30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 21:51

Ah la laaaa, où avais-je donc pêché l’idée de lire ce livre de 950 pages ?

Tout démarre un beau matin de printemps 1540 alors que Mattias Tannhauser essaye de venir à bout de la fabrication d’une dague à la forge de son père, quelque part dans la vallée des Carpates. A douze ans, Mattias assiste au massacre de sa famille par les troupes ottomanes qui finissent par enlever le garçon. Après avoir fait partie de l’élite militaire turque entièrement dévouée au sultan, Mattias se reconvertit dans le commercer d’opium et d’armes. La Valette, le Grand-Maître de l'ordre des Hospitaliers, fait cependant appel à lui en 1565 pour la défense de l’île de Malte, menacée d’invasion par les Turcs. En parallèle, une magnifique jeune femme va également demander de l’aide à Mattias : elle voudrait récupérer le fils qu’elle n’a pas connu et qu’on lui a volé, douze ans auparavant, à sa naissance. Oui, mais le papa de ce fiston délaissé à Malte n’est autre que Ludovico Ludovici, légat personnel du pape Pie IV et toujours amoureux de Carla même s’il lui a préféré l’Inquisition. Rajoutez à cela des personnages secondaires colorés : Amparo, l’amie très proche de Carla, un peu simplette mais très belle aussi (Mattias sera un peu amoureux d’elle et va lui prouver – physiquement – à maintes reprises, savamment décrites dans le roman…), Bors, l’ami fidèle de Mattias, prêt mourir pour lui. Ça éclate de partout, c’est vif, remuant, sanglant, bouillonnant…

Au final, que retiendrai-je ? Le contexte historique, sans aucun doute, les batailles d’une violence inouïe (les têtes volent allègrement – au sens propre du terme -  des bassines sont remplies de membres amputés, les soignants rentrent les tripes des malades dans leur bide comme des femmes qui s’efforcent à faire entrer un foulard un peu trop grand dans un sac un peu trop petit…), l’histoire d’amour (heureusement qu’elle est présente, et bien présente, à la manière d’une rose éclatante de blancheur sur un tas de fumier puant) complètement romanesque entre Mattias et la belle et sage Clara qui pourtant laisse une place à la douce et folle Amparo. Ça peut paraître complètement péjoratif, ça m’a fait penser à un feuilleton télévisuel d’été, une histoire aux multiples rebondissements avec drames et tragédies à la clé et l’amouuuur qui couronne le tout. Les bestialités en plus. Et pourtant, j’ai pris goût à tout ça, je me suis attachée aux personnages et malgré le manque de crédibilité de certains événements, je me suis laissée entraînée dans cette musique maltaise ensorcelante.

Cette longue lecture me permet de participer au challenge de Brize, "Pavé de l'été" et m’a fait prendre conscience (en avais-je vraiment besoin ?) que les bons gros livres, y’a que ça de vrai pour s’éloigner, s’évader d’un quotidien parfois morose. Et très bientôt, un autre pavé !!!

 

 

La rencontre Mattias - Carla : « Ses traits étaient clairs et dessinés, ses iris verts et comme encrés d’un fin cercle de noir. Malgré son nom, elle n’avait pas l’air française, mais possédait la stature d’une Sicilienne. Ses cheveux étaient de la couleur du miel, et traversés de mèches plus jaunes, comme si l’un des conquérants normands avait laissé des traces dans son sang. Ils étaient ramenés en une tresse nouée sur son crâne, mais si on leur rendait leur liberté, ils descendraient en cascade d’or. Malgré ses efforts, les yeux de Tannhauser revinrent vers son buste. La robe était attachée sur le devant par un ingénieux système de crochets et de boutonnières et venait soutenir ses seins – qui étaient de taille modeste et d’une blancheur frappante – en deux hémisphères exquis. Ces hémisphères étaient séparés par une fourche dans laquelle il aurait été heureux de tomber pour l’éternité. »

Pavé 2014

 

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 09:05

Deuxième opus de cette série aux allures de western. Ne lisez pas les deux paragraphes qui suivent sans avoir lu le premier tome.

On avait laissé l’avocat Byron et son client Hogaard à moitié morts, perdus dans le désert d’Arizona. La très sensuelle Margot avait, quant à elle, prit le parti de suivre celui qu’elle appelle un « jeune blanc-bec aussi bête que maladroit », le très naïf Tim Bishop. Hogaard et Byron sont vite sur pied et l’Indien, loin d’être idiot, a pris Margot en otage en laissant Tim ligoté à un rocher.

L’intrigue n’avance pas énormément dans cet album destiné à expliquer le passé. Les flashbacks nous racontent comment  Margot et Byron Peck se sont rencontrés. Margot, intelligente et incroyablement belle est aussi une femme rusée et très cupide. Byron, suite à une affaire juridique qui a mal tourner, s’est vu poursuivre par la famille Cole qui n’a eu de cesse de chercher à le tuer. D’où le désamour de Byron pour les armes à feu. Hogaard est venu voir Byron pour lui demander de l’aide dans une histoire d’anciens papiers. N’ayant pas d’argent, la grosse brute danoise a proposé de devenir son secrétaire. Contre toute attente, Byron fait une découverte surprenante dans les vieux papiers de famille : une correspondance entre un ancêtre ambassadeur et James Madison, le père de la constitution américaine, celui qui à l’origine du deuxième amendement qui autorise le port d’armes aux Etats-Unis. James Madison y montre de telles réticences qu’elles peuvent changer le cours de l’histoire. Byron y voit un grand progrès pour l’avenir des Etats-Unis ; Margot, quant elle apprend cela, y voit un moyen de faire chanter les fabricants d’armes et d’obtenir beaucoup d’argent. C’est ainsi qu’elle tente de se débarrasser de Byron, trop honnête à son goût, et de Hogaard qu’elle a choisit pour amant pour s’attirer ses faveurs.

A la fin de l’album, on retrouve nos deux compères dans leur carriole : « Ce sentiment de déjà vécu a quelque chose de tout à fait oppressant. C’est toujours angoissant, la circularité » affirme même Byron… mais on sent bien que les choses vont évoluer et que leur rencontre va, au mieux changer le cours de l’Histoire, sinon changer le cours de l’histoire …

Excellent ! Cette BD a tout pour plaire, la précision des dessins (colorés comme j’aime) nous permet un voyage spatio-temporel, l’intrigue est prenante, le rythme haletant et les personnages, cette garce de Margot y compris, fort attachants. Le petit plus, c’est cette pointe d’ironie, ce don de la caricature qui donne le sourire au lecteur.

 

 

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 10:01

Ce court roman est l’histoire d’un meurtre. Le personnage principal et narrateur, Juan Pablo Castel, explique comment il en est arrivé à tuer celle qu’il aimait, Maria. Peintre incompris, Castel tombe amoureux, à Buenos Aires, d’une jeune femme qui a su s’intéresser à un détail de son tableau « Maternité », une petite fenêtre d’où on voit « une scène dans le lointain : une plage solitaire et une femme qui regardait la mer. » Après avoir longuement observé l’inconnue, Castel la perd de la vue mais la retrouve quelques jours plus tard. Maria aussi éprouve une attirance pour Castel, elle lui avoue à demi-mots. Mariée à un aveugle, Allende, elle ne peut s’offrir complètement à son nouvel amant qui s’interroge, se demande s’il n’est pas le seul avec qui elle couche, jalouse son mari puis ce cousin Hunter qu’elle voit régulièrement. Chaque réponse est analysée, chaque petit mystère devient source d’angoisse pour le personnage qui finit par poignarder celle qu’il a adorée.

Fin roman psychologique, le livre décortique l’âme humaine, les tourments d’un être qui a peur ne pas être aimé, mais peint aussi un homme qui, rongé par la jalousie, devient tout simplement malade. De nombreuses références me sont venues très vite à l’esprit : Javier Marias qui lui aussi a le souci du détail avec un cadre un peu étrange aussi, les mêmes circonvolutions des pensées du personnage central. Maupassant n’est pas loin dans cet affleurement de la folie. C’est bien fichu dans le sens où on s’identifie parfois au personnage puis on s’en éloigne par rapport à son aliénation.

Le tunnel  écrit en 1948 ( !) est le premier volet d’une trilogie. Ironie du sort ? Ernesto Sabato, mort à quand même 99 ans, en 2011, était atteint d’une grave maladie oculaire.

 « Sur une planète minuscule qui court vers le néant depuis des millénaires, nous naissons dans la douleur, nous grandissons, nous luttons, tombons malades, souffrons, faisons souffrir, nous crions, nous mourons : on meurt et, au même moment, d’autres naissent pour recommencer l’inutile comédie. »

 

A méditer !  « en passe de mourir de faim on accepte n’importe quoi, sans poser de conditions ; mais ensuite, une fois que les besoins les plus impérieux ont été satisfaits, on commence à se plaindre, et sans cesse davantage, des défauts et inconvénients de la nourriture. J’ai vu ces dernières années des immigrants qui arrivaient avec l’humilité de ceux qui ont échappé aux camps de concentration ; ils acceptaient n’importe quoi pour vivre et s’acquittaient avec joie des travaux les plus humiliants ; mais il est assez étrange qu’il ne suffise pas à un homme d’avoir échappé à la torture et à la mort pour vivre content : dès qu’il commence à acquérir une nouvelle assurance, l’orgueil, la vanité et la prétention, qui apparemment avaient été annihilés pour toujours, se mettent à réapparaître en lui comme des animaux qui se seraient enfuis sous le coup de la peur ; et, d’une certaine façon, à réapparaître avec plus d’agressivité, come s’ils avaient honte d’être auparavant tombés si bas. »

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 12:22

Maintenant que j’ai bien compris que Lupano est un Grand, je ne passe plus devant une BD ou, comme ici, une série, sans m’arrêter !

Il était une fois dans l’Ouest… un jeune amoureux appelé Tim Bishop. Bagagiste à la gare d’Albuquerque, il s’éprend de la très belle Margot (imaginez la poitrine ornée d’une mouche mise en valeur dans une magnifique robe rouge XIXème siècle) et, pour la suivre, monte dans le train sans y avoir été invité. Au milieu du désert d’Arizona, il se fait éjecter par les cheminots. C’est alors qu’il assiste à une attaque du train par une bande de voyous mexicains.  Craignant pour sa belle inconnue, il suit l’affaire de près. En réalité, Margot propose vite un marché au chef des bandits, Manolo Cruz : se faire beaucoup d’argent. Manolo emmène Margot dans son domaine, une ruine perdue dans le désert, où ils décident de s’associer : grâce à sa formation juridique, Margot va valoriser les documents volés.

Un incroyable duo erre dans le désert également, il s’agit de Byron Peck, un avocat véreux anglais, tiré à quatre épingles, et Knut Hogaard, son client danois qui ne s’exprime que par borborygmes. Ces élégants gentlemen ne sont pas là par hasard : Byron est le mari de Margot et Hogaard, son ancien amant. Margot a logé une balle dans la tête d’Hogaard et c’est la balle, restée dans le crâne, qui empêche le gros bonhomme de parler intelligiblement.

Les nombreuses aventures, trop longues à raconter, finissent par associer Tim Bishop à Margot, laissant Manolo, Byron et Hogaard dans un piteux état. Quand on sait que toute l’affaire tourne autour de mystérieux documents essentiels pour construire l’avenir de l’Amérique et que c’est finalement un Indien en apparence inoffensif qui est parti avec lesdits documents, le suspense est à son comble.

Un western bien ficelé, des personnages originaux pour une BD haute en couleurs dans tous les sens du terme. L’humour est présent, cet Anglais qui boit son thé en plein désert, qui se fait servir d’excellents ragoûts cuisinés par un Danois géant et qui n’aime pas les armes à feu leur préférant une dynamite bien plus efficace, ou encore la naïveté de Tim Bishop subjugué par la beauté dangereuse de Margot m’ont comblée. Il ne me reste plus qu’à lire la suite !

 

 

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 06:25

 

              

Cette année, je n’ai pas oublié l’anniversaire de ce blog. J’ai recompté plusieurs fois, mais si, ça fait bien 5 ans qu’il vit ce p’tit gaillard ! Malgré des hauts et des bas, malgré une foutue pub qui est venue grignoter mon petit chez moi, je reste assez fidèle je crois, à Doucettement

 

Merci à vous !

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 16:00

 

Gros succès populaire de ce livre, à l’image du succès sportif, médiatique et populaire de Nadia Comaneci.

Nadia Comaneci est une petite fille roumaine qui a été recrutée dans une cour d’école parce qu’elle savait bien faire la roue. C’est l’œil expert de Béla, l’entraîneur des gymnastes, ce « faiseur de championnes »  qui l’a choisie. Avec d’autres filles, toutes aussi frêles, musclées et surtout combattives, Nadia va s’entraîner durement pour être la meilleure. Et la meilleure, elle le sera puisqu’elle sera la première à obtenir la note de 10 aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976. A 14 ans, avec ses 40 kgs et son 1m54, elle révolutionne la gymnastique.

C’est l’histoire d’une petite fille conçue pour gagner mais c’est aussi l’Histoire d’un pays, la Roumanie qui, entre les années 50 et la fin des années 80, subit le totalitarisme de celui appelé le Conducator, Ceausescu.

Le roman – car ce n’est pas une biographie - est assez subtil pour ne pas démolir le coach Béla qu’on pourrait qualifier de tyran mais que Nadia appelle un « visionnaire ». Il ne noircit pas non plus complètement l’époque Ceausescu où les gens vivaient dans le froid et la faim mais unis pas une force et solidarité perdues après la révolution roumaine.

J’ai quand même été très surprise de savoir que les échanges téléphoniques présentés en italiques dans le livre, ces discussions entre l’auteur et la gymnaste, étaient pure fiction. Ce dialogue imaginaire met en lumière des rectifications sur ce qui ce serait réellement passé et donne en fait un contenu, une substance à cette belle enveloppe qui semblait vide, une dimension humaine à un corps aux aptitudes surhumaines.

 

Une belle lecture, divertissante pour un roman bien ficelé dont je ne ferai pourtant pas un coup de cœur. Est-ce le sujet, la manière dont il était traité ? Je suis restée en dehors, parfois même à la frontière très mince entre intérêt et ennui.


« les Roumaines sont des chiots à qui on lance des épreuves, elles rapportent et servent l’Etat. On est dans la géométrie, le calcul. »

« Il lui fabrique des abdos d’acier pour éviter qu’elle ne grimace au moment où ses haches frappent de plein fouet la barre asymétrique, ses os à peine protégés par le tissu bleu. Il faut consolider sa puissance pour que la mécanique parvienne à faire face aux impromptus, une fatigue, un refroidissement. »

 

Des avantages au totalitarisme de Ceausescu ? « ça va vous paraître superficiel, mais faire la queue prenait tellement de temps que c’était un haut lieu de drague, on se maquillait, on se parfumait avant d’y aller. Les vieux se retrouvaient entre eux, ils dépliaient une petite chaise de camping et jouaient aux cartes. »

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 22:20

Cet album est un manhwa, c’est-à-dire une BD coréenne.

Bong-gu et sa mère arrivent de la campagne et débarque en ville, à Séoul. Frappés par la froideur et le manque d’humanité de la capitale, ils sont venus trouver le père de Bong-gu, parti à Séoul pour son travail. Sur un trottoir, ils rencontrent Hyemi, une petite fille triste qui fait les poubelles. Son grand-père, une mendiant, la rejoint et les quatre font un peu de route ensemble. Le grand-père connaît le père de Bong-gu qui lui aussi est devenu SDF. Finalement, les deux enfants et les trois adultes décident de rejoindre la province.

Cette BD aurait pu s’appeler « Tristesse ». Il y a une mélancolie qui se dégage des dessins, une belle tristesse présente partout. En arrivant en ville, tout est gris, noir et blanc. Petit à petit, les cases prennent de la couleur, des couleurs pâles mais des couleurs, de la vie, de l’espoir, de l’humanité.

C’est un bien étrange manhwa que voilà. Une dichotomie très nette ville-campagne parcourt le livre mais aussi une impression de fin du monde où même les pigeons ont du mal à s’envoler… Malgré l’espoir naïf que l’auteur a voulu transmettre, c’est vraiment le sentiment de tristesse qui prédomine, selon moi. Quant au dessin, il est superbe, d’un réalisme émouvant. Mention spéciale aux portraits. J’ai juste eu du mal à comprendre pourquoi le visage des enfants était souvent représenté avec une sorte de petit bout de papier dépassant d’une narine…

 

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 14:59

 

 

Rentrant de vacances en ayant délaissé mon blog quelques jours, qu’est-ce que je découvre (comme tous mes amis overblogueurs !) ????  De la pub sur mon blog, en haut, en bas, partout, de la bonne grosse pub bien moche et bien envahissante. Et bien sûr, non désirée ! Elle est belle la liberté…


 

 

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:59

C’est en visitant le musée Branly et surtout sa boutique-librairie que j’ai craqué sur ce livre et que j’ai eu une subite envie de lire autre chose que de la littérature, autre chose que de la fiction. J’en ai eu pour mon compte !

            Philippe Descola est un ethnologue qui, avec son épouse Anne-Christine, va partir en immersion totale (il n’y a pas d’autre mot…) en Amazonie, découvrir les Achuar, cette tribu indienne également appelée Jivaros qui vit entre Equateur et Pérou. Difficile de résumer un tel bouquin, si riche, si complet. Disons que les Achuar mangent principalement du manioc, qu’ils sont bien sûr totalement indépendants, que l’argent n’existe pas chez eux, tout fonctionne par troc. La tribu vit des produits de la chasse : pécaris, agoutis, toucans et petits singes. Les chiens, qui sont partout, revêtent pour eux une grande importance. Les hommes sont polygames mais traitent et honorent leurs épouses avec égalité. Le tabac vert est utilisé pour soigner mais, d’après les croyances achuar, les maladies sont toujours issues d’influences malveillantes, de mauvais sorts ; et ils pensent que le paludisme est transmis par la nourriture. Les hommes sont très attachés à leurs mondanités : quand ils reçoivent ou visitent un ami ou un parent, ils passent un temps fou à se dire des banalités comme ça va, je suis content d’être là, , oui, je suis bien là, etc. et le crachat fait partie de ces bonnes manières conviviales : « le crachat ponctue, souligne et donne de l’emphase ; son chuintement confère une sorte de rime aux dialogues. ».  Les Achuar ne se tournent jamais vers le passé, l’Histoire n’existe pas pour eux, pas plus que l’avenir, ils vivent uniquement dans un présent immuable.

Connus pour la coutume des « têtes réduites », les Achuar n’ont plus recours à cette méthode barbare qui consistait à décapiter un cadavre, ôter et jeter le crâne à la rivière en hommage au dieu Anaconda, « préparer » et réduire la tête au tiers de sa taille originelle. Pourtant, chaque homme a déjà tué un ennemi.

Complètement subjuguée et passionnée par les premières pages, cette découverte de l’autre et cette leçon d’humilité m’ont enchantée. Petit à petit, je me suis lassée, le mysticisme occupant une grande place dans la vie des Achuars, j’ai un peu perdu pied. J’ose dire que l’auteur lui-même a ressenti une forme de lassitude face à une tribu qu’il accepte mais ne comprend qu’en partie puisque sa culture n’est pas la même, il a éprouvé le besoin très fort de rentrer chez lui.

Je retiendrai trois choses dans le traitement et la mise à l’écrit de cette découverte d’un autre peuple : l’accueil complètement favorable des Blancs ; le fait que Philippe et Anne-Christine soient venus en couple y est pour quelque chose. Ensuite, le texte est superbement bien écrit. L’auteur le dit lui-même, littérature et ethnologie sont proches et l’ethnologue, pour raconter ce qu’il a vécu, brode à la manière d’un écrivain. Une chose m’a manqué : les sentiments réels des deux Blancs confrontés à ce choc culturel. C’est sans doute le travail de l’ethnologue d’être objectif et neutre mais j’aurais vraiment voulu savoir comment il a dormi, mangé, aimé ou détesté toutes les nouveautés rencontrées. Données personnelles quasi absentes. Au final, la lecture fut longue et parfois éprouvante mais je ne regrette rien et compte bien me plonger à nouveau dans ce genre.

Une coutume peu ragoûtante mais qui se défend: « J’accompagne donc Wajari dans les fourrés qui brodent le Kapawi et me chatouillant la luette, comme il se doit, avec une petite plume, je sacrifie au milieu des vapeurs de l’aube à la coutume quotidienne du vomissement. Les hommes ne sauraient débuter la journée sans cette énergie purgation qui redonne à l’organisme la virginité du ventre vide. Par l’expulsion purificatrice des résidus physiologiques, les Achuar ont trouvé un moyen commode pour abolir le passé et renaître chaque matin au monde avec la fraîcheur de l’amnésie corporelle

« Evidente et détestable, la violence trop commune des époux n’exclut pas la délicatesse des sentiments, voire une conception presque romantique de la sensibilité amoureuse. Ainsi, et malgré l’attitude fanfaronne qu’ils adoptent volontiers, les jeunes gens sont sujets à des accès de langueur où les plonge le désir insatisfait d’une tendresse féminine. »

 

Un petit mythe justifie l’inégalité entre Blancs et Achuar : « Autrefois les ancêtres des Blancs et ceux des Achuar étaient identiques ; un jour un avion est venu ; les ancêtres des Achuar ont eu peur de monter dans l’avion, ceux qui sont partis dans l’avion sont devenus des Blancs ; ils ont appris à tout fabriquer avec des machines, tandis que les Achuar devaient tout faire péniblement avec leurs mains ».

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 15:50

Attention : coup de coeur ! 

Les obsèques de Lucette sont l’occasion pour trois septuagénaires amis, Mimile, Pierrot et Antoine, de se retrouver. Antoine est le mari de Lucette mais les deux autres compères ont trop traîné et ont loupé la cérémonie, ce qui n’empêche en rien leurs retrouvailles dans la joie et la bonne humeur. Lucette, cette femme qui a toujours été belle et joyeuse, a laissé une lettre à Antoine avant de mourir. Stupéfaction : la lettre apprend à notre veuf que Lucette a eu une liaison avec le grand dirigeant  d’une usine pharmaceutique spécialisée dans les anti-dépresseurs, M. Garan-Servier.  Le patron a toujours été détesté des trois compères qui ont milité syndicalement pour valoriser les droits des employés.

Antoine ne fait ni une ni deux, il prend sa voiture et fonce en Toscane pour aller tuer M. Garan-Servier qui, atteint d’Alzheimer, coule ses vieux jours dans une villa italienne sous le regard attentif de son infirmière personnelle. Mimile, l’obèse tatoué de partout qui a fait trois tours du monde en bateau et Pierrot, le vieux sec vindicatif se sentent obligés de le poursuivre pour lui éviter de faire une bêtise. Ils emmènent Sophie, une jolie jeune fille enceinte de sept mois qui n’est autre que la petite-fille de Lucette et Antoine. Le trio est remarquable : entre la femme enceinte qui doit tout le temps s’arrêter pour faire pipi et qui insulte tout le monde (c’est les hormones !), Mimile qui arrive encore à séduire quatre vieilles dames sur une aire d’autoroute et Pierrot qui parle de son association « Ni yeux ni maître », des aveugles qui s’incrustent dans des réceptions, des soirées mondaines et des réunions politiques pour semer la zizanie, on ne s’ennuie pas une seconde.

Lorsqu’Antoine retrouve son ancien patron, prêt à lui trouer la peau, il comprend vite que ce dernier a perdu la tête. Pas tout à fait puisqu’il parle encore de Lucette et qu’il prend Sophie pour Lucette…  au point de lui donner le code secret lui donnant accès à sa fortune planquée aux îles Caïman. Le tome 1 s’achève sur ces 97365466.18 euros à disposition de nos personnages mais dont Sophie cache encore malicieusement le secret…

J’ai déjà été convaincue par les talents du scénariste Wilfrid Lupano avec Azymut. Il confirme ma première bonne impression avec cet excellent album qui, à travers un road-movie original, montre une vieillesse dynamique et joyeuse. Les dialogues sont drôles et piquants, les personnages terriblement attachants et les dessins réalistes de Cauuet nous emmènent en Toscane pour notre plus grand bonheur. Vivement la suite !

 

 

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