
De la préhistoire à aujourd’hui : comment ces notions d’école et d’éducation ont-elles évolué ?
De la préhistoire, on ne sait pas grand-chose à part qu’on apprenait en observant et en imitant.
Dans l’Antiquité, druides et bardes étaient chargés de l’éducation chez les Gaulois ; chez les Romains, l’école était un lieu d’agréable repos qui s’opposait aux rudes préoccupations quotidiennes, le mot vient d’ailleurs du grec scholê (schola en latin) qui signifie « loisirs, repos, cessation des fatigues physiques ». On s’en doute, l’éducation n’était pas la même pour les filles et les garçons et les châtiments corporels étaient courants.
Au Moyen-âge, l’éducation tout sauf laïque se passe surtout dans des monastères. Charlemagne n’a pas inventé l’école, il l’a surtout restaurée, notamment en transformant l’écriture avec la « caroline ». Les « arts libéraux » (= la grammaire, la rhétorique, la géométrie, l’arithmétique, la musique, l’astronomie et la logique) continuent à être enseignés, les professeurs doivent passer une « licence d’enseignement » et à la fin du XIIe siècle naissent les premières universités occidentales qui attirent aussi des étudiants d’autres pays européens qu’il faut héberger dans des « collèges ». Le riche donateur Robert de Sorbon est à l’origine de la Sorbonne. Le Moyen-âge est si vaste qu’il n’a pas toujours été égal et si les femmes ont parfois (non : souvent) été mises de côté, elles ont aussi appris à exercer des métiers d’hommes comme maréchale-ferrant, orfaveresse ou chevaleresse. Christine Pisan est à connaître, la première femme à vivre de sa plume, engagée, féministe, combative.
Deux faits majeurs à la Renaissance et sous l’Ancien Régime : l’invention de l’imprimerie et la montée du protestantisme ; Luther souhaitait que chacun puisse lire la Bible. C’est Jean Standonck, au collège de Montaigu qui imagine pour la première fois des classes de niveau (de la 8e à la 1ère) avec des examens pour passer d’une classe à l’autre mais aussi des cours de sport et des récréations. Erasme a dénoncé la sévérité de l’homme et Rabelais la saleté de l’endroit (un « collège de pouillerie »). Au collège des Jésuites, on innove en instituant un emploi du temps et des programmes.
Au XVIIe siècle, une sorte de science de l’éducation voit le jour avec des ouvrages organisant, structurant et harmonisant les pratiques dans les différentes écoles. Il n’y a toujours pas (et surtout pas !) de mixité. Évidemment, moins d'écoles pour les filles avec des classes toujours surchargées (jusqu’à 100 élèves par classe !) et une éducation essentiellement morale et religieuse. (chez les Ursulines ou à l'école de Saint-Cyr fondée par Madame de Maintenon.)
Au XVIIIe siècle, l’enseignement s’ouvre peu à peu vers le français (le latin était toujours majoritairement enseigné) mais aussi vers les techniques ou les arts. Si Rousseau a connu du succès auprès de Montessori ou Freinet, à son époque, ses préceptes n’ont pas plu. Condorcet, lui, envisage un enseignement gratuit, laïque, ouvert aux filles et aux garçons et organisé en cinq degrés. Sur le papier, c’est très proche de ce qu’on connaît aujourd’hui mais dans la réalité, la plupart des élèves ne vont pas au-delà de l’école primaire et il n’existe alors que neuf lycées sur tout le territoire. Pierre Daunou et Joseph Lakanal innovent avec les écoles centrales plus tournées vers les sciences, moins vers les langues anciennes. Si les femmes ont activement participé à la Révolution, en matière d’éducation, les avancées sont limitées, les hommes de la Révolution estimant qu’il n’est pas vraiment nécessaire d’éduquer les filles.
Au XIXe siècle, si avec Napoléon, on a fait marche arrière sur certains points, on lui doit la division du pays en académies et le bac. On établit désormais une école dans chaque commune et, « pour la première fois, on demande au maître de posséder un brevet de capacité pour enseigner. » La « méthode mutuelle » empruntée aux Anglais place les meilleurs élèves en tant que « moniteurs » mais l’expérience est critiquée et rapidement abandonnée. François Guizot, ministre de l’Instruction Publique, généralise les écoles normales pour former les futurs maîtres et met en place des inspecteurs. Pendant plusieurs décennies, certaines ministres réclament une école gratuite et obligatoire... en vain. Sous la IIIe République, Jules Ferry mais aussi Jean Macé et Edouard Vaillant vont enfin contribuer à rendre l’école laïque, gratuite et adressée aussi bien aux garçons qu’aux filles. L’orphelinat de Cempuis dirigé par Paul Robin de 1880 à 1894 est un modèle de modernité (mixité, athéisme, ...). C’est le 28 mars 1882 que la loi rendant l’instruction obligatoire et laïque est votée. (les riches craignent de côtoyer les pauvres, les hommes pensent que les femmes ne leur cuisineront plus...). Il y a une école pour les garçons et une école pour les filles et ce n’est pas le même enseignement.
Au début du XXe siècle, on fait encore une nette différence entre pauvres et riches mais les « Compagnons de l’Université nouvelle » œuvrent pour une école unique. Les deux guerres auront des répercussions sur l’école, développant une « Pédagogie de guerre » (prônant la haine de l’Allemand notamment) pour la Première et de vraies régressions sous Pétain pour la Seconde. En 1975, René Haby obtient le « Collège unique » et en 1959, on prolonge la scolarité jusqu’à 16 ans.
Au XXIe siècle, on ne cesse de remettre en cause l’enseignement tout en dévalorisant le professeur qui dégringole du piédestal sur lequel il s’était installé depuis quelques siècles. Si la fessée est interdite et si on parvient à prouver les effets néfastes de la menace, de la punition, du stress sur le cerveau d’un élève, on n’épargne pas les étudiants dans le supérieur (ça c’est moi qui le dis). Les stéréotypes ont la vie dure mais les filles réussissent désormais mieux leur bac que les garçons et sont légèrement plus nombreuses à faire des études supérieures.
Je crois que je n’ai jamais lu une BD aussi dense !! Forte de ses 260 pages, dense et ambitieuse, elle délivre tellement d’informations que c’en est étourdissant ! J’ai évidemment beaucoup appris mais j’ai dû fractionner ma lecture et j’ai finalement mis des mois à en venir à bout. Je pense que les auteurs auraient vraiment gagné à élaguer certains propos ; se rajoutent à cela, des caractères assez petits qui sont d’autant plus inconfortables à lire quand ils se rapprochent de la jonction des pages (j’ai appris que ça s’appelait la gouttière). Ce qui est très appréciable, ce sont les rappels réguliers de la situation des filles, toujours sous-estimées et lésées, voire oubliées en ce qui concerne l’école. Malgré la densité de notre album, j’aurais aimé de petites incursions dans d’autres pays en matière d’éducation mais on ne reste qu’en France. Les dessins d'Eva Rollin apportent couleur, gaité et humour aux propos documentés de l'auteur, Jean-Yves Seguy, maître de conférences émérite en Sciences de l'Education à Saint-Etienne. Voilà en tous cas un domaine bien complexe qui a souvent été en souffrance et l’est aussi aujourd’hui.
Au XIIIe siècle : « Pour l'écrivain, diplomate, poète, juriste et pédagogue Philippe de Novare, il ne faut pas permettre aux jeunes filles d'accéder à la lecture, sauf si elles veulent devenir religieuses. Sinon, elles pourraient lire les billets d'amour que leur adressent les jeunes hommes. »
Le baccalauréat : « baie de laurier », de « bacca laurea »
J’avais lu, gamine, Le Tour de la France par deux enfants : succès phénoménal, c’est un manuel de lecture mais aussi un « outil de découverte de l’histoire, de la géographie, des sciences... avec un objectif primordial : connaître la patrie pour mieux la servir ! ». On découvrit que l’auteur « G. Bruno » était en réalité une femme, Augustine Fouillée qui avait « dû quitter un mari violent et vivait en concubinage avec Alfred Fouillée, maître de conférences à l’Ecole normale supérieure... à une époque où le concubinage n’était pas vraiment accepté. »
Dans le genre BD documentaire : L'incroyable histoire de la littérature française, Il était une fois l'Amérique, Mes hommes de lettres.
Merci à T. et H. pour ce joli cadeau, très instructif !
