
Jade Elmire-Fasquin travaille pour Arcadie, un grand groupe d’hôtels de luxe. Alors qu’elle est missionnée pour ouvrir un nouveau palace dans l’archipel d’Andaman, dans l’océan indien, c’est une île en particulier qui attire son attention ; celle du peuple des Sentinelles, une tribu isolée du reste du monde qui a toujours vécu en autarcie. Les Sentinelles semblent s’être donné le mot pour attaquer voire tuer tout intrus, du militaire au pêcheur en passant par un missionnaire chrétien. Jade, frustrée dans sa vie professionnelle et amoureuse (elle est mariée avec Thomas qui est devenu un vrai requin depuis qu’il est animateur télé), se découvre une vraie passion pour ce peuple. En les étudiant davantage, elle constate que les habitants de cette île ne sont peut-être pas aussi agressifs que l’histoire le laissait penser et qu’ils obéissent avant tout à un instinct de survie. Jade prend la grave décision d’aller seule découvrir l’île et son peuple, une nuit. Les conséquences s’avéreront catastrophiques.
Ce roman amène le lecteur à découvrir ce peuple fascinant qui existe toujours mais il démontre aussi à quel point l’ethnocide fait des ravages : sous prétexte de construire un hôtel de luxe, les plus riches de la planète s’apprêtent à sacrifier tout un peuple et Jade, pas plus futée et non moins égocentrique que tous ses chefs et collègues, accomplit une belle connerie à elle toute seule. Le sujet de ce livre n’est donc pas dénué d’intérêt mais j’ai trouvé son traitement d’un cynisme répugnant. Tous les personnages sont détestables, l’humour aurait pu rehausser ce portrait d’une société malade mais c’est plutôt un ton pédant qui est adopté d’un bout à l’autre. Entre les pervers, les girouettes, les hommes sans caractère et celui qui possède la maison la plus chère du monde, je ne me suis pas du tout retrouvée. Le livre est plutôt bien écrit si on exclut certaines phrases comme « je les éternisais rien qu’en les contemplant », je n’ai finalement aimé qu’un court passage où l’auteur se moque de Jordan Bardella. Aucune lueur d’espoir dans un univers où les hommes sont tous plus mauvais les uns que les autres : triste constat. Un roman bavard, suffisant et aussi insupportable que son auteur. Il n’y a même pas de remerciements à la fin du roman... pour moi, ça veut dire beaucoup.
« Rien, dans le monde, ne sera jamais suffisamment mondial, assez tentaculaire, assez cyclopéen, par rapport à son instinct premier : mondialiser tout ce qu'il touche. Transformer toutes les villes qu'il englobe en une même plateforme disneylandisée. Fondre toutes les langues dans son volapük managérial. Gommer toutes les différences sous sa dalle de béton. Mais les toutes nos solitudes à son réseau démesuré - et ce pour mieux s'élargir. Car le monde a un but : se métastaser partout. Transformer chaque chose qu'il touche en une parcelle de la maison humaine. Repousser continuellement les bornes de son empire sans fin. »
« Car le fait est là et Thomas avait raison : la Sentinelle résiste au monde parce qu’elle n’a jamais voulu transiger avec lui. Confinée dans sa solitude, elle s’est barricadée à l’intérieur du temps. Son histoire forme elle-même une île entre celle des empires et des Etats-nations. Une enclave qui refuse d’appartenir à l’Espace-Un d’une planète lissée par son uniformisation. »
Le billet de Sandrine.












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