
Début du XIXe siècle. John Cyrus Bellman est un fermier qui vit seul avec sa fille de dix ans, Bess, en Pennsylvanie, depuis la mort de sa regrettée épouse. Bellman veut partir : il sait que des « ossements colossaux » ont été découverts dans l’Ouest et il est persuadé être capable de dénicher des « créatures titanesques ». Bess, sa fille, se voit confier à Julie, la sœur de Bellman, qui voit cette expédition d’un mauvais œil. L’aventurier, au cours de sa traversée qui va durer plusieurs années, est rarement pris au sérieux, mais il s’obstine à poursuivre son obsession. Il finit par se faire accompagner d’un jeune Shawnee appelé « Vieille Femme de Loin » qu’il paye en lui donnant des vêtements ayant appartenu à sa femme. Le périple reste dangereux, les hivers sont froids et la nourriture se fait rare. Bess, de son côté, devient une belle jeune femme qui s’ennuie : elle n’a pas le droit d’aller à l’école, elle participe aux tâches domestiques, s’occupe des mules et des bardots de la propriété et joue seule aux dames. Elle attire les regards concupiscents du vieux voisin, mais son esprit n’est préoccupé que par un hypothétique retour de son père.
J’ai lu un bon nombre de critiques faisant l’éloge de ce roman, et, passées les premières pages, je me demandais quelles pouvaient bien être les qualités vantées. J’ai finalement apprécié cette lecture. Une écriture simple et sobre amène le lecteur à réfléchir sur le sens de la vie, à travers ce héros qui ressemble plutôt à un anti-héros se battant contre des moulins à vent. J’ai regretté que Bess, sous des allures d’une Pénélope passive, attende dans sa ferme sans agir réellement. J’ai apprécié certaines images, notamment la fin ou encore celle du jeune Indien qui se couvre des habits de la veuve de Bellman avec une sorte de grâce et d’élégance absurdes. Un (trop court?) roman qui allie le road trip d’un père égoïste et le récit d’apprentissage d’une adolescente qui subit les lubies de son père. Un livre agréable mais dispensable.
Bess qui espère tellement le retour de son père : « Demain, si elle réussissait à rejoindre la maison depuis la pompe sans verser une seule goutte d'eau par-dessus le rebord du seau, cela signifierait que son père était en bonne santé. Si les fleurs blanches de l'aubépine fleurissaient avant mai, cela voudrait également dire qu'il était sain et sauf. Et si sa tante Julie était de mauvaise humeur au réveil, cela voudrait dire qu'elle serait de retour avant l'anniversaire de Bess. »
« Il commençait à se dire qu'il avait peut-être brisé sa vie en se lançant dans ce périple, qu'il aurait dû rester chez lui avec le petit et le familier, plutôt que de s'aventurer ici dans le grand et l'inconnu. Il lui arrivait désormais de s'arrêter pour regarder autour de lui les rochers aux contours fantastiques et les herbes frémissantes, et de se demander par quel prodige il s'était retrouvé dans un endroit pareil. Par moments, des volutes de vapeur jaillissaient des entrailles de la terre et s'élevaient en tourbillons ; les riches plaines alentour scintillaient et ondulaient comme l'océan au pied des roches ciselées. »













