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3 septembre 2016 6 03 /09 /septembre /2016 21:26

 

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             Les avis sur ce roman ont pullulé sur la blogosphère, aussi nombreux qu’hétérogènes. J’ai laissé dormir le livre quelques semaines dans ma PAL avant de m’y attaquer.

             Anibal vient d’hériter, mais de la manière la plus surprenante qui soit. Son père est mort deux ans auparavant mais il n’a pas assisté à son inhumation et n’a pas touché une miette de son héritage. Et voilà que maintenant, on le fait venir dans la maison familiale, là où son érudit de père a toujours écrit ses livres, là où l’historien a toujours gardé une distance ironique et froide envers son fils, là où le cruel « professeur »  a toujours préféré sa sœur. C’est une agente immobilière, très jolie et très admirative de toute l’œuvre du père, qui lui ouvre les portes de la maison pour qu’il y récupère trois boîtes, trois mystérieuses boîtes qui contiennent des souvenirs qui surprennent Anibal et qui vont lui faire comprendre que son père n’a peut-être pas toujours été le tyran qu’il redoutait tant. Pourtant, les conditions qu’il a exigées pour que la maison et tous ses biens reviennent à son fils prouvent bien qu’il l’embarque dans un engrenage dangereux…

           J’ai beaucoup aimé l’essentiel du livre, cette introspection et ces souvenirs liés à un passé douloureux (qui m’ont fait penser à plusieurs reprises à l’excellentissime Confiteor de Jaume Cabré), les personnages également, parfaitement dessinés, à commencer par Anibal dont la maladresse, le peu d’assurance, les pensées folles (dans tous sens du terme) le rendent tout de suite attachant. Par contre, j’ai parfois dû m’accrocher à la page comme un naufragé à son épave (et il est d’ailleurs question d’inondation, un passage épique !), certains passages m’ont déconcertée – l’inondation et la convalescence psychiatrique d’Anibal !, déstabilisée même. Heureusement, la fin est réussie et belle. Un roman initiatique qui est aussi une quête identitaire. L’écriture est superbe, intelligente, drôle, subtile et raffinée, je ne peux donc que vous recommander cette lecture !

 

 

On a dû tous le faire : imaginer ce que les autres étaient en train de penser ! Pour Anibal, c’est son occupation favorite, « fabuler la pensée d’autrui ».

Anibal trouve, dans une des boîtes, le costume de Romain qu’il avait porté, une fois, enfant. Il ne peut s’empêcher de penser que, si son père l’a gardé, c’est une preuve d’amour et de respect. Devant la jolie fille de l’agence immobilière, il veut faire bonne figure, pourtant : « Une de ces larmes, que je tentais de ravaler, allez savoir par quel usage inédit de la glande lacrymale, finit par se détacher de l’œil et par glisser sur ma joue pour venir se perdre dans ma barbe naissante. Comme je ne voulais pas porter mes mains au visage, l’autre œil laissa lui aussi échapper une larme, qui se traîna plus lentement en laissant une longue trace humide sur ma joue. J’aurais voulu être n’importe où sauf ici. »

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 09:40

 

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           J’avais découvert les deux premiers tomes en livre audio. Puisque mes trajets voiture ont nettement diminué, de livre audio, il n’y en aura certainement plus…  Version papier pour ce tome 3 !

           On retrouve avec – pour ma part – grand grand plaisir, Cormoran Strike le détective privé géant et unijambiste et sa secrétaire vive, jolie et intelligente, Robin. Tout démarre avec la réception d’un colis un peu particulier : une jambe ! Le colis est adressé à Robin et c’est un motard casqué qui lui a déposé. Passé le premier moment de panique, Strike pense qu’on veut surtout se venger de lui. Immédiatement lui viennent quatre noms en tête, trois resteront comme des suspects favoris. Ces trois hommes ont des points communs : ils sont immenses et costauds et ils ont une excellente raison d’en vouloir à Strike. L’enquête démarre : la police a tendance à se tourner du côté de la victime (la propriétaire de la jambe !) et Strike accompagné de Robin poursuit ses trois pistes. La secrétaire est très ponctuellement promue au rang d’ « associée », ce dont elle rêve mais, à l’arrivée d’un deuxième colis aussi glauque que le premier, Strike voudrait l’éloigner pour la protéger. D’autant plus que Robin a son mariage à préparer. Pourtant, avec Matthew, rien ne va plus, la jeune femme a découvert qu’il la trompait, et ce, pendant une période particulièrement difficile de sa vie. Sur un air de « Je t’aime, moi non plus », Robin et Strike vont se croiser, se confronter, s’apprécier de plus en plus…

            Les enquêtes et les filatures nous emmènent dans les rues de Londres mais également en escapade dans le Yorkshire et dans le comté de Cumbria. Le rythme est haletant, le suspens reste entier jusqu’à presque la fin du roman, Strike et Robin sont tour à tour blessés et/ou en danger et les personnages secondaires sont nombreux et intéressants. J’ai, par contre, eu parfois du mal à me dépêtrer des portraits, assez proches des trois horribles individus suspectés (n’étais-je pas assez attentive ? c’est possible !). Qu’est-ce qu’on s’attache à Strike et Robin ! On en découvre plus à la fois sur leur passé et sur leur personnalité et leurs rapports s’affinent pour gagner en subtilité. Quand on arrive aux derniers mots du roman, il est complément impossible de ne pas vouloir lire la suite ! Rassurez-moi, il y aura bien une suite ? En résumé : un excellent moment de lecture (allez, quelques longueurs peut-être mais tout à fait agréables à lire !) et des personnages extrêmement attachants !

 

« Le hurlement de Robin se répercuta contre les vitres. Elle s’éloigna de son bureau à reculons, le regard braqué sur la chose ignoble posée devant elle. Une jambe toute lisse, mince, pâle. Elle l’avait effleurée en rabattant les bords du carton. Elle avait senti sous son doigt la texture caoutchouteuse de la peau glacée.

Elle venait à peine d’étouffer son cri, les deux mains plaquées sur sa bouche, que la porte en verre s’ouvrit brusquement. Du haut de son mètre quatre-vingt-douze, la chemise ouverte sur son torse velu comme celui d’un signe, Strike la considérait d’un air sombre. »

 

Ce pavé de 600 pages me permet de participer au challenge estival de Brize ! pavé2016moyen

 
 

 

 
 

 

 
 

 

 

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 13:48

 

http://www.vraoum.eu/Images/PorteDoc/9782365350020web.jpg

 

           Petit roman graphique très sympathique, ce mini-bouquin fait partie de ceux qu’on ouvre et qu’on ne peut s’empêcher de continuer à lire…

           Sylvain, l’auteur, nous raconte sa théorie de la vie : tout le monde a pour objectif d’être heureux, mais certains (et lui-même) sont encore plus heureux quand ils aident les autres et quand ils rendent les autres heureux. De jolis schémas très simples nous expliquent tout ça. Sylvain part trois mois au Liban, d’une part pour apprendre l’arabe, d’autre part pour rencontrer une femme, et pourquoi pas, pour commencer à résoudre le conflit au Proche-Orient… tous ces souhaits tendent à le rendre heureux. CQFD.

           C’est drôle, moderne, frais, humaniste… par contre, mon enthousiasme de début de lecture s’est un peu essoufflé au fur et à mesure que j’approchais de la fin. Parce qu’il n’avance pas tellement ce Sylvain Mazas finalement, on se doute bien qu’il n’a pas du tout résolu le conflit susnommé (là, de suspense, il n’y en avait point, il faut bien l’admettre !) mais il n’a pas non plus trouvé de femme. Juste un groupe d’enfants palestiniens qui lui en ont mis plein la vue par leur énergie, leur joie de vivre. Et c’est déjà énorme, c’est vrai.

 

« 15/20 »

 

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 14:52

 

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            Qu’est-ce qu’on l’a vu ce livre ! Partout : dans les librairies, dans les magasins bio, dans les boutiques « nature »… ! Il fallait bien qu’on y jette un coup d’œil, mon intestin et moi !

             En trois gros chapitres et 334 pages, Giulia Enders, passionnée de gastroentérologie (il faut de tout pour faire un monde !) nous explique à quoi sert l’intestin, quels sont ses points forts et ses points faibles, quels dysfonctionnements et maladies peuvent y être liés, mais surtout elle nous démontre que cet énorme tuyau est aussi important que notre cerveau et que nous le sous-estimons depuis trop longtemps. Moi qui suis sujette à souffrir d’un intestin irritable, j’ai aimé qu’on me dise que les problèmes d’intestin ont une répercussion sur notre cerveau (et notre moral) et non pas l’inverse, comme on veut souvent nous le faire croire…

          Le livre est plutôt bien écrit, drôle, la vulgarisation fonctionne à plein régime surtout pour la non-scientifique que je suis. C’est très compréhensible, simplifié et accompagné de petits dessins. Deux bémols tout personnels : je n’aime pas du tout ce genre de lecture, je m’ennuie vite –c’est un peu paradoxal, je sais bien- et je n’ai finalement pas tant appris que ça. Un bref aperçu de ce que j’ai découvert (ou que j’avais oublié) :

  • Il faudrait faire caca accroupi comme dans de nombreux pays et non pas assis. Au pire, on peut prendre un petit tabouret à installer devant la cuvette pour poser les pieds dessus… la chose n’en sortira que plus facilement.
  • Dans un tout autre registre : quel est le muscle le plus puissant de notre corps ? C’est la mâchoire !
  • Le gingembre est excellent pour lutter contre le mal de transport, et plus généralement, contre les nausées.
  • La césarienne, ça n’est pas top pour le bébé, son système immunitaire est affaibli jusqu’à ses sept ans.
  • Rien ne sert d’être trop propre, c’est même pire, certaines bactéries constituant une belle protection. : « la propreté ne consiste pas à exterminer toutes les bactéries. La propreté, c’est un équilibre sain entre une quantité suffisante de bonnes bactéries et une petite dose de mauvaises bactéries. C’est se protéger intelligemment des vrais dangers et parfois encourager de manière ciblée ce qui nous est bénéfique. »
  • On fait souvent caca là où on se sent le mieux et on contraint, consciemment ou non, notre corps à attendre : « Soyons honnêtes : c’est souvent à cause du syndrome « berk-c’est-pas-ma-cuvette ». Le syndrome « bcpmc », c’est rechigner à confier sa grosse commission à des latrines étrangères, surtout si elles sont publiques. C’est n’y aller que contraint et forcé, ériger une œuvre d’art en papier toilette sur les rebords de la cuvette et garder une distance rêvée d’au moins 10 mètres entre la porcelaine et la peau du postérieur. »

          

                 Dans le même style en plus rigolo (mais en moins exhaustif) : la série Tu mourras moins bête de Marion Montaigne (et il y a plus de dessins !)

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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 18:22

 

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           Combien de fois m’a-t-on conseillé cet auteur danois ? J’avais hâte de le découvrir !

           C’est l’histoire d’une vie. La vie d’un homme prise à trois moments différents, trois moments cruciaux : à 18 ans, à 40 ans passés puis à 60 ans.

           A 18 ans, le narrateur découvre l’amour physique dénué de sentiments, il se passionne de littérature allemande et tombe amoureux de la fille de son professeur d’allemand, Erika, qui lui fera comprendre qu’un attachement à longue durée de l’intéresse pas, elle n’appartient à personne. Devant sa mère atteinte d’un cancer et condamnée à mourir, il a tendance à fuir. Devant son père qui trompe sa femme, il ne pardonne pas.

              Les éléments de sa jeunesse faits de bouleversements, de rencontres et de désillusions vont sans conteste façonner notre bonhomme que nous retrouvons une bonne vingtaine d’années plus tard. Professeur divorcé, père d’une ado, Julie, il aime vivre seul, pédaler pour rentrer chez lui, se réfugier dans la lecture. La présence d’un élève serbe dans une de ses classes va lui permettre de rencontrer sa mère, Ivana, et de nouer avec elle une histoire brève mais passionnelle.

           A l’aube de ses soixante ans, notre homme regarde derrière lui. Il ne veut pas fêter son anniversaire en grande pompe avec sa fille et la famille de sa fille, il préfère fuir à Rome où il va faire une rencontre insolite : une jeune femme photographe qui a la moitié de son âge et qui s’entête à utiliser un matériel lourd et ancien. C’est sur le site archéologique de Paestum et quelques kilomètres italiens plus tard qu’une relation ambiguë et particulière se crée entre les deux êtres.

           Une belle écriture associée à des réflexions philosophiques, il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour être séduite. Ce livre qui fait réfléchir laisse aussi des portes ouvertes, ne donne pas de réponse définitive, questionne sans cesse. Le personnage ne choisit pas la facilité et ne suit pas la route qui était tracée pour lui. Il a quitté les femmes les plus merveilleuses, est-ce parce que la plus admirable d’entre elles, sa mère, l’a délaissé quand il n’avait que dix-huit ans ? L’auteur qui, on peut le supposer, a livré une bonne part de lui-même dans le personnage principal, évoque avec brio les thèmes de l’engagement, de l’individualité, de la liberté, de la solitude. De l’amour aussi qui n’a pas de définition immuable.

 

 

Eloge de la solitude et du célibat : « Je n’ai jamais eu de doutes sur la manière dont je devais utiliser mont temps, peut-être parce que, à mon sens, il était faux d’associer le mot utiliser avec ces heures qui n’étaient qu’à moi. Je ne devais rien faire quand je n’avais pas à travailler, et c’était une richesse. Cela avait même cessé d’être un problème qu’il n’y ait pas de femme dans ma vie. […] Le renoncement était presque un soulagement. »

 

« Si seul le présent était réel, nous ne serions pas réels. Le présent est un lieu impossible que l’on ne peut pas fouler, parce qu’il avance sans cesse sous nos pieds. Il n’a de réalité que comme maillon dans une métamorphose permanente, un continuum où, en revanche, il ne perd jamais sa réalité. Comme l’eau dans une source qui coule plus loin, mais c’est une image trompeuse. Il n’y a pas d’image idoine pour le temps et l’expérience étonnante qui veut que l’instant rétrospectif ne perde pas sa réalité dans le présent grâce à la langue, aux conjugaisons et à leur souplesse. »

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 20:59

7 ans !

Non, nous ne divorçons pas mon blog et moi,  mais poursuivons – doucettement – cette cohabitation faite de découvertes livresques et de plaisirs littéraires ! Merci à tous !

 

Un petit souvenir de mon séjour maltais… je crois bien être tombée amoureuse de La Valette !

7 ans !
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 17:49

 

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          Me voilà abonnée à cette série ! Série qui se veut policière et dont les enquêtes sont traitées de différentes manières, dans des époques et des endroits divers. Ici, nous sommes à Paris dans les années 30.

           Une jeune femme est retrouvée morte, défenestrée, dans la cour intérieure de son immeuble. Son mari qui se dit très amoureux d’elle, débarque, livide, et accuse d’emblée le vieux clochard qui faisait du gringue à son épouse depuis des mois. Le mari est, accessoirement, un collègue qui était en planque le soir du crime. Des voisins, il n’y a aucun témoin, chacun dit être tombé de sommeil et n’avoir rien vu ni entendu. Des bijoux ont été volés et peu de temps après on retrouve effectivement le clochard nommé Guerry qui porte sur lui les bijoux volés et semble avouer à moitié son crime. L’affaire s’arrête là… c’est sans compter le sixième sens du commissaire Bec et son entêtement. Les apparences sont bien trompeuses, chaque personnage a joué un jeu qui n’a pas tenu longtemps.

          C’était encore une fois bien sympathique : une petite enquête, des personnages bien typés, un Paris des années 30 sous une pluie battante, des troquets où l’on mange une potée aux lentilles en buvant de la bière. Moi, j’aime bien, rien qu’à voir la tronche du commissaire… Le scénario tient la route et nous fait passer une demi-heure agréablement divertissante. Je viens de remarquer que le scénariste est le même d’un tome à l’autre (Herik Hanna) et qu’il s’associe à chaque fois avec un autre dessinateur (ici, Thomas Labourot).

 

« 17/20 »

 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 21:07

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          « Trop de bonheur »… un titre qui fait réfléchir ou sourire et qui cache dix nouvelles de longueur variable.

            Moi, la Championne-de-la-Mémoire-courte, je dois résumer dix nouvelles entendues en support audio ? C’est là que je me rends compte que ma (petite) mémoire est bien plus visuelle qu’auditive ! Allez, j’en ai quand même gardé quelque chose : les histoires tournent presque toutes autour d’une femme, une femme qui a été blessée, humiliée, quittée, trahie. Ces personnages féminins s’en sortent tant bien que mal en faisant preuve d’une force insoupçonnée ou d’une soumission défendable. Ainsi, dans la 1ère nouvelle (la plus noire selon moi), Doree excédée par les remontrances de son mari, quitte le foyer familial le temps d’un soir en se réfugiant chez une amie. L’époux vexé et blessé, pour se venger… tue froidement leurs trois enfants. Et Doree, des années plus tard, va continuer à rendre visite et parler à son mari à l’hôpital psychiatrique. Il y a aussi cette femme, veuve, qui voit entrer chez elle un inconnu qui s’installe et lui raconte qu’il a tué sa famille. Elle a soudain l’idée de lui raconter qu’elle-même a tué une femme. Il prend la poudre d’escampette en volant sa voiture… et se tue sur la route. Non, ce n’est pas très gai. C’est même souvent cruel, incisif, rêche.

        Alice Munro, lauréate du prix Nobel de littérature 2013, est une spécialiste de la nouvelle puisque Trop de bonheur est la douzième anthologie de nouvelles publiées. Ces dix textes courts regorgent d’une puissance qui ébranle. Le plus, c’est la surprise. Sans véritablement être des nouvelles à chute, les récits nous emmènent beaucoup plus loin que là où on pensait aller au début. L’auteur nous malmène autant que ses personnages mais elle sait aussi parfois être drôle et même faire preuve d’autodérision, par exemple quand elle fait dire à un de ses personnages : « Un recueil de nouvelles, pas un roman. Voilà qui est déjà en soi une déception. »

            La lecture faite par Amira Casar est riche, impliquée et colorée. J’ai adoré écouter sa voix et son léger accent (d’origine russo-kurde, elle a aussi vécu en Grande-Bretagne). Elle vit ce qu’elle dit et donne du sens aux textes de la Canadienne Alice Munro. J’ai apprécié toutes les nouvelles sauf la dernière qui porte le nom du recueil où je me suis complètement perdue. Les livres audio ont leurs limites. Ne restons pas sur cette demi-teinte. Je lirai, en version papier cette fois, d’autres nouvelles qui nous plongent dans un quotidien insolite.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 15:57

 

 

             Nous sommes à Saint-Brieuc, en Bretagne, quelques mois après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Un groupe de garçons bravaches avec, en tête, Antoine, a décidé d’aller tondre Maria Salaün. Maria et Antoine ont vécu une histoire d’amour quand ils étaient enfants - toujours collés l’un à l’autre. Mais Maria a préféré lui expliquer qu’elle le voyait comme un frère, non comme un amant. Et dans le rôle de l’amant, c’est un Allemand qu’elle s’est choisi, un beau capitaine qui venait régulièrement déjeuner à La Petite Bedaine, le restaurant du père de Maria. Frantz et Maria ont vécu une merveilleuse et authentique histoire d’amour, loin des turpitudes et des ignominies de la guerre. Oui, mais pour Antoine et sa bande, Maria est celle qui a couché avec l’ennemi, c’est « la putain, la traînée, la traîtresse ». Et on fait appel à un coiffeur, et la foule se masse devant le restaurant, et on tond Maria qu’on a installée sur une chaise de bistrot (la chaise numéro 14 !), et on lui coupe sa lourde chevelure rousse… Oui mais Maria, orpheline de mère (morte à sa naissance), a un sacré caractère. Elle ne pipe mot lors de la tonte mais elle réclame vengeance et justice une fois le dernier cheveu tombé. Armée de sa chaise, de son sac empli de cheveux, de la robe de fiancée évanescente de sa mère, elle ne craint pas la honte et exige des excuses de la part de tous ceux qui l’ont bafouée. Le coiffeur, les deux GI présents lors de la tonte, le curé, une bonne sœur, le maire et enfin Antoine, elle n’oublie personne et ne se défile à aucun moment. Elle va même rencontrer des alliés : un interprète, Louis, qui a tout compris et qui tente d’adoucir la fougue de Maria et une religieuse « ange de lumière ».

            Ce roman est un refuge, il console, il étreint généreusement, il réconforte. Le mal a été réparé, les responsables se sont excusés, les fautes ont été pardonnées. La vie peut reprendre un cours normal.  Malgré ce ton idéaliste, j’ai beaucoup aimé cette histoire féministe et combative d’une femme qui, parce qu’elle sait très bien qu’elle est innocente, ne se laisse pas faire, lutte dans le calme et le silence, et illumine, par sa grâce et sa détermination, tous ceux qui se trouvent sur son chemin. Cette image d’une chauve portant tel un bouclier sa chaise de bistrot, à peine voilée d’une robe virginale, et qui arpente les rues bretonnes, m’a beaucoup touchée. L’écriture est belle aussi, à la fois puissante et fragile. Entre conte, fable et pièce de théâtre, chaque lecteur devrait y trouver son compte !

 

 

Frantz et Maria : « La guerre, cette industrie de la mort à qui il arrive parfois d’ouvrir des parenthèses, avait permis leur rencontre. »

Louis rappelle à Maria que les soldats GI sont noirs… : « si vous avez à vous plaindre de soldats de couleur, ils seront punis. Ils seront punis sévèrement parce qu’ils sont noirs. S’ils étaient blancs, ils recevraient un blâme. »

« La faute à la guerre qui pouvait transformer n’importe quel homme en assassin. »

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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 14:19

 

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              Nous sommes toujours dans la maison bretonne des cinq sœurs orphelines. Un problème – de taille- se pose : il n’y a plus de sous ! Les économies des parents décédés ont été mangées, le chèque mensuel de l’abominable tante Lucrèce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de leurs dépenses. Charlie a une idée d’enfer qui a pourtant du mal à passer au départ : louer la chambre de leurs parents, celle qu’elles n’ont presque pas touchée depuis leur mort, celle qui leur rappelle tant de souvenirs… Après quelques rencontres ratées, un locataire qui semble parfait s’installe, en toute discrétion à la Vill’Hervé. Il s’appelle Tancrède, il est chercheur en quelque chose d’indéterminé et surtout, il est très beau ! Ni une ni deux, Charlie tombe amoureuse de lui et c’est réciproque. Oui, mais souvenez-vous, Charlie est avec Basile, le médecin si sympa qui vient régulièrement voir les sœurs ! Bettina, de son côté, a décidé d’aller voir Merlin pour lui avouer son amour. Deux enfants débarquent aussi, comme s’il n’y en avait pas assez, ça court dans tous les sens ! C’est souvent drôle (tous les poireaux ont été cueillis dans le potager, on en mange à toutes les sauces et on les utilise comme éléments de décor… ou de vengeance !), toujours tendre et parfois espiègle.

           J’aimerais juste qu’on m’explique un truc concernant le titre des albums : il ne correspond pas à l’héroïne du tome. Dans le tome intitulé « Hortense », c’est Bettina la star et dans celui intitulé « Bettina », c’est plutôt sur Charlie qu’on insiste…

           Ah la laaa, cette série ! Je l’ai lue avec mes enfants, et je dois dire que ce tome-là m’a donné du fil à retordre. J’ai dû expliquer ce que c’est que « se prostituer » (mes enfants ont 7 et 10 ans !), j’ai pu éponger quelques larmichettes de ma fille (la claque quand même que ce tome et sa révélation presque finale !), j’ai moi-même laborieusement retenu mon émotion et mes larmes (l’épisode où Hortense a ses règles pour la première fois et que sa mère réapparaît a été fatal pour moi !)… vous allez me dire, elle est bien classée dans le rayon Ados, cette BD… mouais. En tous cas, cette lecture nous a permis à tous les trois de vivre un beau moment fait de connivences, de discussions, de complicité. Et nous a permis d’aborder des sujets plus mûrs que le méchant loup qui tremble de peur et la princesse qui en a marre d’être princesse. Ce saut éclair dans la vraie vie, c’était très bien. Ça a crié dans la chaumière quand on est arrivé à la dernière planche, ben oui, on n’a pas encore le tome 4 à disposition. Vivement !

« 20/20 » (oui, oui, 20…)

 

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