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17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 12:42

         

         L’auteur-narrateur entreprend de raconter une partie de son enfance passée dans un petit village de la région du Henan, du centre-est de la Chine. Découpé en courts chapitres s’apparentant à des nouvelles, l’écrivain consacre une grande part à son père. Petit garçon qui devait parcourir plus de quatre kilomètres tous les matins pour se rendre à l’école, il s’était fabriqué un fourneau de briques pour faire cuire sa soupe et son riz. Il rêve d’un vélo. Issu d’une famille de paysans pauvres, l’adolescent n’a qu’une idée fixe (ce « désir égoïste d’un cœur étroit » ) : quitter cet univers précaire au plus vite. Il ferme les yeux sur sa sœur malade et son père souffrant et s’échappe de cette province reculée accablée par la famine pour rejoindre l’armée. Il devient écrivain à la même période.

          Adulte, vieillissant, Yan Lianke se souvient de son ingratitude et de son hypocrisie. Il revient tous les ans, en fin d’année, voir sa mère encore vivante et réalise qu’il a abandonné son père mourant, qu’il n’a pas été un fils digne et attentionné. Sa mère lui assène même l’ordre de ne plus revenir.

         Cette courte autobiographie a plusieurs fonctions : celle de rendre hommage à sa famille, celle de faire revivre cette petite province isolée mais surtout celle de faire le point avec soi-même, de se fustiger, de reconnaître tous ses torts, de demander pardon indirectement. Ce récit est empreint d’une humilité admirable, d’une sincérité qui nous montre un homme blessé par ses erreurs de jeunesse qu’il n’a pas oubliées : il veut régler ses dettes. Ce sentiment de culpabilité omniprésent est lié à une éducation pieuse et traditionnelle mais les sentiments qui sont exprimés ont réellement une portée universelle qui métamorphose ce livre –plutôt inclassable – en un vrai bijou. J’ai adoré ce style simple et sobre, le réalisme des descriptions et cette plongée fascinante dans la campagne chinoise des années 60-70. Une très belle découverte que je dois, encore une fois, à ma box – que j’apprécie de plus en plus !

 

« Aujourd’hui enfin, je me suis assis pour écrire. Je me suis assis pour écrire et je peux, à travers la vie et la mort de mon père, comprendre le monde, regarder en face ce qu’il y a de bon et de mauvais en moi, regarder en face la vie et la mort, la décadence et la prospérité de toutes choses, l’eau tarie du fleuve, les feuilles mortes, regarder en face, à travers ma propre vie, la disparition et la renaissance, la renaissance et la disparition de tout ce qui vit. »

« Le destin est une chose autour de laquelle on élabore des histoires pour rien. Celui qui a faim et qui ne peut se nourrir devient affamé ; voilà qui n’a rien à voir avec le destin, il s’agit simplement de la vie humaine. Lorsque l’hiver arrive, avec la neige, celui qui n’a ni feu ni vêtement meurt de froid. Là non plus, il ne s’agit pas de destin, mais du simple terme que la mort met au karma d’un être. Si, alors que tu souhaites te rendre à l’est, sans savoir pourquoi tu arrives à l’ouest, que tu tombes dans un trou, ou un puits, et te casses une jambe, deviens infirme et dès lors ne pourras jamais te marier et fonder une famille, là, peut-être s’agit-il du destin. »

Yan Lianke termine son livre en faisant l’apologie de la prière : « Je sais parfaitement que la prière est impuissante, mais je prie quand même : mes prières peuvent apporter chaleur et apaisement, tout comme celles de mes tantes m’ont apporté du réconfort. Si un homme ne peut même plus prier, alors il ne possède vraiment plus rien au monde. Heureusement, il existe des êtres qui prient pour moi, et moi-même je prie pour les autres. Et c’est une grande richesse, cela donne un sens à l’existence. Ma reconnaissance va au destin et à la prière. »

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 16:25

 

 

Résultat de recherche d'images pour "Dans une coque de noix de Ian McEwan"

 

 

            Le narrateur, un fœtus coincé dans le ventre de sa mère sur le point d’accoucher, entend tout ce qui l’entoure. Grâce aux conversations, aux émissions de radio entendues, il a développé une intelligence adulte et une conscience hors norme. Son problème actuel, en plus de l’étroitesse inconfortable de son habitat, c’est le complot qu’il a surpris entre sa mère Trudy et son amant, Claude. Trudy est encore mariée au père du bébé à venir, John, mais elle le déteste et, avec la complicité active de Claude, a décidé de supprimer John. Le fœtus aimerait sauver son père, il n’aimerait pas naître dans une cellule de prison mais tout ce qu’il parvient à faire, c’est assister au déroulement tragique du projet d’assassinat. Contre toute attente, John se présente avec sa maîtresse dans la maison où Trudy l’a déjà chassé. Ce petit détail n’entrave en rien le dessein machiavélique des amants terribles…

          Sombre et pessimiste, ce roman tire sa force de son narrateur pour le moins original : un bébé in utero possédant déjà une conscience extralucide. A la fois aveugle et clairvoyant, cloîtré et d’une ouverture d’esprit qu’on peut lui envier, cet être-pas-encore-né est instinctivement et irrationnellement fou d’amour pour sa mère, déteste son beau-père/oncle et tente de protéger -bien vainement évidemment- son père… Dans une atmosphère qui tend à la claustrophobie, une tragédie policière se joue : Trudy et Claude vont-ils réussir à tuer John ? si oui, seront-ils démasqués ? Le fœtus ingurgite d’insolentes quantités d’alcool tout en élaborant tout un tas d’hypothèses sur ce qui se trame réellement. Il en profite pour décrire un monde où il ne fait pas beau vivre mais où il va atterrir bientôt malgré lui. Les coups de butoir du sexe de Claude rythment le monologue du fœtus trop mature.

           Sans remettre en question le majestueux talent d’écriture de McEwan ni son ton acerbe souvent délicieusement drôle, je ne peux pas vraiment dire que j’ai aimé cette lecture qui nous donne une vision apocalyptique de la grossesse mais aussi une bien sombre image de l’humanité. J’ai eu l’impression d’assister à un brillant exercice de style ou à une démonstration de force surfaite. A l’instar du fœtus, je me suis sentie à l’étroit tout en connaissant la fin, sans surprise.

        De McEwan, j'ai largement préféré Sur la plage de Chesil, Opération Sweet Tooth ou encore L'intérêt de l'enfant.

 

John et Trudy font très fréquemment l’amour, sans se soucier le moins du monde de l’énorme ventre de Trudy, et de son occupant : « Je ferme les yeux, serre les gencives, me recroqueville contre la paroi utérine. Ces turbulences arracheraient les ailes d’un Boeing. Ma mère aiguillonne son amant, le cravache avec ses cris aigus de fête foraine. Le mur de la mort ! Chaque fois, à chaque coup de piston, je redoute que Claude ne passe au travers, transperce mon crâne souple et contamine mes pensées de sa semence, sa liqueur fertile en banalités. Le cerveau atteint, je penserais et parlerais alors comme lui. Je serais le fils de Claude. »

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 15:17

 

          

           Bien moins atonique que dans le précédent tome, Gabriel, ce papy rustre à qui on a volé sa petite fille péruvienne, nous emmène à Lima. Petit rappel des faits : le fils de Gabriel, Alain, avec la complicité de sa femme Lynette, ont adopté en toute illégalité Qinaya, fillette de quatre ans, qu’ils ont dû « rendre » au bout de quelques semaines. Alain, accusé de « rapt » se retrouve emprisonné. Sa femme demande le divorce, la famille périclite, la grand-mère est plus morte que vivante et Gabriel ne cesse de penser à cette petite-fille avec qui il avait créé une belle complicité. Au Pérou donc, grâce à un détective privé, Gabriel retrouve aisément la petite Qinaya mais la gamine, qui a effectivement une famille bien à elle, ne reconnaît pas le bonhomme. Plus déprimé que jamais, Gabriel rencontre Marco, un retraité qui tente de ramener en Belgique le corps de sa fille décédée dans un tremblement de terre. Les deux hommes au cœur blessé vont visiter les principaux sites touristiques, gênés par le « garúa », ce brouillard humide et omniprésent. Les auteurs nous ramènent en France, le temps d’une planche, pour évoquer le désarroi de la fille de Gabriel, partagée entre l’incarcération de son frère qu’elle est le seule à visiter et la détresse de sa mère. Et c’est bien en France que l’histoire se termine, Gabriel se rendant compte qu’il se trompe de mission en s’en allant seul au bout du monde…

            J’ai encore une fois bien aimé ce papy bougon et sympathique (j’ai souvent pensé aux Vieux Fourneaux !), le voyage péruvien est de toute beauté, les retrouvailles avec la famille et les amis restés en France sont touchants mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi pour être totalement emballée. L’intrigue partait dans des directions trop éloignées peut-être. Pourtant, j’ai été touchée par la relation père-fils… bah, je ne sais pas, je deviens de plus en plus difficile en BD ! Ce diptyque appelle finalement une multitude de tomes, les trois gugusses de copains lancent bien l’idée d’aller au Sénégal à la fin du tome. Pourquoi pas ?

« 17/20 »

 

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 21:15

 

           Alors que j’aimerais - dans un avenir plus ou moins lointain- me frotter à l’Ulysse de James Joyce réputé très exigeant, j’ai déniché, sur une de mes étagères, ce recueil de nouvelles qui porte bien son nom.

           Quinze textes qui sont surtout des portraits, de courts récits sans véritable intrigue, se déroulant dans ce « sale cher Dublin ». Les thèmes sont variés, les personnages souvent rustres, laids, légèrement patibulaires. Deux sœurs qui veillent la dépouille de leur père ; un amoureux désireux de plaire à sa belle mais qui se rend compte de sa vanité ; une jeune femme s’apprêtant à fuir le pays avec son amant, de quitter la vie médiocre de fille d’homme brutal mais qui change brutalement d’avis ; un employé fainéant et alcoolique, un solitaire qui regrette ses choix de vie, un type dégoûté de sa vie routinière et jaloux de son ami partir faire carrière à Londres ; une soirée mondaine qui vire à la crise de nostalgie… La dernière nouvelle, la plus longue, est celle qui m’a le mieux plu. Entre la profondeur et la perspicacité d’un Zweig et le réalisme d’un Zola, l’écriture fait mouche. Elle nous livre des pages de vie, de petits moments pris sur le vif et, en aucun cas, une carte postale idyllique de Dublin qui, passée la dernière page, intrigue plus que jamais !

            Quand on a compris qu’il n’y aura ni suspens ni chute ni revirement de situation, on commence à prendre plaisir à cette lecture et à ces portraits authentiques et si peu complaisants. J’ai mis du temps à lire ces quinze nouvelles, pour Ulysse, c’est pas gagné … même si j’aime boire un petit coup de stout de temps en temps et goûterais bien au plum-cake!

Quand un jeune homme tombe amoureux d’une jeune femme : « La lumière qui faisait face à notre porte éclairait la courbe blanche de son cou, enflammait ses cheveux, illuminait la main sur la grille, et tombait sur un côté de sa robe, éclairant l’ourlet blanc d’un jupon, juste visible, car elle s’appuyait négligemment. »

Vision peu glorieuse de Dublin : « Le petit Chandler pressa le pas. Pour la première fois de sa vie, il se sentit supérieur aux gens qu’il côtoyait. Pour la première fois, sn âme s’insurgeait contre la froide inélégance de Capel Street. Sans aucun doute, s’il l’on voulait réussir, il fallait partir. Dublin, rien à faire. »

« Son visage sur lequel se lisait la somme des années qu’il avait vécues, était de la coloration brune des rues de Dublin. »

 

            

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 19:02

           Il y a quelques mois, lorsque je venais vous consulter pour des lectures de science-fiction, vous m’avez presque tous parlé Des fleurs pour Algernon. Je vous en remercie, vous aviez bien raison !

            Charlie est un garçon simplet de 32 ans. Il travaille dans une boulangerie pour faire les sales besognes et il prend des cours pour lire et écrire avec Alice Kinnian. Il a accepté de se faire opérer pour devenir plus intelligent. L’opération a fonctionné sur une petite souris blanche nommée Algernon qui réussit à s’extirper du labyrinthe le plus complexe ; et les plus grands professeurs, tout en ayant conscience des risques encourus, veulent tenter l’expérience sur un homme. Charlie compulse ses journées, son aventure unique dans un compte rendu presque journalier. Les premières pages, truffées de fautes d’orthographe, révèlent la simplicité de son vocabulaire mais aussi sa naïveté, sa docilité, son ignorance du monde qui l’entoure. L’opération est un succès. Les progrès sont fulgurants, en quelques jours, Charlie réussit à acquérir un vocabulaire riche et précis, sa mémoire exceptionnelle lui permet d’apprendre une vingtaine de langues, de jouer parfaitement du piano, de retenir des notions aussi diverses que complexes. Il consulte les plus grands spécialistes sur un point précis d’histoire, d’économie, de littérature qui se trouvent « toujours des excuses pour s’esquiver », ignorant les réponses à ses interrogations. En quelques semaines, il dépasse les professeurs (et c’est ce qu’ils attendaient de lui) : il réfléchit lui-même sur son opération et ses conséquences. Mais Charlie acquiert aussi une plus grande lucidité sur les gens, sur sa famille qui l’a rejeté lorsqu’il était encore enfant. D’un être simple, candide et gentil, il est passé à un adulte égocentrique, méfiant et aigri.

           L’état de la petite souris périclite. C’est de mauvais augure pour Charlie qui persiste à étudier et à analyser le phénomène afin de faire durer cette intelligence créée de toutes pièces… On devine le dénouement de cette histoire touchante et édifiante. J’ai beaucoup aimé cette lecture, à la fois passionnante et effrayante. Lorsque le jeune homme déborde de cette soif d’apprendre constitue le moment le plus beau, il dévore toutes les connaissances possibles mais Charlie explique, quelques semaines plus tard, qu’un cerveau si développé qu’il soit ne permet pas à l’homme de se faire des amis et il se retrouve désespérément seul. Charlie, malgré son génie, reste, émotionnellement parlant, le petit Charlie apeuré de son enfance, il se bloque devant une femme à qui il plaît, il fuit ses responsabilités. Je pense qu’au-delà de la dimension futuriste prônant les nouvelles technologies capables de créer une intelligence, le parcours de Charlie est également une métaphore de la vie et la manière dont son état se dégrade à la fin fait douloureusement penser à un homme en fin de vie qui perd ce qu’il avait de plus précieux. En tous cas, ce roman fait réfléchir à l’intelligence, au lien entre humanité et connaissances (l’intelligence « brute » de Charlie ne lui est personnellement d’aucun secours mais lorsqu’il l’associe à ses souvenirs familiaux et essaie de comprendre l’autre, elle peut faire des merveilles). Emouvant et inoubliable !

« En tous cas, je sais maintenant que je deviens un peu plus intelligent chaque jour. Je connais la ponctuation et aussi l’orthographe. J’aime chercher tous les mots difficiles dans le dictionnaire et je m’en souviens. Et j’essaie d’écrire ces comptes rendus très soigneusement mais c’est difficile. Je lis beaucoup maintenant et Miss Kinnian dit que je lis très vite. Et je comprends même beaucoup des choses que je lis et elles me restent dans l’esprit. »

« Maintenant je comprends que l’une des grandes raisons d’aller au collège et de s’instruire, c’est d’apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n’est ce qu’il paraît être. »

« Si l’on a pu faire de moi un génie, que ne pourrait-on faire pour les cinq millions et plus d’arriérés mentaux aux Etats-Unis ? Et les innombrables millions d’autres dans le monde, et tous ceux qui ne sont pas encore nés et qui naîtront faibles d’esprit ?et quels niveaux fantastiques d’intelligence pourrait être atteints en utilisant cette technique sur des gens normaux ! Et sur des génies ? »

 

       

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 21:52

 

             C’est encore Noukette qui approvisionne ma bibliothèque !

             Ernest est un bonhomme maigrichon aux yeux ronds qui est né et a grandi dans une maison vieillotte, en compagnie de sa « môman ». Il ne sort jamais. Il est muet, ce qui l’amène à se coller constamment un pansement sur la bouche, cette bouche qui ne sert à rien. A la mort de sa « môman », Ernest s’est retrouvé encore plus seul. Même s’il ne parle pas, il a des choses à raconter et c’est sur sa vieille Remington qu’il passe ses journées, à imaginer des histoires, « tellement d’histoires que maintenant mes tiroirs et mes placards débordent de partout. » Le vieux chat borgne et muet lui aussi (il ne miaule ni ne ronronne) rend la solitude d’Ernest un peu moins imposante. Et puis un jour, notre célibataire endurci, en regardant la télé, découvre un métier qu’il ignorait jusqu’alors. Celui d’éditeur. Notre maladroit veut absolument envoyer quelques textes à « Monsieur l’Editeur » mais peu importe le genre (parce qu’Ernest en a sous le coude : du policier, de l’histoire d’amour, …) la réponse est toujours la même « votre histoire ne correspond pas à notre ligne éditoriale ». Au bout de quelques dizaines de refus, Monsieur l’Editeur daigne lui donner d’autres adresses de maisons d’édition qui, elles, s’intéressent plus aux histoires pour les enfants. Contre toute attente, Ernest reçoit un jour la visite d’un éditeur si sympathique, Monsieur Jean-Yves, qui reste deux semaines dans la maison assiégée par les toiles d’araignée. Puis Monsieur Jean-Yves s’en va. Sans donner de nouvelles pendant des jours et des jours, et Ernest se sent plus seul que jamais. Le récit termine en beauté, Ernest connaît la gloire et sa solitude n’est plus qu’un mauvais souvenir !

                Quelle jolie histoire accompagnée de dessins aux charmes un peu vieillots à l’image de la maison décrépite mais tellement tendres et doux ! J’ai découvert l’album avec ma fille de huit ans, nous l’avons lu en alternance, moi une page, elle une page, et nous avons vraiment beaucoup apprécié ce récit poétique. Ce n’est pas le thème de la différence (Ernest souffre du syndrome de Williams, le lecteur en est très brièvement averti d’entrée de jeu) qui a retenu l’attention de ma fille. Elle a trouvé très triste le passage décrivant la mort de la maman et elle s’est montrée enthousiaste à la fin, si heureuse. Cette lecture lui a permis, à elle aussi, de découvrir le métier d’éditeur. Le naturel et la pureté de ce petit roman illustré me fait penser à une autre pépite jeunesse que je vous présenterai dans quelque temps. Merci Noukette, je te dois un beau moment lecture entre filles !

 

 

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 19:27

 

Le Guide et la Danseuse

 

           Voilà bien un roman que je n’aurais sans doute jamais lu s’il n’avait pas été glissé dans ma boîte aux lettres !

            Nous sommes en Inde, dans les années 50. Raju vient de sortir de prison, il trouve refuge dans un vieux temple, au bord d’une rivière. Un paysan nommé Velan, passe par là et se méprend : Raju a l’air d’un saint qu’on consulte et qui a réponse à tous les problèmes. De bouche à oreille, grâce à quelques sentences bien placées, Raju se fait un nom bien malgré lui. Il aime voir défiler les gens prendre conseil auprès de lui et même le prier, le vénérer comme un émissaire de Dieu. Il faut dire que les offrandes ne sont pas désagréables non plus, Raju vit ainsi bien confortablement. En parallèle, on découvre sa vie d’avant, sa jeunesse marquée par une rencontre amoureuse impossible. En effet, Rosie est une danseuse mariée à un riche archéologue qui la délaisse complètement au profit de ses recherches. Raju, commerçant devenu guide, saisit l’occasion pour faire de Rosie son amante. Il parviendra même à vivre avec elle et la hissera sur les plus grandes scènes du pays, l’incitant à pratiquer sa danse, art que son mari considérait comme de la prostitution… L’histoire d’amour finira si mal que Raju se retrouvera en prison… avant de se retrouver gourou de tout un village. Ses mensonges lui retombent dessus puisqu’un frère de Velan comprend que Raju, en période de sécheresse et de famine, va jeûner, jusque la pluie revienne…

            Au début de cette lecture, j’étais un peu sceptique, j’ai eu peur de m’ennuyer mais je me suis vite aperçue que je m’étais trompée : ce récit aussi doux qu’édifiant tient le lecteur en haleine, nous emmène dans un pays où les croyances ont la vie dure. Et tout ça emballé proprement, sur un ton subtilement drôle et sarcastique. Raju est un personnage complexe, désireux de faire le bien, il peut aussi se monter égoïste, sournois, mauvaise langue et surtout paresseux. On s’identifie à lui, il nous agace, il nous émeut, il nous fait rire… Lorsque les villageois se relaient pour ne pas le laisser seul lors de sa période de jeûne alors qu’il rêve de grignoter un morceau en cachette, c’est assez jouissif. Et puis, cette satire finalement moderne avec cet homme devenu gourou en deux temps trois mouvements et ces villageois perclus de naïveté bienheureuse, on peut faire des liens avec des histoires plus récentes. Une bien belle découverte en somme !

 

    « Sa vie ne lui appartenait plus, les disciples étaient devenus si nombreux qu’ils débordaient dans les couloirs extérieurs et refluaient jusqu’au bord de la rivière. »

« Ce n’était pas dans sa nature de s’exprimer clairement et avec sincérité. »

« Il mesura à ce moment l’énormité de sa propre création. De sa pauvre petite personne il avait fait un géant, et de cette dalle de pierre un trône. »

 

Citation sur la prison qui s’oppose tellement parfaitement à ce que j’ai pu lire dans Surtensions ! « Aucun endroit n’est plus agréable : à condition d’observer le règlement, vous vous y attirez lus de considération que de l’autre côté du mur. J’étais nourri, j’avais la compagnie des autres prisonniers et des gardiens, je me déplaçais en toute liberté à l’intérieur d’un vaste périmètre. Eh bien ! c’est un avantage non négligeable quand on y réfléchit, beaucoup de gens n’ont ont pas autant. »

 

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 18:22
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            Encore une lecture que je dois à ma Box. Encore une jolie surprise.

            L’auteur-narrateur est un étudiant américain désœuvré qui suit des études de biologie un peu à contrecœur et découvre par hasard les romans de grands aventuriers, ces baroudeurs solitaires qui affrontent les ours. C’est donc un peu rapidement et sans réfléchir qu’il accepte une mission proposée par l’organisme de réglementation de la chasse et de la pêche : surveiller, sept mois durant, l’éclosion des œufs de saumon dans une rivière de l’Idaho. Pete vivra dans une grande tente, à 60 kms de la route la plus proche et à 90 kms de la civilisation. Il regrette d’avoir accepté avant même d’être parti ! Ses copains lui font la fête, les filles sont admiratives, les adieux sont longs et voilà Pete qui se retrouve en pleine montagne, accompagné d’une jeune chienne, Boone.

            Si les débuts de notre aventurier sont empreints de maladresse et de naïveté, si les conversations, les rires et les beuveries lui manquent, si la déprime guette régulièrement à l’entrée de sa tente humide et froide, il se fait, petit à petit, une raison, et marche, explore, découvre les environs, apprend à couper du bois et conduire un camion (avant que les neiges rendent cela impossible), à chasser même. Le rude hiver le coupe complètement de toute présence humaine, et même pour téléphoner, Pete doit parcourir de nombreux miles en raquette. Pourtant, il s’en sort bien, peut se vanter d’avoir obtenu quelques victoires et surtout d’avoir survécu dans des situations extrêmement hostiles. Entre froid, lynx, grouses, chasse, motoneiges, mouflons, éclipse, solitude, rivière gelée, le dépaysement est total, le voyage glacial.

            L’auteur fait preuve d’autodérision, surtout au début du livre mais il faut bien admettre qu’il se débrouille très bien et que la solitude et les grands espaces qui lui pesaient tant les premières semaines vont lui manquer à la fin de son aventure. Cette histoire vraie est joliment racontée, on assiste à l’évolution d’un personnage humain et sensible qui se retrouve métamorphosé après sept mois de vie « à part ». J’ai beaucoup aimé ce récit initiatique même si j’ai trouvé les passages de chasse (et de sang, et de dépeçage, et d’orgie de viande… ) redondants et un peu nauséabonds (bon courage aux végétariens et aux antispécistes !) Bref, si vous aimez le genre du nature writing, l’authenticité d’une expérience insolite et les récits autobiographiques qui ne seraient pas creux, c’est parfait !

 

« Le froid persistait. Il faisait toujours dans les moins vingt ou moins trente la nuit, et le jour on ne dépassait jamais les moins dix. Chaque nuit se répétait le même dilemme : valait-il mieux garder la tête à l’air libre, au risque de geler ou bien la conserver au chaud sous les couvertures, quitte à imposer à mes narines les odeurs d’un homme qui ne se baigne qu’un fois par mois ? Je dormais avec un bonnet sur la tête. Quand arrivait le matin, ma respiration glacée avait ourlé les couvertures, et des lisérés de givre se lovaient autour de mon cou comme des serpents. »

« Quand le beau temps arriva, une multitude de petits papillons bleu ciel fit son apparition : ils voletaient autour de mes jambes lorsque je marchais. Boone, elle, ne se lassait pas de les chasser. Je me mis à préparer mes repas dehors plutôt que de rester enfermé dans la tente enfumée et surchauffée. J’attendais allongé dans l’herbe que le repas soit prêt, observant les fourmis et les mouches vertes irisées, lourdes et rondes, qui se déplaçaient sur le sol humide. De minuscules fleurs sauvages surgissaient de partout en petites taches jaunes et bleues. Je fus étonné de ne m’être pas vraiment aperçu que tout cela avait disparu durant l’hiver. »

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 15:25

 

          Je suis tombée sur cette BD après un voyage en Crète, je ne pouvais donc pas ne pas la lire…

         Thésée est un petit garçon téméraire et curieux qui cherche constamment à savoir qui est son père. Sa mère lui cache son identité jusqu’à ce qu’il devienne jeune adulte. Là, il accomplit déjà un exploit en déplaçant une lourde pierre pour découvrir ce que son père, Égée, le roi d’Athènes, lui a légué : des sandales et une épée. C’est grâce aux sandales qu’il parcourra la longue route menant à Athènes et c’est avec l’épée qu’il combattra tous les monstres rencontrés. Sa réputation le précède et la femme d’Égée, Médée, prépare un cratère de boisson empoisonnée afin d’éliminer l’imposteur qui veut sans aucun doute se saisir du trône. Égée, reconnaissant son fils Thésée grâce à l’épée offerte des années plus tôt, chasse Médée du royaume. Quelques semaines plus tard, Thésée souhaite faire partie des quatorze jeunes gens destinés à être sacrifiés dans le labyrinthe du Minotaure. La suite, on la connaît mieux : aidée par Ariane et son fil, Thésée va vaincre le monstre. Il emmènera Ariane loin de la Crète avant de recevoir la visite d’Athéna qui lui ordonne d’abandonner la jeune femme qui se retrouvera dans les bras de Dionysos. La voile noire oubliée du bateau de Thésée envoie son père, désespéré, dans la mer… Égée ! Bien des années plus tard, lorsque Thésée présente Phèdre, son épouse, à son fils Hippolyte, la sœur d’Ariane en tombera amoureuse et le conduira à sa mort.

          C’est une BD pour adultes mais je l’ai tout de même lue avec mes enfants (qui me l’ont réclamée) : à part une ou deux scènes un peu osées et un carnage lors de la lutte Thésée-homme taureau, il n’y a rien de choquant si on accompagne l’enfant. Les dessins réaliste ont plu et permettent de se plonger dans ce monde antique et fantastique avec aisance. J’ai adoré retrouver cette page tragique et ça m’a donné envie de relire Phèdre ! Si je devais apporter un bémol à cette critique, ce serait la trop petite place qu’occupent le Minotaure et son labyrinthe qui sont finalement un peu trop vite expédiés. La collection « La sagesse des mythes » conçue par Luc Ferry est dédiée à la mythologie et comporte déjà de nombreux titres, mon prochain sera L’Iliade.

          Au musée archéologique d’Héraklion, la visite se termine par une exposition sur le lien, fort intéressant et riche, entre la mythologie grecque et l’art. J’avais oublié la revue du Minotaure créée par les Surréalistes.

« 18/20 »

 

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René Magritte, couverture du Minotaure (1933)

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 17:22

 

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          De Jean-Louis Fournier, on connaît son ton grinçant et sarcastique, sa lucidité parfois cruelle omniprésente dans Où on va, papa ? ou son art de râler dans Ça m’agace! Pour une fois, l’air ambiant est plus tempéré voire doux et tendre.

          L’auteur évoque sa mère, raconte la vie de cette femme réservée et discrète. Peut-être s’est-elle mariée trop tôt et trop vite avec ce médecin à l’air rassurant et jovial, Paul. Elle a abandonné son métier de professeur de lettres et lui a fait trois enfants dont Jean-Louis est l’aîné, à ce médecin d’Arras qui s’est révélé un parfait ivrogne - complètement absent dans l’éducation des enfants, et souvent complètement absent tout court. La famille n’a eu de cesse de se demander dans quel état il rentrerait le soir, la nuit. La mère a assumé et assuré l’école, les devoirs, les activités, les sorties, essayant d’ouvrir ses enfants au monde et à la culture, les emmenant au concert, au cinéma, au théâtre, en vacances. Paul est mort jeune, au moins, la mère a eu moins de soucis d’argent. Naïve et trop gentille, elle s’est souvent fait arnaquer. Distante mais toujours présente, elle a réussi à garder sa famille unie après moult sacrifices et concessions.

          Portrait magnifique et déclaration d’amour, ce court livre rend hommage à une Mère Courage qui s’est souvent tue, a vécu pour les autres, a enfin profité des joies de l’existence une fois vieille mais a finalement traversé les années doucettement, sans fracas. Victime d’une éducation catholique à la dure, elle s’est montrée froide (on retrouve le sens de l’humour décapant de Fournier, il voulait d’abord appeler le livre « La mère est froide »), renfermée et triste. Le récit touchant et réaliste est entrecoupé de descriptions de photos dont celle de la couverture, très belle. On sent un attachement sincère et authentique d’un homme désormais âgé pour sa maman qui lui manque toujours aujourd’hui. Cette lecture a résonné en moi par rapport à mes relations avec ma mère mais aussi par rapport à celles que j’entretiens avec mes enfants. Un beau et grand moment, Jean-Louis Fournier a raison quand il dit :"La seule façon de conserver quelqu'un, c'est de le mettre dans un livre" (interview donnée à Franceinfo)

 

« Ma mère aurait bien aimé quitter son mari, mais on était à l’époque bénie où ça ne se faisait pas. Le divorce n’était pas encore un produit dérivé du mariage, c’était un péché mortel. On ne pouvait pas effacer ce que Dieu avait béni. On ne pouvait pas briser les liens sacrés du mariage, disait bonne-maman. Si on était malheureuse, il fallait rester malheureuse jusqu’à la fin et remercier le bon Dieu. »

Enfant, Jean-Louis entend sa mère pleurer dans son lit : « D’habitude, ce sont les enfants qui pleurent, pas les grandes personnes. Surtout pas les mères, elles sont sur terre pour consoler les enfants qui pleurent. Là, les rôles étaient inversés. C’était le monde à l’envers. J’ai pensé un moment me lever pour aller la consoler. Je n’ai pas osé. Si elle pleurait tout doucement, sous ses couvertures qu’elle avait relevées, c’était pour se cacher. Elle ne voulait pas qu’on l’entende. Ce n’était pas un cauchemar, ce n’était pas un mauvais rêve qui allait s’arrêter. Elle pleurait parce que sa vie était un mauvais rêve. Je ne pouvais rien y faire. »

« Si elle a été souvent triste, ce n’était pas par vocation. Elle avait la joie de vivre, mais vivre ne lui a pas toujours donné la joie de vivre. Toute sa vie, elle a gardé le goût du bonheur. Elle a su se faire consoler par les bienfaiteurs de l’humanité, les musiciens, les peintres, les écrivains, les philosophes… »

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