
Lola, 45 ans, propose d’emmener son fils Ennio, 10 ans, vivre une année sabbatique dans un road-trip dont les destinations seront mûrement choisies par eux deux. Le père du garçon, Nathan, ne s’y oppose pas mais ne les accompagnera pas. Lola a besoin de se ressaisir après quelques coups durs tant personnels que professionnels et elle se surprend elle-même de faire preuve d’autant d’audace. La première étape emmène le couple mère-fils à Orlando, c’est évidemment Ennio qui a choisi le lieu pour ses parcs d’attraction. A Essaouira, il surfera tous les jours tandis que sa mère fera la connaissance du sage Mohammed. Puis viendra La Havane, lieu nostalgique pour Lola qui y a connu son premier grand amour. C’est Ennio qui incite sa mère à rejoindre Marseillette pour les fêtes de fin d’année et le pari est réussi : elle parvient à se réconcilier avec son père. C’est encore le fils qui a choisi la destination du Caire pour assouvir sa passion de la mythologie égyptienne.
Alors que j’avais adoré La Commode aux tiroirs de couleur et aimé Ecoute la pluie tomber, j’ai été un peu déstabilisée par la première partie de cette lecture qui a tout du feel good (un bon feel good) mais qui n’a rien d’aussi profond et authentique que le premier roman de cette autrice. Ce road-trip certes agréable voire instructif par moments, a quelque chose d’artificiel et de peu crédible. La mère et le fils ne rencontrent que des gens extraordinaires et bienveillants, ils voyagent avec une facilité déconcertante (d’un point de vue pratique... et financier !), le gamin n’est pas loin d’agacer avec son excès de confiance en lui, le père resté à Paris est peu évoqué. On n’a aucune information sur les périodes de transition entre les différentes étapes, très peu sur les quelques retours au foyer. Et puis arrive la fin avec d’abord le chapitre consacré à Madrid d’une énergie folle puis l’épilogue bouleversant et très beau qui explique tant de choses restées floues jusque-là. J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce roman dévoré très rapidement ; ça distrait, c'est léger et parsemé de références musicales tout en rappelant quelques vérités toujours bonnes à entendre. L’écriture comme l’intrigue gagne en poésie, en délicatesse et en tendresse au fil des pages. J’ai retrouvé l’autrice que j’aimais dans les dernières pages.
« Tels deux pirates prêts à dépouiller le monde de ses trésors et à en débusquer les mille butins, nous prenons le large quelques mois plus tard. »
Le carnaval à Madrid : « Un char qui arrive derrière nous entonne les premières notes d'une chanson de Rosalia que nous connaissons par cœur, Ennio et moi. Alors j'invite mon grand timide à danser et m’étonne. Il s'abandonne. Qu'est-ce qu'il groove en plus, la canaille ! Je suis tellement fière de lui. Tellement fier de réussir à garder pour moi quelques-unes de mes névroses. L’inhibition. La peur du regard de l'autre. Le sentiment d'illégitimité. La sensation de n'être jamais vraiment soi, ni jamais là où l’on doit être... Je regarde mon fils se libérer, et dessiner ce qui restera un de mes plus jolis souvenirs de cette escale. »



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