Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 janvier 2024 4 04 /01 /janvier /2024 16:53

Opus 77, Alexis Ragougneau | Livre de Poche

Ariane Claessens est en train de jouer l’Opus 77 au piano aux funérailles de son père, chef d’orchestre de renommée internationale. Eminente musicienne elle aussi, elle déplore l’absence de son violoniste de frère. Ses pensées la ramènent aux temps de son enfance, lorsque sa mère a commencé à dérailler, que son père plaçait la barre très haut pour ses musiciens d’enfants et que son frère se distinguait par son attitude introverti et sauvage. Ariane, quant à elle, a toujours excellé mais a dû affronter ses angoisses avant d’entrer en scène, a collectionné les aventures pour ne pas avoir à s’attacher et a longtemps recherché ce vieux professeur, Krikorian, qui avait tant fait pour son frère.

Vous l’aurez compris : on est dans la musique jusqu’au cou, les cinq chapitres correspondent aux cinq mouvements de l’œuvre de Chostakovitch : Nocturne, Scherzo, Passacaille, Cadence et Burlesque ; il n’est question que de partitions, de technique, de répétition, de concerto, de mélodie...  tout ça était peut-être trop pour moi car, surtout, le roman donne une vision négative de la musique classique, vision largement entretenue par les trois personnages principaux d’une froideur glaciale (oui, ça vaut bien un pléonasme). Tout n’est qu’exigences, intransigeance et impassibilité. J’ai trouvé ça oppressant malgré quelques belles images comme ce chien noir qui suit Ariane dès la veille d’un concert et qui symbolise ses peurs et l’écriture tout à fait intéressante de l’auteur. Ragougneau a su élégamment distiller ses informations par le biais d’une intrigue dirigée par une main de maître et un suspense parfaitement bien orchestré. Je crois que c’est l’univers de la musique classique qui ne veut pas de moi... (j’ai bien conscience que mon avis est très contradictoire !)

 

J’ai complètement craqué sur la première phrase du roman (oui, il m’en faut peu parfois) : « Nous commencerons par un silence. »

 « A la fin c'est toujours le silence qui triomphe mais il nous reste à tous un ou deux airs en mémoire, qui perdurent de génération en génération. Presser ces fichues touches blanches et noires, c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour ne pas m’effondrer. Il n'y a que la musique pour faire face à la mort. »

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2024 1 01 /01 /janvier /2024 16:54

iPagination

Les années défilent, certaines choses ne changent pas comme mon amour inconditionnel de la lecture, j’ai besoin de ma dose quotidienne mais j’arrive à faire d’autres activités quand même 😊 Personnellement le bilan livresque a été un très bon cru et le bilan personnel un excellent cru, on en voudrait d’autres des années comme ça !

Bilan côté BD : Céleste de Chloé Cruchaudet, Journal inquiet d’Istanbul d'Ersin Karabulut, Musée de Chabouté, Jours de sable d'Aimée de Jongh, Loire d'Etienne Davodeau.

Bilan côté romans : La carte postale d'Anne Berest, L'apiculteur d'Alep de Christy Lefteri, Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea, L'Enragé de Sorj Chalandon, Gros-Câlin de Romain Gary, Eteindre la lune de William Boyle, On dirait des hommes de Fabrice Tassel. Et si je ne devais en retenir que 5, mes meilleurs de l'année sont : Ultramarins de Mariette Navarro, L'île des âmes de Piergiorgio Pulixi, Le Grand saut de Thibault Bérard, Seul le silence d'R.J. Ellory et La petite femelle de Philippe Jaenada.

Bilan côté jeunesse : Les longueurs de Claire Castillon

Je vous souhaite une Merveilleuse Année 2024, (c’est une année qui sonne joli) ! Si le hasard et la chance ont évidemment leur rôle à jouer, il ne faut pas oublier qu’on détient le trousseau de clés de son propre bonheur, alors utilisez souvent les bonnes clés, prenez des risques, osez et soyez fiers de vous !!

J’en profite pour vous remercier de vos visites régulières ou occasionnelles.

Partager cet article
Repost0
29 décembre 2023 5 29 /12 /décembre /2023 16:40

Pisse-Mémé, bd chez Dargaud de Baur

Elles sont quatre copines et, à la fin d’une soirée bien arrosée, elle se promettent d’ouvrir un bistrot servant des tisanes (les « pisse-mémé ») mais aussi de l’alcool et des petits gâteaux. Tant qu’à faire, on pourrait y prendre des cours de yoga et acheter un bon bouquin. Quelques mois plus tard, Marthe et Camille, les deux sœurs, héritent d’une belle somme d’argent d’une tante, Aimée, complètement ignorée et méconnue. C’est l’occasion où jamais de prendre ses désirs pour des réalités : Nora va affronter son burn-out et confectionner de petites gourmandises, Marie va cesser ses petits boulots pourris pour proposer de la littérature. Les quatre s’évertuent à trouver un endroit sympa et accueillant et créer ce café baptisé « Pisse-mémé » qui deviendra, dès son inauguration extrêmement festive, un endroit convivial incontournable. Les filles finissent par partir sur les traces de cette fameuse Aimée qui, même enterrée, leur réservera de belles surprises.

Oh mais qu’il est bon cet album à la fois féministe et feel-good, intelligent, drôle et malin ! L’autrice de Quatre sœurs a réutilisé certains ingrédients (joie de vivre, effervescence, dynamisme) sans tomber dans la mièvrerie qu’on pourrait redouter pour ce genre de récit. C’est vraiment une lecture divertissante et souriante qui motive à aller de l’avant. Je me rends compte que c’est un tableau du parfait feel-good que je dresse là mais en BD ça passe mieux et ça réchauffe tout le monde en hiver. En plus, c’est toujours coloré, souvent drôle et parfois même un peu corrosif. A mettre entre toutes les mains !

Pisse-Mémé, bd chez Dargaud de Baur

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2023 1 25 /12 /décembre /2023 07:47

Je vous souhaite de belles fêtes de Noël, joyeuses, festives et gourmandes ou simples et souriantes, au choix !

Je vous laisse avec une photo de Max Rive, quelque peu vertigineuse ...

Les magnifiques paysages de Max Rive | Webdesigner Trends

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2023 6 23 /12 /décembre /2023 10:52

Alice pour le moment

Du théâtre ! Du théâtre !

         Alice, chilienne de naissance, est une jeune adolescente solitaire dont les autres se moquent facilement. Elle et ses parents changent souvent de lieu d’habitation au gré des différents boulots de son père : « boxeur, déménageur, palefrenier, figurant dans des films, homme-Sandwich et Père Noël dans les rues d'une grande ville, artisan menuisier, artisan boulanger, artisan charcutier, affûteur de couteaux, rempailleur de chaises, magnétiseur, charlatan », ... C’est la vieille Mercedes qui tire une remorque emplie du bric-à-brac familial. Le père vole des noisettes et la mère fredonne une chanson chilienne de sa jeunesse.

         Que j’aime l’écriture de ce dramaturge ! Non seulement ses mots, d’une belle simplicité, sonnent juste mais l’univers qu’il crée, légèrement à côté de celui du commun des mortels, est toujours empli de tendresse. Alice pour le moment, c’est aussi ce début de l’adolescence où le corps change, où la tête se cherche sans se trouver, c’est aussi le premier baiser avec un garçon qu’on ne reverra plus jamais, c’est ce nomadisme à la fois contraint et choisi, c’est « rouler tout droit jusqu’à la dernière goutte d’essence », c’est cet accent chantant et l’irrémédiable exil. Alice a des points communs avec Lys Martagon par son originalité, son affirmation de la différence, sa liberté. Une pièce avec 7 à 14 comédiens, à lire, à jouer, à regarder à tout âge.

« Je marchais

Je marchais dans le sens inverse au sens du matin.

Je marchais sur le chemin.

Celui que je prenais deux fois par jour.

Cinq fois par semaine depuis quatre mois.

Quatre mois que nous habitions ici.

On s’habitue très vite, trop vite peut-être, à suivre tous les jours le même chemin. »

 

« J'ai appris à marcher sur un trottoir qui n'était pas mon trottoir.

Avec une épée de Damoclès au-dessus de ma tête.

 J'ai appris à penser, à écrire, à lire, à compter.

 Dans un pays qui n'était pas mon pays. Mes papiers

Comme mes amis

Comme mes maisons

Comme mes amours

N'étaient que provisoires.

Je m'appelle Alice. Alice pour le moment.

Parce qu'il fallait bien décider d'un prénom à notre arrivée ici. »

Partager cet article
Repost0
19 décembre 2023 2 19 /12 /décembre /2023 12:11

Leçons - Ian McEwan - Librairie Mollat Bordeaux

Il me tardait de retourner vers cet auteur dont j’ai tellement aimé Sur la plage de Chesil, L’intérêt de l’enfant ou L’Opération Sweet Tooth (et moins d’autres titres que je vais taire).

Alissa, la femme de Roland Baines a disparu. Alors que leur garçon n’a que trois mois, elle a décidé de quitter mari et enfant sans donner d’explications. Roland, poète-pseudo journaliste-pianiste, se débrouille comme il peut mais cet événement va surtout lui donner l’occasion de se remémorer son passé : son enfance en Lybie, sa venue à Londres sans ses parents, sa liaison à 14 ans avec sa professeure de piano, les moments-clés de l’Histoire allant de la crise des missiles de Cuba au confinement des années 2020 en passant par la catastrophe de Tchernobyl et la Chute du Mur de Berlin, entre autres : les événements historiques ont évidemment une résonnance dans la sphère privée des personnages.  Des histoires d’amour, des réunions de famille, des concerts de piano, la vie de Roland va s’écouler et nous le quitterons lorsqu’il aura plus de 70 ans.

Ian McEwan est un auteur qui sait se renouveler et surprendre. On sent ici une part de dimension autobiographique (et pour utiliser de beaux poncifs : l’œuvre de la maturité, mais c’est vrai, et il a déjà 75 ans le bougre). Je n’ai pas tout aimé (d’après moi, il y a une centaine de pages en trop, plutôt au début) mais l’intrigue est prenante et l’idée qu’Alissa ne puisse se réaliser dans sa carrière d’écrivain que si elle rompt avec sa famille questionne et mérite qu’on s’y attarde... C’est une femme qui va effectivement être élevée au rang de véritable génie littéraire toujours à distance de sa famille. L’auteur excelle dans la réalisation du portrait de toute une vie, celui d’un homme, avec ses failles et ses qualités, ses erreurs et son passé qu’il ne peut modifier. Ces vies racontées du début à leur fin ont toujours un côté vertigineux et effrayant par leur complexité et leur brièveté. Avec ce retour sur les dernières décennies de l’Histoire de l’Angleterre voire de l’Europe, on ne peut que songer à Jonathan Coe. Les deux écrivains excellent à proposer une vision très juste de notre société par le prisme d’un personnage fictif attachant et complexe. Ici, ce sont aussi les thématiques de l’art, du pardon, de l’éducation, la nature, le deuil, la mise en abyme que j’ai appréciés aussi ... et certains passages sont de pure beauté. A lire si 649 pages ne vous font pas peur...

« Comprends-tu de près ou de loin à quel point dans l'histoire, il a toujours été difficile pour les femmes de créer, d'être artistes, chercheuses, d'écrire ou de peindre ? »

A la mort du père de Roland : « Une pensée terriblement inconvenante. Une libération. Le ciel s'était agrandi au-dessus de lui. Tu n'es plus le fils de ton père. Tu es le seul père désormais. Nul homme devant toi sur le chemin menant à ta propre tombe. Cesse de faire semblant - l'euphorie est aussi approprié que le chagrin. »

On en est sans doute tous là ... : « il songea qu'il n'avait rien appris dans l'existence, et n'apprendrait jamais rien. »

Partager cet article
Repost0
16 décembre 2023 6 16 /12 /décembre /2023 15:38

Livre Loire | Futuropolis

Louis, un monsieur aux cheveux blancs, va retrouver Agathe, une maîtresse qui l’a quitté il y a des années. Il parcourt une contrée traversée par la Loire, flâne et se baigne dans le fleuve avant d’arriver dans la belle maison d’Agathe. Surpris, il y découvre d’autres invités qui sont tous les ex de la dame... sauf qu’Agathe est absente, et pour cause : elle est décédée et a confié les clés de sa maison à des amis qui ont pour mission de réunir ses anciens amants. Chacun encaisse plus ou moins bien la nouvelle, Agathe a toujours été fantasque et surprenante. On boit pas mal, on se balade, on cuisine ensemble, on se recueille au pied de l’arbre où les cendres de la défunte ont été éparpillées, on évoque les bons moments du passé mais pas les soucis du quotidien. Des liens se tissent parmi ceux qui étaient jadis rivaux. Et la Loire est là, spectatrice de la vie des hommes...

Cet album est une merveille ! Les dessins tout d’abord :  j’ai retrouvé tout le Davodeau que j’aime, des aquarelles aux teintes douces, des paysages qui font rêver, une belle maîtrise des couleurs, un brillant hommage est rendu à ce fleuve. L’histoire elle-même est touchante sans être mièvre, elle évoque la vie et la mort sans heurts mais avec une grande délicatesse. Le personnage central de cet album, la Loire, est magnifié par le dessinateur qui excelle dans les cases sans dialogue. Je suis tombée amoureuse de l’album dès les premières planches avec ce bonhomme qui se baigne nu sur un coup de tête et, ne parvenant plus à sortir du fleuve, se laisse emporter par le courant avec douceur et plaisir. Le reste n’est que pur bonheur et une ode à la nature en toute simplicité. Superbe !

 --   Coup de cœur   --

« Est-ce qu’un fleuve, en nous parlant de lui, peut nous parler de nous ? De nos façons de le considérer ? de nos façons de vivre ? Tu vois, ce que nous a laissé Agathe, c'est peut-être ça. Un des plus beaux moments de nos existences. Et des questions nouvelles. »

 

Loire, bd chez Futuropolis de Davodeau

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 14:45

13 à table ! 2024 - 10ème édition | Collectif | Pocket

Cela fait bien longtemps que je n’avais pas acheté ce recueil de nouvelles (je le rappelle : un livre acheté, 5 repas distribués par le Restaurant du Coeur). Si Riad Sattouf est l’auteur de la belle première de couverture, ce sont 15 auteurs qui ont chacun, écrit une petite histoire sur le thème « J’ai dix ans. » (puisque l’opération 13 à table ! a dix ans cette année.)

Philippe Besson s’intéresse à la fin de son enfance à lui, le moment où le temps de l’innocence était révolu par une tragédie familiale et la découverte de son homosexualité. Michel Bussi évoque l’indifférence générale face à un naufrage d’un bateau de migrants (une des passagères est une fillette de dix ans). Maxime Chattam fait un lien entre l’assassinat de JFK, quand le narrateur avait dix ans, et une attaque terroriste dans un centre commercial survenue des années plus tard. La nouvelle de Lorraine Fouchet fait basculer une marchande de fromages dans la science-fiction. Pour Leïla Slimani, le confinement de 2020 prend des allures de huis clos étrangement oppressant.

Je me demande toujours comment ça se passe pour ce genre de collectif où un thème est imposé avec un délai à respecter. Est-ce que chaque auteur « pond » son texte comme un pâtissier honore sa commande de Paris-Brest (c’est mon dessert préféré), c’est plié en quelques heures ? Est-ce que le thème le barbe ? Le fait-il avec plaisir ? Evidemment, les écrivains sont, pour la plupart, restés dans le style et leur genre. Si j’ai lu tous ces textes avec plaisir, « 69, année fatidique » de François d’Epenoux est sorti du lot pour moi, tant pour l’originalité de l’histoire (entre réalité et SF : à 69 ans, chacun peut choisir de mourir en échange d’une belle somme d’argent à offrir à ses proches, les démarches à accomplir placent le narrateur à une belle femme dont il va peut-être tomber amoureux... ) que pour la délicatesse de sa plume que je ne connaissais absolument pas. Mon petit chouchou Jaenada s’est également démarqué en racontant une histoire de confession et de saynète catholique où, à dix ans, il a dû jouer l’olivier, mais je dois admettre que j’ai trouvé toutes les nouvelles de qualité, j’ai même été surprise d’apprécier certains textes d’auteurs que je ne lirai (plus) jamais tels que Martin-Lugand, Raphaëlle Giordano ou encore Romain Puértolas. Une jolie compilation !

Avez-vous lu les précédentes versions ?

Partager cet article
Repost0
9 décembre 2023 6 09 /12 /décembre /2023 20:10

Prix Femina 2017 "La Serpe", de Philippe Jaenada : "La littérature permet  de creuser sous les apparences"

Après l’excellent La petite femelle et l’amusant Plage de Manaccora, 16h30 , j'avais hâte de poursuivre ma découverte de cet auteur complètement à part.

On nous emmène dans la vie d’Henri Girard qui est d’abord présenté comme un garçon puis un adolescent capricieux, dépensier, colérique et rebelle et c’est pourtant le même type qui, des années plus tard (bien après la tragédie), va écrire La Salaire de la peur, le roman qui a inspiré le célèbre film de Clouzot, mais va également faire preuve d’humanité et d’altruisme dans sa vie quotidienne. Que s’est-il donc passé entre la première et la dernière partie de sa vie ? Un meurtre, ou plutôt un triple meurtre le 24 octobre 1941. Dans le château d’Escoire, demeure familiale près de Périgueux, le père d’Henri, sa tante et la bonne sont retrouvés sauvagement assassinés à coups de serpe. Henri, qui dormait à l’extrémité du château n’a rien vu ni entendu. Evidemment, il va être suspecté d’autant plus qu’il n’affiche pas un grand chagrin. Philippe Jaenada va le prouver, l’enquête a été bâclée, la scène du crime malmenée, certains policiers ont mal fait leur boulot et, finalement, après dix-huit mois de prison, Henri sortira acquitté et libre et disparaîtra deux ans en Amérique du Sud . Jaenada lève la lumière sur les incohérences de l’affaire et la personnalité complexe d’Henri Girard en se rendant sur place, à Périgueux puis au château et en épluchant méticuleusement les archives de cette histoire.

Dès les cinquante premières pages (il y en a tout de même 634), je me suis dit que j’aimais moins ce roman que La petite femelle. La suite l’a confirmé. Si certains passages sont absolument passionnants, si cette enquête menée quelque soixante-dix ans après les faits mérite les applaudissements (de tous y compris des plus grands enquêteurs !) tant elle est minutieuse et réfléchie, j’ai trouvé qu’il y avait quand même de sacrées longueurs et qu’une insistance trop grande était faite sur des détails qui auraient pu être évoqués plus brièvement. On passe des pages et des pages sur une fenêtre et un volet impossibles à ouvrir ou un foulard retrouvé dans l’herbe. Le roman met parfaitement bien en évidence la tyrannie des vraisemblances et des apparences trompeuses, et les différentes manières de considérer une situation, un individu. Lorsque tout portait à croire que le Henri jeune n’était qu’un rebelle insolent et irrespectueux, Jaenada prouve qu’il existait encore le père et le fils un amour rare et une complicité inégalable. Evidemment, j’ai encore une fois adoré l’humour et la bonhommie de celui qui vide les bouteilles de whisky de son bistrot préféré qui n’en rate pas une pour nous faire sourire ou placer discrètement (ou pas) une petite phrase sur sa vie perso.

Un petit aperçu du style Jaenada pour les rares qui ne le connaîtraient pas encore :  « Valentine Arnaud est issue d'un milieu sinon modeste, du moins normal (vulgaire). Sa mère est commerçante, son père, professeur de lycée. Elle l'est d'ailleurs elle-même de français - au lycée aussi, la honte. Et ce n'est pas le pire. Elle est athée, la garce, farouchement athée. Pour couronner le tout (d'épines sur le front respectable et sensible de ses beaux-parents), elle est de gauche, et pas à moitié, pas pour se donner un genre : elle méprise l'argent, la finance, le carriérisme, les patrons et les honneurs (au secours), elle a bien connu Lénine en 1910 à Paris - Cécile Gratet-Duplessis porte les deux mains à son coeur. George est fou d’elle, rien ne l’arrêtera. Elle a huit ans de plus que lui. (Où est la caméra cachée ? demandent Charles et Cécile - dans les situations cauchemardesques, on envoie les anachronismes au diable.) »

Partager cet article
Repost0
6 décembre 2023 3 06 /12 /décembre /2023 11:42

Merel - Lodewick Clara - Leslibraires.fr

Merel est une journaliste d’une quarantaine d’années qui vit seule dans une maison à l’écart d’un village où elle a grandi. Elle y élève des canards, y retrouve parfois son amant et passe beaucoup de temps dans le club de foot et au bistrot où elle retrouve ses copines et surtout ses copains. Tout commence à dégénérer quand des rumeurs prétendent que Merel a des vues sur Geert, un homme marié dont la femme, jalouse et malheureuse, ne va faire qu’amplifier les ragots en traitant Merel de fille facile. De plus en plus recluse, Merel se voit embêter par les jeunes du village puis carrément harceler. Les intimidations se transforment en actes de malveillance et l’exclusion sera quasi généralisée de la part des villageois.

J’ai mis quelque temps à me faire aux dessins, les traits des personnages sont plutôt grossiers, mais finalement, je me suis laissée portée par cette histoire de harcèlement ordinaire. La vie d’un village est assez bien croquée : quand tout le monde se connaît, quand on pensait pouvoir faire confiance là où l’effet de groupe finit par dominer. Malgré quelques longueurs, j’ai aimé rester un bon bout de temps avec cette femme courageuse qui ne s’est pas laissé aller au désespoir quand elle aurait pu ficher le camp ou tomber en dépression. C’est un petit garçon, un peu coupable mais surtout altruiste, qui est au cœur de sa renaissance. Le retournement de situation final est assez soudain et heureux mais on a le droit d’être optimiste, parfois... C’est Clara Lodewick, une toute jeune autrice belge, qui signe cette chronique de la bêtise ordinaire ; la dessinatrice a sans aucun doute un bel avenir devant elle.

Merel - (Clara Lodewick) - Drame [BDNET.COM]

 

Partager cet article
Repost0