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26 octobre 2021 2 26 /10 /octobre /2021 15:36

Là où chantent les écrevisses de Delia Owens | Audiolib

Après une longue pause, je me remets à écouter des livres audio grâce à … un lecteur MP3 tout simplement.

Kya est une petite fille de même pas dix ans qui vit avec sa famille dans une cabane au cœur du marais. Violence et alcool détruisent les uns et les autres et Ma, la mère, s’en va du jour au lendemain pour ne plus revenir. Jodie, le frère aîné de Kya en fait autant et après une cohabitation plus que délicate avec son père, ce dernier disparaît aussi. Kya est livrée à elle-même, elle pêche, elle se cache, elle évite l’école, elle échange des coquillages et du poisson contre un peu d’essence pour sa barque, elle observe la nature et fait collection des plus belles plumes. Sauvage, seule, elle grandit, devient une belle adolescente qui, heureusement, trouve sur son chemin des êtres qui vont l’aider à mûrir. Tate, un adolescent un peu plus âgé, va lui faire découvrir l’amour en douceur et la lecture qui va unir les deux jeunes dans leur soif d’en savoir plus sur la faune et la flore des marais. Mais Tate est aussi attiré par les études, les grandes villes et l’université, il va délaisser Kya qui va faire des rencontres moins favorables. Le meurtre d’un jeune homme, Chase, fil directeur de ce roman, va autant intriguer le lecteur que les personnages, d’autant plus, qu’à un moment donné, Kya a de très bonnes raisons de se débarrasser de celui qui a été son amant.

J’ai enfin réussi à renouer avec l’écoute de livres audio ! Quelle chance j’ai eu d’être tombée sur un livre d’une telle qualité, sur une si bonne lectrice. Le décor associé à ce personnage central sont d’une harmonie parfaite. Au fur et à mesure que j’avançais dans mon écoute, j’ai de plus en plus été séduite par ce roman où j’ai tout aimé : ce marais à la fois inquiétant ; protecteur et nourricier, les personnages si bien dessinés et surtout celui de Kya, véritable héroïne si belle, si pure, si sensible ; le suspense et le mystère qui rôdent autour de cette mort. J’ai du mal à mettre des mots sur l’émotion que j’ai ressentie en terminant cette histoire extraordinaire mettant en scène une femme dans la nature, cette « fille du marais », si bouleversante, si unique, d’une rare profondeur.

Je vous dévoile le secret de ce titre sublime : « là où chantent les écrevisses » est un endroit tellement reculé que la nature reprend ses droits, sans être souillée par la présence de l’homme. Sans aucune hésitation, c’est un immense COUP DE CŒUR.

Le Prix Audiolib 2021 a été décerné à cette excellente lectrice, Marie du Bled. C'est amplement mérité !

 

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23 octobre 2021 6 23 /10 /octobre /2021 17:38

L'Adoption de Zidrou et Monin : être né quelque part - Babelio

Wadji a 10 ans et il vient du Yémen. Gaëlle et Romain, un couple d’une quarantaine d’années, ont enfin réussi à obtenir son adoption. Ils sont heureux, ont invité du monde pour fêter l’occasion. Mais le petit Wadji garde son imperméable, il semble perdu et tout petit dans cette grande maison confortable. Il ne connaît ni le fonctionnement de la douche, ni celui de la balançoire. Il observe et s’imprègne sans comprendre réellement. Si, il comprend quand, lors de son premier jour à l’école, on se moque de lui et qu’il se défend violemment avec ses poings. Quand il est contrarié, frapper devient une réponse. Il refuse également le contact physique et Gaëlle est frustrée de ne pouvoir le prendre dans ses bras. Cette adoption pose de plus en plus problème au couple…

C’est une belle histoire émouvante et cruelle sur l’adoption et ses difficultés et surtout sur la confrontation de deux mondes diamétralement opposés. Les parents adoptifs veulent trop vite faire entrer le garçon dans leur moule à eux en ignorant qu’il a un passé, qu’il avait une vie avant, qu’il avait une famille. Même si c’est un peu caricatural, ce sont les vieux riches occidentaux qui sont les plus cons, la grande sœur fait à peine exception. Le petit gamin est attachant dès les premières planches avec ses grands yeux effrayés et on comprend vite que le passé le hante encore entre ses parents qu’il a perdus et la guerre qui l’a traumatisé. Le dessin est superbe, Monin utilise toutes les palettes de couleurs et brille de précision, les visages sont d’une netteté ! J’ai donc beaucoup aimé cet album qui connaîtra une suite, je l’espère en tous cas, parce que la fin ouverte m’a frustrée ! Je l’ai fait lire à mon ado de fille qui en est sortie complètement révoltée contre les parents.

Le tome 2 qui était une toute autre histoire.

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20 octobre 2021 3 20 /10 /octobre /2021 15:34

Enfant de salaud, de Sorj Chalandon | Éditions Grasset

          « Tu es un enfant de salaud ». En prononçant ces mots, le grand-père de Sorj Chalandon creuse un abyme dans le cœur de son petit-fils. En effet, l’aïeul a vu son fils « habillé en Allemand, place Bellecour » pendant la Seconde Guerre mondiale. Sorj va mettre du temps à accepter l’information avant de vouloir chercher à la confirmer. C’est lorsqu’il couvre le procès de Klaus Barbie en 1987 qu’il va mener l’enquête. Son père qui s’est toujours revendiqué résistant, qui a multiplié les versions de son héroïsme pendant la guerre aurait été un infâme collabo. En réalité, le père a de multiples visages, il a connu cinq armées différentes et cinq désertions. Il continue à nier même lorsque le fils a les papiers officiels sous les yeux. Et il adopte un comportement étrange face à Klaus Barbie et à son procès. Le récit mêle l’avancée du procès à la progression de l’enquête du fils.

Après avoir très déçue par la lecture d’Une joie féroce, j’ai retrouvé le style de Chalandon que j’aime : sa sobriété, sa retenue, son efficacité au service d’un pas de l’Histoire. Ça, c’était pour les cinquante premières pages. La différence ici est qu’il met beaucoup de sa personne dans le livre et je crois que, pour cela et de manière paradoxale, je n’ai pas réussi à entrer dans l’histoire, il m’a semblé qu’il avait écrit ses lignes dans une visée thérapeutique et je m’y suis peu sentie concernée. J’irai même plus loin, je me suis ennuyée lorsqu’il monologuait en ressuscitant le passé de son père sur le style « Le 28 octobre, tu te présentes (…) de là, tu as rejoint une caserne FFI (…) tu as affirmé aux enquêteurs… » Les pages de la fin que j’ai trouvée théâtralisée me sont tombées des bras. Oui, c’est dur de dire ça pour un écrivain qu’on a toujours adoré, ça m’attriste, et je ne me l’explique pas quand je lis d’autres avis complètement élogieux.

« je me suis demandé combien de faussaires vivaient en lui. Combien de tricheurs lui griffaient le ventre. »

« J’ai besoin de savoir qui tu es pour savoir d’où je viens. Je veux que tu me parles, tu m’entends, je l’exige ! Je n’ai plus l’âge de croire mais j’ai l’âge d’entendre et d’accepter. Cette vérité, tu me la dois. »

« Tu as enfilé des uniformes comme des costumes de théâtre, t’inventant chaque fois un nouveau personnage, écrivant caque matin un autre scénario. »

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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 13:25

Une histoire d'amour - broché - Alexis Michalik - Achat Livre ou ebook |  fnac

J’ai chopé cette pièce de théâtre à la bibliothèque et l’ai lue en deux temps trois mouvements.

                Katia et Justine sont deux jeunes femmes qui se retrouvent dans un bar après s’être connues chez un ami commun. C’est évident, Katia, homosexuelle, drague ouvertement Justine qui – même si elle aime généralement les hommes – se laisse séduire. Elles boivent, vont en boîte, s’embrassent et se retrouvent dans le même lit. Contre toute attente et malgré les craintes de Katia, Justine s’accroche, s’engage, reste, aime sa nouvelle compagne. Et lui demande, deux ans plus tard, un enfant. Même si elle se montre d’abord réticente, Katia accepte l’insémination artificielle pour Justine et, sur un pari un peu rapide, pour elle aussi. C’est Katia qui tombera amoureuse mais Justine ne tiendra pas toutes ses promesses…

Je l’ai dit, j’ai lu la pièce d’une seule traite, j’en sors bouleversée mais un peu frustrée. Les personnages m’ont paru un peu caricaturaux et simplistes, j’aurais aimé, pour une pièce contemporaine, trouver une pointe d’originalité soit dans les dialogues, soit dans la mise en scène. J’ai pourtant été émue par cette histoire d’amour qui finit mal, par les revirements de situation et la métamorphose de certains personnages. Mais je suis restée sur ma faim, il m’a manqué le petit grain de folie que j’apprécie chez Michalik. Evidemment, il faudrait voir la pièce, c’est toujours possible jusqu’à fin octobre à La Scala, à Paris. N’hésitez pas, elle a reçu le Molière de la mise en scène d'un spectacle de théâtre privé, et venez me raconter !

Katia et Justine emménagent ensemble, Katia panique lorsque le livreur apporte un canapé ; il tente de la rassurer (ou pas !) : « C’est normal. Le canapé, c’est le temps qui passe. C’est la peur de l’engagement, l’angoisse de vieillir. La mort qui se rapproche. L’inéluctabilité du néant. »

Le frère de Katia, William, se retrouve à vivre à la campagne, seul, après une rupture : « Ça me fout une angoisse pas croyable. Y a pas un café à dix kilomètres à la ronde, un musée je t’en parle même pas, mon voisin le plus proche a soixante-quinze ans, si la voiture tombe en panne, je meurs. Je meurs de faim. On va me retrouver dévoré par les renards. »

 

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14 octobre 2021 4 14 /10 /octobre /2021 13:24

Une vie française de Jean-Paul Dubois - Poche - Livre - Decitre

J’ai déjà beaucoup lu de cet auteur qui figure parmi mes préférés et il me manquait ce roman qui est peut-être son plus connu.

Paul Blick est un Toulousain né d’un père garagiste et d’une mère correctrice. Bouleversé très jeune par la mort de son grand frère, Paul va mener une vie d’adolescent sage et plutôt timide malgré un ami satyriasis. C’est à 15 ans, sous l’ère De Gaulle, lors d’un stage en Angleterre, qu’il découvre lui-même les joies du sexe. Il pratique beaucoup ! et puis un jour, il rencontre la femme de sa vie, Anna, mais il lui faut d’abord lutter contre un adversaire aussi beau que con. Une fois le couple formé, ce sont des problèmes de conviction politique que doit affronter notre personnage alors que Giscard vient d’être élu. Anna et Paul ont des enfants et c’est lui qui s’en occupe, avec délectation. S’ensuit une inopinée carrière de photographe qui rend Paul très riche. Mais la vie lui réserve encore beaucoup de périodes d’ennui et de grands malheurs…

Quelle magnifique lecture ! Le roman est riche et complet dans le sens où il nous fait rire, nous émeut, nous instruit, nous manipule, nous surprend, nous fait voyager. Il nous parle d’« une » vie française bien particulière mais aussi de nos vies à tous puisqu’on retrouve de petits morceaux de nous disséminés dans chaque chapitre. Ces chapitres prennent d’ailleurs le nom des dirigeants du pays : De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac. Dubois a vraiment le chic de passer du cocasse au tragique en deux temps trois mouvements, avec une écriture qui claque et qui fait mouche à chaque page. Âmes écolo, ne passez pas votre chemin, Paul nous a fait deux livres sur les arbres, « Arbres de France » puis « Arbres du monde » qui, comme l’indiquent les titres, portent sur les plus beaux spécimens que Paul a pris le temps d’admirer, de sonder, de photographier. Un pur délice !

Qu’est-ce que j’ai aimé ce livre !

Je ne lui en veux même pas : « Tous les enseignants que j’ai croisés dans ma vie – instituteurs, professeurs, assistants, titulaires de chaire, remplaçants de pacotille -, tous étaient des rosses, des carnes, des baltringues lâches et démagogiques, imbus d’eux-mêmes, serrant la bride aux faibles, flattant la croupe des forts, et conservant jusqu’à la fin ce goût maniaque de la classification, de l’élimination, de l’humiliation. »

Les premiers temps passés avec Anna : « L’air de la vie sifflait doucement à vos oreilles et une brise aux odeurs de foin coupé vous caressait le visage. Les heures et les jours s’engrenaient sans la moindre secousse, et la nuit, lorsque vous ouvriez les yeux, vous éprouviez ce précieux sentiment d’avoir trouvé votre place sur cette terre. »

« L’argent avait l’odeur agressive et prémerdeuse des déodorants pour toilettes. »

A la découverte des arbres … : « Commença alors la période la plus mystérieuse et la plus magique de ma vie. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à en parler, à décrire cette succession quasi ininterrompue d’éblouissements qui, d’escale en escale, d’arbre en arbre, ont changé ma vision et ma perception du monde. Voyageur dépourvu de bagages, nomade à l’esprit dépouillé, déchargé de toute responsabilité, de la moindre implication, botaniste d’opérette, l’esprit léger, aérien, je mesurais l’infinie beauté de la nature végétale. » 

-COUP DE CŒUR-

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 09:38

Livre: Ne t'arrête pas de courir, Mathieu Palain, L'Iconoclaste,  9782378802394 - Leslibraires.fr

Le narrateur-auteur, Mathieu Palain, journaliste, décide de rencontrer celui qui a son âge et qui a grandi, comme lui, en banlieue : Toumany Coulibaly. L’homme est à la fois champion et voyou. Repéré pour ses talents de course à pied, il deviendra vite un champion du 400m… tout en continuant son vice préféré : le vol. Dès l’âge de 6 ans, il se met à chaparder tout ce qui se trouve autour de lui, de la console de jeux du copain à la boutique SFR du coin. Plus tard, alors qu’il vient de rafler la victoire au championnat de France, il braque des pharmacies, en Ile-de-France, les unes après les autres. Et c’est en prison, au parloir, que le journaliste Mathieu Palain le rencontre tous les mercredis et qu’il écoute son interlocuteur avec attention, retranscrivant ensuite ses paroles. La dernière partie du roman est plus personnelle, le journaliste se demande pourquoi il a choisi ce « sujet » et lorsque deux psys finissent par lui dire « Protégez-vous », il s’interroge davantage sur son attrait de la thématique carcérale.

Qu’est-ce qui charme tant dans ce roman ? Ce n’est pas l’écriture qui n’a rien d’extraordinaire, ce n’est peut-être pas non plus le personnage principal qui hésite entre le rôle de héros et de looser… c’est peut-être la sincérité et l’authenticité de l’auteur, la relation forte entre les deux hommes dont on partage un petit bout. Et puis, on aimerait tellement qu’un petit délinquant banlieusard s’en sorte et arrête ses conneries. Le roman prend une autre dimension dans la dernière partie, plus psychologique, plus fouillée. C’est à ce moment-là que l’auteur fait des parallèles vraiment intéressants entre sa propre vie et celle du prisonnier. Des réflexions sur la vie carcérale jalonnent également le livre accompagnant celles sur la réinsertion, apparemment impossible lorsque le prisonnier a été enfermé plusieurs décennies. Le sujet est passionnant, le journaliste se rend attachant par ses tâtonnements et ses questionnements et c’est aussi ce qui prouve, selon moi, qu’il le maîtrise à fond. Un portrait tout en nuances, sans manichéisme d’un « vainqueur le jour, voleur la nuit. »

Où vol et course à pied se rejoignent – et c’est un conseil que Toumany donne à son petit frère ! : « Le secret dans le vol, c’est le cardio. Il te faut un gros cœur pour courir vite et tenir longtemps. Fais confiance à tes jambes et tu te feras jamais prendre. »

Toumany participe au programme Sycomore qui a pour visée de confronter détenus et victimes : « L’idée, c’est que des personnes de chair et d’os viennent raconter à des auteurs ce que ça fait de se trouver de l’autre côté du canon. Le traumatisme débarque dans votre vie. Les relations sociales qui s’effritent. Le sommeil qui disparaît. A la fin des six semaines, on espère que ces échanges auront provoqué une prise de conscience chez les détenus, des regrets sincères, quelque chose d’un peu zacchéen : « Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »

« Plus on en parlait, et plus je sentais Toumany parvenu au seuil de toxicité de la prison. Il lui était encore possible d’envisager l’avenir mais il ne fallait plus traîner, sous peine de devenir un insortable, un de ces mecs pour qui la taule est comme un tatouage sous leur peau. »

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7 octobre 2021 4 07 /10 /octobre /2021 13:45

Jonathan Munoz et  Gaet's - Un léger bruit dans le moteur.

D’après le roman du même nom de Jean-Luc Luciani.

Un minuscule village perdu au milieu de nulle part. Des gens pauvres, stupides et incultes. L’épicière est la seule qui se rend dans « le monde de dehors du village ». Le narrateur ? Un petit garçon qui éprouve un besoin inextinguible et un plaisir intense à tuer. Sa mère est morte à sa naissance, il a poussé son demi-frère du haut de la balançoire avant d’écraser sa tête contre le sol, il a planté son équerre dans l’œil de sa maîtresse, il a enfoncé son copain dans une grosse flaque de boue, et la série ne s’arrêtera pas là … son unique objectif est simple : tuer tout le monde. Il y parviendra et quittera cet univers gris et sordide.

Est-ce pertinent de dire que c’est sinistre du début à la fin ? Non seulement ce petit garçon est affreux mais les gens qui l’entourent sont eux-mêmes laids, grotesques et dénués d’humanité. Le décor est glauque lui aussi, des cabanes en bois grossièrement bâties, un vent hostile, des rues sombres où personne ne passe jamais. La somme de tant de données négatives a (presque) pour effet d’obtenir un résultat positif, on est (presque) content pour ce garçon qui peut se barrer de ce hameau dirigé par des adultes irresponsables et odieux. En tous cas, on ne reprochera pas à cet album mièvrerie et platitude ; j’ai aimé cette noirceur qui m’a amusée jusqu’à ce que je me dise que ça existe encore, ce genre d’endroit… même si vous entendez votre voiture faire un « léger bruit dans le moteur », ne vous arrêtez pas !

Jonathan Munoz et  Gaet's - Un léger bruit dans le moteur.

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 13:36

Six pieds sur terre | Lisez!

C’est l’histoire de deux êtres brisés par une enfance et une adolescence malheureuses. Camille a dû vivre avec une mère célibataire volage et méchante, des deux, c’est elle qui s’est toujours montrée la plus sérieuse. Jérémy, lui, porte un fardeau peut-être encore plus lourd puisqu’adolescent il a perdu sa mère dans un accident de voiture, avant d’apprendre quelques mois plus tard, qu’elle s’était en réalité suicidée. Camille et Jérémy se retrouvent un peu par hasard, à vivre ensemble et à « essayer de s’aimer, de respirer, de vivre. Essayer de se lier et de porter ensemble le poids des chagrins » même si Jérémy le mutique ne parvient qu’à ériger des barrières autour de lui. Réussiront-ils à vivre ensemble voire à fonder une famille ?

C’est un roman triste, percutant mais somptueusement écrit qui m’a envoûtée de bout en bout. Antoine Dole s’extrait pour la première fois de la littérature jeunesse pour nous livrer une œuvre âpre qui remue nos tripes (parfois un peu trop). Fin psychologue, il ausculte les méandres d’une âme blessée. Il faut avouer qu’on attend un sursaut de vie pour Jérémy (qui arrivera – ou pas – je ne vous dirai rien mais cette accélération finale du rythme m’a beaucoup plu). Je ne suis pas passée loin du « coup de cœur », j’y ai renoncé parce que le personnage central s’enlise tout de même un peu trop dans sa noirceur. J’ai pensé à Olivier Adam tout le long de ma lecture -lui aussi aime sombrer pour mieux jaillir. Un livre marquant.

« Vivre est une inquiétude qui ne s’apaise pas. Une démangeaison. Alors on gratte, et on gratte encore. A la recherche d’une sensation plus forte que les autres. D’une raison qui justifie qu’on s’inflige ça. On ne trouve rien. Le plus infime morceau de soi à ciel ouvert, on ne trouve rien. Vivre, c’est courir après l’espoir d’être vivant, accepter en soi une faim que rien ne peut éteindre. S’essouffler à croire, vouloir, à demeurer dans le mouvement. »

« On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. C’est ça la vérité. La seule chose à comprendre. Pour le deviner il faut s’être tenu à la frontière de soi. Cet endroit des limites solides, celles auxquelles on se heurte un jour, malgré toute la bonne volonté, tout le courage. On découvre l’évidence : cette vie n’est facile pour personne et elle ne nous doit rien. »

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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 10:27

Livre: L'Eternel Fiancé, Agnès Desarthe, Éditions de L'Olivier, Littérature  Française, 9782823615821 - Leslibraires.fr

         La narratrice, à 4 ans, entend sa première déclaration d’amour : « Je t’aime parce que tu as les yeux ronds ». Mais même si elle se trouve dans une « salle des mariages », la narratrice s’intéresse surtout au concert de musique classique auquel elle assiste. Etienne, elle s’en occupera et le convoitera plus tard … Et elle le recroisera souvent, à l’adolescence d’abord, lorsque celui-ci aura complètement oublié la fillette de 4 ans et qu’il tombera éperdument amoureux d’une Antonia. A l’âge adulte, lui avec un bébé dans les bras – sans Antonia. Plus tard encore et cet « éternel fiancé » comptera pour elle.

       Malgré un point de départ que je n’ai pas trouvé crédible du tout, cette fille à qui on conte fleurette à 4 ans, qui s’en fiche mais regrettera et sera toujours attachée à son petit prétendant, malgré un manque de fluidité dans l’ensemble du roman, j’ai apprécié cette lecture très agréable. Certains passages sont de pure beauté et d’une justesse remarquable. Il y a quelque chose de touchant et de très sensible dans l’écriture et dans la vision du monde de cette romancière que je découvre pour la première fois. C’est dommage que l’ensemble soit décousu et en même temps, ce désordre fait le charme du livre… vous l’aurez compris, j’ai du mal à émettre un avis tranché mais je trouve quand même que le roman vaut la peine d’être découvert.

Le livre a fait partie de la deuxième sélection du Prix Goncourt 2021.

Une famille peu ordinaire : « Nous étions le monde et mon regard demeurait comme myope au reste de l’univers. »

Deux belles réflexions sur l’adolescence :

« Adolescents, nous étions des brutes fragiles. Cœurs de cristal et mains maladroites en forme d’enclume. D’un geste nous faisions voler en mille échardes transparentes nos rêves communs, les secrets partagés, les heures au téléphone, les promesses. »

« J’ignorais alors que les adultes, à force d’être trahis et abandonnés par les adolescents, se préservent du chagrin que cela risquerait de leur causer en anticipant leur fuite. Ils se laissent rejeter sans protester, sans opposer de résistance, quitte à ce que ce fair-play qui les protège brise le cœur des jeunes gens. »

L’amour d’Etienne pour la narratrice – à 4 ans : « Un amour né dans une ardeur que l’érosion des années étaient chez les adultes. On se méprend quand on juge mineures les passions de jeunesse, ces incendies précoces. Certains cœurs sortent calcinés de l’enfance. Personne n’en porte le deuil. On sourit face aux cendres. »

 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 16:56

Milwaukee Blues - Louis-Philippe Dalembert - SensCritique

Emmett est mort. Emmett a été tué. Emmett, un Afro-Américain d’un quartier pauvre de Milwaukee, a été assassiné par un flic blanc. Emmett a été victime d’une bavure policière alors qu’il était loin d’être un criminel. C’est le vendeur pakistanais qui a composé le Nine-one-nine et qui le regrette chaque jour. Emmett a présenté un faux billet, il a été arrêté, n’a pas bronché et le flic blanc l’a écrasé de tout son poids jusqu’à ce qu’il étouffe puis meure. Le caissier va passer la parole à l’institutrice d’Emmett qui passera le flambeau à sa meilleure amie, Authie. Nous entendrons aussi les voix du pote d’enfance, du coach, de la fiancée, de l’ex. La dernière partie du roman narre les préparatifs de la marche en hommage à Emmett, le jour des funérailles qui a vu les rues de la ville noires de monde et le discours plein de force et d'énergie de la révérende.

L’auteur s’est évidemment inspiré de la mort de George Floyd heureusement très médiatisée pour évoquer non seulement cette abjecte discrimination mais aussi traiter de la vie de ce quartier de Milwaukee, Franklin Heights, très pauvre et presque uniquement habité par des Noirs. La force du roman réside en sa polyphonie, toutes ces voix qui s’élèvent pour raconter qui Emmett a été forment une immense étoile scintillante. Les morceaux du puzzle de sa vie et de son identité s’imbriquent les uns aux autres, se complètent et finissent par constituer un bel hommage au personnage central. J’ai beaucoup aimé la diversité des tons, des approches et des points de vue qui donnent de la profondeur au personnage en privilégiant sa part d’humanité au détriment de sa couleur. D’intéressantes réflexions jalonnent le roman comme la difficulté de survie pour un couple mixte, les défaillances des pères qui bien souvent, s’en vont, le carcan du quartier dont trop peu s’échappent, la part de responsabilité de l’homme blanc et son engagement. Le pessimisme laisse une petite place à l’espoir qui jaillit parfois, par petites étincelles, et explose dans un beau feu d’artifice final avec le magnifique prêche de la révérende, Ma Robinson. Une très belle lecture en somme !

Le livre a fait partie de la deuxième sélection du Prix Goncourt 2021.

Stokely, le copain d’enfance d’Emmett a été, un temps, guetteur puis dealer : « Un marmot, ça attire moins l’attention, vous comprenez ? Saut si, bien sûr, il est noir et le flic blanc. C’est comme ça ici. Aux yeux des keufs, avant d’être un môme, t’es noir. Ils peuvent te buter s’ils te voient jouer avec un pistolet factice. Après, ils n’auront qu’à dire au juge qu’ils s’étaient sentis menacés. »

Une petite merveille que ce poème de Langston Hughes, le poème préféré des filles du coach :

LA MERE À SON FILS

Eh bien mon fils, je vais te dire quelque chose :
La vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.
Il y a eu des clous,
Des échardes,
Et des planches défoncées,
Et des endroits sans moquettes,
A nu.
Mais quand même,
Je grimpais toujours,
Je passais les paliers,
Je prenais les tournants,
Et quelquefois j’allais dans le noir
Quand y avait pas de lumière.
Alors mon garçon faut pas retourner en arrière.
Faut pas t’asseoir sur les marches
Parce que tu trouves que c’est un peu dur.
Et ne va pas tomber maintenant…
Parce que, mon fils, moi je vais toujours,
Je grimpe toujours,
Et la vie ça n’a pas été pour moi un escalier de verre.

Ma Robinson, aux Noirs qui dénigrent le soutien des Blancs : « Si tu as soif et que quelqu’un te donne un demi-verre d’eau, tu ne dis pas : « Quel pingre ! Le verre n’est pas plein. » Tu bois, tu reprends un peu d’énergie pour avancer, pour continuer à te battre afin d’obtenir plus. »

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