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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 15:22

Je l’avais repéré sur plusieurs blogs grâce à son thème accrocheur et je n’ai fait qu’une bouchée de ce court roman !

« Châtillon-en-Bierre est un village de mille habitants situé au centre de la France, entre Auvergne et Morvan. » Avec ses quelques commerces, ses deux restaurants, son épicerie et sa supérette, le village ainsi que les hameaux l’entourant, est paisible.

 Dans la nuit du 14 au 15 septembre 2012, un événement « extra-ordinaire » vient briser la routine des Châtillonnais : il leur est impossible de quitter la bourgade ! Les voitures, lancées sur la route menant à la prochaine grande ville, sont stoppées net, en panne, au bout de cinq kilomètres. Cyclistes et piétons se voient contraints de revenir aussi car la route n’aboutit à rien. Sans connexion internet, sans télévision, sans ligne téléphonique permettant de joindre l’extérieur, les Châtillonnais sont coupés de tout le reste du monde.

L’amusement fait vite place à l’affolement puis à l’organisation. Les jours passent et rien ne change, aucun moyen de dépasser ce périmètre relativement restreint dont on fait le tour en trois jours ! L’urgence, c’est la nourriture. Alors que le maire prend des dispositions de partage équitable, des voix s’opposent à lui, certains refusent d’ouvrir leurs stocks à des voisins moins économes qu’eux. On se rend, en tous cas, vite compte que les quelques agriculteurs du village deviennent très importants. L’un d’entre eux, crée un « ranch », une sorte de microcosme dans le microcosme où il réunit tous les artisans et les hommes bricoleurs. Se créent petit à petit deux clans.

Tous les sentiments y passent : la peur, la joie (de courte durée !), l’esprit d’équipe, le découragement total, les envies de démocratie, de communisme, le recours à la religion, la solidarité, la jalousie… Bien évidemment, après des mois et des mois de ce qu’on pourrait appeler  « captivité » dans ce monde clos qui devient vite trop petit, le lecteur se demande comment ça va se terminer, quelles étaient les raisons rationnelles de cette claustration à grande échelle. Eh ben, vous saurez tout quand vous aurez lu le roman ! Bien fichu, intéressant, à mi-chemin entre la fable et le conte fantastique, il soulève plusieurs questions existentielles et nous fait apprécier le petit plaisir de savoir, tout simplement de savoir, qu’on peut aller partout dans notre vaste et riche monde.

 

 

« La hiérarchie des compétences se renversait ; l’essentiel n’était plus de savoir allumer un ordinateur ou calculer une TVA mais d’être habile, d’avoir du bon sens et de posséder des connaissances pratiques. Beaucoup de Châtillonnais paniquaient, qui n’avaient jamais travaillé de leurs mains ni accompli aucun des gestes dérisoires dont dépendait à présent leur survie. »

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 20:19

Petite BD sans texte. Une jeune femme nous présente son quotidien ou plutôt comment elle détourne les petits faits de son quotidien grâce à une imagination débordante. Un voyage en voiture et une entrée dans un tunnel sombre lui fait penser au démarrage d’un train rapide d’une attraction à sensation, et c’est tout à fait rassurée qu’elle retrouve le soleil à l’autre bout du tunnel. Elle compare la planche à repasser à une vraie planche de surf, la pile de linge est une énorme vague qu’elle arrive à vaincre, courageusement. Citons encore un jour de grosse chaleur où elle aperçut un unique petit nuage dans le ciel. Elle rêve de l’attraper, de l’enfermer dans un bocal et de s’en servir pour se rafraîchir, à loisir.

Séduite dès la première planche, je me suis pourtant vite lassée du côté répétitif. Une situation souvent banale de la vie quotidienne devient quelque chose d’extraordinaire, souvent lié aux contes de fée ou aux histoires pour enfants. Cet album pourrait d’ailleurs s’adresser à un enfant (les personnages d’un tableau qui en sortent et prennent vie, c’est du déjà vu…), il est gentillet et mignon… mais on l’oublie vite.

 

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 14:03

Ce récit autobiographique, sorti en janvier de cette année, a déjà fait beaucoup parlé de lui.

            Eddy est né dans un petit village du Nord. Ses parents sont des rustres incultes gouvernés par la télé et les beuveries, et son entourage sans exception se complaît dans une vie faite de vulgarités et de violences. Si Eddy fait très vite ce constat, c’est aussi qu’il se sent différent des autres. Il est maniéré, il n’arrive pas à faire la brute, il n’aime ni le foot ni le rap mais apprécie « le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées ». Ses attitudes lui valent des « gonzesse » et « pédé », on l’insulte, on l’injurie et surtout on le frappe. Pendant des mois et des mois, Eddy va accepter sans broncher, sans se rebeller, que deux collégiens plus âgés le battent, presque tous les jours, dans un couloir de l’école, à l’abri des regards.

L’apprentissage de la sexualité passe par la douleur : entre les films pornos et l’insistance de son entourage pour qu’il sorte avec une fille, Eddy ne s’y retrouve plus et constate avec effarement que seuls les garçons le font bander…

Ce livre est extrêmement violent. L’enfant puis ensuite l’adolescent est constamment humilié dans un univers qui n’est pas le sien. La différence quelle qu’elle soit n’est pas acceptée, l’homophobie et le racisme ont encore de beaux jours devant eux, les mentalités sont figées et sclérosées et on ressort effaré de cette tragédie du XXIème siècle. Eddy a subi une malédiction et, heureusement pour lui, il va réussir à fuir. Ce récit a sans doute une visée thérapeutique, mais l’auteur l’a souvent expliqué, il a aussi éprouvé ce besoin de montrer ce qu’il se passait (encore !) dans certaines contrées isolées, comment on y vivait, comment on pensait. Une photographie de la misère intellectuelle et sociale.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette volonté admirable du garçon à vouloir se couler dans un moule qui n’a pas fait pour lui. Il essaye d’avoir des discussions « meufs » avec des mecs qui ne sont pas des copains, il tente de fourrer lui aussi sa langue dans la bouche d’une fille (expérience dégoûtante pour lui), il ira même jusqu’à frapper une fille, motivé par les encouragements des autres enfants.

Moi qui ne suis pas une adepte de l’étalage de sa propre vie à la façon Annie Ernaux, j’ai beaucoup apprécié le procédé brut de décoffrage qui permet de connaître les souffrances de ce jeune garçon, sans jamais tomber dans la sensiblerie ni la caricature. D’une simplicité rudement efficace.

 

Lorsque la mère d’Eddy lui explique qu’elle aimerait qu’il fasse des études parce qu’elle a raté sa vie : « Elle pensait avoir fait des erreurs, avoir barré la route, sans vraiment le souhaiter, à une meilleure destinée, une vie plus facile et plus confortable, loin de l’usine et du souci permanent (plutôt : l’angoisse permanente) de ne pas gérer correctement le budget familial – un seul faux pas pouvait conduire à l’impossibilité  de manger à la fin du mois. Elle ne comprenait pas que sa trajectoire, ce qu’elle appelait ses erreurs, entrait au contraire dans un ensemble de mécanismes parfaitement logiques, presque réglés d’avance, implacables. Elle ne se rendait pas compte que sa famille, ses parents, ses frères, sœurs, ses enfants même, et la quasi-totalité des habitants du village, avaient connu es mêmes problèmes, que ce qu’elle appelait donc des erreurs n’étaient en réalité que la plus parfaite expression du déroulement normal des choses. »

 

« A table, lui (mon père) parlait de temps en temps, il était le seul à en avoir le droit. Il commentait l’actualité Les sales bougnoules, quand tu regardes les infos tu vous que ça, des Arabes. On est même plus en France, on est en Afrique, son repas Encore ça que les Boches n’auront pas. Lui et moi n’avons jamais eu de véritable conversation. Même des choses simples, bonjour ou bon anniversaire, il avait cessé de me les dire. »

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 20:06

C’est la couverture de cette BD au petit format qui m’a attirée. La promesse d’un « road-movie romantique » m’a intriguée.

Martin Bonsoir est un conducteur de poids lourds qui sillonne les routes du Canada et des Etats-Unis. Un soir de neige, au Québec, il reste bloqué par la neige, son camion refusant d’avancer. Il n’ a d’autre solution que de marcher dans un froid glacial à la recherche d’un refuge. C’est Esmé qui va lui ouvrir, une femme plus âgée que lui, qui vit seule, qui lui offre rapidement gîte et couverts. Esmé a perdu son mari chauffeur routier lui aussi et donne à son invité des conseils de mécanique !

Martin souhaite la remercier et elle lui demande de l’emmener avec lui. Elle rêve d’aller voir le Grand Canyon et puisqu’il va en Arizona… Les deux font donc la route ensemble, malgré les conditions peu confortables, une belle entente s’installe entre les deux.  Esmé améliore leur quotidien et leur permet de faire des pauses. Ils vont ainsi admirer les chutes du Niagara ou encore observer un énorme troupeau de bisons dans le Dakota du Sud. Pourtant, derrière ses apparences joyeuses et légères, Esmé cache un lourd secret.

Quel beau voyage ! Entre Canada et Etats-Unis, on en prend plein les yeux ! Même le camion devient beau devant un lac gelé, à côté de forêts dorées ou encore sur les grandes routes droites américaines. La dessinatrice se révèle excellente dans l’art de retranscrire la beauté des paysages. Je suis un peu moins fan de sa façon de dessiner les personnages (un brin vieillotte). Quant au scénario, je l’ai trouvé très chouette jusqu’à l’annonce du secret d’Esmé qui vient plomber l’histoire d’une couche de mélo bien trop épaisse. J’aurais préféré le road-movie tout court au road-movie romantique … Pour le scénario, ce sont les auteurs d’India Dreams qui s’y collent et, très étrangement, je crois me souvenir que j’avais été bien plus sensible aux images de la série qu’à ses textes…

 

 

 

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 20:24

Séduite par Opération Sweet Tooth, je savais, à la fin de ma lecture que je n’en resterai pas là avec ce monsieur McEwan. Sur la plage de Chesil est un court roman complètement différent.

Edward et Florence viennent de se marier et nous les rencontrons pour la première fois le soir de leurs noces. « Jeunes, instruits, tous les deux vierges », ils sont à la fois réjouis de se retrouver seuls et un peu intimidés par l’acte charnel qui est censé entamer cette lune de miel. Chacun se souvient de son enfance, de leur rencontre, du chemin fait pour en arriver là. Edward est issu d’une famille modeste, son père est enseignant et sa mère, il le découvre tard est dérangée mentalement. Florence vient, elle, d’une famille aisée, son père est un homme d’affaire qui réussit, sa mère est professeur de philo.

Ian McEwan est un petit malin, il nous présente deux beaux jeunes gens sur le point de passer à l’acte, il nous installe dans une belle et spacieuse chambre d’hôtel, entre un homme très excité et une jeune femme complètement paniquée à l’idée d’accomplir cette chose sur laquelle elle s’est renseignée comme elle a pu mais qui la répugne énormément. La maladresse des amants est tantôt hilarante, tantôt touchante et sensuelle. Et voilà pas McEwan qui nous emmène dans une grande digression pour nous expliquer, exemples à l’appui que les tourtereaux s’aiment vraiment. On retourne un court instant dans la chambre nuptiale, le temps à Edward de poser la main sur la cuisse de sa belle tétanisée, et c’est reparti pour une longue parenthèse néanmoins intéressante où on découvre la passion de Florence pour son métier de violoniste et l’intégration réussie d’Edward dans sa future belle-famille.  

Je ne nous dévoilerai pas le dénouement de ce « Je t’aime moi non plus » dans le contexte si particulier des années 60, de l’hésitation entre les frustrations passées et la libération sexuelle à venir, par contre, je me permets d’insister sur la réussite de ce roman. La lecture fut pour moi un vrai délice, l’intensité dramatique parvient à lier parfaitement sensualité et humour ; les portraits sont réalisés avec brio et précision, l’écriture est délicieusement fluide.  Aucune fausse note. Je ne peux m’empêcher d’apposer mon sceau que je pensais perdu (mais non !) : COUP DE CŒUR !

 

« C’était encore l’époque – elle se terminait vers la fin de cette illustre décennie – où le fait d’être jeune représentait un handicap social, une preuve d’insignifiance, une maladie vaguement honteuse dont le mariage était le premier remède. »

« Depuis plus d’un an, Edward était obsédé par ce soir précise de juillet où la partie la plus sensible de son anatomie résiderait, même brièvement, à l’intérieur d’une cavité naturelle du corps de cette jolie femme rieuse et formidablement intelligente. Le moyen d’y parvenir sans se ridiculiser ni être déçu le préoccupait. »

 

« Leur cour ressemblait à une pavane, à une manifestation solennelle, ralentie par un protocole jamais signé ni mentionné, ralentie par un protocole jamais signé ni mentionné, mais généralement observé. »

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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 09:20

L’échappée belle.

            Suite des aventures de Crapaud, Taupe et Rat. Alors que les journées d’été connaissent une chaleur suffocante, Taupe et Rat s’offrent une balade nocturne en barque. « Mais bientôt, l’astre noctambule, épuisé par tant d’efforts à se résoudre à prendre quelque repos et les abandonner – bien à contre-cœur, croyez-moi. » Les petits bruits parfois inquiétants de la nuit font place à un silence implacable et Rat explique : « C’est le moment où les animaux de la nuit sont allés se coucher et ceux du jour ne se sont pas encore levés. Ce moment rare et précieux où le temps semble suspendu entre deux mondes. C’est l’heure bleue.» Nos deux amis accostent à une île bordée de saules et de bouleaux où ils rencontreront un être aussi fabuleux qu’éphémère…

Crapaud, lui, est en prison, toujours et encore. Il n’a plus que quelques jours à faire. Il se lie d’amitié avec la jolie fille du geôlier, qui finit par l’aider à s’échapper. Comment ? En se déguisant en vieille bonne femme ! Bien sûr, ça, Crapaud a du mal à l’accepter mais c’est avec une joie infinie qu’il goûte à l’odeur de la liberté. Après moult mésaventures, Crapaud, poursuivi par la police, se fait avoir par son point faible… son amour pour les voitures !

J’avais fini le tome 2 sceptique, ce tome 3 m’a beaucoup plus plu, certaines planches sont enchanteresses, notamment celles de l’île magique entourée de son aura bleutée. Quelques répliques m’ont également plus touchée ; l’univers de ces animaux est tour à tour drôle et poétique. Si je n’adhère toujours pas à 100%, le contexte de lecture y est peut-être pour quelque chose. Je fais la lecture à mes enfants et il faut avouer que le vocabulaire leur est difficile d’accès, je m’interromps souvent pour leur expliquer ce qui est très confus pour eux. Pourtant, ils me réclament encore la suite, qu’on lira puisque c’est le dernier tome du cycle. Quelqu’un a-t-il lu le Second Cycle ? je suis curieuse de savoir si les personnages sont les mêmes. Malgré mes petits bémols, le dessin, merveilleux, est à découvrir !

 

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 10:25

En 1968, à Londres, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé, nu, sous un matelas, dans le quartier d’Abbey Road à une époque où la «beatlesmania » commence à prendre de plus en plus d’ampleur.

Breen est le policier chargé de cette mission. Son père vient de mourir, il vit seul et en plus, a tout intérêt à résoudre rapidement cette enquête. Effectivement, alors qu’un collègue se faisait poignarder par un voleur lors d’une précédente enquête, il n’a rien trouvé de mieux que de prendre la fuite. Bref, il est mal vu de toute la division B et en guise de punition, se retrouve flanqué d’une collègue femme, Tozer, pensez-vous, une femme policier dans les années 60 !

L’enquête policière n’a, en soi, rien de bien original mais le contexte spatio-temporel est complètement envoûtant. Alors que des centaines de jeunes filles commencent à se damner pour Georges, Paul, John, … la guerre de Biafra fait rage, le racisme n’a rien de choquant (« Ni Noirs, ni Irlandais ») et la femme londonienne a encore bien du boulot pour se faire valoir (une femme flic ne peut pas conduire, la femme ne peut pas payer dans un bar, celle qui prend la pilule est une salope, se maquiller signifie aguicher un homme, …). Les deux personnages principaux s’attirent et se repoussent, Breen est gauche, timide, démodé, Tozer le bouscule par ses bavardages, les verres d’alcool qu’elle s’envoie, ses excès de vitesse, son modernisme, son côté garçon manqué.

Après moult bourdes et quiproquos, les deux compères devenus presque des amis (voire plus…), réussissent à résoudre cette fameuse énigme de la jeune fille nue. Ce bouquin plaît à tout le monde mais ce n’est pas étonnant, il est drôle et captivant, parfois étonnant et puis sur fond de musique Beatles, comment ne pas craquer ! Excellente nouvelle, ce roman est le premier volet d’une trilogie !

« On est en 1968, monsieur. On n’est plus « censé » faire quoi que ce soit. »

 

Devant une boutique hippie… ou le choc des générations : « Une des caisses de guitare était peinte comme l’Union Jack. S’il fallait y voir de l’ironie, elle échappait à Breen. Etre jeune et anglais, c’était être supérieur. L’empire des lois mouvantes. Au mieux, Breen se sentait étranger dans ce pays. Et devant cela, deux fois plus. Ces gens n’avaient que quelques années de moins que lui, mais ils vivaient dans un univers différent. Les hommes de sa génération avaient grandi en voulant porter de plus beaux costumes que leurs pères. Ceux-là ne voulaient pas de costume. »

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 09:18

Comme souvent en BD, c’est le hasard qui a fait son (bon) travail et m’a portée vers cet ouvrage original.

            Les premières planches, sans texte, nous montrent une petite fille nue gambadant dans la nature. Elle sautille parmi biches et sangliers, elle lape l’eau d’une rivière, elle se vautre dans les baies… jusqu’à ce qu’un chasseur la voie et l’attrape, comme du gibier.

Cette enfant sauvage se retrouve ensuite dans une famille d’accueil, une femme tente de lui donner de l’affection, essaye de la faire manger à la cuillère, lui explique ce que c’est qu’un bain et surtout, veut lui enfiler une culotte. Et la petite fille refuse farouchement, ça gratte, ça gêne, ça fait mal aux fesses. Une éducation de longue haleine accompagnée du duo gagnant punitions et chantages permet à la petite fille nommée Victorine par sa mère d’adoption d’aller enfin à l’école (prénom donné après avoir lu Victor de l’Aveyron de Jean Itard). Ses habits la gênent encore, elle ne prononce qu’une syllabe de son prénom « Vi » et les autres enfants rient à gorge déployée face à son comportement animal. Victorine commence à répéter les sons qu’elle entend dans la cour de récréation mais ce n’est pas très glorieux entre les « Grocon ! » et les « Tupuducu ! »

C’est surtout un garçon qui l’embête et se moque d’elle. Les deux en arrivent aux mains et le vilain garnement parvient à ôter la culotte de « Vivi ». Après un instant d’hésitation, la fillette en profite pour enlever la totalité de ses habits et, une fois le portail de l’école ouvert, s’enfuit tel un animal retenu trop longtemps dans sa cage. La dernière image est sensationnelle : Victorine, nue, assise au sommet d’une montagne, observe le magnifique coucher du soleil en prononçant une des dernières phrases mémorisées dans le monde civilisé : « Trouducudéfess ».

La quatrième de couverture nous prévient : « Ce livre contient des images pouvant heurter la sensibilité des adultes. Il est déconseillé aux parents non accompagnés de leurs enfants. » Les mots sont rares et ne sont finalement que ceux que retient Victorine. Les dessins sont en noir et blanc mis à part les éléments naturels et chers à la fillette : la forêt, la pelouse autour de la maison, le bois du feu de la cheminée.  Le tout est absolument savoureux, drôle et subtil. On s’identifie très vite à cette petite galopine et on n’a qu’une envie : lui rendre Dame Nature, si belle, si simple et si généreuse. Un bel éloge de la nature et une jolie satire de notre société. Le traitement de ce mythe du bon sauvage est ici tout à fait original, pétillant, souriant … à lire sans attendre, c’est un coup de cœur pour moi !

Je m’étais déjà plongée dans cette histoire passionnante de l’enfant sauvage avec le livre de T.C. Boyle, le nom de Frédéric Boilet me disait quelque chose, c’est lui qui a adapté Quartier lointain de Taniguchi ! Et il me tarde de découvrir autre chose d’Aurélia Aurita !

 

 

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 09:58

Le narrateur est un spécialiste du yiddish, il traduit les récits d’Israel Joshua Singer. En juillet, il choisit les Dolomites à la fois pour escalader des montagnes et pour écrire. C’est dans une auberge, en buvant une bière et en mangeant des beignets à la ricotta et aux épinards qu’il croise une femme d’une quarantaine d’années qui le surprend par son large sourire.

C’est à ce moment-là seulement que l’auteur nous dévoile le passé de cette femme. Elle a souri à l’inconnu car il lui rappelle un garçon sourd-muet qui lui avait appris à nager, à apprivoiser l’eau, « à faire la planche », à « manger les oursins crus, ceux qui ont des pointes rouge foncé ». La femme a un passé bien particulier puisque son père est un criminel de guerre nazi, en fuite depuis la deuxième guerre mondiale, sans cesse dans la crainte d’être découvert. L’homme devenu facteur n’éprouve ni regrets ni remords, son seul tort, d’après lui, est d’avoir perdu la guerre. Il passe sa vie dans le silence, parlant peu pour ne pas que sa voix le trahisse. Sa fille a découvert sa véritable identité lorsqu’elle était étudiante, elle n’a pas choisi de suivre sa mère mais est restée avec ce père criminel de guerre.

Dans cette auberge, le traducteur prononce à haute voix le mot yiddish « èmet » et aussitôt le père criminel qui a rejoint sa fille pense qu’on l’a retrouvé, que le mot yiddish est un nom de code. Il quitte rapidement l’auberge, sa fille sur ses talons.

Ce court roman est un chef d’œuvre, « aussi bref que percutant » comme nous dit la quatrième de couverture, un livre qu’il vaut mieux lire et relire plutôt que d’en parler car je sens bien que mes mots sont pauvres et vains pour tenter de décrire la beauté de cet ouvrage. D’une part, cet hommage rendu aux Juifs par le truchement de la littérature, d’autre part ce vieil homme fuyant ses vrais torts, et cette fille qui cherche à retrouver une nouvelle identité. La fin est brillante et Le tort du soldat est un de ces livres qu’on aimerait relire tout de suite.

« La beauté invente des variantes, elle ne répète pas en miroir. »

« Escalader est le plus lent déplacement du corps humain. Le poids sur chaque prise est une syllabe pensée, en gagnant des centimètres. »

 

« Le yiddish a été mon entêtement de colère et de réponse. Une langue n'est pas morte si un seul homme au monde peut l'agiter entre son palais et ses dents, la lire, la marmonner, l'accompagner sur un instrument à cordes. »

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 14:45

Quel bonheur de retrouver Mattéo à une époque si peu traitée en littérature !

1936. Ce sont les premiers congés payés. Mattéo qui vit désormais à Paris en tant que tailleur de pierres et prend des vacances à Collioure avec Amélie devenue une amie fidèle et sincère ainsi que le compagnon de celle-ci, Augustin.

Par hasard, Mattéo rencontre Juliette à la Poste où elle travaille désormais. Le fils de Juliette, Louis, a désormais dix-huit ans et Juliette vit seule avec lui depuis qu’elle a quitté le château de ses richissimes beaux-parents.

Les plages bondées, les terrasses noires de monde, toute cette légèreté ambiante est contrecarrée par la guerre civile espagnole qui s’annonce et qui intéresse Mattéo et son copain Robert. Notre héros est décidément encore plus attiré par les conflits que par la généreuse poitrine de Juliette (et Gibrat aime dessiner les seins, oh oui qu’il aime ça !).

On retrouve des personnages qui sont encore mieux dessinés qu’auparavant : Amélie la pacifiste, toujours de bonne humeur mais qu’on sent peu à peu agacée par les beaux discours d’Augustin, toujours un peu trop sûr de lui. Paulin l’aveugle est égal à lui même, drôle, il a le béguin pour Amélie et va jusqu’à participer à un concours d’accordéon pour la séduire, en vain.

Attention, je vais me montrer un peu plus critique que pour les tomes précédents. Mattéo a passé un paquet d’années au bagne de Cayenne mais l’auteur a préféré taire cet épisode. Finalement, vingt-deux ans se sont passés depuis le premier tome, Mattéo a trois guerres à son actif (ça pèse, quand même !) et n’a pas vieilli d’un poil, Juliette non plus d’ailleurs. Je n’ai pas été déçue par cette BD (comment Gibrat pourrait-il nous décevoir ?) mais j’ai trouvé le procédé un peu répétitif : Mattéo rencontre une très belle jeune femme, couche avec elle (on nous montre une jolie paire de nichons au passage, vous l’aurez compris), préfère la guerre, va un peu se battre, voit un de ses amis mourir, etc. Y’aura-t-il une suite ? Existe-t-elle déjà ? Renseignez-moi vite !

 

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