Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:59

C’est en visitant le musée Branly et surtout sa boutique-librairie que j’ai craqué sur ce livre et que j’ai eu une subite envie de lire autre chose que de la littérature, autre chose que de la fiction. J’en ai eu pour mon compte !

            Philippe Descola est un ethnologue qui, avec son épouse Anne-Christine, va partir en immersion totale (il n’y a pas d’autre mot…) en Amazonie, découvrir les Achuar, cette tribu indienne également appelée Jivaros qui vit entre Equateur et Pérou. Difficile de résumer un tel bouquin, si riche, si complet. Disons que les Achuar mangent principalement du manioc, qu’ils sont bien sûr totalement indépendants, que l’argent n’existe pas chez eux, tout fonctionne par troc. La tribu vit des produits de la chasse : pécaris, agoutis, toucans et petits singes. Les chiens, qui sont partout, revêtent pour eux une grande importance. Les hommes sont polygames mais traitent et honorent leurs épouses avec égalité. Le tabac vert est utilisé pour soigner mais, d’après les croyances achuar, les maladies sont toujours issues d’influences malveillantes, de mauvais sorts ; et ils pensent que le paludisme est transmis par la nourriture. Les hommes sont très attachés à leurs mondanités : quand ils reçoivent ou visitent un ami ou un parent, ils passent un temps fou à se dire des banalités comme ça va, je suis content d’être là, , oui, je suis bien là, etc. et le crachat fait partie de ces bonnes manières conviviales : « le crachat ponctue, souligne et donne de l’emphase ; son chuintement confère une sorte de rime aux dialogues. ».  Les Achuar ne se tournent jamais vers le passé, l’Histoire n’existe pas pour eux, pas plus que l’avenir, ils vivent uniquement dans un présent immuable.

Connus pour la coutume des « têtes réduites », les Achuar n’ont plus recours à cette méthode barbare qui consistait à décapiter un cadavre, ôter et jeter le crâne à la rivière en hommage au dieu Anaconda, « préparer » et réduire la tête au tiers de sa taille originelle. Pourtant, chaque homme a déjà tué un ennemi.

Complètement subjuguée et passionnée par les premières pages, cette découverte de l’autre et cette leçon d’humilité m’ont enchantée. Petit à petit, je me suis lassée, le mysticisme occupant une grande place dans la vie des Achuars, j’ai un peu perdu pied. J’ose dire que l’auteur lui-même a ressenti une forme de lassitude face à une tribu qu’il accepte mais ne comprend qu’en partie puisque sa culture n’est pas la même, il a éprouvé le besoin très fort de rentrer chez lui.

Je retiendrai trois choses dans le traitement et la mise à l’écrit de cette découverte d’un autre peuple : l’accueil complètement favorable des Blancs ; le fait que Philippe et Anne-Christine soient venus en couple y est pour quelque chose. Ensuite, le texte est superbement bien écrit. L’auteur le dit lui-même, littérature et ethnologie sont proches et l’ethnologue, pour raconter ce qu’il a vécu, brode à la manière d’un écrivain. Une chose m’a manqué : les sentiments réels des deux Blancs confrontés à ce choc culturel. C’est sans doute le travail de l’ethnologue d’être objectif et neutre mais j’aurais vraiment voulu savoir comment il a dormi, mangé, aimé ou détesté toutes les nouveautés rencontrées. Données personnelles quasi absentes. Au final, la lecture fut longue et parfois éprouvante mais je ne regrette rien et compte bien me plonger à nouveau dans ce genre.

Une coutume peu ragoûtante mais qui se défend: « J’accompagne donc Wajari dans les fourrés qui brodent le Kapawi et me chatouillant la luette, comme il se doit, avec une petite plume, je sacrifie au milieu des vapeurs de l’aube à la coutume quotidienne du vomissement. Les hommes ne sauraient débuter la journée sans cette énergie purgation qui redonne à l’organisme la virginité du ventre vide. Par l’expulsion purificatrice des résidus physiologiques, les Achuar ont trouvé un moyen commode pour abolir le passé et renaître chaque matin au monde avec la fraîcheur de l’amnésie corporelle

« Evidente et détestable, la violence trop commune des époux n’exclut pas la délicatesse des sentiments, voire une conception presque romantique de la sensibilité amoureuse. Ainsi, et malgré l’attitude fanfaronne qu’ils adoptent volontiers, les jeunes gens sont sujets à des accès de langueur où les plonge le désir insatisfait d’une tendresse féminine. »

 

Un petit mythe justifie l’inégalité entre Blancs et Achuar : « Autrefois les ancêtres des Blancs et ceux des Achuar étaient identiques ; un jour un avion est venu ; les ancêtres des Achuar ont eu peur de monter dans l’avion, ceux qui sont partis dans l’avion sont devenus des Blancs ; ils ont appris à tout fabriquer avec des machines, tandis que les Achuar devaient tout faire péniblement avec leurs mains ».

Repost 0
9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 15:50

Attention : coup de coeur ! 

Les obsèques de Lucette sont l’occasion pour trois septuagénaires amis, Mimile, Pierrot et Antoine, de se retrouver. Antoine est le mari de Lucette mais les deux autres compères ont trop traîné et ont loupé la cérémonie, ce qui n’empêche en rien leurs retrouvailles dans la joie et la bonne humeur. Lucette, cette femme qui a toujours été belle et joyeuse, a laissé une lettre à Antoine avant de mourir. Stupéfaction : la lettre apprend à notre veuf que Lucette a eu une liaison avec le grand dirigeant  d’une usine pharmaceutique spécialisée dans les anti-dépresseurs, M. Garan-Servier.  Le patron a toujours été détesté des trois compères qui ont milité syndicalement pour valoriser les droits des employés.

Antoine ne fait ni une ni deux, il prend sa voiture et fonce en Toscane pour aller tuer M. Garan-Servier qui, atteint d’Alzheimer, coule ses vieux jours dans une villa italienne sous le regard attentif de son infirmière personnelle. Mimile, l’obèse tatoué de partout qui a fait trois tours du monde en bateau et Pierrot, le vieux sec vindicatif se sentent obligés de le poursuivre pour lui éviter de faire une bêtise. Ils emmènent Sophie, une jolie jeune fille enceinte de sept mois qui n’est autre que la petite-fille de Lucette et Antoine. Le trio est remarquable : entre la femme enceinte qui doit tout le temps s’arrêter pour faire pipi et qui insulte tout le monde (c’est les hormones !), Mimile qui arrive encore à séduire quatre vieilles dames sur une aire d’autoroute et Pierrot qui parle de son association « Ni yeux ni maître », des aveugles qui s’incrustent dans des réceptions, des soirées mondaines et des réunions politiques pour semer la zizanie, on ne s’ennuie pas une seconde.

Lorsqu’Antoine retrouve son ancien patron, prêt à lui trouer la peau, il comprend vite que ce dernier a perdu la tête. Pas tout à fait puisqu’il parle encore de Lucette et qu’il prend Sophie pour Lucette…  au point de lui donner le code secret lui donnant accès à sa fortune planquée aux îles Caïman. Le tome 1 s’achève sur ces 97365466.18 euros à disposition de nos personnages mais dont Sophie cache encore malicieusement le secret…

J’ai déjà été convaincue par les talents du scénariste Wilfrid Lupano avec Azymut. Il confirme ma première bonne impression avec cet excellent album qui, à travers un road-movie original, montre une vieillesse dynamique et joyeuse. Les dialogues sont drôles et piquants, les personnages terriblement attachants et les dessins réalistes de Cauuet nous emmènent en Toscane pour notre plus grand bonheur. Vivement la suite !

 

 

»   19/20   »

 

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 08:15

Certains ont appelé ce livre un ovni littéraire. Il est bien vrai que ce petit roman brille par son humour et par son originalité.

Le lecteur est jeté in medias res dans l’action : le narrateur et personnage principal est en effet coincé sous son Range Rover, en Alaska, en train de se faire dévorer les pieds par un ours. De nombreux  retours en arrière nous amènent à comprendre comment il en est arrivé là. Marv Pushkin est un manager dynamique et despotique dans une boîte publicitaire. Pour développer l’esprit de cohésion de l’équipe qu’il dirige d’une main de fer, il emmène ses collègues et sa femme en Alaska pour une chasse à l’ours. Marv ne doute de rien, il est le meilleur, il déteste sa femme trop grosse, raffole de sa maîtresse Marcia (responsable du service clients et qui, elle aussi, fait partie de la petite virée dans le Grand Nord) qu’il prend néanmoins pour son esclave sexuelle, et il aime encore plus que tout sa très puissante voiture infaillible.

Marv tient le coup, il résiste, il lutte, il sait qu’on va très vite le secourir et il tient le coup, surtout, grâce aux nombreux cachets planqués dans sa veste : des fortifiants, des anti-douleurs et des anxiolytiques maintiennent notre super homme calme et confiant. Pourtant, l’abus de ces petites pilules lui créent bientôt délires et hallucinations (il se voit sauvé, puis fait l’amour à une ourse avant de se transformer lui-même en ours…).

Bien sûr, on nage en plein second degré (que dis-je, en plein 36ème degré…) et le livre estampillé « Anti-nature writing » est une démonstration d’ironie et une caricature de l’homme moderne. Marv est évidemment un gros con et c’est sa seule bêtise qui l’a amené dans cet endroit effectivement peu adapté aux humains. Lui-même est un ours au sens bestial du terme, macho, raciste, indifférent aux autres, amateur de porno trash et farouche opposant à tout ce qui est nature. Je ne ris pas facilement mais j’avoue que les premières pages m’ont mise ko. Le livre, efficace et déjanté, perd un peu en qualité au fil des pages, et c’est bien dommage. Ça reste léger et très drôle, vite lu, cette satire devrait bien fonctionner cet été.

« Avoir raison, c’est mon boulot. Le fait est que certains managers recrutent du personnel avec lequel ils ont envie de bosser. Moi, je préfère employer des crétins que j’ai plaisir à dominer. Je ne veux pas travailler avec mes subordonnés, je veux qu’ils travaillent pour moi, à ma place. »

 

Puisqu’il n’a plus de pieds, Marv s’inquiète pour l’éventuelle greffe de pieds d’un noir qu’on pourrait lui faire : « Mon inquiétude est d’un ordre purement esthétique. Je veux juste qu’ils ne jurent pas avec le reste. Je suis un homme qui prend soin de lui-même, qui fait de gros efforts pour avoir toujours l’air impeccable. Avoir des pieds d’une telle couleur équivaudrait à se déplacer chaque jour en chaussettes noires sur le court de tennis de sa vie. A ce stade, on ne parlerait plus de faux pas mais d’exhibition monstrueuse. Je ne saurais même plus quelle case cocher sur le formulaire de recensement. Je serais un autre, une créature hybride. Un chef-d’œuvre en ruine. »

Repost 0
3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 13:11

Ça paraît dingue mais je crois bien que c’est la première fois que je lis du Larcenet… on m’avait dit que cet opus se prêtait très bien à une lecture familiale, c’est donc avec ma fille de 5 ans ½ et mon fils de 8 ans ½ que nous avons découvert le déménagement du scénariste.

En effet,  Larcenet et sa compagne Mariette quittent Juvisy, la ville, pour s’installer aux Ravenelles, à la campagne. On sent très vite que c’est Manu qui a plus de mal à se faire à sa nouvelle vie. Il ne quitte pas les cartons dans lesquels il peut même trouver refuge en cas de dispute conjugale. Il a du mal à se faire à l’alcool local, une eau-de-vie qu’il considère comme un « poison violent ». Quand il écrit, c’est pour parler d’un m « mec des quartiers, boosté à l’amiante, qui veut incendier le métro », bref, grâce au portable et à internet, il reste heureusement relié à sa vie d’avant.

Les clichés vont bon train : les bûcherons bien rustres qui abattent les énooormes châtaigniers de la forêt, la vieille Madame Mortemont qui ressemble plus à une sorcière qu’à une femme, le froid hivernal qui oblige les anciens citadins à porter bonnet et moufles à l’intérieur de leur maison, la neige qui coupe les deux habitants du reste du monde et qui oblige Manu à recourir à la fameuse eau-de-vie…

La fin de l’album raconte le début de ce projet, écrire et raconter ce changement de vie. C’est le pote Ferri qui propose à Manu de mettre sur papier son expérience : « mais si attends, je vois ça très bien : des demi-pages, des gags très courts ».

J’ai passé un excellent moment, les dialogues sont drôles, les dessins simples sont pourtant bien efficaces. On pense aux chroniques de Delisle qui lui aussi tente de s’habituer à un nouvel environnement ou encore au Paul de Michel Rabagliati qui s’essaye à la vie québécoise… Je suis friande ce genre d’histoire et je vais continuer avec le prometteur tome 2 « Les projets ». Quant à mes loulous, ils ont aimé (remarquez, ils aiment presque tout ce que je leur lis !) mais le deuxième tome se lira sans eux, j’ai dû escamoter certaines phrases un peu trop salaces pour leurs chastes oreilles…

 

 

»   18/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 21:59

Je me souviens que Le Club des Incorrigibles Optimistes était sorti en 2009, la même année que Le Cercle Littéraire des amateurs d’épluchures de patates et que, sans connaître ces deux romans, je les avais mis dans le même sac, les considérant comme des bluettes sans profondeur (je ne sais pas si c’est pareil pour vous mais j’ai souvent un a priori très marqué pour un livre avant même de l’ouvrir…). Il est vrai que je ne m’étais pas trompée pour le livre des Patates mais ce Club des Incorrigibles Optimistes, découvert en livre audio, est d’une qualité autrement meilleure.

            Michel Marini est un adolescent vivant à Paris au début des années 60. Passionné de lectures, de musique rock et de baby-foot, il fréquente très régulièrement les bistros de la capitale, en particulier le Balto où il fera, un jour, une rencontre stupéfiante : à l’arrière du café, une pièce est occupée par des exilés politiques jouant aux échecs et des célébrités telles que Sartre ou Kessel se joignent régulièrement à eux. Michel va petit à petit s’intégrer au groupe, au Cercle, se mettant à apprendre à jouer aux échecs et à écouter les histoires farfelues, romanesques ou terrifiantes de ces réfugiés venus de l’Est.

Roman initiatique, Michel s’épanouit dans une amitié très forte avec Cécile, la fiancée de son frère Franck. Il découvre aussi la souffrance de perdre un être cher puisque Pierre, le frère de Cécile, meurt le dernier jour de la guerre d’Algérie.  Enfin, il apprend le positif comme le négatif de l’amour dans les bras de la jolie Camille.

Ce roman choral est riche et touffu. De nombreux personnages prennent la parole, racontant un passé souvent lié au stalinisme de près ou de loin, dans un contexte plein de charme : le Paris des années 60. Jean-Michel Guenassia le dit lui-même dans l’entretien qui lui est consacré à la fin du livre audio, c’est une période qui n’a généralement qu’une toute petite place dans la littérature, et c’est bien dommage.  Que peut-on retenir de ce long roman (21h30 d’écoute !) ? Michel et sa passion de la lecture (il lit dans la rue à ses risques et périls, il lit au lycée, un bouquin posé discrètement sur ses genoux), le jogging au Luxembourg avec Cécile, Sasha qui truque les photos pendant la guerre froide (l’ennemi ne doit jamais paraître, les chefs doivent toujours sembler beaux et jeunes), Leonid et son histoire d’amour impossible, …

 

Je situe le livre quelque part entre Le Cercle des poètes disparus et Les Faux-monnayeurs (méga référence pour moi !), plein de tendresse, dense en personnages, en histoires et en anecdotes, il est tout le contraire de ces livres au style minimaliste et sobre (comme Le tort du soldat, par exemple,  que j’aime beaucoup aussi !). Il nous emplit, nous gonfle de vie, nous rend nostalgique. Que le livre ait reçu le Prix Goncourt des Lycéens en 2012 n’est pas étonnant. J’ai aimé et Stéphane Ronchewski y est pour beaucoup, sa voix a pris l’accent tour à tour hongrois, russe, tchèque avec une aisance et une justesse vraiment appréciables. 

Repost 0
Published by Violette - dans Livres audio
commenter cet article
28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 08:24

Oscar a toujours eu une vie pépère, tranquille, « raisonnable ». Marié à une femme qui le trompe, père de deux grandes filles adolescentes dont il ne s’est jamais vraiment occupé, il ne s’épanouit pas non plus dans un boulot monotone. Un jour, il se décide à « oser ». Des dépenses folles pour des fringues, des restaurants chics, une prostituée, de petits larcins,  des retrouvailles avec une prof dont il était fou amoureux, même une sortie à l’opéra … Pourquoi ces changement si radicaux ? Oscar est condamné !

Savoir qu’on n’a plus que quelques jours à vivre force l’homme à se poser des questions, à revenir sur son passé, à essayer de faire du vélo pour la première fois, à se confronter à un père (condamné lui aussi !) qu’il n’a jamais aimé.

C’est un livre assez violent qui touche la corde forcément sensible du lecteur. Profiter des derniers instants de la vie revient, pour Oscar, à faire tout et n’importe quoi, en accéléré : du judicieux et de l’insensé. Les dessins de Christian Durieux m’ont plu. La plupart du temps réalistes, ils laissent cependant une place à l’onirique, à l’irréel, tout à fait justifiés quand on se sent si proche de l’ « autre monde ». Le sépia domine, ponctué, ça et là, par des touches de couleurs vives, du jaune pour la collerette de la prof qu’il a aimée, du bleu pour le ciel qui voit Oscar faire du vélo pour la première fois, du rouge pour le tableau qu’il tente de peindre.

 

 

»   17/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 10:17

Galvanisée par l’humour de La Reine des lectrices mais plutôt déçue par les récits de So Shocking, il me fallait connaître une troisième expérience avec Sieur Bennett.

Le narrateur qui est aussi l’écrivain Alan Bennett aide un jour, à la fin des années 60, une vieille dame à pousser sa camionnette. Ce geste de sympathie qui n’est pas perçu à sa juste valeur lui vaudra un drôle de voisinage pendant plus de quinze ans.  En effet, l’écrivain se voit plus ou moins contraint de proposer à l’excentrique de venir garer sa camionnette dans son jardin. Il pense que c’est provisoire mais ça durera… quinze ans ! Cette Mme Sheperd est une originale qui s’habille avec des objets de récupération (un carton de Corn Flakes fait office de casquette à visière, par exemple), qui refuse la charité en menaçant les personnes bien intentionnées qui s’inquiètent de son sort et qui, en plus de son extravagance naturelle, est une malpropre qui fait sécher des serviettes hygiéniques dans sa camionnette. Rajoutons qu’elle n’est pas très polie mais qu’elle est persuadée qu’elle fera un jour de la politique avec Mme Thatcher.

Ne passons pas par quatre chemins : je n’ai pas aimé, je n’ai pas du tout adhéré à cette histoire, je n’ai pas compris où l’auteur voulait nous emmener : nous émouvoir avec une vieillarde quand même sacrément agaçante ? nous faire rire (je suis restée de marbre) ? nous montrer à quel point l’homme est généreux ? Le texte est archi court, d’une simplicité désolante, le style m’a semblé plat et sans intérêt. J’y réfléchirai donc à deux fois quand je me retrouverai devant un livre d’Alan Bennett.

« Je travaille dans le jardin lorsque MissB., l’assistante sociale, débarque avec un carton de vêtements. Non sans réticence, Miss S. ouvre la portière de sa camionnette, plongée dans l’écoute de Any Answers, mais finit par s’asseoir au bord du véhicule pour examiner les vêtements. Elle n’a pas l’air emballé.
Miss S. : J’avais simplement besoin d’un manteau.

Miss B. : Eh bien, je vous ai apporté trois, au cas où vous auriez envie de changer.

Miss S. : Je n’ai pas la place d’en ranger autant. Et puis, je comptais justement laver celui-ci. Cela m’en fait donc quatre.

Miss B. : Je vous ai aussi apporté ma vieille pèlerine d’infirmière.

 

Miss S. : J’ai déjà un imperméable. D’ailleurs le vert ne me va pas. »

Repost 0
22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 16:12

Au Moyen Age, que ce soit dans le village ou dans la forêt, on craint la sorcière Saturnia, et un preux chevalier tente de capturer cette blonde évanescente si rapide.

Sur les remparts du village, les arbalétriers veillent sur le sommeil des habitants pendant qu’au cimetière, les morts prennent vie sous la forme de fantômes tout verts.

Ajoutez à cela quelques rêves démoniaques et une histoire d’amour impossible et vous aurez peut-être compris que je n’ai pas retenu grand-chose de cette BD aux dessins pourtant attrayants. C’était un bide total ! Peu besoin de lire la biographie de l’auteur pour savoir qu’il s’inspire beaucoup de Joann Sfar, ça se voit ! Les figures et les yeux sont ronds, les traits naïfs et les couleurs vives mais je n’ai absolument pas accroché ! Dommage ! (j’avoue que la période médiévale est celle que j’aime le moins, ceci explique peut-être cela…)

 

»   13/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article
19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 21:47

Ravie d’avoir trouvé, enfin, une écriture nouvelle avec l’étonnant Demain dans la bataille pense à moi, j’avais très envie de poursuivre le chemin tracé par cet auteur. Je ne le regrette pas !

Juan, la trentaine bien entamée, se pose des questions sur l’avenir de son couple. Il vient de se marier avec Luisa et il ressent comme un malaise inexplicable face à ce qui l’attend. Son père, lors du jour même du mariage, ne le rassure pas en lui posant cette question perfide « Et maintenant ? ». Encore un élément qui vient augmenter l’inquiétude qu’il ressent : il surprend, dans une chambre d’hôtel à La Havane, lors de son voyage de noces, une dispute entre deux amants. Lui s’appelle Guillermo et il promet à sa maîtresse, Miriam, de quitter son épouse restée en Espagne. La discussion est passionnelle et violente, surtout lorsque Miriam ordonne à son amant de tuer sa femme.

Mais c’est surtout le passé du père de Juan, cet homme encore séduisant qui s’est marié trois fois, dont deux femmes sont mortes dans d’étranges circonstances, qui trouble de plus en plus le narrateur. Il va découvrir la vérité dans des conditions particulières : terré dans sa chambre, il va entendre le père de Juan se confier à Luisa dans le salon de leur appartement.

Roman surprenant qui s’ouvre sur un suicide (à la cinquième ligne !) ; déroutant, envoûtant, il m’a remuée à chaque page. Avec Javier Marias, on a l’impression de découvrir une langue nouvelle (le livre a été publié en 1993 ! ), une vision nouvelle par l’intermédiaire de personnages à la fois originaux et si proches de nous. Tantôt comique ou répétitif, tantôt dramatique ou poétique, les tons varient avec une rapidité et une aisance déconcertantes. Les longues phrases qui m’avaient un peu contrariée dans Demain dans la bataille pense à moi m’ont vraiment pas dérangée ici (ou sont-elles plus courtes ?), c’est un style qui demande à être apprivoiser, je pense y être arrivée, je vais donc continuer à lire du Javier Marias…

« Ecouter est des plus dangereux, c’est savoir, avoir connaissance et être au courant, les oreilles n’ont pas de paupières qui puissent se clore d’instinct à ce qui est prononcé, elles ne peuvent se préserver de ce que l’on pressent que l’on va entendre, il est toujours trop tard. »

 

« Personne, ou presque, n’imagine quoi que ce soit, du moins quand on est jeune, et on est jeune bien plus longtemps qu’on en el croit la vie entière semble irréelle,  quand on est jeune. Ce qui arrive aux autres, les malheurs, les calamités, les crimes, tout cela nous est étranger, comme si cela n’existait pas. Même ce qui nous arrive nous semble étranger une fis passé. »

Repost 0
16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 14:03

Lors d’un dîner en famille, alors que les parents se battent pour que Lucas et sa petite sœur Leïa vident leur assiette, Lucas pose la question qui tue : « Comment t’as rencontré maman ? » à son père. S’ensuit un long récit qui occupera plusieurs soirées.

Tout a commencé en 1986, lorsque maman et papa avaient 9 ans. A cet âge et surtout à cette époque, les enfants traînaient dans les rues, des clans se formaient et des jeux plus ou moins violents distrayaient les mômes.  La passion d’Etienne et de ses copains, c’étaient les pirates. Les garçons décident de déclarer la guerre au clan opposé mené par La Grande Rousse, une fille courageuse et rusée. Sur fond de chasse au trésor et armés de sabres et surtout d’insultes, les enfants se battent. L’objectif réel d’Etienne est d’approcher la jolie et discrète Marie, la fille aux longs cheveux noirs, à qui il envoie des lettres d’amour. Bien sûr, Lucas et Leïa voient Etienne et la petite Marie dans les personnages des deux chefs de clan, mais une petite surprise créera l’effervescence dans la famille…

Avec cette évocation d’une enfance belliqueuse, La Guerre des boutons n’est pas loin, sauf que ça se passe au Québec et que ça s’entend parfois ! Les références aux années 80 sont nombreuses et réveilleront des souvenirs de certains lecteurs. J’ai bien aimé cette histoire à la fois naïve et cruelle (comme le sont souvent les enfants) qui est à l’origine d’une grande histoire d’amour. Des couleurs, il n’y en a que trois : du blanc, du noir et du brun clair. Les traits sont précis et les quelque 143 planches raviront les lecteurs qui, comme moi, trouvent toujours les BD un peu trop courtes… Dans la description des batailles, j’ai trouvé les dessins des visages un brin trop crus, proches des zombies (qui n’ont rien à faire ici). 

Lorsque la piraterie s’associe à l’amour : « D’après vous, quelle est la principale raison d’exister des pirates ?? […] A quoi sert tout l’or du monde, les victoires sur les champs de bataille, l’aventure et le large… A quoi bon découvrir de nouveaux continents, entrer dans la légende… à quoi bon composer des chansons en notre honneur s’il n’y a pas… les femmes ! C’est le destin de tout pirate d’épouser les plus belles femmes !!!!Que ce soit la fille d’un capitaine du clan ennemi, une riche comtesse sur un navire de guerre portugais ou une jeune veuve abandonnée au cœur d’une ville côtière saccagée par notre clan ! »

 

»   16/20   »

Repost 0
Published by Violette - dans Lectures - BD
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages