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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 14:53

 

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BD jeunesse que j’avais repérée deci delà.

           Un grand-père et son petit-fils se séparent. Le grand-père s’apprête à faire son « dernier voyage » parce qu’il est vieux, ridé et qu’il porte sur son dos les montagnes du monde. Le petit garçon se fait la promesse d’aller chercher le vent, celui qui peut tout, même soulever des montagnes. Et il s’en va, tout seul, petit bonhomme courageux. Il rencontre un arbre bavard, il traverse divers paysages, il discute avec des cailloux facétieux, et, enfin, il réussit à gravir la montagne où se trouve le vent, aidé de bouquetins aux cornes d’or. Le vent est un oiseau polymorphe, un être bienveillant et rassurant pour l’enfant abandonné.

          Ce livre a plusieurs lectures possibles et les thèmes sont aussi riches que les dessins : transmission, mort, apprentissage de la vie, confiance … Ce récit initiatique est à la fois philosophique et poétique. Je l’ai lu à ma demoiselle de sept ans, elle a beaucoup apprécié même si elle a eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. Elle a adoré l’oiseau-vent et s’est identifiée au petit garçon plein de témérité. Les dessins sont sublimes, raffinés, admirables ; par des couleurs pastel, Amélie Fléchais, nous emmène au pays des contes, mettant en valeur l’innocence et la pureté de ce petit être démuni face à la puissance des éléments qui l’entourent. Un monde onirique qui fait un peu grandir…

 

« toi qui as l’habitude de voyager, tu sais qu’il arrive toujours un moment où il faut s’en aller. »

« Certaines promesses sont parfois impossibles à tenir. »

 

« 19/20 »

 

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Published by Violette - dans Lectures - jeunesse
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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 11:04

 

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           Ce roman a une histoire toute particulière. Irène Némirovsky, juive, a 39 ans quand elle est arrêtée, en juillet 1942, puis déportée à Auschwitz où elle mourra, un an plus tard. Elle laisse derrière elle une trilogie inachevée dont nous ne possédons que les deux premiers tomes réunis sous ce titre, Suite française.

           Dans le premier opus intitulé « Tempête en juin », l’auteur raconte l’exode massif des Parisiens vers la province en ce mois de juin 1940. La peur, la précipitation, l’angoisse de l’inconnu, l’art de gérer les priorités, le chapardage pour survivre… et surtout cette image d’une grande envolée désorganisée et empressée. Les personnages sont nombreux, certains se révèlent dans cette situation critique, dans le bon sens comme dans le mauvais sens, se montrant égoïstes ou au contraire, généreux.

         Dans le deuxième livre, « Dolce », l’atmosphère est plus posée. L’ennemi a envahi les maisons, les villages, les chambres. Il faut cohabiter avec les Allemands dans ce petit village de Bourgogne. Mais l’Allemand n’est pas toujours un rustre, n’est pas toujours un homme inculte, n’est pas toujours un hôte irrespectueux. Lucile va le découvrir très vite. Vivant seule avec sa belle-mère alors que son mari (qu’elle n’aime pas) est absent, elle va apprendre à connaître ce commandant Bruno von Falk, apprécier sa sensibilité, son tact, sa culture.

         Des deux romans, c’est le second que j’ai préféré. Cette vie à côté de l’ennemi est décrite avec finesse et subtilité, on comprend bien que, même s’il s’agit de l’ennemi, après des semaines et des mois de cohabitation, c’est l’humain qui prime. Le thème est également évoqué par Vercors, presque simultanément, dans l'excellent Silence de la mer. L’Allemand est - lui aussi - un mari, un père, un amant, un nostalgique…, une victime.  Il s’agit d’hommes et de femmes. La fin du roman est extrêmement touchante, très juste et empreinte d’un triste espoir quand on connaît les circonstances de la mort de l’écrivain.
 

         C’est la fille d’Irène Némirovsky qui a lu pour la première fois le manuscrit caché dans une petite valise, en 1998, qui ne sera publié qu’en 2004. L’écriture est belle, la précision dans la description des sentiments, le portrait des personnages m’a fait penser au style de Stefan Zweig dont on pourrait reprendre un titre, « La confusion des sentiments »  qui siérait si bien à Lucile.

 Une belle découverte en livre audio, même si j’aurais tendance à dire qu’il faudrait privilégier la version papier pour mieux goûter aux qualités de ce texte si riche.

« Les êtres passionnés sont simples, se dit-elle encore; elle le hait, et tout est dit. Heureux sont ceux qui peuvent aimer et haïr sans feinte, sans détour, sans nuance. »

« Ils se disaient que la raison, le cœur lui-même pouvaient les faire ennemis, mais qu'il y avait un accord des sens que rien ne pourrait rompre, la muette complicité qui lie d'un commun désir l'homme amoureux et la femme consentante. »

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Published by Violette - dans Livres audio
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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 09:37

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             De Jean Echenoz, j’avais plutôt gardé un mauvais ancien souvenir de Je m’en vais, lu à sa sortie (donc il y a longtemps, en 1999). Mon appréhension s’est muée en intérêt avec Courir que j’avais beaucoup aimé mais avec ce roman surprenant et foisonnant, cet écrivain remonte en flèche dans mon estime, pour atteindre des sommets !

             Constance se fait enlever en douceur, au coin discret d’une rue parisienne, par trois hommes dont un qui l’attire beaucoup. Sans la maltraiter, les ravisseurs l’emmènent dans la Creuse, lui fournissant nourriture et lecture. Pourquoi ce rapt ? Le lecteur ne le comprendra pas tout de suite mais d’emblée, le ton est donné, celui du décalage, de la surprise et de l’humour. Prenons par exemple Lou Tausk. C’est le mari de Constance. Il a créé un tube interplanétaire interprété par Constance elle-même (entre autres) et, quand il reçoit une demande de rançon pour pouvoir récupérer son épouse, nullement affolé, il s’en va demander conseil à son demi-frère, Hubert. Au passage, il séduit sa très belle assistante, Nadine, avec qui il va couler quelques jours heureux (voir extraits ci-dessous). Personne ne s’inquiète réellement de la disparition de Constance, en fait. Et la jeune femme découvre la vie creusoise avec plaisir, finit par s’attacher à ses ravisseurs qui eux aussi, pris d’affection pour elle, vont la cacher dans un cockpit d’éolienne pour contrer les exigences de leur commanditaire.

              Sans vouloir en dire trop, je peux tout de même rajouter qu’à Constance est destinée une mission top secrète d’espionne en Corée du Nord, pays qu’on va découvrir (un peu à la manière de Guy Delisle dans Pyongyang). On s’imagine (enfin moi en tous cas) qu’Echenoz nous raconte des cracs quand il nous parle des mœurs et des dirigeants de ce pays si étrange, ben non, vérifications faites, tout est vrai et servi à volonté pour nous régaler encore et encore. Le style ? Un « on » récurrent qui permet au lecteur de prendre part à l’action, des interventions de l’auteur tout aussi plaisantes et quelques zeugmes, chers à mon cœur. Un roman d’espionnage qui n’en est pas vraiment un, du loufoque savamment dosé, des personnages pittoresques, bref : un gros bonheur de lecture que ce bouquin !!

 

L’histoire d’amour entre Nadine et Tausk  - au début : « C’est allé très vite avec elle, on ne se quitte guère, on se parle beaucoup, la plupart du temps au lit où l’on conçoit le projet classique de filer au bout du monde pour y couler, en paix des jours heureux. Où donc filer au juste, eh bien nous verrons bien. »

… et quelques chapitres plus tard : « Ces derniers jours, du côté de Lou Tausk et de Nadine Alcover, rien n’est advenu de très neuf sauf que l’idée de partir au bout du monde s’est un peu estompée. C’est qu’à la réflexion, le monde avec ses guerres actives et larvées, ses raideurs ethniques, politiques, religieuses, tribales, raciales, claniques, ses fractures nucléaires, sa mise en coupe réglée, son terrorisme et son tourisme et ses mêmes magasins partout, eh bien ce monde on en reparlerait plus tard, on est très bien ensemble et on n’est pas plus mal chez soi, et allons donc baiser. »

 

« Il s’y remettra vite à fumer ainsi que de ses désillusions »

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 22:37

 

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              Je n’allais pas m’arrêter en si bon chemin alors qu’on m’avait déjà vanté tous les mérites des vacances au soleil dans le premier magnifique tome de la série…

              On regarde par-dessus son épaule, on se retourne, on fait marche arrière, bref, on revient quatre ans plus tôt dans la famille Faldérault, en juillet 1969. Encore une fois, on s’apprête à partir en vacances mais il faut attendre le dessinateur de père, qui peaufine sa BD « Four ». Pépé Buelo gardera la maison et s’occupera des plantes. Et le départ se fait sous une pluie battante toute belge (on lui a fait fortement concurrence au printemps dernier !) dans la magnifique 4L. Les enfants ne sont encore que trois mais Mado couve tendrement le quatrième sous le regard fou amoureux de son mari. On est partis, et sachez que dans la famille, peu importe la destination, l’essentiel est d’y trouver quiétude et soleil. L'auto-stoppeur hippie qui embarque dans la 4L surnommée "mam'zelle Estérel" ne tient pas longtemps parce que les petites routes, les arrêts intempestifs, vraiment, il n'en peut plus ! Après une nuit de camping impromptue dans le potager d’un charmant couple, voilà nos vacanciers rudement bien conseillés et guidés : c’est dans une calanque qu’ils séjourneront. L’endroit est sublime, c’est un pêcheur qui cherche tout le monde en bateau pour aller faire les courses. Julie l’aînée s’adonne à sa passion : se cacher le plus loin possible pour faire pipi, Louis, le plus jeune triche aux cartes et à la pétanque parce que c’est le plus petit, et qu’il a « le droit à un nandicape ! c’est papa qui l’a dit ! » La bonne humeur est omniprésente, on se marre, on bronze, on pêche, on fait du cerf-volant, on s’aime, tout simplement. Ce qui m’a surprise moi qui aie pour habitude de tout gérer, contrôler, minuter, c’est le laisser-aller si enivrant, l’absence totale de contraintes. Les conflits et les courses contre la montre n’ont rien à faire dans ce coin de paradis.

              Cet album aurait aussi pu s’appeler « Vacances idylliques » parce que c’est bien le cas. Ce n’est que rigolade, chansons, baignades, farniente et câlins. Si vous rajoutez à cela les premiers pas de l’Homme sur la lune (eh oui, en juillet 1969), c’est de l’or en barre que vous lisez avec un sourire aux lèvres constant. C’est tellement de bonheur que ça file la chair de poule. Mais je bavarde alors que « le bonheur, ça ne se raconte pas» alors plongez-y vite fait en lisant ce cocktail de soleil à l’air iodé.

 

Merci, « c’est un mot qui rend la vie jolie ».

« Avant on habitait en Belgique, maintenant on habite en vacances ».

« Vous savez ce que c’est ! … les rêves, on les coupe, on les met dans un vase, ça fait joli sur la table du salon !... mais t’as beau changer l’eau tous les jours, tes rêves, ils finissent par se faner. »

 

« 20/20 »

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 22:13

 

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            Je vous dirais bien que c’est pour préparer l’agrég’ de lettres que j’ai lu ce roman (au programme en littérature comparée) mais non, point de mensonges, c’est une agrégée qui me l’a prêté.

            C’est sur trois générations que nous suivons les hommes de la famille von Trotta. Il y a le grand-père d’abord, celui qui fait figure de déclencheur d’intrigue. Presque par hasard, il va s’interposer entre l’empereur François-Joseph et une balle qui lui était destiné, en 1859, sur le champ de bataille de Solferino. C’est en prenant cette balle qu’il va se voir anoblir. Lui-même a du mal à comprendre et à accepter cet honneur et sa notoriété. Son fils, lui, renoncera à une carrière militaire et sera préfet. Son petit-fils, Charles-Joseph, voue à son aïeul une vénération qui l’empêche de vivre, il se sent toujours dans l’ombre du grand homme, le « héros de Solferino ». Le portrait, suspendu dans le salon familial, l’envoûtera jusqu’à l’obséder. Sous-lieutenant, sa carrière dépérira pour disparaître complètement puisqu’il quittera l’armée quelques heures avant le début de la Première Guerre mondiale.

           De la Bohême à la frontière russe en passant par Vienne, ce roman est l’histoire d’un déclin. Celui de l’empire austro-hongrois. Et Joseph Roth ponctue son texte de métaphores, de remarques récurrentes concernant la fin de cette époque. L’air de « La Marche de Radetzky » de Strauss résonne à nos oreilles pendant toute la lecture. L’écrivain a parfaitement su retranscrire cette chute de la monarchie en nous emmenant dans une grande parenthèse, dans un univers figé qu’on sent révolu, côtoyant des personnages surannés voire sclérosés. Et on retient son souffle en connaissant l’issue, cet assassinat de François-Ferdinand d’Autriche qui va déclencher la Première Guerre mondiale.

            Il serait faux de dire que j’ai tout aimé, l’omniprésence de l’univers militaire m’a parfois gênée, mais l’atmosphère de cette fin d’époque est tellement bien rendue, avec une telle subtilité et une grande sensibilité, qu’on s’attache à ces personnages devenus des anti-héros (les considérations de l’empereur seul, vieillissant, sont incomparables), qu’on partage leur solitude et leur mélancolie, qu’on apprécie vivre les dernières minutes de ce monde oublié à leurs côtés. Et on pense à Zweig ou à Thomas Mann et sa Montagne magique. Une belle expérience de lecture en somme !

 

« On était le petit-fils du héros de Solferino, son unique petit-fils. On sentait constamment peser sur son dos le sombre et énigmatique regard du grand-père ! On était le petit-fils du héros de Solferino. »

« La maladie n’était qu’une tentative de la nature pour habituer l’homme à mourir. »

« Et maintenant, il s’en revenait, seul, de chez son fils, qui restait, de la frontière où l’on voyait déjà le monde sombrer aussi nettement que l’on voit un orage se former aux confins d’une ville dont les rues s’allongent encore, heureuses, sans se douter de rien, sous le ciel bleu. »

« L’empereur était un vieil homme. C’était le plus vieil empereur du monde. Autour de lui, la mort traçait des cercles, des cercles, elle fauchait, fauchait. Déjà le champ était entièrement vide et, seul, l’Empereur s’y dressait encore, telle une tige oubliée, attendant. »

 

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 09:38

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            J’ai retardé la lecture de ce roman à la mode. Un pressentiment, peut-être.

            Deux voix se côtoient : celle du petit garçon, le fils de Louise et Georges, un couple d’extravagants, et celle du père, Georges. Louise est atteinte de « folie douce » ; lorsqu’elle rencontre Georges, elle rencontre aussi celui qui va non seulement comprendre ses excentricités mais entrer dans son univers marginal. Le narrateur enfant voit ses parents danser et faire la fête à longueur de temps dans un grand appartement où il y a du monde tout le temps. La télé est une punition et le fils unique est souvent sommé de raconter à sa mère sa journée imaginaire, non pas celle de l’école (qu’il manque d’ailleurs régulièrement) bien trop soporifique, mais une journée très amusante et loufoque qu’il aurait pu vivre… Tout se passe à merveille dans une enfance bercée par le tube de Nina Simone « Mr Bojangles ». Georges attribue à Louise un prénom différent chaque jour, la dame boit des cocktails du matin au soir, les envols et les cris d’un oiseau de Numidie ponctuent cette vie non-conformiste. Mais un jour, Louise met le feu à leur appartement. Les impôts n’étaient pas payés depuis des années, le courrier s’accumulait jusqu’à former un immense tas et Louise ne supportait plus cet amas de papiers. C’est à ce moment-là que Georges a réellement compris que Louise était à la fois hystérique, schizophrène et bipolaire ; c’est en tous cas le diagnostic qui a été posé à l’hôpital psychiatrique où Louise est internée. Là-bas, elle règne en prêtresse sur les autres patients. Mais elle ne peut y rester, mari et fils organisent un kidnapping digne d’un film américain pour la sortir de là.

           Evidemment que j’ai aimé cette lecture qui a l’avantage d’être bipolaire, elle aussi : le lecteur peut s’éclater comme un fou dans la première partie avant de fondre en larmes dans la 2ème. C’est d’ailleurs cette seconde partie que j’ai préférée, plus juste, plus sensible. Le début du livre m’a même légèrement agacée, une vie folle, ça n’est pas difficile à imaginer et ça sent le réchauffé (Boris Vian, J.M. Erre, Malzieu, ou encore Beckett seront d’accord avec moi). Cette mince frontière entre lucidité et folie, entre normalité et maladie est subtilement évoquée et pourtant, je n’ai pas totalement adhéré à cette histoire qui m’a plu, je le répète, sans que j’en ressente aucune extase particulière. J’en attendais trop, ça n’est pas impossible. Je serais néanmoins bien curieuse de lire ce que ce joli Monsieur Bourdeaut pourrait écrire par la suite…

« D’elle, mon père disait qu’elle tutoyait les étoiles, ce qui me semblait étrange car elle vouvoyait tout le monde, y compris moi. »

« Depuis notre pétaradante rencontre, elle faisait toujours mine d’ignorer la réalité d’une façon charmante. Du moins, je faisais mine de croire qu’elle le faisait exprès, car c’était chez elle si naturel. »

« Je ne regrettais rien, je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d’honneur aux conventions, aux horloges, aux saisons, ces langues tirées aux qu’en-dira-t-on. »

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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 11:36

 

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            Nous sommes en août 1973, en Belgique. Toute la famille Faldérault s’apprête à délaisser la maison pour partir vers le Sud. Le départ a été quelque peu retardé par les obligations professionnelles du père dessinateur de BD. Mais ça y est, on y est, entassés dans la 4L : les parents, les quatre enfants et l’ami invisible de l’un d’eux, Tchouki. Les valises sont sur le toit et on chante en attendant de trouver le soleil. Une première escale se fait sur l’herbe, près d’une rivière. Une seconde dans un camping, les vacances s’annoncent joyeuses et légères même si les enfants se demandent pourquoi Maman, Mado, est si souvent triste. L’idylle estivale est interrompue par un coup du fil lugubre : la tante des enfants est morte d’un cancer. Ni une ni deux, on plie bagages et on remonte en Belgique où une pluie battante accueille la famille. Entre le môme fan de Lucky Luke, les deux qui se disputent se critiquant sur leur physique (l’un se fait traiter de « Jane Birkin », l’autre de « Carlos »), et la benjamine toujours gaie qui zozote et aime « niquepiquer », on s’attache très vite aux personnages et à cette famille adorable. Mado voulait quitter Pierre parce qu’elle n’a pas la vie dont elle rêvait mais peut-être leurs aventures vont –elles la faire changer d’avis ?

 

           La plongée dans les années 70 sur des mélodies de Sardou ou de Joe Dassin est purement délicieuse  et constitue un vrai atout. J’ai retrouvé un petit morceau du ravissement que j’avais ressenti lors de la lecture de Lydie. Est-ce étonnant ? Non, puisque ce sont les deux mêmes auteurs. Encore une fois, ils flirtent avec la dimension surnaturelle, un monde à part qui serait bienveillant et jouerait le rôle d’ange gardien. J’ai adoré la fin, optimiste et radieuse. Les dessins sont juste parfaits. Oui, parfaits. Je mets la note de 18/20 en prévision d’une suite que je vais lire… tout de suite !

 

« La vie, c’est grimper tout en haut d’un sapin. Il y a des aiguilles, et les aiguilles, ça pique ! On voudrait bien redescendre, mais c’est impossible. Alors, on continue de grimper. Mais plus on monte, plus les branches sont petites et plus on a le vertige, parce qu’on a peur de tomber, tu comprends ? Beaucoup de gens qui ont peur s’asseyent sur une branche et n’en bougent plus, comme de vieux hiboux qui tournent la tête en posant toujours la même question idiote : « Hou ? hou ? hou ? »

 

Mes tentateurs que je remercie : Noukette et Jérôme !

 

« 18/20 »

 

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:38

 

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            Une fois n’est pas coutume, c’est par hasard que je me suis tournée vers ce très court roman. Il n’y a pas de vrai hasard puisque je connais tout de même une peu l’auteur pour avoir apprécié quelques-unes de ses nouvelles, quelques-uns de ses romans.

             Houria a 65 ans, elle vit seule à Paris mais ne peut plus se le permettre. Aussi, décide-t-elle d’aller déménager à Béziers, cette ville qui l’a vue grandir. Elle trouve facilement un appartement bien moins cher que le précédent et deux fois plus grand. Souhaitant vivre une existence tranquille, elle va vite être confrontée à une ville chamboulée. Elle ne reconnaît plus la cité de son enfance qui est désormais détériorée, salie, désertée, envahie par dealers, drogués et racistes.

             Nous sommes en mars 2014, à quelques heures des élections municipales, et Robert Ménard brigue le poste de maire de la ville. Le climat est tendu, des bandes de voyous bloquent régulièrement des rues, les petits commerces ferment les uns après les autres, les partis politiques s’affrontent dans une ambiance sournoise et malsaine.

Le roman, de prime abord léger, se révèle être un récit profondément engagé. Didier Daeninckx, c’est bien connu, a les deux pieds sur terre, il n’hésite pas à parler de la réalité, aussi crue soit-elle. Et c’est parfois indispensable. Bien que j’aie du mal avec les textes vraiment courts (celui-ci ne fait que 57 pages), j’ai beaucoup apprécié cette lecture. Il faut que certains grattent un peu pour mettre à jour la crasse que cache le vernis…

« Plus loin, des parpaings obturaient la façade d’une bijouterie. Même ambiance aux alentours de la mairie avec son lot de pizzerias et de boulangeries en déshérence. La vieille poste qui faisait face à l’hôtel de ville avait disparu, remplacée par une place minérale et l’arrêt Gabriel-Péri, un abribus déstructuré en tôles de couleur rouille, criblé, comme à la mitraillette, de trous qui formaient les noms de toutes les stations placées sur la ligne. Plus j’approchais des halles, et plus mon regard accrochait les traces du désastre. Pas un passage qui ne recèle deux ou trois boutiques moribondes, alors que me revenaient les images d’hier quand une foule avide se pressait sur les trottoirs et que le moindre espace donnant sur la chaussée regorgeait de marchandises. »

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 18:35

         

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           Roman tout à fait atypique, entre récit et autofiction, d’un auteur que je n’avais jamais lu jusque là.

          Claire est en hôpital psychiatrique où elle livre ses souvenirs, ses pensées, ses désirs à son psy, Marc. Claire a joué avec le feu et s’est brûlé les ailes. Pour plus ou moins se venger d’un ex qui l’avait lâchement plaquée, elle entre en contact avec Chris, un de ses copains colocataires, sur Facebook. Mais pas sous sa véritable identité. Elle change de nom, montre un visage qui n’est pas le sien et communique avec Chris de plus en plus régulièrement. Si souvent que les deux ne peuvent plus se passer l’un de l’autre. Chris ignore que Claire a 48 ans, il est tombé fou amoureux d’une photo qui est celle de sa nièce, Katia. Le résultat sera digne d’une tragédie grecque. Mais le récit ne s’arrête pas là. L’ambivalent Dr Marc B. va prendre la défense de Claire dans un long discours qu’il adresse à ses confrères, leur lisant la fiction écrite par Claire de ce qu’aurait pu être l’histoire d’amour vécue in real life par Claire et Chris. A la façon des poupées russes, dans la dernière partie c’est l’écrivain Camille Laurens qui prend la parole et raconte ce qui s’apparente à sa réalité.

           J’ai dévoré ce roman en quelques petites heures, je me suis facilement engouffrée dans cet univers fait de manipulations, de fausses confidences, de mensonges et de libertinage. Extrêmement féminin (observez la couverture, tout est féminin, le nom de l’auteur, le titre…), le récit s’apparente à un long discours quasi logorrhéique qui peut déplaire, je m’en rends compte. On se fait avoir, on ne sait plus qui est qui, et c’est délicieux. Des réflexions sur l’écriture côtoient les envolées passionnées et passionnelles des personnages, ce qui ne gâche rien à l’affaire. J’ai beaucoup aimé l’humour, le cynisme voire la cruauté de l’auteur vis-à-vis de ses personnages mais aussi vis-à-vis des hommes en général… Camille Laurens se s’épargne pas elle-même ! Malgré mon engouement (et je vais voir ce qu’elle a pu écrire avant, cette Camille Laurens), l’écriture très orale m’a parfois dérangée, le pronom « on » est omniprésent. Et la tension savoureusement ressentie dans les deux tiers du livre est un peu retombée dans la dernière partie où j’ai été agacée par l’extrême soumission de la femme par rapport à l’homme. L’association n’est peut-être pas des plus heureuses mais je n’ai pu m’empêcher de penser aux romans de Glattauer sur le thème des amours virtuelles. Et puis, comment ne pas évoquer D'après une histoire vraie de De Vigan ! A lire, en tous cas, rien que pour découvrir autre chose et s’amuser avec cette frontière si mince entre fiction et réalité.

 

 

« Se faire un roman, c’est se bâtir un asile. »

« l’âge est une notion strictement administrative. »

« on n’apprend pas vite à s’apercevoir de soi, parfois jamais. »

Internet : « Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la Toile. Tantôt on est l’araignée, tantôt e moucheron. Mais on existe l’un pour l’autre, l’un par l’autre, on est reliés par la religion commune. A défaut de communier, ça communique. »

J’ai beaucoup ri : Jean-Pierre Mocky se serait vanté de sa grande forme, à son âge encore, il bande toujours : « Vous imaginez une octogénaire dire ça en direct, dire qu’elle mouille en matant un petit jeune. »

 

 

 

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 16:57

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         Sur un coup de tête, un jeune homme part vivre et travailler à Johannesburg, pistonné par un copain de son père. L’accueil est jovial mais les innombrables dispositifs de sécurité impressionnent tout de suite l’étranger : la voiture est équipée d’une barre de blocage du volant, d’un blocage verrou du levier de vitesse, d’un bouton arrêtant l’arrivée d’essence au bout de 300 mètres ; les maisons sont toutes entourées de grillages,d’alarmes,  de barbelés, de fils électriques. Il vaut mieux ne pas se promener une fois la nuit arrivée. Pourtant, le travail à l’imprimerie et les différentes rencontres qu’il fait lui plaisent. Solidarité, sourires, entraide, restos associatifs font oublier un bref instant les violences du quotidien.

         D’abord déstabilisée par le dessin en noir et blanc et ses traits bruts, comme tracés à la va-vite, j’ai vite réalisé qu’il permettait de rendre de manière juste le foisonnement de cette ville si complexe. Ça bouge, ça fourmille de partout, ça frétille, ça danse. Rabaté le souligne à la fin de l’album, la violence qui règne dans la ville est palpable et bien réelle mais « l’énergie folle » et « les rencontres formidables » en font aussi un endroit exceptionnel. Cette BD est le fruit d’une résidence de l’auteur à Johannesburg, en 2001. Un joli petit voyage, un peu trop court à mon goût (pas le meilleur de Rabaté, ça c'est sûr) mais agréable tout de même!

 

« 15/20 »

 

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