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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 10:03

 

 

               J’allais vous écrire que c’était ma première découverte de cet auteur, mais non, j’avais adoré La moitié gauche de la lune, un roman pour la jeunesse, car Marie-Sabine Roger écrit tout aussi bien pour les enfants que pour les ados et les adultes…

               Mortimer Decime est issu d’une famille très particulière : chaque homme de la famille meurt le jour de ses trente-six ans, à 11h. Nous débutons donc cette histoire avec un Mortimer allongé sur son canapé, dans son petit appartement parisien, sur son 31, résigné à accueillir le destin… Oui, mais le destin en a apparemment voulu autrement. Ce n’est pas la Mort qui débarque mais Paquita, une copine plus âgée que lui, qui bavarde, s’installe, boit un café et ignore totalement l’avenir proche que redoute Mortimer. L’heure tourne, et … il ne se passe rien. Mortimer ne meurt pas. Fou de joie, il finit par raconter à Paquita et son amoureux Nasser, son terrible passé familial.

                Mortimer ne semble pas destiné à mourir le jour de ses trente-six ans. Une fois passée l’exaltation des premières heures, Mortimer se demande pourquoi il y a réchappé. Il se remémore aussi sa vie menacée par cette épée de Damoclès, cette fermeture de rideaux annoncée qui change la donne. Il se demande aussi ce qu’il va désormais faire alors qu’il a démissionné, rendu les clés de son appart et n’a plus un rond…

                Voilà une lecture complètement addictive, très agréable, drôle et vivifiante. Marie-Sabine Roger use et abuse des métaphores les plus surprenantes, elle se moque de ses personnages qu’elle dépeint pourtant avec une grande tendresse.  J’ai trouvé l’idée de départ très séduisante, le roman s’apparente à un conte tragique dont il s’agit de démêler les fils. Je me suis un peu lassée vers la fin mais ça n’a pas gâché mon plaisir de lecture face aux situations les plus cocasses… et même si j’ai trente-six ans !

                A mettre entre toutes les mains.

« Paquita est irracontable. Avec ses kilos et ses plis, ses cils plâtrés de rimmel, ses jupes de pétasse et ses décolletés de plus en plus profonds pour rattraper ses seins qui se font un peu la malle, elle est juste touchante. »

« Avec le recul, j’ai réalisé que mon père était un dépressif qui avait très mal vécu la perspective de son décès prématuré. Sa mort lui avait pourri la vie, en somme. »

« Ainsi va la vie, qui nous soumet trop fréquemment au bon vouloir des imbéciles. »

A méditer : « … je perdais mon temps pour rien, tout en me lamentant de le voir s’écouler. »

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 15:05

 

 

               David Marquan est un Français installé à Los Angeles depuis une petite dizaine d’années. Flic en France, il a refait sa vie aux Etats-Unis en devenant détective privé. L’histoire commence lorsque Julia Douglas, une très jolie jeune femme, vient voir le détective pour qu’il enquête sur son mari qu’elle soupçonne de la tromper. Il ne faut que peu de temps à David pour se rendre compte, qu’effectivement, Douglas a une liaison avec une autre très belle femme, Déborah McCLure, qui n’est autre que la femme du sénateur. L’affaire aurait pu s’arrêter ici mais Douglas est retrouvé mort le lendemain de la révélation, au bas d’un immeuble. Il se serait suicidé. C’est bien étrange. C’est encore plus étrange quand David découvre qu’un autre homme, Peter Hawkins, s’est jeté du même immeuble un an plus tôt.

                L’enquête de David va le mener tout droit dans les bras de Déborah mais aussi dans des chambres d’université (car Peter était étudiant), sur des plages californiennes ou encore dans la maison de la fraternité étudiante de Gamma Phi. Le détective de 35 ans, plutôt pas mal, s’adonne aussi à l’écriture. En parallèle à son enquête, on suit donc partiellement celle du détective Harry, et les deux histoires vont même sentir le même parfum, à plusieurs reprises.

              Voilà un roman de presque 700 pages qui nous permet de vivre au rythme d’un détective privé de Los Angeles. Même si on voit souvent la ville mythique dans les séries et les films, j’ai adoré la vision parfois originale donnée par David Marquan, la distance qu'il est capable de prendre en tant qu'"étranger". Son écriture fluide permet de tourner les pages très vite et de se laisser tout de suite embarquer dans la Nissan du détective. J’ai aussi aimé la variété des registres de langue, entre le langage familier et le langage soutenu, mimant bien la complexité des personnages rencontrés. Si le roman est un pavé, vous vous doutez bien qu’il comporte des digressions. Elles sont issues des réflexions de David et je les ai trouvées (presque) toujours justifiées et intéressantes même si l’auteur gagnerait sans doute à essayer de condenser ses prochains romans.

L’avis de Krol qui est un peu moins ravie que moi.

Un grand merci à David Guinard pour cet envoi.

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 10:24

 

 

            J’avais laissé Marco Louis, à la fin du tome 2, avec une nouvelle terrifiante (si vous avez pour projet la lecture de la série, ne continuez pas à lire…) : le suicide de son père. Comment vit-on avec ça ? Marco va passer par différentes étapes. Il va tenter de reconstruire le passé d’un père mystérieux et silencieux sur ses envies, ses amours, ses projets. Même son journal soi-disant intime ne révèle rien de personnel. Il n’y parle même pas de ses deux fils…

            A côté de ça, la vie doit continuer. Emilie et Marco poursuivent leur petit bout de chemin de couple, parfois troublé par l’envie grandissante d’Emilie d’avoir un bébé. Marco a aussi la bonne surprise de se voir proposer la publication d’un livre reprenant les photos des ouvriers (voir tome 2). Il y a, encore une fois, des moments magnifiques, comme celui où un vieil homme parvient à attirer une chouette tout près de lui, celui où un psy (car Marco retourne voir un psy, après une pause – de courte durée) lui demande s’il est libre les vingt prochaines années…

            Je baisse légèrement ma note en assumant totalement mon ingratitude et ma mauvaise foi. L’album est excellent mais il m’a sérieusement déprimée, les rayons de soleil propres à Larcenet ne sont que trop rarement apparus ici.

 

»   18/20   »

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 11:38

 

 

            Je découvre enfin cet auteur tant aimé de certains … !

           « Ils étaient des Gitans français qui n’avaient pas quitté le sol de ce pays depuis quatre cents ans. Mais ils ne possédaient pas les papiers qui d’ordinaire disent que l’on existe : un carnet de voyage signalait leur vie nomade. » C’est dans cette famille tzigane qu’Esther, une bibliothécaire, arrive sans qu’on ne lui ait rien demandé. Son projet est tout simple : lire des histoires aux enfants qui n’avaient jamais vu de livre, à qui on n’avait jamais lu de livres. Esther entre donc petit à petit dans cette grande famille gitane, elle lit des contes et des fables dans sa vieille Renault entourée d’enfants, elle apprend à connaître la vieille Angéline, la matriarche de la famille mais aussi les fils d’Angéline : Lulu, Antonio, Angelo, Simon et Moustique. Elle discute souvent avec leurs épouses, Misia, Héléna, Milena ou encore Nadia. La vie des Gitans continue, Esther n’offre aux enfants qu’une petite pause hebdomadaire de culture et de voyage statique. Les hommes volent, les enfants ramassent des bouts de ferraille, les femmes cuisinent et s’occupent de leurs enfants… « au milieu des rats et des tessons de bouteille ».

             Celle qui restera toujours la « gadjé » obtient doucettement la confiance des Gitans, à tel point qu’elle réussira à les convaincre d’inscrire l’une des fillettes, Anita, à l’école. Entre drames et histoires d’amour, Esther apparaît comme un pilier solide, fidèle et pourtant discret. Elle ne tente pas de changer les personnes qu’elle rencontre, mais elle les fait parler, elle essaye de les connaître, de les comprendre. Ses interventions revêtent vite une dimension magique, les enfants sont fascinés par les livres, n’ont aucune difficulté de compréhension et se régalent à chaque lecture.

             J’ai lu ce livre peu après l’attentat de Charlie Hebdo et cette ode à la tolérance a été encore plus tapageuse, plus marquante. Car que fait Esther ? Elle respecte les autres, des êtres qui sont différents, elle essaye d’améliorer le quotidien et d’apporter une culture, une ouverture sur le monde à ceux qui n’en ont pas. Et si différents, les Gitans ne le sont pas non plus. Derrière les visages barbouillés, derrière leur violence quasi quotidienne, se cache un puits de sensibilité, une intelligence fine et non exploitée. Un roman contre les préjugés, un roman empli d’humanité, une leçon de vie à lire !

 

« Elle pensait que les livres sont nécessaires comme le gîte et le couvert »

« L’étrangeté des mots captivait les adultes autant que les petits. »

« Jamais il ne réclamaient, jamais ils n’avaient soif ou faim comme d’autres enfants qui ont sans arrêt besoin de quelque chose. Elle lisait dans ce calme. On entendait juste le ronflement d’air chaud. »

Les paroles de la vieille Angéline, quelques heures avant de mourir : « C’est bien vrai que la vie est pleine de nuages. Et nous sommes à l’intérieur des nuages. Et parfois c’est si noir que le noir vient en nous. Mais à quoi ça peut-il bien servir de se gâcher le temps ? […] Profite. […] C’est de la douleur d’aimer, ça c’est bien sûr, mais c’est tout pire de ne pas aimer. […] On est fait pour ça. […] Ne te garde pas. Ce qu’on garde pour soi meurt, ce qu’on donne prend racine et se développe. »

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 20:37

 

 

Encore un album de Lupano tout à fait extraordinaire !

               Un pêcheur breton s’en va, comme tous les matins, sur son petit bateau, avec son copain pêcheur. Il s’est levé tôt mais sa bigoudène d’épouse lui avait préparé une galette œufs/lard avec amour, il est d’aplomb pour commencer la journée. Un peu déprimés par les minuscules poissons pêchés, les deux compères s’aperçoivent trop tard qu’ils sont sur le point d’heurter un énorme chalutier. Le petit bateau « Maria » se fait happer par les immenses filets du « Goldfish » et se fait traîner sur des centaines de kilomètres. Lorsque l’épouse fidèle constate la disparition de son cher et tendre, elle va tout entreprendre pour le retrouver, et ça va la mener bien loin, notamment sur un paquebot de croisière et aux côtés de Fidel Castro, à Cuba.

               Sans dialogues, sans bulles, « sans textes ni onomatopées », cette belle histoire « se lit » avec plaisir. A mi-chemin entre l’épopée et le road trip, cette BD aux dessins sublimes se fait tantôt histoire d’amour, tantôt satire de notre société de consommation. Avec plein d’humour, beaucoup de tendresse et juste ce qu’il faut de poésie, comme toujours chez Lupano, les personnages suivent leur petit bout de chemin, avec détermination et assurance. On a ainsi une grosse bigoudène avec sa coiffe traditionnelle qui apprend à faire de la dentelle à des bimbos en croisière sur l’Atlantique, on a un petit bonhomme aux grandes lunettes perdu au milieu de l’océan et qui n’a pour seule compagne qu’une mouette efflanquée.  Et on se demande comment on peut mêler à ce point le subtil et le brut, le vrai, l’authentique.

 

« 19/20 »

 

 

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 18:01

 

 

            Le narrateur a rencontré Joshua Perle dans une cabane perdue dans la forêt alors qu’il était encore un enfant. Le comportement étrange de Joshua, sa tristesse, sa manie d’accumuler des valises contenant des objets apparemment futiles l’intriguent au plus haut point. C’est à l’âge de trente-neuf ans qu’il va le retrouver et connaître toute sa féérique histoire.

             Le véritable nom de Joshua est Ilian, il est fils de roi dans un univers lointain et féérique. Il est aussi l’amoureux d’une fée nommée Olia et poursuivi par un frère cruel qui veut sa mort.

            Il vaut mieux ne pas trop en dire pour ne pas souiller ce beau roman d’une rare poésie. Récemment je n’ai connu une telle émotion qu’après avoir lu Confiteor. Timothée de Fombelle est un génie qui passe de la Seconde Guerre mondiale au monde du conte de fée en un clin d’œil. Les personnages et les lieux sont décrits de manière subtile et colorée. La boutique de guimauves du couple Perle, la cabane abandonnée au milieu de la forêt, cette montagne de valises, ce roi devenu fou d’avoir perdu sa femme, ce feu d’artifice final qui nous emmène à Venise… que de bons souvenirs vais-je garder de ce roman ! La douane volante de François Place, Le Grand Meaulnes ou encore l’univers de Fabrice Colin sont les quelques références qui ont surgi pendant ma lecture.

             Une dernière remarque, permettez-moi d’être sceptique : la complexité du roman, l’enchevêtrement des périodes historiques, les nombreux personnages qui se font écho dans le livre, bref, cette construction subtile mais parfois ambiguë vise-t-elle vraiment un jeune public ? Je suis persuadée que ce ne sont que les adultes qui lisent ce roman !

 

 

Ilian découvre l’amour : « Il comprenait enfin ce secret caché dans toutes les histoires, le ressort mystérieux qui les animait. Ce qui changeait les canards en cygnes. Ce qui causait les jalousies, les duels, le désespoir des reines et même parfois les batailles rangées entre les armées, les exploits d’un petit tailleur, la folie d’un vieux roi. Les pieds dans l’eau, encore tout en sueur d’avoir couru, il découvrait ce secret.»

Une magnifique citation : « Le bonheur est cette danse où l’on s’approche et l’on s’écarte sans se perdre. Il est même fait des larmes des longues séparations à condition que viennent les retrouvailles. »

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 12:21

 

 

            J’avais déjà rencontré cet auteur avec Le Club des Incorrigibles Optimistes découvert en livre audio et qui m’avait bien plu. Lecture version papier pour son dernier roman.

            Tom Larch a une mère hindoue et un père britannique. Né à New Dehli et élevé en Inde jusqu’à ses huit ans, il va d’abord mal accepter le changement pour une vie occidentale en déménageant avec ses parents à Londres. La maladie de sa mère, l’adultère de son père vont l’amener à prier, un soir, dans sa chambre, seul, entouré de bougies. Suite à cela, la maison va brûler, sa mère aussi, Tom va survivre. A dix-huit ans, en révolte contre son père, il va s’engager dans les Royal Marines. Pendant près de quinze ans, il va, de manière stupéfiante, à de nombreuses reprises, frôler la mort, l’éviter toujours. Son dernier exploit bien involontaire est de survivre à un crash d’hélicoptère.

            Légèrement blessé, il devient un héros et une journaliste de renom, Helen, va en profiter pour réaliser un reportage sur lui. C’est un succès médiatique international. Les deux trentenaires au caractère bien trempé vont tomber amoureux et concevoir une petite Sally. Pour clore cette histoire aux multiples rebondissements, Tom accepte de retourner en Inde pour retrouver le fils (adulte) d’un milliardaire. Encore des voyages, encore des surprises, encore des rencontres.

            J’ai été déçue par ce roman, inutile de le cacher plus longtemps. On a du bon gros romanesque, on ne s’ennuie pas une seconde, on voyage beaucoup (et les descriptions et anecdotes hindoues et londoniennes constituent, d’après moi, les points forts du roman). Le personnage de Tom Larch qui semble être immortel (d’où le titre…) est forcément attirant. Mais… mais l’ensemble n’est pas crédible, les histoires d’amour  qui avaient l’air de sortir de nulle part ne m’ont pas convaincue et j’ai trouvé les personnages féminins grossièrement dessinés. Une lecture de bonne femme, quoi ! J’avais trouvé plus de subtilité dans Le Club des Incorrigibles Optimistes où la part historique était bien plus intéressante qu’ici. Je me demande si ce n’est pas moi qui traverse une période où je fais la fine bouche. Car Jean-Michel Guenassia a incontestablement un grand talent de conteur.

 

« Le pilote s’arc-boutait sur le manche pour maintenir en l’air notre appareil, qui continuait à tournoyer. Puis une barre de fer se rua à la rencontre de mes os, une fournaise traversa mes paupières. Il y eut une explosion et tout s’éteignit.

Je suis mort le jeudi 5 février 2004 à 7h35 du matin. Je ne sais pas si j’ai été tué alors que l’hélicoptère était en vol ou lorsqu’il s’était écrasé au sol. Personne n’a été capable de me le préciser. En vérité, je m’en fous. »

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 11:51

 

              Je poursuis mon chemin dans l’univers du théâtre avec cette magnifique réécriture du mythe œdipien.

               C’est une « Voix » qui introduit l’acte I, elle résume l’histoire d’Œdipe, de sa naissance jusqu’à son errance. Dans ce premier acte, il n’est point question d’Œdipe mais surtout de Laïus. Nous sommes sur les remparts de Thèbes, le fantôme de Laïus apparaît régulièrement à deux soldats. La reine Jocaste veut en savoir plus, veut elle aussi voir son défunt mari mais Tirésias, le devin aveugle l’en empêche et, de toute manière, elle est incapable d’apercevoir ou d’entendre le fantôme qui veut la prévenir du danger qui la guette.

              Le deuxième acte est consacré à la rencontre entre Œdipe qui vient de fuir ceux qu’il croit être ses parents et le Sphinx accompagné d’Anubis, le dieu à tête de chacal, le plus lucide des trois. Ce Sphinx a l’apparence d’une jolie jeune femme et un jeu de séduction s’amorce entre les deux êtres à tel point que le Sphinx donne la réponse à l’énigme posée, souhaitant sauver Œdipe. Et c’est un Œdipe fat et arrogant qui se considère comme un héros, persuadé d’échapper à ce destin tragique, qui s’en va, fier, portant le Sphinx sur son épaule comme Hercule le faisait avec son lion.

             L’acte III nous emmène dans le lit nuptial d’Œdipe et de Jocaste. Chacun lutte pour ne pas s’endormir, chacun est hanté par son cauchemar bien à soi, chacun se complaît dans une relation tellement maternelle… les remarques de Tirésias n’atteignent ni l’un, ni l’autre.

             C’est dix-ans plus tard, dans l’acte IV, que nous retrouvons nos héros tragiques : Jocaste est la première à tout comprendre, les circonstances du meurtre de Laïus créent le lien avec Œdipe, et c’est Tirésias l’aveugle qui ouvre les yeux d’Œdipe : « Vous avez assassiné l’époux de Jocaste, Œdipe, le roi Laïus. Je le savais de longue date, et vous mentez : ni à vous, ni à elle, ni à Créon, ni à personne je ne l’ai dit. Voilà comment vous reconnaissez mon silence. »  Les révélations s’enchaînent rapidement, le titre de la pièce prend tout son sens, Antigone affirme avec entêtement son envie de suivre son père désormais aveugle et le fantôme de Jocaste plane sur le départ lent et titubant d’Œdipe.

                Ce mythe modernisé garde son essence tragique tout en y intégrant une dimension fantastique avec les fantômes de Laïus et de Jocaste mais aussi une dimension comique basée sur la répétition : cette écharpe qui agace tant Jocaste finira par la tuer au sens propre, les allusions incessantes de Jocaste sur l’amour d’une mère et d’un fils, les moqueries dont Tirésias est victime (Jocaste le surnomme « Zizi » !). J’avais lu cette pièce il y a très longtemps, je l’ai retrouvée avec bonheur, la lecture est fluide et à mettre entre toutes les mains…

 

« ŒDIPE : J’ai tué celui qu’il ne fallait pas. J’ai épousé celle qu’il ne fallait pas. J’ai perpétré ce qu’il ne fallait pas. La lumière est faite... »

 

« JOCASTE : Les petits garçons disent tous : Je veux devenir un homme pour me marier avec maman." Ce n'est pas si bête, Tirésias. Est-il plus doux ménage, ménage plus doux et plus cruel, ménage plus fier de soi, que ce couple d'un fils et d'une mère jeune ? »

 

Et je participe au challenge d’Eimelle !

 

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 12:07

 

 

              Si Marco Louis, le photographe en congé sabbatique, affirmait qu’il n’avait plus besoin de psy au début du tome 1, c’est tout le contraire à la fin de ce 2ème tome. Et pour cause… ses angoisses l’handicapent au point de le rendre incapable de s’occuper de sa petite nièce. Il avance doucement dans la vie, accepte de déménager avec sa compagne, découvre avec horreur que son père est atteint de la maladie d’Alzheimer, se réjouit d’exposer des portraits d’ouvriers auprès d’un grand photographe qu’il admire avant de se rendre compte que c’est un salaud, … Les portraits des ouvriers du chantier naval sont l’occasion de s’interroger sur l’art : « J’ai longtemps confondu l’artiste et son œuvre… ce n’est que grâce à la psychanalyse, par étapes successives, que j’ai vaguement pu dissocier les deux . On peut être un grand artiste et un sale con. On peut faire des choses très belles en étant soi-même assez moche. On peut saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n’en jamais faire partie… »

               Larcenet avait réussi à nous amuser et à nous faire rire avec Le Retour à la terre, ici, il nous émeut avec le même talent. Sans être jamais larmoyant, il sonde l’âme humaine en extrayant le meilleur et le pire. Superbe. Ce n’est pas étonnant que ce tome ait reçu le Prix du Meilleur Album à Angoulême en 2004.

»   19/20   »

 

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10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 11:07

 

 

             C’est en novembre 2013 que je disais que j’étais « complètement gaga de cette série policière» (j’adore me citer surtout quand c’est si hautement intellectuel). Je n’en démords pas, Mankell est pour moi LE romancier policier.

               A presque cinquante ans, le commissaire Wallander a commencé à prendre soin de lui, il essaye de mieux manger pour soigner son diabète, plus bouger et maigrir. Il a même pris la décision de remédier à son célibat par l’intermédiaire d’une agence de rencontres… Oui, mais c’est sans compter la sacrée enquête qui lui tombe dessus. D’une part, deux adolescentes sont arrêtées pour le meurtre d’un chauffeur de taxi (elles paraissent complètement indifférentes à cet acte violent qu’elles ont du mal à expliquer), d’autre part, un informaticien est trouvé mort, dans la rue, devant un distributeur bancaire. L’informaticien, Tynnes Falk, a peut-être succombé à un infarctus donc, on s’en préoccupe moins ; par contre, une de deux jeunes meurtrières, Sonja, est retrouvée morte, le corps calciné sur des câbles à haute tension. Elle avait réussi à s’évader du commissariat. Un lien entre les trois morts apparaît progressivement. Des résonnances africaines viennent, encore une fois, ponctuer l’affaire scanienne.

            En plus de l’enquête, ce qui tourne autour est toujours intéressant : le désir de Wallander de rompre sa solitude, les rapports entre les différents policiers (et là, ça va clasher !), le lien entre Wallander et sa fille (et la belle surprise finale !), les réflexions quant au déclin de la Suède et du monde en général (un univers gouverné par les ordinateurs, précepte qui est au cœur du roman, d’où le titre).

           Cette fois-ci, je n’attendrai plus une année entière pour me replonger dans les aventures de Wallander, mieux, je vais lire les romans non-policiers du très grand Mankell.

 

"La Suède est devenue un pays dont on s'échappe. Ceux qui en ont les moyens le font, et ceux qui ne le font pas essaient de gagner suffisamment d'argent pour le faire. Comment en est-on arrivé là? Que s'est-il passé?"

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