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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 17:44

 

 

 

        Comme beaucoup, j’ai adoré le roman de Pierre Lemaitre…  et comme beaucoup je pense, j’ai un peu appréhendé le moment d’ouvrir cette BD, de peur d’être déçue.

         Une gueule cassée qui veut se faire oublier, un copain d’une fidélité exemplaire, un salaud comme il ne faudrait pas qu’il en existe, un père à l’amour « décalé », une période d’après-guerre où l’arnaque est facile… je ne vais pas résumer le livre, je l’ai fait ici.  Contrairement aux avis que j’ai pu lire à droite à gauche, ce qui m’a le plus surprise en refermant cette copieuse BD, c’est d’avoir l’impression de ressentir exactement les mêmes émotions que jadis, avec le roman. Entre laideur et sublime, entre bonté et cruauté, cette œuvre est un terrain où poussent les contradictions et prend aux tripes ! De même, les personnages sont à la fois ordinaires et complètement insolites. D’ailleurs l’homme occupe une grande place dans la BD, les cases représentant souvent un ou deux personnages en plan américain ou croqués par leur visage. Sandrine nous disait que l’humour et l’ironie étaient absents dans cette version graphique, c’est vrai que les deux procédés occupaient une grande place dans le roman mais le jeu de masques, la présence de la mère de Maillard et la maladresse de Maillard tentent tout de même de faire sourire cette ambiance dramatique.

          J’ai adoré les dessins de ce Monsieur de Metter dont je ne connaissais pas le travail. Il n’a pas pris de pincettes pour défigurer Edouard, il n’a pas lésiné non plus sur les centaines de couleurs représentant parfaitement les nuances de tonalité de l’œuvre. J’ai du mal à comprendre pourquoi la Fnac (voir ci-dessous) apposait une jaquette bien moins jolie que celle de la couverture originale (mgnifique... mais qui divulgue prématurément la fin – choix bizarre, il faut bien l’avouer). Une belle découverte que cet album à l’intrigue excellente et aux dessins épatants !

 

« 18/20 »

 

 

 

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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 10:46

 

 

            J’avais beaucoup aimé Un refrain sur les murs du même auteur, lu en 2011.

            A 37 ans, Olympe est une galeriste de talent ; femme d’affaires hargneuse, elle sait dénicher les peintres exceptionnels et les mettre en valeur. Un jour, un Monsieur s’enquiert d’un tableau qui lui plaît. Il est trop cher pour lui mais Olympe a un pressentiment, une intuition et elle cherche un tableau intéressant qui serait dans le budget de ce « monsieur ». Ce dernier s’appelle Paul Anger, il est marié, a trois enfants, et à 38 ans, s’estime très heureux avec son poste de directeur de recherche au CNRS. C’est la jeune stagiaire inexpérimentée et d’origine gitane, Khalia, qui va trouver, pour Paul, un tableau intrigant et charmant, La Prisonnière d’un certain Solal, un artiste de sa ville natale, Perpignan. Désormais deux rails vont se côtoyer pour se croiser, s’éloigner l’un de l’autre et se rapprocher à nouveau. Ce peintre septuagénaire qui va toucher Olympe plus qu’aucun autre ne l’a jamais fait, et le pari fou d’exposer un artiste inconnu à Paris. Et puis il y a Paul. Olympe qui est habituée aux histoires sans lendemain, finit par succomber au charme, aux bontés, à « sa maladresse et sa confiance mêlées » du grand scientifique. Ce qui devait arriver arriva.

          Entre Liaisons dangereuses et Dom Juan au féminin, ce roman fascine le lecteur par son écriture ensorcelante d’abord, mais surtout par ses personnages. Olympe au look androgyne plaît puis agace, tantôt on l’admire, tantôt on la craint. Femme moderne, libre et amorale, elle se sert des gens comme on goûte à de délicieux petits fours. Paul est, lui, tout l’inverse, stable, sûr de sa vie de famille, c’est un roc. Et la rencontre entre ces deux êtres est explosive ! Ce que j’avais déjà aimé dans Un refrain sur les murs et que j’ai retrouvé ici, c’est l’absence de manichéisme de l’auteur, une justesse dans les relations humaines, des méandres de la vie parfaitement dessinés. L’omniprésence du thème de la peinture associé par moments à la vie gitane et accompagné, toujours, de destins surprenants (indociles !) m’a énormément séduite. J’ai beaucoup beaucoup aimé ce roman fort et vibrant. Allez, on commence majestueusement bien l’année et j’en fais un COUP DE CŒUR !

Merci à Adeline !

 

« Ils sont assommés par cet échange qui les ramène à ce qu’ils sont : des indociles. Des marcheurs de côté. Des êtres qui échappent à la définition. Ils ne se sont jamais pliés à une seule loi, une seule façon d’aller au monde. Ils sont conventionnels, puis ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque. Ils ne pensent pas en « école » en « tendance » en « famille ». Ils ne veulent entraîner personne derrière eux, ni créer des courants qui seraient des courants d’air. Si on les suit, c’est comme une fête, dont on sait qu’elle finira tout à l’heure. Ils dansent sur les fils de leurs émotions, et de leur intelligence, passant de l’un à l’autre quand on les attend ailleurs. Ils s’enthousiasment et s’indignent sans que l’on puisse savoir vraiment quand ni pourquoi, car ils n’en font pas une spécialité. Les indociles n’ont pas d’âge, ni de classe sociale. Ils sont instruits ou ne le sont pas, et dans ce dernier cas, ils sont ébaubis quand ils découvrent au détour d’un texte, d’un article de presse, que d’autres ont si bien exprimé ces choses qu’ils se sentaient seuls à penser. »

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 09:19

 

      Très belle année 2016 à vous toutes et tous, soyez heureux, buvez, mangez, marchez, riez, souriez, lisez et embrassez qui vous voudrez!

          Dans le même paquet que les voeux, le traditionnel bilan annuel qu’il m’a été très difficile d’établir cette année en raison de la multitude de lectures que j’ai appréciées !

- Pour les romans, un podium de trois préférés : L’Amour et les forêts d’Eric Reinhardt, brillant et captivant, Mr Gwyn d’Alessandro Baricco, mon vrai grand coup de cœur de l’année pour sa poésie et son originalité et Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. Mais j’aurais pu rajouter Miniaturiste de Jessie Burton, Demande à la poussière de John Fante ou encore Grâce et dénuement d’Alice Ferney. J’aimerais ne pas oublier La Petite cloche au son grêle de Paul Vacca et La Variante chilienne de Pierre Raufast. Et pourquoi mettre de côté les polars ? Bon cru avec le dernier Wallander, L’homme inquiet de Mankell et Nymphéas noirs de Michel Bussi.

- Pour les BD, le tri ne fut pas évident non plus. Les Vieux fourneaux (tome 3) de Lupano et Cauuet arrivent bien sûr en tête, à égalité avec Manabé Shima de Florent Chavouet et Voyage aux îles de la Désolation d’Emmanuel Lepage. Et comment ne pas citer Un océan d’amour de Lupano et Panaccione?

- Au théâtre, c’est plus clair, c’est « Art » de Yasmina Reza que j’ai préféré.

- Côté livres audio, j’ai été assez déçue, dans l’ensemble. Et c’est au tout début d’année 2015 que je trouve mon coup de cœur avec L’Appel du Coucou de Robert Galbraith.

- Quelques perles en littérature jeunesse comme Le Grand méchant renard de Benjamin Renner, devenu culte à la maison.

- Terminons par le très beau recueil de nouvelles Légendes d’automne de Jim Harrison.

 

          Le bilan est positif, j’ai pu réaliser en partie mes petits vœux personnels, lire du théâtre, revenir aux classiques, lire Dickens. Je ne me souhaite rien de particulier à part de jolies rencontres livresques.

 

          Enfin, j’aimerais remercier mes uniques lecteurs, des fidèles et des occasionnels, des visiteurs toujours les bienvenus, des lecteurs attentifs et attentionnés, des conseillers comme on n’en fait plus, des commentateurs avisés, …  il s’agit de VOUS tout simplement, amis blogueurs sans qui ce blog n’aurait pas lieu d’être. Il me semble qu’au fil des années, une jolie petite tribu s’est créée, et c’est vous particulièrement que je remercie, c’est à vous que je souhaite, encore une fois, tous mes vœux de bonheur et de santé pour 2016.

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 10:30

 

 

           Il est peu d’auteurs dont j’ai tout lu mais Chalandon en fait partie. C’est assez drôle parce que c’est dans ce dernier tome paru cette année  que j’ai trouvé le plus de résonnances avec le premier, Le Petit Bonzi que j’ai tant aimé, paru dix ans plus tôt.

           Emile vit avec son père et sa mère dans un appartement à Lyon. Son père omniprésent, comme le titre le souligne, se veut tour à tour général, pasteur évangéliste, prof de judo, parachutiste et principalement agent secret. Il initie lentement et durement son fils à ses manigances, à sa double vie, à ses mensonges surtout, car le père n’est qu’un mythomane, qu’un affabulateur. C’est une éducation militaire qui tyrannise le garçon souffrant d’un « asthme d’effroi ». Le père le frappe, le méprise, le rabaisse, parfois lui confie des missions  - et ce qui fait tenir Emile. Il a le privilège d’être lui aussi un membre actif de l’Organisation Armée Secrète, cette OAS qui est une vraie religion dans ce foyer. De foyer, parlons-en car la mère n’y circule qu’en fantôme, celle qui doit se taire et acquiescer, celle qui doit se contenter de nourrir la gente masculine.

          Ce récit d’une enfance malheureuse a sans doute une fonction thérapeutique pour l’auteur qui, on s’en étonne, a parfaitement tourné la page, a été plus traumatisé par la trahison de son ami (voir ses romans précédents) que par cette enfance maltraitée. L’absence d’auto-apitoiement donne toute sa puissance à l’œuvre qu’on a du mal à quitter puis à oublier. Cette emprise paternelle a quelque chose de malsain et de fascinant à la fois, sa maladie mentale décide de la vie de deux êtres qui paraissent sans défense, la mère et le fils. Je ne suis pas la première à le dire mais la position de la mère, son attitude passéiste et mutique paraît tout aussi condamnable que celle du père. L’éducation tyrannique qu’a subi le fils se répercute sur un de ses amis qui entre lui aussi dans le jeu de l’espionnage… Un bourreau ne peut devenir qu’un bourreau et pourtant l’éloignement du narrateur de ses parents lui a été salvateur.

         Une lecture âpre et violente que j’ai beaucoup appréciée.

 

 

Le père à son fils : « Rien ici n’est à toi, tu m’entends ? »

« Je me suis réfugié dans mon carnet à dessin, que j’ouvrais dès que j’avais peur. »

« il avait demandé à ma mère de ne plus acheter d’eau d’Evian, ville souillée par les accords de paix en Algérie. »

Un passage qui fait que j’aime tant l’écriture de Chalandon : « Mon lit était froid d’avril. L’appartement était froid d’habitude. J’ai passé mon enfance à cacher mes pieds sous la glace des draps. Ce soir-là, je n’ai pas été battu. »

« Lorsque les coups tombaient, je savais ça aussi. L’orage, la foudre, et plus rien au matin. Quelques larmes de pluie sur le front de ma mère.

  • A terre. Série de pompes ! »
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27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 11:35

 

 

         Qui n’a pas vu au moins un des trois tomes en librairie ? Il fallait que je sache de quoi il en retourne !

           Marion Montaigne entreprend de nous instruire. En quelques planches de BD rigolotes, elle nous en apprend un peu plus en sciences : le corps humain, les animaux, la psychologie, les comportements sexuels, etc. Le lecteur se retrouvera donc forcément dans un de ces titres : « Comment perdre son gras ? Mange-t-on des araignées quand on dort ? La cryogénie après la mort, comment ça marche ? Les turbulences en avion ; Pourquoi ça fait mal un coup dans les bijoux de famille ? Pourquoi les animaux sont mou ? Les séries médicales sont-elles crédibles ? » Etc. Etc.

          La présentation de chaque objet d’étude est ludique et introduite par une carte postale (dessinée par un dessinateur de BD, autre que Marion Montaigne). Les sources, citées à la fin de l’ouvrage, sont néanmoins sérieuses. Qu’est-ce que j’ai ri parfois ! L’humour est vraiment le point fort de l’auteur, j’ai essayé de retranscrire certains des passages qui m’ont fait marré mais les dessins font le gros du boulot donc je vous conseille fortement de lire ce tome 3 qui doit être au moins aussi bons que les précédents (que j’ai, forcément, bien envie de découvrir maintenant…)

 

Et le blog de l'auteur qui a été le point de départ de l'écriture des trois tomes : http://tumourrasmoinsbete.blogspot.fr/

 

       Cette histoire des araignées qui nous grimperaient sur le corps pendant qu’on dort : « Pourquoi une araignée irait s’aventurer sur votre visage ? On raconte que ce serait pour boire les larmes au bord des yeux. Mais c’est pas trop de l’eau qu’on trouve au bord des yeux… C’est des chips ! » (dit l’araignée dépitée !)

       Un truc que je ne savais pas du tout : Si ceux qui ont vécu une NDE (Near Death Experience) voient souvent un tunnel, c’est parce que les neurones du cortex (l’œil) manquent d’oxygène et que « ceux de la périphérie défailliront avant ceux du centre ». « Quelques neurones résistent encore au centre d’où l’impression de voir un tunnel » !

        Le chapitre consacré aux séries médicales type Urgences ou Dr House est hilarant aussi. Lors du massage cardiaque : « Dans la réalité, le corps ne sautille pas non plus comme ça, mais ça permet de voir des bustiers déchirés ou des soutiens-gorge. Et il serait dommage de louper cette jolie performance de gymnastique du figurant. »

 

l

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24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 11:23

Voilà ce à quoi j'aspire le plus aujourd'hui : du calme, du soleil, un peu de neige.

Le lac Moraine se situe dans le parc national de Banff, au Canada... 1 885 mètres d’altitude où calme et silence doivent être au rendez-vous.

 

Un très joyeux Noël à vous toutes, à vous tous!

 

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22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 19:50

 

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          Ce roman dormait dans ma PAL depuis quelques années, il me titillait quand même de savoir ce qui se cachait derrière ce nom plus célèbre pour avoir été la femme d’Aragon que pour ses talents d’écrivain. Ce roman est le premier d'une trilogie intitulée L'âge de nylon.

           Martine est une très très belle jeune femme. Enfant, elle a vécu à l’équivalent de la cour des Miracles. Sa mère, Marie, avec six enfants âgés de 3 à 15 ans, tassait sa marmaille dans une bicoque grouillante de rats. Martine est paradoxalement une excellente élève. N’ayant pas la fibre familiale, elle se réfugie régulièrement chez sa meilleure amie Cécile et sa mère, la coiffeuse et bourgeoise Mme Donzert qui finira par adopter la jolie demoiselle. Toutes les pensées de Martine se tournent vers le beau Daniel Donelle, rosiériste. Elle finit, comme toujours, par obtenir ce qu’elle souhaite et épouse Daniel. Après quelque temps de bonheur, Daniel et Martine s’éloignent l’un de l’autre par absence d’affinités. Martine se laisse emporter par la fièvre acheteuse, se complaît dans le neuf, le brillant, le moderne. Daniel est, quant à lui, obsédé par l’idée de créer une rose à partir de considérations scientifiques de génétique. Elle ne veut vivre dans sa vieille ferme familiale aux habitudes trop rustiques, il ne veut la rejoindre dans l’appartement propret et ennuyeux de Paris. Pourquoi peut-elle s’offrir tous ces objets inutiles ? Parce qu’elle contracte crédit sur crédit et qu’elle finit par ne plus s’en sortir…

            Elsa Triolet peint merveilleusement bien cette société des années 40-50 où on découvrait à peine le réfrigérateur et le lave-linge, et ce besoin d’acheter et d’acquérir est bien sûr encore terriblement d’actualité. Les personnages se fondent très bien dans cet univers, Martine incarne parfaitement la jeune fille superficielle et creuse, mais il a manqué quelque chose à l’intrigue pour en faire un roman passionnant. Un roman de société qui paraissait être une œuvre pionnière en 1959, année de sa publication, mais qui n’innove plus vraiment au XXIème siècle, champion de la surconsommation ! Avec sa morale sans concession (une fille sans éducation restera matérialiste et superficielle toute sa vie), le roman se rapproche du naturalisme zolien et de son déterminisme social. Intéressant !

 

 

« Elle était à cet âge exquis où le corps de la femme est déjà entièrement ébauché, et on a envie de crier à son créateur : « Surtout n’y touchez plus, vous risqueriez de tout gâcher ! » Mais le créateur continue, et, en règle générale, abîme l’ébauche, gâche tout : il en met trop d’un côté et pas assez de l’autre, il s’arrange pour déformer la carcasse elle-même et elle perd la courbe qui en faisait le charme, la tête trop grosse, ou le cou trop court, les genoux cagneux, les épaules aux oreilles… »

« Que pouvait-il contre l’idéal électro-ménager de Martine ? C’était une sauvage devant les babioles brillantes, apportées par les blancs. Elle adorait le confort moderne comme une païenne, et on li avait donné le crédit, anneau magique des contes de fées que l’on frotte pour faire apparaître le démon à votre service. Oui, le démon qui aurait dû servir Martine l’avait asservie. Crédit malin, enchantement des facilités qui comble les désirs, crédit tout-puissant, petite semaine magicienne, providence et esclavage. »

« Moins les gens ont de culture, moins ce sont des intellectuels, et plus facilement ils perdent la tête. Les fous, les folles hantent les villages, les campagnes, c’est là-bas que l’on rencontre les possédés, les innocents, les sorcières et les sorciers. »

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 09:21

 

 

           Trois lycéens doivent réaliser un exposé sur les camps de concentration. Emballés ni par le travail ni par le thème, ils décident d’aller voir l’arrière-grand-père de l’un d’entre eux qui aurait vécu la Seconde Guerre mondiale. Arrivés chez ce vieillard rustre et antipathique, ils écoutent son histoire…

           Andreas Müller est, en 1932, un homme heureux : il vit à Berlin, il réalise avec succès des affiches pour la campagne du prometteur Hitler, il vit avec sa mère, il retrouve régulièrement sa bande de copains homosexuels avec qui il fait la fête. Oui mais les Nazis renforcent leur politique de lutte contre l’homosexualité qui est considéré comme « un délit » selon le paragraphe 175 du Code pénal allemand (de 1871 à 1994 !). Certains de ses amis disparaissent. Dénoncé par sa concierge, Andreas se montre ostensiblement avec une fille pour éviter l’arrestation mais les Nazis ont des photos, ils emprisonnent Andreas avec deux brutes avec de le déporter dans un camp de concentration où on leur assène qu’ils sont « anormaux, nuisibles et superflus ». En 1945, Andreas est libre mais la traque des homosexuels continue et Andreas s’enfuit en France avec son ancienne fausse compagne.

         Commençons par le côté négatif, le récit-cadre avec ces adolescents vulgaires et ignares m’a profondément déplu. Je suis sceptique aussi face au choix de faire, de la personne d’Andreas vieux, un être méchant et obtus. Le récit central, celui d’Andreas avant et pendant la Seconde guerre mondiale, emmène le lecteur dans ce crescendo infernal passant d’une vie normale à une déchéance totale. C’est horrifiée et émue que j’ai fermé cette BD. Une histoire à lire et à faire lire pour ne pas oublier…

 

« 16/20 »

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 20:40

 

 

          J’avais lu, sur différents blogs, que ce court roman prenait aux tripes… ce n’est pas peu dire.

           Diana est une petite fille qui n’a pas été désirée. D’ailleurs, sa mère a choisi l’accouchement sous x avant de se rétracter et de garder sa fille. Mais de lien filial, il n’y en a point, la petite est maltraitée et battue dès son plus jeune âge, par son père et par sa mère, qui auront pourtant d’autres enfants. L’entourage proche et moins proche suspecte bien quelque chose, la fillette a de nombreux bleus, ses yeux sont gonflés, elle boîte… mais les parents pleins d’aplomb et toujours sûrs d’eux affirment qu’elle est « maladroite ». Diana confirme, elle a désobéi, elle a enfreint le règlement, elle n’a pas fait attention, d’où ces nombreux accidents.

        La force de ce roman réside en sa polyphonie : tantôt c’est la grand-mère qui nous parle exprimant le désamour de sa fille pour Diana, tantôt c’est la maîtresse d’école qui ne sait si elle doit faire un signalement, tantôt c’est le frère qui comprend tout mais ne révèle rien… Tous « savent » consciemment ou inconsciemment et pourtant, personne n’agit concrètement, ou alors bien trop tard. Les seules voix absentes sont celles de ces bourreaux de parents.

        Bien sûr que ce texte qui se lit d’une traite touche le lecteur au plus profond de lui-même, on ne peut le lire que la gorge nouée, mais il éveille aussi sa vigilance, il demande, surtout en tant qu’adulte, encore plus en tant qu’enseignant, d’être sur ses gardes, de rester aux aguets, d’épier toute forme de maltraitance. Ce qui m’a le plus bouleversée, c’est le lavage de cerveau qu’a subi cette petite fille incapable de faire confiance à qui que ce soit, incapable de dire qu’elle souffre ; disciple parfaite de ses parents, elle connaît bien sa leçon : « Je me suis cognée », « Je suis tombée », « Je suis très maladroite ». L’administration, les services sociaux semblent bien ralentis dans cette sombre histoire qui est le miroir de celle de Marina Sabatier décédée en 2009 sous les coups et les maltraitances de ses parents. Belle réussite que ce premier roman où Alexandre Seurat a su faire preuve de simplicité, de sobriété et de délicatesse.

 

La médecin scolaire - qu’on a franchement envie de baffer – en conversation avec le père de Diana : « un homme très courtois, cordial, qui répondait à mes questions sans embarras, sans rien de quelqu’un qui pourrait se sentir en faute, mais à l’aise, sûr de lui, et attentif à la petite. Le carnet médical de la petite s’était perdu, a-t-il précisé. Elle était là, souriante, elle m’a semblé légèrement émotive, peut-être le fait de voir un médecin, inquiète. […] Il était difficile, m’a-t-il dit, de la surveiller tout le temps. Et la petite a ri d’un rire aigu. J’avais l’impression qu’elle ne comprenait pas très bien ce qui se disait. Le père a dit, Ce n’est pas tous les jours facile, mais vous savez, c’est beaucoup de bonheur. »

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 10:26

 

 

 - La dernière enquête de Wallander -

 

      Cette lecture  s’est colorée d’une teinte particulière. Pour trois raisons. La première parce que Mankell a disparu quelques semaines plus tôt. La deuxième parce que c’est le dernier tome de cette fameuse série Wallander que j’ai tant aimée et qui m’a fait découvrir ce grand écrivain. La troisième parce que c’était le livre que je lisais pendant les attentats du 13 novembre. Et que j’ai reposé quelque temps parce que lire a été trop difficile. Lire n’avait plus de sens. Ensuite lire a pris tout son sens, justement.

           Wallander a enfin déménagé à la campagne, il a sa maison, il a son chien comme il l’avait toujours rêvé. Comble de bonheur, il a une petite-fille, Klara. Pourtant, on ne peut pas dire que Kurt est heureux, il rumine son passé, il craint pour son avenir qu’il sait ne plus être très long, il a peur de vieillir, il a peur pour sa santé et commence à connaître des pertes de mémoire. Une enquête imprévue qui prend germe au sein du cocon familial va l’occuper quelques mois. Hans, le père de Klara et le compagnon de sa fille Linda présente un jour Wallander à ses parents. Contre toute attente, Kurt-grognon s’entend bien avec Louise et Hakan, un ancien officier de marine. Ce dernier va jusqu’à se confier au commissaire à propos d’une histoire de sous-marin russe repéré sur le territoire suédois… Et puis, Hakan disparaît. Louise éplorée, disparaît quelque temps plus tard avant d’être retrouvée morte. Mais où peut se trouver Hakan ? Est-il vivant, est-il mort ? Linda s’inquiète pour son beau-père.

            L’impression générale de ce bouquin est infiniment triste, pessimiste, voire accablante. J’avoue que j’aurais aimé, moi qui ne suis pourtant pas fan des happy ends, voir notre Wallander aimer, rire, apprécier la vie. Quant à l’enquête, pour la première fois, le lecteur n’en sait pas plus que le policier. L’enquête traîne en longueur comme toujours, elle est entrecoupée de réflexions sur la vie, la vieillesse, l’amour (les deux femmes de la vie de Wallander, Mona et Baiba, ressurgissent). L’écriture et l’humanité de l’auteur sont ses points forts. Une petite lueur pour moi : je n’ai pas lu La Faille souterraine et Meurtriers sans visage, les deux tomes qui débutent la série et que je n’avais pas trouvés. Je vous renvoie aux Chiens de Riga, mon premier coup de cœur (15 ans après cet opus !), découvert en livre audio.

 

Baiba : « J’ai l’intention de mourir avec une bouteille de champagne à mon chevet. Je porterai un toast. Que m’ait été accordée, malgré tout, cette aventure étonnante de naître, de vivre et puis de disparaître une fois de plus dans l’obscurité. »

Wallander à sa fille : « Je me réveille chaque jour avec l’impression que ça passe si vite, si terriblement vite. Et je ne sais même pas après quoi je cours, et si c’est pour le rattraper ou pour lui échapper au contraire. Je cours, c’est tout. Et si je dois être tout à fait sincère… La vieillesse me fait très peur. »

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