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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 16:50

 

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           Lorsque j’étais en train de lire Un petit boulot, je savais que je ne lâcherais pas cet auteur de si tôt.

           Snowe est un flic qui, du jour au lendemain, découvre qu’il sait lire dans les pensées d’autrui. Perplexe, légitimement décontenancé, il se sert de ce don au boulot, réglant les affaires en deux temps trois mouvements puisque les mensonges des prévenus n’existent plus pour lui. Un peu plus loin dans ce pays américain corrompu, Denny jouit également du même pouvoir surnaturel sauf qu’il croupit en prison et qu’il est destiné à mourir quelques semaines plus tard pour avoir tué un flic. Et pourtant, une nana du FBI, insolente, séductrice et courageuse, vient le recruter pour qu’il lise dans les pensées d’un chef d’état africain. Elle est une des seules personnes que Denny n’arrive pas à « lire », ses pensées lui sont inconnues à cause d’une opération du cerveau. L’affaire gardée secrète tourne au drame, Denny parvient à s’enfuir, blesse un flic, … et c’est Snowe qui va être embauché à va-vite pour retrouver Denny. Oui mais les deux télépathes, forcément, se comprennent parfaitement, s’interrogent sur leur don survenu si étrangement et vont finir par fuir, complices, à la recherche de la vérité.

            A travers une satire de la société américaine, Iain Levison se moque surtout des flics, des services de renseignement et de leurs méthodes plus que douteuses. Dans un amusant road-movie qui mêle manipulations, espionnage et inefficaces surveillances, les hommes sont considérés comme des pantins qu’on prend, qu’on utilise, qu’on jette. C’est vraiment drôle et agréable à lire. Voilà vraiment un auteur à suivre ! Cerise sur le gâteau, pour moi qui me suis fixée un challenge SF, je crois bien que le bouquin peut entrer dans le genre de l’anticipation avec ces histoires de télépathie !

 

Denny, un peu plus avancé que Snowe en matière de télépathie, lit aussi dans les pensées des animaux : « Les animaux c’est sympa, continua Denny. Je ne me sens pas mal avec eux. Ils ne pensent pas beaucoup. Angela, c’est une fille bien mais merde, elle n’arrête pas de penser. On était en train de baiser l’autre soir et elle pensait à la vaisselle qu’lle avait laissée dans l’évier. Je te jure. »

« Quelques dizaines d’années avant qu’il entre dans la police de Kearns, un policier avait été tué alors qu’il enquêtait sur un cambriolage, et on utilisait souvent l’expression pour rappeler à tous de porter leur gilet pare-balles. « Enfilez ça pour qu’on ne donne pas votre nom à un pont. »

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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 11:42

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Carnets de thèse de Tiphaine Rivière"

 

 

               La narratrice, Jeanne, est prof en collège mais tout ça n’est que temporaire, ce qu’elle veut, c’est faire sa thèse… jusqu’au jour où, ô miracle ! L’éminent Alexandre Karpov accepte de diriger sa thèse. Certes, elle n’a pas obtenu le financement désiré mais qu’importe, elle lâche son boulot crevant et ingrat de prof (je confirme, ce métier, c’est ça à 80%) et se lance dans la grande aventure de la recherche. Promis, la doctorante qu’elle est devenue fera sa thèse en trois ans seulement. On lui propose quelques heures d’enseignement à la fac mais elle doit potasser toute la semaine pour se sentir à peu près prête devant ce public d’adultes. Résultat : elle peine à seulement commencer ses travaux.

                  On la retrouve un an, deux ans, trois ans plus tard : elle n’a plus de vie sociale, elle ne parle que de sa thèse sur Kafka, elle doit accepter un ennuyeux boulot de secrétaire pour pouvoir vivre, son directeur de thèse ne la contacte que très rarement, son entourage comprend de moins en moins ce qu’elle fait et où elle va, son compagnon en a ras-le-bol de ses crises d’angoisse, de ses questionnements nocturnes et de ses doutes incessants.

              Une tranche de vie drôle et pourtant souvent effrayante pour nous montrer que faire une thèse, ce n’est pas une mince affaire. Ce travail solitaire et asocial, surtout en lettres, n’est pas facilité par les institutions, par les autres doctorants, par le directeur de thèse et autres membres du département des thèses. La BD tire son origine d’un blog qui lui-même est né parce que Tiphaine Rivière a démarré une thèse en lettres, comme Jeanne, puis l’a abandonnée… pour le dessin. Entre caricatures et histoires vécues, l’album est plaisant à lire sans être inoubliable ni indispensable !

 

« 14/20 »

 

 

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 15:12

 

 

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            A la recherche de bons romans de science-fiction et sur les excellents conseils de A_girl_from_earth et de Krol (merci !!!), je me suis rapidement attelée à cette lecture. Réussite totale !

            En octobre 1988, Jeff Winston meurt d’une crise cardiaque à 43 ans. Entre un boulot qui ne l’enthousiasmait pas, un mariage en déroute et l’impossibilité d’avoir des enfants, sa vie n’était pas très réjouissante. Oui mais Jeff se réveille dans sa chambre d’étudiant… à l’âge de 18 ans ! Déboussolé, il comprend qu’il a fait un bond dans le temps, que tout est à refaire. Oui mais il connaît désormais l’avenir. Il se fait sa petite fortune très rapidement, il prend un autre chemin que lors de sa 1ère vie, il se fait remballer par celle qui était sa femme et finalement, se retrouve à 43 ans, père d’une fillette, marié et riche… et il meurt. Encore une fois, il se retrouve dans sa peau de jeunot. Cette fois, beaucoup plus malheureux que lors de sa première « résurrection » puisqu’il a perdu un enfant, une vie qu’il aimait et que tout est à reconstruire.

             Jeff va vivre plusieurs vies, faire des choix très différents, va tenter de changer le monde, s’adonner à une vie de débauche, s’isoler, voyager, et  rencontrer une jeune femme à qui il est arrivé la même chose !

             Quelle histoire mais quelle histoire ! L’intrigue, au départ, fait rêver : revivre une partie de sa vie avec la possibilité de changer ce que bon nous semble, tout en ayant la connaissance et l’expérience de notre « première vie » ! Oui mais on se rend très vite compte qu’on risque de perdre ceux qu’on a aimés une première fois. Et se retrouver, tous les 25 ans avec l’apparence d’un minet presque encore mineur freine considérablement. Jeff utilisera une de ses « replay » pour réellement sauver le monde, éviter les catastrophes, protéger des gens, rendre publiques ses connaissances sur l’avenir mais les conséquences se révéleront plus désastreuses encore. Ce roman, en plus d’être passionnant, permet vraiment au lecteur de réfléchir sur ses propres choix de vie, sur – aussi bizarre que ça puisse paraître – le caractère unique de l’existence et les avantages de la mort. J’ai totalement adoré ce roman que je n’ai pas lâché et que j’ai lu en deux jours. Aucun temps mort, aucun raté, une ouverture vers d’autres mondes, une écriture certes simple mais très efficace. Un vrai régal qui nous permet – qui l’eût cru - de revoir à la baisse nos désirs d’immortalité !

 

« Jeff regarda autour de lui l’appartement décoré avec goût, d’un standing tellement supérieur aux logements que Linda et lui avaient jamais espéré occuper. Il ne lui avait fallu que six mois pour acquérir tout ceci, presque sans le moindre effort. A présent, il pouvait passer le reste de sa vie à augmenter son confort et sa richesse, sans aucune limite, grâce à ce qu’il savait ; mais ces succès lui resteraient en travers de la gorge s’il n’intervenait pas en fonction des autres événements qu’il connaissait. Il devait agir. A tout prix.»

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:36

 

 

Résultat de recherche d'images pour "six fourmis blanches collette denoel"

 

          Dans Un vent de cendres, j’avais déjà trouvé l’ambiance singulière et la tension omniprésente. C’était sans compter ce roman-ci, glacial et glaçant.

          Lou et son compagnon Elias, citadins et plutôt casaniers, ont gagné un séjour insolite : un trekking dans les montagnes albanaises. Dans un groupe de six touristes, ils vont gravir des monts, marcher dans la neige, camper dans ces tentes qui s’ouvrent en un clin d’œil, porter leurs repas sur le dos, bref, vivre à la dure l’espace de trois jours. Leur guide, Vigan, inspire confiance car il connaît la montagne par cœur. Oui, mais la météo peut révéler de sacrées surprises et une tempête de neige qui provoque des avalanches va retarder puis paralyser le groupe. Angoisses, blessures, froid intense, faim, fatigue et … spectre de la mort vont tétaniser Lou et ses compagnons de route.

           En parallèle, on découvre le métier ancestral de sacrificateur. En effet, Mathias, pour conjurer le mauvais sort, est payé pour jeter une chèvre (choisie consciencieusement grâce aux osselets) du haut de la montagne. Cette croyance, chez les Albanais, a la vie dure, et Carche, le magnat du coin, assure que son petit-fils a le même don que Mathias. Oui mais Mathias aime être seul, et quand le petit-fils en question s’avère être un dangereux dément, l’un des deux doit disparaître…

         Entre course-poursuite par -15 et survie dans un univers des plus hostiles, les humains sont comparables à de minuscules fourmis, tout aussi frêles et vulnérables. Que de blanc, que de froid ! Le suspens constitue le maître-mot de ce roman, il fonctionne à plein régime ; l’écriture est efficace et le contexte effarant. Voilà un excellent page-turner à déconseiller aux amateurs de montagne qui risquent den plus vouloir jamais y retourner !

« Six fourmis blanches avancent dans la neige et la glace, leurs silhouettes détachées comme celles des nomades sur les dunes du désert. Dieu, ce que j’aimerais cuire sous un soleil de plomb ; au lieu de quoi nous nous débattons toujours dans un brouillard poisseux en tremblant de fatigue. J’ai l’impression que cela fait des jours, des semaines que je marche. Des semaines que je franchis des cols entre Marc devant et Elias derrière moi , sans rien manger et sans rien boire, m’approchant du ciel, des cieux, de l’espace où ma conscience se perd. »

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 21:05

 

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             Saïd est un petit garçon qui vit dans le désert, il préfère errer au gré des rues poussiéreuses plutôt que d’aller à l’école, mais ce qu’il aime par-dessus tout c’est suivre les colonies de fourmis qui vont où ne sait où sur des mètres et des kilomètres. Contraint de garder les chèvres de son grand-père parti brusquement en pèlerinage, le garçon est angoissé à l’idée de se retrouver seul la nuit. Et là, ô miracle, une des chèvres se met à lui parler. Elle s’appelle Zakia mais très vite, Saïd est agacé par cette « vieille bique radoteuse » qui sent affreusement mauvais.

           Quand le cousin débarque sur sa mobylette pour ravitailler Saïd, qu’il entend parler une chèvre, « de mauvaises pensées » l’agitent. Pour fuir des voleurs de chèvre savante, Saïd sera accompagné de la jolie Abir et de Zakia devenue son ami. Suivant les fourmis, les petits héros se retrouveront dans un phare devenu géant, ou un géant devenu phare, des retrouvailles auront lieu et la vie sera plus douce que jamais.

           C’est un joli conte aux images oniriques où j’ai retrouvé tout ce que j’aime chez Plessix : c’est à la fois drôle et poétique, mignonet et fantastique. Un arbre vert en forme de champignon au milieu d’un reg, une course poursuite à mobylette, une sorcière géante qui passe inaperçue, des couleurs à admirer et des paysages à couper le souffle, il ne m’en fallait pas plus pour m’enchanter. Certes, comme pour Le Vent dans les Saules, la dimension naïve et légèrement manichéenne peut déranger mais elle n’a pas perturbé mon âme d’enfant ressuscitée. Ma fille de huit ans qui l'a dévoré en un rien de temps l'a beaucoup aimé aussi mais en discutant avec elle, des incohérences ont vu le jour : une lampe de génie qui disparaît brutalement, une petite Abir qui est trop docilement muette... Bref, la chèvre parlante qui n'est pas vraiment une chèvre (chut...) a remporté tous les suffrages!

« Les rêves sont des histoires que nous murmure notre esprit la nuit. Nous les inventons nous-mêmes, et pourtant, nous ne les connaissons pas. »

« Et les fourmis, elles, nous emmènent partout où nous rêvons d’aller… »

 

17/20

 

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 10:24

 

Résultat de recherche d'images pour "L’homme sentimental de Javier Marías folio"

 

 

 

            Le narrateur est un chanteur lyrique qui se souvient, quatre ans auparavant, avoir eu pour voisins, dans le train, deux hommes mutiques et une femme endormie. Il va les retrouver, par hasard, dans Madrid. Le couple formé par Manur et Natalia est accompagné de Dato qui se qualifie lui-même d’ « accompagnateur » puisqu’il est censé occuper, distraire, tenir compagnie à Natalia pendant que son mari vaque à ses très sérieuses activités professionnelles. Très vite, Dato et Natalia vont sortir et déjeuner et dîner avec le solitaire ténor qui passe ses semaines à voyager d’une métropole à une autre. Se fréquenter jusqu’au prévisible : Natalia et Le chanteur -surnommé Le Lion de Naples- vont tomber amoureux. Le mari si discret va intervenir d’une bien étrange manière…

             Rien qu’en lisant une seule phrase, on peut reconnaître le style méandreux de l’auteur. Ses phrases sont très longues, ses digressions nombreuses, Javier Marías se préoccupe davantage de psychologie que d’actions. Il fait également la part belle aux suppositions et aux hypothèses que peut émettre un personnage, proposant ainsi de nombreuses variantes narratives où l’humour vient côtoyer le registre dramatique. L’ambiance est, comme pour mes lectures précédentes, à la fois ouatée et proche du tragique. L’étrange se propage dans l’histoire et le doute semble être le fil directeur de ses romans. Javier Marias creuse les âmes, apporte quelque chose de neuf, laissant le lecteur troublé, à chaque fois. Même si j’ai préféré Un cœur si blanc, je continuerai à lire cet écrivain si surprenant.

 

Dato : « Je suis un accompagnateur, rien d’autre qu’un accompagnateur, et tous les deux, Natalia et Manur savent que c’est pour ça qu’on me paie, pour cela exclusivement et ils en usent. Je le sais bien moi aussi. Vous voyez, vous vous plaignez de votre solitude, moi en revanche je me plains du trop de compagnie. Vous vous plaignez de l’excessive dispersion et diversité de votre vie, moi, je me plains de l’excessive concentration et monotonie de la mienne. »

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 14:19

 

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           Un bébé est retrouvé mort. Sa sœur, une petite fille, agonise à ses côtés, près de la commode bleue. L’incipit commence très fort et nous emporte dans le long déroulement explicatif de cette tragédie.

            Paul et Myriam forment un jeune couple heureux. Les deux premiers enfants sont arrivés très vite, la maman a voulu rester à la maison pour s’en occuper, jusqu’au moment où elle a craqué : elle a besoin d’une vie à elle, d’occupations et de conversations adultes, de retrouver le droit qu’elle chérissait tant lors de ses études. A la recherche d’une nounou, le couple tombe sur la perle rare : Louise est tout simplement parfaite ! Non seulement elle fait preuve d’une patience redoutable face aux deux petits, elle sait chanter et raconter des histoires comme personne, mais en plus, elle rend le petit appart parisien plus agréable en rangeant, en réaménageant, en cuisinant de petits plats excellents. Très vite, Myriam et Paul ne peuvent plus se passer de cette baby-sitter hors pair. Elle viendra passer quelques nuits chez eux pour les dépanner et ira même jusqu’à les accompagner en vacances pour les soulager.

            La personnalité de Louise nous est dévoilée subrepticement et progressivement. Cette jeune femme aux allures d’ange, «cette nounou irréelle, qui a jailli d’un livre pour enfants » ne vit que pour la famille, par la famille. Sa vie privée, elle l’a balayée, déçue par ses parents, son mari, sa propre fille ; en revanche, elle s’attache à rendre l’éducation des enfants qu’elle garde irréprochable. Pourtant, elle accepte mal qu’on jette la nourriture, elle ne comprend pas que Myriam ne fasse pas un troisième enfant qui ne serait rien qu’à elle…

           J’ai adoré cette lecture, addictive, facile et fascinante. Ce thriller psychologique est impeccable dans le traitement des personnages, dans son intrigue simple mais déroutante, même dans sa réflexion sur la société et la connaissance de l’humain. Le style sec et sans fioritures sied à cet être aride et mystérieux qu’est Louise. Malgré tout, j’ai lu un excellent thriller psychologique qui, me semble, ressemble à d’autres dans le même genre qui, eux, n’ont pas obtenu le prix Goncourt (Les Apparences de Gillian Flynn, Esprit d’hiver de Laura Kasischke, L'Amour et les forêts d'Éric Reinhardt ou encore Un vent de cendres de Sandrine Collette)…

 

 

 

La dure réalité (pour toutes les mères !) : « Elle a toujours refusé l’idée que ses enfants puissent être une entrave à sa réussite, à sa liberté. Comme une ancre qui entraîne vers le fond, qui tire le visage du noyé dans la boue. Cette prise de conscience l’a plongé au début dans une profonde tristesse. Elle trouvait cela injuste, terriblement frustrant. Elle s’était rendu compte qu’elle ne pourrait plus jamais vivre sans avoir le sentiment d’être incomplète, de faire mal les choses, de sacrifier un pan de sa vie au profit de l’autre. »

« Les préparatifs pour l’anniversaire de Mila ont pris des proportions qui dépassent Myriam. Depuis deux semaines, Louise ne parle que de ça. Le soir, quand Myriam rentre épuisée du travail, Louise lui montre les guirlandes qu’elle a confectionnées elle-même. Elle lui décrit avec une voix hystérique cette robe en taffetas qu’elle a trouvée dans une boutique et qui, elle en est certaine, rendra Mila folle de joie. Plusieurs fois, Myriam a dû se retenir de la rabrouer. Elle est fatiguée de ces préoccupations ridicules. Mila est si petite ! Elle ne voit pas l’intérêt de se mettre dans des états pareils. Mais Louise la fixe, de ses petits yeux écarquillés. Elle prend à témoin Mila qui exulte de bonheur. C’est tout ce qui compte, le plaisir de cette princesse, la féerie de l’anniversaire à venir. Myriam ravale ses sarcasmes. Elle se sent un peu prise en faute et finit par promettre qu’elle fera de son mieux pour assister à l’anniversaire. »

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 16:57

 

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- Une jeunesse au Moyen-Orient (1985-1987) –

             Et ça continue ! Comme dans les deux premiers tomes, le dessinateur nous raconte son enfance. Plus statique, le récit n’en est pas moins savoureux. La vie en Syrie n’est pas la même que la nôtre ! L’école délabrée est cependant un endroit que le jeune narrateur aime bien. L’instituteur, un « James Dean à moustache » frappe violemment les élèves qui n’obéissent pas et ne travaillent pas, Riad , lui, est un élève modèle. A l’approche de Noël, mère et fils formulent des souhaits : la mère aimerait tant boire du champagne et manger des toasts au foie gras, le fils convoite un Goldorak géant qu’il n’aura pas. Le mystère du sapin de Noël et des cadeaux apportés par ce « vieil homme magique à barbe blanche » restent entier pour les petits camarades de jeux de Riad. La mère de Riad, ahurie, découvre qu’elle est enceinte, la venue d’un 3ème enfant à élever dans cette campagne syrienne qu’elle exècre, est une mauvaise nouvelle. ATTENTION SPOILER ! Pour l’accouchement, c’est retour en France, en Bretagne, sans le père qui finit par annoncer… leur départ imminent pour l’Arabie Saoudite !

              Ce qui surprend : le père toujours aussi influençable (sa mère a un pouvoir immense sur lui), un peu fourbe, prétentieux, naïf et peu fiable, la mère presque absente (et au comportement parfois agaçant) qui, de temps en temps, expose ses désirs et ses velléités mais qui est rarement écoutée. Pour la première fois, on sent un père déchiré et pas aussi sûr de lui, qui explose devant les superstitions religieuses de sa mère. Il va jusqu’à l’insulter et la maudire. Pourtant, il tient à faire le Ramadan et Riad, pour lui faire plaisir, l’accompagne une journée. Malaises, sueurs et siestes inopinées rendent ces tentatives très drôles.

            De même que pour les tomes précédents, on apprend beaucoup, et l’absence de jugement de la part de l’auteur ne fait que renforcer la curiosité du lecteur. J’avoue tout, j’ai trouvé que cet album-là souffrait de quelques longueurs et disons que j’ai montré moins d’enthousiasme à la lecture que pour les autres. Mais ça n’enlève en rien mon immense envie de découvrir la suite !

Le père raconte beaucoup d’âneries mais là, quand il évoque la richissime Arabie Saoudite, il n’a pas tout à fait tort : « si tu demandais aux Français « On supprime la liberté d’expression, les droits de l’homme et la démocratie, et en échange tout le monde touche 3000 dollars à rien faire, et la médecine est gratuite… qu’en pensez-vous ? » Moi je dis, les Français, ils diraient « Où faut-il signer ? Je peux toucher mes dollars ce jour ? »

 

« 17/20 »

 

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 14:26

 

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             Il était temps que je découvre enfin cette série !

             Lila et Elena -dite Lenù- sont amies depuis la plus jeune enfance. Elles se sont découvertes en silence, dans le jeu et le défi de la jeunesse des années 50. Puis, elles se sont mises à parler, à se raconter leurs vies, leurs rêves d’avenir. Elles ont grandi entourées, chacune, d’une famille oppressante mais pas très aimante, dans un quartier pauvre de Naples. Alors que Lenù paraît timide, réservée et sage, Lila s’avère être une « gamine terrible et fulgurante », impétueuse et imprévisible, colérique et « méchante ». Douée pour tout, dotée d’une mémoire phénoménale, Lila est la première et la seule de la classe qui sache lire à 6 ans. Lenù décide de la prendre pour modèle et de l’imiter. Pourtant, Lila va choisir de rester dans la cordonnerie familiale, d’aider son père et son frère puis de seconder sa mère dans les tâches familiales. Elena, elle, continue son petit bout de chemin à l’école. Très scolaire, elle finira par se révéler brillante et au-dessus des autres, ce qui l’amènera à poursuivre ses études contre l’avis de ses parents. Lila se range, se fiance et se marie…

              Ce livre, c’est d’abord un récit d’enfance et ses topoï : premiers amours, premières règles, les seins qui poussent et les premières vacances loin des parents. Mais c’est encore plus la photographie d’un microcosme napolitain en pleine mutation : la télé fait son apparition, on goudronne les routes, on crée des quartiers en abattant des arbres, les jeunes découvrent le rock, les boutiques s’agrandissent.

              Il m’a fallu quelques dizaines de pages pour me fondre dans l’ambiance de Naples des années 50. J’ai eu peur de m’ennuyer des histoires de gosses. Et puis finalement, je me suis engouffrée dans cet univers désuet et authentique avec un plaisir redoublé par l’idée de savoir qu’une suite existe. La relation entre les deux jeunes filles est si particulière, faite d’admiration et de jalousie, d’esprit de compétition et de confidences, et tellement juste qu’elle ne peut que nous rappeler nos propres souvenirs d’amitié de jeunesse. D’emblée, on comprend qui domine, qui jette sur son monde un regard acéré et impérieux ; mais Elena ne se laissera pas démonter et, inspirée par cette soif d’apprendre puis par ce besoin de lui prouver ses talents, dépassera intellectuellement celle qui fut son modèle. Entre la belle jeune fille qui fait taire sa fougue en se mariant si jeune (à 16 ans !) et l’adolescente timide mais studieuse, complexée mais séduisante qui s’active dans ses études, un combat tacite débute et un suspens grandit pour le lecteur. Vivement la suite !

« Je décidai que je devais copier cette petite fille et ne jamais la perdre de vue, même si cela l’gaait et si elle me repoussait. »

« elle sentait des entités inconnues qui brisaient le profil du monde et en dévoilaient l’effrayante nature. »

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 12:20

 

 

              Gabriel est un petit garçon qui vit au Burundi avec sa mère originaire du Rwanda et son père qui a quitté, adolescent, les montagnes du Jura. Avec sa sœur Ana, Gaby mène une existence paisible au cœur d’un cocon douillet fait de jeux (parfois cruels), de disputes parentales, d’amitiés juvéniles. Une existence rythmée par une correspondance avec une jeune Orléanaise, des échos lointains de conflits rwandais et des rendez-vous quotidiens avec les copains du quartier dans l’épave d’un Combi Volkswagen. Cette enfance insouciante et joviale est brisée par la guerre, quand les copains veulent devenir des tueurs à leur tour, quand les cadavres jonchent la route, quand l’école est protégée comme un camp militaire, quand les membres de la famille commencent à tomber les uns après les autres, quand la mère de Gaby, rentre un jour à moitié folle d’avoir vu des tableaux d’horreur et de massacres. Il y a donc l’avant et l’après, l’époque heureuse et la période tragique, l’enfance et ce qu’on pourrait appeler la chute dans l’âge adulte.

           C’est un roman qui m’a touchée, j’ai trouvé certains passages magnifiques et particulièrement poignants. L’écriture est maîtrisée, le ton est toujours juste, l’ambiance africaine parfaitement retranscrite. Quand on sait que Gaël Faye est né au Burundi, pays qu’il a quitté, lui aussi, en 1995 après le début de la guerre civile, on se doute bien que l’écrivain a puisé dans ses souvenirs pour raconter sa fiction. Je comprends sans mal que les lycéens aient apprécié ce roman d’apprentissage taché de sang et de nostalgie. En sirotant une bière de banane (et en goûtant à ces cornets de termites frits !) parmi les cris de babouins, dans une chaleur sèche et nonchalante, on aimerait pouvoir traverser les rues de Bujumbura, entendre les rires des enfants, sans qu’ait jamais eu lieu ce conflit stupide entre Tutsis et Hutus.

 

« Pendant que tout le monde discutaillait, j’ai soudain reconnu Calixte dans la foule. Calixte, qui m’avait volé mon vélo… A peine ai-je eu le temps de donner l’alerte qu’il a détalé aussi vite qu’un mamba vert. La ville entière lui a couru après, comme on poursuit un poulet qu’on veut décapiter pour le déjeuner. Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire, c’est le nom que l’on donne au lynchage, ça a l’avantage de sonner civilisé. »

« A ces heures pâles de la nuit, les hommes disparaissent, il ne reste que le pays, qui se parle à lui-même. »

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie. »

Alors que ses copains consacrent leur énergie à se procurer grenades et kalachnikovs : « J’étais trop occupé ces temps-ci à rester un enfant. »

« Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »

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