
A 36 ans, Salmane, le narrateur, vit encore ses parents, dans le quartier de la Caverne fait de sept tours tout près de la forêt. Après avoir abandonné des études d’histoire ancienne, il se la coule douce, travaillant dans un resto du quartier sans n’avoir jamais à se soucier des tâches ménagères, des factures, de la vie en général. Il retrouve régulièrement ses potes (Archie et sa bande) au Parking pour boire et fumer et sa routine lui convient parfaitement bien. Le drame survient quand Amani, la mère, disparaît. Sans crier gare, sans explications. Le père, Hédi, s’emporte immédiatement, décrétant que sa femme les a abandonnés, il va jusqu’à enlever son alliance et déboulonner et dévisser les meubles de l’appartement. Les deux hommes sont perdus sans elle, elle a été leur repère, ils l’ont souvent oubliée et négligée, Salmane s’en rend compte. La quête de la mère mènera le narrateur à se questionner sur les origines de ses parents, cette Tunisie qui a fait d’eux des orphelins et qu’ils ont complètement reniée et oubliée... en apparence.
A la fois touchant, nerveux et sincère, ce roman se rend attachant avec des personnages maladroits et authentiques, une cité qui donnerait presque envie d’y vivre (les tags sont des mammouths et des bisons !). A la situation de départ : deux hommes abandonnés par la mère omnipotente, omniprésente, qu’on n’écoutait plus, qu’on n’aimait sans doute plus assez ou très mal, d’autres réflexions ont pris le relais, celle de l’exil, celle de la quête identitaire, celle du mensonge familial. J’ai beaucoup aimé ce roman subtil et tendre qui a pour mérite de s’éloigner d’un patriarcat malodorant sans oublier d’être drôle. Un peu comme La Bonne Mère, c’est un livre qui apporte quelque chose de neuf dans le climat intello-déprimant des productions de nos écrivains. La remise en question du gars de 36 ans a quelque chose de vivifiant et cette cité s’éloigne des clichés (j’ai beaucoup pensé à l’excellent film Gagarine de Liatard et Trouilh). Je continuerai à lire cet auteur, journaliste, s’il avait la bonne idée de publier un deuxième roman.
COUP DE COEUR
« Deux mois avant le confinement, j’ai dégoté une place en or pour un sédentaire de ma trempe : un boulot à deux bornes de ma tour au Chirachid, un fast-food « fusion » où les menus « sushis » se mêlent aux formules « tajines ». Pour prouver la légitimité de son concept, le proprio Serge-Léon Rachid a affiché sur le comptoir une photo de lui en kimono, au beau milieu du désert marocain. J'y suis cuistot, caissier, gérant les selon les jours. Je suis secrétaire particulier : le patron né lui aussi en mars 1986, me fait corriger les messages qu'il envoie à sa femme et à sa maîtresse. »
« À quoi reconnaît-on un homme tombé au fond d'un puits ? Dans le cas de Hédi, aux tournevis qu'il laisse derrière lui. Il y en a partout, dans chaque pièce, éparpillés sur des tables, des chaises et des coussins. Il y en a de toutes les gammes, des neufs et des rouillés, des cruciformes et des plats. Dix-sept au total - comme s'il avait rassemblé tous les tournevis de sa vie. »
Salmane regrette ses manquements et son comportement de grand ado : « Je suis un sous-fils. »




/image%2F1204594%2F20251125%2Fob_6691fd_f00519.jpg)
/image%2F1204594%2F20251125%2Fob_b52f8e_images.jpg)






