
Cette lecture m’a permis de sortir un des nombreux rejetons de ma PAL (qui étouffe !)
La famille Mara est une famille plutôt épanouie : la mère, Madeline, est cheffe sapeur-pompier, elle sauve régulièrement des vies, elle a même contribué à la défense de Notre-Dame de Paris. Elle a un fils aîné, Michael, ado une peu rebelle et fainéant, d’une première union. Avec Christian, elle est parent d’Eliot, garçonnet peureux qui a une imagination galopante et une adorable fillette, Anna. Madeline et Christian sont très amoureux. Le père de famille embarque les siens dans un nouveau logement qui a tout pour être original puisqu’il se situe dans un cimetière. En effet, Christian est devenu conservateur de cimetière, et il faut dire qu’entre le calme de l’endroit et les activités de jardinage, ça lui convient très bien. Les premiers temps sont plutôt agréables : Madeline apprécie d’être passée d’un minuscule appartement à une vaste maison où elle ressent paix et sérénité. Mais les choses se gâtent en automne : l’humidité s’installe partout, Anna ne fait que tousser et Christian devient obsédé par une nouvelle passion : la peinture de/sur moisissures. Les relations entre les membres de la famille se détériorent et l’étrange s’immisce petit à petit dans cette maison de plus en plus glauque.
Pas véritablement polar, pas véritablement roman noir ; c'est justement cette ambiguïté du genre qui m’a plu. J’ai aimé entrer dans cette famille à la fois ordinaire et exceptionnelle et la voir évoluer dans cet endroit si particulier qu’est un cimetière a su capter mon attention. Si je partais avec un a priori négatif (on ne se refait pas) l’écriture de cette autrice que je découvre ici m’a plu - à la fois simple et imagée, poétique par endroits. Le roman s’ancre également dans la réalité et l’actualité, des réflexions pertinentes sont faites au sujet des pompiers qui expriment leurs revendications mais aussi par rapport à cette enfant bosniaque éduquée pour faire les poches des touristes à Paris. Les personnages sont bien dessinés, l’autrice fait monter la tension petit à petit et même s’il n’y a pas d’éclat ou d’acmé complètement inouï, si le roman n’est pas si noir que ça, cette lecture m’a tout à fait convenu en ce mois de janvier très froid.
« La nuit, parfois, Anna se levait pour contempler à la fenêtre de sa chambre cette brume étrange qui montait comme une vague à l'assaut des tombeaux. Elle imaginait alors toutes sortes de petits êtres qui grouillaient dessous : fées-scolopendres, elfes-araignées, licornes-chauve-souris... Un autre monde se déployait là pour elle. Une armée fascinante et dégoûtante. Ce n’était pas une brume ordinaire, mais un nuage vaporeux dont elle enveloppait ses songes. Puis elle se retirait sans que l'on sache d'où elle venait ni où elle allait. De quoi épaissir le mystère et précipiter la fillette pieds nus dans la chambre des parents pour réclamer un verre de lait. »
« Madeline avait tort de s'inquiéter. Ce job était la meilleure chose qui puisse lui arriver. Il n'éveillait pas seulement sa créativité et son empathie pour ceux qui chaque jour lui abandonnaient leur chagrin dans cette pièce exiguë, racontaient leur malheur d'une perte qui ravageait tout, jusqu'à l'inconcevable, il opérait sur lui en profondeur. Dorénavant, Christian connaissait les tenants et les aboutissants de l'existence, son début et sa fin. Et cette prescience lui donnait les pleins pouvoirs. »
« Il se releva pour aller prendre un rouleau à peindre et le bac chargé de peinture acrylique diluée. Agenouillé sur la toile, il commença par badigeonner l'intérieur du rectangle d'une première couche d'un noir profond, sans trop insister pour que la couleur ne soit pas uniforme. Une ombre l'empêchait de bien voir ce qu'il faisait ; Christian s'était mal positionné par rapport à l'éclairage. Il se redressa en gémissant. Les muscles de ses cuisses et de ses épaules frémissaient de fatigue. La faim l'étourdissait sans doute aussi, mais il ne ressentait pas le besoin de se nourrir. Il passa de l'autre côté de la toile et se remit à l'œuvre. Pour la deuxième couche, il utilisa l'acrylique directement sortie du tube. Sous le rouleau, la matière lisse et onctueuse s'étirait, réfléchissait à la lumière. »
Après discussion avec Alexandra au sujet du genre de ce roman, la cheffe valide et j'ai le droit de participer au challenge Un Hiver Polar chez Je lis, je blogue.












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