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15 février 2024 4 15 /02 /février /2024 13:09

Zoc - Jade Khoo - Dargaud - Grand format - Librairie Passages LYON

Pouvoir ? Malédiction ? Zoc attire l’eau avec sa longue chevelure, capable ainsi de créer rivières et fleuves. Elle ne sait que faire de cette particularité et essaye de trouver du travail parce qu’elle n’aime pas l’école. Chargée de détourner le cours de l’eau d’un village inondé, elle rencontre Kael qui, lui, prend feu lorsqu’il est en contact avec une personne trop malheureuse. De leur amitié va naître une belle collaboration : lorsque l’une va capter et attirer l’eau, l’autre va assécher les crues.

Original et onirique, cet album allie avec malice l’eau et le feu dans un univers fantastique tout de même ancré dans notre réalité. Le graphisme rond et coloré fait penser aux mangas et au style de Miyazaki. Entre fable et récit initiatique, cet album peut se lire à tout âge ; les dialogues sont d’ailleurs peu nombreux pour laisser toute la place aux beaux dessins. Les personnages sont tous attachants, mention spéciale pour le père de Zoc qui, sous des allures bourrues et une grosse frange qui lui masque les yeux, se révèle compréhensif et empathique. Pour une jeune dessinatrice, c’est une belle réussite, elle a su créer une ambiance douce et réconfortante sans être mièvre.

Zoc - (Jade Khoo) - Heroic Fantasy-Magie [CANAL-BD]

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11 février 2024 7 11 /02 /février /2024 11:16

Les Hamacs de carton | Actes Sud

Après le formidable Entre fauves, je savais que je voulais poursuivre ma découverte de l’auteur. Ici, c’est un polar, premier tome de la "Série guyanaise."

En Guyane, dans un carbet, maison traditionnelle au bord du fleuve Maroni, trois cadavres sont retrouvés au petit matin : une mère, Thélia, et ses deux jeunes fils, chacun couché dans son hamac ; ils semblent dormir. Cette mort inexplicable déclenche les traditionnelles cérémonies funèbres guyanaises mais convoque surtout le capitaine Anato et le lieutenant Vacaresse. L’enquête traîne parce qu’il y a d’autres priorités à St Laurent et à Cayenne où règne un climat fait de violences. Mais Anato se fie à son instinct et ordonne à Vacaresse de passer quelques jours dans ce village où le lieutenant apprivoise doucement les coutumes ancestrales. Près de Cayenne, une joggeuse est retrouvée morte et Anato voit immédiatement un lien entre les deux affaires. Il y a aussi Olivier, un gros rustre connu pour être violent qui s’est pourtant rangé depuis quelques années avec Monique, une jeune et jolie Guyanaise qui a réussi à l’assagir. Leur amitié avec Thélia est examinée à la loupe.

Un voyage en Guyane, depuis son canapé alors qu’il verglasse dehors, ça n’est pas négligeable et je pense que cette escapade dépaysante prime sur l’enquête policière même si celle-ci est très bien ficelée (je pensais avoir compris le nœud de l’intrigue, il se trouve que j’avais tout faux). C’est une véritable immersion en Guyane que nous propose l’auteur qui sait de quoi il parle puisqu’il y a vécu quelques années : rites ndjuka, traditions ancestrales, forêt, fleuve mais aussi complications administratives qui seront au cœur de l’enquête et relations entre la Guyane et la métropole (ou la « nécropole » comme disent certains) jalonnent le roman. Si je suis loin de l’enthousiasme du génial Entre fauves, j’ai beaucoup aimé cette lecture dépaysante et j’ai hâte de lire les suites des aventures du capitaine Anato qui n’est lui-même pas tout à fait au clair avec ses origines ndjuka et son passé.

« Le colibri et le tatou. Anato avait enfin trouvé la traduction guyanaise de sa théorie. Mal à l'aise dans la gestion des relations avec ses subordonnés, le capitaine en était réduit à ranger chaque collaborateur dans une case, à user des méthodes héritées de son précédent commandant. Le colonel Fontaine, un homme resté pour lui un modèle de droiture et d'honnêteté. Le colonel défendait une vision du monde du travail répartit en deux profils opposés : les renards et les sangliers, qu’Anato venait de convertir en colibris et tatous. Faute d'améliorer les rapports, la typologie permettait de cerner rapidement les agents. Une sorte de psychologie simplifiée. »

« Les actes de sorcellerie en eux-mêmes sont moins fréquents qu'on peut l'imaginer en fait. Ce qui est répandu, par contre, je dirais même permanent, c'est la crainte de l'ensorcellement. Tous les Noirs- Marrons, ou en tout cas ceux qui vivent sur le fleuve, sont obsédés par la sorcellerie, même s'ils n'en parlent jamais. Au moindre problème, un homme malchanceux, une femme stérile, ils se demandent si la personne n'a pas été ensorcelée par quelqu'un qui lui veut du mal. C'est comme une menace omniprésente qui pèse sur tout le monde. »

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9 février 2024 5 09 /02 /février /2024 15:36

L'EMBARRAS DU CHOIX : Gaîté Montparnasse

Une virée à Paris équivaut toujours à une sortie théâtre. Sans réfléchir (c'était avant Noël et j'étais crevée), j’ai choisi la dernière (enfin, plutôt l’avant-dernière, il en a déjà une autre sur le feu) comédie d’Azzopardi dont j’avais pu constater le talent avec Dernier coup de ciseaux.

Max a 35 ans et il travaille dans la bijouterie de son beau-frère, il vivote auprès de sa femme qu’il ne se décide pas à épouser. Lorsqu’il tombe par hasard sur son amour de jeunesse, il perd un peu les pédales. Le soir où il se décide à la retrouver, il a aussi un concert prévu avec ses vieux potes rockers. Il ne sait que choisir et va donc demander à une bande d’amis : le public. En passant le téléphone à quelques spectateurs, il va pouvoir faire avancer (ou non) - à différents moments - sa vie de couple, son histoire adultère ou encore sa carrière de rocker, se révéler honnête ou malhonnête, choisir cette direction ou bien l’autre.

C’est une pièce drôle et rythmée, menée par des acteurs impeccablement au point avec ce fonctionnement interactif. La palme revient à Thomas Perrin que j’ai trouvé excellent, autant dans son jeu que dans ses réparties face au public. Tout ça est donc très divertissant, léger voire festif, on passe un bon moment mais comme avec Dernier coup de ciseaux, je pense que ce sera vite oublié. Il manque un peu de profondeur à l’ensemble, j’ai trouvé certains acteurs pas impliqués à 100% et le décor m’a paru brinquebalant. Qu’on se le dise, les différentes versions possibles de l’intrigue que le public pense détenir sont parfaitement maîtrisées par l’ensemble des comédiens et il n’y a aucune place à l’improvisation. Vous me sentez un peu sur la réserve, rassurez-vous toutes les critiques lues ou entendues sont dithyrambiques, la pièce n’a donc pas besoin de moi !

La pièce est jouée jusqu’à cet été à la Gaieté Montparnasse. Si vous êtes dans le coin, La Claque de Fred Radix est vraiment excellent !

Un petit aperçu 

LE PARISIEN : L'embarras du choix

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6 février 2024 2 06 /02 /février /2024 10:15

Une éducation orientale - Charles Berberian - Casterman - Grand format -  Librairie Sillage PLOEMEUR

Comme pour le monde entier, l’auteur-dessinateur a vu son quotidien et ses projets stoppés net à l’arrivée du Covid en mars 2020. Il compare cette situation à celle de Beyrouth en 1975, lorsque la guerre civile l’a contraint à rester dessiner chez lui. Lui et sa famille ont passé beaucoup de temps cloîtrés dans le couloir de leur appartement sans savoir combien de temps les fusillades allaient durer. Si le refuge n’est pas le dessin, Charles et son frère Alain se retrouvent chez la grand-mère Yaya qui ne sait jamais rien refuser à ses petits-fils et les couve comme une mère poule. Les explosions survenues dans le port de la ville sont également évoquées, les rescapés racontent : les vitres qui ont éclaté, les gens qui ont demandé des nouvelles de leurs proches, les chats qui s’étaient cachés quelques minutes avant le drame.  

Ce que j’ai complètement adoré dans cet album un peu foutraque, c’est la variété des dessins. Du croquis en noir et blanc à la magnifique aquarelle en couleurs, en passant par des dessins hachurés au stylo, l’auteur se montre polyvalent flexible dans son art. C’est une merveille à regarder. Côté scénario, c’est un peu décousu mais l’hommage que Berberian rend à sa ville tant aimée, si combattive, est touchant, à tel point qu’appeler son album « une enfance beyrouthine » aurait été plus juste. Certains personnages sortent du lot comme l’immuable Yaya, le grand frère Alain qui a toujours été le modèle de Charles. Et puis, la dimension fouillis prend tout son sens, elle est comme la ville, elle est comme les souvenirs qui affluent sans être ni organisés, ni bien ordonnés. Une lecture que je recommande.

« Cette ville a survécu au chaos tellement de fois, elle s’est reconstruite avec l’idée que le chaos était une manière de fonctionner. »

 

Une éducation orientale de Charles Berberian

Une éducation orientale

Une éducation orientale : Beyrouth d'hier à aujourd'hui par Charles  Berberian – L'EssentiART

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2 février 2024 5 02 /02 /février /2024 15:35

Où vont les larmes quand elles sèchent - Baptiste Beaulieu - L'iconoclaste  - Grand format - Librairie Passages LYON

 

Jean est un jeune médecin qui a travaillé aux Urgences et qui a quitté les Urgences parce qu’il avait du mal à se remettre de la mort d’un enfant. Il décide donc de s’installer dans un cabinet dans une ville du Sud-Ouest. Il se rend compte qu’il est plus là pour écouter les patients que de les soigner. Il apprend aussi à supporter certains patients insupportables car désagréables, indociles et mauvais. Il voit d’autres partir à regret, certains illuminent sa journée, d’autres - surtout les femmes maltraitées – le rendent plus triste encore. Et il n’arrive pas à exprimer son chagrin par des larmes, elles restent coincées à l’intérieur de lui.

Il arrive qu’on récupère un bouquin réservé depuis plusieurs semaines, hop, on ne sait plus trop pourquoi on voulait l’emprunter. On commence à le lire un soir de fatigue et les premières lignes font mouche tout de suite. Je crois que ce livre possède beaucoup de qualités mais ce sont surtout son authenticité, sa simplicité et sa sincérité que je retiendrai. Au bout de quelques dizaines de pages, le soufflet d’enthousiasme est un peu retombé à cause de quelques clichés et évidences, je dois bien l’admettre, mais le tout est sauvé par de jolis passages et, surtout, un engagement profond de l’auteur en faveur des femmes, c’est tout de même assez rare pour être relevé venant de la part d’un homme. Ce médecin-écrivain-poète très sensible est vraiment touchant par les mots qu’il nous délivre comme de petits cadeaux. Et pourtant, pourtant, je suis partagée : tantôt éblouie par une belle écriture, tantôt crispée par des banalités – des redondances et des étincelles, des fulgurances et des flops. A vous de juger, le bouquin semble faire l’unanimité un peu partout.

Le souhait de la plupart des patients : « avoir quelqu’un qui s’intéresse à eux. Juste de temps en temps. »

« C'est juste qu'on aimerait être prévenu au début de nos études : les gens, souvent, ne viendront pas pouvoir parce qu'ils sont malades. Ils viendront pour avoir l'illusion d'exister quelque part dans cette société de merde : exister pour de vrai et pour quelqu'un, même qu'au cabinet médical c'est remboursé par la Sécurité sociale à hauteur de 25 euros les dix minutes. »

« Je n'ai pas eu souvent, durant ma carrière, de vrais moments où j'ai trouvé un homme admirable. Les femmes, oui, très souvent. Elles affrontent tout, les frangines. Tout. Des tourments de l'adolescence aux affres de la maturité. Un patron harceleur, un mari incapable, deux-trois enfants à élever, la bouffe, les courses, le yo-yo hormonal et les mêmes questionnements sur la condition humaine que les hommes : qu'est-ce que je fous là, est-ce que j'ai la vie que je rêvais d'avoir, est-ce que j'ai pas tout gâché, est-ce que c'est trop tard pour tout recommencer, est-ce que je resterai seul jusqu'à la fin de mes jours si je le quitte, bla-bla-bla ? Ça, c'est admirable. Vraiment. Mais un homme admirable ? Je me gratouille le cervelet : vas-y, Jean, cherche bien, c'est quand la dernière fois que t'as vu en consultation un homme qui t'a rendu fier d'appartenir à la gent masculin ? Ben, désolé : rien ne vient. »

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29 janvier 2024 1 29 /01 /janvier /2024 11:09

Le fusil de chasse - INOUE YASUSHI - 9782234052109 | Catalogue | Librairie  Gallimard de Montréal

Après quelques rencontres plutôt ratées avec la littérature japonaise, j’ai eu tendance à la bouder. Longtemps. Heureusement que le challenge Les classiques c’est fantastique de Moka du mois de janvier nous incite à découvrir un classique de la littérature asiatique pour que je secoue mes a priori.

Le narrateur-auteur reçoit, suite à un poème publié dans une revue spécialisée de chasse, un courrier d’un certain Josuke Misugi qui lui envoie trois lettres qui ont bouleversé sa vie. Dans la première, c’est Shoko, la fille de sa maîtresse Saïko qui lui avoue qu’elle a très bien compris la liaison entre sa mère et Josuke. La seconde lettre provient de la femme de Josuke, Midori, qui raconte qu’elle est au courant de l’adultère depuis ses débuts et que c’est ce qui l’a poussée à devenir elle-même infidèle de si nombreuses fois. La troisième lettre est écrite par Saïko sur son lit de mort, quelques heures avant de se suicider et constitue un aveu effroyable : elle n’a jamais aimé réellement son amant, lui a menti depuis le début et s’est contentée de s’épanouir dans le bonheur d’être aimée et non pas d’aimer... Chacune des lettres vient nuancer ou apporter un autre éclairage sur les propos de la précédente.

Ce très court roman essentiellement composé de ces trois lettres est tellement riche et fascinant ! Trois lettres qui m’ont fait penser au nombre 3 des vers d’un excellent haïku avec une concision et une clairvoyance comparables. A la fois vif dans le propos et dans les sentiments exprimés, ce texte est aussi empreint d’une incroyable douceur quant à la manière de s’exprimer ! De la suave cruauté, une funeste délicatesse ... et quelle puissance dans ces mots ! A travers ces confidences, le statut de la femme revêt une aura particulière qui domine complètement l’homme par son pouvoir de dissimulation, par sa lucidité, par ces mots tranchants. D’une mélancolique justesse, ce roman brille par son impeccable construction et ce travail d’orfèvre. Whaouh ! Donnez-moi d’autres titres nippons aussi excellents !

-     Coup de coeur     -

« Pourquoi faut-il que je m'accable cette insupportable angoisse à l'heure où j’affronte la mort, une mort qui sera là dans quelques heures ? Je reçois le châtiment mérité par une femme qui, incapable de se contenter d'aimer, a cherché à dérober le bonheur d'être aimée. Après avoir connu treize années de bonheur parce que tu m'as aimée, comme il m'est pénible d'être forcée d'écrire ce genre de lettre. »

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26 janvier 2024 5 26 /01 /janvier /2024 15:34

Je suis leur silence - Jordi Lafebre - LIBRAIRES DU SUD

  -  Un polar à Barcelone  -

Un petit chocolat, c’est bon pour le moral mais une BD de Jordi Lafebre, aussi !

Eva Rojas, la belle et jeune psychiatre se confie à un confrère, le Dr Llull, qui doute de sa santé mentale, et lui raconte sa semaine sacrément mouvementée. Elle avait accepté, quelques jours auparavant, d’accompagner Pénélope, une patiente de longue date, à la lecture du testament de sa grand-mère, encore vivante et propriétaire d’un immense domaine viticole. Elle rencontre, lors d’une réception, les membres de la famille Monturos, riches, hautains et désagréables. Le petit séjour chez les nantis est entaché par la découverte du cadavre de Francesc, visiblement mort par empoisonnement. Eva, qui fourre son nez partout, va même être suspectée, pourtant c’est elle qui va, à force d’audace et de culot, permettre de comprendre à la fois le mobile et le coupable du meurtre mais aussi les magouilles qui enrichissent cette immense famille.

Que dire à part que c’était très bon ! Les personnages sont délicieux, à commencer par cette allumée d’Eva, aussi grande gueule qu’attachante, qui entend constamment les voix de trois femmes décédées de sa famille. Le clan Monturos est comparé aux dieux de l’Olympe pendant que notre blonde survoltée prend des risques inconsidérés qui choquent le vieux psychiatre qui l’écoute. C’est drôle, plein de peps, avec un rythme qui fonctionne bien et un suspense prenant. Lafebre se renouvelle avec ce genre du polar à énigme et, malgré quelques invraisemblances, j’ai aimé cette héroïne qui rabat le caquet à tous les mâles alpha. Et puis, quelques cases sont réservées avec Barcelone, plus lumineuse que jamais !

Je suis leur silence de Jordi Lafebre

 

Je suis leur silence de Jordi Lafebre

 

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23 janvier 2024 2 23 /01 /janvier /2024 07:37

J'ai soif d'innocence et autres nouvelles | Editions Larousse

J’avais très envie de participer au challenge « Bonnes nouvelles » de Je lis, je blogue et j’ai retrouvé ce petit recueil de nouvelles dans ma PAL ; eh oui, Romain Gary a aussi écrit quelques nouvelles.

Dans la première nouvelle, « J’ai soif d’innocence », le narrateur exprime sa volonté de fuir une société mercantile et cupide et se réfugie à Tahiti où il se lie d’amitié avec une certaine Taratonga qui lui offre, au bout de quelques semaines, des gâteaux emballés dans des toiles de Gauguin sans en connaître la valeur. Les principes du narrateur vont être mis à rude épreuve.

« Un humaniste » pourrait aussi se nommer l’Optimiste par excellence. Durant la 2nde guerre mondiale, M. Karl continue à croire en l’Homme, à espérer mais, en tant que juif, ses jours sont menacés par les nazis. Il se fait alors volontairement enfermer dans une cave secrète avec ses livres et des vivres apportés par ses domestiques. De très nombreuses années passent (on est en 1950, vous pigez le truc...) qui n’altèrent en rien son optimisme, les nouvelles ne lui sont plus qu’apportées par son fidèle Schutz.

« Le faux » : un collectionneur d’art s’évertue à repérer les faux. Lorsqu’il dira à Baretta que son tableau est un faux Van Gogh, sa minutie à relever les contrefaçons va se retourner contre lui...

« Citoyen pigeon » est un texte fantastique où deux Américains, l’un plus prétentieux que l’autre, visitent Moscou. A force de répéter « Nous avons la même chose aux Etats-Unis, en mieux », ils agacent leur entourage jusqu’au jour où leur cocher n’être autre qu’un pigeon.

« Tout va bien sur le Kilimandjaro » est assez drôle parce qu’un faux aventurier complètement sédentaire fait envoyer par des marins des cartes postales en son nom depuis les quatre coins du globe à sa bien-aimée, Adeline... Cette Adeline lui répond, des années plus tard, qu’elle a eu sept enfants avec son rival qui aime tellement collectionner ces cartes et ces timbres venus d’ailleurs !

« Je parle d’héroïsme » permet de confronter le discours d’un conférencier sur le thème de l’héroïsme : un des auditeurs l’emmènent chasser les requins dans les Caraïbes... de l’héroïsme la plume à la main à celui des abysses un fusil à la main, ce n’est pas tout à fait la même chose.

 

Tous ces textes tournent autour de la duperie, des faux-semblants, de la vengeance : des personnages qui se croient plus malins se font finalement royalement berner ; un peu comme chez Molière, on rit de leur arrogance punie, de cet arroseur arrosé, de ce pédant qui se retrouve le bec dans l’eau. C’est drôle et plaisant à lire (venant de Gary, ce n’est pas très surprenant). Ces six nouvelles à chute très courtes ont un charme apéritif : on les picore, on s’amuse, elles montent à la tête comme les bulles et on les oublie vite (je ne parle que de ma petite mémoire inefficiente). Il n’en demeure pas moins qu’elles sont un excellent moyen de découvrir le vénérable Romain Gary si ce n’est pas déjà fait ou de confirmer le fait qu’il sait se renouveler tant au niveau du genre que du registre.

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19 janvier 2024 5 19 /01 /janvier /2024 12:07

Ce que je sais de toi - Éric Chacour - Babelio

Le narrateur s’adresse à un « tu » dont il s’attache à brosser le portrait : Tarek est né au Caire en 1949, dans une famille levantine chrétienne, il grandit dans l’ombre de son médecin de père si charismatique et qui ne lui laisse guère le choix, lui aussi sera médecin. Tarek se marie avec Mira, son amour de jeunesse et fait tout de même le choix très personnel de s’occuper des miséreux dans un quartier très pauvre de Moqattam. C’est là qu’il rencontre Ali, le fils d’une dame qu’il soigne ou plutôt dont il se prend d’amitié. Ali est un jeune prostitué qui, sur la promesse faite à une mère sur son lit de mort, devient l’assistant de Tarek. Lorsque le jeune homme, un soir, pose ses lèvres sur celles du médecin, l’univers bien cadré de Tarek s’effondre. Il ne cessera pourtant pas cette liaison passionnelle qui le conduira à fuir l’Egypte pour le Canada, des années plus tard.

Après un début qui picote un peu à cause de ce tutoiement omniprésent, on se demande qui peut être le narrateur... le roman gagne en force avec un personnage qui désobéit aux coutumes de son pays, aux traditions de sa famille, qui enfreint les règles. Via un parcours de vie atypique, le récit se fait porter par un souffle de rébellion tout en gardant une belle délicatesse qu’on retrouve dans la plume de l’auteur (c’est un premier roman, bon sang, quel talent déjà !) C’est déjà très bon mais aux deux tiers du livre, le lecteur se fait tout simplement renverser par la surprise de l’identité du narrateur et quelques autres bouleversements brillamment orchestrés. Par de savants retours en arrière, ce n’est plus une seule vie mais quelques existences de personnes qui pourtant vivaient ensemble qui nous sont dévoilées. C’est très beau, prenant, dépaysant et de plus en plus bouleversant au fur et à mesure qu’on tourne les pages, tout en restant une belle ode à l’amour et à la sensualité. Un coup de cœur pour ce roman aussi fascinant qu’inventif.

Merci à ma chérie pour ce cadeau !

« L’eau s’infiltre insidieusement dans la brique en terre crue. On observe avec fascination la première goutte qui, en quelques secondes, vient tacher la matière à mesure que celle-ci l’absorbe. C’est alors une flaque entière qui emprunte le même chemin de capillarité. Le matériau se gorge d’eau au point de commencer à montrer quelques signes de faiblesse. Combien de temps faut-il pour que la construction tout entière ne soit en péril ? Tu ne cherchais pas à mettre de mots sur l’effet qu’Ali produisait sur toi. A quoi bon écrire l’espoir tourmenté dans lequel te plongeait la vue de sa nuque, le frisson soudain au contact de sa chaleur, le tourment intérieur qui précédait chacun de ses paroles, l’incertitude du lendemain, l’intranquillité à l’idée que tout s’arrête brusquement ? »

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15 janvier 2024 1 15 /01 /janvier /2024 21:06

Mémoires de la forêt Tome 1 : Les Souvenirs de Ferdinand Taupe - Mickaël  Brun-Arnaud, Sanoe - Ecole Des Loisirs - Grand format - Paris Librairies

Tome 1 : Les souvenirs de Ferdinand Taupe

Dans le village de Bellécorce, le libraire Archibald Renard a bien du mal à aider Ferdinand Taupe à retrouver un livre (chaque livre écrit par un villageois est en exemplaire unique), et pour cause : un mystérieux client qu’il n’a pu identifier l’a acheté quelques instants auparavant. Ferdinand espérait retrouver ses souvenirs grâce à ce livre qui retrace son passé, notamment en compagnie d’une certaine Maude. Ferdinand perd la mémoire et n’a plus que quelques photos en guise de souvenirs. Archibald accepte de l’accompagner sur les lieux de ces photos pour réveiller les souvenirs de la taupe et surtout retrouver cette chère Maude qui semble avoir disparu depuis longtemps. Leur périple va d’abord les mener au salon de thé de Pétunia Marmotte, puis dans un gros chêne pour assister à un concert, mais aussi à la Brocantaupe ou à la Retraite des Plumes.

Je ne suis pas une grande adepte de la littérature jeunesse et j’avoue que, malgré ses qualités, la première moitié du livre n’a pas suscité en moi d’émotion particulière... Les animaux personnifiés sont attachants, les lieux décrits et très bien dessinés par Sanoe font rêver mais il y a ce côté candide, cette bonhommie enfantine qui ne m’a pas accroché. Et pourtant, et pourtant..., le thème de la maladie d’Alzheimer est amené avec tant de tact dans la seconde partie, traité avec tellement de délicatesse et de bienveillance que je suis justement ressortie de cette lecture emplie d’émotions diverses. Il y une histoire de portes à ouvrir et à maintenir fermées qui va parler à tout un chacun. Le thème de la mort est aussi vu d’une manière plutôt optimiste et rayonnante. Je ne peux que conseiller ce livre en priorité à ceux qui seraient concernés de près ou de loin par cette maladie de « l’Oublie-tout » mais au plus grand monde également (je serais curieuse d’avoir l’avis d’un enfant...). Les nombreuses illustrations sont de petites merveilles (au doux parfum du Vent dans les Saules).

« Il y avait de la poésie dans le déplacement des ancêtres – de vieilles âmes en équilibre entre la marche et le repos, sans cesse ralenties par le poids des années et la douleur des jours. »

« Malade de l’Oublie-tout, Ferdinand était devenu une sorte de voyageur temporel, voguant entre les époques comme on passe d'un chapitre à l'autre du grand livre de la vie. Alors, quand il était égaré dans l'un de ses nombreux voyages, Archibald lui lançait des cordes pour qu'il revienne petit à petit, sans jamais le brusquer. »

 

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