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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 21:36

19, River Street - Laure Rollier - Éditions Récamier - Grand format -  Librairie Gallimard Paris

 

Maddie est une psychologue qui reçoit ses patients dans sa maison, une villa bourgeoise de Seattle héritée de ses parents. Maddie a perdu une petite fille de quatre ans, Josephine, disparue sur un bateau, La Dernière Danse, lors d’une virée sur l’océan avec son ex-mari et leur petit garçon Marcus. Onze ans plus tard, c’est un choc pour Maddie quand elle reçoit un message sur le pare-brise de sa voiture : « Je sais ce qu’il s’est passé sur La Dernière Danse. Joséphine est en vie. Demain – 22 heures. Venez seule. » Gabriel, lui, est un écrivain à succès et il peine à terminer son roman tout en vivant chez Maddie dont il ne connaît, dans un premier temps, rien de sa vie. Il va l’accompagner lors de ce mystérieux rendez-vous mais va aussi en apprendre davantage sur elle. Son histoire à lui se dévoile petit à petit : il a rencontré le grand amour, Kara, qu’il a suivie en Afrique avant de découvrir qu’il était un enfant adopté. Maddie cherche sa fille tandis que Gabriel cherche sa vraie mère.

Alors que je lisais il y a peu un thriller psychologique de mauvaise facture qui peut tomber dans les oubliettes, je suis tombée ici sur un des meilleurs du genre. Avec un pouvoir addictif des plus élevés, ce roman nous emporte dans deux histoires et, dès les premières pages, nous pétrifie dans un mystère épais comme un brouillard auquel vont s’ajouter d’autres énigmes. Les personnages ont été rapidement mais efficacement esquissés, la tension grandit au fur et à mesure des rebondissements et on ne lâche pas le bouquin. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, mais l’intrigue est remarquablement bien ficelée, et je mets quiconque au défi d’en percer les clés. Une très belle surprise pour une lecture détente qui fait vraiment du bien et vide la tête. (idéal pour un long trajet en train, en voiture, ... promis !)

« J'ai tout fait pour pousser Paul à me quitter après la disparition de Josephine. Il me rendait dingue. Je n'arrivais pas à comprendre qu'il puisse se lever chaque matin, aller travailler comme si de rien n'était et rentrer à la fin de sa journée en demandant à Marcus s'il avait eu de bonnes notes en maths. J'avais envie de le gifler. De lui hurler dessus. Rien que sa présence me hérissait le poil. »

Avez-vous déjà lu cette autrice ?

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23 mai 2026 6 23 /05 /mai /2026 10:38

Merveilleux de Cookie Kalkair - Decitre

Juillet 2016, Cookie arrive en trombe au CHU de Bordeaux depuis le Canada où il vit, son père a fait un AVC. Il retrouve Lou, sa demi-sœur, puis sa belle-mère. Le père n’est plus en danger mais il a perdu l’usage de la parole et son bras droit ne répond plus. Alors que la belle-mère s’éloigne petit à petit de ses responsabilités, frère et sœur se démènent pour aider, seconder, accompagner ce papa devenu difficilement indépendant. Les seules paroles qu’il prononce sont « Très bien, à la fin. Merveilleux » quel que soit son état d’esprit. Une rééducation ne l’amènera qu’à gagner deux nouveaux mots par an. Cookie et sa compagne vont devoir faire des choix, finalement ils vivront à Barcelone et le père les accompagnera pour habiter un petit appartement pas loin de chez eux. Avec pour plaisir quotidien de fumer son cigare tous les soirs sur la plage.

Encore une BD sur la vieillesse et la maladie ! C’est vrai, pourtant celle-ci se démarque par son humour et la tendresse pour ses personnages. Le ton est juste, jamais larmoyant. L’auteur a préféré insister sur les moments joyeux de cette situation inédite, sur la complicité touchante entre son petit garçon Léon et le grand-père, sur la combativité de sa demi-sœur qui, à 16 ans, se montre plus dévouée et plus mûre que sa mère, ou encore sur les instants loufoques qu’implique le handicap du père. Les concessions et les sacrifices ne sont pas tus pour autant et l’auteur a mis sa vie entre parenthèses plus d’une fois pour s’occuper de son père. Une leçon sur l’acceptation d’une situation qui n’était pas prévue, que personne n’aurait souhaitée mais qu’il faut inclure dans son quotidien et faire au mieux, tant bien que mal... L’album d’inspiration autobiographique se termine en septembre 2020 à Barcelone, le père réussit à merveille une salade de tomate, la famille est réunie dans la joie et la bonne humeur. J’ai beaucoup aimé le style graphique de l’album qui, entre traits marqués réalistes, petite tendance pop et utilisation d’une grande palette de couleurs, représente bien la variété des émotions du personnage principal. Une très belle lecture aussi touchante que souriante. Aucune ombre au tableau et donc un COUP DE CŒUR.

Lou sait comprendre son père :« Bah tu sais, moi je vis avec lui, on se parle tous les jours... Donc je suis vite devenue bilingue !  Maintenant, je parle couramment le « Merveilleux » ! »

Merveilleux ! de Cookie Kalkair

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 17:03

L'immeuble Yacoubian : Alaa El Aswany - Livres de poche | Cultura

« En 1934, le millionnaire Hagop Yacoubian, président de la communauté arménienne d’Egypte, avait eu l’idée d’édifier un immeuble d’habitation qui porterait son nom. Il choisit pour cela le meilleur emplacement de la rue Soliman-Pacha et passa contrat avec un bureau d’architectes italiens renommé qui dessina un beau projet : dix étages luxueux de type européen classique : des fenêtres ornées de statues de style grec sculptées dans la pierre, des colonnes, des escaliers, des couloirs tout en vrai marbre, un ascenseur dernier modèle de marque Schindler … » Cet immeuble situé au cœur du Caire a changé au gré des travaux et des événements du quartier, et c’est dans les années 90 que nous retrouvons quelques-uns de ses habitants, qu’ils y vivent ou y travaillent. Zaki bey est un aristocrate séducteur qui reçoit dans son bureau des « femmes » jusqu’au jour où sa sœur ne le supporte plus et va se venger. Taha, le fils du gardien d’immeuble, est un jeune homme qui rêve de devenir policier. Islamiste et amoureux de Boussaïna mais déçu et rejeté, c’est le Djihad qui va devenir sa seule issue. Boussaïna a compris que pour survivre, elle devra faire quelques concessions, notamment offrir son corps à tous ces mâles en quête de chair et de sexe. Hatem est homosexuel mais a trouvé son amant idéal pour qui, parce qu’il est marié, ce n’est pas si simple. Hadj Azzam, sexuellement vigoureux, se marie en cachette avec une seconde femme qui, comble de malheur, va tomber enceinte.

Quelles vies ! Quelle animation grouillante et bouillonnante ! Quel microcosme cosmopolite ! Je suis ravie et comblée d’avoir enfin lu ce classique égyptien dont plusieurs éléments m’ont surprise. Ce ton résolument moderne et sans tabou d’abord, on parle de sexe librement, d’homosexualité avec quelques scènes assez explicites. Ensuite la Révolution nassérienne de 1952 et l’évolution des mœurs : d’une grande liberté, les habitants subissent une censure et un appauvrissement intellectuel qui passent par les tenues vestimentaires, l’alcool absent dans les bars, une vague de religiosité, la répression policière et une hypocrisie ambiante.  Les histoires individuelles se mêlent, se croisent et s’entrecroisent dans un élan feuilletonnesque qui rend la lecture fluide, parfois drôle et surtout très agréable. A travers des histoires d’amour inattendues, des injustices sociales, des humiliations, des revanches, l’appât du gain ou encore la montée de l’intégrisme, l’auteur nous offre un roman social fort, empli d'humanité, émouvant et engagé. Je compte bien poursuivre ma découverte de cet écrivain chirurgien-dentiste qui continue à se mobiliser contre les différentes oppressions.

Taha est recalé lors de son entretien d’entrée dans la police, uniquement parce que son père est gardien d’immeuble : « Quel mot étrange qui ne lui était pas venu à l'esprit et auquel il ne s'attendait absolument pas, un mot qui résumait toute sa vie, un mot avec lequel il avait longtemps vécu dont l'abjection l'avait fait souffrir, auquel il avait résisté avec acharnement, dont il avait essayé de se délivrer en déployant ses efforts pour forcer le passage, à travers l'école de police, vers une existence convenable et respectable, mais ce mot -gardien- l'attendait au bout de cet éprouvant parcours pour tout démolir, au dernier moment. »

D’Hatem : « Sachant que soixante-dix personnes (employées, journalistes et photographes) travaillent au journal sous sa direction, la première question qui vient à l'esprit est : sont-ils au courant de son homosexualité ? La réponse est oui, bien sûr, parce que, en Égypte, les gens s'intéressent à la vie privée des autres et fouillent leurs secrets avec insistance et application. Un sujet pareil ne peut pas rester caché et tous les employés du journal savent que leur patron est homosexuel. Mais, malgré toute la répulsion et le mépris que cela provoque en eux, la déviance de Hatem Rachid n'est qu'une ombre légère, sans impact sur son ascendant et sur rayonnement au travail. Ils sont au courant de son homosexualité mais ils ne la perçoivent jamais dans leurs rapports quotidiens avec lui car il est sévère et strict, peut-être plus encore que nécessaire. Il passe avec eux la plus grande partie de la journée et il ne lui échappe pas le moindre mouvement, le moindre regard furtif qui révèlerait ses penchants. »

Chez Manou, Luocine

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15 mai 2026 5 15 /05 /mai /2026 18:02

L'Allègement des vernis - Paul Saint Bris - Le Livre de Poche - Poche -  Place des Libraires

La nouvelle présidente du musée du Louvre, Daphné, impertinente et audacieuse, propose qu’on restaure La Joconde. Aurélien, le directeur du département des Peintures ne voit pas cette idée d’un bon œil mais, docile, il s’attèle à la tâche. Il faut peser le pour et le contre en concertation avec des professionnels puis faire un appel d’offres, quel serait le restaurateur le plus à même pour cette délicate opération ? Le choix d’Aurélien se porte sur Gaetano, un Italien fantasque et épicurien qu’il va chercher en Toscane et qui saura appliquer à la lettre le cahier des charges qui exige un « allégement modéré » des vernis pour redonner au célèbre tableau toutes ses finesses et sa grandeur d’origine. En parallèle, un homme de ménage du nom d’Homéro a gravi les échelons dans son entreprise et accède désormais à la Salle des Etats où il a pour mission, entre autres, d’épousseter la vitre en verre blindé. Son attrait pour Monna Lisa (oui, deux « n » pour Monna) va prendre des tournures inattendues.

Ce roman réunit de nombreuses qualités : intéressant, instructif, prenant, touchant, parfois drôle et sarcastique. L’intimité avec le tableau de Léonard de Vinci que nous offre l’auteur s’accompagne d’une immersion totale dans le microcosme qu’est le Louvre. Si l’on restaure La Joconde, la baisse du nombre de visiteurs sera immédiate : que propose-t-on en compensation ? Une exposition sur sa restauration ? D’autres œuvres phares ? Un film qui suivrait de près les étapes de cette restauration ? Autant de réponses à trouver pour atteindre un équilibre entre art et marketing, entre chiffre d’affaires et préservation de la beauté de l’œuvre. J’ai apprécié le personnage d’Aurélien, un peu naïf et maladroit, parfois agaçant ; j’ai également adoré l’histoire et le parcours d’Homéro, un homme de l’ombre si sensible. Un roman qui interroge la définition de l’art (le restaurateur est-il un artiste au même titre que le peintre lui-même ?), les dangers de la superficialité de notre époque, la nécessité d’attirer tous les publics, l’authenticité d’une œuvre et la définition même de la beauté. Il mélange les genres avec intelligence et gratte un peu là où ça fait mal. Je ne suis pas loin du coup de cœur malgré certaines petites longueurs. Le style élégant et dynamique fait de ce (premier !) roman une belle réussite.

« Réfléchissez-y : grâce à l’allègement de ses vernis, la peinture retrouvera son éclat originel. Redonner ses vraies couleurs à La Joconde, c’est créer un événement mondial et vous assurer la venue de millions de gens empressés d’admirer sa photogénie nouvelle. »

« C'est ainsi que s'empilaient sur La Joconde de multiples couches de vernis, de formulations variées, gomme-laque, résine, qui la plongeaient dans une brume obscure et dénaturaient ses couleurs. Sigrid présenta ensuite un bilan des analyses réalisées au laboratoire. Différentes techniques d'imagerie permettaient, sans toucher à la matière, d'éplucher la peinture comme un oignon, de l'effeuiller pour rendre compte de toutes les strates de sa composition. Si elles fournissaient de précieuses informations sur la conception du tableau et son histoire, cela n'apportait rien de nouveau sur son aspect ; les vernis avaient jauni, la question était de savoir s'il fallait, oui ou non, les enlever. »

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 17:59

Livre : L'amourante écrit par Pierre Alexandrine - Glénat

Zayn, jeune homme qui vient de se faire éconduire brutalement, frappe chez Louise pour obtenir des explications. Elle finit par lui confier son lourd secret : elle est immortelle mais pour conserver sa jeunesse, elle doit se faire aimer. Née au XVe siècle, elle ne découvre ce don incomparable qu’après avoir constaté qu’aucune maladie ni aucune blessure ne peut l’atteindre. Complètement livrée à elle-même, elle est rejointe par Eleanor qui, elle aussi, est dotée du même pouvoir. Eleanor sera son mentor, celle qui lui apprendra comment séduire un homme (ou une femme) en cinq étapes : désir, mystère, obstacle, espoir et souffrance. Il est également important de ne pas tomber amoureuse car cela ferait vieillir Louise. La cruauté et l’apparente insensibilité d’Eleanor va faire fuir notre héroïne qui, à son tour, va multiplier les conquêtes, tomber amoureuse et vivre mille aventures.

Cette copieuse BD de 232 pages est une véritable fresque romanesque qui traverse les siècles et les pays en unissant étroitement deux thèmes universels : l’amour et la mort. D’abord d'un farouche pessimisme (une belle femme peut séduire n’importe quel homme ; tout n'est qu'éternel recommencement), elle finit par nuancer ses propos et gagner en humanité. Ce pouvoir est-il plutôt un don ou une damnation ? À la fois distrayant et léger, mais aussi plus profond qu’il n’y paraît au premier abord, ce roman graphique se lit avec plaisir et suscite des réflexions pertinentes sur la vieillesse, la quête d’identité et cette fameuse immortalité. Le voyage spatio-temporel permet de rencontrer des personnages hauts en couleur de toutes les classes sociales. Même si je n’ai pas trouvé les dessins particulièrement originaux, ils restituent avec justesse les villes et les contrées parcourues. L’ensemble n’est pas dénué d’une petite touche de féminisme et d’un agréable humour, et puis ce néologisme d’« amourante » n’est-il pas une charmante trouvaille ? Une très belle découverte !

« Une chose importante à retenir, c’est qu’à chaque variété d’homme correspond une approche bien précise. Avec les jeunes, il suffit d’être entreprenante. Les types mûrs, il faut les flatter. Les riches, ne pas avoir l’air impressionnée par leur argent. Avec les débauchés, il faut surjouer l’innocence. Avec les chastes, la dépravation. »

L'amourante de Pierre Alexandrine

 

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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 15:16

Vamos! - Olivia Ruiz - JC Lattès - Grand format - Place des Libraires

Lola, 45 ans, propose d’emmener son fils Ennio, 10 ans, vivre une année sabbatique dans un road-trip dont les destinations seront mûrement choisies par eux deux. Le père du garçon, Nathan, ne s’y oppose pas mais ne les accompagnera pas. Lola a besoin de se ressaisir après quelques coups durs tant personnels que professionnels et elle se surprend elle-même de faire preuve d’autant d’audace. La première étape emmène le couple mère-fils à Orlando, c’est évidemment Ennio qui a choisi le lieu pour ses parcs d’attraction. A Essaouira, il surfera tous les jours tandis que sa mère fera la connaissance du sage Mohammed. Puis viendra La Havane, lieu nostalgique pour Lola qui y a connu son premier grand amour. C’est Ennio qui incite sa mère à rejoindre Marseillette pour les fêtes de fin d’année et le pari est réussi : elle parvient à se réconcilier avec son père. C’est encore le fils qui a choisi la destination du Caire pour assouvir sa passion de la mythologie égyptienne.

Alors que j’avais adoré La Commode aux tiroirs de couleur et aimé Ecoute la pluie tomber, j’ai été un peu déstabilisée par la première partie de cette lecture qui a tout du feel good (un bon feel good) mais qui n’a rien d’aussi profond et authentique que le premier roman de cette autrice. Ce road-trip certes agréable voire instructif par moments, a quelque chose d’artificiel et de peu crédible. La mère et le fils ne rencontrent que des gens extraordinaires et bienveillants, ils voyagent avec une facilité déconcertante (d’un point de vue pratique... et financier !), le gamin n’est pas loin d’agacer avec son excès de confiance en lui, le père resté à Paris est peu évoqué. On n’a aucune information sur les périodes de transition entre les différentes étapes, très peu sur les quelques retours au foyer.  Et puis arrive la fin avec d’abord le chapitre consacré à Madrid d’une énergie folle puis l’épilogue bouleversant et très beau qui explique tant de choses restées floues jusque-là. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce roman dévoré très rapidement ; ça distrait, c'est léger et parsemé de références musicales tout en rappelant quelques vérités toujours bonnes à entendre. L’écriture comme l’intrigue gagne en poésie, en délicatesse et en tendresse au fil des pages. J’ai retrouvé l’autrice que j’aimais dans les dernières pages.

« Tels deux pirates prêts à dépouiller le monde de ses trésors et à en débusquer les mille butins, nous prenons le large quelques mois plus tard. »

Le carnaval à Madrid : « Un char qui arrive derrière nous entonne les premières notes d'une chanson de Rosalia que nous connaissons par cœur, Ennio et moi. Alors j'invite mon grand timide à danser et m’étonne. Il s'abandonne. Qu'est-ce qu'il groove en plus, la canaille ! Je suis tellement fière de lui. Tellement fier de réussir à garder pour moi quelques-unes de mes névroses. L’inhibition. La peur du regard de l'autre. Le sentiment d'illégitimité. La sensation de n'être jamais vraiment soi, ni jamais là où l’on doit être... Je regarde mon fils se libérer, et dessiner ce qui restera un de mes plus jolis souvenirs de cette escale. »

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6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 11:41

DIACRITIK Jean-Baptiste Del Amo : « Le quasi-monopole d'une littérature du  réel m'exaspère » (La Nuit ravagée)

Mehdi, Alex, Tom, Max, Lena, ... : une bande de potes dans les années 90 entre joies, petits drames, grandes tragédies et cette adolescence qui les pousse à les sortir de leurs limites. Il y a celui qui se fait harceler constamment et qui ne dit rien, celui qui se laisse séduire par une fille si populaire qu’il ne comprend rien à sa chance, celui qui a vu sa mère mourir d’un cancer fulgurant, celui qui déteste son beau-père, celle qui vient d’arriver dans le quartier et a su rapidement s’intégrer à la bande. Ils se retrouvent souvent aux serres municipales abandonnées à fumer des joints sur de vieux canapés élimés. Tout bascule le jour où un lycéen du quartier est retrouvé mort, la thèse du suicide est avancée mais la sœur n’y croit pas. Depuis que Simon s’est mis à s’intéresser à la maison abandonnée de l’impasse des Ormes, il a changé, il est devenu comme obsédé par la bicoque délabrée. C’est justement cette maison qui est déjà apparue dans les rêves de chacun. Et c’est dans cette maison que les cinq pénètrent une nuit ; chacun va y retourner parce qu’elle accomplit les désirs les plus enfouis et reflète aussi les peurs les plus sombres de chaque adolescent. L’horreur va prendre possession du quartier tout entier.

Je n’ai absolument pas l’habitude de lire des romans horrifiques ni de regarder des films d’horreur même si, évidemment, comme tout le monde, j’ai quelques références. L’auteur a clairement affiché son souhait de rendre hommage à ce genre particulier, et il cite de nombreux précurseurs. J’ai beaucoup aimé cette lecture, essentiellement la première partie qui met en scène un quartier dans les années 90 et une adolescence qui découvre la vie avec toutes ses contradictions, ses mauvaises surprises, ses frustrations et ses désillusions. L’auteur installe rapidement un suspense parfois étouffant qui ne lâche plus le lecteur. Je craignais avoir trop peur mais mis à part les premières incursions dans le fantastique et certaines descriptions vraiment terrifiantes et rebutantes, la toute dernière partie m’a tenue à l’écart parce qu’elle allait un peu trop loin (scolopendre géante, morts-vivants, ...). Je suis ravie d’avoir bousculé mes habitudes de lecture pour un roman aussi maîtrisé, porté par une construction intelligente et une écriture juste.

Merci à Tiphanie, ex-blogueuse et amie, pour ce prêt !

        J’avais beaucoup aimé Le Fils de l’homme du même auteur mais les deux romans sont très différents.

« Il n'aimait pas la maison de l'impasse des Ormes. Aucun de ses amis ne l'aimait. Ils l'avaient toujours connue, étaient passés devant à vélo des milliers de fois mais, sans qu'ils aient eu besoin de se concerter, ils s'en étaient tenus curieusement à distance. Elle s'était de tout temps trouvée là, au centre de leur territoire et pourtant à la périphérie de leurs jeux, de leurs explorations, frappée du sceau de l'interdit. »

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3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 10:31

Maus - L'intégrale (Art Spiegelman).

Des années que je repoussais cette lecture...

A New York, à la fin des années 70, le narrateur et dessinateur Artie entreprend d’interroger son père, Vladek, sur la période allant des années 30 à 50.

Vladek et Anja se marient en 1937, le jeune homme profite de l’immense fortune de sa belle-famille pour ouvrir une fabrique de tissu. En 1937 naît Richieu, son premier fils. Anja et Vladek se rendent en cure en Tchécoslovaquie, Anja souffrant d’une dépression post-partum, c’est là-bas qu’ils voient pour la première fois une croix gammée. En août 1939, Vladek est appelé au Front puis, prisonnier de guerre, il survit et reste dans son quartier de Sosnowiec, en Pologne, grâce à l’argent du beau-père mais aussi à quelques ruses et connaissances utiles. Début 42, les premiers Juifs sont pendus sur la place publique, pour l’exemple. Les grands-parents sont envoyés dans une soi-disant maison de repos qui ne sera autre qu’Auschwitz. Quelques mois plus tard, Anja et Vladek confient leur petit garçon à un ami pour qu’il soit « en sécurité » ; ils ne le reverront jamais. Au camp d’extermination, Anja et Vladek sont séparés, Anja est à Birkenau tandis que Vladek s’en sort à Auschwitz en tant que « privilégié » (rajoutez autant de guillemets que vous voudrez) parce qu’il parle anglais et polonais puis parce qu’il sait être aussi bien zingueur que cordonnier. Il parvient même à avoir des nouvelles de sa femme, très affaiblie, avec qui il parvient à communiquer. Lorsque les Alliés gagnent du terrain, les prisonniers subissent la marche de la mort et Vladek, arrivé à Dachau, connaît le pire du pire, notamment en contractant le typhus, incapable de parler et de se nourrir (et d’horribles images viendront le hanter - comme celle où il devait marcher sur les cadavres pour aller aux toilettes). A la fin de la guerre, Vladek doit encore se cacher, louvoyer, ruser et subir une rechute de typhus. Il retrouvera Anja avec qui il vivra quelque temps en Suède (où naîtra Art) avant de rejoindre les Etats-Unis.

Ce roman graphique obtient en 1992 le prix Pulitzer, il a été publié en trente langues. Il a permis de délier les langues à une époque où raconter l’Holocauste était encore tabou. Les Juifs sont des souris, les Allemands des chats, les Polonais des cochons, ... les métaphores animales posent la question de la déshumanisation, et le dessinateur ouvre le roman sur la citation d’Hitler : « Les Juifs sont indubitablement une race, mais ils ne sont pas humains. » J’ai été surprise pour différentes raisons : l’avant-Auschwitz occupe à peu près les deux tiers de la BD. Ensuite, le parler de Vladek peut interroger : il met les verbes à la fin (« Anja, si heureuse elle était »), ce qui est censé reproduire les difficultés de l’homme à s’exprimer en anglais. Mais la traduction française rend assez laborieuse cette lecture. Ce qui est intéressant, c’est l’état d’esprit de ce rescapé qui, avec ses manies, son avarice, son égocentrisme et son hypocondrie, a tendance à agacer son fils. Les séquelles se glissent dans chaque instant du quotidien (« Je peux rien laisser... depuis Hitler, même une miette, j’aime pas jeter »). Si Vladek a su se montrer malin et débrouillard à maintes reprises, quand on découvre cet effroyable parcours, on comprend aussi qu’il est un vrai miraculé, bénéficiant surtout d’une grande chance. Même si, évidemment, cette atroce expérience a eu un impact sur toute sa vie et même sur celle de son fils. Au-delà de l’Holocauste, c’est aussi une relation père-fils qui est remarquable retranscrite. Les dessins en noir et blanc rendent l’oppression ambiante. Je suis contente d’avoir enfin lu cette BD-culte, ce genre permet de suggérer beaucoup plus qu’un roman, il marque aussi les esprits durablement par ses images. Je sais en tous cas que l’histoire de Vladek me poursuivra longtemps. A lire.

En 1942 : « Vous avez entendu ce qu’on dit sur Auschwitz. Des choses horribles, incroyables. Ça ne peut pas être vrai. »

A Auschwitz, un autre prisonnier se plaint : il a fait tomber sa cuiller, le temps de se baisser, on lui avait volée. Son pantalon ne tient pas (on ne leur donnait jamais leur taille et ils maigrissaient tant...), sa chaussure non plus : « Mon Dieu, je vous en prie... aidez-moi à trouver une ficelle et un soulier à ma taille ! Mais ici, Dieu, il venait pas. Tout seuls, on était tous.»

« Si tu mangeais comme ils te donnaient, c’était juste assez pour mourir plus lentement. »

Maus, comics chez Flammarion de Spiegelman

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30 avril 2026 4 30 /04 /avril /2026 14:26

Hugues est musicien et professeur de solfège. Après un de ses cours, il rencontre la mère de Lucas, un de ses jeunes élèves, et reconnaît en elle une ancienne maîtresse. Elle dément formellement mais lui se souvient bien de cette rencontre – presque dix ans plus tôt - lors d’une soirée arrosée, et de la nuit passée avec elle. Adèle Moreau, la mère de Lucas, entretient avec son mari une relation étrange faite de mensonges et d’amour passionnel : après chaque dispute conjugale, elle sort tromper son époux. Lorsque Hugues se rend compte qu’il est le père de Lucas, il est perdu, d’autant plus qu’il a aussi un père atteint d’Alzheimer à gérer.

Les premières pages narrent la découverte du cadavre de Mme Moreau et le roman s’échigne à démontrer comment on a bien pu en arriver là. C’est un thriller psychologique qui fonctionne bien, je l’ai lu en 24h (ce qui n’est pas forcément un gage de qualité). L’intrigue est haletante mais les personnages, sous prétexte d’être complexes, ne sont pas tellement crédibles. L’écriture est plate comme une planche à pain, sans relief ni surprise, un style qui permet aisément de sauter quelques lignes et de cavaler jusqu’à la dernière page. Le roman a rempli sa mission de me changer les idées pendant un moment douloureux et d’alléger ma PAL. Néanmoins, je ne poursuivrai pas avec cette autrice (belge).

Hugues va voir un avocat qui lui explique qu’il n’a plus aucun droit sur cet enfant biologique découvert huit ans après sa conception : « Alors oui, dans votre cas, c'est injuste. L'éthique aurait voulu que cette femme vous demande votre avis, si tant est qu'elle ait eu conscience que cet enfant était le vôtre. Disons que vous êtes une victime collatérale des progrès sociaux de notre civilisation. »

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27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 18:01

La peste écarlate : Jack London - Livres de poche | Cultura

Un vieillard « chargé d’ans » marche péniblement avec son petit-fils Edwin dans un paysage apocalyptique. Un grizzly surgit face à eux, mais le petit Edwin n’a pas besoin de tirer avec son arc : l’ours s’en va de lui-même. Les deux autres petits-enfants de l’aïeul rejoignent alors le duo, et le vieil homme entreprend de leur raconter le monde d’avant, celui d’avant 2073. Il évoque notamment l’année 2012, lorsque la « Mort écarlate » prit la Terre entière par surprise, décimant presque toute la population. Professeur de littérature, Smith réussit à s’échapper de la ville de San Francisco avec quatre cents autres survivants, bravant les flammes, les pillages et cette épidémie qui tue brutalement. Mais leur nombre diminue rapidement : il n’en reste bientôt plus que onze, puis trois. Finalement, c’est seul qu’il se résout à errer à travers le pays. Il retrouvera, trois ans plus tard, quelques rares rescapés.

Ce court roman d’anticipation publié en 1912 m’a positivement étonnée pour ses résonnances actuelles et sa modernité. A mi-chemin entre La Route de McCarthy et La Peste de Camus, ce texte aussi effrayant qu’édifiant souligne la dimension cyclique de l’histoire humaine. Les quatre cents humains qui peuplent la Terre finiront par se multiplier, et, lorsqu’ils auront trouvé un certain confort, ils chercheront à se cultiver et à inventer des moyens de ... s’entretuer. Certains passages emplis d’humanité sont touchants, Smith est le seul désormais à avoir connu la Peste, il a consigné tous ses savoirs dans un endroit sûr, espérant que les sauvages qui peuplent le monde chercheront à en savoir plus sur ce passé prolifique. Il revient aussi sur les survivants d’alors, lorsque le Chauffeur a fini par soudoyer et réduire en esclavage la fille d’un baron de la finance, que les rôles s’inversèrent dans un monde dénué de repères. J’ai beaucoup aimé ce récit !

« L'homme a, sur cette planète, domestiqué les animaux utiles, détruit ceux qui étaient nuisibles. Il a défriché la terre et l'a dépouillée de sa végétation sauvage. Puis un jour, il disparaît et le flot de la vie primitive est revenu sur lui-même, balayant l'œuvre humaine. Les mauvaises herbes et la forêt ont derechef envahi les champs, les bêtes de proie sont revenues sur les troupeaux, et maintenant, il y a des loups sur la plage de Cliff-House ! »

Avec ce titre, je participe au challenge de Moka, les classiques c’est fantastique avec pour thème, ce mois-ci, la « battle Jack London vs Ernest Hemingway ». Pour moi, c’est clair : c’est Jack London qui l’emporte, j’ai aimé toutes mes lectures et tout particulièrement Martin Eden.

(cette édition Librio, destinée à des 5e, est accompagnée d'un dossier pédagogique inintéressant et inutile au possible !)

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