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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 12:59

 

   

       Chouchou d’Yv, cet auteur m’a aussi été conseillé par une amie.

       Marc Lecas, soixante ans, père d’une fille recluse en hôpital psychiatrique, compagnon de Chloé, découvre de nouveaux pans de l’existence d’une manière insolite : il scrute à l’aide d’une loupe le tapis de son salon, il admire le flux de la circulation automobile depuis le pont d’une autoroute, il adopte le chat le plus obèse et le plus apathique qu’il trouve,  il donne un coup de pied à sa vie en kidnappant sa fille Anne pour l’emmener au Touquet. Très rapidement, les choses dégénèrent : Anne tue sur son passage les êtres qu’elle croise comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, père et fille cachent leurs traces pour voyager en camping-car et rejoindre la ville d’Agen sans objectif précis.

       Cynique, drôle, impertinent, picaresque, ce road-movie totalement insolite se distingue largement des autres romans. Certains passages mêlent le burlesque et le tragique : Marc s’est piqué au clou d’une statuette africaine qui semble lui avoir jeté un mauvais sort. Le doigt enfle, le lance, le fait souffrir au point de perdre la sensibilité des jambes… avec une folle de fille, vous imaginez la solution qui va être choisie ! Si Marc incarne parfaitement le rôle de l’anti-héros, on peut cependant se retrouver dans ce personnage qui perd pied dans son quotidien à travers cette satire brillamment brossée par un auteur qui a tout fait pour que je continue à le lire… très bonne pioche !

« Il avait passé une bonne heure accoudé à la rambarde du pont qui surplombait l’autoroute et, si la pluie ne s’était mise à tomber dru, il y serait sans doute encore. Bien des fois, alors qu’il circulait au volant de sa voiture, il avait remarqué ces individus, généralement solitaire, penchés au-dessus des grands axes routiers comme des busards mélancoliques. Cette occupation dérisoire l’avait toujours intrigué, parfois inquiété. De ces gens-là, tout était envisageable, un suicide ou un lancer de vélo, car la plupart en avaient un posé à côté d’eux. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien voir de là-haut ? Il s’était promis un jour de tente l’expérience et, aujourd’hui, il ne le regrettait pas. Ce n’était peut-être pas aussi paisible, à cause du rugissement des moteurs et des vapeurs d’essence, que de suivre au bord d’une rivière feuilles et brindilles portées par le courant, mais certainement plus grisant. La tête se vidait rapidement de toute pensée et on accédait alors à une sorte de stupeur méditative que le flux des véhicules accroissait jusqu’au vertige. »

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 12:07

         

 

         Lorsque Michel a 16 ans, son frère plus âgé travaille déjà à la mine de Liévin. Joseph est son modèle absolu, il l’admire et lui voue un amour fraternel intense. La catastrophe du 27 décembre 1974, une terrible explosion due à un coup de grisou, tue 42 mineurs de la fosse 3 dite Saint-Amé. Joseph ne succombera à ses blessures que quelques jours plus tard. En 2014, Michel enterre l’amour de sa vie, Cécile, mais n’a pas enterré ce passé qui l’obsède chaque jour. Il s’est construit un mausolée où il suspend la tenue de travail de Joseph à la manière dont il le faisait à la mine, il a gardé précieusement sa barrette, sa taillette, un morceau de charbon… et des souvenirs de ses derniers instants de liberté avec lui. Michel a décidé de se venger. De se venger de la mine qui lui a ravi son frère mais aussi son père pendu, sa mère dépressive, qui lui a ravi sa jeunesse et son insouciance. Il s’invente donc une nouvelle identité et retrouve le village de son enfance où tout le monde l’a oublié. Mais lui, Michel, n’a pas oublié celui qu’il considère comme un des responsables, Dravelle, celui pour qui le rendement passait avant la sécurité. Pour sauver l’honneur de son frère et venger tous les mineurs, Michel est prêt à aller très loin…

 

        Les huit romans de Sorj Chalandon, je les ai tous lus, je les ai tous aimés, j’en ai adorés certains (La Légende de nos pères, Le petit Bonzi, Profession du père, Une promesse, Le quatrième mur) mais ce roman-là sort du lot car il est complexe et remarquable : mêlant admirablement la fiction et la réalité, il gagne en intensité lors du procès, épisode particulièrement réussi et finalement surprend son lecteur jusqu’à la dernière page. Entre culpabilité et déni, entre vrais coupables et faux innocents, Chalandon prouve brillamment qu’il sait rendre hommage à un événement historique mais également sonder l’âme humaine, si complexe et passionnante. Le style est, comme à l’accoutumée, sobre et efficace, rendant aux mots leurs plus belles couleurs… Bravo Monsieur Chalandon!

 

 

Le père prévient Joseph : « Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. Même si tu ne meurs pas. Même si tu survis à la poussière, aux galeries mal étayées, à la berline qui déraille, à la violence du marteau-piqueur, à la passerelle glacée quand tu reviens au jour. Même si tu prends ta retraite sur tes deux jambes, tu ramèneras cette saloperie de charbon avec toi. Tu auras laisse du cœur au fond. Tu seras silicosé, Joseph. Tes poumons seront bons à jeter dans la cuisinière pour allumer le feu. Tu seras empoisonné. Tu seras à moitié sourd, à moitié mort. »

 

Après la catastrophe : « Au bas de la fiche de salaire, en plus des trois jours dérobés, la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes qu l’ouvrier mort avait endommagés. »

 

Michel, avant de passer à l’acte : « J’ai bu. Une bouteille de vin, seul sous la lumière morne. La photo de Jojo devant moi. Jojo qui frère encore. Qui a retrouvé un père mort de dignité et une mère morte de peine. Qui tous me demandent réparation, à moi. Le dernier, l’épargné, le survivant. »

 

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 16:48

 

 

          J’aime toujours les romans et les BD qui me font voyager. Le hasard m’emmène souvent dans les pays froids depuis quelque temps –et j’aime ça !

           Le narrateur et bédéiste Georges est invité à participer à une escapade et un séjour au Groenland. L’objectif est de réunir « des artistes et des scientifiques de renom au sein du plus grand système de fjords du monde. Le point d’orgue de l’expédition sera l’installation in situ d’une œuvre monumentale d’Ulrich Kloster, artiste allemand contemporain internationalement reconnu.» Notre Georges est un trouillard, il imagine le pire (une attaque d’ours, un naufrage, des bestioles sous-marines énormes, …) mais finit par accepter. A bord du bateau : l’artiste détestable par excellence qui ne pense qu’à son œuvre, qui maudit les autres à longueur de journée. Jorn (le sosie du capitaine Haddock !) est plus sympa avec Georges, d’autant plus qu’il a déjà collaboré avec lui dans le passé. C’est d’ailleurs ce qui l’autorise à lui demander de l’accompagner : vivre quelques jours dans une cabane où il a vécu jeune et coécrire une livre. Georges se sent obligé d’accepter avant de réaliser que, si Jorn l’a emmené, au péril de sa vie, dans cette bicoque isolée, c’est en réalité pour y retrouver … des caisses de vieux whisky enterrées là quelque cinquante ans auparavant. Après moult engueulades et beuveries, les deux hommes vont rejoindre le bateau et l’œuvre d’art de Kloster : un immense derrick qui ne fera pas tout à fait sensation dans le sens où le pauvre fou l’entendait…

           Deux reproches : tout est fictif alors que je m’attendais à une BD-témoignage comme il en existe tant (allez lire le magnifique Voyage aux îles de la Désolation par exemple !) J’ai tout de même cherché des renseignements sur cet acariâtre de Kloster, en vain, il n’existe pas ! C’est peut-être lié : je n’ai pas non plus aimé le côté artificiel voire caricatural : on a le vieux poivrot, le petit méchant, le naïf maladroit… pas de femmes. Une ressemblance avec l’univers de Tintin plaira sans doute à certains, je pense même qu’on peut aisément faire lire l’album à des enfants (je n’ai pas testé sur les miens). En bref, un avis en demi-teinte pour une lecture qui n’a, somme toute, pas été désagréable. Certaines planches représentant un fjord ou un glacier valent le coup d’œil. Yv a été beaucoup plus enthousiaste.

 

« 15/20 »

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 11:32

 

 

         Une énième lecture reçue dans une box…

         Aksel Vinding a quinze ans. Il vit à Oslo, il a une sœur aînée Cathrine avec qui il ne s’entend pas vraiment et deux parents excentriques qui se disputent à longueur de journée… jusqu’à un bel après-midi ensoleillé où le conflit conjugal tourne au drame : la mère pour fuir le père, se noie dans le courant violent d’une rivière. Aksel va se réfugier dans la passion qui l’unissait à sa mère qu’il aimait tant : le piano. Il finit par laisser tomber ses études et participer au concours du « Jeune Maestro » où il va retrouver la riche Rebecca, la mystérieuse Anja, la provocante Margrethe Irene et d’autres musiciens adolescents talentueux. Les finalistes font former cette « Société des Jeunes Pianistes » qui donne le titre au roman. Il s’agit maintenant de faire ses débuts, de donner son premier concert et, entre premières amours et désirs inavouables, le trac est à son comble.

          Dans cette fin des années 60 où les jeunes écoutaient plutôt les Beatles et les Rolling Stones, nos pianistes font figure d’extraterrestres. Liés par une même passion dévorante, chronophage et même parfois –souvent- malsaine, ils souhaitent restés soudés même si ça n’est pas toujours possible. Le protagoniste, Aksel, tombe amoureux d’Anja, cette jolie fille menue qui garde une vie secrète et cachée, étouffée par une présence paternelle autoritaire mais dotée d’un talent musical prodigieux. Cette ferveur sans limites prend peut-être la place de celle qu’Aksel réservait à sa mère. Toujours est-il que musique, sexualité, amour, mort sont intimement entremêlés dans ce roman initiatique que je conseillerais même à de grands ados ou de jeunes adultes. J’ai beaucoup aimé cette plongée dans l’univers de la musique classique, subtilement accompagnée de la peinture d’Edvard Munch, d’un épervier porteur de mauvaises nouvelles et d’une ambiance sombre et quasi fantomatique. Car le roman n’est pas gai, il est teinté d’un tel pessimisme que je vais laisser passer un petit moment avant de lire la suite, puisqu’il s’agit d’une trilogie ! A noter aussi : l’auteur sait de quoi il parle puisqu’il est avant tout pianiste et compositeur.

Ce roman a obtenu le Prix des Lecteurs du Livre de poche en 2008.

 

« Deux personnes gentilles et désespérées, qui pensaient trouver l’amour dans le mariage mais n’arrivent pas à vivre sous le même toit. Sans oublier deux enfants anxieux, incapables de gaieté même quand ils sont gais. La voici, la famille Vinding. »

« Nous avons seize ans. La musique pense pour nous. Elle parle pour nous. Nous sommes finalistes. Nous nous amusons – encore. »

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 10:41

 

          Je suis prête à essuyer les critiques car voici une lecture… que j’ai abandonnée !

          Jens le Postier arrive péniblement au village. Gelé, il ne fait plus qu’un bloc avec son cheval. C’est pourtant monnaie courante dans cette région d’Islande où il neige en avril. « Le gamin » accueille Jens, être étrange et amoureux de la lecture et de l’écriture. … Et puis voilà ce que j’ai retenu !

          Après avoir commencé ma lecture, j’ai découvert qu’il s’agissait du tome 2 d’une trilogie. Est-ce dû à cela ou à la confusion des patronymes islandais ? Je me suis perdue dans une tempête de neige et de mots et, au vu de l’écriture si belle et si poétique de Stefansson, je le regrette. J’y reviendrai, c’est promis !

 

          Si j’ai arrêté ma lecture au bout de presque cent pages, j’ai tout de même relevé quelques extraits :

« Nous mourons si nous n’coutons pas ce qu’enseigne l’expérience, mais nous moisissons si nous y prêtons trop d’attention. »

« L’homme meurt si on le prive de pain, mais il dépérit et se fane en l’absence de rêves. »

« Le silence repose sur tout chose, il n’y a que la neige qui tombe et ces mots qui renfermement un mystère, un message adressé au monde. »

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 19:44

 

            Je vous avais bien dit que je lirais la suite de Dérive sanglante, Tapply m’avait tapé dans l’œil !

           Petit rappel : Stoney Calhoun est un pêcheur qui a perdu la mémoire sept ans auparavant après avoir été touché par la foudre. Il travaille dans une boutique d’accessoires de pêche et se fait guide de Casco Bay en certaines occasions. Doué d’un sixième sens sacrément développé, grand sportif, lutteur et perspicace intelligent, Calhoun devine bien qu’il a été flic dans sa vie d’avant. Quand le shérif lui demande de l’aide, notre héros argue le fait que son existence le comble entièrement. Oui mais sa maîtresse va le quitter, son chien adoré va disparaître, un affreux cadavre va hanter ses rêves… autant d’arguments pour devenir l’assistant du shérif Dickman. A chaque jour son cadavre et son lots de mystères. Dans cette ambiance que j’ai déjà tant aimée dans le premier tome, Calhoun va se révéler un très bon détective.

J’ai vraiment apprécié retrouver la baie de Casco, sa pêche au bar rayé, sa confection de mouches (dont j’ignorais l’art, c’est magnifique !), son brouillard et ses averses, ses personnages authentiques dans ce Maine si attrayant ! Allez, aucune lectrice ne peut être insensible au charme de Calhoun, à son côté super-héros tout en humilité et en douceur. Encore une belle réussite, heureusement qu’il me reste un tome pour clore en beauté cette trilogie de polars naturalistes.

 

L’incipit : « Il était trois heures moins cinq lorsqu’une sonnerie se déclencha dans la tête de Stoney Calhoun, cinq minutes avant celle du réveille-matin, bien inutile, posé près de son lit. L’horloge interne ne lui avait jamais fait défaut, pourtant il n’arrivait pas encore à lui faire entièrement confiance. Il resta allongé un instant, regardant par la fenêtre en direction des bois et du ciel. Les étoiles brillaient tout là-haut, au-delà des pins, et des nuages en forme de cigares glissaient sur la lune gibbeuse de septembre. »

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 11:07

 

 

         La guerre 14-18 est terminée, le soldat Augustin Dortet rentre chez lui, dans les Pyrénées. Il a à la fois hâte de retrouver sa femme Geneviève et il éprouve quelques réticences puisqu’après avoir été froide dans son courrier, Geneviève lui a envoyé de vraies et belles lettres d’amour, ces fameuses « valentines », accompagnées de dessins et d’autoportraits suggestifs.  De retour au village, Augustin apprend que sa femme est morte des suites d’une maladie. Félicien, son ennemi juré désormais « gueule cassée », lui promet qu’il ne s’était rien passé avec Geneviève et lui révèle la vérité où une jeune fille laide et mal-aimée a occupé un rôle fondamental. Entre tentatives de suicide et désirs de meurtre, Augustin est plus perdu que jamais.

          De Metter m’a manqué, ses dessins sont sans aucun doute parmi les plus beaux et les plus touchants dans l’univers de la BD. Certains passages sont d’une émotion remarquable, notamment quand Geneviève apparaît à Augustin sur le champ de bataille, apparition diaphane, élégante et rassurante au milieu de l’horreur. L’auteur retransmet bien le clivage entre ceux qui se battaient et ceux qui restaient, les mensonges, les incompréhensions, une paix entachée de mutilations et de douleurs.

 

« On s’est foutu sur la gueule pendant quatre ans… et maintenant, on rentre chacun chez soi, comme des cons. »

« Regarde-moi bien, Augustin, mon visage... ma jambe en moins. La guerre m'a tué de la pire manière qui soit... en me laissant la vie »

 

« 18/20 »

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 20:22

 

             Nous sommes en Tasmanie, au sud de l’Australie. Mary, malade et veuve à 77 ans, arrive à la fin de sa vie, elle le sait bien et elle n’a qu’un souhait : mourir sur l’île de Bruny, une île sauvage sur laquelle elle a vécu de très belles années. Oui mais sa fille n’est pas d’accord et aimerait la caser dans une maison de retraite. Son fils Tom, le plus jeune, comprend mieux sa mère et son personnage prend de plus en plus d’importance. Il a passé un séjour en Antarctique qui a brisé son mariage et chamboulé sa vie. Mary cache un secret renfermé dans une mystérieuse lettre. Dans son petit chalet coupé de tout, son état va péricliter mais elle va aussi faire ressurgir son passé et rencontrer le jeune gardien de l’île, Léon, et indirectement l’aider.

           Je repoussais cette lecture craignant un peu de mièvrerie et une abondance de clichés. (Et mon dieu, quel bandeau publicitaire!!!) Je me suis trompée : bucolique et doux, ce roman sent bon le frais vivifiant de la mer. Le contexte géographique est son gros point fort, l’auteur nous balade sur cette île impétueuse et venteuse mais aussi en Antarctique. En littérature, le froid et le vent me conviennent bien mieux que dans la vraie vie ! Des points négatifs sont tout de même à relever : quelques longueurs, un secret caché trop longtemps (et qu’on peut deviner), quelques bons sentiments un peu ridicules tout de même, dont on aurait pu se passer (je n’ai pas pu m’empêcher de relever ce passage, lorsque Mary et son mari Jack étaient jeunes et amoureux : « Ils couraient nus sur le sable en lançant vers les goélands leurs rires et leurs cris. » !) Mais ce roman est plus que cela : une tendre réflexion sur la vie, une acceptation de la vieillesse et de la mort subtilement abordée. Une lecture pas indispensable mais somme toute agréable !

« En traversant l’île d’ouest en est, Mary regarda défiler es prés enclos en essayant d’en graver chaque détail dans sa mémoire. Ce voyage était différent de tous les autres, car c’était le dernier. »

 

         Le phare de l'île de Bruny et moi-même vous souhaitons une bonne rentrée !

http://amoureuxvoyageux.com/wp-content/uploads/2015/10/IMGP0014-1-1024x680.jpg

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 16:54

 

 

          Lorsque je voyage, un de mes plaisirs et d’emporter un « livre local », soit un livre dont l’intrigue se passe au même endroit, soit un livre dont l’auteur est né et ou a vécu à cet endroit. En allant en Martinique, j’ai donc tout naturellement emporté, dans ma valise, un roman de Patrick Chamoiseau, natif de Fort-de-France (c’est donc un « Foyalais » ) et passionné par la culture créole.

          Le conteur Solibo Magnifique est retrouvé mort. Autour du cadavre : des dizaines de badauds, de faux témoins, de suspects, de fauteurs de trouble. Bouaffesse et Evariste Pilon mènent l’enquête, interrogent ces hommes et ces femmes qui sont presque tous sans domicile fixe, qui n’ont pas de vrai travail mais savent parler, embobiner, négocier, mentir, tricher, détourner l’attention sur eux-mêmes et rire.

        Je ne le cache pas : j’ai eu du mal à lire ce livre. La langue, extrêmement fleurie et métaphorique, m’a déstabilisée. Entre néologismes, paraphrases, créole, vocabulaire « spécialisé », narration décousue, je me suis un peu perdue dans cette enquête policière rocambolesque. Je ne regrette pas pour autant cette lecture qui m’a fait sourire plus d’une fois et je crois que j’ai choisi le bon moment pour découvrir l’auteur. Car moi aussi j’ai mangé du lambi, j’ai porté un bakoua,  je me suis promenée sur les mornes ou sur la Savane, et si je n’ai pas eu recours au Bay-Rum, j’ai volontiers goûté à la Favorite et au Depaz. En Martinique, ça chante, ça crie, ça roucoule sans les –r-, ça chaloupe, ça sourit, ça vit. Et l’auteur met toutes ces couleurs dans ce texte.

« j’étais estébécoué »

« tout le monde avait sorti les molaires »

La routine, pour nos enquêteurs, c’est trouver des cadavres de « quelque pêcheur d’écrevisses noyé sous une roche traîtresse, quel pendu à une corde de Syrien sous la touche d’une déveine, quelque femme gonflée par la rubigine qu’inspire le tafia, quelque manifestant saigné sans intention à la grenade lacrymogène (et officielle) »… mais là, il s’agit d’un « cadavre inattendu, aux yeux ouverts, raide comme une graisse de soupe froide, qui semble lever les bras en un Ô Gloria ! »

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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 15:31

 

 

          Je ne suis pas sûre que vous arriviez à mettre la main sur cette BD en métropole, j’ai acheté cet ouvrage en Martinique, à la « Savane des Esclaves », un endroit dédié au souvenir, qui rend hommage aux victimes de l’esclavage en reconstituant un village de cases des esclaves. La visite guidée a réellement été passionnante, insistant sur le courage des esclaves, l’esprit d’entraide, la débrouillardise, la grande connaissance de la nature des Martiniquais. Le propriétaire des lieux, Gilbert Larose surnommé Ti’Gilbé retrace l’histoire de ses ancêtres.

          Les Arawaks, originaires d’Amazonie, sont les premiers habitants de l’île. Pacifiques, ils furent tués par les Caraïbes, un peuple guerrier qui garda les femmes arawaks captives. En 1502, Christophe Colomb débarque sans s’intéresser plus que ça à la Martinique. Ce n’est que vers 1635 que les premiers colons prennent possession d’une moitié de l’île pour y planter coton, tabac et canne à sucre. Devant l’ampleur du travail, le cardinal Richelieu décide d’y envoyer des Bretons et des Normands qui espéraient faire fortune  mais qui furent vendus comme des esclaves. Parce que ces derniers supportaient mal le climat, en 1638, les premiers esclaves africains arrivaient sur l’île. Ils se rallient vite aux Caraïbes mais perdent la guerre contre les colons vingt ans plus tard. Le commerce triangulaire peut alors fonctionner à plein régime : les Européens offrent aux rois africains textile, vins, armes et diverses pacotilles. Ces marchandises étaient échangées contre des esclaves ; on transportait même des chevaux : un cheval valait douze esclaves ! Les esclaves étaient amenés dans les Antilles et en Amérique pour travailler dans les plantations, ce qui permettait d’envoyer en Europe coton, sucre et tabac.

           Enchaînés et marqués au fer, les esclaves étaient entassés dans la cale d’un navire. Après une traversée d’une cinquantaine de jours, les esclaves devaient travailler de 5h du matin à la tombée de la nuit (qui, heureusement, est à 18h30 maximum). Il était interdit de parler la langue africaine, la peine de mort était monnaie courante et, à partir de 1685, le fameux et terrifiant Code Noir est mis en application. Malgré les sanctions, certains esclaves réussissent à s’enfuir vers les mornes (les collines) ou les hautes forêts, on les appelle les « Marrons ». Avec la Révolution française, une société abolitionniste voit le jour mais Napoléon renforcera l’esclavage en 1802. Alors qu’en Angleterre, la traite est interdite dès 1833, il faudra attendre 1848 et Victor Schœlcher pour une abolition de l’esclavage en France. Non seulement, le décret met des mois à être appliqué réellement mais en plus, les esclaves désormais libres rejoignaient souvent leur ancien maître pour ne pas vivre dans un dénuement total. Pour combler la main d’œuvre manquante, des Chinois et des Indiens d’Inde viennent faire le sale boulot et sont souvent mal traités à leur tour…. Il faut tout de même attendre 2001 pour que la loi Taubira déclare l’esclavage comme « crime contre l’humanité ». 78000 anciens esclaves ont pu retrouver les terres africaines. Pendant trois siècles, environ 12 millions d’Africains ont été déportés en Amérique ! Le métissage constitue une force et une fierté en Martinique où on nous a bien souvent expliqué qu’avec une telle histoire, l’île ne pouvait pas être raciste.

           Si les dessins sont de facture naïve et que le récit est simple, il émane de ces quelques planches une authenticité et une tendresse remarquables. Il est absolument nécessaire, pour ne pas répéter les abominations du passé, d’instruire, de transmettre. Mes enfants ont été impressionnés par les récits entendus en Martinique et tout autant captivés par cette BD.

La Savane des Esclaves :

 

 

 

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