
Lola Stein, surnommée Lol, a été une enfant discrète, elle aimait danser sous le préau, seule avec son amie Tatiana. A 19 ans, elle rencontre Michael, ils se fiancent et, à quelques semaines du mariage, ils se rendent au grand bal du Casino municipal. Michael dansera une dernière fois avec Lol avant de tomber amoureux d’Anne-Marie, beaucoup plus âgée que lui. Les deux vont danser toute la soirée avant de fuir. Cette trahison va enfermer Lol dans un mutisme et un isolement qui feront craindre la folie, puis la jeune femme va se marier – soudainement - avec Jean Bedford, et déménager dans une autre ville, loin des ragots de ce fameux soir de bal. Dix ans plus tard, elle revient dans sa ville d’enfance, retrouve une Tatiana mariée qui a pour amant Jacques Hold. Ce dernier se laisse immédiatement fasciner par Lol et cet intérêt est réciproque. Lol va jusqu’à épier les deux amants par leur fenêtre de chambre d’hôtel. Pour Jacques, il s’agit de reconstituer les pièces du puzzle de la vie de Lol.
Quel étrange roman ! Il faut comprendre que Jacques Hold, l’amant de Tatiana, est le narrateur, et, comme il ne sait pas tout de cette Lol qui l’intrigue tant, il lui invente des pans d’histoire et des réactions, multiplie des hypothèses pour nous rendre cette femme un peu plus tangible. En réalité, elle va rester évanescente, comme figée dans son statut de femme bafouée et traumatisée par cette histoire de bal. J’ai eu l’impression d’avoir à faire à une infirme avec qui les autres prennent sans cesse des précautions et qui pourtant, parle de « bonheur » ; c’est le fameux « gai désespoir » durassien. L’écriture, complexe et parfois obscure, se laisse difficilement apprivoiser, on ne lit pas ce roman comme on en lirait un autre. Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre elliptique, mystérieux et fragmentaire ... il m’a laissée de marbre. Cette légèreté apparente associée à une forte psychologisation de cet abandon au bal a créé chez moi un sentiment d’agacement voire de répulsion. Heureusement que j’ai apprécié tous les autres titres lus : L’Amant, Un barrage contre le Pacifique, Moderato Cantabile, La douleur.
Avec ce titre, je participe au challenge de Moka, les classiques c’est fantastique avec pour thème, ce mois-ci, la trahison.

« Ainsi Lol fut mariée sans l'avoir voulu, de la façon qui lui convenait, sans passer par la sauvagerie d'un choix, sans avoir à plagier le crime qu'aurait été, aux yeux de quelques-uns, le remplacement par un être unique du partant de T. Beach et surtout sans avoir trahi l'abandon exemplaire dans lequel il l'avait laissée. »
N’est-ce pas très clair ? « De nouveau, sagement, Lol danse, me suit. Quand Tatiana ne voit pas je l’écarte un peu pour voir ses yeux. Je les vois : une transparence me regarde. De nouveau je ne vois pas. Je l’ai plaquée contre moi, elle ne résiste pas, personne ne nous remarque je crois. La transparence m’a traversé, je la vois encore, buée maintenant, elle est allée vers autre chose de plus vague, sans fin, elle ira vers autre chose que je ne connaîtrai jamais, sans fin. »
