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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 08:13

Résultat de recherche d'images pour "Cent millions d’années et un jour de Jean-Baptiste Andrea"

          Plébiscité par de nombreux lecteurs, ce roman m’a fait de l’œil à moi aussi et je suis ravie d’avoir succombé.

          Stan est un paléontologue d’une cinquantaine d’années, complètement passionné par son boulot. Un certain Leucio lui raconte un jour qu’enfant, il est tombé nez à nez avec un dragon dans une grotte perchée à quelques centaines de mètres d’altitude. Stan, célibataire et proche de la retraite, n’a plus rien à perdre ; il est persuadé qu’un squelette de dinosaure l’attend dans cette grotte. Il dépense ses dernières économies et embrigade trois hommes : Umberto, son ancien assistant, un Italien géant et très doux, le guide Gio et Peter, un jeune Allemand extravagant. Ensemble, ils vont gravir la montagne, affronter les intempéries, creuser la glace, faire face aux disputes et aux moments de découragement.

          Ce n’est pas tant l’intrigue qui m’a plu, même si le suspens nous fait tourner les pages à vitesse grand V, surtout à partir du moment où Stan se retrouve seul, même si on doit reconnaître que le personnage principal est attachant - son passé nous est dévoilé avec une lente et délicieuse subtilité – que les personnages secondaires sont tout aussi intéressants et originaux. Et puis, le final est une apothéose parfaitement réussie. Non, ces nombreuses qualités sont largement devancées par l’écriture imagée, sensuelle, parlante, sensible, d’un indéfinissable charme qui fait qu’on resterait bien plus longtemps dans le froid et la neige de ces montagnes hostiles. Je crois bien que je suis tombée amoureuse de cette plume qui parle, mieux que personne, des ruisseaux, par exemple, mais aussi de cet amour d’un fils pour sa mère perdue trop tôt, de ce rêve de gosse qui s’épanouit et s’envole... Allons-y : c’est un coup de cœur !

 

Stan a le vertige et n’a jamais fait de via ferrata : « Un miracle est arrivé. J’ai trouvé mes jambes d’alpiniste. Elles étaient là qui m’attendaient sur le bord du sentier, je les ai chaussées sans m’en rendre compte. Ce sont des jambes merveilleuses, pleines de puissance contenue, de ressort, de technique pour appréhender les trahisons du chemin. Je marche soudain d’un pas léger, je me colle bientôt à Umberto qui m’adresse un sourire en coin, l’air entendu. Je suis des leurs. »

« On l’entend – une chanson molle de laine, une mélodie de sabots. On la sent – une haleine d’ardoise mouillée. Mais on ne la voit pas, la frontière est invisible. Celle d’une nation vaste comme le vent, dont les habitants rares parlent le langage des bêtes. Nous sommes entrés à midi au pays des bergers. »

« Je suis parfois maladroit. Blessant, bourru, bête même. Réservé, froid, méfiant. Empoté et désespérant. Mais je ne suis pas un mauvais bougre. J’ai la gentillesse des abeilles, je pique parfois sans m’en rendre compte la main qui m’approche, parce que je crois par habitude qu’elle va m’écraser. »

« …le destin d’un homme est de partir. […] ceux qui ne partent pas ne trouvent jamais de trésor. »

« J’ai été sage toute ma vie. Crois-moi, ça ne sert à rien. »

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 09:25

Résultat de recherche d'images pour "Les victorieuses de Laetitia Colombani"

             Solène, avocate d’une quarantaine d’années est en dépression : son compagnon l’a quittée et son client s’est suicidé. Son psy lui propose d’œuvrer pour une association caritative afin de sortir de son burn-out. Solène, peu enthousiaste, choisit d’être « écrivain public » au Palais de la Femme, ce foyer gigantesque qui peut accueillir 743 femmes en détresse. Si les débuts sont rudes et l’intégration dans ce microcosme compliqué, Solène finit par se rendre utile : ici écrire une lettre pour le fils resté au pays, là réclamer quelques euros… En parallèle, on rencontre Blanche Peyron, officière de l’Armée du Salut, qui, au début du XXème siècle, consacre sa vie aux pauvres. Soutenue par son mari Albin, elle veut acheter cet immense immeuble pour y loger des femmes en situation de précarité. A plusieurs millions d’euros, le projet est insensé mais Blanche s’accroche.

           Comme pour La Tresse, on pourrait reprocher à l’autrice un style assez plat noyé dans une surabondance de bons sentiments, pourtant j’ai été moins agacée par ce roman que par le précédent. L’histoire de Blanche Peyron et de ce Palais de la Femme, je l’ignorais totalement et elle m’a vraiment intéressée, digne d’être connue et reconnue. Le parcours de Solène n’est pas tant caricatural que cela et le regard porté sur les sans-abris et les femmes en détresse sans doute fécond. Alors si le roman de Laetitia Colombani peut changer quelques idées préconçues, ouvrir les yeux sur la misère qui nous entoure, je suis d’accord. Il est comme une pommade qui embaume et camoufle une plaie… sans la guérir pour autant. En tous cas, cette lecture est tombée à un bon moment pour moi et je l’ai appréciée.

 

Salma a été recrutée par la directrice du Palais parce qu’elle y a vécu, dormi, connu un destin chaotique elle aussi : « Son vécu a de la valeur. »

« Au Palais, on l’appelle « la Renée », du nom que ses compagnes de rue lui ont donné. Elle a passé quinze ans sur le pavé. Quinze ans sans toit, sans foyer. Quinze ans sans dormir dans un lit. Depuis, la Renée n’y arrive plus. Pas moyen de trouver le sommeil dans sa chambre, elle s’y sent enfermée. Elle préfère dormir dans les parties communes, entourée de ses cabas. Ses affaires, elle ne peut se résoudre à les ranger dans les placards. Elle a l’impression qu’on va les lui voler. Elle a besoin de les sentir autour d’elle, constamment, comme si toute sa vie tenait là, dans ces grands sacs qu’elle trimballe jour et nuit sur son dos, telle une femme-escargot. » Plus tard, on apprend que des femmes sans-abri, comme elle, se font souvent violer la nuit et que marcher, bouger sans cesse lui permet de survivre… On regardera peut-être différemment une vagabonde profondément endormie en plein jour…

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4 octobre 2019 5 04 /10 /octobre /2019 20:19

Résultat de recherche d'images pour "Le goût d’Emma de Takahama, Maisonneuve et Pavlowitch arenes bd"

Emmanuelle Maisonneuve a toujours été passionnée par la gastronomie, la cuisine, la bonne chère, le goût, les saveurs et les parfums. Collectionneuse de vinaigres (c’est original), elle postule au poste d’inspectrice pour Le Guide Michelin. Et c’est un jour béni par les dieux quand enfin on l’appelle pour lui dire que sa candidature a été retenue. Après trois semaines de formation intense, Emma entre dans le club très fermé des inspecteurs. Le métier s’avère plus exigeant et plus chronophage que ce qu’elle pensait. Parcourant les villes et villages de France, Emma doit soit manger incognito midi et soir dans les restaurants (et ne prendre que le menu du jour, le petit livre rouge économise aussi), soit se présenter en tant qu’inspectrice Michelin et questionner, contrôler, épier et tester en une demi-heure les chambres d’hôtel. Après ce parcours du combattant où le foie gras et la riche cuisine grasse et roborative deviennent sa hantise, elle doit encore s’atteler à rédiger les rapports – de mémoire. Son couple en pâtit, les responsabilités aussi – elle est « un ange ou un démon » pour les chefs. Celle qui est la première inspectrice femme annonce qu’elle ne le sera que quatre ans. Un voyage au Japon la convainc qu’elle préfère la simplicité et la pureté des aliments à l’exubérance des plats français.

            J’ai adoré ce voyage gustatif autant surprenant qu’instructif. Emma est douée, cet ouvrage embaume une appétissant effluve, la douce folie de notre inspectrice est contagieuse et j’ai pris un très grand plaisir à découvrir ce métier un peu sadique (manger du foie gras deux fois par jour !!) mais tellement noble. Gourmande comme je suis, j’hésite à mettre un coup de cœur car la plupart des dessins m’ont plu, certains se rapprochent du photoréalisme mais d’autres « à la japonaise », montrent des personnages s’esclaffant trois cases sur quatre. Je me suis régalée, presque rassasiée et je salue le travail de ces trois femmes artistes et créatrices, passionnées, on le sent. Ah je n’avais rien senti de similaire depuis Le Gourmet solitaire !

L’incomparable gastronomie japonaise … : « Les légumes ont un goût pur, naturel. Comme s’ils sortaient tout juste de terre. Tofu frit, enrobé de sésame, konnyaku – surprenant, ce tubercule – champignons, haricots, yuba – délicieuse, cette peau de tofu – une plante aquatique incroyable ! et légumes en tempura. C’est beau et c’est bon. Le tofu est souple et crémeux. Il est si différent de celui que je connais. »

Quand Emma compare la cuisine et sa relation avec son compagnon : « C’est comme un mauvais accord mets et vin. Même si indépendamment le plat est bon et le vin aussi, ils peuvent ne pas aller ensemble. Et ce ne sera ni la faute du plat ni celle du vin. Mais le résultat sera mauvais. On aura beau essayer d’arranger ensemble avec des épices, ou un trait de sauce, rien n’y fera, le mariage de la carpe et du lapin… »

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 11:11

Résultat de recherche d'images pour "Impasse Verlaine de Dalie Farah grasset"

 

            En Algérie, dans les montagnes, Vendredi joue avec son père adoré. Elle prend l’habitude de fuir cette mère qui la déteste et recherche insolemment le réconfort auprès de son père qui lui cède tous les caprices … jusqu’au jour où il se fait sauvagement assassiner. La mère n’a qu’une hâte : se débarrasser au plus vite de cette fille encombrante qu’elle marie au premier venu qui emmène Vendredi en France. Là-bas, dans l’impasse Verlaine, Vendredi se pâme devant le carrelage blanc, le chauffage central et l’évier en aluminium. Elle tente de se glisser dans cet univers de Blancs, va faire des enfants avec son incapable de mari. Sa fille, la narratrice, dès son plus jeune âge, va devenir le nègre de sa mère, la seule sachant lire et écrire dans la famille. En constant rejet de celle qui ne lui exprime aucune affection mais qu’elle se doit d’obéir, elle va grandir malgré les coups et les interdictions et trouve un réconfort dans la littérature.

         Entre amour et haine pour une mère qui ne s’exprime qu’avec des coups, la narratrice trace sa route, lutte contre les moqueries et les préjugés, apprend à vivre avec cette situation d’apatride. Pendant « cette saleté de puberté », elle sera encore plus surveillée par cette mère traumatisante. Ce qui la sauve ? Les écrivains russes, une adorable infirmière, une amie et un concours d’écriture. Je résume mal ce très beau roman et ne rends pas suffisamment justice au talent de cette jeune autrice qui publie là son premier livre. Avec sobriété, elle mêle élégance et humour et prouve noir sur blanc que le pouvoir des mots est plus fort que la violence. La retenue poétique dont elle use est vraiment touchante et l’hommage à ces souvenirs qu’elle ne renie pas mais où elle puise une belle énergie force le respect. Oui, je retiendrai surtout l’image de cette battante de fille, portée par les mots, bousculée par ce contexte familial difficile, qui s’en sort la tête haute. Un très beau roman.

L’école : « Quand j’y vais, j’ai envie de voler au-dessus du monde pour apercevoir les rêves qui traînent par terre. Quand j’y vais, j’ai le coeur poétique et lyrique, je me fiche des moqueries et j’aime le mélodrame. Je cherche la sensiblerie, je veux m’émouvoir d’être vivante pour ne pas oublier que je vis. »

« Je hais Vendredi parce que cela m’est insupportable, à la fin, de ne pas être aimée. »

La fille quitte enfin sa famille : « Je crois que le monde est bon et prévoit mon arrivée, j’ai l’illusion qu’en dehors de l’impasse la justice et la République font leur boulot et me réservent le meilleur du miel humaniste. En sus, je compte bien obtenir un remboursement parce que cela fait dix-huit ans et demi que je fais crédit à l’existence. Assise dans la Renault, j’’abandonne ma sœur car le malheur est un égoïsme imbécile qui n’envisage pas d’être partagé. »

 

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 07:35

Résultat de recherche d'images pour "Le coffre de Jacky Schwartzmann et Lucian-Dragos Bogdan"

           Lyon. Gendron pense savourer pépère ses dernières semaines de boulot de gendarme avant une retraite bien méritée, mais un cadavre de femme est retrouvé dans un coffre de toit de voiture. La sexagénaire y est allongée comme dans un cercueil, en robe blanche avec petit bouquet sur la poitrine. On colle à Gendron une associée femme (Joëlle Losfeld… hum, oui) et, parce que la victime aurait des origines roumaines, on le contraint à bosser avec un collègue roumain, Marian. L’enquête avance parallèlement dans les deux pays même si la communication s’avère parfois difficile.

          Quand on a goûté au style de Schwartzmann, on ne le lâche plus de sitôt… Ici, roman un peu particulier puisque deux écrivains se sont partagé le boulot : un roumain s’est occupé des chapitres consacrés à l’Europe de l’Est et notre Schwartzmann national est resté à Lyon. Polar de facture classique, il nous emmène voyager en Roumanie et côtoyer les réseaux mafieux des deux pays. Les textes des deux écrivains se complètent harmonieusement, le Français est toujours aussi drôle (ses personnages se retrouvent avec des noms d’auteurs français) même si j’ai l’impression que cette collaboration l’a quand même un peu freiné, je l’ai connu plus fou et plus irrévérencieux dans Demain c’est loin par exemple. Mais on passe un excellent moment pour un livre qu’on aurait pu souhaiter un peu plus touffu !

Le billet de Jérôme.

« un enterrement en drive »

Dans le véhicule de planque : « Le soum’, c’est long. Je n’avais pas de sujet de conversation à balancer, avec Joëlle. Le prêt-à-parler, avec elle, vous oubliez. Avec ses airs de Caroline Proust, dans la série Engrenages, elle avait une propension à me gonfler en deux battements de cils. Et je fais la gueule, et je réfléchis à un truc dingue, et je pédale tellement vite dans ma tête que j’ai tout le temps le cerveau en danseuse. Une chieuse, quoi. »

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 09:38

Résultat de recherche d'images pour "a crier dans les ruines vulcain"

                 Léna et Ivan sont deux enfants qu’une forte amitié réunit tous les jours. Ils grandissent dans cette ville toute proche de Tchernobyl et leur amitié se transforme peu à peu en amour. La tragédie du 26 avril 1986 va les séparer : le père de Léna comprend vite l’ampleur de la catastrophe et, dès le lendemain, la petite famille, avec Zenka la grand-mère, fuit vers Paris où l’attendent des cousins. Léna pense revenir dans son pays quelques semaines plus tard mais ses parents lui expliquent que c’est impossible, qu’Ivan est sans doute déjà mort et qu’à treize ans, elle doit se reconstruire une nouvelle vie. Elle va la réussir cette nouvelle vie, s’intégrant assez aisément, se glissant dans la langue française avec facilité, réussissant brillamment ses études. Mais la ville de Pripiat reste toujours dans un coin de la tête de la jeune fille et le souvenir d’Ivan reste gravé durablement, lui laissant un sentiment d’inachevé…

              Avec quelle impatience et quel plaisir j’ai lu ce roman d’une blogueuse que je suis depuis des années ! Je lui tire mon chapeau, elle réalise tout haut ce rêve que nous sommes nombreux à faire tout bas, je crois. Son écriture est réellement très belle et élégante, parfois sophistiquée, parfois lyrique ; j’ai noté la somptuosité de certains passages. Entre le thème de Tchernobyl que j’ai beaucoup apprécié, celui de la résilience, celui de l’exil et de l’attachement à une terre et cette histoire d’amour à travers les années qui défilent, le livre est riche et foisonnant. C’est cette image d’une ville à l’abandon, envahie par la végétation et des animaux sauvages que j’ai le plus appréciée. La vie malgré tout, la vie au-delà de la bêtise humaine, voilà qui a forcément une résonnance très actuelle. Pourtant, je suis restée un peu en dehors de l’histoire d’amour entre les deux ados qui m’avait l’air de se prolonger indéfiniment, de traîner un peu laborieusement même si le retour au pays pour Lena (je ne pense pas trop spoiler) reste tout à fait justifié. Les phrases sont si belles qu’elles m’ont paru parfois trop travaillées et donc artificielles, emportant avec elles une émotion qu’on aurait préféré voir grandir dans un peu plus de simplicité. Malgré ce petit bémol, les références mythologiques et littéraires, les magnifiques images m’ont enthousiasmée et je souhaite une belle carrière d’écrivain à Alexandra !

« Dans la forêt, la nature souffre. Elle économise ses souffles : elle amasse ses dernières forces pour se battre contre la bêtise de l’homme. Les particules malignes, torrent de boue invisible à l’œil nu, se déversent. Les radiations sont là, elles ont la force d’une armée de l’ombre insidieuse : aucun radar militaire ne peut les détecter. »

Pendant le voyage vers la France : « Zenka pleura silencieusement sa terre meurtrie qu’elle délaissait à l’heure où les corps ne voyagent plus. A jamais une étrangère de son pays qu’elle quitte. Sa vie bien entamée devait trouver une embarcation sur laquelle se fixer. Il ne lui restait alors que cette femme en devenir, sa fragile Léna, calée tout contre elle : une ingénue aux bras encore blancs d’innocence. Elle, elle n’était plus qu’une Vénus de Milo aux bras arrachés. Sa petite-fille deviendrait sa proue, sa poupe et son ancre. Zenka se faisait l’effet d’une muse déchue au corps cubiste : tête à l’envers, regard en arrière mais pieds en avant. »

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21 septembre 2019 6 21 /09 /septembre /2019 08:55

Résultat de recherche d'images pour "Les petites victoires d’Yvon Roy"

            Un couple ordinaire, l’auteur narrateur et sa compagne Chloé, se décide à avoir un enfant. Tout se passe à merveille jusqu’aux 18 mois du petit Olivier. Les parents trouvent de plus en plus étrange qu’il ne parle pas du tout, qu’il ne réagisse pas aux pitreries ni aux démonstrations d’affection, qu’il ne soit jamais câlin. Le diagnostic tombe vite : Olivier est autiste, et l’avenir risque d’être compliqué : il ne pourra ni lire ni écrire, sans doute difficilement parler. Après un moment de découragement au cours duquel les parents se séparent, ils décident de rester une famille, de donner toutes les chances à Olivier. On suit ce père prêt à tout, patient, ouvrant Olivier à différents sports, brisant la routine si chère aux autistes, apprenant doucement à vaincre les crises d’angoisse du petit… Ses efforts conjugués à ceux de la mère et de l’équipe éducative vont porter ses fruits puisqu’Olivier va, à sept ans, pouvoir intégrer une école normale.

           Ce récit de vie est très émouvant parce qu’il prouve qu’à force de patience, d’amour et de persévérance, de petits miracles, ces fameuses « petites victoires » sont possibles. Je crois que la BD est destinée à tous les parents parce qu’on manque souvent de patience avec ses enfants et qu’on a tendance à projeter en eux l’image de l’enfant idéalisé. Ce père admirable (il faut bien l’admettre) a tout gagné le jour où il a réussi, sans hésitation ni doute, à dire à son fils qu’il était fantastique : « Et je peux enfin faire mes adieux au fantôme de ce fils qui ne s’est jamais présenté, et accueillir celui qui a décidé de venir vivre avec moi. »

Bel album empli de tendresse, de tolérance, de combativité. A l’auteur qui se demandait en préambule s’il devait écrire cette histoire : oui Monsieur Yvon Roy, vous avez bien fait !

Résultat de recherche d'images pour "Les petites victoires d’Yvon Roy rue sevres"

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17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 09:37

Résultat de recherche d'images pour "padura les brumes du passé"

           Je poursuis encore ma découverte des auteurs cubains. Contrairement à Zoé Valdès et Karla Suarez, cet écrivain-là n’a pas fui son île mais il habite à La Havane, totalement anonyme car pas du tout médiatisé…

           Mario Conde est un ancien flic devenu vendeur de livres. Il sonne souvent au hasard aux belles maisons cossues la plupart du temps laissées dans un piteux état. Ce jour-là, il a de la chance : les deux occupants lui montrent une bibliothèque qui regroupe des dizaines et des dizaines de titres rares et précieux. Dans cette mine d’or, Conde trouve un vieil article de journal glissé dans les pages d’un livre de recettes. Il s’agit d’une coupure de presse de 1960 annonçant la fin de carrière de Violeta del Rio, une célèbre chanteuse de boléros et vedette de cabaret, aussi belle que talentueuse. Conde, quatre décennies plus tard, du haut de ses 47 ans, se sent attiré par la jeune femme et cherche à en savoir plus. Sa mort mystérieuse serait-elle liée à cette impressionnante bibliothèque ?

          Pour vous donner une idée du style et de l’atmosphère de ce passionnant roman, j’ai pensé à Carnaval de Ray Celestin mais aussi à l’univers mystérieux d’un Carlos Ruiz-Zafon (qui est passé aux oubliettes, non ?)  ou encore à la plume noire et crue d’un James Ellroy. Oui, c’est tout ça à la fois : un roman passionnant, foisonnant, une photographie de La Havane pendant la Crise, des personnages envoûtants, une intrigue bien menée et des digressions très pertinentes.

Bilan de cette brève incursion dans la littérature cubaine : un coup de foudre pour les trois auteurs Zoé Valdès, Karla Suarez et Leonardo Padura (il faut dire que j’ai pris mon temps pour les choisir) ! Je suis ravie !

« Depuis les années 20, La Havane était la ville de la musique, de la jouissance à n’importe quelle heure, de l’alcool à tous les coins de rue et ça faisait vivre beaucoup de gens, non seulement des maestros comme moi. »

« combien de choses on nous a enlevées, interdites, refusées durant des années pour atteindre plus vite un bel avenir et pour que nous soyons meilleurs ? »

« Il ouvrit le livre avec délectation, comme on écarte les cuisses d’une femme conquise par amour, pour s’extasier et s’approprier ses parfums secrets et ses couleurs les plus profondes. Il ferma les yeux et respira : du papier, légèrement foncé par les nombreuses années, suintait une vapeur de vieillesse orgueilleuse. »

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 07:36

Résultat de recherche d'images pour "La Voyageuse de Karla Suarez"

             Après Zoé Valdès, je poursuis ma découverte des écrivains cubains avec une autrice, encore une fois, qui elle aussi a quitté Cuba pour vivre en Europe.

             Lucía et Circé sont amies. Cubaines, elles ont décidé toutes deux de quitter leur île pour vivre à São Paulo. Lucía, après une formation de photographe, va rapidement rencontrer un Italien qui va l’emmener l’épouser à Rome ; Circé, elle, va continuer à découvrir le monde, à la recherche de « sa ville ». Sept ans plus tard, les deux femmes se retrouvent à Rome et Lucía a la surprise de voir débarquer son amie avec un petit garçon de quatre ans, son fils, nommé Ulysse. Circé, plutôt que de se lancer dans de longs discours explicatifs, donne à son amie son carnet de bord, un journal intime qu’elle a commencé à São Paulo. Le roman se partage donc entre le présent, cette cohabitation romaine entre Circé, Ulysse, Lucía et Bruno, le mari de Lucía ; et le passé, les pérégrinations de Circé à São Paulo, Mexico, Madrid et Paris.

              Je vais tenter d’expliquer pourquoi j’ai tellement tellement aimé ce roman. D’une part, l’amitié entre les deux femmes m’a fait penser à celle de L’Amie prodigieuse car ici aussi, l’une des deux paraît plus forte, plus désinvolte, plus courageuse que l’autre et Circé pourrait être comparée à la volcanique Lila. Ensuite, la personnalité de cette Circé, amoureuse de la vie, du monde, du mouvement, très ouverte, à l’écoute de son corps… m’a fascinée ! Elle raconte sa grossesse et la rencontre avec son petit homme de manière si positive, si joviale, que c’est un bonheur de la lire. Enfin, dernier point et non des moindres, et le livre porte bien son titre, les voyages et découvertes de villes latines sont absolument passionnants.

Alors certes, ce n’est pas un livre sur Cuba, même si l’autrice nous fait tout de même part de cette légère hostilité des Cubains vis-à-vis de leur île (beaucoup plus marquée dans La douleur du dollar !) mais j’ai découvert une plume, une vision de la vie et du monde, une passion pour le voyage qui me plaît beaucoup beaucoup ! On n’est pas loin du coup de cœur.

 

« Ecrire comme si l’âme s’était absentée, tentative de fuite sans retour. Comme si c’était la seule chose à faire, expiation de la peine. Ecrire comme si les os tombaient en poussière ; petites particules qui se dissiperaient en changeant d’état. Et le seul moyen de retenir le temps, le seul moyen tolérable de contenir le retour à la poussière, ce serait l’écriture. »

« Emprunter une autre peau. Se métamorphoser. Rester caché, laisser les fantômes apparaître et attendre le chaos. Nous sommes le grand zoo et nos fauves se contorsionnent, se démènent pour se manifester. Je découvre un tigre, une colombe, le serpent venimeux, la fourmi, ils sont tous en moi et je n’ai qu’une seule chose à faire : contrôler la sortie. Je suis le gardien de mon zoo et si je dors, je ne pourrai pas justifier les changements de saisons, mes états d’âme, les revirements de la boussole. »

Jeune mère au bout du rouleau : « le processus de création de l’homme exige l’extinction progressive de la mère »

Circé à son fils de quatre ans : « Le temps, Uly, c’est comme le pipi, si tu ne fais pas les choses quand c’est le moment, alors elles s’échappent. »

 

 

 

 

 

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 19:51

Résultat de recherche d'images pour "Simone de Beauvoir une jeune fille qui dérange de Sophie Carquain et Olivier Grojnowski"

            Simone est une petite fille issue d’une famille bourgeoise parisienne. Née en 1908, elle se distingue par son fort caractère et ses indocilités lui attirent souvent la colère de sa mère, si stricte et conservatrice. Très tôt, la fillette se révolte contre cette éducation sclérosante qui consiste pour une fille à apprendre à tricoter, coudre, broder et tenir une maison. Mère et enseignante lui confisquent les romans qui lui font de l’œil. Adolescente, elle perd la foi et rencontre Zaza, celle qui deviendra son amie même si les deux filles n’ont pas toujours la même vision de la vie. De plus en plus émancipée, guidée par son cousin Jacques, Simone entre à la Sorbonne où elle rencontre Jean-Paul Sartre surnommé le « gnome » et se laisse séduire par son élégance, sa culture, son discours.

           Résumer Mémoires d’une jeune fille rangée, un tel roman brillantissime, en quelques dizaines de planches de BD, le pari était audacieux et risqué. Il est réussi dans le sens où les dessins reflètent fidèlement les personnages de l’autobiographie et l’atmosphère de la première moitié du XXème siècle. J’ai particulièrement apprécié la mère dont l’image s’étiole au fil des pages, la relation entre Zaza et Simone, la rencontre explosive entre Sartre et Beauvoir. Le choix du noir et blanc cédant une grande place au gris est tout à fait justifié et pertinent mais je suis restée frustrée par l’absence de certains passages de la vie de Simone, ses réflexions qu’on pouvait évidemment difficilement retranscrire dans leur totalité. L’album demeure cependant une très bonne première approche de cette femme fascinante.

A noter que chaque chapitre s’ouvre sur une citation de Simone de Beauvoir. Celle-ci est extraite de La Force de l’âge : « Je n’avais pas été une petite fille particulièrement gâtée ; mais les circonstances avaient favorisé en moi l’éclosion d’une multitude de désirs ; mes études, ma vie de famille m’obligèrent à les juguler. Ils n’en explosèrent qu’avec plus de violence et rien ne me sembla plus urgent que de les apaiser. »

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