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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 18:13

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        Chen est un cuisinier chinois de talent, il a tout appris de son père né sur un billot. Otozô est un commandant japonais qui engage Chen en lui laissant le « choix » : c’est l’émerveiller en cuisine ou mourir… Enfin, Kilsun est une Coréenne violée par son frère et qui est complice de Chen. Les personnages évoluent dans un contexte particulier, celui de la Mandchourie en 1945. Espionnage, faux-semblants, violences sanguinolentes, complots et empoisonnements obligent les personnages à multiplier les stratégies de survie, les ruses et les manipulations.

        Nager à contre-courant, participer à une discussion alors qu’on n’en comprend pas un mot, prendre un défilé à contresens… voilà un peu ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman. J’y suis arrivée au bout parce qu’heureusement, la 2ème moitié m’a un peu plus intéressée, mais j’ai durement lutté… Le thème de la cuisine aurait dû me plaire mais entre les ailerons de requin, les cerveaux de singe et les vessies de poisson, mon appétit n’a pas vraiment été aiguisé. En fait, j’ai eu l’impression d’entrer dans un univers complètement autre, qui ne m’a pas plu et que je ne comprenais pas, d’observer évoluer des personnages dénués de sentiments, des marionnettes que le contexte historique et spatial rendait creux et fortement antipathiques. Veuillez excuser ce billet complètement mesquin et lisez plutôt celui de A_girl_from_earth bien plus constructif et plus tentant !

Une petite citation pour vous prouver que j’ai fait des efforts : « en matière de viande de chien, j’étais le meilleur. Je faisais cuire à feu doux de petites tranches de viande enveloppées dans des feuilles de menthe et je les servais avec de la pâte de soja pimentée ; le parfum de la menthe sur le bout de la langue était à tomber par terre et le jus de viande qui se répandait dans la bouche était d’une perfection sans égale. C’était un mets divin, digne d’un immortel taoïste. »

(il y a une telle incompatibilité entre ce roman et moi que la couverture ne veut pas apparaître, je crois...)

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 14:43

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Découverte de l’auteur pour moi…

En deux tomes :

          Premier tome : 1912. Une famille aisée : Séraphine, la fille ne vit que par et pour les livres ; le père est un grand et gros bonhommes patron d’une entreprise dans le textile ; la mère à la santé fragile se montre rarement ; le grand-père sénile est en parfaite santé et très rigolo et enfin la tante Alma vit à 100 à l’heure et rendre des Etats-Unis pour une visite expresse à la famille. Une nuit, des cambrioleurs s’emparent des trois tableaux du salon. Ce ne sont que des portraits de famille de peu de valeur. L’enquêteur Alcide Leblanc en retrouve deux assez rapidement mais des rôdeurs continuent à affoler les habitants de la riche demeure… Et le majordome, Maurice, tatoué du signe distinctif d’une bande de malfrats, attire tous les soupçons.

         Second tome : La piste évoquée dans le premier tome n’est peut-être pas la bonne… Peut-être faut-il aller voir de plus près la maison campagnarde familiale pas si abandonnée qu’il n’y paraît mais aussi parler au prof de piano ou à la dynamique tante Alma qui cache bien des secrets.

         J’ai bien aimé ce diptyque aux allures de comédie policière, les traits délicats et le style élégant. Je n’ai pas compris pourquoi les femmes - à la manière des femmes-girafes birmanes - avaient le cou tellement allongé. Le début du XXème siècle, un univers raffiné et des paysages enneigés, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour me contenter. Les fantômes de Maurice Leblanc, de Gaston Leroux et d’Agatha Christie planent avec bienveillance sur ces jolies BD.

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3 décembre 2020 4 03 /12 /décembre /2020 11:24

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On n’a plus le droit d’aller au théâtre, on n’a plus le droit de jouer (si, seul chez soi, ô splendeur) mais on a encore le droit de lire du théâtre. Découverte d’un dramaturge israélien savoureux. Le recueil comporte trois pièces.

Dans « Yaacobi et Leidental », Yaacobi déclare dans la première scène « avoir pris conscience que si je suis venu au monde, c’est pour vivre. Je vais donc de ce pas rompre avec mon meilleur ami, David Leidental. » Le meilleur ami n’accepte pas cette décision. En parallèle, Yaacobi rencontre Ruth, la femme aux fesses généreuses avec qui il veut faire sa vie, du moins, il essaie de s’en convaincre. Le ton est donné, il sera sarcastique, drôle et déroutant. J’ai absolument adoré cette pièce, ce style désabusé qui côtoie l’absurde l’air de rien…

« - J’espère que vous appréciez.

     -  (pour elle-même) C’est ça, espère. »

Leidental s’offre en cadeau de mariage et devient un « confident multifonction » : « Je n’ai pas besoin de moi ».

« à part la santé, je n’ai pas grand-chose à apporter à cette union. »

Yaacobi : « Ecoute, je t’ai peut-être blessé, peut-être même un peu anéanti, mais rien de bien exceptionnel, entre amis. Aime ton prochain comme toi-même. »

« tu me connais, je n’ai pas changé, j’en veux toujours autant et j’en fais toujours aussi peu. »

« Kroum l’Ectoplasme » est celui qui a voyagé et revient au pays mais sans avoir rien gagné ni rien appris. Les personnages sont nombreux mais tous anti-héros, apathiques, veules. Il y a l’hypocondriaque qui veut enfin vivre quand il arrive au bout de son existence, malade pour de bon ; il y a celui qui se trompe de femme et celle qui ne sait jamais ce qu’elle veut. C’est la pièce que j’ai le moins aimée.

« Une Laborieuse Entreprise » : c’est noir, caustique et cruel. Yona décide, une nuit, de quitter sa femme avec qui il vit depuis trente ans. Elle ne comprend pas, le supplie de rester, est prête à tout. Surgit un ami qui, par son impertinence, réussit à rabibocher les deux mais un court laps de temps : « Qu’ai-je en commun avec ce tas de viande qui se la coule douce dans un sommeil paisible » …  Une belle image de la vie de couple !

Hanokh Levin est un auteur subversif qui a vraiment su éveiller ma curiosité, il était connu de son vivant (il est mort en 1999), parfois acclamé, parfois hué pour ses propos jugés scandaleux.

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 11:09

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Eh oui, encore un classique que je n’avais pas lu… et qui me faisait peur, qu’est-ce que j’avais tort !

            C’est l’effervescence dans l’étude d’avoué de Derville : un vieil homme mal fagoté dont tout le monde se moque désire s’entretenir seul à seul avec l’avocat. Il lui révèle être le colonel Chabert déclaré mort neuf ans auparavant sur le champ de la bataille d’Eylau où il a été enseveli dans la fosse aux cadavres. Réussissant à s’en extirper, recueilli par une brave femme, il a été traité de fou, a été emprisonné et a mis un temps incroyable à revenir à Paris, ruiné, pour réclamer sa femme, son grade et sa fortune. Mais la femme de Chabert s’est mariée au comte Ferraud dont elle a deux enfants, elle ne veut plus rien savoir de son premier époux qui ne ferait que briser sa notoriété et son équilibre actuels. Avec ruse et charme, elle tente de convaincre Chabert jusqu’à ce que celui-ci comprenne qu’elle n’est que duperie.

Romanesque à souhait, ce court roman fait connaître un homme naïf et honnête, malmené par le destin sous la Restauration. Chabert fait penser au Père Goriot, trahi par une femme qu’il aime, bousculé par une vie et une époque qu’il ne comprend pas. On ne peut que ressentir compassion et tendresse pour ce brave homme. Et puis l’écriture de Balzac ! J’ai repris goût à la saveur si particulière de ses descriptions, j’ai aimé leur consacrer du temps. Mon édition préfacée par Pierre Barbéris donne parfois de petites notes savoureuses comme voici : « Les deux enfants restèrent debout et silencieux, examinant leur mère et l’étranger avec une curiosité qu’il est impossible d’exprimer par des paroles. » // note : « à tel point que Balzac oublie de les faire partir, alors qu’il est invraisemblable qu’ils assistent à la scène dramatique qui suit. »

Un colonel qui inspire pitié : « Le vieillard se découvrit promptement et se leva pour saluer le jeune homme ; le cuir qui garnissait l’intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y resta collée sans qu’il s’en aperçût, et laissa voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui prenait à l’occiput et venait mourir à l’œil droit, en formant partout une grosse couture saillante. »

J’ai enchaîné avec l’adaptation cinématographique d’Yves Angelo de 1994 (je voyais le film plus récent !) et j’ai été moyennement convaincue. Passée l’horrible scène inaugurale de la fosse commune, le film en rajoute, brode autour de l’histoire qui finit par perdre de sa saveur initiale à cause de longueurs soporifiques. Gérard Depardieu n’a pas le pathétique du Chabert de Balzac mais Fabrice Lucchini est brillant de sobriété (ce qui lui arrive rarement). Le film offre une belle image de la Restauration et j’ai trouvé la fin tout de même très réussie.

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27 novembre 2020 5 27 /11 /novembre /2020 18:39

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Etant fan de l’écrivain comme du dessinateur, je ne voulais pas passer à côté de leur belle collaboration.

Un père accompagne son fils, en maternelle, en vacances, au fast-food. Il l’emmène à la boulangerie, au bord de la rivière, à l’aire de jeux ou dans les rues de Paris. On comprendre que papa et maman se sont séparés. Et puis un jour, c’est le grand moment : le petit va au CP. Le père continue à l’accompagner ce jour qui est finalement plus marqué au fer rouge pour lui que pour l’enfant. Le petit a pris 5 cm, il porte un sac trop lourd mais va retrouver ses potes, sa nouvelle classe et la jolie maîtresse.

Cet album plein de tendresse met en lumière cet âge de l’innocence, d’une pureté que rien ne vient entacher. Une insouciance et une simplicité dont on devrait s’inspirer et une étape dans la vie d’un parent, dans la vie d’un enfant : entrer à la grande école… Ce Petit Nicolas moderne est croqué magnifiquement par un dessinateur dont les traits émeuvent par leur délicatesse et leur élégance. C’est un joli spectacle ! J’ai aimé les paysages parisiens dans lesquels se perdent père et fils. J’ai aimé que le premier soit une sorte de personnage secondaire à côté du petit grand héros. J’ai aimé ce rappel en douceur : que le temps passe parfois trop vite… Lu avec ma fille (qui a fait sa rentrée au CP il y a plus de cinq ans déjà), le grand format nous a beaucoup plu et on en aurait bien lu encore et encore.

A lire à tout âge !

« Je t’attends à l’autre bout, ne t’en fais pas. Ton enfance est en lieu sûr. Tu peux devenir qui tu voudras. »

Merci Tiphanie !

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 15:46

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        Axel, le narrateur, est marié à Anna et il a deux enfants, il se plaît à le rappeler - comme la première guerre mondiale : 14-18 (ans). Entre son ado de fils qui dessine ses profs en train de copuler, sa fille en plein chagrin d’amour, l’invitation de copains qui n’en sont pas tant que ça pour passer des vacances ensemble (faire du paddle à Biarritz), Axel se dépatouille comme il peut. Dernier couac : il reçoit le courrier du dépistage du cancer colorectal réservé aux plus de 50 ans, or, il n’en a que 46… c’est la panique à bord ! Comme depuis toujours, il se fait souvent assaillir par des pensées inappropriées, il a des réactions inadaptées (éclater de rire pendant la comédie musicale où danse sa fille, rentrer chez lui en rampant pour ne pas être vu par le voisin qui risque de l’inviter à prendre l’apéro). Quand il a le béguin pour la prof du dessin porno de son fils, il est prêt à tout…

        Dans le même acabit que Le Discours (non : un petit cran en-dessous), le roman de Fabrice Caro – alias Fabcaro - nous emmène dans tout ce qu’il y a de plus lâche en nous mais également dans ces moments de la vie qu’on aimerait oublier parce qu’ils sont honteux, désagréables, absurdes ou incompréhensibles. Le narrateur et anti-héros cumule un peu tous ces travers mais, ce qui le rend attachant au début du roman devient répétitif et lassant au bout de plus de cent pages. J’avoue n’avoir pas souvent souri et presque jamais ri. C’est un peu comme si on vous servait une sauce très originale mais qu’à force d’en mettre à tous vos plats, elle en devient un peu écœurante. Allez, la lecture n’était pas désagréable et ça peut passer comme une lettre à la poste en cas de panne de lecture ou de stresscovid trop envahissant. Hâte de lire autre chose tout de même !

Après Eliane, caissière d’un supermarché ordinaire, voilà une caissière d’un Biocoop… rien à voir : « La dame à la caisse est l’antimatière d’Eliane, elle est aussi souriante qu’Eliane était triste, aussi lumineuse qu’Eliane était terne, elle n’a pas de badge, pas de prénom, pourquoi un prénom, pourquoi s’enfermer, s’étriquer, au diable les carcans, appelez-moi Sourire, appelez-moi Soleil, appelez-moi Vie, appelez-moi Plexus, là où Eliane avait les cheveux teints et tirés en chignon, elle arbore une crinière grisonnante et désordonnées qui dit Le temps est de mon côté, le temps est mon allié, nous cheminons main dans la main sans nous mentir l’un à l’autre. »

« Pourquoi tout doit-il être cohérent quand la vie elle-même ne l’est pas pour deux sous et qu’on peut très bien se réveiller un matin avec un courrier destiné à un type de cinquante ans alors qu’on n’en a que quarante-six ? Pourquoi l’utile, pourquoi l’approprié ? »

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20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 16:29

 

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Esther, une libraire des Hauts-de-France décide d’ouvrir un atelier d’écriture épistolaire. Il s’agit de choisir deux destinataires et de correspondre avec eux. Les candidats sont peu nombreux, ils se rencontrent une première et unique fois avant de s’échanger des lettres (pas des mails). Il y a Samuel, un adolescent qui a perdu son grand frère ; Jeanne une dame âgée, veuve, amoureuse des animaux ; Jean, un homme d’affaires plein aux as ; Nicolas, marié à Juliette, maman d’un bébé de 9 mois et en crise post-partum. Alors qu’il s’agit au départ d’améliorer son style d’écriture, les confidences permettent aux épistoliers d’avancer dans leur vie personnelle, de mieux se comprendre et d’apprivoiser les drames de chacun. Esther elle-même se fera plus présente sur le papier qu’elle ne le souhaitait au départ.

         Mais quelle belle surprise que ce roman ! J’avais deux a priori stupides : la fille de Bernard Pivot (que j’aime beaucoup par ailleurs – il me rappellera toujours mon père qui était un adepte de ses émissions) ne peut qu’écrire un truc barbant un peu pédant, et un roman épistolaire … voilà bien une forme qui attire mais qui pêche par manque de profondeur. Je me suis trompée sur toute la ligne. Ce livre est un immense bonheur de lecture, il est bien écrit, attachant façon doudou, réconfortant, apaisant… Certes, il tend vers le genre feel good mais il a ce je-ne-sais-quoi de plus riche. La relation humaine, le contact, l’échange, le défi, la confiance sont au cœur de cette correspondance. Ce livre m’a furieusement rappelé mon atelier théâtre qui me manque tant où, là aussi, on prenait le risque d’entrer en contact, en collision ou en amour avec celui ou celle qui était encore inconnu(e) deux heures plus tôt. Sortir de sa zone de confort, l’expression est à la mode mais tellement bénéfique le plus souvent. Bon, je m’embrouille mais peut-être sentez-vous que je suis tombée amoureuse de ce livre qui a des apparences de cessez-le-feu dans cette actualité bouillante de mauvaises nouvelles … et j’aurais bien rajouté quelques centaines de pages.

Nicolas à Juliette, sa femme qui l’a momentanément quitté : « Si nous ne sommes pas sincères, nous ne nous blesserons pas, mais nous courons à l’échec. Pendant des mois tu m’as rejeté, regardé comme si j’étais un inconnu. Pire, un ennemi quand tu n’arrivais pas à t’occuper d’Adèle et que je le faisais à ta place. Je veux tes mots brouillons et courroucés, tes émotions fragiles et tourbillonnantes, tout plutôt que l’indifférence ou l’aversion. »

Un certain mois de septembre, Jeanne hésite à renouveler son abonnement à l’opéra. Elle se rebelle toute seule : « Que m’arrivait-il ? Ne savais-je plus conduire ? Etais-je malade, fatiguée ? Non. J’ai compris que le premier piège de la vieillesse, c’est le renoncement. Nous sommes moins motivés, devenons plus craintifs, paresseux, nous abdiquons. Nous nous recroquevillons, rentrons doucement mais sûrement dans notre coquille. Le mouvement est presque imperceptible, mais il est réel. Lutter contre la vieillesse est un combat de tous les jours, que nous pouvons mener tant que nous sommes en bonne santé. »

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 12:13

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         Yvan, cinquante ans, a perdu récemment son boulot, ses parents et sa femme qui s’est éloignée vivre et travailler à Taïwan. Père de deux enfants adultes vivant chacun de leur côté, il trouve refuge dans une maison dans le Jura où il va entreposer les cartons contenant les souvenirs de sa vie, de celle de ses parents. Il passe son temps à déblayer les tas de neige devant la maison, à regarder les avions passer dans le bleu du ciel, à prendre en photo les objets de son enfance et à tenter d’inviter des amis pour éviter la solitude… Une courte liaison va briser sa routine sans l’aider à se sentir mieux.

         Dans cette bonne grosse BD de 108 pages, le personnage principal passe par une étape qui pourrait être une parenthèse dans sa vie, il évoque lui-même un « sas » où il se remet en question. Bien obligé de faire le deuil d’une partie de son passé, il peine à se projeter dans un avenir plus qu’incertain. Dit autrement, c’est une BD sur l’art d’assumer ses cinquante ans, sa bedaine, sa calvitie, son manque de tact, ses erreurs, sa solitude, cette nostalgie omniprésente. J’ai passé un très agréable moment, les dessins de Davodeau sont un bonheur visuel et l’histoire est attendrissante. Les photos qui remplissent une petite dizaine de planches m’ont rappelé de propres souvenirs, le côté kitsch et obsolète des objets se fait oublier : est mis en valeur tout ce qui a été et ne sera plus. A noter, les trois auteurs se sont inspirés d’une page de la vie réelle de l’un d’entre eux. La symbolique de la neige est forte : Yvan s’y enfonce souvent, peine à ressortir de cette poudreuse qui s’accumule, emplit tout l’espace, il déneige, range, trie… pour finir dans un avion, dans un ciel limpide. Une belle conclusion : « On est vivants, mec ! Je ne sais pas à quoi ça sert, mais on est vivants ! »

La BD... j'ai découvert cet univers génialissime très tard, et une de mes premières heureuses découvertes fut Davodeau.

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13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 15:14

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         Eh non, je n’avais jamais lu ce classique de la littérature !

         Le narrateur vit et grandit dans un village africain, Kouroussa, en Haute-Guinée, dans la case de sa mère. Trois univers composent son quotidien : la forge de son père à qui il arrive de transformer de l’or, le travail des champs de son oncle et l’école. Différentes étapes rythment l’existence de cet « enfant noir » des années 30 : les grands qui maltraitent les petits à l’école, la cérémonie des lions (celle qui précède celle de la circoncision et qui fait tant peur aux petits garçons), les études faites à Conakry la capitale, les premières amours, l’éloignement du fils. Au final, Laye va faire le choix de poursuivre ses études et de rejoindre Argenteuil.

         En ces temps difficiles, j’ai aimé me détendre au pied de ce grand fromager (pour qui en a déjà vu un, c’est un arbre extraordinaire), écouter le tam-tam et rire dans les champs avec les autres. Dans ce court récit d’apprentissage, la simplicité côtoie l’authenticité et permet au lecteur de découvrir les traditions guinéennes et de mieux appréhender cette délicate question de l’exil. La fin est touchante, la mère ne veut pas laisser partir son fils en France, le cri du cœur « ils veulent l’emmener chez eux » est déchirant. C’est un roman autobiographique et Camara Laye reviendra dans son pays après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur, il deviendra ensuite ambassadeur au Ghana avant de devoir fuir son pays avec sa famille.

Hommes, femmes et enfants moissonnent les champs et d’être ensemble suffit à supporter la corvée : « ils chantaient en chœur, ils moissonnaient ensemble : leurs voix s’accordaient, leurs gestes s’accordaient ; ils étaient ensemble ! – unis dans un même travail, unis par un même chant. La même âme les reliait, les liait ; chacun et tous goûtaient le plaisir, l’identique plaisir d’accomplir une tâche commune. »

La mère de Laye est tellement en colère en apprenant le départ de son fils pour la France : « Mais à présent elle savait que partirais et qu’elle ne pourrait pas empêcher mon départ, que rien ne pourrait l’empêcher ; sans doute l’avait-elle compris dès que nous étions venus à elle : oui, elle avait dû voir cet engrenage qui, de l’école de Kouroussa, conduisait à Conakry et aboutissait à la France ; et durant tout le temps qu’elle avait parlé et qu’elle avait lutté, elle avait dû regarder tournée l’engrenage : cette roue-ci et cette roue-là d’abord, et puis cette troisième, et puis d’autres roues encore, beaucoup d’autres roues peut-être que personne ne voyait. Et qu’eût-on fait pour empêcher cet engrenage de tournée ? On ne pouvait que le regarder tournée, regarder le destin tourner : mon destin était que je parte ! »

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 11:02

L'algorithme du coeur de Jean-Gabriel Causse - Poche - Livre - Decitre

 

         Justine est une hackeuse hors pair, elle est douée au point de parvenir à entrer dans les petits secrets de l’armée américaine. Et de se rendre compte que des missiles nucléaires ont (heureusement) été détournés pour s’anéantir dans les profondeurs de l’océan … mais détournés par qui ? Internet himself qui, rien que par lui-même, a choisi la voie pacifique. Justine réussit à communiquer avec lui, à provoquer chez lui des émotions pour faire de lui, plus qu’une machine, une vraie conscience. Entre un beau soldat qui a pour mission de l’approcher et de l’arrêter, un général aux visées belliqueuses et le quarante-quatrième président des Etats-Unis qui a un nouveau cœur connecté, Justine va surtout devoir fuir et se protéger tout en protégeant la planète entière.

         Je n’ai pas autant aimé que Géraldine qui en fait un coup de cœur et à qui j’ai chipé l’idée de lecture (merci !) mais il faut admettre que cette lecture qui mêle récit d’anticipation, roman d’aventures et feel good a été bien agréable et surtout emplie d’un optimisme et d’un humour dont j’avais besoin. De nombreuses réflexions sont fort intéressantes (une intelligence optimale est-elle du côté du bien ou du mal ? L’Homme sera-t-il toujours aux commandes ?) et laissent songeur sur notre avenir cyberconnecté. J’ai adoré le passage qui prive la Terre entière d’internet (et le téléphone recommença à servir … à téléphoner !) et j’ai presque réussi à comprendre ce qu’est la physique quantique. Ça suffit pour en faire une lecture plaisante. Je ne suis tout de même pas certaine de renouveler l’expérience avec cet auteur.

Rêvons un peu : « Ce que je vous dis paraît naïf, voire démagogique, j’en ai conscience. Mais, cela vaut la peine d’y réfléchir. Imaginez si les 1700 milliards de dollars dépensés chaque année par les armées de tous les pays étaient réinvestis dans l’éducation et dans la recherche. Une telle démarche permettrait de lutter contre l’obscurantisme. Et nous aurions peut-être enfin la chance de vivre dans un monde serein, tourné vers la connaissance et l’épanouissement personnel. »

« Vous dites que mon intelligence est artificielle. La vôtre n’est-elle pas un peu superficielle ? »

« L’Art nous stimule à vivre » (ça, c’est de Nietzsche)

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