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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 19:27

 

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            Ce bouquin faisait partie de mes lacunes de lectures. Pire, je l’avais commencé il y a 4,5 ans et j’en ai abandonné la lecture au bout d’une trentaine de pages. Pour ne rien arranger, j’ai découvert Harper Lee en livre audio avec Va et poste une sentinelle que je n’ai pas aimé … Tout ça partait donc du mauvais pied, et pourtant…

             Au début des années 30, dans une petite ville (fictive) d’Alabama, Atticus Finch, un avocat veuf, élève seul ses deux enfants, Jem l’aîné et Scout la cadette (la narratrice), avec l’aide de la gouvernante et cuisinière noire, Calpurnia. Par de petits faits parfois anodins : les relations avec le voisinage, les premiers jours d’école de Scout, les amours et les conflits enfantins, l’émerveillement devant la neige –si rare en Alabama-, l’immersion dans la lecture, ce roman initiatique dépeint parfaitement la vie d’une jeune fille blanche mais aussi le quotidien d’une petite ville du Sud des Etats-Unis, pendant la Grande Dépression. Cette première partie a été agréable, douce, amusante parfois, édifiante aussi avec cette éducation à la Atticus franchement moderne, ouverte et généreuse. J’ai trouvé que le roman gagnait réellement en force et en qualité dans la deuxième partie. Atticus se voit défendre un Noir accusé d’avoir violé une jeune Blanche. Il n’en est rien mais nous sommes à une époque où les Noirs sont déjà coupables de vivre… Le père de la prétendue victime, même s’il obtiendra gain de cause va se venger d’Atticus pour avoir semé le doute dans les esprits des gens et s’attaquera à Jem et à Scout.

           Quel roman ! Le personnage d’Atticus incarne pour moi une sorte de perfection, déjà dans la manière dont il élève ses enfants mais aussi en tant qu’homme, il est doux, compréhensif, ouvert, indulgent, tenace. Il défend la cause des Noirs avec justesse et raison, il fuit violences et agressivité et sera le premier surpris de l’acte de vengeance que commettra Bob Ewell. C’est justement ce statut d’homme modèle qu’on perd complètement dans Va et poste une sentinelle qui est le livre du désenchantement (à se demander si c’est bien le même auteur qui a écrit les deux !). On sort de To Kill a Mocking Bird porté par un élan d’espoir, un besoin de lutter dans le calme et la paix pour rendre le monde plus juste. Et rien que pour ça, ce livre mérite vraiment d’être culte !

 

Quelques conseils d’Atticus :

« tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue… »

 « Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais ça peut arriver. »

 

L’explication du titre : « c’est un péché de tuer un oiseau moqueur […] Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. »

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 19:15

 

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-librement adapté du roman de Philippa Pearce-

 

           Tom est un petit garçon qu’on exclut de sa maison parce que son frère a la rougeole. Il doit rester en quarantaine chez son oncle Allan et sa tante Gwen. Cette maison austère et sans enfants, il la considère comme une prison ; sa liberté, très limitée, se cantonnant aux quatre murs de sa chambre et à quelques livres pour filles. Une immense horloge dans le hall d’entrée le fascine car, à minuit passé, elle sonne treize coups ! Une nuit, insomniaque, Tom se dirige vers une porte d’où jaillissent quelques rayons de lumière et là… il découvre un magnifique jardin, verdoyant et fleuri ! Pourquoi tante et oncle lui ont-ils caché ce merveilleux écrin de verdure ? En journée, Tom pousse la même porte mais constate qu’elle ne donne que sur une cour hostile et des maisons voisines. Il va accomplir ce voyage toutes les nuits à la même heure, explorant à chaque fois un peu plus ce jardin à la végétation luxuriante, rencontrant des gens qui ne le voient pas, traversant même les portes… Lorsque Tom rencontre une petite fille qui est capable de le voir, Hatty, il s’attache vraiment à cet endroit, joue avec sa nouvelle camarade et profite des joies de la nature.

               Peter, le frère de Tom, est son unique confident. Tom ne sait si Hatty est un fantôme (car l’histoire du jardin se passe à l’époque victorienne) ou s’il est capable de faire un bond dans le temps ou même s’il est lui-même un fantôme… En plein dans le fantastique, cette belle histoire flirte aussi avec l’onirique et le poétique. La fin est surprenante et jolie, tendre et souriante. J’ai vraiment beaucoup aimé sans connaître pour le moins du monde le roman qui a permis la réalisation de cette BD, Tom et le jardin de minuit, sorti en 1958 et devenu un classique de la littérature de jeunesse anglaise. Un livre qui  fait rêver, petits et grands !

« 18/20 »

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Published by Violette - dans Lectures - BD
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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 07:20

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          En ce qui concerne les livres, je peux me révéler très faible… j’ai craqué pour une box mensuelle (pour laquelle je ne ferai pas de pub). Pour les quelques rares qui ne connaîtraient pas, j’ai donné quelques préférences de lectures et, chaque moi, je reçois un livre surprise qui correspond à mes critères. Avec celui-là, c’est tombé juste et bien.

           Nous sommes à Paris, en 1924. C’est l’été, le narrateur, Jake, et ses amis américains comme lui, projettent de partir ensemble en Espagne. Entre Robert Cohn, l’éternel casse-pieds que tout le monde aimerait voir quitter le groupe de potes, Mike l’insolent, Bill le fantasque et la jolie Brett qui rend tous les hommes fous d’elle, le narrateur passe du bon temps à flâner, à boire et à manger dans les bistrots ou les meilleurs restaurants de la capitale. Cap vers Pampelune où cette petite troupe va d’abord aller pêcher puis assister aux fameuses fiestas espagnoles. Farniente, beuveries et corridas sont au programme. Brett après avoir eu une liaison avec tous les hommes du groupe, s’éprend de Romero, le beau torero de 15 ans de moins qu’elle. Cette aventure va tourner court et conduira la belle et le narrateur à Madrid.

               Cette lecture a été assez étrange parce que les personnages ne font finalement pas grand-chose à part se saouler ; leurs dialogues sont souvent creux, répétitifs,  on aurait même tendance à s’ennuyer … et puis, il reste une atmosphère qu’on sent bien digne d’un grand romancier. Cet entre-deux-guerres se force à la joie et au bonheur. Il s’agit de faire la fête pour oublier, les personnages semblent si désinvoltes qu’on comprend vite qu’ils cachent un mal-être plus profond. Rire pour ne pas pleurer. Un carpe diem parfois bien triste pour cette « génération perdue »…

             Ce roman paru en 1926 est le premier succès d’Hemingway et on y trouve déjà des ingrédients chers à l’auteur : Paris dont les descriptions des années 20 sont délicieuses, l’Espagne (qu’il me tarde de voir un jour Pampelune !) et les corridas (qui me fascinent depuis … ou tu porteras mon deuil). Une lecture surprenante -sans être passionnante- qui donne un juste aperçu des Années Folles.

Une nuit, à Paris, dans un taxi : « Nous étions assis loin de l’autre, et les cahots nous rapprochaient tandis que nous descendions la vieille rue. Brett avait enlevé son chapeau. Elle renversait la tête. Dans la lumière des boutiques ouvertes, je pouvais voir son visage, puis l’obscurité revint, mais, quand nous débouchâmes dans l’avenue des Gobelins, je pus voir de nouveau son visage. La rue était défoncée et des hommes travaillaient aux rails du tramway, à la lueur des lampes à acétylène. Le visage de Brett était blanc, et la ligne svelte de son cou brilla dans la lueur vive de l’acétylène. La rue redevint noire et je l’embrassai. »

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 21:50

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        Par où commencer avec ce roman dense, mêlant les genres, tenant le lecteur en haleine au long de ses 700 pages ?!

        Le journaliste d’investigation Scott McGrath a déjà enquêté par le passé sur le mystérieux Cordova, réalisateur de films d’horreur, personnage aussi hypnotique que dangereux, terriblement secret, extrêmement fantasque et atypique. Lorsque McGrath apprend que la fille de Cordova, la magnifique Ashley, s’est suicidée du haut d’un entrepôt désaffecté, à New York, il décide de reprendre l’enquête qu’on lui avait soustraite quelques années auparavant. Rapidement, deux acolytes vont se joindre à lui : Hopper, un dealer sympatoche qui a l’art de disparaître pour réapparaitre tout aussi inopinément et la mignonne Nora, une quasi SDF qui rêve de devenir actrice. A eux trois, ils vont peu à peu tenter de cerner la personnalité d’Ashley, pianiste virtuose et belle révoltée mais aussi de percer les secrets du Peak, l’immense demeure des Cordova, devenue lieu de tournages de la plupart des films. Entre site internet réservé aux fans cordovistes et rencontres des acteurs qui ont joué pour Cordova, les trois détectives seront contraints de se poser les bonnes questions et iront jusqu’à mettre leur vie en péril…

          Roman déroutant et captivant, cette quête initiatique est un croisement entre l’univers d’Harry Potter en plus noir, celui du Projet Blair Witch et de La Quatrième Dimension. J’ai surtout trouvé qu'il proposait une belle définition du fantastique selon Todorov, cette hésitation permanente entre le réel et le surnaturel. Bref, le lecteur est manipulé, il court, il ne sait plus où il est ni qui il est, il halète, il ne dort plus tellement il a envie de connaître la suite. Les imperfections sont rares dans ce brillant pavé, la flopée de mots en italiques m’a un peu agacée, tendant à prendre le lecteur pour une grosse nouille qui ne comprend pas quels sont les mots les plus importants. J’ai adoré baigner dans cette atmosphère newyorkaise glauque et énigmatique. Marisha Pessl a forcé le trait en accompagnant sa prose de coupures de journaux, de photos, de pages internet, de rapports de police et de notes griffonnées à la main. Pour finir, je trouve la couverture assez représentative du contenu du livre : hypnotique et ensorcelant.  Le roman ne demande qu’à être adapté au cinéma, attendons.

 

« L’argent fait ça aux gens. Il les emmène au pressing pour les amidonner et les repasser, cruellement, de sorte que tout ce qui dépasse, toute la poussière, la faim et les rires innocents, est nettoyé. Rares sont ceux qui survivent aux grandes fortunes. »

« Il n’y avait nulle part où aller – rien qu’un autre panneau en bois, à soixante centimètres. Une autre boîte, apparemment. Je passai ma tête à travers l’ouverture. Il y avait un peu plus de lumière et d’espace, mais le précédent cercueil en occupait la majeure partie, puisqu’il trônait en son centre. Là non plus je ne pouvais pas m’asseoir ; le plafond n’était plus haut que de quelques centimètres. Je me hissai sur le ventre le long de la bordure extérieure et, une fois sorti du trou, je sus que j’avais raison : je me retrouvais dans une autre boîte hexagonale. »

Lu dans le cadre du Challenge Pavé de l'été 2016 chez Brize !

pavé2016moyen

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 17:38

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              J’étais en mal de polars, c’est en BD que j’ai pu assouvir ce manque…

             Dans les années 60, à Watertown, petite ville américaine, Philip Whiting est un modeste et discret employé d’une compagnie d’assurances. Comme tous les matins, il se rend à la pâtisserie de M. Clarke pour acheter son habituel muffin. Mais un lundi matin, lorsqu’il prend des mains de la vendeuse son petit bag en lui disant « A demain, Maggie », celle-ci répond qu’elle ne serait plus là le lendemain. Et non seulement le lendemain, la vendeuse a disparu mais son patron est retrouvé mort, écrasé par une étagère. Philip semble être le seul stupéfait par la concordance de ces deux événements. Son étonnement va croissant quand il croise Maggie dans une boutique d’antiquités, deux ans plus tard, dans une petite ville de l’autre bout du Massachusetts. Elle nie le connaître : « Vous vous trompez : mon nom est Marie. »  Philip, persuadé qu’il a raison, mène l’enquête seul mais se confie rapidement à un journaliste qui s’était posé quelques questions lors de la disparition de Maggie. Celui-ci le rappelle en évoquant des révélations à lui faire… juste avant de mourir dans un accident de voiture ! C’en est trop pour Philip, il prend un congé et décide d’y voir de plus près. Un vieil album photos qu’il achète à Maggie-Marie va le mettre sur une piste très sérieuse…

            Une plongée dans les Etats-Unis des années 60, des secrets de famille, une nouvelle identité, des apparences trompeuses, une fin surprenante presque drôle et un fait divers entouré d’un halo mystérieux, il n’en faut pas plus pour alpaguer le lecteur. D’autant plus que j’ai vraiment apprécié ce trait épais si particulier venant d’un auteur qui, je l’ignorais, a réalisé la couverture des Harry Potter. Une belle découverte pour un polar tout en douceur.

 

« 17/20 »

 

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:16

 

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             Il me tardait de découvrir ce grand romancier américain !

             Le shérif Walt Longmire, veuf, s’apprête à marier à sa fille unique, Cady. Il a encore quelques points à régler pour que l’union se passe, dans les meilleures conditions possibles, selon les rites amérindiens, dans une réserve amérindienne. Il est pourtant témoin d’une chute mortelle d’une jeune femme tombée du haut d’une falaise. La thèse du suicide est très vite écartée, la jeune femme a chuté avec, dans ses bras, son petit bébé. La mère meurt, le bébé est sauf, et voilà le shérif embarqué bien malgré lui dans l’enquête. C’est surtout Lolo Long, cette Indienne incroyablement belle, chef de la police tribale, à l’attitude guerrière et virulente qui lui demande de l’aide.

            Quel voyage ! Nous accompagnons les Amérindiens du XXIè siècle, de bars en bars, de virées dans un pick-up brinquebalant en séances chamaniques où Longmire goûte, pour la première fois, au peyote –ce cactus aux vertus hallucinogènes (très mignon par ailleurs, voir plus bas.) Ce shérif qui est le personnage central d’une série de polars, est imperturbable à souhait, drôle et courageux. La chef Lolo Long n’est pas en reste et détone et par sa beauté et par son cran. J’ai beaucoup aimé cette lecture, l’intrigue est passionnante, les rebondissements savoureux, et quand on sait que l’auteur vit à côté des réserves Crow et Cheyenne dans un parfait respect de l’autre, on a juste envie de dire « Chapeau ! » et de lire un autre de ses bouquins !

 

« Au pied de la corniche coulait Tie Creek, mais on était en été et l’eau ne nous arrivait qu’à la cheville. Nous franchîmes la petite rivière en marchant sur des pierres rondes – le chien traversa à grands renforts d’éclaboussures – et nous poursuivîmes entre les arbres jusqu’à la colline suivante. La vue sur la partie basse des falaises était plus dégagée, car elle réfléchissait la vive lumière du soleil dont les rayons descendaient tout droit comme sur une image biblique ; les parois rocheuses au-dessus étaient très impressionnantes, et je devais admettre que cet endroit était vraiment d’une beauté rare. »

 

 

Un gamin maigrichon, au bord d’une route, ne porte qu’une seule chaussure.

 « - T’as perdu une chaussure ?

Il tourna ma tête en entendant ma voix, et me regarda.

   - Non. (Son sourire était immense, béat.) J’en ai trouvé une. »

 

Je remercie les éditions Gallmeister !

 

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 10:04

 

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           Chaudement recommandé par les hommes de la blogosphère (Yaneck et Jérôme), cet album m’intéressait aussi parce que j’avais découvert son auteur avec Rides (dont le sujet m’avait déprimée même si j’avais apprécié le talent de Paco Roca).

            José débarque dans la maison secondaire de ses parents. Son père est mort depuis un an, et depuis un an, la maison est à l’abandon. Bien décidé, avec son frère et sa sœur, de vendre la maison, José tente bon gré mal gré de retaper quelques trucs. Mais c’est l’artiste de la famille, il ne parvient pas à faire grand-chose. Suit Vicente qui est bien plus débrouillard que son petit frère, et enfin, Carla. Ce retour à la maison des vacances où le paternel a tant bricolé, rafistolé, construit et créé remue un paquet de souvenirs. L’idée de garder cette maison fait son chemin, celle de perpétuer des traditions, de sauvegarder l’âme de l’endroit.

             La maison est ici un personnage, le personnage central de l’histoire. Il ne s’agit pas seulement de quatre murs mais de quelques décennies de vie, de figuiers dans la cour, d’une tonnelle construite à la va-vite avec les moyens du bord, d’un petit bout de mer qu’on voit d’une fenêtre, des prénoms qu’on inscrit dans le ciment frais, de la télé qu’on a mis dehors, sur le capot de la voiture, parce qu’il y a eu une coupure de courant et qu’on veut suivre les JO… Nostalgique à souhait, cette BD au format à l’italienne éveille aussi des souvenirs au lecteur, le laisse réfléchir sur ses attaches familiales. Les dessins m’ont vraiment beaucoup plu, une couleur pour le présent, une autre pour le passé et ces tons d’inspiration automnale pour évoquer des personnages à l’automne de leur vie…  Une bien jolie lecture, à la fois souriante et mélancolique.

 

« 17/20 »

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 11:08

 

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            J’avais lu cette autobiographie il y a presque vingt ans, je n’en ai pas gardé un grand souvenir, je comprends pourquoi.

             Sartre nous raconte les 10-12 premières années de sa vie. En deux chapitres : « Lire » évoque ses premiers émois de lectures et « Écrire »  son approche de l’écriture. Je connaissais pas mal d’extraits de ce livre et je dois dire que ce sont les extraits que je connaissais que j’ai trouvé les meilleurs ! Sartre a tout de même une personnalité très particulière. Orphelin de père, affublé d’une mère qu’il considère comme une grande sœur, « soumise à tous », c’est surtout son grand-père qui va avoir une influence sur le petit garçon. Je dis « petit garçon » mais Sartre n’a rien d’un enfant. Avant de savoir lire, il fait semblant, quand il commence à écrire, ses ambitions sont déjà très hautes. Et l’enfant a d’ailleurs une très haute opinion de lui-même, petit déjà, il réclame la gloire et les honneurs et ne peut comprendre qu’on sourit lorsqu’il lit ses textes.

              Je me suis profondément ennuyée en lisant ce livre -pourtant- court. Le style m’a paru ronflant, arrogant, égocentrique mais le contenu m’a aussi agacée. Lorsqu’il ne résume pas un de ses romans en devenir, il porte sur les autres un regard hautain, il se prédit un avenir de héros ou de génie méconnu, tout en se livrant à des plagiats sans rougir aucunement. Après avoir lu les excellents Mémoires d’une jeune fille rangée de Beauvoir, ma déception est grande. Bien sûr que l’écriture est belle mais j’avoue n’avoir eu aucune indulgence face à cet être complètement détaché de la réalité et de la vraie vie. La fameuse citation « J’avais trouvé ma religion : rien ne me parut plus important qu’un livre. La bibliothèque, j’y voyais un temple. » prend une saveur toute différente.

 

« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui est pourri. Faire des enfants, rien de mieux; en avoir, quelle iniquité! Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long et m'eût écrasé. Par chance, il est mort en bas âge; au milieu des Énées qui portent sur le dos leurs Anchises, je passe d'une rive à l'autre, seul et détestant ces géniteurs invisibles à cheval sur leurs fils pour toute la vie; j'ai laissé derrière moi un jeune mort qui n'eut pas le temps d'être mon père et qui pourrait être, aujourd'hui, mon fils. Fut-ce un mal ou un bien? Je ne sais; mais je souscris volontiers au verdict d'un éminent psychanalyste: je n'ai pas de Sur-moi. »

Etre orphelin de père… : « Moi j’étais ravi : la triste condition imposait le respect, fondait mon importance ; je comptais mon deuil au nombre de mes vertus. »

« si je veux étonner, c’est par mes vertus. »

« Le génie n'est qu'un prêt : il faut le mériter par de grandes souffrances, par des épreuves modestement, fermement traversées. »

« On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d'écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. »

 

Afficher l'image d'origine            Caricature de Sartre écrivant son Flaubert  Dessin de J. Redon publié dans le Figaro littéraire le 7 mai 1971. Archives Gallimard. D.R.

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 11:12

 

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         Béatrice est triste, effondrée même, à l’image du climat québécois: il pleut sans cesse et elle ne fait que pleurer l’absence de son homme, Matteo, parti une nuit pour ne plus jamais revenir. Bien sûr, elle soupçonne une infidélité et déteste silencieusement l’assistante de Matteo qu’elle n’a jamais rencontrée, Daphnée. Elle se plante sur toute la ligne, Daphnée est une fille solitaire, trop ronde à son goût, poète à ses heures perdues et en voyage en Russie pendant la disparition de Matteo. Béatrice doit se débrouiller avec sa belle-mère italienne malade et ronchonne et une petite fille rêveuse en manque de père.

         Il s’agit essentiellement de parcours féminins dans ce roman tout doux, les femmes se croisent, s’accompagnent, entrent en conflit mais jamais très longtemps. La figure d’Aisha, jeune Somalienne lapidée, entrevue aux infos par Béatrice, est omniprésente, comme pour rappeler à ces Occidentales, de ne pas se tromper de guerre. La lecture a été très agréable, légère et profonde à la fois, effleurant doucettement quelques thèmes essentiels avec une grande sensibilité : la quête identitaire, la solitude, l’amour, l’initiation à la vie… Un happy end qui ne bascule pas dans le sentimentalisme clôt ce roman québécois qui donne envie d’en lire d’autres.

 

       Une réponse à la question « Pourquoi lit-on » ? ;) « Daphnée découvrait que quelques paragraphes suffisaient à l’extraire de son corps, une expérience qui, contrairement à celle du cannabis et du rhum qu’il lui était arrivé de consommer le vendredi soir, ne la laissait pas pantelante et fatiguée le lendemain. Elle réalisait avec étonnement que, lorsqu’elle se laissait choir sur le seul fauteuil un peu confortable du sous-sol de la bibliothèque, il lui arrivait même d’oublier d’avoir faim. »

« Aisha m’invitait à m’abriter sous les parapluies grands ouverts que me tendaient les autres. »

 

Merci à Krol pour cette jolie découverte !

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 10:18

 

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- Derniers jours d’une courte vie -

              Emmett Till a 14 ans, il n’est pas timide, il est même plutôt hâbleur et dans ce Mississipi des années 50, c’est une faille. Emmett vient de Chicago et il est hébergé par son oncle. Mais, dans le Mississipi, on s’efface quand on est Noir. On baisse les yeux devant les Blancs, on se tait et on s’écrase. Ça, Emmett a du mal à l’admettre. Quelques jours après son arrivée dans le Sud, il entre dans une épicerie, convaincu qu’on peut lui vendre des bonbons même s’il est noir et car il a de l’argent, il se fait violemment chasser par la patronne, une belle femme blanche qui ne veut pas de Noir dans son commerce. Suite à ça, les témoignages divergent, Emmett aurait peut-être sifflé la jeune femme dans la rue. Toujours est-il que le mari de Carolyn Bryant veut se venger du garçon. Accompagné de son demi-frère Milam, Roy s’applique à enlever Emmett à sa famille, à le torturer et à le battre, avant de le jeter dans un étang. Le corps de l’adolescent est remonté quelques jours plus tard. Les deux hommes sont accusés, un procès express a lieu, les douze hommes blancs du jury acquittent Milam et Roy. Puisqu’ils ne peuvent être jugés deux fois pour le même crime, les deux criminels avouent leur meurtre dans le magazine Look, article pour lequel ils sont même rétribués…

              L’auteur de la BD s’est inspiré d’une histoire vraie qu’il n’a, apparemment, ni embellie, ni traficotée mais qu’il essaye de nous rendre le plus sobrement et le plus simplement possible. C’est une totale réussite. Même si le crime de Roy et Milam est affreux et barbare (ils vont jusqu’à arracher les yeux d’Emmett), les suites en sont encore plus révoltantes : l’acquittement des monstres, le silence des autres Blancs, le semblant de dédain des coupables se sachant impunis. C’est la même année, en 1955, que Rosa Parks refuse de céder sa place dans le bus. Deux événements qui font avancer la lutte contre la ségrégation et le racisme. Deux êtres qui contestent la soi-disant suprématie du Blanc.

 

              Une BD nécessaire, une BD plus qu’instructive, une BD qui se souvient et qui maintient en éveil, appelle à la prudence et à la tolérance.

 

"18/20"

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