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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 23:58

 

L’enfer, le silence

 

 

J’ai mis du temps à m’attaquer à ce quatrième tome. Je le regrette, il est sublime. Mes réticences concernant le scénario des précédents albums s’est presque évaporé à la lecture de celui-ci. Presque. Je crois qu’il y a incompatibilité entre Diaz Canales et moi-même car il reste toujours des détails de l’histoire, dans chaque BD, qui m’échappent.

La Nouvelle-Orléans, 1950. Le journaliste et désormais ami de Blacksad, Weekly, lui a trouvé un nouveau boulot : Faust Lachapelle, un producteur musical, veut retrouver un pianiste de grand talent, Sebastian. Ce père spirituel craint que le musicien n’ait succombé à la drogue, son vice préféré. L’enquête devient glauque lorsque notre séduisant détective tombe sur un cadavre, celui d’un ami de Sebastian, et lorsqu’un hippopotame alcoolique le menace parce qu’il lui aurait piqué son boulot.

Encore une fois, les personnages foisonnent, ils sont d’ailleurs d’autant plus nombreux dans ce tome qu’on assiste à la cavalcade de la Nouvelle-Orléans. Les détails sont remarquables : du bouledogue aigri qui représente la vieille femme faisant la gueule, en passant par les escaliers et les célèbres balcons de la ville, le charme néo-orléanais transpire et le lecteur prépare mentalement ses bagages.

Le dessin est de toute beauté, toute la palette de couleurs est présente avec finesse et pertinence : le bleu de la chemise de Sebastian, la cape rouge de la Mort, les couleurs pastel pour les rues et la douceur de vivre de New Orleans… L’humour n’est pas absent, il y a par exemple ce vaillant petit journaliste qui s’apprête à sympathiser avec une jolie créature mais qui doit la délaisser au mauvais moment pour poursuivre son enquête.

Cet album est surprenant à tous points de vue et je crois bien que c’est mon préféré de la série. Pour ne pas me défaire de ma réputation de pinailleuse, je dirais que le choix de la couverture est discutable, il ne reflète pas le contenu de l’album, tout ce bleu apporte une touche bien froide à cet ouvrage qui ne l’est pas du tout. Donc, ne vous arrêtez pas à la première de couverture et, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, plongez, noyez-vous dans cette admirable BD !

Tome 3 : ici.

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 21:27

 

Voilà un petit coup de cœur familial. Il faut dire que je suis tombée amoureuse des petites poupées gigognes il y a peu. Ce conte nous expose tout simplement les origines de ces poupées russes qui s’emboîtent. Un vrai bonheur !

Ivan et Natacha, les parents de cinq filles que seule la taille différencie, sont de pauvres moujiks, si pauvres qu’une année de malchance, ils doivent se résoudre à demander à leur aînée, Katérina, de travailler chez Baba Yaga, l’affreuse sorcière mangeuse d’enfants.

Katérina prend son courage à deux mains et accepte. C’est sans compter la solidarité de ses sœurs qui se cachent sous sa grande robe pour l’accompagner. Sans compter aussi le don que chacune d’elle suit partout comme une bonne fée : Katérina fait merveilleusement la cuisine, Anna chante délicieusement bien, Marina coud et brode tout ce qu’elle veut, Tatiana lit dans les pensées et Véra gagne aux échecs à tous les coups.

Baba Yaga, bien déterminée à manger Katérina lui demande d’abord de faire le ménage et de cuisiner pour elle. Le plat que la jeune fille prépare est si bon que la sorcière s’endort en reportant au lendemain son horrible promesse. Le lendemain, elle demande un manteau couleur de la mer. C’est Marina qui s’exécute en réalisant un manteau aux multiples tons de bleu, si beau que la sorcière refuse encore de manger la grande sœur. Et ainsi de suite… jusqu’au jour où Tatiana qui lit dans les pensées de Baba Yaga, découvre qu’elle a subi un mauvais sort. Autrefois tsarine, elle a été métamorphosée en sorcière parce qu’elle était incapable de mettre au monde un enfant. Le maléfice ne disparaîtra que quand un enfant la battra aux échecs, ce que fait Véra. La sorcière se transforme alors en belle jeune femme, elle lègue sa fortune aux cinq sœurs, épouse un jeune paysan et met au monde une petite fille prénommée Matriona.

Quant à la mère des cinq filles, elle les a protégées, de loin, en fabriquant de petites poupées à leur image… poupées qu’elle offre à la tsarine. La petite Matriona se faisait appeler Matriochka. « L’enfant avait pour seuls jouets les poupées gigognes dont elle ne se séparait jamais. Devenue adulte, elle se mit à en fabriquer. Elle leur donna son nom et depuis, les poupées Matriochka symbolisent la fertilité, et sont aimées des enfants du monde entier.

 

Le conte fait écho à d’autres contes traditionnels comme « Peau d’âne » ou « Hansel et Gretel » avec cette touche dépaysante puisque le récit se déroule en Russie, on mange du bortsch et on dort dans une isba.

Mes enfants ont beaucoup aimé cet album, ils ont détesté la sorcière (la question favorite de ma fille quant il s’agit de sorcière : « mais les sorcières, ça n’existe pas, hein ? »), il m’a fallu faire une pause pour expliquer que la sorcière était victime d’un maléfice. Pour ma part, les couleurs rouge, bleu, blanc et doré m’ont fait voyager, la morale m’a plu - les morales plutôt - puisqu’on parle de solidarité familiale mais aussi de générosité (point de rancune envers la sorcière qui n’en est plus une…) et de dépassement de soi (cette petite Matriona qui s’aide de ses seuls jouets pour bâtir sa vie).

Ne boudons pas notre plaisir quand un pan de tradition russe entre doucettement dans la chambre de nos enfants…

 

 

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 23:56

Attention : coup de cœur !

 

Sylvie Janin est une romancière qui n’écrit plus rien depuis que son compagnon, Pascal, l’a quittée. Devant son verre de barbituriques, prête à passer à l’acte, elle se ravise et décide de passer une annonce recherchant un jardinier à plein temps. S’en fichant complètement des plantes, des fleurs et autres pelouses, elle espère surtout tomber sur un beau mâle qui ferait germer en elle une étincelante  inspiration.

Bruno est le jardiner qu’elle embauche. Il est malheureux lui aussi, il est trompé par sa femme régulièrement, il a tenté de se suicider lui aussi. Lorsque Sylvie l’emmène dans une villa au bord de la mer entourée de sable, Bruno s’étonne de la nécessité d’avoir un jardinier. Puis il découvre la vérité en lisant quelques pages de son manuscrit. Suit alors un huis clos oscillant entre drame et comédie, entre farce, suspense et réflexion philosophique. Car le rapport dominateur/dominé s’inverse, maintenant que Bruno sait pourquoi il est là, il veut être le héros du roman, alors que Sylvie tente de le chasser.

On ouvre le bouquin, on ne le lâche plus d’une page ! C’est délicieux, jubilatoire, jouissif… que dire encore, chaque réplique tombe comme un couperet, c’est drôle mais aussi extrêmement intelligent ! Ca parle d’amour, de création littéraire, de temps qui passe, de séduction, de famille, de vocation… j’ai pris mon pied à chaque page et à la fin, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : jouer le rôle de Sylvie ! C’est un rôle magnifique. On peut rêver !

« Bruno. Faut les laisser être cons, dans leur coin, sinon, ça déteint. La connerie. Et j’ai remarqué que ça déteint par les nerfs. Regardez, quand vous vous énervez. Jamais on croirait que vous êtes une femme intelligente. »

« Faut toujours laisser parler ses personnages. Ils ont leur propre vérité, non ? Moi, en tous cas, j’ai la mienne ! Vous voulez écrire un libre bidon ? Vous voulez que votre personnage ressemble plus à rien ? Et que les critiques disent : « Elle l’a perdu en route ? »

« Vous avez peur de la vie, vous attendez que les mots vous tombent tout cuits du stylo, vous avez jamais rien fait par quelqu’un par amour à part des ratures, vous prenez votre pied en aimant un mec qui vous aime plus, parce qu’au moins y a pas d’efforts à faire, vous avez jamais eu de chien, de chat ou de géranium : ça fait des saletés, ça prend du temps, vous voulez être responsable de rien, je suis peut-être le sujet de votre vie et vous allez me laisser partir sans bouger votre cul parce que ça vous arrange ! Vous êtes ravie d’arrêter mon bouquin et d’en commencer un autre avec le facteur, le pompiste ou le plombier, n’importe qui pourvu qu’il soit neuf ! Vous avez peur d’aller au bout des choses, d’aller au fond des gens, de découvrir qui je suis vraiment ! Je tiens pas en dix pages, madame Janin ! »

 

4/12 pour le challenge théâtral de Bladelor


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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 14:48

 

 

Philippe, par un malheureux concours de circonstances - sa femme le quitte, donc il n’est plus assez  productif au boulot, sa femme le met à la porte, donc il délaisse son travail avant de qu’on le vire – se retrouve dans la rue. C’est le début d’une longue chute dans les entrailles de l’enfer. Il dort sur un banc public et se fait voler chaussures et chaussettes. Il est obligé de fouiller les poubelles. Son ex-femme a changé d’adresse et il n’a plus de contact avec sa petite princesse de fille, Claire.

            Une lueur lui permet de remonter légèrement la pente, c’est ce chien Baudelaire, qui le sauve d’une bagarre sanglante. Philippe finit par retrouver le propriétaire de ce chien, Bébère le Berbère, qui l’aide de son mieux. Petit à petit, Philippe s’approche de la lueur qui le sortira du gouffre. Une femme bien intentionnée appelle la mère de Philippe et lui raconte tout. Car bien sûr, la honte traverse les journées en plein air de Philippe.

On se demande souvent comment « ces gens » peuvent en arriver là, un prof de philo, un vendeur des Galeries Lafayette… un mauvais coup du sort et une pichenette de faux amis font très vite basculer la situation. J’ai été choquée par l’attitude de l’ex-femme qui fout son mari à la porte puis ne réagit pas du tout en sachant qu’il dormait dehors, je suis restée abasourdie devant le pote qui refuse de l’héberger, même momentanément.

J’ai dévoré ce livre, j’ai été happée par cette déchéance qui pourrait nous arriver à tous, j’y ai trouvé plus de suspense que dans les meilleurs polars. La variation de rythme, les chapitres courts permettent le lecteur de ne pas lâcher le livre. Ce n’est pas le roman de l’apitoiement mais celui de l’espérance, du regain, de la deuxième chance. Si tous devraient le lire, les clochards pourraient y puiser une force pour sortir la tête de l’eau. Sans être véridique, cette histoire s’apparente à un témoignage, fort, poétique et édifiant.

De petits bémols, j’étais un peu frustrée face à la quasi absence de « notre » Baudelaire à tous dans le roman. Bébère est féru des écrits de l’écrivain d’où le nom qu’il a donné à son chien et on peut lire ici ou là de petits extraits de l’œuvre mais c’est tout. Second bémol, le chien. Il prend trop de place d’après moi, c’est lui qui sauve Philippe de la situation, ça m’a gênée, comme si les hommes ne suffisaient pas. Ca m’a gênée parce que c’est peut-être la réalité.

Le lecteur de ce récit ne pourra plus jamais ignorer un SDF, ne pourra plus lui refuser au moins un regard de compassion, un sourire, voire une petite pièce… espérons-le.

 

« L’avenir se vit au présent. Un présent qui ne se conjugue pas. Ou uniquement au mode infinitif. Parce que aujourd’hui ressemble à hier, et demain à aujourd’hui.

Manger. Dormir. Boire. Rester propre. Emmaüs. Mendier. Regarder la date sur la une des journaux. Penser à Claire.

Marcher. Lavomatique. Dormir. Uriner. Compter les jours. Manger. Restos du Cœur.

Trouver des vêtements. Secours catholique. Marche Déféquer. Faire la manche.

Rester digne. Ne pas devenir fou. Uriner. Compter les jours. »

Un clochard est aussi un discret spectateur permanent de la vie parisienne :

« Des oiseaux crient haut dans le ciel lorsqu’il ouvre les yeux. A l’autre bout de la rue, deux hommes des services de propreté de la ville, vêtus de leur combinaison verte, nettoient la chaussée et les trottoirs. Véhicule miniature et kärcher longue portée. Papiers, mégots et détritus sont rejetés sans ménagement dans le caniveau, puis dans les égouts. Plus loin, un boulanger lève le rideau de fer de son commerce. A l’angle, un serveur installe es tables et les chaises de sa terrasse. »

 

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 00:00

            

Swap Chocolat et cinéma

           Alors que j’avais répété « non, non, plus de swap ! », j’ai craqué devant le titre de celui de cette tentatrice de Soukee !  « Chocolat et cinéma » : c’est le premier mot qui fait tilt et même carrément ding ding ding ding ding !

J’ai fait la connaissance de ma gentille et adorable binômette, Nesto (qui ne blogue plus, quel dommage !) nous nous sommes trouvé plein de points communs (comme préférer le chocolat au cinéma, par exemple) et voilà ce que j’ai reçu. Sans voir les autres colis, je sais déjà que j’ai reçu la crème de la crème, l’élite !

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Il fallait suivre un petit parcours numéroté pour mieux déguster et apprécier la découverte de ces jolis petits paquets correspondant à un « kit de survie » pour passer l’hiver et attendre  le printemps !

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Ø  De la lecture tout d’abord : Je vais bien, ne t’en fais pas et Passer l’hiver d’Olivier Adam (j’ai vraiment hâte de découvrir cet auteur dont je ne connais qu’une œuvre jeunesse) et Chocolat amer de Laura Esquivel (titre souligné et entouré dans ma LAL).
Les enfants n’ont pas été en reste avec La soupe au potiron d’Helen Cooper et Sacré sandwich de Christian Voltz. Ravis, ils ont été !

Ø  Le bon gros livre de recettes de cuisine vapeur m’a enchantée, ça fait un petit moment que je veux m’y mettre ! il y a de quoi faire, là !

Ø  Quelque chose qui a fait marrer toute la famille : un petit ensemble dédié au … Nutella : couteau à tartiner, petit livre et pot !

Ø  Continuons avec les gourmandises, cette fois maison : des sucettes à chocolat chaud (mon fils les a découvertes il y a peu, il m’en réclame tout le temps !), des délicieux chocolats (… je n’ai pu me retenir de les goûter tout de suite… hum, d’où le sachet ouvert !)

Ø  Une tisane pour « bien passer l’hiver ».

Ø  Un impressionnant « Kit Sos Chocolat » (sirop, pâte à tartiner, sachet de pistoles, tablette, sucette, … oui tout ça !)

Ø  Qu’est-ce que j’oublie : une crème pour les mains « Fleur de Cacao » et une bougie « Chocolate Brownie » (bien sûr, ces bonnes idées n’auraient pas fleuri dans ma petite tête à moi)

Me voilà prête pour passer en douceur et en gourmandises les quelques jours qui nous séparent du printemps !

 

Je suis en extase, j’ai tout adoré … il ne me reste qu’à crier, m’exclamer, hurler très fort un immense MERCI à Nesto !

 

N’ayant plus de « maison », de petit blog, pour abriter ses impressions et les photos, Nesto s’invite ici pour vous présenter son colis :

 

J’ai bien fait « d’insister » pour que Violette rejoigne l’équipe du swap Cinéma&Chocolat, je devais sentir qu’elle ferait une binôme du tonnerre !

D’abord dans les questionnaires nous nous découvrons pas mal de points communs alors que nous ne nous connaissions pas du tout ! Je me suis dit : ça démarre fort !

Et je ne m’étais pas trompée :

Découverte du swap : des paquets oranges (assortis à ma déco donc ^^)

Comme d’hab, je ne suis pas seule à ouvrir les paquets, dès qu’il y a un swap le chat et mes filles rappliquent !!

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Ma grande a pitié de moi (ce jour là j’ai la grippe !) et m’aide à déballer tout ça (par contre, comme une grande, même malade ; même couchée, je n’ai pas besoin d’aide pour manger les caramels, mon péché mignon !)

  

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Une fois tout déballé, j’avoue, je me sens requinquée à la vue de ce swap débordant :

 

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 Des livres : 127 heures qui me tentait (et pourtant je ne l’avais pas dit à Violette !), Comment cuisiner son mari à l’africaine, livre dont le titre m’a toujours intriguée ! et 2 livres de recettes, un sur le chocolat et un sur les épices (pas eu le temps de lire autre chose que des livres pour le boulot ces derniers temps mais j’ai quand même lu les livres de recettes –bizarre !), un DVD « merci pour le chocolat » (j’adore Chabrol), des gourmandises (pas de commentaire !) et une chouette surprise : une broche ! (je suis gourmande et j’adore les hiboux elle avait tout pour me plaire, ma binôme a du nez !!)

  

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Au final, je crois que ma binôme m’a bien cernée et a vraiment cherché à me faire plaisir ! Résultats : non seulement je suis ravie –logique- mais en plus je m’inscris d’office au futur swap de Soukee –logique aussi ^^

 

Un grand merci donc à ma si attentionnée binôme, et à la trop forte Soukee qui sait toujours à merveille accorder les binômes ! Allez, hop, chuis prête pour le prochain moi, où est-ce qu’on s’inscrit ?????????????

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 18:27

Première approche d’un auteur qui a plutôt le vent en poupe sur la blogosphère ces derniers mois.

Jiselle est une charmante hôtesse de l’air, un peu triste d’être encore célibataire à trente passés. Un jour, un petit miracle se produit : le beau et charismatique Mark Dorn, ce pilote veuf et adulé de toutes les femmes, s’intéresse à elle. Bien plus, les deux filent le parfait amour et se marient rapidement. Mais (vous vous doutez bien qu’il ne peut y avoir qu’un « mais » lourd comme pavé) Mark est veuf et a trois enfants. Jiselle s’installe dans la grande maison familiale et, bon gré, mal gré, délaisse son métier pour s’occuper de ses beaux-enfants. Là encore, point de surprise : ça se passe relativement mal avec les deux jeunes adolescentes mais Sam, le petit dernier, apprécie Jiselle. Mark, toujours dans les airs, aux quatre coins du globe, ne fait que de brèves apparitions.

Cet équilibre déjà bien instable se voit complètement chamboulé lorsque les événements nationaux (nous sommes aux Etats-Unis…) et internationaux s’accélèrent. Une épidémie de grippe sévit. Elle prend de telles proportions qu’elle est comparée à la propagation de la peste et constitue une menace sur le bon fonctionnement du pays : coupures d’électricité, invasions d’oiseaux, gens qui meurent rapidement puis vivres qui viennent à manquer, essence inexistante. Mark, un jour est « retenu » en Allemagne. Il ne donne des nouvelles que par téléphone, coups de fil à chaque fois plus brefs.

            Je suis passée par plusieurs phases, une grande excitation pour ce début pourtant digne des romans de Mary Higgins Clark (le mariage parfait avec le bel éphèbe ne manque jamais de capoter…), de l’étonnement et de la curiosité à l’apparition des premiers symptômes (l’auteur ne manque pas d’humour, Britney Spears est une des premières star à succomber à l’étrange maladie) puis une légère lassitude, l’impression de nager dans des eaux stagnantes, l’électricité est coupée, les gens meurent, il faut trouver de quoi se nourrir, l’électricité est rétablie, elle est à nouveau coupée, …  et puis, l’impression que l’écrivain ne sait pas où elle veut aller : mariage ratée ou récit de fin du monde ? … et enfin, une belle, belle surprise. Ce roman aux accents apocalyptiques se termine par une jolie note positivement humaine où notre société de consommation est mise à mal pour être définitivement tuée.

Phénomène troublant également : la distance de Jiselle par rapport à tout ce qui lui arrive, elle n’a pas envie de fuir (je crois bien que je l’aurais fait à sa place !), elle est touchée mais de loin par les événements. Autre chose : l’exclusion des Etats-Unis, ce pays considéré comme responsable de la propagation de l’épidémie. Vous l’avez compris, ce roman est dense et riche.

Je poursuivrai ma découverte des écrits de Kasischke, c’est sûr.

Un extrait, pris plus ou moins au hasard : « Les gazons naguère impeccablement bordés de pétunias et d’impatiences, les jardins piquetés de pensées, étaient méconnaissables. Herbe et mauvaises herbes s’élevaient à hauteru de hanche. Les pétunias étaient mangés de sumac vénéneux. Les si domestiques pensées s’entremêlaient de fleurs sauvages, chardons t liserons. Au moment où elle ralentissait pour se conformer à la limitation des quarante kilomètres par heure, Jiselle avisa sur une véranda un fauteuil à bascule complètement recouvert par une plante grimpante portant des fleurs effilées violettes comme elle n’en avait jamais vu. Les jardinières des appuis de fenêtre vomissaient leur contenu en longs cordons feuillus et fleuris qui pendaient le longe des murs. Toutes les automobiles étaient stationnées et il n’y avait personne sur les trottoirs ni à proximité des maisons. »

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 18:51

 

          

J’avais acheté cet album il y a quelques mois déjà, mes enfants n’avaient pas accroché et, c’est drôle, depuis que mon fils aîné commence à lire, ce livre lui plaît.

Une fois n’est pas coutume, je vous livre la quatrième de couverture qui est aussi la deuxième page de l’album :

 « Depuis que papa a rempli sa grosse valise bleue, rien n'est plus comme avant. Les bonbons ne fondent plus dans la bouche, les fraises sont flagada et le carambar sans a a le goût de la colère. Crmbr. »

Les bonbons ont perdu leurs voyelles, la petite fille a perdu sa joie de vivre, elle enterre ces traîtres de bonbons sous la neige, au fond du jardin. Les jours passent… au printemps, qu’est-ce qu’elle ne voit pas ? de petites pousses de bâtonnets marron, de petits morceaux de bonbons qui pointent le bout de leur nez ! Avec ces sucreries qui grandissent, les voyelles reviennent accompagnant le sourire de la petite fille. « Un courant d’air de bonheur flotte dans la maison. Il a fait prendre plusieurs mètres au plafond. »

Une belle métaphore agrémentée de ces petites cochonneries que les enfants (et les grands ! ) aiment tant ! Les miens ont apprécié ces grandes illustrations colorées et la fin heureuse qui voit revenir le papa !

 









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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:05

 

 

D’emblée, je savais que cet album allait me plaire… il parle de bonne bouffe !

 

Alain Passard est un grand chef, propriétaire d’un restaurant parisien trois étoiles, « L’Arpège » (je n’y ai bien sûr et hélas ! jamais mis les pieds). Christophe Blain, dessinateur et scénariste « étoilé » dans son domaine se propose de nous dévoiler une partie du travail titanesque de Monsieur Passard.

Si le thème de l’album est original, la forme n’est pas en reste. La page de gauche est réservée à une recette, celle de droite à la réalisation de cette recette par Passard dessinée par Blain. Bien sûr, les recettes sont originales et surprenantes puisque nous dégustons (trop virtuellement à mon goût !) un cœur de chou nous veau « à cru » au parmesan, des galettes de pomme de terre « façon pizza » aux crudités et parmesan, une émotion « pourpre » au miel d’acacia ou encore des fraises aux « éclats » de berlingots à l’huile d’olive.

Ce qui ressort de ces planches culinaires et gastronomiques, c’est l’amour du chef cuisinier pour son métier. Il regarde amoureusement les légumes et les fruits qu’il choisit minutieusement, il dresse souvent un « tableau » des produits crus, les observe, les scrute, les dispose à la manière d’un peintre devant sa toile. C’est bien un art. Un art sensuel et généreux.

Quelques intermèdes nous emmènent loin des fourneaux, dans le potager de Sarthe ou encore dans celui de Normandie. Passard s’entoure des meilleurs jardiniers, sa cuisine s’apparente même parfois à un laboratoire où l’on compare, par exemple, le navet dans trois terroirs différents. Cette minutie peut faire sourire mais lorsqu’on suit le cheminement d’un grand chef, elle est logique.

Un hommage à un grand cuisinier donc, et plus généralement à un métier souvent ingrat qui s’approche du sacerdoce, Passard nous dit dans la dernière page que ses journées vont de 7 à 3h du matin… et il conclut en s’exclamant : « Hahahaha on a la belle vie ! »

Une belle lecture gourmande que je ne peux m’empêcher de comparer à Le gourmet solitaire que j’ai tant aimé qui est, il me semble, un brin supérieur à cet album par son intrigue. Le côté répétitif de Blain peut déplaire à certains. Je ne manquerai pas de tenter l’une ou l’autre recette et vous en ferai peut-être part.

 

Le fameux « cœur de chou » : « C’est beau, ça, c’est des p’tits cœurs de bœuf. C’est tendre comme la rosée. Ce que j’aime, c’est presque créer le truc. Réunir les ingrédients. Jouer avec les couleurs. Regarde. J’ai fait mon marché. C’est beau, non ? Tony, viens voir. Regarde, c’est beau, non ? »

 

 

 

C’est une première, voici ma note pour cet album… note que je transmettrai à Yaneck, comme tous mois   : 18/20

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 15:56

 

 

JF cherche désespérément smiley qui s’étrangle pour mener à bien la rédaction de ce billet !

« Pinaise de panaze » s’exclamerait mon fils (s’il avait lu cette pièce !)

Victor a neuf ans et c’est un petit bonhomme précoce et clairvoyant, à tel point qu’il se permet de gouverner les gens qui l’entourent. Il révèle à tout le monde la liaison entre son père et la mère d’une de ses petites copines, il fait du cheval sur le dos d’un général, il se niche amoureusement sur les genoux d’une très belle femme pétomane… Ce n’est là qu’un petit aperçu du cafouillis qui règne dans ces trois actes. « tout le monde est fou » : l’avertissement est lancé.

Ca fait longtemps que je n’avais pas lu un livre pondu par un surréaliste, on s’en déshabitue vite et j’ai été bien déstabilisée par cette lecture mais c’est le but recherché par Vitrac me direz-vous! L’auteur critique la bourgeoisie, ça n’est pas vraiment nouveau mais il pointe aussi du doigt la place de l’enfant dans la famille, cet enfant unique qui accapare toute l’attention et en même temps doit répondre à une attente, doit se conformer à un discours, des attitudes, une naïveté propres aux enfants. Et Victor est tout l’inverse d’un enfant ordinaire. Il met à nu les défauts, les travers des adultes, il sème la zizanie, il effraie la petite Esther de cinq ans. L’ensemble est un monde qui n’a plus de sens, où les rôles sont inversés, où les adultes sont déchus de leur statut d’être supérieur et intelligent.

Avec quelques jours de recul, j’ai apprécié cette lecture. Il faut s’y préparer, savoir à quoi s’attendre. L’enfant qu’on considère toujours comme un être heureux, fragile et ingénu est ici le révolté, celui qui refuse la docilité mais qui revendique déjà une sexualité, une ruse perverse, qui dit « je suis terriblement intelligent ». Le vaudeville classique que je connais bien est malmené, caricaturé, étiré, malaxé. Humour grinçant.

 Pour info, la pièce a été mise en scène par le grand Antonin Artaud et par le non moins grand Jean Anouilh!

 

La première scène est assez drôle, rassurez-vous, je n’ai pas ri pendant toute la pièce… :

Dans la salle à manger

Lili, dressant la table; Victor, la suivant.

Victor. - ...Et le fruit de votre entaille est béni.

Lili. - D’abord, c’est le fruit de vos entrailles, qu’il faut dire.

Victor. - Peut-être, mais c’est moins imagé.

Lili. - Assez, Victor! J’ai assez de ces conversations. Tu me fais dire des bêtises.

Victor. - Parce que tu es une vieille bête.

Lili. - Ta mère...

Victor. - ...est bien bonne.

Lili. - Si ta mère t’entendait...

Victor. - Je dis qu’elle est bien bonne. Ah! Ah! Elle est bien bonne! Bien, bien, bien bonne.

Lili. - Ai-je dit une plaisanterie?

Victor. - Eh bien, ne puis-je pas aimer ma mère?

Lili – Victor!

Victor. - Lili!

Lili – Victor, tu as neuf ans aujourd’hui. Tu n’es presque plus un enfant.

Victor. - Alors l’année prochaine, je serai un homme? Hein, mon petit bonhomme?

Lili. - Tu dois être raisonnable.

Victor. - ...Et je pourrai raisonnablement te traiter de grue.

Elle le gifle.

Victor, continuant. - … A moins que tu ne consentes...

Elle le gifle de nouveau.

Victor, même jeu. - … à faire pour moi ce que tu fais pour d’autres.

Lili. - Morveux!

Victor. - Ose dire que tu n’as pas couché avec mon père!

Lili. - Va-t-en, ou je t’étrangle!

Victor. - Hein? Ma petite bonne femme? Hein? Le petit bonhomme?

Lili. - Cet âge est sans pitié!

 

 

chez Bladelor

3/13 !

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 15:53

Le narrateur de ce gros roman jeunesse est un garçon de 13 ans, Gwen, surnommé Gwen le Tousseux en raison de sa faible constitution et de ses fréquentes quintes de toux.

1914, en Bretagne : parce qu’un rebouteux, le vieux Braz, l’a soigné pendant des jours et des jours, Gwen entre à son service et quitte ainsi ses parents. Quelques mois plus tard, le vieux Braz meurt en lui léguant sa maison à toit de chaume… et autre chose de plus énigmatique.

Un jour, Gwen fait un mystérieux voyage, emporté par la charrette de l’Ankou (les Bretons reconnaîtront le personnage symbolisant la Mort) et se retrouve dans un pays qu’il ne connaît pas, les Douze Provinces,  « ce grand nulle part cerné de brouillards et de marais »… un pays bien étrange surveillé de près par la douane volante qui ne laisse aux habitants que peu de liberté.

Pris en charge par Jorn dont il ne sait si c’est un ami ou un ennemi, il se découvre un don pour soigner les gens. Lui aussi, est un rebouteux comme le vieux Braz. Accompagné par son pibil siffleur, un oiseau extrêmement difficile à capturer, Gwen rencontrera des gens extraordinaires : le chirurgien Nez-de-Cuir qui va lui enseigner les rudiments et les subtilités de la médecine, Yvon le Rouquin venu de Bretagne lui aussi, la jolie Saskia dont il tombera amoureux, la plantureuse Silde, et des hommes forts, brutaux, sanguinaires… Des noms aux sonorités gutturales se succèdent, des lieux ensorcelés retiennent notre héros malingre et intelligent : les jardins de Fer, Antvals, le Château des Poux, Waarm…

La qualité de ce livre tient à son écriture forte, typée et imagée mais aussi à l’univers que peint l’auteur : noirceur, canaux, marais, beffrois, ambiance médiévale, épidémies, coups bas, rixes et survie à tout prix sont les quelques facettes de ce roman si riche en rebondissements. Et ce serait mon seul bémol, je sais bien que c’est un roman destiné aux jeunes mais les actions sont si nombreuses que j’ai souvent failli en perdre le fil. Je ne sais pas si ce roman peut plaire aux ados, il leur faut un certain bagage culturel et un bon niveau de lecture pour entrer dans cette formidable histoire peuplée d’êtres fantastiques, des croyances perdues et de paysages flamands et bretons. Hugo, Melville, Dumas, Zola ont vendu un peu de leur art et de leur atmosphère à François Place…

L’oiseau fidèle qui suit Gwen dans ses pérégrinations s’est improvisé amuseur de foules :

« Les enfants se le passaient de l’un à l’autre. Mais c’est pendant les veillées qu’il déploya un talent que je ne lui avais jamais connu. Tandis que nous nous serrions autour du foyer, il s’avançait en de dandinant dans la lumière, son ombre démesurément agrandie par les flammes, et il se lançait dans des pitreries de comédien des rues, en imitant toute une galerie de personnages à grand ramage, les gens de la douane et les poissonnières, les banquiers et les pêcheurs d’anguille, les mendiants et les filles à marier. »

 

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Published by Violette - dans Lectures - jeunesse
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