Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 20:58

           Cet écrivain m’a d’abord enthousiasmée, puis déçue. C’est donc avec une légère appréhension que j’ai débuté cette lecture.

Trois récits, trois vies, trois femmes. La première s’appelle Anne et vit à Bruges à la Renaissance. Elle fait partie des rares privilégiées à pouvoir se marier à un bel homme qui la veut et malgré cette chance, la jeune femme fuit, elle erre dans la forêt et va se cacher dans le tronc d’un chêne, et « arbre puissant, hypnotique ». Anne n’est bien qu’en communion avec la nature, elle parle avec les arbres et les animaux, même un loup l’a apprivoisée. Evidemment, les humains s’en méfient. Seul un moine, Braindor, veillera sur la jeune femme, la guidant vers un béguinage pour qu’elle associe sa pureté au mysticisme religieux.

Hanna vit, elle, à Vienne, au début du XXème siècle. Mariée à Franz, un très riche aristocrate, elle a tout pour être heureuse. Pourtant, elle se réfugie dans une passion, les sulfures, de manière un peu trop fanatique pour être saine. Les lettres qu’elle envoie à son amie Gretchen nous permettent d’assister à l’évolution de sa personnalité, à la découverte de ses besoins les plus intimes, à ses séances avec un psychanalyste (nous sommes à l’époque de Freud !). Elle va finir par s’émanciper et se détacher complètement de son mari qu’elle croyait tant aimer.

Anny côtoie les plus grands studios d’Hollywood, à notre époque. Brillante comédienne, elle n’a que vingt ans et passe son temps libre à se saouler, à coucher avec n’importe qui et à se droguer. Elle ne se sent vraie que quand elle joue. Petit à petit, elle va apprendre à dire non à son agent et va se rapprocher d’Ethan, un infirmier qui ne lui veut que du bien…

Ces trois femmes sont liées par leur besoin de liberté mais aussi parce qu’elles se démarquent de leurs contemporains (de leurs contemporaines surtout), elles jouent le rôle du canard boiteux.  C’est l’évolution de ces femmes qui est le plus intéressant. D’abord, elles essayent de nier leur différence puis s’en effrayent avant de s’y accoutumer et d’en faire une force. Le ton est résolument féministe et c’est même très étonnant de savoir que l’auteur est un homme. J’ai beaucoup aimé les chapitres consacrés à Anne et Hanna, ceux réservés à l’Hollywoodienne m’ont paru un peu trop enclins à tomber dans la marmite bouillonnante des clichés et j’ai été encore plus sceptique face au personnage d’Ethan. J’ai moins aimé la fin car le rapprochement presque concret des trois femmes est un peu artificiel. Mais j’avoue que Schmitt m’a épatée, il a su réaliser trois portraits à la fois différents et si proches, avec une finesse et un souci du détail vraiment intéressants. Par le biais du fil directeur du miroir, il propose une jolie réflexion sur l’identité, la quête de soi et l’image qu’on peut ou qu’on veut donner aux autres.

Anne : « Il y a dans l’univers un amant invisible, un amant à qui je dois tout et que je ne remercierai jamais assez. Cet amant, il se trouve partout et nulle part. C’est la force de l’aube, c’est la tendresse du soir, c’est le repos de la nuit. C’est tout autant le printemps qui épanouit la terre que l’hiver qui l’économise. C’est une force infinie, plus grande que le plus grand d’entre nous. »

 

Hanna : « A Vienne, je vivais tel un oiseau en cage, une jolie perruche au plumage chatoyant, que son mâle propriétaire se régalait d’exhiber. Je méconnaissais le bonheur même si je croyais le posséder ; du coup, je me plaignais constamment de ne pas l’apprécier. […] Mon mariage avec Franz n’avait que l’apparence d’une réussite. Quoiqu’il fût jeune, je considérais mon mari comme un père, un patriarche qui m’enseignait ma conduite, les usages du monde, les devoirs d’une épouse. Je ne l’aimais pas, je le révérais. Au lit ou en société, je lui obéissais. » 

Repost 0
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 17:28

Matéo revient, pour un temps très court, dans son village d’adoption, Collioure. Accueilli froidement par la rudesse de sa mère, c’est surtout Juliette qu’il souhaite revoir. Celle-ci ne l’a pas oublié mais, entre un mari en fauteuil roulant (Guillaume) et un beau-père tyrannique, elle ne se résout pas à suivre Mattéo comme il lui demande ardemment. C’est à Petrograd que les pas de notre héros vont le conduire afin d’aider les camarades bolchéviques dans leur révolution. Gervasio, son ami, l’accompagne. Là-bas, il rencontre la très jolie Léa, une Bolchévique, une vraie de vraie, qui respecte les préceptes communistes jusque dans son lit qu’elle partage avec plusieurs amants, sans scrupules. Entre cruautés et hypocrisies, Mattéo chargé de prendre des photos pour ses camarades anarchistes espagnols en perd son latin. Il abandonne un Gervasio blessé et rejoint Paris.

A Paris, je l’avais bien deviné, ressurgit la pétillante Amélie, l’infirmière bienveillante du premier tome. Elle aide Mattéo à se fournir en médicaments destinés à soigner les blessés russes. Après avoir appris la mort de son ami Gervasio, Mattéo finit par rejoindre Collioure, encore une fois. Il découvre une Juliette maman d’un petit Louis. Dépité, il finit par se rendre à la gendarmerie du village, promis à vingt ans de travaux forcés, pour désertion.

Bien évidemment, j’ai goulûment lu cet album, émerveillée par les cases réservées à Petrograd la belle, de plus en plus charmée par la naïveté et l’idéalisme de Mattéo qui donne l’impression d’être un innocent ballotté par les différents conflits bien trop grands et trop absurdes pour lui. La mère du jeune homme brille par son côté revêche et cinglant, elle ne s’exprime qu’en reproches. Le personnage de Léa est redoutable aussi, un joli petit minois et une main de fer. Pourtant j’ai un peu moins aimé cet opus que le précédent, mais la différence est si subtile que je vous conseille vivement la lecture des pérégrinations de Mattéo. Et j’ai hâte de savoir où il nous emmène dans la troisième partie.

 

 

»   18/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 22:22

            Voilà un livre qui m’a été recommandé par ma maman, friande de polars, qui me l’a décrit comme un des polars les plus haletants lus dernièrement par elle.

            Samantha, la trentaine bien entamée, vit enfin la vie dont elle rêvait : mariée depuis huit mois à un homme qui lui semble parfait, Marty, elle est comblée. Pour remercier cet homme si attentionné, elle a décidé de lui organiser une fête d’anniversaire en grande pompe : non seulement elle veut réunir tous leurs amis dans leur cinq-pièces newyorkais mais veut également fouiller dans le passé de son mari pour inviter d’anciens copains ou professeurs. Et là, oh surprise, l’université puis l’école que Marty dit avoir fréquentées lui font la même réponse : chez eux, il n’y a jamais eu de Marty Shaw.

L’étonnement fait très vite place à la peur chez la jeune femme qui se rend compte que son époux lui a menti sur toute la ligne en ce qui concerne son passé.

En parallèle, on suit Marty et ses préparatifs à lui pour son anniversaire, bien particuliers puisqu’il envisage de tuer sa femme. L’explication et le mobile donnés m’ont paru crédibles, le rythme est haletant, le suspense fait vite tourner les pages et la petite surprise finale joue bien son rôle de cerise sur le gâteau. Le contexte américain, le style – ou l’absence de style… - m’ont fait penser à Mary Higgins Clark. Pas tellement étonnant puisque c’est un des auteurs préférés de ma maman. Le thème du mec très beau et très riche, parfait en apparence, et qui est en réalité un petit démon est un peu rebattu mais fonctionne toujours.

Une agréable et fraîche lecture de plage… endroit que j’ai justement choisi pour découvrir cet auteur à succès.

 

« Marty lui adressa l’un de ses larges sourires qui avaient fasciné Samantha depuis le premier jour. Les questions se pressaient dans sa tête. Comment l’interroger ? Comme découvrir la vérité ? Quand l’aborder ? »

Repost 0
4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 14:46

Août 1914, c’est l’heure de la mobilisation générale. Mattéo, grâce à sa nationalité espagnole, n’est pas tenu de s’engager. Pourtant, tout le village de Collioure, la belle Juliette y compris, le prend pour un couard. Mattéo n’y tient plus et s’engage aussi, au grand désespoir de sa veuve de mère. A la gare, au moment du départ, il croise son ami Paulin qui rentre déjà de la guerre, aveugle.

Alors que l’opinion générale estimait que cette guerre durerait peu de temps, Mattéo se rend compte de l’atrocité des tranchées (certaines cases font furieusement penser à celles de Tardi), des obus, des Allemands. Il écrit régulièrement à Juliette mais celle-ci est bien plus occupée à épouser Guillaume, le rival de Mattéo. Par chance, pouvons-nous dire, Mattéo est blessé et hospitalisé. Sa perm’ d’un mois lui donne le blues : en voyant Juliette dans les bras de Guillaume et sachant qu’il doit retourner à la boucherie, il passe ses journées à se saouler avec Paulin. C’est d’ailleurs lors d’une cuite que Paulin et la mère de Mattéo vont tout simplement enlever le jeune homme, le déposer dans la barque de feu son père et l’emmener en Espagne. Mattéo craint le pire car déserter, « c’est comme si j’étais mort ». Et on quitte les trois personnages, la nuit, en pleine mer.

Subjuguée par Le vol du corbeau et par Le Sursis, j’ai encore une fois été charmée, envoûtée, enchantée par le style et le dessin du grand Gibrat. Comme à son habitude, le trait est fin et précis mais l’intrigue est tout aussi savoureuse que le graphisme. Mattéo est tiraillé entre l’héritage pacifiste et anarchiste de son père, son amour pour Juliette et l’estime des villageois. Une infirmière, Amélie, jolie, optimiste et toujours souriante s’est sans doute aussi fait une petite place dans son cœur. Dieu merci, il existe une suite que je vais me dépêcher de lire. Au risque de me répéter, Gibrat est L’auteur à lire pour celui ou celle qui éprouverait encore une petite réticence à entrer dans l’univers de la bande dessinée… à bon entendeur !

« La guerre, quand elle est arrivée dans les maisons, les premières heures, faut être honnête, elle a charmé son monde comme un chiot dans son petit panier tricolore, mais elle a mal grandi, la bestiole ! On imaginait qu'elle nous ramènerait la victoire dans la gueule, en gardant le poil propre et le fusil en bandoulière ! On s'était gourés de clébard ! C’était une saleté de chien d’aveugle qui nous tirait dans la merde et nous bouffait les gosses… on aurait bien voulu s’en débarrasser, trop tard, c’était elle, la patronne ! »

 

»   19/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 23:12

Ce roman qualifié de « roman d’espionnage » est sorti en janvier dernier et il a déjà fait beaucoup parlé de lui…

La narratrice est une femme qui revient quarante ans en arrière pour nous raconter ses débuts d’agent secret. Fille d’un pasteur, douée en mathématiques mais passionnée de lecture de romans, Serena se voit embaucher par le MI5, une agence de renseignements anglaise. Précisions que nous sommes alors au début des années 70 et que Serena n’a qu’une petite vingtaine d’années. Une mission particulière lui demande d’aller recruter un jeune écrivain que le MI5 pourrait contrôler à sa guise. Serena se prête au jeu, elle commence à lire les nouvelles de ce Tom Haley avant de le rencontrer et… de tomber amoureuse de lui. Cette liaison la contraindra à ne rien révéler de sa mission. Il n’est pas simple de résumer cette histoire sans en révéler certaines clés essentielles à sa compréhension. Il est beaucoup question d’écriture, à la manière des poupées gigognes, il y a plusieurs nouvelles narrées dans le roman, commentées et presque toujours approuvées par Serena. C’est un roman d’amour plus encore qu’un roman d’espionnage. Avant tout, ce fut un grand bonheur de lecture, l’écriture est fluide, le rythme haletant et les personnages remarquablement bien dessinés.

Opération Sweet Tooth est un roman complet, alliant mystère et suspense, Histoire et amour. La réussite est totale, on ne s’ennuie pas une seule minute et quand on pense arriver au bout, la surprise finale nous ravit ! Est-ce que tous les romans de ce monsieur McEwan sont aussi bons que celui-ci ? Ça me démange d’aller vérifier par moi-même !

« […] on m’envoya en mission secrète au-dehors, et Shirley m’accompagna. […] Une camionnette attendait dans un garage fermé à clé donnant sur une rue de Mayfair,  cinq ou six cent mètres de là. Nous devions prendre le volant et rejoindre une adresse à Fulham. Celle d’une cache, bien entendu, et l’enveloppe brune qu’il nous lança en travers de son bureau contenait plusieurs clés. A l’arrière de la camionnette, nous trouverions des produits d’entretien, un aspirateur et des tabliers en plastique que nous devions enfiler avant de partir Nous étions prétendument employées par une société qui  s’appelait Springklene. Arrivées à destination, nous devions nettoyer les lieux « de fond en comble », c’est-à-dire, entre autres, changer les draps de tous les lits et faire les vitres. Des draps propres avaient été livrés. Le matelas d’un lit à une place avait besoin d’être retourné. Il aurait dû être remplacé depuis longtemps. Les toilettes et la baignoire devaient faire l’objet d’une attention particulière. »

 

 

« A cinq heures le samedi après-midi, nous étions amants. Cela n’alla pas tout seul, il n’y eut aucune explosion de soulagement ou de plaisir dans l’union des corps et des âmes. »

Repost 0
29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 09:24

                Vous avez peut-être remarqué qu’il y a de moins en moins de billets portant sur les albums et la littérature de jeunesse (doux euphémisme ! le dernier billet date de 2012 !) et pourtant, on lit énormément d’albums en famille. Dernièrement, il y en a un qui est sorti du lot pour son originalité.

            Les très petits cochons sont des jouets, de petites figurines qui évoluent dans un monde de jouets, de lego, d’accessoires miniatures. Comme dans « Les trois petits cochons », les frangins ont un cruel besoin de liberté et d’émancipation, ils quittent le foyer familial parce qu’ils en ont ras-le-bol d’ « Obéir ! Toujours obéir ! »

L’aîné s’appelle Jambon et il se construit sa maison avec des pailles… en plastique ! Evidemment, le méchant loup rôde et n’a qu’à souffler sur la maison  pour que les pailles s’envolent. Rillette, le deuxième frère, choisit des tranches de pain grillé pour se fabriquer, nichée dans un arbre, « une splendide cabane de deux étages ». Le loup n’a qu’à secouer le poirier pour détruire cet abri. Enfin, Lardon, le plus jeune des trois, comme dans le conte original, se fait une maison de briques, mais attention mas n’importe quelles briques puisqu’il s’agit ici de morceaux de sucre !

 

Les illustrations sont des photos de jouets et d’objets de récupération en tous genres (pots de yaourt, mini-caissettes, bouteilles de lait, …) C’est adorable, attendrissant et très bien mis en scène ; les cochons sont croquignolets et mes enfants ont vraiment apprécié cet album plus vrai que nature. Excellente adaptation ! 

le site de l'auteur  : http://www.martinecamillieri.com/

 


Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - albums
commenter cet article
26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 14:53

 

 

Voilà un roman qui dormait depuis longtemps dans ma PAL et que j’avais hâte de lire suite au Roman de monsieur Molière que j’avais adoré. Et bien, les deux livres ne sont absolument pas comparables !

Berlioz, rédacteur en chef d’une revue littéraire et Biezdomny, un poète, devisent tranquillement sur un banc, par une belle et chaude journée printanière, à Moscou. Leur conversation est interrompue par la venue d’un « étranger » qui leur tient des propos bizarres, affirmant avec force et conviction que le diable existe. Le nouveau venu, qui se fait passer pour un historien, dit connaître l’heure et les circonstances de la mort de Berlioz. Et effectivement, quelques instants plus tard, Berlioz se fait couper la tête suite à un accident de tramway. Le mystérieux étranger est Satan en personne et il se fait appeler Woland. Un certain nombre d’événements surnaturels vont se succéder à folle allure. Le lecteur va rencontrer plusieurs personnages, tous liés par leur rencontre avec Woland et sa clique, dont un énorme chat noir qui sait parler.

Les passages d’après moi les plus intéressants tournent autour du personnage de Marguerite. La jeune femme, éprise d’un écrivain dont le roman principal a pour thème Ponce Pilate, quitte son mari pour rejoindre son « Maître » et scelle, par la même occasion, un pacte avec le diable. Devenue sorcière, elle vole dans les airs et préside le bal chez Satan.

Que dire à part que j’ai vraiment souffert ! Si ça n’avait été Boulgakov, j’aurais arrêté ma lecture. Je suis allée jusqu’à vérifier qu’il s’agît bien du même auteur que celui du très maîtrisé et subtil Roman de monsieur Molière… Ici, tout est démesuré, baroque, fou, satirique et symbolique. Certains passages sont longuets et les personnages trop nombreux m’ont donné le tournis. Une critique sous-jacente du régime soviétique stalinien accompagne les exercices de magie noire. Ecrit par un écrivain malade, le roman n’est pourtant pas dénué d’humour. Ainsi, le texte est ponctué, régulièrement, d’expressions ayant trait au diable, comme « que le diable l’emporte» ou encore de jeux de mots : quand Woland trouve le chat noir cravaté et avec des moustaches dorées : « Les pantalons ne sont pas faits pour les chats, messire, répondit le chat avec une grande dignité. Allez-vous m’ordonner aussi de mettre des bottes ? Les chats bottés, cela ne se voit que dans les contes, messire. Mais avez-vous jamais vu quelqu’un venir au bal sans cravate ? Je ne veux pas me montrer dans une tenue comique, et risquer qu’on me jette à la porte ! »

Lorsque Woland donne un spectacle, tout peut arriver : Le chat noir « se cramponna à la chevelure clairsemée du présentateur et, dans un grouillement de ses grosses pattes, en deux tours, il arracha la tête du cou dodu, avec un hurlement sauvage. Les deux mille cinq cents personnes présentes dans le théâtre poussèrent un seul cri. Des geysers de sang jaillirent des artères rompues et retombèrent en pluie sur le plastron et l’habit. Le corps sans tête exécuta quelques entrechats absurdes, puis s’affaissa sur le plancher. »

Quand Marguerite quitte son mari, elle griffonne ces quelques mots à la hâte sur un bloc-notes : « Pardonne-moi, et oublie-moi aussi vite que possible. Je te quitte pour toujours. Ne me cherche pas, ce serait peine perdue. Les malheurs qui m’ont frappée et le chagrin ont fait de moi une sorcière. Il est temps. Adieu. Marguerite. »

 

Marguerite, au bal de Satan : « … je me suis beaucoup amusée à ce bal. Et s’il s’était prolongé, j’aurais de nouveau offert mon genou aux baisers de milliers de gibiers de potence et d’assassins. »

Repost 0
23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 21:31

            J’adore Taniguchi, j’ai notamment été complètement éblouie par Quartier lointain et Le gourmet solitaire (ce dernier reste un de mes trois plus beaux souvenirs de BD). Ici, l’auteur regroupe cinq nouvelles en une seule BD.

            Le thème fédérateur est sans conteste celui des animaux. Dans la première nouvelle, un couple regarde son chien, Tam-Tam (mais quel joli prénom pour un animal domestique… non ?) mourir. En effet, le chien a déjà quatorze ans, il est vieux, il traîne de la patte. Bientôt, il ne pourra plus marcher, ses maîtres vont l’y aider avec une sorte de grande atèle. Ensuite, l’animal va rester allongé, à la maison, se nourrissant de moins en moins. Le calvaire va durer sept longs mois pendant lesquels la femme va prendre un temps partiel pour s’occuper de Tam-Tam. La mort du chien est un moment déchirant.

            Dans les deuxième et troisième nouvelles, le couple d’abord récalcitrant finit par adopter un chat persan âgé d’un an dont personne ne veut. La chatte se trouve être enceinte et met au monde trois adorables chatons ! Un des petits est rapidement confié mais deux chatons restent définitivement à la maison.

Dans la quatrième histoire, une nièce débarque à la maison. Le couple va l’héberger et les trois vont bientôt s’accepter, s’apprécier, se soutenir moralement.

La dernière nouvelle ne reprend pas les personnages des quatre premières, elle raconte les exploits fous d’un alpiniste obsédé par l’ascension de l’Annapurna. Après avoir perdu un ami proche, mort en chutant du haut d’une montagne, il fonde une famille et essaye d’oublier la montagne. Pourtant, l’idée revient, il se sent comme emprisonné dans une vie qui ne lui convient que moyennement. Avec le soutien de sa femme, il va finir par accomplir son rêve et atteindre ce sommet surnommé « la déesse de l’abondance ». A plusieurs reprises, croise la panthère des neiges, la déesse protectrice de la montagne, superbe et majestueuse.

Moi qui ne suis pas une dingue des animaux (les chats mis à part, oui, pour les chats, c’est différent…), j’avoue avoir été considérablement touchée par ces histoires. La première surtout, cette agonie du chien qui lutte pour continuer à vivre, est tellement similaire à la mort approchante d’un vieil homme ! J’ai eu du mal à comprendre le rajout de la cinquième BD qui change de personnages et de contexte. Et puis, il faut avouer que, comme souvent chez Taniguchi, la vision du monde est totalement naïve, presque enfantine… mais je crois bien que c’est ce qui fait tout le charme de ses ouvrages, cet espoir en l’humain, le respect de la simplicité. Touchant, émouvant, passionnant. A lire donc !

 

 

»   18/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:58

Découverte en livre audio, cette longue lettre ne peut pas laisser indifférent. Soit on s’identifie complètement à l’héroïne, soit elle agace profondément.

Le narrateur, un romancier, reçoit, le jour de ses 41 ans, une lettre d’une inconnue. « Inconnue », elle ne l’est pas tout à fait. Elle a été sa voisine lorsqu’elle n’était qu’une petite fille, il a été son premier amant sans qu’il le sache et sans qu’il ne la reconnaisse comme étant son ancienne voisine et amants ils se sont retrouvés, bien plus tard, et cette fois-ci encore, l’homme n’a pas fait le lien avec les deux premières rencontres.

Il a suffit d’une fois, d’une seule fois pour que la petite fille tombât éperdument amoureuse de son voisin, alors jeune homme. Celui-ci s’installa juste à côté de l’appartement familial, ce qui permit à l’amoureuse de l’espionner, de le guetter, de l’attendre, d’observer ses mouvements, ses tenues, ses visites. Hélas pour elle, sa mère épousa un homme qui les contraignit toutes deux à quitter cette ville et surtout cet appartement. La fillette grandit et devint une magnifique jeune femme qui attirait le regard de la plupart des hommes… dont le romancier qu’elle aimait toujours passionnément en secret. Leurs regards se croisèrent un jour et ce qui devait arriver arriva. Jamais il ne sut qui elle était, jamais elle n’avoua son amour. Elle ne vécut que par et pour lui, d’un amour absolu, fanatique, obsessionnel.

Le début de la lettre m’a charmée, je me suis retrouvée dans cette enfant épiant un bel homme, cherchant à tout connaître de lui, ne vivant chaque seconde que pour lui et en pensant à lui. Ça se corse parce que ça continue, la pauvre fille é été comme ensorcelée. Une fois femme, elle connaît bien des autres hommes mais son cœur ne vibre que pour le même. Un amour à l’état brut, absolu et total.

Le texte est beau et brille à la fois par sa simplicité et par sa puissance. On pourrait lui reprocher sa brièveté mais il est toujours difficile de reprocher quoi que ce soit au grand Stefan Zweig ! Je pense que je lirai ce texte un jour même si l’interprétation de la lectrice Léa Drucker est très réussie.

 

« C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. Rien sur la terre ne ressemble à l’amour inaperçu d’une enfant retirée dans l’ombre ; cet amour est si désintéressé, si humble, si soumis, si attentif et si passionné que jamais il ne pourra être égalé par l’amour, fait de désir, et, malgré tout, exigeant, d’une femme épanouie. »

Repost 0
Published by Violette - dans Livres audio
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:14

En excluant Taniguchi (qu’on peut sans doute vraiment classer dans les « à part »), je ne lis jamais de manga. J’ai pourtant été titillée par les avis unaniment positifs de certains blogueurs au sujet de ce manga-là. J’ai bien fait de passer le cap et de m’offrir ce petit voyage.

Au XIXème siècle, en Asie centrale, Amir, une jolie jeune femme de vingt ans, doit quitter son clan pour en rejoindre un autre. En effet, on l’a mariée à un jeune homme, Karluk, qui n’a que douze ans. Alors que les deux jeunes mariés se découvrent petit à petit, avec timidité pour Karluk, avec un peu plus de hardiesse pour Amir, la jeune femme se fait une place de plus en plus grande dans sa nouvelle famille. Elle sait chasser et quand elle rapporte deux lièvres tués à l’aide de son arc, qu’elle les cuisine en un délicieux ragoût, l’admiration se fait ressentir chez les petits et les grands du clan. Tout pourrait donc aller pour le mieux mais le frère d’Amir vient réclamer sa sœur, il voudrait la ramener dans son clan, les Hargal. Tant qu’Amir n’a pas d’enfant, elle « appartient » encore à son clan d’origine (et 20 ans, ça fait tard pour avoir un enfant, oui, … sans commentaire !). Et là, la grand-mère, la formidable grand-mère pousse un grand coup de colère, défendant corps et âme Amir absente : « Si vous touchez ne serait-ce qu’à un seul cheveu d’un des membres de cette famille… vous en subirez les conséquences ! ». Les cavaliers du clan Hargal s’en vont mais on sent que ce n’est que partie remise. La fin du manga s’achève sur le rétablissement de Karluk. En effet, le garçon (l’enfant !) avait attrapé une mauvaise grippe qui l’avait cloué au lit plusieurs jours. Amir, folle d’inquiétude, n’avait jamais cessé de le veiller à tel point que le clan était plus préoccupé par l’état de la jeune femme que par celui du malade.

J’ai beaucoup aimé ce voyage. Les habitudes, les mœurs, et surtout les liens qui unissent les membres d’un même clan sont fascinants.  J’ai aussi apprécié la manière dont s’apprivoisaient mutuellement les jeunes mariés. J’essayerai de lire la suite, c’est sûr ! Il existe six tomes pour cette série aux accents asiatiques.

Moi qui ne suis pas habituée aux mangas (sont-ils tous aussi petits ?), j’avoue avoir soupiré plusieurs fois parce que je devais coller mon nez sur les bulles minuscules… Je ne suis pourtant plus myope !

 

»   17/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages