d’une petite impulsion pour (re)devenir gaie, créative, colorée, vivante tout simplement. J’ai beaucoup aimé suivre ce duo mère-fille drôle et complice, j’ai trouvé cette vision de la femme en péri-ménopause particulièrement juste : une femme qui a passé sa vie à s’occuper des autres, en s’oubliant elle-même, et qui se retrouve bien souvent reléguée au second plan. Les traits simples, un brin enfantins et colorés de la dessinatrice m’ont plu aussi ; et ils évoluent de manière pertinente et cohérente au fil des planches. Donc, ne vous fiez pas à la couverture complètement ratée et lisez cet album tout doux et confortablement douillet. Bonne nouvelle : c’est le premier tome d’une série.

Marcie - Le point de bascule de Cati Baur

 

 

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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 12:47

Je me promets d'éclatantes revanches - Valentine Goby - Librairie Eyrolles

-   Une lecture intime de Charlotte Delbo  -

C’est le hasard et le nom de l’autrice qui m’ont fait choisir cette lecture dont j’ignorais le contenu.

Avec ce livre très court, Valentine Goby devient une sorte de messagère de Charlotte Delbo, elle tente de résumer une partie de sa vie, sa vision des camps d’extermination durant la 2nde Guerre mondiale et nous incite à découvrir cette autrice rescapée des camps nazis. Par le biais de Charlotte Delbo, elle évoque cette autre réalité qu’est Auschwitz, où les mots « faim » et « froid » ne prennent plus le même sens qu’ailleurs, où une autre langue, neuve, est à trouver. Auschwitz symbole d’une guerre qui en contient d’autres, toutes, celles passées, celles actuelles, celles hélas ! à venir. Auschwitz, une « perte sèche » ne fournissant qu’une « connaissance inutile ». Charlotte Delbo n’était pas juive, elle a été arrêtée en tant que résistante en même temps que l’homme qu’elle aimait, Georges, qui, lui, a été fusillé au Fort du Mont-Valérien en mai 1942. Dans les camps, elle a été désignée, choisie comme celle qui devait parler et raconter. Elle n’a cessé d’écrire de 1946 à 1985, année de sa mort.

                Une chose est sûre, Valentine Goby a gagné son pari de donner envie aux lectrices et lecteurs de lire Charlotte Delbo. Comme beaucoup sans doute, je connaissais ce nom sans l’avoir jamais lue autrement que par extraits. J’ai découvert ici une femme hors du commun qui est l’une des premières à avoir témoigné après la guerre, une femme qui a échangé, dans les camps, un morceau de pain, contre Le Misanthrope pour apprendre la pièce par cœur, une femme qui revendique le droit d’être heureuse et de vivre même après une telle expérience, une femme à la fois poétesse, dramaturge, essayiste et romancière qui a été l'amie et l'assistante de Louis Jouvet. La force de Delbo, son goût de la vie, son refus de porter le statut de victime, Goby nous les transmet et les restitue comme un présent précieux. Au-delà de cet hommage magnifique et admirable, l’autrice nous offre un texte poétique, inspirant et marquant. Il faut le lire !

-----     Coup de cœur     -----

Charlotte Delbo :

« Je suis revenue d’entre les morts

Et j’ai cru

Que cela me donnait le droit

De parler aux autres

Et quand je me suis retrouvée en face d’eux

Je n’ai rien eu à leur dire. »

 

« Incarner plus que soi-même, porter l’humanité en soi. »

« Elle est le paradoxe de l’écriture qui avive et anesthésie, la vie et la mort concomitantes ; la vie triomphe à la fin. »

« Apprendere, en latin, c’est saisir. Être en mouvement. Donc, adhérer à l’existence. Un verbe magnifique. Peut-être le plus beau que je connaisse. Danser, marcher, rire, moins que ça c’est n’être plus que biologiquement, et non consciemment, vivant. Charlotte Delbo aurait pu ajouter pleurer, crier, aimer, et même écrire – se mouvoir en paroles, toutes façons de projeter le corps dans le monde, de manifester sa porosité, de laisser son empreinte. Refuser l’inertie si semblable à la mort, qui injurie les morts. C’est tant de modestie, et tant d’exigence. »

Delbo Charlotte (les Editions de Minuit)

Avec ce superbe titre (issu d'une lettre adressée à Louis Jouvet en janvier 46) et ses 176 pages, je participe avec plaisir au challenge des Gravillons de l’Hiver de La petite liste.

D'autres Goby sur le blog : Un paquebot dans les arbres, Kinderzimmer, Banquises, L'île haute

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14 janvier 2026 3 14 /01 /janvier /2026 08:06

Baignades

Max et Laurence démarrent leurs vacances tant attendues au camping du Lac aux sables avec leur petite fille Charlie. A cinq ans, ils l’en envoyée se baigner nue dans le lac mais le propriétaire des lieux, Hank Simard, vient les houspiller et ordonne à la petite de s’habiller. Un autre couple prend leur défense, ils passent la soirée ensemble jusqu’à ce que ça dérape, Max frappe Paul et la petite famille quitte le camping. Mais il fait nuit noire et une tempête se déchaîne. La voiture se perd rapidement dans un bois, les difficultés à opérer un demi-tour contraignent Max à sortir du véhicule et il connaît la frousse de sa vie. De là, l’escapade tourne au cauchemar, la violence fait vriller les hommes et il n’est plus question que de survivre.

Ce qui est incontestable, c’est que le roman commence sur les chapeaux de roue ! Fi du plantage de décor et du dressage des portraits des personnages : on a super la trouille p.20, on meurt quelques pages plus tard. Le lecteur n’a pas le temps de se poser de questions qu’il se retrouve happé par une intrigue à rebondissements, abasourdi par la violence de certains personnages. Evidemment qu’on tremble d’abord pour Charlie, petite victime innocente, brinqueballée d’une scène d’horreur à une autre. Au-delà de l’histoire qui prend aux tripes, il y a la formidable écriture de cette Québécoise qui multiplie les expressions et les jurons locaux « saint simonaque, on est dans la marde, sacrant, calvaire, tabarnak »..., le style est vivant et visuel, quasi cinématographique. La seconde partie du roman ralentit la cadence en nous accueillant dans une demeure familiale au bord d’un lac, elle peut surprendre mais je l’ai tout autant aimée. On peut donc dire que c’est un coup de cœur de lecture !

Pas le temps de noter d’autres citations que ces jolies phrases :

« il va pleuvoir à boire debout »

« j’en ai mon ostie de voyage de toi. »

Dans le cadre d’une lecture commune que j’ai loupée de peu, Fanja l’a lu et aimé, Eimelle a été moins convaincue.

Rivière tremblante de la même autrice.

Je participe au challenge Un Hiver Polar chez Je lis, je blogue.

Logo du Challenge Un hiver polar 2025-2026

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11 janvier 2026 7 11 /01 /janvier /2026 11:44

Cet été là de Mariko Tamaki Jillian Tamaki

Comme chaque été, Rose et ses parents passent les vacances à Awago Beach, au bord du lac Huron. Elle y retrouve son « amie de vacances », Windy, qui habite juste à côté avec sa grand-mère. Rose est un peu plus âgée que Windy mais les deux filles ne se quittent pas, elles se goinfrent de bonbons, se baignent, font des concours d’apnée, espionnent les filles plus âgées et s’interrogent sur la sexualité, s’ennuient dans un écomusée dédié aux Hurons, louent des DVD de films d’horreur, parlent de leurs seins qui poussent -ou pas. On sent Rose très attirée par Dud, le gars de la boutique du coin, elle doit aussi composer avec des parents en conflits, désireux d’avoir un deuxième enfant. Et puis il y a Jenny, cette jeune fille qu’elle trouve vulgaire qui, d’après ce qu’elle a cru comprendre, est tombée enceinte de Dud. De quoi alimenter les commérages entre Rose et Windy.

Si le thème des vacances d’été a été si souvent traité par les bédéistes, cet album se distingue par sa subtilité en traitant avec finesse le passage si compliqué de l’enfance à l’adolescence. Rose a cette année de plus que Windy qui, elle, est restée dans le monde de la spontanéité et du jeu. D’apparence légère, ce bon gros album de 319 pages gagne en intensité au fil des planches et mêle intelligemment l’insouciance de Rose à une forme de gravité qui la rend plus adulte. La BD en noir et blanc, avec un graphisme proche de celui des mangas, aime à mimer les sons (des pas : crunch crunch, de la pluie : ticka ticka, de la valise trop lourde : thunk grunt) ; ces onomatopées ponctuent le texte, occupant presque autant de place que les dialogues. J’ai bien aimé cette lecture ni simpliste ni manichéenne. Les autrices ont bénéficié de l’appui de Craig Thompson qui parle ainsi de l’album : « Cet été-là avance en chancelant sur la ligne de faille de la pré-adolescence, quand la naïveté confortable de l'enfance s'estompe, laissant place aux sombres complexités de la vie adulte. J'ai adoré ce livre. »

Enfin, et j’en tombe de ma chaise : Cet été-là figure sur la liste des « dix livres les plus contestés » (Top Ten Most Challenged Books) de l'American Library Association (ALA), en 1re place en 2016 et en 7e place en 2018 concernant « le blasphème, les références sexuelles et certaines illustrations ». Selon l'ALA, le raisonnement pour l'interdiction comprend son utilisation de personnages LGBT (sur la planche reprise ci-dessous ???), l'utilisation de drogues (mais où???), le blasphème (mais où ???), et la sexualité explicite (même pas, les filles traitent les plus grandes de "salopes") [source : Wikipédia]. En plus d’être totalement infondé, c’est scandaleusement débile. Rien que pour cette raison, il faut lire cette BD !!

 Les autrices sont canadiennes et cousines, Mariko a écrit le scénario, Jillian l’a mis en dessins.

Merci aux copains à qui j’ai piqué la BD !

Cet été-là - BD, avis, informations, images, albums - BDTheque.com

 

"Je me rappelle qu'une fois, quand j'avais huit ans, on avait dû venir ici l'hiver pour un truc. Je ne sais plus quoi. Et j'étais très énervée parce que je ne voulais pas voir Awago sous la neige. Alors j'ai fait semblant d'avoir mal au ventre pour ne pas y aller. Je voulais garder cette image parfaite d'Awago dans mon esprit. Qui est, je suppose, une image d'Awago en plein été. Un peu comme aujourd'hui."

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8 janvier 2026 4 08 /01 /janvier /2026 20:57

La chair de sa chair - Claire Favan - Pocket - Poche - Place des Libraires

Moira n’a pas de chance dans la vie, mais alors pas de bol du tout : en couple avec Bo’ dont elle a eu un enfant à 16 ans déjà, elle se fait frapper par son compagnon, jusqu’au jour où son fils Peter la défend en poignardant son père. Bo va faire un séjour en prison pour avoir battu sa femme. Le second amoureux de Moira avec qui elle aura deux enfants, Nigel et Wendy, se suicidera dans la baignoire. L’horreur continue puisque la famille apprend que la petite Wendy est atteinte de la mucoviscidose... mais le pire reste à venir : Nigel, cet adorable petit garçon de huit ans, étouffe sa petite sœur avec un oreiller. Moira rejette ce fils meurtrier et se rassure en la présence de Peter, désormais ado, toujours serviable et présent pour sa mère, "un ange tombé du ciel pour alléger son fardeau". Le Dr Bruce Thomas suit Nigel dans l’institut qui tente de le soigner, son cas l’intéresse d’autant plus que le garçon est mutique sans paraître vraiment dérangé. Pour en savoir plus sur cette famille, il décide de suivre Moira dans son quotidien. Vient le moment où sa voiture emboutit la sienne et où la rencontre entre les deux provoquera des étincelles.

Pfff ... Heureusement que j’ai lu ce roman à une période où j’avais besoin de me reposer. Si l’écriture n’a vraiment rien d’extraordinaire, l’intrigue et les rebondissements se devinent cent pages en amont et les personnages sont peu cohérents pour la plupart, mal esquissés pour certains (Moira est une dinde et Bruce le mec parfait). Une mère frappée par des deuils et de nombreux drames qui sort tous les soirs ou un jeune ado bien plus futé qu’un psy, il faut avouer que ce n’est pas tellement crédible. Et j’aime bien être surprise quand je lis des polars, ce qui n’a pas été du tout le cas ici. Et la fin, oh, cette fin qui tape sur des casseroles pour faire du boucan et se veut tellement « roman noir ». Je ne sais plus chez qui j’avais repéré cette autrice mais je ne pense plus la lire. J’aurais au moins appris une chose : le nom des habitants de Chicago (pourquoi d’ailleurs s’évertuer, pour une autrice française, à situer son roman aux Etats-Unis ?), ce sont les Chicagoans. Voilà voilà...

Je participe au challenge Un Hiver Polar chez Je lis, je blogue.

Le super logo du challenge "Un hiver polar"

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5 janvier 2026 1 05 /01 /janvier /2026 08:15

Trois

   -   Découvert en livre audio  -

Ils sont trois inséparables : Nina, Etienne et Adrien. Leur nom de famille commence par la lettre B, est-ce cela qui les a rapprochés un jour de rentrée ? Toujours est-il qu’ils ne sont plus quittés, ont partagé tous les bons moments (la musique, les baignades, les glaces, le cinéma, ...) pendant des années jusqu’à la fin de l’adolescence qui a marqué une rupture nette et éloigné les trois. Nina est partie se marier, Adrien a écrit un livre à succès sous couvert d’anonymat et Etienne a vécu sa vie de bellâtre et décidé de devenir flic. Dix-sept ans plus tard, ils se retrouvent dans des circonstances dramatiques qui vont constituer un moment-clé de leur vie.

Le roman a connu un grand succès à sa sortie, un succès sans doute mérité. Si ce n’est pas mon genre préféré (le feel good), je dois admettre que j’ai aimé me replonger régulièrement dans cette écoute. Les personnages principaux sont attachants, le retour dans les années 80 puis 90 fait toujours plaisir et certaines thématiques sont traitées avec beaucoup de sensibilité et de subtilité.  Je reproche à l’autrice d’avoir voulu caser tous les sujets (la mort, la maladie, la quête d’identité, la perte d’un proche, et puis il y a le gros méchant...) et à la lectrice (François Cadol) une lecture un peu trop hachée et articulée à mon goût. Le roman reste très agréable, ne cumule pas les clichés et ne surfe pas non plus sur cette tendance nostalgique à dire que c’était mieux avant. De beaux moments d’écoute !

Avec les 672 pages de la version papier et ses 18h21d’écoute, je participe au challenge des pavés de Moka et je suis ravie d’être devenue une habituée du rendez-vous « Ecoutons un livre » chez Sylire.

   

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1 janvier 2026 4 01 /01 /janvier /2026 06:19

           L’heure du bilan lectures a sonné... le plus drôle (je souriais toute seule en le préparant), c’est que je me dis depuis quelque temps que je deviens plus difficile, plus exigeante en lectures. Hum... regardez la loooongue liste de mes coups de cœur de 2025 parmi les 108 titres lus, est-ce une année particulièrement riche en belles découvertes ? Ai-je eu beaucoup de chance ?

En romans :

Quatre jours sans ma mère de Ramsès Kefi

Dors ton sommeil de brute de Carole Martinez

Quitter la vallée de Renaud de Chaumaray

Le Livre de Kells de Sorj Chalandon

Eternellement l’été de Franziska Gänsler

Je pleure encore la beauté du monde de Charlotte McConaghy

Le Maître des insectes de Stuart Prebble

Les mains du miracle de Joseph Kessel

La Petite Bonne de Bérénice Pichat

Madelaine avant l’aube de Sandrine Collette

Au large de Benjamin Myers

Migrations de Charlotte McConaghy

Souviens-toi des abeilles de Zineb Mekouar

Pietra viva de Léonor de Récondo

Mater Dolorosa de Jurica Pavicic

Un avenir radieux de Pierre Lemaitre

Un voisin trop discret de Iain Levison

Les Guerriers de l’hiver d’Olivier Norek

Traverser les montagnes et venir naître ici de Marie Pavlenko

Stella et l’Amérique de Joseph Incardona

Ta promesse de Camille Laurens

Le Silence des repentis de Kimi Cunningham Grant

Le Temps d’après de Jean Hegland

 

En BD :

Pigments de Marc Azéma, Prudhomme, Baudoin, Davodeau, Rabaté, Troubs, Cruchaudet et Guibert

Japorama de Marco Reggiani et Sabrina Ferrero

La Cuisine des Ogres de Fabien Vehlmann et Jean-Baptiste Andreae

Il était une fois l’Amérique de Catherine Mory et Jean-Baptiste Hostache

Palmer dans le rouge – Une enquête en bord de Médoc de René Pétillon et Manu Larcenet

1984 de Georges Orwell – adapté par Matyas Namai

Deux filles nues de Luz

Habemus Bastard de Sylvain Vallée et Jacky Schwartzmann

L'incroyable histoire de la littérature française de Catherine Mory et Philippe Bercovici

Bobigny 1972 de Marie Bardiaux-Vaïente et Carole Maurel

La Lune est blanche de François et Emmanuel Lepage

Ulysse et Cyrano de Stéphane Servain, Xavier Dorison et Antoine Cristau

 

En livres audio (j’ai enfin renoué avec l’écoute des romans, quel bonheur !) :

L’Inconnue du portrait de Camille Peretti

Le Livre de Kells de Sorj Chalandon

Vu le peu de succès de mes billets consacrés au théâtre, je ne pense plus chroniquer mes lectures de ce genre, sauf exception. Je consacre beaucoup de mon temps à la lecture, il est possible que cela change en 2026 pour réaliser certains projets mais comme c’est complètement nécessaire à ma survie 😊 je m’interroge encore.

En m’inspirant de quelques titres de la liste indécente de mes coups de cœur,

je vous souhaite quatre trimestres radieux 

Le cran de traverser des montagnes

Et le temps de pleurer la beauté du monde.


Belle année 2026 !

 

 

(celle et ou celui qui trouve l'origine de ma photo gagne ... ma plus grande estime)

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27 décembre 2025 6 27 /12 /décembre /2025 23:16

L'Assommoir

Je continue à avancer à un train de sénateur dans le vaste cycle des Rougon-Macquart jusqu’au septième tome (toujours dans l’ordre).

Gervaise Macquart, blanchisseuse venue de Plassans, et Auguste Lantier vivent ensemble avec leurs deux enfants, Claude et Etienne, dans le quartier de la Goutte d’Or. Lantier est volage et finit par s’en aller, abandonnant Gervaise et les garçons. Celle-ci se laisse amadouer puis séduire par Coupeau, un ouvrier zingueur attentionné et travailleur. Le jeune ménage se marie et connaît quelques années de bonheur, allant jusqu’à ouvrir une blanchisserie où Gervaise règne en patronne tolérante. Un accident (une chute) change Coupeau qui garde « une sourde rancune contre le travail » et préfère aller boire une goutte à L’Assommoir. Gervaise se démène comme elle peut avec un mari ivrogne qui ne rapporte plus guère de sous à la maison et une fille, Nana, « vaurienne finie » dès son plus jeune âge. Elle tombe elle aussi progressivement dans la déchéance et se réfugie dans l’alcool pour oublier la misère de son quotidien.

C’est un roman que j’avais déjà lu et que j’ai redécouvert avec grand plaisir. Je trouve que la première moitié du roman constitue le summum de l’art zolien, c’est en tous cas tout ce que j’aime. La scène du lavoir lorsque Gervaise, jalouse, se bat avec Virginie, les noces Gervaise/Coupeau ou encore la fête de Gervaise bien installée dans sa boutique et jouant à la petite bourgeoise sont des passages saisissants à la fois réalistes et burlesques. La seconde partie emmène le lecteur dans la misère quotidienne des prolétaires d’un Paris en pleine transformation. Des grands travaux dont les plus pauvres se moquent éperdument, pris, étouffés dans la spirale du poison qu’est l’alcool. Gervaise, après avoir été l’héroïne, devient l’anti-héroïne. J’avais oublié à quel point Nana est déjà bien dessinée dans ce tome, préparant déjà son titre éponyme. J’avais aussi oublié Goujet, un personnage honnête et amoureux de Gervaise qui aurait pu la sauver quand elle était dans un état de décrépitude avancé. Mais le dénouement tragique est annoncé depuis des dizaines de pages et quand Gervaise va jusqu’à vendre son lit en pièces détachées, le lecteur sait qu’il n’y aura plus d’issue heureuse. Pathétisme et épique sont au rendez-vous pour évoquer cette classe ouvrière oubliée.  

La noce de Gervaise et Coupeau se rend au Louvre (un peu par hasard) : « Peu à peu, pourtant, le bruit avait dû se répandre qu’une noce visitait le Louvre ; des peintres accouraient, la bouche fendue d’un rire ; des curieux s’asseyaient à l’avance sur des banquettes, pour assister commodément au défilé ; tandis que les gardiens, les lèvres pincées, retenaient des mots d’esprit. Et la noce, déjà lasse, perdant de son respect, traînait ses souliers à clous, tapait ses talons sur les parquets sonores, avec le piétinement d’un troupeau débandé, lâché au milieu de la propreté nue et recueillie des salles. »

La fameuse oie de la fête de Gervaise : « Et il y eut une rentrée triomphale : Gervaise portait l’oie, les bras raidis, la face suante, épanouie dans un large rire silencieux ; les femmes marchaient derrière elle, riaient comme elle ; tandis que Nana, tout au bout, les yeux démesurément ouverts, se haussait pour voir. Quand l’oie fut sur la table, énorme, dorée, ruisselante de jus, on ne l’attaqua pas tout de suite. C’était un étonnement, une surprise respectueuse, qui avait coupé la voix à la société. On se la montrait avec des clignements d’yeux et des hochements de menton. Sacré mâtin ! quelle dame ! quelles cuisses et quel ventre !»

Son Excellence Eugène RougonLa Faute de l'abbé Mouret, La Conquête de Plassans, Le Ventre de Paris, La Curée, La Fortune des Rougon.            

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24 décembre 2025 3 24 /12 /décembre /2025 10:23

La 12e édition de « 13 à table ! » est disponible ! | Les Restos du Cœur

Tout le monde connaît désormais ce recueil qui, grâce à son achat, permet de distribuer cinq repas aux Restaurants du Cœur. Le thème du recueil de cette année est « Quelle bonne idée ! »

Philippe Besson enferme une bande de copains dans une grotte interdite d’accès. Michel Bussi livre une métaphore intéressante d’un génocide à l’échelle des chats errants qui deviendraient une plaie dont il faut se débarrasser.  Mireille Calmel nous invite au XVIIIe siècle à découvrir des projets caritatifs à la veille de la Révolution française. Avec Sandrine Collette, Marthe, une nourrice, une de ces mères de lait qu’on embauchait dans les familles riches pour nourrir et élever son enfant, a une idée de génie. Chez Henri Loevenbruck, deux ados se livrent à une guérilla un peu particulière, celle d’envoyer dans le quartier des bombes de graines de coquelicot, de bleuet, de thym sauvage et de trèfle. Alexandra Lapierre nous emmène sentir un parfum particulier qui aurait le pouvoir d’attirer hommes et femmes.

Allons-y franchement : j’ai été déçue par la plupart des nouvelles. Je vous ai présenté celles que j’ai le plus appréciées (celle de Sandrine Collette arrive en tête) mais certaines m’ont laissée perplexe et m’ont fait soupirer : Raphaëlle Giordano, Valérie Perrin ou Lorraine Fouchet (entre autres) donnent l’impression d’un travail bâclé. Le texte est plat, l’intrigue sans aucun intérêt et le tout aurait pu être écrit par un très bon collégien. Agnès Martin-Lugand ne s’est pas plus foulée pour le titre de sa nouvelle (« Quelle drôle d’idée... ») que pour le contenu, prévisible, convenu, d’une banalité affligeante. Si je me demandais déjà l’an dernier comment font les auteurs pour écrire un texte sur commande avec une thématique imposée (dans un temps assez court, j’imagine), je me dis cette année que la chose ne devait finalement pas être si difficile que ça vu la médiocre qualité de certains textes. Ah, la couverture réalisée par Catherine Meurisse est sympa. Mais, avec la présentation de l’auteur avant la nouvelle, la mention de son dernier bouquin, c’est un coup de pub énorme j’imagine. Dommage.  Pour ne pas terminer sur une note ronchonne, je vous partage quelques photos de Strasbourg en décembre et surtout...

... je vous souhaite de Très Belles Fêtes de Noël

 

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 14:28

Seul dans berlin - Hans Fallada - Folio - Grand format - Librairie  Gallimard Paris

En mai 1940, à Berlin, on fête la capitulation de la France. Mais rue Jabonski, dans un immeuble modeste, les Quangel n’ont pas le cœur à rire puisqu’ils viennent d’apprendre que leur fils unique est mort à la guerre. La colère les submerge d’autant plus que l’usine de meubles où travaille Otto, le père, est désormais destinée à la fabrication du matériel militaire et la délation de ceux qui ne suivent pas le mouvement du parti nazi est vivement encouragée. Dans le même immeuble, la vieille Mme Rosenthal, une Juive, constamment moquée, n’a plus de vie digne de ce nom : en son absence, des voisins pillent son appartement. Chez les Persicke, le Führer est adoré et admiré et le plus jeune des frères, Baldur, a déjà tout compris à l’idéologie nazie qu’il applique avec un zèle cruel. En signe de résistance, Otto Quangel décide d’écrire des cartes postales contre le Führer et de les déposer, régulièrement, dans ces cages d’escalier ou des couloirs d’immeubles, un peu partout à Berlin. Sa femme l’accompagne dans ce geste ô combien dangereux. Deux années passent sans que celui appelé le « Trouble-fête » par la Gestapo soit repéré mais la chance va tourner.

J’ai découvert avec grand plaisir un auteur allemand qui est un peu le Zola du pays. Si j’ai d’abord été un peu frustrée de ne pas découvrir une vraie résistance antinazie (Primo Levi a pourtant qualifié le roman ainsi : « l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie »), je pense avoir compris ce que voulait exprimer Hans Fallada. Les rares tentatives d’opposition au Parti ont été étouffées dans l’œuf avec une grande violence et ce n’est pas forcément par haine de l’autre que les Allemands ont suivi le régime d’Hitler mais par peur, dans une « atmosphère de trahison perpétuelle ». Le couple Quangel est admirable de persévérance et de courage, les deux ont risqué leur vie pour un acte qui paraît tellement dérisoire, déposer des cartes avec un message contre Hitler. Les « petites gens » sont à l’honneur  et décrits avec une grande justesse et un réalisme saisissant : entre le fainéant qui vit chez différentes maîtresses, le couple d’amoureux qui s’en veut de rester inactif face à au nazisme, le commissaire de la Gestapo puni d’avoir été incompétent, le pantin ridicule balloté d’une histoire sordide à l’autre, le pasteur en prison qui se montre charitable à sa façon... et tout de même tous ces autres Allemands décrits comme des suiveurs, incapables de faire preuve de bon sens ou d’humanité. Le roman mêle les tonalités, du pathétique au burlesque en passant par le satirique et le mélodramatique, Hans Fallada sait maintenir son lecteur en haleine. Je ne vous cache pas que si la lecture a été passionnante, elle n’en demeure pas difficile au sens où (ici comme ailleurs), l’incompréhension demeure devant l’absurdité des horreurs commises durant cette période. Ma lecture de ce pavé s’est faite lors d’un séjour à Berlin et je me demande toujours et encore où et comment vivent ces anciens nazis et enfants de nazis...

Ecrit en 1947, l’année de la mort de l’auteur, le roman s’inspire des Hampel, un couple qui a effectivement déposé des tracts sous forme de cartes dans les lieux publics. Le roman n’a été traduit en anglais qu’en 2009.

Avec ses 555 pages, je peux participer au challenge des pavés de Moka et c’est mon premier pavé hivernal !

« l’essentiel, c’est que nous soyons autres que tous ceux-là, que nous n’en arrivions jamais à être et à penser comme eux. Nous ne serons jamais des nazis, même si les nazis conquièrent le monde entier. »

« tu devrais savoir que l’important, ce n’est pas qu’on lutte à quelques-uns seulement contre la masse. Quand on a compris de quel côté se trouve la bonne cause, il faut lutter pour elle. Que le succès soit pour toi, ou pour celui qui t’a remplacé, c’est tout à fait secondaire. Je ne peux pas me croiser les bras en me contentant de dire « Ce sont des salauds, mais ça ne me regarde pas. »

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