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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 17:32

 

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          M. Edward a tout ce qu’il lui faut : un physique qui attire tous les regards, une fortune à n’en plus savoir que faire, un pouvoir sans limites. Et c’est bien le problème. Las de coucher avec toutes les femmes de Londres, les jeunes, les vieilles, les prostituées, les pucelles, les amies de la famille ou encore les domestiques, le jeune homme s’ennuie, déprime et se saoule. Une nuit, alors qu’il rentre, une fois de plus, complètement ivre, il est recueilli par une soubrette, Lisbeth, tout à fait laide mais dont les grands yeux innocents l’inspirent. Il en fera sa confidente, poussera la perversité à lui raconter tous ses vices, tous ses travers, et finalement … tout son mal-être. Lisbeth aura une mission bien précise : recueillir Monsieur en pleine nuit, au sortir de ses folles débauches. Par là, elle s’attire les foudres de toute la maisonnée, personne ne comprend ce privilège. Pour la bonne, c’est plutôt une plaie d’entendre son maître, et pourtant, sa beauté l’attire malgré sa vertu et son statut social…

          Pour ce titre digne d’un vaudeville, l’insolence joue intelligemment avec l’élégance. Malgré ses frasques et ses plongées nocturnes dans le vice le plus noir, Edward reste un dandy qui sait se tenir, parler, séduire. Dans cette Angleterre victorienne dense et contrastée, le mélange entre les classes sociales n’est pas envisageable. Lisbeth le comprend bien mieux que son maître qui finit, tout de même, par attendrir le lecteur par sa fragilité…

        Une bien belle découverte pour cette BD surprenante, osée et passionnante. Les traits raffinés contrastent habilement avec les propos parfois très crus de notre cher dandy. Je me suis beaucoup amusée ! L’annexe expliquant le contexte historique part d’une bonne intention mais plombe un peu l’ambiance de la BD.

 

Merci à Moka pour cette belle idée de lecture !

 

19/20

 

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 23:09

 

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             Promesse tenue : après la flamboyante Villa Amalia, j’avais très envie de lire autre chose de Quignard.

             Claire, une traductrice de 47 ans, revient au pays, près de Dinard, sa région natale. Elle retrouve Simon, marié et père d’un fils,  mais ils reprennent leurs habitudes d’amants. Ceux-là s’aiment en effet depuis l’enfance. Claire se lie d’une amitié très forte avec son ancien professeur de piano, Mme Ladon, une vieille dame qui s’attache tant à elle qu’elle aimerait l’adopter. Surtout, Claire renoue avec le décor breton, elle marche des heures et des heures, tous les jours. Il y a Paul, le petit frère qui revient lui aussi sur ce territoire, comme aimanté par sa rudesse et ses embruns.

             Je n’ai pas tout aimé dans ce roman très contemplatif où tous les personnages donnent de la voix, mais, peu à peu, la force de l’écriture simple et puissante de l’auteur, m’a emportée. Claire se fond dans le paysage, lui et elle ne forment plus qu’un, elle finit par ne plus effrayer les oiseaux, par se laisser apprivoiser par les papillons, « c’était comme si elle ne représentait plus, pour les autres êtres, le danger d’un être humain, ou d’un prédateur, ou d’un destructeur. » L’ode à la relation fraternelle qui unit Paul et Claire m’a émue également, moi qui suis fille unique. Ils se retrouvent sans s’être tellement côtoyés dans leur enfance, formant un couple atypique mais harmonieux. C’est beau, c’est la vie à l’état brut, sans concessions ni mensonges, à l’image de ce paysage fait de sel, de fougères, de mousse et de terre.

 

Mme Ladon et amour de la solitude : « C’est incroyable quand j’y songe : j’ai aussitôt adoré être veuve. Je n’avais pas prévu une seconde que j’apprécierais à ce point la solitude. Je n’ai pas eu d’effort à faire. J’ai assisté à cela comme une spectatrice. A mon plus grand étonnement mon deuil s’est transformé en grandes vacances. Je respectais les qualités et l’anxiété, et l’honnêteté, et la piété de mon mari ; je fus soudain en congé de ses tourments. Non pas des grandes vacances : d’immenses vacances. »

Une belle relation sœur-frère : « Parfois, quand les frères et sœurs de ne haïssent pas, ils s’aiment mieux que des amoureux. Ils sont certainement plus constants et plus sûrs que si le désir les animait. Au surplus, ils sont riches de beaucoup plus de souvenirs que les amants ne peuvent l’être. De l’autre, le frère ou la sœur connaissent le plus ancien, le plus enfantin, le plus maladroit, le plus ridicule, le plus originaire, le plus bas. »

« Les femmes ont besoin des hommes afin qu’ils les consolent de quelque chose d’inexplicable. »

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 23:07

 

 

 

         L’auteur-narrateur, le journaliste Nicolas Delesalle, embarque à Anvers dans un cargo direction Istanbul. Le voyage durera neuf jours. Neufs jours entourés de marins philippins et de 1629 conteneurs de toutes les couleurs. Si le voyage est déjà extraordinaire en soi car l’homme se coupe du monde, ne côtoie que du bleu, de la vague et encore de l’eau, il en profite pour sortir lui aussi ses grosses boîtes à souvenirs. Son métier de reporter l’a emmené aux quatre coins du monde, vivre des aventures insolites et rencontrer des gens hors du commun. Le temps d’un court chapitre, le lecteur s’échappe du cargo pour aller en Indonésie, en Estonie, en Russie, en Afghanistan, en Afrique noire, dans un gouffre aveyronnais à 85 mètres sous terre, en Grèce ou encore en Turquie … D’une improbable partie de foot au Pôle Nord à une course éperdue en 4x4 pour sauver deux bébés, en passant par un difficile choix entre deux pistes dans le désert malien, les récits m’ont fait rêver, au sens propre comme au sens figuré, j’ai rarement autant songé à un livre la nuit.

          Nicolas Delesalle réussit l’exploit de rendre d’énormes conteneurs métalliques intéressants et attirants. Cette rupture avec notre monde est fascinante voire tentante ! Et puis les anecdotes racontées avec humilité, humanité et passion donnent au métier de reporter une dimension nouvelle. J’ai adoré cette lecture aux accents itinérants !

 

Merci aux éditions Préludes !

 

La leçon de vie de ce guitariste des rues grec qui préfère à un endroit très touristique donc lucratif un lieu un peu isolé car il a une meilleure vue sur l’Acropole : « Renoncer à l’efficacité pour profiter de la beauté. Ne pas courir partout sur le navire afin d’en connaître chaque recoin. Juste s’asseoir sur le pont et regarder la mer danser dans les lueurs du couchant sans plus penser à rien. »

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 15:22

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-    D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope    -

            J’avais bien aimé La guerre d’Alan, ici, l’auteur reprend le même procédé, à savoir raconter la vie de son interlocuteur, Alan Ingram Cope, en mettant en lumière un événement particulier, ou, pour cet album, une relation particulière, celle de Martha et d’Alan.

             Martha et Alan se sont rencontrés à l’école, à l’âge de cinq ans. C’est parce qu’il l’avait réconfortée lors d’un jeu collectif, c’est parce que leurs mamans ont sympathisé, que les deux enfants sont devenus amis. De grands amis inséparables. Le narrateur s’attarde sur les jeux et les promenades : un fossé, une balançoire, un goûter, un chœur d’enfants. Alan trouve Martha parfaite, aurait voulu l’épouser mais un fiancé pour l’une, l’appel de la guerre pour l’autre, ont séparé les deux amis. C’est par l’intermédiaire d’une lettre qu’ils se retrouvent, une quarantaine d’années plus tard. Chacun se souvient de l’autre même si les souvenirs sont flous.

              C’est avec tendresse et simplicité que cette histoire du premier amour nous est contée. Un âge d’or de la vie où tout n’est qu’innocence et amusement. La mort de la mère du narrateur met un point presque final à cette amitié. La nouvelle belle-mère d’Alan finit par refuser que le garçon se rende chez Martha.

             J’ai beaucoup aimé la candeur qui s’échappe de ces pages. Inévitablement, une nostalgie sourde et de plus en lourde se fait ressentir au fil de la lecture. Les pages se tournent vite à l’image de la vie qui passe, tout aussi rapidement. Ça m’a laissée un brin tristounette, sentiment compensé par la splendeur des illustrations, et je pèse mes mots. Monsieur Guibert a choisi la couleur et quelles couleurs ! Sur des pages entières, sans cases ni bulles, l’auteur mêle réalisme, photoréalisme et une sorte de pointillisme pour le feuillage des arbres que j’ai adoré. On plonge avec délice dans cet univers américain d’une autre époque. L’évolution des traits depuis La guerre d’Alan est remarquable, espérons qu’Emmanuel Guibert ne s’arrête pas là !

« 19/20 »

 

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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 19:17

 

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              Après la découverte de l’écriture de l’auteur avec L’Autobus, il me tardait de lire son dernier roman dont l'excellent titre original est La tensión del umbral.

              En Argentine, une femme d’une trentaine d’années, Julia, est retrouvée morte à la sortie d’un bar. Plusieurs témoins l’ont vu pointer un revolver sur un homme avant de le retourner contre elle. La police arrive sur les lieux. Un journaliste aussi, Guyot. D’emblée, cette histoire lui semble louche et c’est surtout parce que les flics veulent vite fait classer l’affaire : « Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. », « Laisse tomber l’affaire de la fille. » Non, Guyot creuse et fouille dans le passé de cette fille sans famille. Sur sa route, il va croiser des incohérences, fera face à un mur d’incompréhensions… « La pire tentation, c’est de vouloir comprendre » : le journaliste va en faire les frais bien trop tard, sa petite enquête hors des sentiers officiels va engendrer des dommages collatéraux. Malgré l’aide d’une psychanalyste à la retraite, Guyot semble tomber dans un gouffre dont il ne sortira pas indemne…

 

             J’ai retrouvé la tension de L’Autobus mais elle est ici décuplée. Dans ces années de dictature, personne n’est fiable, chacun manipule ou se fait manipuler, les secrets sont bien cachés. Ce sont les dialogues qui sont omniprésents dans ce roman, le style est sec, sans fioritures ni concessions à l’image de cette Argentine âpre et oppressante. Les chapitres sont courts et le point de vue change souvent, on s’y perd un peu parfois mais l’intrigue et la progression de cette pression sourde et lancinante sont menées avec brio. L’excision des sentiments est nette, propre, sans bavures ; les âmes sensibles n’ont qu’à aller voir ailleurs.

 

 « Pour que le ministre garde ses pompes bien brillantes, il y a un tas de types qui lui enlèvent la bouse devant lui. »

« L’un après l’autre les jours s’enfoncent. Des jours comme une lame qui empêche de bouger, de réagir, de se dégager. »

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 11:26

 

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          Deuxième arrivage de ma box mensuelle (et avant-dernier : la boîte met la clé sous la porte !) Lecture surprise donc pour ce roman policier finlandais (à part Arto Paasilinna, ai-je déjà lu un auteur finlandais ?)

          Ilpo est seul sur le lac, sur son canot à moteur, se consacrant à sa passion : la pêche. Il reçoit un coup de fil de sa femme qui, non loin de là, dans le bungalow du camping qu’ils occupent tous deux, l’appelle à l’aide « Un homme veut entrer chez nous. Il va me faire du mal. » Le temps qu’Ilpo revienne, Hilkka a disparu. C’est le capitaine Sudenmaa qui mène l’enquête, 45 ans, peu sportif et plutôt complaisant, une fille ado qu’il élève seul (eh oui, malheureusement, la comparaison avec mon cher commissaire Wallander a vite été faite… au détriment du Finlandais). Ce qui surprend notre flic, c’est l’attachement absolu et démesuré d’Ilpo à sa pêche, à son bateau, à son lac, à ses perches. Alors qu’il devrait pleurer la disparition de sa femme, il pêche. Il pêche et pêche encore. Il est allé jusqu’à offrir une cuiller de pêche en guise d’alliance à son épouse… L’enquête nous permettra de rencontrer les propriétaires du camping, l’ex-femme d’Ilpo qui est en même temps la sœur de Hikkka (oui, oui). Tout ça dans une Finlande estivale où on transpire, qui l’eût cru ?

         Roman naturaliste très facile à lire, le langage, simple, surprend parfois à être drôlement vulgaire ou vulgairement drôle… Certaines images marquent sans doute durablement : Ilpo qui collectionne les têtes de perches qu’il suspend aux murs de son bungalow. Le polar n’est pas dénué d’intérêt, il se démarque même par son original contexte mais il n’est pas palpitant non plus, le rythme est assez lent, ce qui n’est pas pour me déplaire… Vous l’aurez peut-être compris, j’ai du mal à trancher entre « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé » ! Disons que le style pêche un peu (ha !ha !)

 

        L’enquêteur réfléchit… : « Une autre hypothèse, toujours à supposer que Hilkka fût vivante, était qu’elle avait embobiné son mari. Il n’y avait eu aucun homme aux abords du bungalow. Elle avait voulu quitter Ilpo, lassée de sa petite quéquette couverte d’écailles et de son insistance à vouloir toujours faire la Chose de la même manière en lui lâchant sa laitance par-derrière. Ellle avait tout simplement décidé de disparaître. »

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 10:37

 

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         Tout commence par un oubli, mais… pas n’importe quel oubli… un oubli de taille : un type lambda, un mec comme vous et moi, paie à la caisse d’un supermarché… et il a oublié sa carte de fidélité, malencontreusement glissée dans un autre pantalon ! C’est le branle-bas de combat : la honte totale pour le client, le responsable du magasin qui débarque, le client qui brandit un poireau pour se défendre et finalement, face à la menace de la roulade arrière du commercial, le type s’enfuit !!!  Ça y est, l’insécurité s’est bel et bien installée dans le pays, l’événement passe au JT de 20h, l’affolement gagne la population, une terrible chasse à l’homme est engagée. Il s’avère que le client est un auteur de BD, cette espèce étrange qui a toujours, finalement, constitué une menace pour l’humanité …

               Vous l’aurez compris, cette délicieuse et hilarante BD est à prendre au 2è, 3è, 100è degré ! Punaise, que c’est bon ! Je crois que jamais, je n’ai tant ri en lisant, ja-mais ! Un road-movie décapant où l’absurde a toute sa place, un univers où les préjugés guident le peuple, une sacrée leçon anti-cons, un moment de lecture complètement à part, totalement barjot et siphonné ! C’est beaucoup trop court, il va falloir la relire plusieurs fois avant l’avènement d’un prochain prodige de ce genre ! Bravo Monsieur Fabcaro !

21/20 ! (voui !)

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 12:21

 

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              En mai 1897, c’est l’effervescence à Paris : le Bazar de la Charité est une vente publique tenue par les femmes mondaines et il est extrêmement bien vu d’y participer. Violaine de Raezal tient absolument à y être : veuve attristée au passé compromettant, elle doit s’y faire une place. Pour Constance d’Estingel, c’est tout autre chose. Elevée chez les Dominicaines, elle vient de rompre brutalement et incompréhensiblement ses fiançailles avec Laszlo de Nérac journaliste en devenir qui l’aime et qu’elle aime pourtant… Les parents de Constance, pour faire bonne figure, poussent la jeune fille à tenir un stand au Bazar de la Charité. Constance et Violaine vont se retrouver  guidées et couvées par Sophie d’Alençon qui va les prendre sous son aile. La duchesse d’Alençon s’entête à aider les plus pauvres, à être au plus près des miséreux, des malades et des indigents et, dans une époque placée sous le signe de l’hypocrisie et du qu’en-dira-t-on, elle est un modèle de vertu et de sincérité.

                 Le 4 mai, en milieu d’après-midi, alors que les hommes – époux, frères, pères, s’apprêtaient à rendre visite à leurs femmes, sous leurs yeux horrifiés, flambe le toit du Bazar de la Charité, abritant plus de deux mille personnes ! C’est la panique générale, des corps enflammés courent dans tous les sens, d’autres s’effondrent, tous hurlent à la mort… De cette tragédie, Constance et Violaine en sortiront, blessées, brûlées, défigurées  mais vivantes. La duchesse d’Alençon, quant à elle, disparaît mystérieusement par la voie la plus obstruée par les flammes…

                Constance rescapée et déclarée folle et Violaine plus seule que jamais vont finir par se retrouver, se liant avec d’autres femmes - les moins fausses de la société. Laszlo de Nérac se bat en duel contre le beau-fils de Violaine pour sauver son honneur bafoué : on l’accuse d’avoir piétiné des femmes lors de l’incendie. Un enlèvement clandestin va achever de porter suspens et tension au dernier degré.

              Roman foisonnant, dense et passionnant, il faut bien l’admettre ! Gaëlle Nohant s’inspire d’un fait réel, l’incendie du Bazar de la Charité qui a fait plus de 120 victimes, et crée deux personnages féminins assez extraordinaires, Violaine et Constance, et nous permet ainsi d’entrer de plain-pied dans une époque où les apparences et les réputations bâtissent et détruisent des vies. J’ai beaucoup aimé cette lecture, addictive et intense en émotions. Le style, fluide et agréable, se teinte d’un lyrisme parfois exacerbé. Ça c’est pour trouver un minuscule bémol, car il est clair que je vais suivre cet auteur de près, dorénavant.

 

L’incendie  - âmes sensibles s’abstenir : « Elles jaillirent comme accouchées par les flammes, deux formes titubantes et dansantes, flambant dans leurs vêtements, hurlant le plus vieux hurlement de la terre, torturées jusque dans leur âme. Le feu les étreignit encore pour quelques pas de valse forcée, riant de leur calvaire, avant de les rejeter sur l’herbe, tous leurs cris consumés, leurs faces noirâtres crispées dans un dernier rictus qui n’en finissait pas, bras repliés le long de leurs corps rongés jusqu’à la cendre. »

Les dangers de la lecture…  : « Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s’en rendre compte, on avait un pied dansant à l’extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. »

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:59

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              Le roman commence sur les chapeaux de roue : Ann Hidden est une pianiste compositrice. Un jour de janvier, elle surprend Thomas, son compagnon en train d’embrasser une autre femme. Il ne lui en faut pas plus pour clore un pan entier de sa vie : elle quitte son homme, vend la maison qui lui appartenait, se débarrasse de tous ses effets personnels ainsi que ceux de Thomas, démissionne, change de ville, de coiffure, d’habitudes vestimentaires. Elle a pour complice un copain d’enfance, Georges, qui se dévoue pour elle et sera le seul à garder le secret de cette fuite. Fuite en avant qui la mène à Naples où elle tombe amoureuse d’une maison, la villa Amalia. Cette nouvelle vie s’accompagne de belles rencontres, Léo un médecin, Juliette, une femme sœur et amante et surtout, la petite Magdalena, fille de Léo, deux ans, coup de foudre pour Ann.

              C’est surprenant de savoir qu’un homme a écrit ce roman. Ecriture de l’urgence, style épuré ; je me suis sentie aimantée par ce texte magnifique. Etrangement, certains passages (les plus tragiques et d’autres qui mériteraient des pages et des pages) sont brefs et comme compressés pour laisser beaucoup plus de place aux relations humaines, à la contemplation de la nature (« voir Naples et mourir » prend tout son sens dans ce livre !) Le personnage féminin, complexe et passionnant m’a rappelé Catherine dans le film de Truffaut, Jules et Jim, dans sa marginalité et son désir entier de liberté, d’absolu.

              La musique, déjà omniprésente dans Tous les matins du monde, joue encore une fois un rôle essentiel. Elle permet de tisser des liens entre les êtres, de remplacer la parole, de se souvenir et de quitter. Ce n’est pas un joli livre, c’est un livre qui est beau, puissant, marquant. Un film, réalisé par Benoît Jacquot s’est inspiré de cette intrigue (sans en garder tous les personnages si j’ai bien compris.) Je n’éprouve aucune envie de le voir, bien trop emmaillotée dans les belles images distillées par ce roman.

 

             C’est Mior qui m’a tentée, elle a lu le livre deux fois d’affilée, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer ! Merci !

 

« Abritée dans la roche, la villa dominait entièrement la mer. A partir de la terrasse la vue était infinie. Au premier plan, à fauche, Capri, la pointe de Sorrente. Puis c’était l’eau à perte de vue. Dès qu’elle regardait elle ne pouvait plus bouger. Ce n’était pas un paysage mais quelqu’un. Non pas un homme, ni un dieu bien sûr, mais un être. Un regard singulier. Quelqu’un. Un visage précis et indicible. »

 

Une chaleur à faire fondre les corps… comme je l’aime : « On avait l’impression de vivre quatre mille ans plus tôt. La chaleur extrême était une déesse. Tout se taisait devant elle. Tout s’écartait soudain. Les hommes avaient peur de se trouver sur son passage. On ne sortait plus que la nuit tombée. Il n’ya avait pas un souffle d’air. »

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:48

 

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         Gabriel est un vieux monsieur qui apprécie sa routine et sa quiétude de retraité : les petits dîners avec sa femme, les après-midis sportifs qui se clôturent par une bonne bouffe avec les copains, ses petits moments télé… La décision de son fils et de sa belle-fille d’adopter un enfant péruvien vient un peu contrarier son quotidien, il a du mal à l’accepter lui qui a toujours mis une distance entre lui et ses enfants à cause de son travail de boucher. Pourtant, la petite Qinaya, du haut de ses 4 ans, va réussir, très progressivement, à apprivoiser ce vieil ours mal léché. Un Tour de France cycliste, quelques baignades et un petit vélo à roulettes plus tard, papy Gabriel va succomber aux charmes de la douce enfant. Jusqu’au jour où cette belle harmonie se trouvera rompue…

          L’adoption est un thème qui m’est cher et qui me touche beaucoup. C’est avec tendresse et délicatesse que les auteurs nous emmènent dans un Pérou dévasté par un séisme puis dans une famille bourgeoise française. La petite fleur qu’est cette jolie Qinaya fait le lien entre les deux. Et la magie opère, tout en douceur et en moments partagés. La complicité entre l’octogénaire et la petite puce fait plaisir à voir et illustre amplement cette belle citation : « L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite. »  Un bel album offrant un large panel de couleurs à l’image de la multitude de sentiments qu’éprouve le lecteur qui, réjouissons-nous, pourra lire une suite à cette histoire.

         C’est encore une fois le binôme –désormais légendaire- Noukette et Jérôme, qui m’a tentée !

« 18/20 »

 

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