Lundi 14 avril 2014 1 14 /04 /Avr /2014 16:16

            Voilà un livre classé parmi les romans policiers mais que je qualifierais plutôt de « drame familial ».

A la fin des années 60, la famille Scott déménage : après avoir vécu vingt ans à Detroit, elle rejoint la région natale d’Arthur, le père de famille, au Kansas. Pour Celia, l’épouse qui aimait sa petite vie citadine, c’est un choc. Au bout de Bent Road, cette route étroite et dangereuse, niche un village aux traditions bien ancrées dans la vie quotidienne. Mais Celia, « l’étrangère » comprend vite qu’un secret plane autour de la mort de la sœur d’Arthur, Eve, survenue vingt ans plus tôt. Dans la famille Scott, il y a aussi le grand frère, Daniel qui, sans ami, va s’acoquiner avec l’infirme du village qui lui apprend à tirer à la carabine. En quelques mois, Daniel passe du statut d’adolescent à celui d’homme viril. Il y a aussi Elaine, la cadette, qui est bien la seule à s’intégrer rapidement à la vie du Kansas et son histoire d’amour avec Jonathon, l’homme à tout faire, y est pour quelque chose… Enfin, Evie, la fillette de la famille, découvre qu’elle a beaucoup de points communs avec sa tante Eve. Elle lui ressemble, elle aime porter les robes de sa tante et, pendant un (trop) long moment, son entourage lui cache qu’Eve n’est pas partie s’exiler très loin…  Il faut apprendre à vivre avec la famille restée au Kansas : la grand-mère Reesa ne voit pas d’un bon œil les manières de faire de sa bru Celia. Ruth, la sœur d’Arthur, a du mal à gérer ses propres problèmes car Ray, son mari, est un homme violent qui a épousé Ruth contre son gré. La tension latente prend de l’ampleur quand on apprend la disparition d’une fille de l’âge d’Evie, Julianne. Ray est immédiatement suspecté et le danger rôde comme un chacal autour de la famille… S’ajoute à cela le climat rude du Kansas, trop chaud et trop aride en été ou trop froid et trop glacial en hiver.

On obtient quelque chose d’étriqué et d’étouffant qui pourrait faire penser à un huis clos. Et ce silence qui a pesé si longtemps sur la famille et qui menace d’exploser à la figure de tous les protagonistes… Ambiance accablante et tendue ! Et pourtant, je n’ai pas adhéré complètement à ce roman, les personnages pullulent au début du livre et, personnellement, j’ai mis un petit temps à comprendre qui est qui : « Celia s’écarte pour la laisser passer. Pendant que Reesa et Artur suivent Ray vers la remorque, elle surveille son beau-frère en redoutant qu’il ne lorgne ne nouveau Elaine, mais non, il s’en abstient. Arthur s’est figé à la vue d’une petite remise construite de l’autre côté de l’allée. » Est-ce moi qui étais particulièrement fatiguée ? Ce qui m’a profondément dérangée surtout, c’est l’absence de transition entre les paragraphes. L’auteur ne connaît-il pas l’existence des connecteurs logiques et spatio-temporels ? Pour finir sur une note positive, car je suis persuadée que c’est un grand roman, la plongée dans cette région américaine où jalousie, aigreurs, mensonges et suspicions règnent en maître est d’une remarquable réussite, ce n’est pas anodin, Lori Roy est née et a grandi au Kansas.

Tête de lecture chez qui j’ai pioché l’idée a été bien plus enthousiaste que moi.

Un petit extrait pour frissonner :

 

« - C’est le vent. Juste le vent, répète sans cesse Celia dans sa tête, et à plusieurs reprises à voix haute.
           Reste qu’elle en doute. A Detroit, elle appréhendait les bombes incendiaires, les tanks et les jeunes nègres qui appelaient Elaine, mais aucun d’eux ne venait cogner contre les flancs de sa maison. Etant encore toute nouvelle au Kansas, elle n’est pas sûre de ce qu’elle doit craindre ici. Seule certitude, cette chose, quelle qu’elle soit, est en train de marcher dehors.  Frissonnant dans sa fine robe en coton sous laquelle elle n’a même pas enfilé de bas, elle se rapproche de la porte moustiquaire.
 »

Par Violette - Publié dans : Lectures - Romans et récits
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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 19:31

C’est la guerre 14 – 18. Dans les tranchées, la 17ème compagnie d’infanterie a été rebaptisée les « Folies Bergère ». Là-bas, comme ailleurs, les hommes tentent de vivre avec la mort, avec les morts qui jonchent le sol tout autour d’eux. Certains ne cessent de penser à leur femme, d’autres s’inventent des noms de mets délicieux pour qualifier la bouillie qu’ils sont obligés d’avaler, d’autres encore dessinent pour enregistrer l’horreur qui n’en épargne aucun. Aucun ou presque… Rubinstein a été fusillé mais, ô miracle, il ne meurt pas, il ne garde que des cicatrices là où la balle a troué sa peau. Peu de temps après, on distingue, sur le champ de bataille entre Français et Allemands, une fillette… une fillette qui cherche son papa qui n’est autre que Rubinstein.

Bon sang, quelle claque ! Cette BD est un concentré du pire, tout ce que la guerre a produit de plus sombre, de plus noir. Même si le dessin est réaliste, il est, la pour la majorité des planches, aussi noir et torturé que l’intrigue. Du sépia, du noir et du blanc et quelques touches de couleurs presqu’incongrues .Toutes les peurs sont représentées, celle qui fait que le soldat se pisse dessus, la peur du monstre, la peur du diable… et cette peur omniprésente de mourir dans un endroit où la vie ne vaut pas tripette…  L’horreur côtoie le beau : loin des tranchées, Claude Monet en personne peint ses nénuphars alors qu’un petit garçon s’obstine à lui rappeler qu’il a oublié de peindre les grenouilles…

C’est un album aux allures cauchemardesques qui déménage, qu’on n’oublie pas, et qui, en dénonçant les horreurs de la guerre propose une réflexion bien plus large sur la brièveté de la vie. A lire donc, absolument.

Noukette rend joliment justice aux deux auteurs dans son billet.

 

»   19/20   »

Par Violette - Publié dans : Lectures - BD
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Lundi 7 avril 2014 1 07 /04 /Avr /2014 21:52

Bartle, un Américain de 21 ans, s’est porté volontaire pour aller représenter son pays en Irak et combattre l’ennemi en 2004. Là-bas, il se lie d’amitié avec Murphy âgé de 18 ans seulement. Bartle a fait la promesse un peu stupide de ramener son copain à sa mère, vivant. Bien sûr, Murphy va se faire tuer. Bartle va rentrer au pays, tenter de vivre avec ses affreux souvenirs et réparer la « faute » commise en Irak.

C’est un roman sur la guerre et qui, en gros, dénonce les horreurs de la guerre et plus précisément les désastres psychologiques qu’elle entraîne (petit exemple : Bartle, même en civil, aura longtemps le réflexe de serrer un fusil –imaginaire- dans ses mains). Comment dire… en pacifiste convaincue, je savais tout ça et je n’avais pas besoin d’une démonstration en 248 pages avec force de descriptions de corps disloqués, de soldats qui se font pipi dessus parce qu’ils crèvent de trouille, de tympans perforés à cause du bruit des tirs, d’innocents tués. Très américain.

L’alternance des chapitres est intéressante : tantôt le lecteur se trouve en Irak dans le feu de l’action, tantôt il accompagne Bartle, quelques mois plus tard, dans le Richmond. Les chapitres consacrés à « l’après » m’ont paru justes et plus pertinents, empreints d’un certain lyrisme, d’une belle poésie, ils racontent aussi la rencontre entre Bartle et la mère de Murphy.

Si je reprends les critiques de la quatrième de couverture, oui c’est « dévastateur », oui c’est « envoûtant », oui, c’est « puissant et émouvant » mais pour moi, ce livre pêche par son inutilité. Sauf si un éventuel lecteur pense encore que la guerre, c’est sympatoche…

Je vais me faire allumer par tous mes amis blogueurs adorateurs de ce roman (est-ce d’ailleurs un « roman » puisque l’auteur a participé lui-même la guerre d’Irak ?) sauf peut-être Saxaoul qui semble de mon avis.

Dans le Richmond, Bartle devient fou : « De vilaines corneilles croassaient, perchées sur la ligne électrique qu’elles ornaient de leur plumage noir, et leurs cris me rappelèrent les sifflements des obus de mortier au-dessus de ma tête, et là, dans mon jardin, je me mis en position de sécurité avant l’impact. Allez, bande d’enculés, me dis-je, vous m’avez finalement eu ; mais les volatiles s’envolèrent et je repris mes esprits jetant un œil par-dessus mon épaule, et apercevant ma mère qui me souriait par la fenêtre de la cuisine. » (pauvres mères de soldats d’ailleurs, pauvres mères !!!)

 

Encore une preuve que la-guerre-c’est-trop-moche : « … non pas que j’envisageais de me jeter de ce pont, mais je voulais m’endormir pour toujours car il n’y avait aucune excuse pour tuer des femmes, ou même regardes des femmes se faire tuer, ou tuer des hommes pour les mêmes raisons, leur tirer dans le dos, leur tirer dessus plus de fois que nécessaire afin de s’assurer de les avoir vraiment tués ; c’était comme si tu cherchais à tuer tout ce que tu voyais parfois parce que ton âme était rongée par l’acide, puis elle s’envolait. »

Par Violette - Publié dans : Lectures - Romans et récits
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Vendredi 4 avril 2014 5 04 /04 /Avr /2014 11:09

            Ceci est le premier tome de cela.

Journaliste pour Le Monde, Guillaume Long est aussi un passionné de cuisine, de nourriture, de bouffe, de ripaille, de gueuletons et de tout ce qui va avec : il se prend d’amour pour les ustensiles de cuisine (oui, d’ « amour » !), il aime le bon vin et il s’efforce de dénicher les meilleurs restaurants.

L’album se découpe en quatre chapitres qui correspondent aux quatre saisons. Comme pour le tome 2, c’est très dense, que ce soit pour les recettes, les anecdotes, les histoires autour d’un légume ou d’un poisson, les récits de voyage, Guillaume Long en fait beaucoup, essaye d’être exhaustif à sa manière (les 16 tomates qu’il a « déjà goûtées » sont toutes dessinées), dessine et griffonne partout sur la planche. Il en faut du temps pour lire tout ça ! Mais j’avoue que j’y ai pris beaucoup de plaisir, l’humour et l’autodérision aidant beaucoup.

J’ai même appris des trucs, plus ou moins fiables d’ailleurs : pour fariner un poisson grillé, mettre de la farine dans un sac plastique, saler et poivrer le poisson avant de le mettre dans le sac, de fermer ledit sac et de le secouer vigoureusement… (encore faut-il trouver un sachet archi propre et sans trou, mais bon…). Une recette d’aubergine au four m’a beaucoup intéressée (l’aubergine est coupée en deux, quadrillée à l’aide d’un couteau et les fentes sont comblées de gousses d’ail ou d’herbes en tout genre – sel, poivre, filet d’huile d’olive et « hop ! au four dans un plat pendant bien 25 minutes, thermostat 6-7 ou 200°C »). A retenir, les tartines de comté au curry pour l’apéro ou encore le multi usage que fait Guillaume des artichauts en boîte (que je n’ai jamais achetés de ma vie !).

Guillaume Long nous emmène aussi en voyage : à Venise et à Budapest où j’aimerais bien mettre les pieds un jour pour découvrir une cuisine apparemment riche et goûteuse. Certaines planches sont plus soporifiques : à moins d’être archi nul en cuisine ou d’avoir 11 ans, la planche consacrées aux « quelques ustensiles utiles pour la cuisine » m’a justement paru bien inutile…

J’ai cependant été plus convaincue par ce tome que par le second, peut-être avais-je besoin de légèreté ou peut-être que la recette originale est bien meilleure que la revisitée ? M’enfin, goûtez-y vous-même, ça ne mange pas de pain !

 

»   17/20   »

Par Violette - Publié dans : Lectures - BD
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Mardi 1 avril 2014 2 01 /04 /Avr /2014 16:00

             De tous les romans lauréats du Prix Goncourt, j’en ai lu peu et j’ai souvent été déçue. J’avoue m’être presque fait un principe de ne plus les lire. Pourtant, j’ai dérogé à ma propre règle et j’ai bien fait !

            C’est la fin de la guerre 14-18. Sur un champ de bataille, trois hommes complètement différents vont être réunis par cette Grande Guerre. Albert Maillard tout d’abord qui, parce qu’il a surpris la cruelle stratégie de son chef, Henri Pradelle, va se retrouver prisonnier de la terre, enseveli vivant suite à l’explosion d’un obus. Henri, lui, veut profiter de cette fin de boucherie pour redorer son blason : il n’hésite pas à tirer sur des camarades pour arriver à ses fins. Mais Albert a tout vu, c’est ainsi qu’il se verra jeter dans un trou d’obus par Pradelle. Et c’est dans ce même trou d’obus qu’il voit la mort de très près, recouvert par quelque cinquante centimètres de terre, incapable de bouger. Si Albert est la victime, Henri un sombre bourreau, Edouard Péricourt tient, lui, le rôle de héros. Malgré une jambe en bouillie et un visage qui n’a plus rien d’humain, il a senti la présence d’un être vivant, là, sous la terre, et il creuse, il creuse sans s’arrêter et finit par extirper le corps, indemne, d’Albert.

            Bien sûr, Albert se sent redevable. A l’hôpital du camp, il ne quitte plus son sauveur d’une semelle et tente de surmonter la répugnance qu’il éprouve à le voir : le visage d’Edouard n’est plus qu’une plaie béante, la mâchoire inférieure a disparu… ce n’est qu’une dose importante de morphine qui l’empêche de gémir et de hurler. Face à ce désastre et alors que la guerre est finie, Edouard va demander à Albert de le faire passer pour mort. Albert, veule et malheureux, accepte tout. Il réussit à voler les papiers d’un soldat mort et envoie à la famille d’Edouard une lettre expliquant les circonstances de la mort d’Edouard.

N’en dévoilons pas trop. A Paris, on retrouve la famille Péricourt : Madeleine, la sœur du pseudo défunt qui s’éprend de Pradelle et le père, Marcel, qui, sachant son fils mort, commence enfin à l’aimer et à s’intéresser à lui… Le roman est dense, fait de retournements de situation et empli de personnages parfaitement portraiturés, il relate à la fois la petite histoire tragique de la famille Péricourt et une partie de la grande Histoire, le retour des Gueules Cassées à la vie civile. Tout le long de ma lecture, j’ai pensé à Zola qui, lui aussi, peignait une famille à la lumière d’un événement historique. L’intrigue passionnante fait passer le lecteur par divers sentiments. La haine de la guerre et de ses atrocités. La pitié pour les soldats « cassés ». La tendresse pour  Edouard qui utilise des masques loufoques pour cacher sa laideur mais aussi pour sa jeune compagne, Louise, qui devrait devenir l’héroïne du prochain roman de Lemaitre. L’indignation, la colère face au besoin de s’enrichir de Pradelle : les cercueils les plus courts sont les moins chers, les soldats se font donc inhumer dans des cercueils d’1m30, la confusion entre les noms des morts et leur tombe rend l’identification impossible…

Bref, un bien beau roman … et j’en fais un COUP DE CŒUR !

 

            Madeleine n’est pas belle mais très lucide : « Avant-guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvaient banale vue de face, mais très jolie vu de dot. »

            Son père, M. Péricourt, se rend compte qu’il n’a jamais su aimer : « Le gardien du cimetière avait perdu son bras droit. En le croisant, M. Péricourt pensa : Moi, je suis un invalide du cœur. »

           Albert est un lâche qui manque de caractère, on l’a déjà dit. Dans son parcours chaotique, c’est la voix de sa mère qu’il entend le sermonner et qui ne l’encourage pourtant pas à s’endurcir … Lorsqu’il observe la jeune Louise : On aurait dit un petit insecte sortant de sa chrysalide, de plus en plus joli. Albert, parfois, la regardait en cachette et lui trouvait une grâce émouvante qui lui donnait envie de pleurer. Mme Maillard disait : « Si on le laissait faire, Albert passerait son temps à pleurer ; j’aurais pu avoir une fille, ç’aurait été pareil. »

 

            Une dernière citation qui nous ferait presque aimer les rides : « Lorsqu’il prendrait de l’âge, comment le verrait-on ? La béance occupait presque tout l’espace destiné aux rides, ne restait que le front. Edouard s’amusa à l’ide que les rides qui ne trouveraient pas leur place sur les joues absentes, autour des lèvres absentes, émigreraient toutes vers le front à la manière de ces rivières détournées qui cherchent une issue et prennent le premier chemin s’offrant à elles. Vieux, il serait un front labouré comme un terrain de manœuvres au-dessus d’une béance carmin. »

Par Violette - Publié dans : Lectures - Romans et récits
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