Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 09:34

Moon - Cyrille Pomès - Babelio

Une station balnéaire où touristes, animations et activités pullulent à la belle saison, où c’est complètement mort le reste de l’année. C’est pendant cette période creuse qu’on retrouve Luna, Loïc, Tom, Mel et d’autres encore, des ados désœuvrés qui passent leur temps sur leur portable, transportent leurs lots de peine et de souffrance et font des conneries. Le soir où, pour rigoler, Luna envoie une photo de l’intérieur de sa culotte à sa copine Mel et que celle-ci la partage par inadvertance sur Snoop, un réseau social, ça pourrait être le drame. Sauf qu’au même moment, un violent orage a endommagé l’antenne-relais qui alimente le village et rendu impossible toute connexion. Quinze jours sans écran, c’est l’ennui assuré. Les jeux de société sortent du placard, un vieil accordéon se fait entendre, on se promène sur la plage, les tensions s’amplifient et les vérités se disent.

Si j’ai mis du temps à entrer dans ce roman graphique de 160 pages, mélangeant les personnages, je m’y suis sentie bien une fois à l’intérieur. Dans un no man’s land original, les ados tentent laborieusement de combler le vide, vide qui devient encore plus abyssal sans leur chère connexion internet, à moins que ce soit le contraire ? Toujours est-il que ces jeunes m’ont fait penser à des bêtes perdues, impulsives et violentes, parfois attachantes, sans adultes sur qui compter véritablement, rejetant d’ailleurs tout autre repère que les réseaux sociaux. A la fin, on ne sait s’il faut pleurer ou espérer. Certaines planches sont magnifiques, une grande piscine vide qui se remplit petit à petit, un coffre plein de canards en plastique au fond de la mer, trois jeunes qui s’essaient à une chorégraphie improbable sur une plage déserte, un camping fermé… Un bel album sur la période de l’adolescence qui aurait cependant gagné en force s’il avait eu quelques pages de moins.

https://www.bdgest.com/prepages/thb_planche/3522_P2.jpg

Partager cet article
Repost0
21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 09:59

Chien 51 | Actes Sud

J’ai eu l’immense chance de rencontrer cet écrivain que j’adore lors des « Bibliothèques Idéales » à Strasbourg. Une petite conversation et une jolie dédicace plus tard, je me précipite pour lire son nouveau roman.

La Grèce a disparu. Le pays tel qu’on le connaît, a fait faillite et a été vendu à une ogresse d’entreprise, Goldtex, et a été renommé Magnapole. Cette ville immense a été divisée en trois zones, la deuxième incluant le plus grand nombre, des citoyens moyens désormais appelés « cilariés » ; la première zone réservée aux riches et à l’élite et la zone 3 malpropre, abandonnée, peuplée par les plus pauvres. Un meurtre a été commis, quoi de plus banal dans ce monde du futur où la violence n’est pas rare. Le plus insolite, c’est que l’homme trouvé mort dans la zone 3 venait de la zone 2 et, lorsqu’on sait que les habitants des trois zones ne se mélangent pas et que des check-points les séparent, cette découverte macabre intrigue. Ce sont deux flics qui vont enquêter : Zem Sparak de la zone 3 qui a connu la Grèce d’antan et Salia, jeune femme pleine de tempérament plus à l’aise dans ce monde qu’elle a toujours connu comme tel.

Je n’aime pas la Science-Fiction, je suis donc partie avec un a priori pas forcément positif. Mais avoir entendu l’auteur parler si bien de son roman m’a encouragée. Et j’ai eu bien raison puisque, passées les dix premières pages, je suis entrée dans ce monde futuriste assez effrayant avec délice et passion. L’enquête policière y est pour beaucoup mais les réflexions sur les avancées technologiques, la nostalgie du pays perdu, les zones d’ombre entre les vrais et les faux traîtres sont également intéressantes. Et puis il y a la plume Gaudé, on retrouve la puissance de ses mots, la force de ses images, l’entrelacement des genres, les sublimes monologues incantatoires surtout. Je n’ai pas tout aimé dans cette vie sous dôme climatique avec ses drones scanneurs et ses frigos qui commandent tout seuls à manger… mais je me servirais peut-être de l’Okios, cette drogue chimique qui permet de faire surgir les images mentales et souvenirs de son choix.

(Laurent Gaudé est tout à fait charmant, souriant et avenant… il m’a confié qu’il n’exclut pas la possibilité de s’atteler à un second tome.)

Salia face à Sparak : « Elle est face à lui comme face à un animal venu des temps anciens. Il est risible, inadapté, mais il a traversé les époques dont elle ignore tout et ce qu'elle sent et qui l’agace - comme une énigme qu'elle n'arriverait pas à élucider -, c'est qu'il sait. Pas d'une façon consciente. Non. Il sait comme le dinosaure sait, parce qu'il porte en lui le temps et vient dans un monde qui regarde le nôtre avec indifférence. Une porte s’est ouverte à cause de lui.  Il y a dans sa fatigue la seule vérité qu'elle ait jamais croisée et elle a envie de savoir ce qu'elle va lui révéler au monde. »

Un Grec rejoint Delphes avant sa destruction et assume ce choix suicidaire (un passage magnifique du roman !) : « Chacun a le droit de finir où il veut. Peut-être restera-t-il quelque chose pour me saluer ? Le vent, au moins, me reconnaîtra. Il ne faut pas oublier Delphes. Ils pensent pouvoir acheter ce qu'ils veulent, tout détruire, tout salir. Mais il faut bien qu'un d'entre nous aille là-bas. Sinon, qui va prévenir Delphes de ce qui arrive au monde ? C’est un honneur de veiller sur la beauté immobile, un honneur de se laisser traverser par le temps. Rien ne nous appartient. »

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 18:57

La Leçon du mal | Lisez!

Je démarre la rentrée littéraire (avec du retard oui, quelle idée de la faire coïncider chaque année avec la rentrée des classes…) avec un roman japonais. Il faut savoir que je boude souvent les romans japonais mais celui-ci m’intriguait.

Tout se passe dans et autour d’un lycée à Machida, dans la banlieue de Tokyo. On suit les péripéties du prof d’anglais, Hasumi, charismatique, séduisant et soucieux du bien-être de ses élèves. Il a du fil à retordre entre Miya qui se fait harceler par son prof de sport qui la menace de révéler qu’elle est une voleuse, l’autre prof d’EPS qui n’hésite pas à taper sur les élèves ou encore Tadenuma, le caïd. En apparence, Hasumi est le prof idéal, ouvert et bienveillant mais sa vraie personnalité va se dévoiler au fil des pages. Tordu, manipulateur, incapable de faire preuve d’empathie, insensible et même psychopathe…

Si le roman se lit bien, d’emblée, je m’suis dit, ils sont bizarres ces Japonais quand même. Leurs éthique et morale me semblent bien éloignées des nôtres. Il y a toujours cette forme de naïveté abrupte (que je trouve aussi chez Taniguchi) qui permet de poser les lèvres d’un prof sur celles d’une élève avec un peu de surprise, soit, mais sans la dimension scandaleuse de chez nous. La familiarité entre profs et lycéens est également surprenante. Tout ça, c’est au début du livre, au bout d’un moment, on comprend que Hasumi est un psychopathe en puissance, de ceux que rien n’arrête et ses désirs de meurtre vont prendre une tournure assez spectaculaire. Oui j’ai pris des notes pour m’en sortir entre tous les noms des personnages. Non je ne crois pas que je sois faite pour adhérer pleinement à la culture et la mentalité nippones. La couverture du livre nous parle d’« œuvre culte », je ne sais trop quoi penser de ces meurtres de masse et de cette violence omniprésente, un peu dégoûtée sans doute même si je n’ai généralement rien contre les romans noirs. Sur les 533 pages, il y en a eu cent de trop d’après moi. On fera mieux la prochaine fois. Un roman dérangeant pour les anti-fleur bleue qui cherchent de l’explosif et du sanglant.

« L’école n’était pas sanctuaire dédié à la protection des enfants, mais une arène où seule régnait la loi du plus fort. Afin de survivre, il fallait soit avoir de la chance, soit faire preuve de beaucoup d'intuition, soit pouvoir déployer la violence physique nécessaire pour se défendre. »

 Jeune, Hasumi, sans le diplôme spécifique à l’enseignement, a la possibilité d’être remplaçant : « Il avait douté d'avoir fait le bon choix… jusqu’à sa première de cours. Sa capacité à inspirer de la sympathie et à contrôler ses semblables lui conférait un pouvoir quasiment indécent sur sa classe. Deux éléments étaient nécessaires pour gagner la confiance ses élèves : susciter leur intérêt et avoir du style. En douze minutes, il les avait conquis. »

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 16:11

Tropique de la violence - Nathacha Appanah - Gallimard - Grand format -  Librairie Le Square GRENOBLE

Si ce livre n’a rien à voir avec la récente rentrée littéraire, son sujet n’en demeure pas moins tristement d’actualité.

Marie, d’abord. Une vie d’infirmière simple et plutôt tristounette en France. Quand elle rencontre Cham, originaire de Mayotte, elle tombe amoureuse de lui et le suit là-bas, sans vraiment savoir que si c’est une île française, elle n’a pas grand-chose en commun avec la métropole. Marie souffre de plus en plus de ne pas tomber enceinte à tel point qu’elle en devient méchante et colérique. Cham la quitte. Un jour, à l’hôpital, une réfugiée fille-mère donne son bébé à Marie, parce qu’il a les yeux vairons, et un œil vert porte malheur, la jeune femme n’en veut pas. Marie devient maman de ce petit Moïse qu’elle garde précieusement avec elle comme un joyau jusqu’à ce qu’il arrive à cette période si critique de l’adolescence où il pose de questions sur ses origines, s’éloigne et rejette Marie. Il rejoint les délinquants de ce quartier si justement surnommé « Gaza » et s’enlise dans la violence ambiante…

Dans ce roman choral, la parole est donnée à tous les personnages, à Moïse ni Blanc ni Noir, à Bruce, une brute à l’état pur, à Marie, cette sainte mère qui ne survivra pas dans cet enfer, au flic, au gardien de prison, au pompier… mais celle qui crie sa douleur d’être abandonnée, c’est Mayotte, cette île oubliée qui voit les migrants arriver tous les jours. Une tension et un malaise omniprésents rendent les rues dangereuses, l’Eldorado tant convoité par les étrangers devient un cloaque où la violence devient effectivement le quotidien de tous. La maternité de Mayotte est la plus grande de France, et de loin. Entend-t-on parler de cette île ? Non. Heureusement que la littérature nous ouvre ces portes sur le monde. Nathacha Appanah a séjourné à Mayotte où elle y a trouvé « une île aux enfants » (interview donnée au Point), des enfants non scolarisés et livrés à eux-mêmes dans un pays extrêmement pauvre où règnent violence, drogue et chômage. Le roman est magnifique, chaque personnage a son histoire, son langage, son parcours qu’on parvient à comprendre même pour ce monstre qu’est Bruce. Le résultat est émouvant de justesse, l’île elle-même, sous un noir soleil, devient un personnage tragique qu’on ne sait comment sauver. A lire absolument.

C’est Olivier qui parle, le flic : « Il m’est arrivé d’espérer quand il y a eu le petit Syrien échoué sur une plage turque. Je me suis dit que quelqu'un, quelque part, se souviendrait de cette ville française et dirait qu’ici aussi les enfants meurent sur les plages.  Je ne suis qu’un flic, moi, et j'en ai vu des petits corps baignés d’écume et j'en ai pris comme ça, dans les mains, tout doucement. Parfois, quand j’apprends qu’un kwassa kwassa s’est échoué dans le lagon, je sens un poids dans mes mains, comme si les petits corps ne m’avaient jamais quitté. »

Moïse : «  Il n'y a qu'un gosse des rues pour savoir ce que c'est que la joie de trouver une vieille brosse à dent par terre, de la laver à la ravine et de passer un vieux savon dessus, un vieux savon tellement dur tellement strié de marques noires que c'est comme un caillou mais on le frotte quand même et après on va dans un coin parce qu'on ne veut pas que quelqu'un d'autre nous vole cette brosse et on se lave les dents avec, on tourne et retourne la brosse dans notre bouche comme si c'était un bonbon au miel et, la joie de cela, il n'y a qu'un gosse qui vit dans la rue pour savoir. »

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 09:40

Thérapie de Groupe (tome 3) - (Manu Larcenet) - Humour [CANAL-BD]

-   La tristesse durera toujours.

Qu’il me tardait de retrouver cet auteur-de-BD-chouchou !! Mon étincelle de bonheur de la rentrée !

Jean-Eudes de Cageot-Goujon alias Manu Larcenet, après avoir connu les affres de l’hôpital psychiatrique, les gouffres de la dépression, les angoisses de la page vide et de l’artiste mal compris, trouve refuge dans la contemplation. Malgré sa grande motivation de départ, le mystique lui a fait faux bond. Lorsqu’il cherche un peu de réconfort auprès de sa famille, il n’y trouve qu’indifférence. Il découvre ensuite que son fils a des abdos (un truc impensable dans la famille !) et se révèle bien plus fort que lui, il en profite pour avoir une énième révélation : coller bout à bout les meilleures parties de l’ADN de ses enfants pour obtenir une idée du siècle entière rien qu’à lui. Avec sa fille, notre cher Jean-Eudes n’est pas en reste puisqu’il découvre qu’elle découche… pour retrouver un groupe de philosophes en pleine forêt ; le père s’incline devant ces forts du cerveau. Pour faire face à une concurrence féroce en matière de BD, Jean-Eudes a enfin une idée de génie (oui, encore une) : il se lance dans la bédé reportage, il suit sa vétérinaire d’épouse 24h/24. Après relecture, il balance tout, c’est nul, il se retrouve encore une fois désœuvré. « Après tout, pourquoi ne pas dessiner juste pour le plaisir », ben voilà… sauf que la critique est sans appel : « Vos tentatives, tout aussi incessantes que vaines, pour retrouver une gloire révolue lassent Les Français dans des proportions considérables ! Vous êtes prêt à toutes les compromissions pour regagner le devant de la scène et palper le maximum de pognon ! » Si après ça, je vous dis que Jean-Eudes fuit le foyer familial et va sauver Van Gogh de la mort en pleine campagne, vous me direz que c’est complètement déjanté ?

Il me semble que l’hyperbole est une des figures de style fétiches de notre cher Manu Larcenet, il la manie à merveille et à foison. Il apprécie aussi l’accumulation en tous genres : des listes de synonymes, des dessins qui remplissent la case et débordent allègrement, des gribouillis ordonnés, des imbroglios de genres picturaux, un record battu de nombre de bulles et de cartouches par planche (ma fille assise à côté de moi : « Y’a pas trop de texte pour une BD ? »). Bref du bonheur à saturation, une outrance de bonnes idées, des barres de rire, une cavalcade de folies, une avalanche d’absurdités tellement mais tellement délicieuses. Si on pleure à chaudes larmes une fois l’album refermé, on se console, le mec au gros nez phallique nous l’a promis : « Le boss estoye de restour ». J’attends déjà le tome 4.

« Je me sens comme un pauvre cowboy solitaire… (mais pas trop loin de mon foyer, je me fais vieux). »

« CQFD… ce qu’il fallait dessiner. »

Le tome 1 

Le tome 2

 

Thérapie de Groupe tome 3 - La tristesse durera toujours - Bubble BD,  Comics et Mangas

Partager cet article
Repost0
8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 15:13

Livre: Le Siffleur de nuit, Greg Woodland, Belfond, Domaine Étranger -  Belfond noir, 9782714494566 - Leslibraires.fr

Loin de Sidney, dans les années 60, une ville, Moorabool, en plein bush australien, végète dans une torpeur où les nouveaux venus s’ennuient. Parmi eux, la famille Humphries : un père toujours absent, deux garçons turbulents et une mère d’autant plus anxieuse qu’elle reçoit des coups de fil nocturnes inquiétants d’un « siffleur », un homme qui la menace régulièrement sans que personne n’y prête vraiment attention. Hal, l’aîné des garçons est témoin de massacres d’animaux : un chien puis un chat sont retrouvés assommés et étranglés avec, à chaque fois, une seule griffe en moins. Le flic Mick Goodenough est lui aussi nouveau dans le secteur, en période probatoire, il a été banni du commissariat de Sidney suite à une sombre histoire où il aurait failli. Il est le seul à croire Hal et à s’inquiéter des coups de fil reçus par sa mère. Rajoutons à cela une étrange caravane abandonnée depuis un triple meurtre trois ans plus tôt, la discrimination toujours tenace envers les aborigènes, des collègues flics incompétents, un père infidèle et une mère qui ne l’est pas moins… Mick va avoir du pain sur la planche dans une ambiance hostile où on essaie de lui cacher des informations essentielles.

Du meurtre d’animaux à celui des humains, il n’y a qu’un pas. L’atmosphère caniculaire d’un Noël australien amplifie les tensions de ce roman et pourtant, tout se fait doucement, le romancier prend son temps et la lectrice que je suis a beaucoup apprécié cette langueur, ce décor qu’on prend le temps de planter, cette ambiance qui s’installe au fur et à mesure qui n’est pas sans rappeler un Dennis Lehane ou un Henning Mankell. Hal, le garçon de dix ans, occupe une place prédominante dans l’histoire, il a un côté frondeur façon Tom Sawyer pas désagréable du tout. Il n’y a pas à dire, pour un premier roman, cet écrivain australien fait fort et se place à côté des plus grands. Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette lecture que je recommande fortement !

« Même toutes fenêtres ouvertes, la maison était étouffante. Le moindre courant d'air ne semblait que redistribuer l'air chaud parmi les pièces. Depuis cinq jours, ils n’avaient pas eu d'autres nouvelles de leur père, censé passer la nuit à Broken Hill ce soir-là, dans un grand hôtel. Il n'avait aucune raison valable de ne pas téléphoner à Maman, mais, le connaissant, il en trouverait une. Elle avait à l'évidence décidé de ne pas attendre à côté du téléphone, à rêver ou à espérer : elle suivit Hal et Evan dans la parcelle inoccupée d'à côté. »

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 17:12

Écoute la pluie tomber - broché - Olivia Ruiz - Achat Livre ou ebook | fnac

Marseillette, les années 50. Trois sœurs venues d’Espagne vivent dans un café tenu par l’aînée, Rita. La narratrice, Carmen, prend la poudre d’escampette le jour où elle a le coup de foudre pour le bel Antonio. Problème : le beau mec est toréador et la famille de Carmen contre cette boucherie. La jeune femme n’écoute que son cœur et s’enfuit avec son amant et ses copains pour vivre et travailler avec lui non loin de Madrid. Elle cuisine mais fait aussi passer des colis et des messages dont elle ignore le contenu. Un jour, brutalement, elle se fait arrêter et mettre en prison. Elle y restera croupir une peine injuste mais n’y fera pas que de mauvaises rencontres. Le retour au café va être plein de surprises.

Pour ce roman, je n’ai lu et entendu que des avis élogieux, sauf les chroniqueurs du « Masque et la Plume » sur France Inter qui ont démonté ce livre. Ce n’est pas mérité. On plonge dans cette histoire furieusement espagnole avec délectation et, à juste titre, puisqu’il y à la fois amour et action, rudesse et poésie. Le texte est bien écrit, peut-être parfois légèrement grandiloquent mais cela sied au contexte post-franquiste. J’ai aimé l’ambiance de ce bistrot, la relation entre les trois sœurs, les histoires d’amour. Des bémols tout de même : le début et la fin. Le début parce que tous ces prénoms sont lancés à la va-vite sans qu’on s’y retrouve vraiment (ça m’a toujours agacée de revenir en arrière), certains personnages auraient mérité d’être approfondis. La fin parce qu’elle m’a semblé vite expédiée ou peut-être est-ce parce que j’ai dévoré le roman trop vite. Entre Ecoute la pluie tomber et La commode aux tiroirs de couleur, je ne saurais lequel choisir.

Un passage à tabac en prison finit par un séjour à l’infirmerie : « Cette bienveillance que l'on ne croise jamais ici m'apaise. La morphine m'embrasse. Je nage dans un verre de lait tiède où fond une bille de chocolat. Une bouchée de la brioche vient d’y plonger. Elle chemine jusqu'à ma bouche. Un ballet de sirènes m’aide à la saisir, leurs coiffes sont des couronnes de fleurs d’oranger. Leur senteur enivrante me fait flotter à la surface crémeuse du liquide. C'est réconfortant. Au point de m'endormir. »

 

Partager cet article
Repost0
1 septembre 2022 4 01 /09 /septembre /2022 19:26

Casterman - L'Homme qui marche - sens de lecture original

Cela faisait très longtemps que je n’avais plus lu de manga de cet auteur.

Le manga sera vite résumé : un homme et son épouse s’installent dans un nouveau quartier, ils adoptent le chien que les précédents propriétaires ont abandonné et l’homme, tous les jours, l’homme, accompagné de son chien, marche dans le quartier. Déambulations, errances, promenades, pérégrinations, flâneries, tous ces mots conviennent aux activités du personnage au fil des saisons. La ville est vaste et les découvertes multiples mais il arrive aussi à notre homme de grimper aux arbres, de jouer au cerf-volant, de monter au sommet d’un immeuble ou au sommet d’un jardin qui est une copie du mont Fuji, de gonfler un ballon de papier, de s’allonger au pied d’un arbre et… ce qui doit être un plaisir immense : de nager dans une piscine, seul, la nuit.

J’ai lu quelque part que ce manga est la version sportive et diététique du Gourmet solitaire (que j’ai tant tant aimé !). C’est vrai que ça y ressemble beaucoup et j’ai aimé retrouver ce côté un peu artificiel (chaque sortie est rythmée par une autre découverte mais tiens donc) et surtout complètement naïf propre à Taniguchi. Peu de texte, quelques planches en couleur et une exploration du monde par les cinq sens. Un émerveillement enfantin et souvent gracieux de la vie qui nous entoure, tout en retenue et en pudeur, avec de temps en temps une jolie surprise. Oui, j’ai adoré cette idée de franchir la clôture d’une piscine municipale et de s’y baigner seul et nu, la tête dans les étoiles. En bref, celui qui n’a jamais lu Taniguchi doit le faire au moins une fois dans sa vie.

L'Homme qui Marche - (Jirô Taniguchi) - Seinen [CANAL-BD]

 

BONNE RENTREÉ !!!

 

Partager cet article
Repost0
29 août 2022 1 29 /08 /août /2022 18:31

Livre: Le monde dans la main, Mikaël Ollivier, Thierry Magnier, Les Grands  romans, 9782364740112 - Le Bateau Livre

J’ai emprunté ce roman un peu au hasard (même si connaissant un peu l’auteur) à la bibliothèque municipale pour ma fille. Elle l’a vite lu puis me l’a tendu en m’ordonnant de le lire aussi.

Pierre a 16 ans, des parents froids et distants et une vie très rangée entre le lycée et le conservatoire où il s’adonne au piano. Tout bascule le jour d’une virée chez Ikea, les parents ayant décidé d’offrir de nouveaux meubles à leur fils. La « visite » s’éternise, la mère perd son calme, les meubles ne rentrent pas dans la voiture, il va falloir les faire livrer,… la mère s’éloigne sur le grand parking pour ne jamais revenir. Elle reste introuvable. Un court sms le lendemain ne rassure ni le père ni le fils. La police, sans se presser, mène l’enquête, en vain. Les mâles de la famille reprennent plus ou moins leur quotidien, les langues se délient dans un milieu versaillais où les non-dits prenaient une grande place. Des histoires du passé se racontent, la sœur Alix donne son avis par sms seulement, le père change, l’amour vient faire des étincelles de part et d’autre, Pierre mûrit et grandit.

Je n’ai sans doute pas été aussi séduite que ma fille par ce roman mais il a été agréable à lire. En digne récit d’apprentissage, il jette un événement traumatique dans la vie plutôt monotone d’un jeune garçon et le fera évoluer et apprendre, même du négatif. L’histoire d’amour a beaucoup plu à mon ado et je remercie l’auteur d’avoir trouvé un juste équilibre pour que le livre ne soit pas trop niais mais qu’il véhicule tout de même de louables messages. Ma fille a aussi aimé que Pierre joue du piano et que le roman soit ainsi un brin musical. Je pense qu’on peut le conseiller à un grand ado en manque de confiance en soi et en quête de thèmes tels que l'amour, la résilience, l’apprentissage de la vie, tout simplement. Deux surprises viennent clore le livre.

« depuis la disparition de maman, j’étais envahi par la vie des adultes qui m’entouraient, comme si des digues avaient rompu, qu’un soudain déséquilibre me privait de ma position d’adolescent pour me bringuebaler au cœur de l’existence mouvementée de mes aînés. »

Partager cet article
Repost0
25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 08:30

Detail

Sachant que Dans la forêt est une sorte de coup de cœur absolu, il m’était difficile de lire un autre roman de cette autrice, je me suis donc préparée à être déçue.

D’un côté, Cerise. Elle n’a pas eu vraiment de bol dans la vie, et, après une relation foireuse avec un type qui la laisse tomber, elle se retrouve enceinte. Elle décide d’assumer cette maternité, trouve beaucoup de bonheur dans sa vie très pauvre mais heureuse avec sa fille Mélody. Toutes deux prennent du plaisir à petit-déjeuner ensemble le samedi et à passer des heures à faire du coloriage. Mais la petite fille deviendra grande, Cerise tombera sur un autre père irresponsable et c’est bientôt pour trois qu’elle va devoir joindre les deux bouts.
D’un autre côté, Anna. Photographe de talent, elle tombe enceinte quand elle est encore étudiante. Il est absolument hors de question qu’elle garde l’enfant. Elle avorte. Six ans plus tard, artiste reconnue et mariée à l’amour de sa vie, elle accouche de Lucy, une petite fille merveilleuse qui la comble jusqu’à l’arrivée d’un deuxième enfant pour qui la venue au monde sera bien moins idyllique. On s’en doute dès le début, les deux femmes vont finir par se rencontrer.

Ai-je été déçue ? Oui, tout de même. Thématique et même écriture n’ont rien à voir avec Dans la forêt, surtout, la même force ne jaillit pas aussi intensément. Ai-je aimé ce roman ? Je l’ai vite lu malgré ses 556 pages, je me suis identifiée à ces deux mères, j’ai avalé goulûment les pages mais je suis loin du coup de cœur. Très étrangement, ce sujet de la maternité m’a un peu agacée, peut-être parce que la romancière a voulu en montrer les différentes facettes de manière un peu trop clinique : quand on ne veut pas d’enfants, quand on en désire un très fort, quand on le vénère, quand on le rejette, quand on se rend compte qu’il a changé depuis ses quatre ans… Alors oui, en tant que maman, on va forcément se retrouver dans les différentes phases de cette relation mère-enfant. La violence de l’amour éprouvé pour ses enfants, toutes ses ambiguïtés et ses complexités sont bien décrites. On pourra se sentir rassurée peut-être de lire noir sur blanc ce qu’on vit au quotidien mais je crois que je n’ai pas appris grand-chose, ce livre ne m’a pas fait frissonner, m’a à peine émue. Certains passages sont excessifs, d’autres caricaturaux. Mais le tout se lit bien et vite, et force est d’admettre que cette lecture est assez addictive. Pour une lecture de vacances, ça passe bien, si vous avez envie d’approfondir ce sujet de la maternité (les hommes sont quasi absents), faites votre choix.

Je remercie la Supermaman qui m’a prêté ce livre et l'a plus aimé que moi.

L’accouchement : « Mais elle se redressa et poussa - pas parce qu'elle croyait que pousser ferait une différence, mais simplement elle ne voyait pas quoi faire d'autre, simplement il était impossible de ne pas le faire, pousser était l'unique certitude de la vie. Siècle après siècle, elle poussa. Poussa de toutes les cellules et de toutes les fibres de son corps, poussa comme si elle poussait la montagne vers Mahomet, comme si elle était Sisyphe poussant le rocher vers le haut de la colline. »

« On est toutes tellement seules, dans notre rôle de mère. On peut parler école, échanger les petites choses craquantes qu'ils disent. On peut se plaindre qu’ils nous en font voir. Mais on ne peut pas parler de l'amour terrifiant qu'on leur porte, ni avouer qu'on s'effraie nous-mêmes, en essayant de s'occuper d'eux sans perdre la boule. On ne peut pas parler de tout ce qu'ils nous apprennent, de tout ce qu'ils nous coûtent, de tout ce qu'on leur doit. »

Deuxième pavé de l’été pour le challenge de Brize !

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées!
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages