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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 19:17

 

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              Après la découverte de l’écriture de l’auteur avec L’Autobus, il me tardait de lire son dernier roman dont l'excellent titre original est La tensión del umbral.

              En Argentine, une femme d’une trentaine d’années, Julia, est retrouvée morte à la sortie d’un bar. Plusieurs témoins l’ont vu pointer un revolver sur un homme avant de le retourner contre elle. La police arrive sur les lieux. Un journaliste aussi, Guyot. D’emblée, cette histoire lui semble louche et c’est surtout parce que les flics veulent vite fait classer l’affaire : « Une gamine s’est suicidée. Voilà ce qui s’est passé. », « Laisse tomber l’affaire de la fille. » Non, Guyot creuse et fouille dans le passé de cette fille sans famille. Sur sa route, il va croiser des incohérences, fera face à un mur d’incompréhensions… « La pire tentation, c’est de vouloir comprendre » : le journaliste va en faire les frais bien trop tard, sa petite enquête hors des sentiers officiels va engendrer des dommages collatéraux. Malgré l’aide d’une psychanalyste à la retraite, Guyot semble tomber dans un gouffre dont il ne sortira pas indemne…

 

             J’ai retrouvé la tension de L’Autobus mais elle est ici décuplée. Dans ces années de dictature, personne n’est fiable, chacun manipule ou se fait manipuler, les secrets sont bien cachés. Ce sont les dialogues qui sont omniprésents dans ce roman, le style est sec, sans fioritures ni concessions à l’image de cette Argentine âpre et oppressante. Les chapitres sont courts et le point de vue change souvent, on s’y perd un peu parfois mais l’intrigue et la progression de cette pression sourde et lancinante sont menées avec brio. L’excision des sentiments est nette, propre, sans bavures ; les âmes sensibles n’ont qu’à aller voir ailleurs.

 

 « Pour que le ministre garde ses pompes bien brillantes, il y a un tas de types qui lui enlèvent la bouse devant lui. »

« L’un après l’autre les jours s’enfoncent. Des jours comme une lame qui empêche de bouger, de réagir, de se dégager. »

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 11:26

 

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          Deuxième arrivage de ma box mensuelle (et avant-dernier : la boîte met la clé sous la porte !) Lecture surprise donc pour ce roman policier finlandais (à part Arto Paasilinna, ai-je déjà lu un auteur finlandais ?)

          Ilpo est seul sur le lac, sur son canot à moteur, se consacrant à sa passion : la pêche. Il reçoit un coup de fil de sa femme qui, non loin de là, dans le bungalow du camping qu’ils occupent tous deux, l’appelle à l’aide « Un homme veut entrer chez nous. Il va me faire du mal. » Le temps qu’Ilpo revienne, Hilkka a disparu. C’est le capitaine Sudenmaa qui mène l’enquête, 45 ans, peu sportif et plutôt complaisant, une fille ado qu’il élève seul (eh oui, malheureusement, la comparaison avec mon cher commissaire Wallander a vite été faite… au détriment du Finlandais). Ce qui surprend notre flic, c’est l’attachement absolu et démesuré d’Ilpo à sa pêche, à son bateau, à son lac, à ses perches. Alors qu’il devrait pleurer la disparition de sa femme, il pêche. Il pêche et pêche encore. Il est allé jusqu’à offrir une cuiller de pêche en guise d’alliance à son épouse… L’enquête nous permettra de rencontrer les propriétaires du camping, l’ex-femme d’Ilpo qui est en même temps la sœur de Hikkka (oui, oui). Tout ça dans une Finlande estivale où on transpire, qui l’eût cru ?

         Roman naturaliste très facile à lire, le langage, simple, surprend parfois à être drôlement vulgaire ou vulgairement drôle… Certaines images marquent sans doute durablement : Ilpo qui collectionne les têtes de perches qu’il suspend aux murs de son bungalow. Le polar n’est pas dénué d’intérêt, il se démarque même par son original contexte mais il n’est pas palpitant non plus, le rythme est assez lent, ce qui n’est pas pour me déplaire… Vous l’aurez peut-être compris, j’ai du mal à trancher entre « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé » ! Disons que le style pêche un peu (ha !ha !)

 

        L’enquêteur réfléchit… : « Une autre hypothèse, toujours à supposer que Hilkka fût vivante, était qu’elle avait embobiné son mari. Il n’y avait eu aucun homme aux abords du bungalow. Elle avait voulu quitter Ilpo, lassée de sa petite quéquette couverte d’écailles et de son insistance à vouloir toujours faire la Chose de la même manière en lui lâchant sa laitance par-derrière. Ellle avait tout simplement décidé de disparaître. »

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 10:37

 

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         Tout commence par un oubli, mais… pas n’importe quel oubli… un oubli de taille : un type lambda, un mec comme vous et moi, paie à la caisse d’un supermarché… et il a oublié sa carte de fidélité, malencontreusement glissée dans un autre pantalon ! C’est le branle-bas de combat : la honte totale pour le client, le responsable du magasin qui débarque, le client qui brandit un poireau pour se défendre et finalement, face à la menace de la roulade arrière du commercial, le type s’enfuit !!!  Ça y est, l’insécurité s’est bel et bien installée dans le pays, l’événement passe au JT de 20h, l’affolement gagne la population, une terrible chasse à l’homme est engagée. Il s’avère que le client est un auteur de BD, cette espèce étrange qui a toujours, finalement, constitué une menace pour l’humanité …

               Vous l’aurez compris, cette délicieuse et hilarante BD est à prendre au 2è, 3è, 100è degré ! Punaise, que c’est bon ! Je crois que jamais, je n’ai tant ri en lisant, ja-mais ! Un road-movie décapant où l’absurde a toute sa place, un univers où les préjugés guident le peuple, une sacrée leçon anti-cons, un moment de lecture complètement à part, totalement barjot et siphonné ! C’est beaucoup trop court, il va falloir la relire plusieurs fois avant l’avènement d’un prochain prodige de ce genre ! Bravo Monsieur Fabcaro !

21/20 ! (voui !)

 

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Published by Violette - dans Lectures - BD
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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 12:21

 

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              En mai 1897, c’est l’effervescence à Paris : le Bazar de la Charité est une vente publique tenue par les femmes mondaines et il est extrêmement bien vu d’y participer. Violaine de Raezal tient absolument à y être : veuve attristée au passé compromettant, elle doit s’y faire une place. Pour Constance d’Estingel, c’est tout autre chose. Elevée chez les Dominicaines, elle vient de rompre brutalement et incompréhensiblement ses fiançailles avec Laszlo de Nérac journaliste en devenir qui l’aime et qu’elle aime pourtant… Les parents de Constance, pour faire bonne figure, poussent la jeune fille à tenir un stand au Bazar de la Charité. Constance et Violaine vont se retrouver  guidées et couvées par Sophie d’Alençon qui va les prendre sous son aile. La duchesse d’Alençon s’entête à aider les plus pauvres, à être au plus près des miséreux, des malades et des indigents et, dans une époque placée sous le signe de l’hypocrisie et du qu’en-dira-t-on, elle est un modèle de vertu et de sincérité.

                 Le 4 mai, en milieu d’après-midi, alors que les hommes – époux, frères, pères, s’apprêtaient à rendre visite à leurs femmes, sous leurs yeux horrifiés, flambe le toit du Bazar de la Charité, abritant plus de deux mille personnes ! C’est la panique générale, des corps enflammés courent dans tous les sens, d’autres s’effondrent, tous hurlent à la mort… De cette tragédie, Constance et Violaine en sortiront, blessées, brûlées, défigurées  mais vivantes. La duchesse d’Alençon, quant à elle, disparaît mystérieusement par la voie la plus obstruée par les flammes…

                Constance rescapée et déclarée folle et Violaine plus seule que jamais vont finir par se retrouver, se liant avec d’autres femmes - les moins fausses de la société. Laszlo de Nérac se bat en duel contre le beau-fils de Violaine pour sauver son honneur bafoué : on l’accuse d’avoir piétiné des femmes lors de l’incendie. Un enlèvement clandestin va achever de porter suspens et tension au dernier degré.

              Roman foisonnant, dense et passionnant, il faut bien l’admettre ! Gaëlle Nohant s’inspire d’un fait réel, l’incendie du Bazar de la Charité qui a fait plus de 120 victimes, et crée deux personnages féminins assez extraordinaires, Violaine et Constance, et nous permet ainsi d’entrer de plain-pied dans une époque où les apparences et les réputations bâtissent et détruisent des vies. J’ai beaucoup aimé cette lecture, addictive et intense en émotions. Le style, fluide et agréable, se teinte d’un lyrisme parfois exacerbé. Ça c’est pour trouver un minuscule bémol, car il est clair que je vais suivre cet auteur de près, dorénavant.

 

L’incendie  - âmes sensibles s’abstenir : « Elles jaillirent comme accouchées par les flammes, deux formes titubantes et dansantes, flambant dans leurs vêtements, hurlant le plus vieux hurlement de la terre, torturées jusque dans leur âme. Le feu les étreignit encore pour quelques pas de valse forcée, riant de leur calvaire, avant de les rejeter sur l’herbe, tous leurs cris consumés, leurs faces noirâtres crispées dans un dernier rictus qui n’en finissait pas, bras repliés le long de leurs corps rongés jusqu’à la cendre. »

Les dangers de la lecture…  : « Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s’en rendre compte, on avait un pied dansant à l’extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. »

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:59

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              Le roman commence sur les chapeaux de roue : Ann Hidden est une pianiste compositrice. Un jour de janvier, elle surprend Thomas, son compagnon en train d’embrasser une autre femme. Il ne lui en faut pas plus pour clore un pan entier de sa vie : elle quitte son homme, vend la maison qui lui appartenait, se débarrasse de tous ses effets personnels ainsi que ceux de Thomas, démissionne, change de ville, de coiffure, d’habitudes vestimentaires. Elle a pour complice un copain d’enfance, Georges, qui se dévoue pour elle et sera le seul à garder le secret de cette fuite. Fuite en avant qui la mène à Naples où elle tombe amoureuse d’une maison, la villa Amalia. Cette nouvelle vie s’accompagne de belles rencontres, Léo un médecin, Juliette, une femme sœur et amante et surtout, la petite Magdalena, fille de Léo, deux ans, coup de foudre pour Ann.

              C’est surprenant de savoir qu’un homme a écrit ce roman. Ecriture de l’urgence, style épuré ; je me suis sentie aimantée par ce texte magnifique. Etrangement, certains passages (les plus tragiques et d’autres qui mériteraient des pages et des pages) sont brefs et comme compressés pour laisser beaucoup plus de place aux relations humaines, à la contemplation de la nature (« voir Naples et mourir » prend tout son sens dans ce livre !) Le personnage féminin, complexe et passionnant m’a rappelé Catherine dans le film de Truffaut, Jules et Jim, dans sa marginalité et son désir entier de liberté, d’absolu.

              La musique, déjà omniprésente dans Tous les matins du monde, joue encore une fois un rôle essentiel. Elle permet de tisser des liens entre les êtres, de remplacer la parole, de se souvenir et de quitter. Ce n’est pas un joli livre, c’est un livre qui est beau, puissant, marquant. Un film, réalisé par Benoît Jacquot s’est inspiré de cette intrigue (sans en garder tous les personnages si j’ai bien compris.) Je n’éprouve aucune envie de le voir, bien trop emmaillotée dans les belles images distillées par ce roman.

 

             C’est Mior qui m’a tentée, elle a lu le livre deux fois d’affilée, il ne m’en fallait pas plus pour m’intriguer ! Merci !

 

« Abritée dans la roche, la villa dominait entièrement la mer. A partir de la terrasse la vue était infinie. Au premier plan, à fauche, Capri, la pointe de Sorrente. Puis c’était l’eau à perte de vue. Dès qu’elle regardait elle ne pouvait plus bouger. Ce n’était pas un paysage mais quelqu’un. Non pas un homme, ni un dieu bien sûr, mais un être. Un regard singulier. Quelqu’un. Un visage précis et indicible. »

 

Une chaleur à faire fondre les corps… comme je l’aime : « On avait l’impression de vivre quatre mille ans plus tôt. La chaleur extrême était une déesse. Tout se taisait devant elle. Tout s’écartait soudain. Les hommes avaient peur de se trouver sur son passage. On ne sortait plus que la nuit tombée. Il n’ya avait pas un souffle d’air. »

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:48

 

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         Gabriel est un vieux monsieur qui apprécie sa routine et sa quiétude de retraité : les petits dîners avec sa femme, les après-midis sportifs qui se clôturent par une bonne bouffe avec les copains, ses petits moments télé… La décision de son fils et de sa belle-fille d’adopter un enfant péruvien vient un peu contrarier son quotidien, il a du mal à l’accepter lui qui a toujours mis une distance entre lui et ses enfants à cause de son travail de boucher. Pourtant, la petite Qinaya, du haut de ses 4 ans, va réussir, très progressivement, à apprivoiser ce vieil ours mal léché. Un Tour de France cycliste, quelques baignades et un petit vélo à roulettes plus tard, papy Gabriel va succomber aux charmes de la douce enfant. Jusqu’au jour où cette belle harmonie se trouvera rompue…

          L’adoption est un thème qui m’est cher et qui me touche beaucoup. C’est avec tendresse et délicatesse que les auteurs nous emmènent dans un Pérou dévasté par un séisme puis dans une famille bourgeoise française. La petite fleur qu’est cette jolie Qinaya fait le lien entre les deux. Et la magie opère, tout en douceur et en moments partagés. La complicité entre l’octogénaire et la petite puce fait plaisir à voir et illustre amplement cette belle citation : « L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite. »  Un bel album offrant un large panel de couleurs à l’image de la multitude de sentiments qu’éprouve le lecteur qui, réjouissons-nous, pourra lire une suite à cette histoire.

         C’est encore une fois le binôme –désormais légendaire- Noukette et Jérôme, qui m’a tentée !

« 18/20 »

 

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 09:44

 

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        Paul Katrakilis a hérité d’ancêtres des plus étranges, réputés pour mettre fin à leurs jours : une mère qui a choisi de mourir étouffer par les gaz du pot d’échappement de la Triumph familiale, un oncle qui a jeté sa moto contre un mur, un grand-père qui’ s’est tiré une balle dans la tête. Pour fuir ce climat nuisible mais aussi l’indifférence de son père médecin, Paul s’est réfugié dans un sport qu’il adore, la pelote basque. L’aubaine pour lui, est d’avoir été recruté par un club de Miami et de vivre là-bas dans la quiétude et la douceur … jusqu’au jour où il apprend la mort de son père. Evidemment, il n’a pas manqué de se suicider, lui aussi ! Et d’une manière plus qu’originale : se jetant du 8ème étage d’un immeuble toulousain, il a pris le temps, auparavant de scotcher sa mâchoire et ses lunettes au visage. Plus agacé qu’ému, Paul est bien obligé de se rendre à Toulouse, dans la maison familiale, pour rendre un dernier hommage à celui qu’il appelle « le gisant aux adhésifs ». Ce déplacement a mis en péril son poste de joueur de chistera mais aussi le fragile bonheur simple qu’il s’était trouvé aux Etats-Unis. Après une brève histoire d’amour avec une femme bien plus âgée et un licenciement malheureux,  notre trentenaire se voit contraint, pour pouvoir survivre, d’assurer la succession de son père, de reprendre son cabinet de médecine générale. Il le fait bien malgré lui, il n’a jamais aimé soigner des gens… jusqu’au jour où il découvre deux mystérieux carnets noirs qui vont l’aider à comprendre non seulement une partie de la personnalité de feu son père mais peut-être aussi le fil tragique qui lie ses aïeuls depuis si longtemps.

          J’ai retrouvé avec grand plaisir la plume acérée de Jean-Paul Dubois que j’avais déjà pu apprécier avec Les Accommodements raisonnables et Vous plaisantez, M. Tanner. Alors que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue avec des personnages loufoques dignes d’un John Irving, le roman plonge, petit à petit dans une mélancolie noire et révèle, avec une justesse assez désespérante, une des facettes de l’humanité. C’est confirmé, j’adore l’écriture de Dubois, ses tics (le personnage principal s’appelle toujours Paul, on nous balade souvent entre Toulouse et les Etats-Unis, …), son œil à la fois amusé, cruel et lucide sur une vie qui n’a, souvent, pas grand sens…

« Les Katrakilis et les Gallieni étaient des artistes. Ils savaient mourir à n’en plus finir. Crever à la manière de ces mauvais acteurs sollicitant les rappels. Mettre en scène leurs miasmes pour embosser les mémoires, les maintenir dans l’axe du malheur, les amarrer à la peine. »

Comme disait l’un de mes professeurs pour casser les reins de quelques internes pressés d’en découdre : « Nous ne sommes là que pour assurer une zone de moindre inconfort entre les griffes du forceps et celles de la broyeuse. »

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 17:45

 

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                 C’est ce billet-là de Luocine qui m’a convaincue de lire ce roman.

                 Deux frères, Phil et George, vivent et travaillent ensemble dans les plaines sauvages du Montana au milieu des années vingt. Ils s’entendent bien, dorment dans la même chambre depuis toujours, et, à l’aube de la quarantaine, on pourrait croire que plus rien ne les séparera. Et leurs personnalités antinomiques ne constituent pas un obstacle à cette harmonie : George, surnommé « Gras-double », se laisse volontiers dominer par son grand frère plus curieux, plus vif, plus tyrannique aussi.

               Quand George tombe amoureux et épouse la veuve Rose, c’est un tremblement de terre dans le ranch familial. Il l’emmène à la maison mais Phil, jaloux et mauvais, lui rend la vie si dure, par ses regards et ses remarques sournoises, que Rose commence à boire. Le fils de Rose, Peter, vit encore dans le souvenir de son père pendu mais son intelligence et sa discrétion lui seront précieuses pour se venger à son tour.

               Ce western littéraire nous plonge d’emblée dans un univers âpre, masculin, fait de non-dits et de sous-entendus, gouverné par la méchanceté de Phil. C’est exactement le genre de lecture qui me plaît, habituellement, et pourtant, je suis restée à côté tout le long. J’ai bien une explication : le contexte de ma lecture qui a duré une dizaine de jours. Il me faut de longues plages de lecture pour m’imprégner d’un livre et ne pas perdre le fil. J’ai découvert dans l’excellente postface d’Annie Proulx que je n’avais même pas réellement saisi la personnalité de Phil (oui, je me mets à nu devant vous…). Un roman qu’il me faudra un jour relire, donc, pour comprendre l’engouement de Luocine !

 

« Phil eut un instant envie de se lever et de féliciter George de ne pas l’avoir déçu, d’être bien comme il l’avait espéré, comme il l’avait cru, comme il avait su qu’il était. Mais évidemment il ne l’avait pas fait, parce qu’il n’y avait jamais eu de sentiment exprimé entre eux par des mots et il n’y en aurait jamais. Leur relation n’était pas fondée sur la parole. »

 

Je vais la garder celle-là : « J’ai tellement faim que mon gros intestin est en train de bouffer le petit » (dit Phil…)

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 16:24

 

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               Jody Mackinley est veuve depuis que son mari a perdu la vie à la bataille de Wounded Knee. Comme pour aviver encore un peu plus sa souffrance, elle n’a plus sa fille, Abby, mystérieusement disparue peu après la mort de son époux. Jody vit seule avec son fils Sean, un garçon artiste timide et maladroit qui a peur des armes. Mais au Colorado, en 1896, il vaut mieux savoir utiliser ces engins…

                 On vient annoncer à Jody qu’un certain procès en ville pourrait l’intéresser : c’est un kidnappeur d’enfants, Buck Macfly, qui aurait peut-être aussi enlevé Abby. Jody, par amour pour sa fille, se transforme en tigresse. Quand Buck lui prouve qu’il sait où est Abby et qu’il ne lui a fait aucun mal, elle se débrouille pour organiser son évasion et fuir avec lui, Sean et un policier noir. S’ensuit une course-poursuite dans la montagne et sur des routes enneigées emplies d’obstacles. On apprend peu à peu ce qui s’est passé, six ans auparavant, à la mort du mari. On découvre le vrai visage des protagonistes, les rebondissements se succèdent, les cadavres s’amoncèlent.

                  Un bon gros album, roboratif et magnifique. Un western impeccable servi sur des planches aux dessins magnifiques. Deux couleurs, beige et marron, des traits de crayons nerveux mettant parfaitement en valeur la violence omniprésente et la tension extrême de cet univers plutôt sinistre. Du grand art, vraiment, qui m’a permis de redécouvrir l’auteur de Au revoir là-haut que j’avais déjà aimé… mais là, on est encore un cran au-dessus !  C’est la 3ème BD qui m’a été conseillée par ma bibliothécaire et je dois dire qu’elle a plutôt bon goût!

 

« 19/20 »

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:18

 

 

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           Un groupe de jeunes hippies américains se vouent corps et âme à leur gourou, leur maître, leur réincarnation de Jésus : Charles Manson. Dans une ambiance libertaire et anarchiste, l’alcool, le sexe et la consommation de drogues dures constituent le quotidien pour les membres de la « Famille ». Squattant un ranch où les maladies vénériennes s’attrapent comme le rhume, les hippies s’adonnent au creepy crawls : ces cambriolages pour rire. Mais depuis quelque temps, les mauvaises blagues et les gros larcins ont cédé la place à la violence et au crime. Charlie demande à quatre membres, Sadie, Katie, Tex et Linda, d’aller « s’occuper des cochons » qui vivent dans la maison de Roman Polanski. Nous sommes en 1969 et c’est d’abord Terry Melcher, un producteur américain qui occupait cette vaste villa luxueuse, Charles Manson lui en veut de ne pas avoir donné suite à ses talents de musicien. En bons petits soldats obéissants, Tex, Katie et Sadie pénètrent au 10050 Cielo Drive alors que Linda se contente de faire le guet à l’extérieur. C’est le carnage : la maison est saccagée, les quatre occupants sont torturés avant d’être froidement exécutés. Parmi les victimes, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois.

 

           Chronologiquement condensé, ce récit fait froid dans le dos par l’indifférence dont font preuve les protagonistes et qui n’est pas sans rappeler les attentats actuels. Cette même brutalité se retrouve dans la manière de raconter les faits. Simon Liberati ne juge pas, ne donne pas son avis, ne défend ni ne condamne ses personnages. On obtient quelque chose d’assez trash, bien documenté, à la fois édifiant et écœurant. Des détails comme cette inscription de « Pig » faite avec le sang des victimes sur les portes de la villa, la torture à la fourchette (je vous laisse imaginer…) ou l’idolâtrie de Charles Manson pour Hitler… font de ce roman une histoire à la fois captivante et abominable, je suis contente de l’avoir lu sans avoir aucune envie de le relire !

​C'est ma première lecture de la rentrée littéraire... fruit d'un joli cadeau... merci !

 

« La loi de la Famille voulait qu’un nouvel arrivant abandonne tout ce qu’il possédait à la communauté. Juste histoire de montrer qu’on n’était pas là seulement pour prendre son pied et taper de la came. »

« La peur de Sharon Tate était si grande qu’elle était entièrement anesthésiée. Elle ne sentait plus sa peau transpirer contre le velours du canapé, elle ne sentait plus ses pieds, il lui semblait qu’elle flottait dans le vide suspendue à une bulle invisible. Le monde était devenu illisible. Elle reconnaissait bien des fragments de la réalité mais ils ne formaient plus un tout cohérent.»

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