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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 09:10

Ça fait bien trois ans que je n’avais plus mis les pieds dans l’univers de Michel Quint. Les retrouvailles avec cet auteur que je considérais comme un de  mes préférés, furent savoureuses.

Lille, un mois d’avril étonnamment caniculaire. Jules, trente-deux ans, considéré par sa mère comme un bon à rien, tombe amoureux de la jolie Lisa alors qu’il pose du parquet dans les parties communes de son immeuble. Lisa, elle, s’adonne à une activité un peu particulière puisqu’elle colle des affichettes avec la photo de son frère disparu, Sébastien Arnoux. Jules abandonne tout pour l’aider. La police se moque de cette histoire de disparition puisque le type en question n’a plus donné signe de vie depuis trois jours seulement, qu’il est adulte, riche, beau et célèbre (joueur de foot dans l’équipe de France junior). Oui, mais Lisa, même si elle n’était pas très proche de son frère adepte de la luxure et des parties fines, sait qu’il s’est passé quelque chose de grave.

On retrouve effectivement le cadavre de Sébastien, repêché dans la Deûle quelques jours plus tard. Parce qu’il était ivre et qu’il avait la braguette ouverte, la police conclut à un accident stupide, le footballeur serait tombé dans l’eau en voulant faire pipi… Pourtant, Lisa et Jules sentent que cette mort n’est pas le fruit du hasard. Les personnages secondaires vont éclairer leur lanterne : Monsieur Dimanche, le protecteur des prostituées et son douloureux passé ; Emma, la cousine de Jules, homosexuelle et retrouvée dans des situations compromettantes sur des photos dans l’ordinateur de Sébastien ; l’oncle et la tante de Jules toujours si étrangement proches de la mère de Jules…

Ce roman qu’on devine policier au fur et à mesure qu’on avance dans l’intrigue, est riche par la diversité de ses thèmes : l’amour (et j’adore quand Michel Quint parle d’amour… d’ailleurs ce petit Jules, bricoleur- dégaine de voyou – grand lecteur – cruciverbiste, devrait plaire à plus d’une !), la prostitution, la quête d’identité (Jules n’a jamais connu son vrai père et toute son existence a résonné comme un reproche dans la bouche de sa mère), la corruption… Mais Michel Quint rend surtout hommage à un fait divers tragique : en 2010 et 2011, quatre corps de jeunes personnes ont été retrouvés noyés dans la Deûle, à Lille. Avant la découverte de la mort, il y a la disparition accompagnée de la sourde angoisse pour les proches.

J’ai aimé ce livre, cette alliance d’amour et de tragique, cette course contre la montre dans un Lille torride, j’ai aimé retrouver l’écriture de Quint qui n’affectionne pas beaucoup les virgules, ce mélange d’argot et de langage soutenu, ces mots, ces métaphores, ces comparaisons avec lesquels il jongle si bien. Tout ne m’a pas plu, les passages sur le foot ou la Camorra notamment m’ont plutôt ennuyée mais le style est si enlevé, poétique à souhait qu’il fait oublier ces détails et nous emmène… par-dessus les étoiles !

 

> « Si le sentiment est devenu une fonction glandulaire, on est tous morts ! »

> L’engouement pours les usines désaffectées : « C’est curieux, maintenant, que le travail manque, les petit-bourgeois, les nouveaux riches raffolent des lieux où le prolétariat urbain a usé sa vie. Comme s’ils avaient besoin d’un monument pour se souvenir aujourd’hui que le boulot est devenu souvent virtuel, rarement salissant, que la classe ouvrière s’est éteinte. Les mains ne servent plus à rien, elles ne sont plus bonnes qu’au macramé, à l’art du bouquet, à cuisiner joli, singer les maîtres queux, et se fourrer les doigts dans le nez. »

> Jules parle de sa relation avec Lisa :« Elle est devant moi, sur fond de la brumasse de dehors, saloperie de printemps, j’entends son souffle soucieux et la vois désorientée. Et qu’elle commence à se reposer sur moi, si si, je sens bien une sorte de confiance en mes capacités qui lui vient doucement, un type qui pose du parquet c’est du solide. Flatteur mais je ne suis pas à la hauteur, maman me le répète assez, et puis je suis lucide. L’occuper, je peux, surtout ce sera un alibi pour ne pas la quitter. Pas que je l’aime, pas i vite, la foudre c’est du roman, j’ai juste bizarre dans le jarret quand je la regarde et du plaisir à savoir qu’elle existe, Lisa. Le plus souvent, je suis dans la doublure de la vie qui va. »

 

 

Mon préféré de Michel Quint : Et mon mal est délicieux

 

 

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 19:04

Premier volet d’un diptyque.

Emilie, de plain-pied dans le troisième âge, rentre d’un séjour à Lourdes. De retour à la maison où la vieille dame vit avec son communiste de mari, Edouard, sa fille, son gendre et ses deux petits-enfants, la traditionnelle scène de ménage gronde : l’épouse reproche au mari de ne pas l’avoir cherchée à l’arrêt de bus, lui la traite de bigote et de « renifleuse de soutane ». Les insultes fusent et la fille du couple avoue ne plus pouvoir les supporter. C’est le coup d’éclat quand elle les menace de les envoyer « en maison de vieux ».

La seconde partie de la BD se passe le jour de la confirmation de la fille aînée. L’oncle s’applique à tout bien filmer, la mère soigne ses bouchées à la reine et le papy athée s’envoie un « petit pineau » qui n’a rien de petit.  Ça remue de tous côtés, ça commente, ça papote, ça boit, ça fume… jusqu’au moment où on s’aperçoit que la statuette de la Vierge Marie, rapportée de Lourdes par la mamie et posée fièrement par elle sur la télé… pleure des larmes de sang.

Bien sûr qu’on a envie de connaître la suite ! Les personnages sont d’emblée bien campés, l’ambiance est à la fois à la rigolade (qu’ils sont drôles, ces deux vieux qui mettent tant d’énergie à se détester !) et au tragique, parce qu’on sent bien que quelque chose se prépare, que la tension est trop forte et qu’elle annonce un gros orage. Le contrat de ce premier tome est donc pleinement rempli. Seule petit bémol : les dessins que j’ai moyennement appréciés, trop simples à mon goût, aux couleurs trop pâlichonnes.

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 17:46

 

Alors que je m’étais précipitée sur Dernière nuit à Twisted River (que j’ai adoré !), j’ai attendu quelque temps pour lire le dernier Irving. Allez savoir pourquoi… peut-être une petite intuition !

Bill est un adolescent en pleine « incertitude sexuelle ». En effet, il est charmé par Richard, cet homme qui deviendra son beau-père ; la bibliothécaire, Miss Frost, et ses petits seins l’attirent également terriblement et enfin, c’est encore devant un camarade de lycée, le beau Kittredge, qu’il perd vraiment tous ses moyens.

A travers le récit d’un Bill à la fin de sa vie, c’est toute l’existence de cet homme qu’on nous présente sous un angle bien précis : celui de sa sexualité. Bill est bisexuel, il aime les hommes mais également les femmes, ce qui lui fait apprécier le contact des transsexuels. Insistance est faite sur l’adolescence de Bill et les quelques événements qui ont contribué à bâtir son avenir. Les personnages sont hauts en couleur : Elaine, sa meilleure amie et la première fille qu’il a « essayée », la mère d’Elaine qui l’a aidé à soigner ses problèmes d’élocution (au lieu de « pénis », Bill prononce « pénif »), son grand-père Harry qui a toujours adoré jouer ses pièces de théâtre déguisé en femme, Kittredge, l’étudiant qui faisait craquer garçons et filles mais qui brillait par sa cruauté, et surtout, Miss Frost, cette bibliothécaire qui l’a guidé dans ses lectures et dans bien d’autres choses…

J’ai aimé une bonne partie du roman, la formation de cet homme, ses craintes de ne pas être « comme tout le monde », son avancée dans la vie. Le personnage est attachant mais la place de la sexualité m’a paru trop grande, complètement envahissante vers la fin du livre. Le pauvre lecteur hétéro passerait presque pour un abruti… La tonalité est assez négative aussi, les personnages principaux meurent les uns après les autres (forcément, me direz-vous, puisque le « héros » vieillit…), le sida occupe une bonne centaine de pages.

Côté positif, parce qu’évidemment, il y en a, je placerais en toute première position le thème du théâtre. Bill joue dans une troupe d’amateurs pour laquelle sa mère tenait le rôle de souffleuse. La troupe joue des classiques tels que des pièces d’Ibsen, de Shakespeare. Irving met en lumière le long processus de mise en scène d’une pièce et insiste sur l’apprentissage d’un texte, sur la distribution des rôles, sur le jeu des acteurs, sur l’accueil du public. Pour moi qui joue aussi dans une petite troupe (mais nous n’avons jamais osé toucher au grand Shakespeare !), cette partie-là fut jubilatoire. J’ai aussi aimé le côté complètement barré des personnages, spécialité « irvingienne », l’humanité de l’auteur, une autre constante qui, ici, s’exhibe dans toute sa splendeur.

 

 

« Mon béguin pour lui devenait de moins en moins curable ; si ma mère était déjà amoureuse de Richard Abbott, elle n’était pas la seule.

 

Je me souviens très bien de cette nuit magique où une chose banale comme de marcher sur le trottoir de River Street avec l’ensorcelant Richard me semblait romantique. L’air était chaud et humide, comme par une nuit d’été, l’orage couvait dans le lointain. Tous les enfants et les chiens du voisinage jouaient dans les jardins de River Street. A un moment donné, le beffroi de la Favorite River Academy sonna l’heure : il n’était que dix-neuf heures, ce soir de septembre, et mon enfance, comme Richard l’avait pressenti, laissait place aux prémices de l’adolescence.

 

Parlons franchement, qu’est-ce qui t’intéresse vraiment chez toi, Bill ? me demanda Richard.

 

Je ne sais pas pourquoi j’ai des… béguins soudains, inexplicables, lui répondis-je.

 

Oh, des béguins… ça ne fait que commencer, dit-il pour m’encourager. Les béguins, c’est très courant, il ne faut pas que ça t’étonne d’en avoir – il faut même en profiter ! ajouta-t-il.

 

Parfois, on se trompe de personne, hasardai-je.

 

Mais il n’y a pas de bon ou de mauvais béguin, Bille, m’assura-t-il. Un e béguin, ça ne se contrôle pas, ça vous tombe dessus, voilà tout. »

 

 

Bilan ? Ni déception, ni exaltation. Je mettrai 4/5 sur le blog de Val et son Challenge for John Irving.

A_challenge_for_John_Irving

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 11:57

Gastronomie et BD m’ont toujours attirée, j’ai donc kidnappé ce manga dès que j’en ai connu l’existence…

Hana est une jeune citadine japonaise qui vit seule parce que son mari a été muté en province. Elle travaille dans une librairie, elle est désordonnée au possible, assez paresseuse mais surtout très gourmande. On la suit donc au fil des saisons et des soirées en solitaire avec son gros appétit qu’elle essaye de combler avec ses maigres revenus et ses petits talents de cuisinière. Elle se débrouille avec les moyens du bord, le 2è plat consistera à faire couler un œuf cru sur du riz blanc, le tout aromatisé de sauce soja. Il s’agit parfois d’ouvrir une sauce en sachet ou … d’appeler le livreur de pizza.

 

A part quelques découvertes que j’oublierai vite fait (allez faire la différence entre les « ramen », des nouilles de blé, les « udon », des nouilles fraîches de blé tendre et les nouilles d’amidon qui sont comme des spaghettis carrés et translucides), j’ai été assez déçue par les recettes proposées, vraiment peu élaborées. Peut-être ai-je tort de préférer les vrais œufs aux « miettes d’œufs lyophilisés en sachet » ? La jeune fille elle-même fait très gamine, saute de joie quand elle a une idée de repas, commente ses trouvailles avec une candeur et une niaiserie assez spectaculaires, se parle toute seule, bref, je n’ai pas accroché à ce personnage ! Les dessins, en noir et blanc, n’ont pas n’ont plus retenu mon attention et les textes sont d’une taille microscopique !

La quatrième de couverture (ou la première ? Je m’y perds un peu puisqu’il faut commencer par la fin !) précise que le scénariste est le même que celui du formidable  Gourmet solitaire de Taniguchi ! J’en reste bouche bée !

Rencontre ratée qui m’a à peine ouvert l’appétit…

 

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 19:27

Alors que  Le perroquet de Flaubert ne se prêtait pas tellement à une lecture sous-le-soleil-les-doigts-de-pieds-en-éventail-dégoulinant-de-crème-solaire, ce roman policier convient tout à fait à la plage !

Le commissaire Mistral doit démasquer un meurtrier qui a ressurgi alors qu’on n’avait plus entendu parler de lui depuis quelques années. Il s’agit du Magicien qui doit son surnom à sa manière de procéder : il attire de jeunes garçons d’une dizaine d’années en leur faisant un tour de magie bluffant puis les viole dans une cage d’escalier sombre d’immeuble avant de les tuer.

Si on suit l’enquête de Mistral et de ses collègues policiers qui rêvent de coincer ce malade mental, on accompagne aussi le tueur en série qui vient de sortir de prison (d’où son absence de quelques années). Il donne facilement le change en se faisant passer pour un homme malingre et insignifiant. Le boulot de plombier qu’il accomplit avec efficacité lui permet aussi de traquer ses futures proies.

C’est un roman policier assez banal. Le suspens (qui n’est pas non plus insoutenable) rend a lecture plutôt addictive, accessible et rapide. L’écrivain est un flic, commissaire de la police judiciaire à Paris, c’est un aspect intéressant puisqu’il ne nous raconte pas n’importe quoi sur la vie et le travail des policiers (en tous cas, c’est ce que j’ose espérer !). Il doit d’ailleurs y avoir un poil d’autobiographie avec ce personnage du commissaire Mistral, décrit comme un père de famille relativement ordinaire.

Comme je le disais, une lecture légère et facile, pas si terrifiante qu’il n’y paraît. Le roman a reçu le prix des Lecteurs « Goutte de Sang d’Encre », que je ne connais absolument pas !

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 18:36

Le roman Sans famille d’Hector Malot a été ma première émotion de lecture. Cette histoire d’orphelin sillonnant la France me fascinait quand j’étais enfant. J’en ai gardé un tel souvenir que relire le livre me fait peur. J’ai trouvé une autre solution avec cette BD.

Rémi, un enfant habitant dans une ferme isolée, est le narrateur. Jusqu’à l’âge de huit ans, il pensait que celle qui s’occupait tendrement de lui  jours et nuits était sa vraie mère, avant d’apprendre la triste nouvelle : c’est un enfant trouvé. Celle qu’il appelle « Mère Barberin » l’a recueilli quand il était bébé, trouvé par son mari, Jérôme, sous un porche parisien. Jérôme, rêvant d’une récompense en regardant les riches langes et linges qui enveloppent le nourrisson, a gardé l’enfant mais, huit ans plus tard, sans argent, il veut s’en débarrasser. Un artiste ambulant, le signor Vitalis, entend parler de ce garçon trouvé et propose de le recueillir dans sa « troupe ». Moyennant quelques sous, Jérôme accepte rapidement en cachant la vérité à son épouse. Vitalis accompagné de M. Joli Cœur un singe adorable, de Capi un petit chien blanc et de deux autres chiens, Dolce et Zerbino, prend Rémi par la main. Rémi s’époumone à appeler sa « maman », il se sent seul mais deux éléments vont lui apporter un peu de réconfort : la gentillesse de Vitalis qui lui promet souliers, culotte de velours, veste et chapeau, et Capi, qui vient se blottir doucement dans les bras du garçon.

J’ai encore une fois craqué ! La douceur de l’histoire et du texte est magnifiée par le dessin, tout en nuances, aux couleurs claires et tendres. L’innocence du regard de Rémi face au visage empreint de sagesse de Vitalis fait mouche et les petits animaux les entourant ne font que compléter ce tableau original. Non seulement j’ai bien envie de continuer cette série (et de la faire découvrir à mes enfants puisqu’il s’agit d’un album destiné à la jeunesse) mais je souhaite aussi relire ce beau roman qui m’a tant fait rêver…

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 18:44

Il me tardait de découvrir cet auteur à l’écriture particulière (oui, je le sentais avant de le lire !).

Julian Barnes nous livre une biographie insolite de Flaubert. Il s’intéresse à quelques parties de la vie de l’écrivain, quelques éléments qui l’ont marqué. Il s’interroge par exemple sur le perroquet qui a été à l’origine de celui qui a inspiré Flaubert pour écrire sa nouvelle « Un cœur simple ». Puisqu’il en trouve un à Rouen, au musée Flaubert et un autre à Croisset dans la maison où Flaubert a vécu, il se demande quel est celui qui a servi de modèle à l’écrivain. Donc il enquête … Il va aussi contredire le réquisitoire qui affirme que Flaubert haïssait l’humanité, qu’il détestait la démocratie, qu’il n’était pas patriote, qu’il avait tué des animaux, … point par point, Barnes le défend en affichant des arguments plus ou moins fiables. D’un autre côté, il nous propose une version de Louise Colet, celle qui a été la maîtresse de Flaubert, et là on découvre un homme capricieux, parfois cruel, manquant de tact et prenant du plaisir à humilier sa compagne.

Une donnée importante fait toute la richesse de ce livre qu’on ne peut qualifier de roman ni d’essai, c’est l’humour de l’auteur, un humour anglais subtil et incisif, omniprésent à tel point qu’on se demande si le critique déteste le célèbre écrivain  ou s’il l’adore… je pencherais plutôt pour la seconde option. Je crois que c’est un acte d’amour, un hommage qui tente de révéler les points faibles comme les qualités de Flaubert. Et Flaubert apparaît comme un homme, comme les autres, et un écrivain de grand talent (il écrivait avec une facilité déconcertante !)

La structure du livre m’a paru difficile à saisir mais, pour ma défense, ce fut une lecture de plage, au sens propre du terme, et, se concentrer au milieu des « schhh » des vagues, des « plouf plouf » des enfants, des grains de sable s’immisçant entre les pages, ce fut drôlement difficile.

Découverte du second perroquet : « Puis je l’ai vu. Blotti au sommet d’une haute armoire, il y avait un autre perroquet. Également vert étincelant. Également, d’après la gardienne et l’étiquette de son bâton, le perroquet même que Flaubert avait emprunté au musée de Rouen pour écrire Un cœur simple. J’ai demandé l’autorisation de descendre le deuxième Loulou. Je l’ai posé soigneusement sur l’angle d’une vitrine et j’ai enlevé son globe de verre. »

Une réflexion sur la couleur des yeux des personnages…  (Car ce cher Gustave aurait donné différentes couleurs d’yeux à Emma Bovary !) : « Yeux bruns, yeux bleus. Cela est-il important ? Non pas : est-il important que l’auteur se contredise ? Mais leur couleur est-elle importante ? Je suis désolé pour les romanciers quand ils doivent mentionner la couleur des yeux des femmes : il n’y a pas beaucoup de choix et, quelle que soit la couleur décidée, on risque la banalité. Ses yeux sont bleus : innocence et honnêteté. Ses yeux sont noirs : passion et profondeur. Ses yeux sont verts : violence et  jalousie. Ses yeux sont bruns : sûreté et sens commun. Ses yeux sont violets : le roman est de Raymond Chandler. Comment éviter tout cela sana la musette d’une parenthèse sur le caractère de la dame ? Ses yeux sont de la couleur de la boue ; ses yeux changeaient de teinte en fonction des verres de contact qu’elle portait ; il ne l’avait jamais regardée dans les yeux. »

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 17:56

Quelle jolie surprise que cette BD !

Fin du XIXème siècle. Dans un bistrot de marins, le capitaine O’Murphy raconte la surprenante rencontre qu’il a faite avec deux de ses matelots. Un jour que leur bateau était pris dans une tempête, ils virent au lointain un « navire arborescent », un bateau sur lequel se dressait un arbre magnifique. Lorsque le calme revint, une chaloupe fut mise à la mer et le capitaine accompagné de deux marins, grimpa jusqu’au pont de ce mystérieux bateau. « Les racines de l’arbre plongeaient dans les entrailles du bateau et avaient depuis longtemps soulevé et vrillé ponts et barrots ».

Oh surprise, l’arbre leur parle et leur raconte son histoire. Autrefois potier, Amédée fut enrôlé de force sur un bateau. Il se fait, tant bien que mal, à la vie de marin mais des pirates attaquent l’embarcation et Amédée devient leur prisonnier… ou plutôt leur jouet qu’ils humilient, maltraitent et rabaissent sans cesse. Finalement abandonné sur une île déserte, Amédée joue les Robinson avant de s’approcher de l’arbre géant de cette île. Passant sous l’arbre, il ne remarque pas que quelque chose lui est tombé dans les cheveux. Une petite bosse se forme. Amédée la gratte jusqu’au sang sans parvenir à la supprimer. Une plante minuscule grandit au sommet de son crâne. Malgré les efforts de l’homme pour la couper, la plante pousse de plus bel au fur et à mesure qu’Amédée s’affaiblit. Recueilli par des pirates chinois, c’est le plus vieil homme du bateau qui va s’occuper d’Amédée ou plutôt de son bonsaï, en le coupant, en l’effeuillant, en l’élaguant. Ce soin tout particulier rend au jeune homme force et vitalité, et même bien plus… il devient immense et invincible. Les lames pénètrent dans sa peau mais ne laissent qu’une petite plaie chaude et sous les plombs, une plaie froide se referme doucement sans le blesser réellement. Amoureux d’une belle Chinoise, Amédée connaît son instant de gloire et a même la possibilité de se venger de ses anciens bourreaux.  Lorsque l’heure de la mort est venue pour Amédée, le vieux Chinois le fait enterrer au centre d’un vaisseau, ne laissant émerger que la tête. Et le bonsaï est devenu l’arbre que le capitaine O’Murphy a pu serrer contre lui.

Quelle belle image que cet arbre planté au centre d’un bateau ! Cette histoire qui pourrait être un conte nous emmène dans des contrées exotiques, anciennes et imaginaires. C'est un beau rêve! Le rouge et le bleu, comme sur la couverture, sont très présentes. Minuscule bémol bien plus petit qu’une feuille de bonsaï : les dessins, assez hachurés, auraient pu être plus précis.

 A découvrir !

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 17:17

 

 

J’avais noté ce titre qui avait plu à de nombreux lecteurs. Je pense que vous procédez aussi ainsi : on note, on oublie, on ne sait plus de quoi ça parle, on emprunte ou on achète, on lit et là… la surprise est parfois grande !

Roy, 13 ans, est parti avec son père, Jim, passer une année particulière sur une île quasi inhabitée, en Alaska. Il n’avait pas vraiment envie de « perdre » une année de son adolescence à jouer à l’aventurier mais, fils de divorcés, il savait que son père tenait à cette escapade.

La vie dans la cabane sur l’île est semée d’embûches. Il faut pêcher, chasser, faire un abri pour la nourriture, faire face aux attaques d’ours, subir la cohabitation avec le père. Roy se rend surtout compte que son père n’est pas fort psychologiquement, il pleure toutes les nuits, lui raconte ses déboires amoureux (il a déjà divorcé deux fois parce qu’il ne sait pas rester fidèle) ; ils se perdent souvent dans la forêt ou dans la neige par sa faute. Roy soupçonne même Jim de s’être jeté intentionnellement d’une falaise pour en finir. Dans ce fatras, le jeune garçon voudrait rentrer chez lui, retrouver sa mère et sa sœur mais il sait que ce désistement rendrait son père trop malheureux.

L’isolement, les conditions de vie à la dure, cette relation père-fils en font un roman intéressant qui prend pourtant une toute autre tournure après ce qui pourrait être considéré comme un séisme de magnitude 9, une tragédie, un événement affreux et ignominieux que je ne révélerai pas ici… Quand on lit ce passage juste avant de dormir, bon courage pour la nuit ! C’est insensé un revirement de situation pareil !

Crions-le haut et fort : âmes sensibles s’abstenir ! j’ai adoré l’atmosphère inquiétante de ce roman, ce père un peu fou qui a cette idée complètement tordue d’emmener son fils loin de tout et ce fils bien plus mûr que le père qui doit conjuguer adolescence avec solitude. Mais alors le gros choc du milieu de roman, je ne m’en suis pas encore remise ! Finalement, l’auteur s’en sort bien, la fin est cohérente même si on ne peut s’empêcher de rester crispé un bon moment après avoir refermé le bouquin…

« Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc naturel de South Prince of Wales et à environ quatre-vingt kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. »

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 21:43

Après la révélation de la fin du tome 3 : Serge aime les hommes, Marie est bouleversée, elle essaye malgré tout une approche mais Serge la rejette. A bout d’idées, elle va se confesser au curé. Paniqué, le curé s’en va se défouler en tapant du marteau sur le bateau de son ami Noël. Ils seront, avec l’aveugle qui va les rejoindre, quatre hommes ivres de ne savoir quel choix faire. Serge s’est attaché au village et aimerait rester pour ne plus être un « survenant » mais il ne peut épouser Marie. Bien grisés, les hommes concoctent un plan : faire répandre la rumeur qui dirait que Serge « ne peut pas dans le lit » à cause d’un obus qu’il se serait pris pendant la guerre. La question du mariage avec Marie devient donc délicate. La jeune femme en question rit en apprenant ce burlesque stratagème mais elle n’en demeure pas moins meurtrie et pour se consoler, … va dans les bras d'un petit jeune du village, Marceau. 

Bon, je vous ai tout raconté mais ce n’est pas une raison pour ne pas lire cet album. La série devient de plus en plus intimiste en faisant un gros plan sur le cœur de Marie mais aussi sur celui de Serge. Et ces deux-là ne sont pas compatibles même s’ils s’entendent très bien. On sourit tendrement, on s’émeut. Encore une belle réussite que cet opus.

Ma bibliothèque m’a fait croire que la série s’arrêtait au tome 4… et je découvre avec bonheur qu’il me reste quatre autres petits bonheurs à déguster. Youpi ! Je fais cependant une pause et je retrouverai le village après la rentrée.

Un petit extrait… pour une fois que Serge s’énerve : « T’as chialé parce que je voulais partir et maintenant, tu chiales parce que je veux pas partir !!! Je vais te dire Marie, je crois que ce que tu ne supportes pas, c’est ce que je suis : un fif ! une tantouze ! ça te dépasse, ça ! D’ailleurs tu comprends tellement pas que tu as essayé de me faire rentrer dans le droit chemin… ça marche pas comme ça, Marie ! Malgré tout le sentiment que j’ai pour toi, et dieu sait si j’en ai, je ne peux pas changer ! »

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